Le siège de Platée : une histoire de remblai

Y’était une fois, en 429 avant l’arrivée du p’tit Jésus, la p’tite ville de Platée, en Grèce. L’histoire dit pas c’tait une platée d’quoi – une platée d’cipâte? Une platée d’bines? 

Entécas. 

Dans c’temps-là, c’tait la guerre du Péloponnèse : Sparte contre Athènes. Pis depuis 14 ans, y’avait une trêve entre les deux. 

Un jour, des oligarques de Platée – sont pas super importants dans l’histoire, mais des oligarques, en gros, c’est des big shots, pis pour la forme, on va les appeler Péladeau, Desmarais pis Molson – des oligarques donc, décidèrent qu’y voulaient gouverner la ville tranquille, juste leu tite gang. Faique, y’allèrent à Thèbes, une autre ville de c’te coin-là, pis d’mandèrent de l’aide pour décrisser la démocratie qu’y avait en place. 

Comme Thèbes était du bord de Sparte, pis que Platée, en plus d’être placée à une place ben stratégique, était du bord d’Athènes, Thèbes se dit : 

« Crisse! Des fous d’une poche… On va en profiter pour prendre la ville pour nous autres! »  

Quand même, les Thébains filaient pas trop bain d’sang c’te jour-là pis avaient pas envie d’se casser l’cul : 

« Mettons qu’au lieu d’attaquer, là… Si on faisait rentrer des genres de ninjas dans’ville, pis l’monde en dedans étaient tellement surpris qu’y se rendaient sans s’battre? »

L’idée avait l’air pas pire, faique ainsi fut faite : avec Péladeau, Desmarais pis Molson pour leux ouvrir la porte, une p’tite gang de Thébains se faufilèrent dans Platée.

Une fois qu’y furent rentrés, un d’eux-autres se planta en plein milieu d’la place pis cria : 

« Oyez, oyez! On est une gang de Thébains pis on est partout dans votre ville! Mais capotez pas! Si vous êtes prêts à lâcher Athènes pis à v’nir de notre bord, non seulement on vous f’ra pas d’mal, mais on va d’venir chums! » 

Les Platéens, pognés les culottes à terre pis les yeux dans’graisse de bines, se dirent collectivement : 

« Gériboire de saint Christophe! On va négocier! »

Mais là, au fur et à mesure qu’y négociaient pis qu’y s’réveillaient, les Platéens commencèrent à allumer : 

— Menute, là! Sont pas si nombreux qu’ça!

— Ben oui, on est ben plus qu’eux-autres!

— Pis y fait noir! 

— Pis y connaissent pas pantoute la ville!

— Mais nous-autres on la connaît! 

— GUÉRILLA!!!! 

Comme y voulaient pas que les Thébains les voyent s’organiser, les Platéens firent des trous dins murs entre les maisons pour s’artrouver en gang sans s’faire pogner en passant par les rues. 

Après, y se bâtirent des genres de barricades avec des charrettes couchées su’l côté. 

Pis à la première p’tite craque de lueur du jour, les Platéens sortirent de toutes les racoins sombres pour sauter su leux ennemis. 

Ben vite, les Thébains se rendirent compte de c’qui se passait pis se ramassèrent toute ensemble pour essayer d’se défendre. 

Y réussirent à r’pousser les Platéens une, deux, pis trois fois, mais plus ça allait, plus ça empirait : jusque les femmes pis les serviteurs qui leux garrochaient des roches pis des tuiles pis des assiettes par les fenêtres en poussant des hurlements du yâble. Pis comme si c’tait pas assez d’même, y s’mit à mouiller des cordes.

La panique pogna dins rangs des Thébains, pis y se sauvèrent comme des rats épeurés. Les Platéens fermèrent les portes de la ville pour les empêcher d’sortir, pis là, la chasse était ouvarte. Une bonne gang de Thébains furent massacrés, pis d’autres se rendirent. D’autres encore essayèrent de se garrocher du haut des murailles, mais y finirent en écrapou à terre. 

Faut crère que plutôt que d’se soumettre aux Platéens, y’avaient préféré finir… aplatis. 

Scusez-la. 

Faique les Platéens avaient remporté c’te manche-là. L’histoire dit pas c’qui est arrivé à Péladeau, Desmarais pis Molson après ça, mais y’ont sûrement dû patiner ben fort pour expliquer comment ça, don, que la porte était ouvarte c’te soir-là. 

Mais bon. Ça allait pas en rester là.

Un an après, v’là-ti pas les Spartiates eux-mêmes avec leu roi, Archidamos, qui artontirent aux portes de Platée, pis clairement pas dans l’idée de faire un potluck interculturel à la salle des Chevaliers d’Colomb. S’ensuivirent des longs discours plates pleins de fleurs pis de frisous pis d’serments à Zeus qui se résument à peu près comme suit : 

— Heille, les Spartiates! On dirait qu’vous vous enlignez pour ravager nos campagnes, mais on vous a rien faite! C’est don ben pas fin, votre affaire!

— C’est parce que vous êtes du bord des Athéniens, pis on leux haït la face! V’nez don de notre bord, à place! Ou au pire, promettez d’rester neutres, pis on va vous laisser tranquilles. 

— Non! On les aime, nous-autres, les Athéniens, pis on veut pas leu faire de peine!

— Booon, gad’don ça, la belle loyauté pour une gang de pourris! Ok d’abord! On vous a donné une chance pis vous avez rien voulu savoir? Faique là, on avance, pis si vot’ville est dans not’chemin, qu’on la crisse en feu pis qu’on vous tue toute, ben ça va être de VOTRE faute! 

À partir de d’là, c’tait officiellement la guerre. Sauf qu’au lieu d’attaquer tu’suite comme un enragé, Archidamos décida plutôt de faire un ti-peu de terrassement : 

« Mettons qu’on s’faisait un remblai le long d’leu mur, là, on aurait yinque à marcher par-dessus ben peinards pis à rentrer dans’ville sans s’forcer! »

Faique en moins de temps que ça prend au gouvernement pour dire que toute est d’la faute des syndicats, l’armée d’Archidamos devint « Terrassement Spartiate Bouchard enr., entrepreneur général, résidentiel et commercial », pis se mit à l’ouvrage. 

Les Spartiates commencèrent à piler d’la terre le long d’la muraille. Y coupèrent les arbres autour d’la ville pis y se firent des pieux pour soutenir la patente. 

Voyant ça, les Platéens se dirent : 

« Ok d’abord, ben on va s’faire une rallonge de muraille! »

Alors, y se gossèrent une espèce de palissade en bois renforcée avec des briques enlevées aux maisons pis arcouvrirent le déhors avec des peaux d’vaches pour protéger ça contre les tirs de flèches en feu. 

Mais astie, les Spartiates construisaient ben que trop vite! Tellement que bientôt, la rallonge de muraille à Ding et Dong allait pu sarvir à rien. 

Les Platéens passèrent donc au plan B : faire des trous dans la muraille en arrière du remblai pis sortir d’la terre pour qu’y s’effondre.

Ça prit pas grand temps pour que les Spartiates s’en rendent compte : 

« Ah les snoros! »

Faique aussitôt, y remplirent les vides avec de l’argile taponné dans des espèces de cages en roseaux. 

Comme le dit le proverbe, si ça marche pas par en arrière, essaye par en d’sour. Faique les Platéens décidèrent de creuser un tunnel en d’sour de leu muraille jusqu’au remblai pour enlever de la terre par là. 

Heille là les Spartiates comprenaient pu rien : 

« Ben voyons, bout d’ciarge! On rajoute d’la terre, rajoute pis rajoute, pis l’remblai monte pu! »

Tandis qu’y essayaient d’artrousser leu remblai, y se dirent, tant qu’à faire, pourquoi pas sortir les béliers pis essayer de faire des trous dans l’mur?

Sauf que les Platéens, toujours aussi pleins d’jarnigoine, trouvèrent le moyen d’péter les bouttes des béliers en faisant tomber des gros madriers dessus à partir du haut du mur. 

« Heille, là, là, s’exclama le roi Archidamos. Qu’est-cé ça va prendre pour qu’on rentre dans c’t’astie d’ville-là? Ch’tanné. C’est l’heure de TOUTE LES TOASTER. »

À partir de leu remblai, les Spartiates se mirent à garrocher des tas de bois sec autour des murs, quasiment comme si y préparaient un feu d’la Saint-Jean. Pis là, Archidamos ordonna qu’on tire un mélange de poix, une espèce de gomme collante, pis de soufre en feu sur toute ça. 

FROUCHE.

Les flammes lichèrent les murailles pis montèrent tellement haut que ch’cré ben qu’y attirèrent l’attention des dieux de l’Olympe, parce qu’y eut clairement une intervention divine. 

Avant que les pauvres Platéens finissent en rôti, une tempête du yâble se l’va, avec du tonnerre, des éclairs pis une pluie tellement forte que l’feu éteint drette là.

Archidamos savait pu quoi faire. Y’avait toute essayé! Pis quand on y dit que les Platéens étaient après bâtir UN AUTRE MUR en dedans de leu muraille, face au remblai, le roi eut l’goût de toute crisser au boutte de ses bras :

« Ah pis d’la marde! Moé, j’sacre mon camp. M’as laisser une garnison icitte, pis vous viendrez m’charcher quand les Platéens seront tannés de crever de faim. »

Les Platéens avaient résisté comme des champions, mais pognés qu’y étaient en dedans de leur ville sans pouvoir sortir, y pouvaient yinque attendre qu’Athènes vienne les sauver en mangeant une bonne platée de semelles de sandales bouillies. 

Mais les Platéens avaient beau être ben loyaux, les Athéniens vinrent jamais à leu s’cours. Rendu à l’hiver, y leu restait pu rien, pis y furent obligés d’se rendre. 

Les Spartiates les capturèrent, les massacrèrent pis rasèrent la ville. Cheap. Mais moé entécas, les Platéens, je leu donne un beau collant en forme d’étoile pis un gros bravo pour la façon brillante dont y’ont défendu leu ville.


Source : Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, livre deuxième.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s