Les derniers jours de Cléopâtre et Marc-Antoine

En l’an 30 av. J.-C., ça regardait ben mal pour Cléopâtre et son chum Marc‑Antoine, général et politicien romain. Octave, successeur de Jules César et rival de Marc-Antoine à Rome, s’en venait pour conquérir l’Égypte.

L’affaire, c’est que Marc-Antoine était parti sur une grosse dérape depuis plusieurs mois; l’armée d’Octave avançait de plus en plus, pis lui, il faisait juste se paqueter la fraise dans le palais de Cléopâtre en attendant la fin.

Mais là, quand Octave arriva aux portes d’Alexandrie, la capitale de l’Égypte, Marc-Antoine arrêta enfin de se pogner le beigne et, avec une petite armée et les navires de Cléopâtre, il voulut lancer une offensive sur terre et sur mer. 

C’est ben de valeur, mais il aurait dû se déniaiser avant. L’armée d’Octave était énorme, les chances de victoire étaient nulles, et les hommes de Marc-Antoine étaient pas caves; quand ils arrivèrent devant l’ennemi, ils se dirent :

« D’la marde, les gars, on s’en va du bord d’Octave. »

Pis en plus, quand les navires de Cléopâtre arrivèrent en face de ceux d’Octave, ils levèrent leurs rames pour dire : « C’est beau, on se rend! »

Marc-Antoine était en tabarnak : il venait d’avoir l’air d’un estie de fou, pis il était certain que c’était Cléopâtre qui avait ordonné à sa flotte de se rendre.

Alors, il retourna au palais de sa blonde, prêt à l’engueuler :

« Voyons, Cléo, câlisse, qu’est-ce que t’as fait là? »

Mais il y avait juste le silence pour lui répondre : aux aurores, Cléopâtre s’était enfermée dans son mausolée royal, une haute tour entourée par des grosses barrières en métal. Faique là, Marc Antoine comprit ce qui se passait : plutôt que de s’avouer vaincue, sa reine avait décidé de disparaître pour toujours.

Marc-Antoine se dit qu’il lui restait juste à faire pareil : il était déshonoré, pis sans sa Cléo, la vie avait pu de sens.

—  Eros! dit-il en pointant un de ses plus fidèles serviteurs. Je veux que tu me tues!

—  Euh… moé, ça? dit le pauvre p’tit gars, qui n’avait rien demandé.

—  Oui, toé. Aweille, fais-ça vite.

—  Mais maître! se lamenta Eros. Je peux pas faire ça, chui pas capable! J’vous aime ben que trop pour ça!

—  Ben oui, t’es capable. Quins, prends mon épée…

—  J’aime mieux mourir que de vous tuer, maître, s’exclama le serviteur, qui braillait comme un veau.

—  Ben voyons, Eros, qu’est-ce que tu fais là!

—  Argh!

Plutôt que de tuer son maître, Eros décida de s’embrocher lui-même avec l’épée. Marc‑Antoine allait devoir s’arranger tout seul. Par contre, il se prit trop bas, manqua le cœur et tomba sans connaissance.

Quand il se réveilla, il se mit à crier qu’on l’achève, mais il y eut juste une personne pour l’entendre : Cléopâtre, qui l’aperçut étendu dans une flaque de sang en bas de sa tour.

—  Ben voyons, elle est pas morte? s’étonna Marc-Antoine.

—  Comment ça, il est en vie? s’exclama la reine d’Égypte.

Elle ordonna aussitôt à ses serviteurs d’aller le chercher et le fit monter jusqu’à elle avec des cordes pis des chaînes qui servaient normalement à déplacer des gros blocs de pierre. Elle le tira à l’intérieur de toutes ses forces de faible femme et le prit dans ses bras.

—  Marc-Antoine, s’il te plaît, pars pas! gémit la reine.
—  Clé… o…, râla le général mourant.
—  Je peux pas vivre sans toi!
—  Clé… O!
—  Quoi? demanda la reine en reniflant.
—  Je peux tu avoir… un dernier verre de vin…?

Après cet ultime p’tit drink, Marc-Antoine poussa son dernier soupir. Cléopâtre, folle de peine, se mit à hurler, à geindre et à se graisser la face avec le sang de son chum. Finalement, elle se retroussa un peu et accepta de parler avec les envoyés d’Octave, Gallus et Proculeius. Du haut de sa tour, elle leur cria que soit ils acceptaient de pas la tuer, elle partait sans s’astiner, et ses enfants* héritaient du royaume, soit elle sacrait le feu à sa tour qui contenait tous ses trésors.

Mais là, pendant qu’elle négociait avec Gallus, Proculeius réussit à rentrer dans la tour. Il pogna Cléopâtre par surprise et la captura avant qu’elle puisse se poignarder avec la dague qu’elle avait sur elle.

« Ah, ciboire! Prisonnière d’Octave! En plein ce que je voulais pas qui arrive! »

Octave permit quand même à sa prisonnière d’organiser les funérailles de Marc-Antoine. Mais ça n’a pas empêché Cléopâtre de se chercher des façons de mourir. Un boutte, elle pensait ben avoir réussi : à force de se grafigner avec ses grands ongles, elle finit par pogner une infection, mais – c’était ben maudit – elle survécut.

Cléopâtre décida alors de faire autrement : elle demanda à rencontrer Octave. On sait pas trop qu’est-ce qu’elle voulait faire. Le séduire? À son âge, la jument était plus ce qu’elle avait déjà été, mettons. Mais elle était encore riche, par’zempe. Faique elle lui proposa toute sa fortune s’il lui évitait d’être amenée à Rome et paradée dans le chemin devant tout le monde, enchaînée, comme c’était arrivé à sa sœur Arsinoé v’la des années. 

Octave écoute, mais promet rien. Un peu plus tard, un noble qui avait le kick sur elle apprend à Cléopâtre qu’Octave avait ben l’intention de la ramener à Rome. Merde. Il lui restait juste une affaire à faire pour éviter le déshonneur total.

Donc, un matin, elle alla brailler une dernière fois sur le tombeau de son beau Marc-Antoine, puis se fit servir un déjeuner fastueux. Après ça, elle remit une lettre au garde qui devait la surveiller pour qu’il aille la porter à Octave. Le garde, pas plus fin que ça, partit sans poser de questions.

Ensuite, elle fit sortir toutes ses servantes, sauf ses deux préférées, à qui elle ordonna de la vêtir de ses plus beaux atours et de son diadème royal. Pis là, les trois femmes s’enlevèrent la vie – en se faisant mordre un sein par un serpent, selon le philosophe grec Plutarque et un tas de peintres libidineux de la Renaissance, mais plus probablement en buvant un breuvage empoisonné.

Comme ça, elle montra à Octave comment meurt une reine.

P.S. Ah, pis, dans sa lettre à Octave, elle demandait simplement d’être enterrée à côté de Marc-Antoine. Ooooonnn.

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*Alexandre Helios, Cléopâtre Séléné et Ptolémée Philadelphe – ya tu des futurs parents qui cherchent des noms originaux?

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