(Bon. En continuant l’histoire, j’ai décidé qu’y avait une meilleure place pour finir la partie I, vu que la partie I était pas mal courte. Faique au lieu de la partie II, v’la la partie 1½.)
Rappel des personnages
Ada : notre héroïne
Vic : la minoune
Vilhjalmur Stefansson : le commanditaire de l’expédition, explorateur célèbre
Allan Crawford : le jeune commandant canadien de l’expédition
Lorne Knight : le second; avait déjà été en expédition dans le Nord avec Stefansson
Fred Maurer : autre membre de l’expédition; avait déjà été en expédition dans le Nord avec Stefansson
Milton Galle : le jeune secrétaire de Stefansson
Là, m’as vous donner un ti peu d’contexte, parce que ch’pense qu’on est dus.
Wrangel, là, c’tait pas une île d’agrément avec des cocktails pis des chaises longues. C’tait pas la porte à côté. Pis la route pour se rendre, là, c’tait pas pour les doux – y’avait d’la glace pis des tempêtes pis du danger partout.
Pourquoi envoyer du monde là-bas, d’abord?

C’que j’vous avais pas dit, c’est que la dernière expédition à Vilhjalmur Stefansson – appelée l’expédition Karluk à cause du nom du bateau amiral –, ben, ça s’était pas exactement ben passé. En fait, ça avait viré en chiard épouvantable.
Stefansson était parti de Nome à bord du Karluk en juin 1913 pour explorer l’Arctique pis ramasser des données scientifiques. Avant l’départ, le capitaine, Bob Bartlett, y’avait dit que la tite coque en bois du Karluk était probablement pas assez solide pour toffer dans la glace, pis y’était pas tu’seul à penser ça. Mais Stefansson, tête dure, avait répondu :
« Boorrhhh, ça va être correct. »
Comme de faite, deux mois plus tard, le bateau était pogné dins glaces d’la mer de Beaufort; en janvier 1914, y s’faisait broyer par la banquise comme un tit grain d’poivre.
Entre-temps, Stefansson s’était poussé avec cinq gars pour chasser le caribou, mais en r’venant, y’avait jamais pu artrouver le bateau. Qu’y disait.
Emporté par la banquise, le reste de l’équipage du Karluk avait dérivé vers la Sibérie. Quatre gars partirent su’a glace pour essayer de s’rendre en Alaska, pis on les arvit pu jamais. Même affaire pour les quatre qui s’lâchèrent pour l’île Herald.
Les 17 qui restaient, dont le capitaine Bartlett pis Fred Maurer, marchèrent 128 km su’a banquise pis arrivèrent à la fameuse île Wrangel. Après ça, Bartlett pis Kataktovik, un chasseur inuit, se tapèrent une trotte de 1 100 km jusqu’à c’qu’y atteignent le continent pis trouvent enfin un village avec un port. Là, le capitaine réussit à pogner un lift jusqu’en Alaska, où y put commencer à organiser des secours.
Pendant c’temps-là, 3 autres gars pétèrent au frette tandis que les autres étaient pognés pour s’amputer des orteils à frette, s’battre pour c’qui restait de vieux biscuits secs pis manger l’cuir de leux bottes en essayant de pas virer fous.
Y furent finalement secourus après 6 mois.
Après avoir dompé son équipage, Stefansson avait baroudé pendant quatre ans le long d’la côte des Territoires du Nord-Ouest, sans donner signe de vie à personne, si ben que l’gouvernement canadien, qui avait financé l’expédition, supposait qu’y était mort. C’tait pendant c’boutte-là de son aventure qu’y avait rencontré Lorne Knight pis l’avait emmené avec lui.
Quant finalement y’arvint d’entre les morts, tel le mononcle qui, un bon soir, avait bu d’la bière à’bebitte pis disparu pendant 4 ans (ch’sais pas si c’est vrai, c’t’affaire-là, mais c’est c’que Pépère Poêle m’avait conté), Stefansson fut pas pantoute peiné d’apprendre c’qui était arrivé à son équipage :
« Si y’ont eu autant d’misère pis y’en a qui sont morts, c’parce que c’tait une gang de pas bons qui savaient pas comment survivre dans l’territoire. Pis j’ai pas abandonné mon équipage, ok? C’pas de ma faute si le bateau était pu là. »
Y’avait yinque une affaire qu’y avait oublié de dire, le torrieux. Si y’avait réussi à survivre autant de temps dans le Grand Nord, c’tait en grande partie grâce aux Inuits qu’y avait engagés : Alingnak la chasseur, sa femme Guninanna, pis les guides Emiu et Natkusiak.
Faique dins années qui suivirent, Stefansson fit ben du millage avec son nouveau slogan : « l’Arctique amical ». Y s’promena partout aux États-Unis en disant que « n’importe qui avec une bonne constitution pis une tête su’és épaules est capable de vivre au pôle Nord aussi ben qu’à Hawaï. »
Pis dès qu’y eut l’budget pour ça, y’organisa une expédition su l’île Wrangel pour prouver que c’tait possible de faire vivre une colonie là-bas.
C’qui nous ramène à Ada.
A l’argrettait-tu, un peu, sa décision de partir en expédition?
Le bateau v’nait à peine de quitter Nome que l’vent pis les vagues se mirent à le bardasser comme un tit canard en plastique. Ça brassait tellement que personne osait sortir su’l pont de peur de passer par-dessus bord.
Ça dura deux jours, pis là, c’est l’moteur qui lâcha. La gang perdit une journée et demie au beau milieu d’la mer des Tchoutchkes à attendre que le mécanicien répare le cœur fatigué du Silver Wave.
Y finirent par arpartir, mais la mer, ratoureuse, leu z’avait juste donné un ti break : la tempête arprit de plus belle. Ada pis les autres s’accrochaient à toute c’qu’y pouvaient pour pas r’bondir partout comme des boules de pinball. Y’avait juste Crawford, en bon commandant d’expédition, qui avait l’air frais comme une rose; les autres dégueulaient leu vie en priant l’Seigneur.
Pis, enfin, l’île Wrangel apparut à l’horizon.
Hammer, le capitaine du Silver Wave, en r’venait pas : pas qu’y avait réussi à se rendre, mais que c’tait VRAIMENT là que Crawford et compagnie voulaient aller.
« Voyons, y m’niaisent, eux autres! Y’a personne qui va su l’île Wrangel par exprès! Ch’te gage qu’y vont m’demander de changer de cap ben vite, genre : “Ben noooonn! On va à Vladivostok! Vire-nous ça d’bord, c’te bateau-là, on t’paye une vodka rendus au port!” »
Mais non : Crawford avait jamais demandé de changement de cap. Pis là, Ada pis ses compagnons découvraient un grand rivage plate couvert de toundra, accoté su des montagnes grises au dos rond : leu maison pour la prochaine année.
Les gars étaient ben contents d’être arrivés, mais Ada, elle, avait une boule dans l’estomac : bientôt, le bateau allait la laisser là, pis y’aurait pu d’artour en arrière.
Comme y’avait une accalmie, la gang en profita pour débarquer toute l’équipement pis les provisions su l’île. Après, y’artournèrent au bateau pour un dernier bon souper pis un dernier dodo dans un vrai litte, dans la vraie chaleur. Crawford, Knight, Maurer pis Galle en profitèrent pour écrire une dernière lettre à leu famille avant un an de silence.
Pis, le 16 septembre 1921, tandis que le Silver Wave disparaissait à l’horizon, les quatres gars plantèrent un drapeau britannique su l’île Wrangel. Ada était pas avec eux autres; a voulait pas qu’y la voient pleurer.
« Si j’étais pas là, y’aurait personne pour leu coudre du linge. »
A l’essuya ses larmes avec sa manche.
« J’ai promis que j’allais leu coudre du linge, pis j’vas tenir ma promesse. »























































