La bataille de Stamford Bridge

(J’ai publié ce petit billet sur Facebook pour l’anniversaire de la bataille en question… En fait, c’était le 25 septembre, mais j’ai passé tout drette, alors je me suis servi de mon 1066e abonné comme prétexte pour en parler quand même.)

1066 : l’année de la bataille de d’Hastings et de la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant.

Mais y’a une autre bataille importante qui s’est déroulée en 1066 : celle de Stamford Bridge.

Mes vieux de la vieille s’en souviendront peut-être, mais j’avais déjà parlé un peu de cette bataille qui opposait Harold Godwinson, prétendant à la couronne d’Angleterre et rival de Guillaume le Conquérant, et Harald Hardrada, roi de Norvège.

Hardrada s’en venait envahir l’Angleterre, accompagné de nul autre que Tostig Godwinson, le frère d’Harold. Y’avait fait de la marde, pis Harold avait été obligé de l’exiler; Tostig l’avait pas pris, faique il avait tout bonnement invité Hardrada à prendre le trône d’Angleterre, yinque pour faire chier son frère.

En tout cas, avant la bataille, Harold s’en alla tout seul trouver Tostig et Hardrada, pis fit une proposition à son frère :

— Tostig! Si tu te revires contre Hardrada, on va faire comme si y’était rien arrivé, ok?
— Pis Hardrada, lui? Tu y donnerais quoi pour qu’y sacre son camp?
— Sept pieds de terre anglaise, parce qu’y est un pied plus grand que tout le monde!

Les gants étaient jetés. C’était juste une question de temps avant qu’y commence à pleuvoir des tapes su’a gueule.

Tostig pis Hardrada s’attendaient pas à voir arriver une grosse armée; ça faisait pas longtemps qu’y étaient débarqués en Angleterre, pis y’auraient jamais cru qu’Harold pourrait arriver aussi vite avec autant de monde. Faique quand l’armée d’Harold sortit d’en-arrière d’une butte pour leur foncer dessus, y se firent pogner les culottes baissées.

Les Norvégiens étaient chaque bord de la rivière Derwent, pas loin du fameux « Stamford Bridge ». Ceux qui se trouvaient à être du mauvais bord se firent ramasser sur un moyen temps. Les hommes d’Harold voulurent poursuivre les autres en passant sur le pont, mais selon la légende, y’était bloqué par un berserker.

Un berserker, pour ceux qui le savent pas, c’est une sorte de guerrier viking qui était capable de se mettre dans un état de furie guerrière, à un point où y sentait pu la peur ni la douleur, pis y faisait pu la différence entre ami et ennemi. Comment y faisait pour se mettre d’un état de même? Trip de LSD médiéval? Autohypnose? Libération soudaine de toutes les petites frustrations du quotidien, comme des hémorroïdes ou un flot qui fait pas ses nuits?

Chose certaine, un berserker, ça torchait solide. Celui qui était sur le pont, y’était pas tuable, pis d’la manière qui faisait tomber les Anglais avec sa hache, on aurait dit un bûcheron particulièrement motivé.

Rendu là, plusieurs dizaines de soldats morts s’accumulaient sur le pont, faique les Anglais durent repenser leur stratégie :

— Ben là, ça commence à faire! Faut le tasser, c’t’estie-là!
— Hmm… Si on peut pas le pogner par en-avant, peut-être qu’on peut le pogner par en-dessous?
— Comment tu veux faire ça?
— Y’a-tu un tonneau à queque part?

Faique on trouva un tonneau à ce gars-là, dont l’histoire a pas retenu le nom. Y’embarqua dedans un peu en amont du pont, une lance dins mains, pis descendit la rivière en attendant de passer vis-à-vis.

Y passa sa lance entre les planches du pont, pis FLÂWK! – la rentra drette dans le troufignon du berserker, qui tomba enfin mort.

À c’t’heure que le pont était dégagé, les Anglais purent traverser pis poursuivre les Norvégiens. La bataille qui suivit dura plusieurs heures, mais finalement, c’est l’armée d’Harold qui gagna : Hardrada avait mangé une flèche en pleine gorge pas longtemps après le début de la bataille, pis Tostig fut tué.

Même si y’eut d’autres invasions par après, on considère que cette bataille-là a marqué la fin de l’ère Viking.

Pis Harold, ben, vous le savez peut-être déjà, mais y’est mort deux semaines après, d’une flèche dans l’œil, dans la bataille contre Guillaume le Conquérant. C’est crisse, les flèches, hein?

Léo Major, partie 3 – le libérateur de Zwolle

Partie 1
Partie 2

Si ça avait été dans les vues, c’est là qu’une grosse toune épique serait partie à jouer, avec les tambours pis toute le kit, tandis que Léo Major fonçait vers Zwolle comme une armée d’un seul homme. Y savait que Willy aurait pas voulu qu’y soit pogné pour arvirer d’bord à cause de lui, faique y’allait faire la mission, tout seul, jusqu’au boutte.

Léo suivit le chemin de fer jusqu’à la gare, comme le fils des Van Gerner lui avait expliqué tantôt. Rendu là, il vit un hôtel avec une Kübelwagen, un genre de p’tit char militaire allemand, de parqué en avant. Y’avait un gars à bord, pis y’avait l’air d’attendre après quequ’un.

Léo se faufila, pis arriva drette à côté du gars, qui fit un astie de saut en voyant c’t’espèce de crinqué avec yinque un œil pis une mitraillette dans chaque main. Léo y’enleva son arme – une MP40, une petite mitraillette qui ressemblait pas mal au Sten, mais que Léo trouvait meilleure –, le fit sortir du char pis le força à rentrer en avant de lui dans l’hôtel.

En dedans, y’avait un officier allemand qui jasait avec le propriétaire, assis au bar, ben relax. Y retroussa tellement vite, on aurait dit une toast qui sortait du toaster. Mais à voir la face de Léo – pis surtout, ses trois mitraillettes – y se rendit ben vite compte qu’y avait aucune chance. Léo lui fit signe de s’assire et il lui dit, en allemand :

« Ton pistolet, s’te plaît. »

L’officier lui donna son arme sans s’astiner.

– Parlez-vous anglais? demanda Léo, en anglais.
– Parlez-vous allemand? lui répondit l’officier, en allemand.

C’tait ben maudit.

– Parlez-vous français ? fit Léo – tsé, un gars s’essaye.
– Oui, je parle français.

Ga don ça, toé! Tout un adon! L’officier était alsacien, pis en Alsace, ça parle français.

– Y’a combien de soldats dans la ville? demanda Léo.
– Pas loin de 1 000.
– Bon ben vous pis vos 1 000 soldats, vous feriez mieux de lever les feutres avant 6 h, parce que la ville va être bombardée. J’ai pas besoin de vous dire que ça ferait beaucoup de morts, des soldats pis des civils. À part ça, ça serait plate pas mal de détruire une belle ville de même hein?  

L’officier vint tout la face tout blême – y’avait compris le message. Léo n’eut pitié, faique, en gentleman, y lui r’donna son pistolet pis le laissa partir avec son chauffeur.

Après ça, y r’sortit dehors. Pour lui, c’tait rendu ben clair, c’qui devait faire. Faique, son Sten d’une main, la MP40 de l’autres pis le Sten de Willy accroché dans le dos, y se prépara à foutre la marde solide.

Les soldats ordinaires, y pouvait ben avoir pitié d’eux-autres. Après tout, la plupart étaient pas pires que lui, pognés dans une guerre qu’y avaient pas demandée; à c’t’heure-là, probablement qu’y auraient mieux aimé être collés en cuiller avec leur blonde en-dessous des couvartes plutôt que de se geler le cul en patrouille pour la gloire du Reich. Mais les SS pis les agents de la Gestapo, c’tait pas pantoute la même affaire : c’tait des asties de fanatiques. Faique y rentra dans une maison vide pis regarda ses cartes pour chercher son premier objectif : le QG des SS.

Quand il l’eut spotté, y se faufila jusque-là pis y rentra dans le QG sur la pointe de ses chouclaques, sans se faire voir. Là, y vit huit SS dans une salle. Y’étaient don fins de s’être mis toutes à la même place!

PPRRRRRAAAAK! Quatre SS moururent drette là sous les balles tirées par Léo, pis les autres se sauvèrent comme des chats en entendant la balayeuse. En s’en allant, Léo sacra le feu. Tsé, tant qu’à faire.

Y s’en alla au ralenti, sa silhouette noire qui se découpait devant la bâtisse en flammes.

Non, j’niaise. En fait, y’avait pas le temps pantoute de faire son frais : la nuite était encore jeune, pis la job était loin d’être finie. Y sortit en douce par la porte d’en arrière pis s’en alla dans un autre coin de la ville. Là, y se mit à se promener dans les rues de Zwolle comme un esprit frappeur, pognant par surprise plusieurs patrouilles ennemies. Chaque fois, y faisait la même affaire : y tirait vers les Allemands avec ses deux mitraillettes, yinque pour en blesser deux-trois pis leur montrer qu’y était pas là pour jouer au Parchési. Après, y les envoyait comme prisonniers à son régiment.

Encore là, c’pas clair : Léo allait-tu les porter aller-retour, où ben y se rendaient tout seuls comme des p’tits moutons ben dociles? C’était-tu son pur magnétisme animal, ou ben l’fait que voir un Québécois en crisse, c’tait aussi pire que de voir le yâble? Je l’sais pas, pis personne le sait vraiment.

En tout cas, à c’t’heure que tout c’qu’y avait d’Allemands dans’ville était sur le gros nerf, Léo arriva à son deuxième objectif : le QG de la Gestapo. Là avec, il fit le ménage à la mitraillette pis sacra le feu.

Après ça, y se mit à courir comme un malade dans les rues en lançant des grenades dans les maisons vides pis en tirant des deux mitraillettes en même temps pour mener le plus de train possible, comme si la ville était attaquée de tous bords tous côtés. De temps en temps, y rentrait dans les maisons pour se reposer; des fois, fallait qui défonce la porte, mais le monde en-dedans se calmaient ben vite quand y voyaient que c’était pas un Nazi. Pis y ressortait de plus belle, continuant de faire croire aux Allemands que le Régiment de la Chaudière était débarqué au complet.

Autour de 4 h 30 du matin, Léo était brûlé. Y’aperçut des gars de la résistance qui l’avaient vu faire toute la nuite, probablement la yeule à terre avec un plat de popcorn.

Y parlaient pas anglais ni français, faique y’allèrent chercher une prof d’anglais qui s’adonnait à rester pas loin. Grâce à elle, Léo réussit à faire comprendre aux résistants qu’y avait pu un maudit Allemand à Zwolle, pis qu’y pouvaient annoncer à la radio que la ville était libérée. À l’entendre, on aurait cru qu’y avait rien là; on aurait dit un plombier qui r’ssort de la cave en te disant : « C’est beau, y’est posé, ton chauffe-eau! »

Y demanda aussi un char pour qu’y puisse retourner au plus sacrant à son bataillon pis empêcher le bombardement.

Y partit sur les chapeaux de roues vers où était son unité, mais ses compagnons savaient pas que c’était lui, faique y y tirèrent dessus. Comme l’autre fois avec le blindé allemand, y dut se montrer pour que les gars le reconnaissent. C’tait rendu une habitude.

Après avoir annoncé à ses officiers que la mission était accomplie, y r’tourna porter le corps de Willy à la ferme des Van Gerner en attendant que d’autres viennent le chercher.

Pis là, après un briefing, son épique nuit sur la corde à linge venait enfin de se terminer. Y’alla se coucher dans un camion pis y câilla tusuite.

Dans l’après-midi, y se réveilla parce que les gars de son régiment s’énarvaient autour de lui. 

– Heille, Major, viens-t-en, le party est pogné en ville!
– Allez-y les gars, répondit-il, les yeux dans la graisse de bines. M’a vous r’joindre.

Une demi-heure après, Léo pis ses chums rentrèrent dans Zwolle.

Les habitants chantaient pis dansaient pis trippaient comme des petits veaux du printemps. Léo avançait dans c’te foule joyeuse, quand y se fit spotter par du monde qui savaient que leur libérateur avait un bandeau sur l’œil. Ils le pognèrent sans y demander son avis pis le montèrent sur leurs épaules, en héros. Avec une p’tite pensée pour Willy, y se laissa célébrer pis emporter par la fête.

Pour ses exploits, Léo reçut des médailles, fut reçu par la reine Juliana des Pays-Bas et fut nommé citoyen d’honneur de Zwolle, pis une grosse avenue, la Leo Majorlaan, fut nommée en son honneur. Tou’és ans, les flos de Zwolle chantent des chansons en son honneur! Pis icitte, au Québec? Y’a une p’tite tombe de rien, pis y’est à peine connu. Y mériterait un gros film d’Hollywood avec des explosions pis des chars d’assaut qui r’volent, bâtard! En tout cas, j’espère qu’en vous contant ça, j’aurai fait ma part pour le faire connaître plus, pis le faire connaître mieux. 

Léo Major, partie 2

Partie 1

Quelques mois après son exploit de malade, Léo faisait le tour d’un champ de bataille avec le padré de son bataillon dans un Bren Carrier, une espèce de p’tit blindé léger avec le dessus ouvert. C’te combat-là avait été particulièrement épouvantable; mais là, les balles avaient arrêté de siffler, les roquettes avaient fini de péter pis y régnait littéralement un silence de mort.

Ça sentait comme un méchoui dans’cour du yâble. Y’avait des Allemands carbonisés éparpillés un peu partout : une roquette avait fessé drette dans leur char d’assaut, pis y’avaient r’volé comme des catins en guénille. Y’avait aussi quelques soldats canadiens morts, qui s’étaient retrouvés à la mauvaise place quand c’tait pas le temps.

« Faudrait les ramasser pour les ramener au régiment », dit le padré.

Léo alla tusuite chercher les cadavres pour les mettre dans le Bren. Quand y’eut fini, le chauffeur pis le padré s’assirent en avant pour r’partir. Léo s’assit en arrière avec les corps, pis s’alluma une cigarette pour cacher la senteur de mort.

Le Bren venait yinque de se r’mettre à rouler quand Léo entendit une ciboire de grosse explosion. Là, c’est lui qui r’vola dins airs. Après avoir plané comme abri tempo pogné dans le vent, y’atterrit vraiment raide sur le dos dans’bouette. Pis y perdit connaissance.

Le Bren avait roulé sur une mine, pis y valait pas mieux qu’une canne de bines passée dans le tordeur. Quand Léo sortit des vapes, y’était encore à terre, tout égarouillé, pis y’avait deux docteurs qui le regardaient :

– Êtes-vous correct?
– Est-ce que le padré va bien? demanda Léo, pensant pas pantoute à lui-même.

Les docteurs dirent rien : y’était mort, le padré. Pis le chauffeur aussi. Ils mirent Léo sur une civière, puis dans un Jeep pour une raille vers l’hôpital de campagne sur des chemins bouetteux pleins de trous pis de bosses. Y’était arrivé de quoi à son dos, pis ça regardait mal en tabarouette. Y souffrait tellement le martyre qu’y fallait arrêter aux quinze minutes pour y donner de la morphine.   

À l’hôpital, le docteur avait pas des bonnes nouvelles pour lui : trois vertèbres pis plusieurs côtes de cassées, pis des entorses aux deux chevilles. Encore une fois, y se fit dire :

« La guerre, c’est fini pour toé! »

Mais Léo, y’était faite d’un autre bois que le reste du monde. Pis y’avait une astie de tête de cochon.

Après une semaine, Léo était déjà tanné d’être là à rien faire, faique il se mit dans l’idée de se sauver de l’hôpital pour arjoindre son bataillon. Pis aussi, tant qu’à faire, pour faire un croche par Nimègue chez la belle Antoinette Slepenbeck, qu’il avait rencontrée l’automne d’avant. Mais là, c’tait pas d’avance : le docteur y’avait posé un gériboire de gros plâtre tout autour du torse. En plus d’être achalant, ça le rendait ben que trop facile à spotter.

Le lendemain matin, aux aurores, Léo vola une froque de soldat assez grosse pour deux gars pis se poussa en douce. Pis, tu parles d’un adon, un Jeep de l’armée de l’air s’en allait justement à Nimègue, pis y’avait une place de libre à bord. En arrivant là-bas, il tomba face à face avec la mère d’Antoinette, qui comprenait pas pantoute ce qu’y faisait là :

« Ben voyons! Vous êtes pas censé être parti libérer la Hollande, vous? » 

Les Slepenbeck étaient quand même ben contents de le voir. Ils l’invitèrent à rester une secousse, le temps de prendre du mieux. Un mois après, Léo alla voir M. Slepenbeck pis lui dit :

« Le père, j’voudrais avoir une scie, sivouplaît. »

Y sortit dehors avec la scie; toute la famille avait le nez collé dans’fenêtre pour voir ce qu’y allait faire avec ça.

Scritch, scritch, scritch : après plusieurs coups de scie ben précis, les deux moitiés du plâtre à Léo tombèrent à terre dans’cour. Y’avait rien au monde pour retenir Léo Major : ni les mines, ni les grenades, ni les Nazis, pis encore moins les gériboires de gros plâtres.

Après ça, Léo retrouva son bataillon, qui avançait de plus en plus creux dins Pays-Bas, libérant ville après ville avec l’aide de la résistance hollandaise. Partout sur le passage des Canadiens, les habitants, fous comme des balais, les accueillaient en criant des mercis pis des hourras. À Zutphen, Léo se paya tout un trip en se faufilant tout seul pis en éliminant des tireurs d’élite pis des officiers SS avant même que les troupes canadiennes rentrent dans’ville.

Pis là, le Régiment de la Chaudière arriva devant Zwolle.

La ville était vraiment ben défendue : les Allemands y tenaient, parce que c’était une place importante pour le transport des troupes pis des marchandises à cause des routes pis des chemins de fer qui passaient par là. En plus, y’avait des détachements de la Gestapo pis des services de renseignement des SS, faique on s’entend que les Alliés avaient tout intérêt à y aller.

Comme les officiers avaient réussi à mettre la main sur des cartes de la ville grâce à la résistance, y savaient exactement où frapper. Le commandant du régiment ordonna donc à l’artillerie de tirer sur les spots marqués sur les cartes.

Mais là, pendant qu’y regardait ses hommes placer les canons, le commandant eut comme un doute. Y’avait encore des milliers d’habitants dans la ville, pis les tirs risquaient de faire ben des morts. Faique y’appela ses éclaireurs pis demanda deux volontaires pour aller en reconnaissance dans Zwolle, histoire de se faire une idée de ce qui se passait là. Sans grande surprise, Léo se proposa tusuite. L’autre volontaire, c’était Willy Arsenault. J’vous avais pas parlé de lui encore, mais Willy, c’était le grand chum de Léo, qu’il avait connu pendant son entraînement militaire. Y’était dans la même gang que lui pendant de Débarquement de Normandie, pis y’avait pas mal le même caractère. Les deux se faisaient confiance, pis y formaient un duo de feu.

Faique Léo pis Willy regardèrent les cartes pis décidèrent d’attendre la nuite, se disant que ça serait plus facile de se faufiler dans le noir. Ils pognèrent des rations de chocolat, de café pis de thé, une miche de pain pis ben des cigarettes pour eux-autres mêmes, pis chacun leur Sten gun – une petite mitraillette – des munitions pis un sac de grenades à fragmentation pour les Allemands. 

En fin d’après-midi, y s’en allèrent à la ferme des Van Gerner, à l’est de Zwolle, pour attendre qui fasse noir. Y parlaient pas français ni anglais, mais y’étaient ben contents de voir des Canadiens – ça pouvait juste être des mauvaises nouvelles pour les Allemands. Y capotèrent ben raide quand Willy sortit le chocolat de son sac – ça faisait des années qu’y avaient pas vu ça!

À force de pointer pis de faire des sparages, le fils des Van Gerner réussit à leur montrer les places où y’avait des Allemands, la meilleure façon de rentrer dans la ville, pis des points de repère pour leur éviter de s’écarter. Ça allait être ben utile.

Vers 11 h du soir, c’tait le temps de commencer la mission. Après avoir dit merci à la famille, les deux Canadiens français s’en allèrent en direction de la ville. C’était carrément se jeter dans la gueule du loup, mais y s’en sacraient – la seule chose qui comptait, c’était de trouver une façon de clairer les Allemands sans que l’artillerie ait besoin de tirer sur la ville.    

Pas loin de la ferme, y’avait un pont de chemin de fer. Léo s’enligna dessus en premier, sans faire de bruit, parce qu’y portait ses chouclaques, comme d’habitude. Willy devait suivre pas longtemps après.

« Voyons, comment ça, qu’y arrive pas? » se demanda Léo.

Pis là, y’entendit un bruit.

« Ah, le v’là! »

Mais là, PPRRRRRAAAAK! Une rafale de mitraillette, pis un cri de mort – dans la direction de où Willy était.

Léo tira tusuite, quasiment par réflexe. Y’avait huit Allemands d’embusqués dans le noir; y’en tua deux, pis les autres se sauvèrent en char vers la ville. Y se garrocha vers où Willy avait crié, pis comme de fait, c’qui craignait de pire était arrivé : y trouva son meilleur chum à terre, mort. Contrairement à Léo, y portait ses bottes, pis les Allemands l’avaient entendu passer sur le pont.

Léo aurait le temps plus tard d’être triste. Mais là, y’était en saint ciboire de tabarnak.

Y’aurait pu r’virer de bord pis renoncer à la mission, mais y savait que Willy aurait voulu qu’y continue. Y ramassa le corps de son ami pis le déposa à côté du chemin pour venir le chercher plus tard. Y pogna le Sten pis le sac de grenades à Willy, pis s’en alla vers la ville, prêt à décâlisser du Nazi. Y’avait du monde qui allaient payer à soir.

Partie 3


Source principale : Jocelyn Major (le fils de Léo), « N’oublions jamais ». HISTOMAG’44, no 57, décembre 2008-janvier 2009. https://www.39-45.org/histomag/mag-decembre2008.pdf

Léo Major, partie 1 – les faits d’armes d’un Canadien français

Un bon jour de 1968, à Montréal une gang de Hollandais sonnèrent à la porte chez Léo Major, un ancien sergent des Forces armées canadiennes qui avait servi pendant la Deuxième Guerre mondiale. Y voulaient inviter Léo au 25e anniversaire de la libération de la ville de Zwolle, aux Pays-Bas. En entendant ça, sa femme Pauline se demanda si a n’avait manqué des bouttes :

– Mais comment ça que mon Léo est invité, pis pas d’autres?
– Parce que c’est le libérateur de la ville de Zwolle. Pas un des libérateurs, là : LE libérateur. Y’a tout fait tout seul!

Quand les Hollandais furent partis, Pauline, en pleine science-fiction, avait une couple de questions pour son mari :

– Ben voyons, Léo, comment ça se fait que tu nous as jamais conté ça?
– Ben, j’voulais pas passer pour un vantard. Pis de toute façon, tu m’aurais-tu cru, tu penses?

Tsé, quand elle a rencontré Léo en 1951, Pauline avait dit qu’a n’avait plein son casse des soldats qui arrêtaient pas de se vanter de leurs exploits de guerre. C’tait pas tombé dans l’oreille d’un sourd…  

Léo, y’est né en 1921 à New Bedford, au Massachussetts. Son père était ouvrier pour les chemins de fer nationaux au Canada, pis y’était descendu aux États pour la job.

Pas longtemps après, les Major remontèrent vivre à Montréal, d’où c’qui venaient. Léo fut élevé par sa mère avec ses 12 frères et sœurs en pleine Grande Dépression; son père partait des semaines de temps sur les chantiers, pis quand y’arvenait à maison, ça y’arrivait d’être violent. C’tait pas jojo.

Faique quand Léo eut 18 ans, on s’imagine qu’y avait le goût de voir autre chose. C’tait pas un trippeux de drapeau pis de patrie tant que ça, mais quand l’armée se mit à chercher des volontaires pour aller se battre en Europe au début de la Deuxième Guerre mondiale, y s’est tusuite enrôlé.  

En 1940, y partit en Écosse avec le Régiment de la Chaudière. Y’était pas là pour se pogner le beigne : les hommes s’entraînaient du matin au soir, 6 jours semaine, 50 semaines par année.

En 1944, le régiment à Léo était fin prêt – jusse à temps pour le Débarquement de Normandie.

Le matin du jour J, Léo était dans une péniche de débarquement, en train de se faire brasser la couenne par une mer enragée noir, entouré de gars morts de peur pis pognés du mal de mer. Le pont était glissant de vomi. Là, son chum Larry Caissy lui dit :

– On va toute y passer, Léo. On va sauter sur une maudite mine. En plus, les autres régiments débarquent avec des tanks, pis nous autres on a yinque un bulldozer. On va se faire massacrer!
– Relaxe, Larry. T’as une bonne mitraillette pis tu vas être OK. On a un bulldozer, tandis que les autres ont juste des tanks. Attends de voir ce qu’on va faire avec!

Léo souriait en disant ça. C’était comme si y’avait pas peur pantoute.

Vers 8 h 30, Léo et son régiment débarquèrent sur la plage de Juno. Déjà là, y’étaient chanceux : y’en avait qui avaient coulé comme des roches avec leur équipement avant même de toucher terre. Plus loin, les hommes du Queen’s Own Rifles de Toronto, figés de peur, se faisaient ramasser par les mitraillettes allemandes.

Larry Caissy demanda à Léo :

– Est-ce qu’y sont morts ou y’attendent de recevoir une balle?
– Ouin, faut faire quequ’chose, sinon y vont se laisser massacrer!

Les balles faisaient toute arvoler : le sable, les roches, les corps… C’était l’enfer. Au beau milieu du carnage, Léo, Larry pis d’autres gars réussirent à se faufiler en-dessous du blockhaus où étaient les mitraillettes ennemies et posèrent une grenade : BOUM!

Après ça, y’eurent pas trop de misère à défoncer un boutte du mur avec le bulldozer. Léo pis sa gang rentrèrent dans le blockhaus; ils pognèrent une douzaine d’Allemands par surprise et les firent prisonniers. Pis là, un sergent des Queen’s Own Rifles – un Canadien anglais – arriva, crissa un coup de poing sur la gueule d’un des soldats allemands pis alla pour descendre les prisonniers, mais Léo le laissa pas faire :

– C’est pu des soldats, c’est des prisonniers. Pas de meurtre, c’tu clair?
– On fait pas de prisonniers, répondit le sergent.
– Nous-autres, oui, dit Blakeley, un des compagnons à Léo. Si ça vous tente de tuer des Allemands, allez vous en trouver. Ceux-la, y s’en viennent avec nous-autres.
Goddamn frogs! fit le sergent en s’en allant.  

Un des prisonniers prit la peine de dire merci à Léo.

À c’t’heure qu’y avait pu de mitraillettes, la plage de Juno était sécurisée, mais la journée était loin d’être finie.

Dans l’après-midi, Léo fut envoyé en mission de reconnaissance en arrière des lignes ennemies avec un autre éclaireur. Tandis qu’y marchaient cachés en arrière d’une haie, y virent un Hanomag – un char blindé allemand – qui s’en venait avec trois gars à bord.

Les Allemands étaient un peu au-dessus de leurs affaires; y fumaient pis y jasaient sans trop se méfier. Faique Léo pis l’autre éclaireur se mirent en position, pis quand le blindé passa à ras eux‑autres, Léo tira sur le chauffeur pis le pogna dans l’épaule.  

Un des soldats ennemis essaya de pogner son arme, mais PÂWF! Léo fut plus vite que lui et le tira lui aussi dans l’épaule. À ce moment-là, les Allemands comprirent qu’y f’raient mieux de filer doux. Léo et l’autre gars embarquèrent dans le blindé pis forcèrent le chauffeur à conduire jusqu’à la position des soldats canadiens anglais.

Mais là, eux-autres, y savaient pas que le blindé avait été saisi par deux Canadiens français! Faique y se mirent à tirer du canon anti-char. Y fallut que Léo monte su’l dessus du blindé avec les obus qui y sifflaient chaque bord des oreilles pour qu’y arrêtent. Léo, le sourire dans face, se dit :

« Ha! Une maudite chance que les Anglais savent pas tirer! »

Quand le blindé s’arrêta en avant des lignes, un officier anglais ordonna à Léo d’y remettre le blindé, mais y voulut rien savoir :

« Y’a été saisi par des Canadiens français, faique y s’en va chez les Canadiens français. »

L’officier se rendit ben compte que Léo était trop tête de cochon, faique il le laissa passer. Heille, comme si Léo allait laisser les Anglais ramasser toute la gloire!

Ça, c’était sa première journée de combat à vie. Y’aurait eu de quoi se vanter jusse avec ça, mais y faisait yinque commencer! 

Deux jours après le Débarquement, Léo fut encore envoyé en reconnaissance, près de la ville de Caen. Avec quatre autres Canadiens, y tomba face à face avec une patrouille de cinq soldats d’élite allemands. Pas le choix : Léo et les autres gars tirèrent en premier, tuant tous les Allemands sauf un, qui eut le temps de lancer une grenade au phosphore avant de passer l’arme à gauche.

La grenade péta jusse à côté de Léo, qui reçut de la bouette pis un tapon de débris en pleine face. Y’avait le visage brûlé pis y voyait pu rien. C’tait un cas d’hôpital.

Rendu là, le sous-officier infirmier lui dit :

– Bon, ben votre œil gauche est scrap. C’est ben d’valeur, jeune homme, mais va falloir te renvoyer en Angleterre. La guerre, c’est fini pour toé!
– Hein! Oubliez ça. Chuis franc-tireur, pis mon unité peut pas se passer de moé! Mon œil droit est ben correct; ça adonne ben, c’est lui que je prends pour viser!

Le sous-officier y fit un bandage avec un cache-œil pis le renvoya au combat. Léo trouvait ça ben drôle :

« Heille! J’ai l’air d’un pirate! »

C’te gars-là, y’avait rien pour le décourager.

Pendant les mois qui suivirent, les forces alliées continuèrent d’avancer de plus en plus creux dans le nord de la France pis en Belgique. Le 1er octobre, Léo pis son régiment étaient rendus aux Pays-Bas; ça commençait à faire loin de la Normandie pour acheminer le stock jusqu’au front. Faique ça prenait un port plus proche : celui d’Anvers, qui avait déjà été repris par les Anglais d’Angleterre. Mais pour que les bateaux puissent se rendre, fallait clairer les Allemands tout le long de l’estuaire de l’Escaut : ça, c’tait une job pour les Canadiens.

Pendant cette bataille-là, Léo trouva encore le tour de se faire remarquer. Autour de minuit, son commandant y dit :

« Léo, je veux que t’ailles voir si tu peux trouver les 50 p’tits nouveaux que j’ai envoyés en patrouille après-midi. Sont pas encore arvenus, pis j’commence à m’inquiéter pour eux-autres. »

Faique Léo se lâcha tout seul dans le noir, sans faire de bruit; y portait des chouclaques plutôt que des bottes quand il allait en patrouille. Ben de bonne heure le matin, il entra dans un village, pis y vit des fusils accotés sur un mur de maison. En allant plus proche, il spotta un tapon d’équipement militaire : des casses, des radios, des sacs à dos. Il entra dans une maison voisine pis fouilla le rez-de-chaussée. Y’avait pas un chat.

Il monta en haut. Par la fenêtre, il vit des tranchées creusées le long d’un canal. Y’avait plein de soldats allemands endormis, pis deux sentinelles. Après les avoir checkés attentivement pendant une petite secousse, y se dit :

« C’est de votre faute si chuis trempe pis gelé. Vous allez me le payer. »   

Faique là, savez-vous c’qu’y fit, le crinqué? Il s’en alla jusqu’au canal, ben silencieusement, s’approcha d’la première sentinelle pis la captura sans qu’a puisse s’astiner. Après, il se servit du gars comme appât pour capturer l’autre sentinelle.  

« Aweille! Amenez-moé à votre officier! »

L’officier eut même pas le temps de comprendre c’qui lui arrivait : Léo le désarma drette là pis pointa son fusil sur lui :

« Lève-toé pis réveille tes hommes. Vous vous en venez toutes avec moé. »  

Voyant qu’y était mieux de prendre son trou, l’officier allemand gueula un ordre à ses hommes, qui retroussèrent toutes sans résister, sauf un qui voulut pogner son fusil. L’innocent! Léo le descendit tusuite. Y’avait clairement pas compris à qui y’avait affaire!

« Tention! Les mains en l’air! » cria-t-il en allemand.

Les Allemands restèrent tellement frettes qu’ils levèrent les mains pis se mirent à marcher en file comme des enfants d’école dans la direction que Léo leur pointait avec son fusil.

C’tait ben beau, mais fallait qu’il les ramène à son régiment, ces prisonniers-là! Un m’ment’né, Léo tomba sur une gang de SS qui se mirent à y tirer dessus. Pas impressionné pour deux cennes, Léo continua de pousser ses prisonniers en avant, même si plusieurs furent blessés ou tués en traversant le village.

Pis là, un char d’assaut allié se pointa.

– C’est beau, on s’occupe de vos prisonniers, dirent les gars à bord.
– Chus correct, répondit Léo. Allez don tirer sur les SS à’place!

Faique Léo et sa trâlée d’Allemands continuèrent leur chemin. Pis là, vous me crèrez pas, mais c’est pas 10, pas 20, pas 30, mais avec QUATRE‑VINGT-TREIZE soldats que Léo arriva au poste de commandement du Régiment de la Chaudière! Son commandant avait la gueule à terre.

Vous allez peut-être me dire : « Franchement! Un gars tout seul qui a capturé 93 soldats ennemis? Tu nous prends-tu pour des valises? » J’vous comprends. Ça a pas d’allure. Pourtant, ça a ben l’air que c’est vrai. Même, pour ça, on voulut le décorer de la médaille de Conduite distinguée, mais y dit non parce que c’est le maréchal Montgomery – le numéro un des armées du Commonwealth – qui allait y donner, pis y voulait rien savoir, parce qu’il trouvait que c’était un gros incompétent.

Léo, c’tait un vrai.  

Pour être un héros, ça prend ben des qualités, mais ça prend aussi de la chance. Pis, c’est plate, mais Léo pouvait pas être chanceux pour toujours…

Partie 2


Source principale : Jocelyn Major (le fils de Léo), « N’oublions jamais ». HISTOMAG’44, no 57, décembre 2008-janvier 2009. https://www.39-45.org/histomag/mag-decembre2008.pdf

Æthelflæd, la princesse qui sacra une volée aux Vikings

**C’est une version remastérisée 4K Ultra HD Dolby Surround 7.1 d’un de mes plus anciens articles. Mais c’est pas juste « du vieux stock »! J’ai refait mes recherches, réorganisé le contenu et ajouté beaucoup de choses!


Au IXe siècle, ça allait ben mal en Angleterre. En fait, l’Angleterre comme telle existait même pas encore : c’était juste un tapon de petits royaumes anglo-saxons, comme la Mercie et le Wessex, attaqués de tous bords tous côtés par les Vikings qui pillaient, violaient, tuaient pis brûlaient tout ce qui bougeait – pis ce qui bougeait pas. Bref, c’était la grosse misère noire.

C’est dans ces années-là que grandit Æthelflæd*, la fille aînée d’Alfred, roi du Wessex. Alfred, qu’on a fini par appeler « le Grand », c’est le Charlemagne des Anglais : un protecteur des arts pis de l’éducation, qui rêvait d’un grand royaume uni. Il fit éduquer sa fille aussi ben que ses fils, pis la princesse en apprit beaucoup sur la politique et la guerre, juste à le regarder aller.

Quand Æthelflæd eut l’âge qu’y fallait, Alfred arrangea son mariage avec le seigneur Æthelred de Mercie, son voisin, histoire de se mettre chum avec. C’est de même qu’il scella une alliance militaire entre le Wessex et la Mercie pour mieux combattre les Vikings.

Là, vous devez être comme : « Voyons, c’tu moé, où y s’appellent toute Æthel-quequ’chose? » Vous avez rien vu : le père d’Alfred s’appelait Æthelwulf, ses frères s’appelaient Æthelbald, Æthelberht pis Æthelred, ses neveux s’appelaient Æthelhelm pis Æthelwold, pis une autre de ses filles s’appelait Æthelgifu. « Æthel », en vieil anglais, ça voulait dire « noble ». C’qui faut en retenir? Les nobles saxons, y manquaient peut-être d’imagination, mais y se prenaient pas pour de la marde.

Mais revenons à nos moutons. Pas longtemps après ses noces, Æthelflæd eut une fille, Ælfwynn. Normalement, son rôle, comme celui des autres femmes du temps, aurait dû se limiter à produire une trâlée d’héritiers – des gars, de préférence. Sauf que ça se passa pas de même :

« Bon, ben, mon mari, c’est ben d’valeur, mais c’est fini les mamours à partir d’à c’t’heure. J’ai fendu de bord en bord en accouchant d’Ælfwynn, pis c’est juste pas digne de la fille d’un roi de souffrir de même. Y’est pas question que je r’commence. »

En plus, quelques années plus tard, Æthelred, qui était pas mal plus vieux que sa femme, pogna une maladie qui le rendit grabataire et pas capable de s’occuper de son royaume. Faique Æthelflæd mit ses culottes et régna sur la Mercie à sa place.

Mais on s’entend qu’avec les Vikings dans le coin, c’était pas pour être relax. Pas intimidée pour deux cennes, Æthelflæd fortifia des villes, signa des traités, entre autres avec les Écossais, pis mena des campagnes militaires en son nom à elle, ce qui était vraiment pas ordinaire pour le temps. On se mit à parler d’elle jusque dans les autres royaumes.

C’est d’ailleurs des Irlandais que nous vient l’histoire de la bataille de Chester. Dans les « Annales fragmentaires », y racontent qu’un m’ment’né, Ingimund, un chef viking, pis sa gang de fiers-à-bras arsourdirent chez Æthelflæd, la falle ben basse :

– Bonjour, Votre Splendeur. Les Irlandais nous ont crissés dehors, pis on a nulle part où aller. On pourrait-tu s’installer dans votre boutte? Pas pour vous faire de la marde, là. On est tannés de la guerre pis du tuage. On veut juste s’installer tranquilles – une p’tite maison, une femme, une couple de vaches pis des flots. Vous voyez le genre? 
– Ouin…. Si vous promettez de vous tenir tranquilles, j’peux ben vous donner des terres pas loin de Chester, répondit Æthelflæd. Mais vous avez d’affaire à filer doux, c’tu clair?
– Oui oui, pas de trouble, Votre Magnificence. On va être fins, promis.

Ingimund s’installa donc où Æthelflæd lui avait dit. Mais là, y trouva ben vite que ses terres faisaient dur à côté des autres dans le boutte de Chester, faique il alla se lamenter à ses chums vikings qui restaient pas loin :

« Les gars, on ira pas chier loin avec des terres de marde. Un fou d’une poche, moé, comme si j’allais continuer de me barrer le dos à enlever des roches dans mon champ de ti-coune quand y’a plein de bonnes terres autour pis une ville bourrée de richesses qui attendent yinque d’être ramassées! Si on se met en gang pis on se rend à Chester, on va leur demander poliment de nous donner plus de terres. Pis si ça marche pas, ben on attaque, on tue tout le monde pis on prend la place. Ça marche-tu? »

Faique Ingimund et compagnie se préparèrent à marcher sur Chester. Y se pensaient ben fins, eux-autres-là : c’était pas le seigneur de Mercie pis sa femme – un vieil infirme pis une petite madame – qui allaient leur faire peur. Y le savaient pas encore, mais le sourire allait leur débarquer de dans la face. Assez raide à part ça.

C’est parce qu’Æthelflæd avait des oreilles partout, pis elle avait vite entendu parler de la petite jasette qu’Ingimund avait eue avec les autres chefs vikings. Elle niaisa pas avec la puck : elle rassembla drette là l’armée mercienne et clancha pour défendre la ville.

À son arrivée à Chester, Ingimund, comme prévu, demanda qu’on lui donne ce qu’y voulait, sous peine de crise de bacon meurtrière. Y se fit revirer de bord assez sec. Ça allait être le carnage.

Mais, loin d’être folle, Æthelflæd avait une idée ben précise. Elle commença par affronter les Vikings dans les champs autour de Chester. Puis, après une petite secousse, elle ordonna à ses troupes de rentrer dans la ville, comme s’ils se sauvaient.

Ingimund pis sa gang, tellement attisés qu’ils voyaient pu clair, partirent après les soldats d’Æthelflæd et les suivirent jusqu’à l’intérieur de la ville. C’était ben de valeur pour eux-autres, parce que dès qu’ils furent rentrés, Æthelflæd fit fermer les portes derrière eux, pis le reste des troupes merciennes, qui étaient restées cachées dans la ville, les défirent en bouttes jusqu’au dernier.

Æthelflæd était ben fine, mais fallait pas la prendre pour une valise.  

Rendu là, son père, Alfred, avait trépassé. Edward, le frère d’Æthelflæd, lui avait succédé sur le trône du Wessex. Faique pendant qu’Æthelred dépérissait dans sa chaise berçante, Edward et Æthelflæd formaient une équipe de feu contre les Vikings : fantasses, ils menèrent des raids jusque vraiment creux dans le royaume de Northumbrie occupé par l’ennemi.

Les Vikings trouvaient qu’ils commençaient à ambitionner. Faique un m’ment’né, pensant qu’Edward était parti au sud avec ses troupes, pis commettant eux-autres aussi l’erreur de pas se méfier d’Æthelflæd, ils descendirent la rivière Severn jusqu’au beau milieu de la Mercie et se payèrent la traite : pillage, violage, brûlage, tuage – la totale.

Sauf que quand ils voulurent arvirer de bord, les drakkars bourrés de stock volé, Æthelflæd et Edward les attendaient avec une brique pis un fanal à Tettenhall. Pognés entre deux armées, ils mangèrent une volée tellement épouvantable qu’ils s’en remirent jamais vraiment : les Vikings de Northumbrie furent carrément étêtés pis prirent leur trou sur un moyen temps.

Pis là, la maladie finit par achever Æthelred. La Mercie avait plus de seigneur. 

Alors, quand les nobles merciens se réunirent pour jaser succession, ça se passa à peu près de même :

– Bon, ben maudine, notre seigneur a trépassé. Quessé qu’on fait, gang? Y’a pas de gars pour lui succéder…
– Ben, je trouve que la créâture se débrouille pas pire, depuis quasiment dix ans. Si on faisait juste… la laisser continuer de même? C’tu dis de t’ça, toé, mon Ecgberht? – Pas fou, Beorhtfrith, pas fou pantoute! Pis toé, Cynewald, lâche le pichet d’hydromel pis dis nous c’que t’en penses!
– Euh… J’ai pas de trouble avec ça, moé! Faique c’est réglé. On se câlle-tu du sanglier pour fêter ça?

Æthelflæd reçut donc officiellement le titre de « dame des Merciens », faique aussi ben dire qu’elle était reine. Imaginez ça! Une femme sur le trône d’un royaume anglo-saxon, dans la société ultra-macho de l’époque! C’était jamais arrivé avant et ça rarriverait pas avant un méchant boutte.  

Pis pour elle, pas question de se remarier. Comme dit la Bible, « le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église », faique un nouveau mari aurait tout de suite pris possession de ses territoires pis l’aurait envoyée y faire une sandwich.

Faut dire qu’elle avait quand même raison de s’en faire avec ça.

Rendu là, son père, qui rêvait d’unir toutes les royaumes anglos-saxons, était mort. Edward, le frère d’Æthelflæd, qui lui avait succédé sur le trône du Wessex, trouvait lui aussi que ça serait pas pire pantoute d’être roi de toute l’Angleterre. Mais là, y’était ben embêté :

« Bon, qu’est-cé m’as faire, moé-là? Ch’peux pas être roi de toute l’Angleterre sans annexer la Mercie. Mais ça paraît mal en christie de tasser sa propre sœur pour pogner ses terres. »

Faique y fit un compromis : il prit possession des villes de Londres et d’Oxford, qui appartenaient à la Mercie. Ça envoyait un message à Æthelflæd : ch’taime ben, ma sœur, mais tu peux rester là yinque parce que chus pas un trou de cul.

Depuis la bataille de Tettenhall, l’équilibre des forces avait changé pour de vrai. Aethelflaed avait maintenant assez de lousse pour se lancer dans un gros programme de construction de forteresses drette dans la face des Vikings.

Quand elle eut fini, la dame de Mercie passa à l’offensive. Elle profita du fait qu’une partie des Vikings de Derby étaient dans le sud en train de se battre contre Edward pour s’emparer de la ville pis annexer la région au complet. Sa réputation de cheffe de guerre courageuse, efficace et ratoureuse grandissait.

Quand elle se pointa devant la ville de Leicester, occupée par les Vikings, le chef de la place savait ce qui était bon pour lui pis se rendit sans s’astiner.

Un m’ment’né, même les Vikings de la cité d’York décidèrent qu’il valait mieux pour eux-autres d’avoir Æthelflæd de leur bord, faique ils lui promirent leur loyauté en échange de sa protection.

Malheureusement, Æthelflæd mourut avant d’aller là-bas pour rendre ça officiel. Drette de même. Paf. On sait même pas de quoi. Sa fille Ælfwynn lui succéda, mais là, Edward, tanné d’attendre, dit :

« Ok, c’est beau, ma p’tite, Mononc va s’occuper du reste ».

Il shippa sa nièce dans un couvent et s’empara de la Mercie. Ça fit solidement chier les Merciens, mais c’tu voulais qu’y fassent?

C’est plate, mais il y eut quand même une consolation : Æthelstan, le fils d’Edward, avait été élevé chez Æthelflæd, qui s’occupa de son éducation. Il succéda à son père et devint le premier roi d’une Angleterre unie, en grande partie grâce aux succès militaires de sa brillante matante.


*Se prononce « étel-flède »


Sources principales
Le Registre mercien : http://www.dot-domesday.me.uk/mercia_three.htm
Les Annales fragmentaires d’Irlande : http://www.dot-domesday.me.uk/fragments.htm

Les Vikings arsoudent au Vinland, partie 4 : La dérape meurtrière de Freydis Eriksdottir

Partie 1
Partie 2
Partie 3

Freydis, la fille d’Erik le Rouge : c’te femme-là est une légende. Les artisses la représentent souvent comme une belle grande amazone, ses cheveux roux comme un incendie dans le soleil de minuit, avec une armure pis une épée pis toute la patente. Mais là, faudrait se slaquer l’imaginaire un peu, parce qu’on n’est pas dans les vues, pis c’est plus compliqué que ça. L’affaire, c’est que Freydis, dépendamment d’à qui qu’on demande, c’était une héroïne ou bedon une maudite faisant-mal, à l’argent pis sans scrupules.

Les deux principales sagas qui racontent la découverte du Vinland s’entendent pas pantoute sur le rôle de Freydis. À date, moé, j’me basais sur la Saga des Groenlandais. Mais dans la Saga d’Erik le Rouge, y’a une méchante anecdote trop bonne pour pas être racontée, faique j’vas commencer par ça.

Dans la Saga d’Erik le Rouge, Freydis était allée au Vinland en même temps que Thorfinn pis Gudrid. Pareil comme dans la Saga des Groenlandais, le beu fit peur aux Skrælings, sauf que là, y se sauvèrent, pis quand y’arvinrent quelques semaines après, c’était déjà pour attaquer le village. Entécas, je sais pas ce que le beu leur avait dit pour les crinquer de même, mais ça devait être une méchante vacherie (scusez-la).

Mais là, la puck roulait pas pour Thorfinn pis sa gang; les Skrælings étaient juste trop nombreux, faique les Vikings se mirent à battre en retraite.

C’est là que Freydis, enceinte jusqu’aux yeux, sortit de sa maison :

« Voyons, astie, qu’est-cé ça? Êtes-vous après vous sauver comme des pissous? Crime, si j’avais une arme, j’pourrais faire ben mieux que toute vous autres! »

Personne l’entendit, ou ben personne l’écouta, faique Freydis dut se sauver elle avec, mais ça allait pas vite vite à cause de sa bedaine. Rendue dans le bois, avec les Skrælings qui la rattrapaient, elle vit un Viking mort à terre et ramassa son épée. Elle se retourna vers ses poursuivants et se mit prête à se défendre. C’est là qu’elle se sortit les seins de la robe et lâcha un sacrament de cri de guerre en se crissant un gros coup du plat de l’épée sur la poitrine :

« YAAAAAAAAAAHHHHH!!!! »

Les Skrælings restèrent frettes en simonac devant cette espèce de déesse-mère en feu d’la mort qui tue qui hurlait après eux-autres en se frappant elle-même. Faique ils se dirent que ouin, finalement, ça leur tentait pu tant que ça d’attaquer, y’avaient oublié leur ragoût de phoque sur le rond, merci bonsoir! Ils revirèrent de bord et s’enfuirent tellement vite qu’un peu plus pis leurs canots partaient sur la trace.

Thorfinn pis les autres hommes vinrent la trouver pis la félicitèrent pour son courage. Heille, y devaient-tu filer cheap, un peu?

Faique revenons à la Saga des Groenlandais, qui raconte pas la même affaire pantoute. Dans celle-là, Freydis, était mariée avec un gars qui s’appelait Thorvard. Elle, c’était une germaine qui pétait plus haut que le trou, pis lui, c’était un mou qui faisait toute c’qu’a voulait. Y’avait été choisi pour être son mari juste parce qu’y avait ben de l’argent.  

L’été que Thorfinn pis Gudrid arvinrent du Vinland, deux frères, Helgi pis Finnbogi, arrivèrent de Norvège pour passer l’hiver au Groenland. Freydis alla tusuite les voir :

« Heille, ça vous tenterait-tu d’aller au Vinland? J’ai quequ’chose à vous proposer. Vous prenez votre bateau, moé m’a m’en trouver un de mon bord, on embarque à 30 hommes chaque à part des femmes, pis on se sépare le butin égal entre nous autres. Ça a-tu de l’allure? »

Les frères trouvaient que ça avait ben du bon sens, faique Freydis alla voir Leif :

– Heille e’l frère, j’veux aller au Vinland moé avec, tu me donnes-tu la maison que t’as bâtie là-bas?
– J’veux ben te la prêter, la sœur, mais pas te la donner. D’un coup que j’voudrais y r’tourner, tsé.

Freydis, Helgi et Finnbogi venaient yinque de se lancer dins préparatifs de l’expédition, que déjà là, Freydis commençait à manigancer : elle leur passa en dessous du nez cinq hommes de plus que les 30 qu’elle était supposée avoir.

En mer, les deux bateaux étaient censés rester le plus proche possible, mais comme Helgi pis Finnbogi arrivèrent un peu avant Freydis, y commencèrent à s’installer dans la maison à Leif. Faique quand la fille d’Erik le Rouge vit ça, elle dit :

– Heille? Qu’est-cé que vous crissez dans’ maison à mon frère?
– Ben là, ch’pensais qu’on pouvait rester icitte, comme on avait dit avant de partir, répondit Finnbogi.
– Nanon, fit Freydis. C’t’à moé que Leif a prêté la maison, pas à toé, faique claire ta marde.
– T’es sérieuse, là?
– Heille, dit Helgi en r’gardant par-dessus l’épaule de Freydis, c’tu moé où t’as amené plus de monde que t’étais supposée?
– Ben oui, pis? Qu’est-cé que vous allez faire, les crisser à l’eau pour qui s’en retournent au Groenland à’ nage?
– Astie que t’es croche, Freydis, calvaire, dit Helgi en partant avec ses affaires, suivi du reste de sa gang.

Faique Helgi, Finnbogi et leurs gars se bâtirent une maison à eux-autres pas trop loin, tandis que Freydis et son monde se mirent à couper du bois pour remplir le bateau.

Rendu à l’hiver, les frères proposèrent que les deux gangs jouent à des jeux pour se désennuyer. Au début, ça allait pas pire, pis c’tait ben l’fun, mais après un boutte, la chicane pogna pour une niaiserie, faique finalement tout le monde passa le reste de l’hiver à bouder chacun dans son coin.  

Un matin de bonne heure, Freydis se leva, s’habilla pis partit nu-pieds chez Helgi pis Finnbogi, enveloppée dans la grosse cape en laine de son mari parce qu’y faisait frette pis humide. Quand elle arriva à leur maison, elle entra par la porte laissée à moitié ouverte par Helgi, qui était sorti pas longtemps avant ça, probablement pour tirer une pisse ou quequ’chose de même.

Elle resta longtemps dans le cadre de porte sans rien dire. Un m’ment’né, Finnbogi, écartillé dans son lit, l’aperçut :

– Freydis, c’tu fais-là? Tu m’as fait faire un astie de saut!
– J’aimerais que tu te lèves pis que tu viennes avec moé, j’veux qu’on parle.

Finnbogi était ben, lui, dans ses couvartes toutes chaudes, comme un p’tit écureux enveloppé dans sa queue, mais y s’habilla et suivit Freydis. Ils s’assirent sur une souche pas loin de la maison.

– Pis, comment tu trouves ça, icitte, Finnbogi? demanda Freydis.
– C’est pas pire, j’veux dire, la terre est riche pis toute, mais messemble qu’y’a un frette entre nous autres; je comprends pas pourquoi, pis je trouve ça plate pas mal.
– Ouin, moé’ssi je trouve ça, dit Freydis. Faique si chu v’nue te voir à matin, c’est parce que je voudrais échanger mon bateau contre le vôtre, qui est plusse gros. Ch’tannée d’être icitte. Je veux sacrer mon camp pis m’en retourner au Groenland.
– Ah, ben si c’est yinque ça, pas de trouble, ça va me faire plaisir, répondit Finnbogi.

Faique Freydis s’en alla chez elle, pis Finnbogi retourna en t’sour des couvartes. Rendue à’maison, Freydis alla se recoucher à côté de son mari pis le réveilla en y collant ses pieds frettes dans le dos.

– Aaghhhrrr!! C’tu fais là avec tes torvis de grands pieds frettes, saint simonac?
– Thorvard! J’arviens d’aller voir les frères, pis tu créras pas ce qu’y m’ont fait, s’exclama Freydis. Je voulais acheter leur bateau, parce qu’y est plusse gros que l’nôtre, tsé. Mais là, on dirait qu’y ont mal pris ça, ché pas pourquoi, pis y’ont commencé à me brasser pis à me traiter de noms! Après ça, y m’ont sacré une volée, les écœurants!
– Ben voyons, ma chérie, t’es tu correcte?
– Ah, chu correcte! Tu m’connais, chu toffe! Mais mon honneur, lui, c’t’une autre affaire!
– Euh…
– Ben oui, mon honneur, Thorvard! Pourquoi c’est faire que t’es pas déjà deboutte après réveiller tes gars pour aller me venger, maudit branleux?

Thorvard fit une face comme si a y’avait crissé un coup de pied dins gosses.

– Mais là, Freydis, ch’pas sûr que…
– Ben c’est ça, Thorvard, toé, t’es jamais sûr de rien! Tu restes tout le temps là, la bouche ouvarte comme un gros innocent! En tout cas, c’est d’valeur en maudit qu’on soye pas au Groenland, parce que mon frère, lui, ça f’rait longtemps qu’y aurait r’troussé pour me défendre! Astie, si t’es trop lâche pour aller venger mon honneur pis le tien, va falloir que tu te trouves une autre femme, mon gars!   

La voix de Freydis était comme une égoïne qui zigonnait dans son orgueil. Finalement, Thorvard, pu capable d’en prendre, sortit du litte. Y rassembla son monde pis alla à maison des deux frères. Helgi, Finnbogi pis toutes leurs hommes furent garrochés dehors en bobettes pis massacrés, aucun dialogue, flâwk tusuite.

Quand ils y eurent toute passé, Freydis dit :

– Ouin, pis les femmes, eux autres?
– Ben là, Freydis, elles, y t’ont rien faite!
– Donne-moé ta hache.

Freydis pogna la hache des mains de son mari pis rentra dans la maison. Y’eut des sons de bardassage pis des hurlements, pis pu rien. Freydis ressortit, la face pleine de sang pis l’air de quequ’un de satisfait de son ouvrage.

« Là, si on finit par artourner au Groenland, que j’en voye pas un aller bavasser, parce que je vais m’arranger pour qu’y dise pu jamais un mot… On va dire qu’y’ont tellement aimé ça icitte qu’y’ont décidé de rester, c’tu clair? »

Faique au début du printemps, Freydis pis sa gang remplirent le bateau des deux frères ben plein de bois pis d’autres bonnes affaires du Vinland pis s’en retournèrent chez eux.

Rendue au Groenland, Freydis se fit ben généreuse avec le monde de son expédition – c’tait évident qu’a donnait des cadeaux de tous bords tous côtés pour acheter le silence.

Mais ben crère, vous savez comment c’est, ça prend juste un soir de brosse pour qu’un épais s’ouvre la trappe, pis ça commence à mémérer partout dans’ colonie.

Quand Leif entendit ça, y’était crissement pas de bonne humeur. Y’alla chercher trois compagnons à Freydis par le chignon du cou pis les força à avouer ce qui s’était passé : y dirent tous les trois exactement la même affaire.

« Bon, qu’est-cé m’a faire? se demanda Leif. J’ai pas l’cœur de punir ma sœur comme j’sais qu’à mérite. Mais ch’prédis que ses enfants vont avoir d’la misère dans vie, à c’t’heure que ça se sait partout dans’colonie que leu mère est une croche qui a tué plein de monde. »

Faique a s’en est clairé, la maudite! C’est pratique pareil d’être la sœur du chef.

Après ça, les sagas parlent pu des voyages au Vinland. On s’imagine que les Vikings ont fini par laisser faire, étant donné que les Autochtones étaient déjà là pis qu’y’avaient l’avantage du nombre. Mais même si à c’t’heure, le pays s’appelle le Canada pis pas la République démocratique du Vinland, c’te gang de crinqués-là ont quand même faite un exploit que le monde est pas près d’oublier.

Source principale : HON. RASMUS B. ANDERSON, LL.D. The Norse Discovery of America, 1906. https://www.norron-mytologi.info/diverse/norsediscovery.pdf

Les Vikings arsoudent au Vinland, partie 3 : la colonie à Thorfinn pis Gudrid

Partie 1
Partie 2

Quequ’temps après que Leif arvint au Groenland pis que les Eriksson apprirent que Thorvald était mort au Vinland, y’eut une grosse épidémie. Erik, comme ben du monde, péta au frette, pis Leif devint le chef de la colonie.

Un bon jour, un riche marchand islandais, Thorfinn Karlsefni, arsoudut au Groenland, le bateau plein d’affaires à vendre. Le monde qui restaient là étaient ben heureux de voir arriver du nouveau stock – faut ben remplacer ça de temps en temps, ces esclaves-là, qu’y se disaient. Leif, lui, était énarvé comme un p’tit veau du printemps :

« Heille! Si c’est pas mon vieux chum Thorfinn! Ça fait une maudite secousse qu’on s’est pas vus! C’tu fais dans l’boutte d’icitte? Enwoye, rentre, mon homme! Dégreille-toé pis tire-toé une bûche! »

Faique il l’invita à passer l’hiver à Brattahlíð – qui voulait dire « côte à pic » – le domaine qu’il avait hérité de son père. La saison s’écoula dans le plaisir pis l’agrément, mais tandis que l’vent du Nord fessait comme un déchaîné sur la colonie, y’avait pas juste le feu de tourbe qui chauffait le dedans d’la maison à Leif – y’avait aussi la pâssion.

Pas longtemps avant ça, Leif avait accueilli chez eux son ex-belle-sœur, Gudrid. Ex-belle-sœur, parce qu’elle avait été mariée avec Thorstein, le troisième frère Eriksson. Elle était partie avec lui en expédition au Vinland pour ramener le corps de Thorvald, mais leur bateau avait été bardassé de tous les bords par la mer pour enfin se ramasser dans l’établissement de l’Ouest, un autre boutte de la colonie du Groenland. Pendant l’hiver, Thorstein était mort de maladie, pis Gudrid était revenue à Brattahlíð.

Ça a d’l’air que c’était une créâture pas comme les autres, belle comme une princesse, pis brave, pis fine pis pleine de jarnigoine. Thorfinn se reconnaissait pu. Y’était rendu poète!

« Ah! Gudrid, avec ses yeux qui brillent comme une lame de hache ben affilée à’lueur d’la pleine lune de janvier! »

Par Freyja, a y faisait oublier le p’tit Jésus! Faique y niaisa pas avec la puck et la demanda en mariage. Gudrid, qui le trouvait aussi pas mal de son goût, se fit pas prier, pis les noces eurent lieu pas longtemps après, dans le temps de Noël.

Mais là, Gudrid, elle, était restée sur sa faim après le flop de l’expédition avec Thorstein. Elle avait une âme d’exploratrice, pis a voulait y’aller, au Vinland, bon! Faique quand, au printemps, ça commença à jaser de retourner dans le Nouveau Monde, elle se mit tusuite à achaler Thorfinn :

« On pourrait fonder une vraie colonie! On emmènerait des bestiaux pis toute la patente. Pis pas juste des gars, là, des femmes aussi! On se partagerait les profits égal toute la gang. Qu’est-ce t’en penses? »

Thorfinn, en bon marchand qu’y’était, put pas résister à ce qui avait d’l’air d’une bonne affaire. Pis, on va se le dire, y’aurait fait n’importe quoi pour sa belle nouvelle femme. Faique il prit la mer avec soixante hommes, cinq femmes, un beu, pis une gang de vaches qui beuglaient comme des pardues dans le fond de la cale.

C’te fois-là, la traversée de Gudrid se passa numéro un, pis les colons arrivèrent toutes d’un boutte au Vinland. J’vous dis que les vaches étaient contentes en simonac de ravoir de l’harbe en d’sour des sabots!

Le premier été, tout fut tiguidou : une baleine s’échoua pas loin du village, ce qui donna de la viande pour un christie de boutte. Y’avait des fruits, du poisson, du gibier. C’tait ben plaisant. Après, vint l’hiver.  

Le deuxième été, par exemple, les colons vikings tombèrent face à face avec des Autochtones, qu’ils surnommèrent « skrælings » – on n’est pas sûrs de ce que ce mot‑là voulait dire, mais d’la manière que ça sonne, on se doute que ça devait pas être ben ben flatteur.

Mais comme Thorfinn était moins niaiseux que Thorvald, il vit qu’ils avaient des sacs remplis de peaux pis de fourrures, probablement pour troquer, faique il les laissa approcher. C’est le moment que le maudit beu à’marde choisit pour pousser un gros :

« MMEEEEEUUUUHHHHH!!!! »

Les skrælings, qui avaient jamais entendu un son de même de leur vie, pognèrent la chienne et partirent à courir comme des malades. Ils essayèrent même de rentrer dans la maison à Thorfinn et Gudrid, mais Thorfinn bloqua la porte.

Faique là, t’avais une gang de Vikings d’un bord, pis une gang d’Autochtones de l’autre, plongés dans un silence malaisant pis tendu, pas trop sûrs de qu’est-ce qui fallait faire.

Finalement, les Autochtones ouvrirent leurs sacs pour montrer ce qu’il y avait dedans. Ben crère qu’ils voulaient échanger leurs fourrures contre les belles lames en fer des Vikings.

« Que j’en voye pas un leur donner son épée! Faut pas leur mettre ça entre les mains, avertit Thorfinn. Gudrid – toé pis les autres femmes, apportez-leur du lait, voir si y’en veulent. »

Les skrælings avaient jamais vu ça, du lait de vache, pis y trouvèrent ça bon en ti-péché. Ils échangèrent toutes leurs fourrures pour pouvoir se remplir la panse, pis repartirent de y’où c’qu’y’étaient venus.

Même si y’était rien arrivé de plate, Thorfinn, lui, était pas trop rassuré de savoir qu’y’étaient pas tout seuls dans l’boutte. Surtout qu’en plus, Gudrid était enceinte! Faique il fit construire une grosse palissade en bois autour du village. Pas longtemps après, Gudrid accoucha du premier Européen né en Amérique, un beau gros garçon que les heureux parents appelèrent Snorri. Tsé, j’vous l’avais dit que Gudrid, c’était une toffe : fallait le faire pareil, accoucher au milieu de nulle part en terrain semi hostile!

Au début du deuxième hiver, les Autochtones se repointèrent la face, encore avec des sacs pleins de peaux pis de fourrures à troquer. Sauf que là, ça se passa pas aussi ben que la première fois : un skræling essaya de pogner l’arme d’un des hommes, qui lui crissa aussitôt en plein front. Ça le tua ben net.

Les autres Autochtones se sauvèrent, laissant là toute leur stock. Mais Thorfinn savait que ça en resterait pas là, faique il se prépara pour la bataille.

« Bon ok, faut qu’on se parle. Ch’pas mal sûr qui vont arvenir avec plus de monde pour nous attaquer. M’a vous dire c’qu’on va faire. Vous-autres, allez su’l dessus du cap là-bas pour qu’y vous voyent. Les autres, allez dans le bois pis coupez des arbres pour faire de la place pour les vaches. Quand les skrælings vont s’en aller pour attaquer les gars sur le cap, nous-autres on va sortir du bois pis les prendre par surprise. Ah, pis on va mettre e’l beu en avant – y’a eu l’air de ben les épeurer l’autre fois. »

Quand les skrælings arrivèrent au spot que Thorfinn avait choisi, les Vikings sortirent du bois en hurlant, avec comme mascotte le beu paniqué ben raide. Pendant la bataille, beaucoup d’Autochtones furent tués.

Un m’ment’né, un des skrælings ramassa une hache viking qui était tombée à terre. Après l’avoir checkée une petite secousse, il la leva dins airs et en crissa un coup à un de ses compatriotes qui passait par là. J’sais pas trop à quoi y s’attendait en faisant ça, mais, euh, oups : le gars tomba raide mort.

Pas loin, y’avait un autre Autochtones qui avait toute vu ça aller. Y’était grand, large pis narfré; à son air fier pis son dos ben drette, Thorfinn se dit que c’était probablement le chef.

Faique là, le peut-être chef s’approcha du tata à la hache et y prit des mains, l’air de dire « Da-moé ça, toé! »

Il checka l’arme lui’ssi, pis, sans dire un mot, la garrocha au bout de ses bras, jusque dans la mer.

Après ça, les skrælings crissèrent leur camp par le bois, et on les revit plus de l’hiver.

Rendu au printemps, Thorfinn pis Gudrid étaient pu sûrs que ça leur tentait de rester une autre année :

– Tsé, avec le p’tit pis toute, ça me tente pas de prendre de chance. D’un coup que les skrælings arviennent?
– T’as ben raison. On est juste pas assez de monde pour se défendre si y nous attaquent encore. Tsé, on le sait pas, y pourraient être encore plus la prochaine fois. M’a dire au monde qu’on s’en va.

C’est de même que se termina l’aventure de Thorfinn et Gudrid : comme les autres avant eux, y s’en retournèrent au Groenland, les bateaux pleins de fourrures, de bois pis de raisins. Après, avec leur pécule, ils allèrent s’installer en Islande.

Pis, L’Anse-aux-Meadows, c’était tu ça, le camp à Thorfinn Karlsefni? Ça se peut, parce qu’en fouillant, on a trouvé des affaires qui prouvaient qu’y’avait eu des femmes à c’te place-là. Par exemple, y’avait un volant de fuseau, un gugusse qui servait à filer la laine. C’est une preuve béton, parce que tu peux être sûr qu’aucun homme aurait touché à ça de peur que la brimballe y tombe à terre.

En tout cas, on le saura jamais vraiment.

Mais, heille! Je vous avais dit qu’Erik le Rouge avait eu quatre enfants, pis je vous ai pas encore parlé de sa fille, Freydis. Elle, en tout cas, a n’avait d’dans, pis y’était pas question qu’a reste là à sécher comme un coton pendant que ses frères s’épivardaient dans le Nouveau Monde.

J’vous conte ça la semaine prochaine!


Partie 4

Source principale : HON. RASMUS B. ANDERSON, LL.D. The Norse Discovery of America, 1906. https://www.norron-mytologi.info/diverse/norsediscovery.pdf