Æthelflæd, la princesse qui sacra une volée aux Vikings

**C’est une version remastérisée 4K Ultra HD Dolby Surround 7.1 d’un de mes plus anciens articles. Mais c’est pas juste « du vieux stock »! J’ai refait mes recherches, réorganisé le contenu et ajouté beaucoup de choses!


Au IXe siècle, ça allait ben mal en Angleterre. En fait, l’Angleterre comme telle existait même pas encore : c’était juste un tapon de petits royaumes anglo-saxons, comme la Mercie et le Wessex, attaqués de tous bords tous côtés par les Vikings qui pillaient, violaient, tuaient pis brûlaient tout ce qui bougeait – pis ce qui bougeait pas. Bref, c’était la grosse misère noire.

C’est dans ces années-là que grandit Æthelflæd*, la fille aînée d’Alfred, roi du Wessex. Alfred, qu’on a fini par appeler « le Grand », c’est le Charlemagne des Anglais : un protecteur des arts pis de l’éducation, qui rêvait d’un grand royaume uni. Il fit éduquer sa fille aussi ben que ses fils, pis la princesse en apprit beaucoup sur la politique et la guerre, juste à le regarder aller.

Quand Æthelflæd eut l’âge qu’y fallait, Alfred arrangea son mariage avec le seigneur Æthelred de Mercie, son voisin, histoire de se mettre chum avec. C’est de même qu’il scella une alliance militaire entre le Wessex et la Mercie pour mieux combattre les Vikings.

Là, vous devez être comme : « Voyons, c’tu moé, où y s’appellent toute Æthel-quequ’chose? » Vous avez rien vu : le père d’Alfred s’appelait Æthelwulf, ses frères s’appelaient Æthelbald, Æthelberht pis Æthelred, ses neveux s’appelaient Æthelhelm pis Æthelwold, pis une autre de ses filles s’appelait Æthelgifu. « Æthel », en vieil anglais, ça voulait dire « noble ». C’qui faut en retenir? Les nobles saxons, y manquaient peut-être d’imagination, mais y se prenaient pas pour de la marde.

Mais revenons à nos moutons. Pas longtemps après ses noces, Æthelflæd eut une fille, Ælfwynn. Normalement, son rôle, comme celui des autres femmes du temps, aurait dû se limiter à produire une trâlée d’héritiers – des gars, de préférence. Sauf que ça se passa pas de même :

« Bon, ben, mon mari, c’est ben d’valeur, mais c’est fini les mamours à partir d’à c’t’heure. J’ai fendu de bord en bord en accouchant d’Ælfwynn, pis c’est juste pas digne de la fille d’un roi de souffrir de même. Y’est pas question que je r’commence. »

En plus, quelques années plus tard, Æthelred, qui était pas mal plus vieux que sa femme, pogna une maladie qui le rendit grabataire et pas capable de s’occuper de son royaume. Faique Æthelflæd mit ses culottes et régna sur la Mercie à sa place.

Mais on s’entend qu’avec les Vikings dans le coin, c’était pas pour être relax. Pas intimidée pour deux cennes, Æthelflæd fortifia des villes, signa des traités, entre autres avec les Écossais, pis mena des campagnes militaires en son nom à elle, ce qui était vraiment pas ordinaire pour le temps. On se mit à parler d’elle jusque dans les autres royaumes.

C’est d’ailleurs des Irlandais que nous vient l’histoire de la bataille de Chester. Dans les « Annales fragmentaires », y racontent qu’un m’ment’né, Ingimund, un chef viking, pis sa gang de fiers-à-bras arsourdirent chez Æthelflæd, la falle ben basse :

– Bonjour, Votre Splendeur. Les Irlandais nous ont crissés dehors, pis on a nulle part où aller. On pourrait-tu s’installer dans votre boutte? Pas pour vous faire de la marde, là. On est tannés de la guerre pis du tuage. On veut juste s’installer tranquilles – une p’tite maison, une femme, une couple de vaches pis des flots. Vous voyez le genre? 
– Ouin…. Si vous promettez de vous tenir tranquilles, j’peux ben vous donner des terres pas loin de Chester, répondit Æthelflæd. Mais vous avez d’affaire à filer doux, c’tu clair?
– Oui oui, pas de trouble, Votre Magnificence. On va être fins, promis.

Ingimund s’installa donc où Æthelflæd lui avait dit. Mais là, y trouva ben vite que ses terres faisaient dur à côté des autres dans le boutte de Chester, faique il alla se lamenter à ses chums vikings qui restaient pas loin :

« Les gars, on ira pas chier loin avec des terres de marde. Un fou d’une poche, moé, comme si j’allais continuer de me barrer le dos à enlever des roches dans mon champ de ti-coune quand y’a plein de bonnes terres autour pis une ville bourrée de richesses qui attendent yinque d’être ramassées! Si on se met en gang pis on se rend à Chester, on va leur demander poliment de nous donner plus de terres. Pis si ça marche pas, ben on attaque, on tue tout le monde pis on prend la place. Ça marche-tu? »

Faique Ingimund et compagnie se préparèrent à marcher sur Chester. Y se pensaient ben fins, eux-autres-là : c’était pas le seigneur de Mercie pis sa femme – un vieil infirme pis une petite madame – qui allaient leur faire peur. Y le savaient pas encore, mais le sourire allait leur débarquer de dans la face. Assez raide à part ça.

C’est parce qu’Æthelflæd avait des oreilles partout, pis elle avait vite entendu parler de la petite jasette qu’Ingimund avait eue avec les autres chefs vikings. Elle niaisa pas avec la puck : elle rassembla drette là l’armée mercienne et clancha pour défendre la ville.

À son arrivée à Chester, Ingimund, comme prévu, demanda qu’on lui donne ce qu’y voulait, sous peine de crise de bacon meurtrière. Y se fit revirer de bord assez sec. Ça allait être le carnage.

Mais, loin d’être folle, Æthelflæd avait une idée ben précise. Elle commença par affronter les Vikings dans les champs autour de Chester. Puis, après une petite secousse, elle ordonna à ses troupes de rentrer dans la ville, comme s’ils se sauvaient.

Ingimund pis sa gang, tellement attisés qu’ils voyaient pu clair, partirent après les soldats d’Æthelflæd et les suivirent jusqu’à l’intérieur de la ville. C’était ben de valeur pour eux-autres, parce que dès qu’ils furent rentrés, Æthelflæd fit fermer les portes derrière eux, pis le reste des troupes merciennes, qui étaient restées cachées dans la ville, les défirent en bouttes jusqu’au dernier.

Æthelflæd était ben fine, mais fallait pas la prendre pour une valise.  

Rendu là, son père, Alfred, avait trépassé. Edward, le frère d’Æthelflæd, lui avait succédé sur le trône du Wessex. Faique pendant qu’Æthelred dépérissait dans sa chaise berçante, Edward et Æthelflæd formaient une équipe de feu contre les Vikings : fantasses, ils menèrent des raids jusque vraiment creux dans le royaume de Northumbrie occupé par l’ennemi.

Les Vikings trouvaient qu’ils commençaient à ambitionner. Faique un m’ment’né, pensant qu’Edward était parti au sud avec ses troupes, pis commettant eux-autres aussi l’erreur de pas se méfier d’Æthelflæd, ils descendirent la rivière Severn jusqu’au beau milieu de la Mercie et se payèrent la traite : pillage, violage, brûlage, tuage – la totale.

Sauf que quand ils voulurent arvirer de bord, les drakkars bourrés de stock volé, Æthelflæd et Edward les attendaient avec une brique pis un fanal à Tettenhall. Pognés entre deux armées, ils mangèrent une volée tellement épouvantable qu’ils s’en remirent jamais vraiment : les Vikings de Northumbrie furent carrément étêtés pis prirent leur trou sur un moyen temps.

Pis là, la maladie finit par achever Æthelred. La Mercie avait plus de seigneur. 

Alors, quand les nobles merciens se réunirent pour jaser succession, ça se passa à peu près de même :

– Bon, ben maudine, notre seigneur a trépassé. Quessé qu’on fait, gang? Y’a pas de gars pour lui succéder…
– Ben, je trouve que la créâture se débrouille pas pire, depuis quasiment dix ans. Si on faisait juste… la laisser continuer de même? C’tu dis de t’ça, toé, mon Ecgberht? – Pas fou, Beorhtfrith, pas fou pantoute! Pis toé, Cynewald, lâche le pichet d’hydromel pis dis nous c’que t’en penses!
– Euh… J’ai pas de trouble avec ça, moé! Faique c’est réglé. On se câlle-tu du sanglier pour fêter ça?

Æthelflæd reçut donc officiellement le titre de « dame des Merciens », faique aussi ben dire qu’elle était reine. Imaginez ça! Une femme sur le trône d’un royaume anglo-saxon, dans la société ultra-macho de l’époque! C’était jamais arrivé avant et ça rarriverait pas avant un méchant boutte.  

Pis pour elle, pas question de se remarier. Comme dit la Bible, « le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église », faique un nouveau mari aurait tout de suite pris possession de ses territoires pis l’aurait envoyée y faire une sandwich.

Faut dire qu’elle avait quand même raison de s’en faire avec ça.

Rendu là, son père, qui rêvait d’unir toutes les royaumes anglos-saxons, était mort. Edward, le frère d’Æthelflæd, qui lui avait succédé sur le trône du Wessex, trouvait lui aussi que ça serait pas pire pantoute d’être roi de toute l’Angleterre. Mais là, y’était ben embêté :

« Bon, qu’est-cé m’as faire, moé-là? Ch’peux pas être roi de toute l’Angleterre sans annexer la Mercie. Mais ça paraît mal en christie de tasser sa propre sœur pour pogner ses terres. »

Faique y fit un compromis : il prit possession des villes de Londres et d’Oxford, qui appartenaient à la Mercie. Ça envoyait un message à Æthelflæd : ch’taime ben, ma sœur, mais tu peux rester là yinque parce que chus pas un trou de cul.

Depuis la bataille de Tettenhall, l’équilibre des forces avait changé pour de vrai. Aethelflaed avait maintenant assez de lousse pour se lancer dans un gros programme de construction de forteresses drette dans la face des Vikings.

Quand elle eut fini, la dame de Mercie passa à l’offensive. Elle profita du fait qu’une partie des Vikings de Derby étaient dans le sud en train de se battre contre Edward pour s’emparer de la ville pis annexer la région au complet. Sa réputation de cheffe de guerre courageuse, efficace et ratoureuse grandissait.

Quand elle se pointa devant la ville de Leicester, occupée par les Vikings, le chef de la place savait ce qui était bon pour lui pis se rendit sans s’astiner.

Un m’ment’né, même les Vikings de la cité d’York décidèrent qu’il valait mieux pour eux-autres d’avoir Æthelflæd de leur bord, faique ils lui promirent leur loyauté en échange de sa protection.

Malheureusement, Æthelflæd mourut avant d’aller là-bas pour rendre ça officiel. Drette de même. Paf. On sait même pas de quoi. Sa fille Ælfwynn lui succéda, mais là, Edward, tanné d’attendre, dit :

« Ok, c’est beau, ma p’tite, Mononc va s’occuper du reste ».

Il shippa sa nièce dans un couvent et s’empara de la Mercie. Ça fit solidement chier les Merciens, mais c’tu voulais qu’y fassent?

C’est plate, mais il y eut quand même une consolation : Æthelstan, le fils d’Edward, avait été élevé chez Æthelflæd, qui s’occupa de son éducation. Il succéda à son père et devint le premier roi d’une Angleterre unie, en grande partie grâce aux succès militaires de sa brillante matante.


*Se prononce « étel-flède »


Sources principales
Le Registre mercien : http://www.dot-domesday.me.uk/mercia_three.htm
Les Annales fragmentaires d’Irlande : http://www.dot-domesday.me.uk/fragments.htm

Les Vikings arsoudent au Vinland, partie 4 : La dérape meurtrière de Freydis Eriksdottir

Partie 1
Partie 2
Partie 3

Freydis, la fille d’Erik le Rouge : c’te femme-là est une légende. Les artisses la représentent souvent comme une belle grande amazone, ses cheveux roux comme un incendie dans le soleil de minuit, avec une armure pis une épée pis toute la patente. Mais là, faudrait se slaquer l’imaginaire un peu, parce qu’on n’est pas dans les vues, pis c’est plus compliqué que ça. L’affaire, c’est que Freydis, dépendamment d’à qui qu’on demande, c’était une héroïne ou bedon une maudite faisant-mal, à l’argent pis sans scrupules.

Les deux principales sagas qui racontent la découverte du Vinland s’entendent pas pantoute sur le rôle de Freydis. À date, moé, j’me basais sur la Saga des Groenlandais. Mais dans la Saga d’Erik le Rouge, y’a une méchante anecdote trop bonne pour pas être racontée, faique j’vas commencer par ça.

Dans la Saga d’Erik le Rouge, Freydis était allée au Vinland en même temps que Thorfinn pis Gudrid. Pareil comme dans la Saga des Groenlandais, le beu fit peur aux Skrælings, sauf que là, y se sauvèrent, pis quand y’arvinrent quelques semaines après, c’était déjà pour attaquer le village. Entécas, je sais pas ce que le beu leur avait dit pour les crinquer de même, mais ça devait être une méchante vacherie (scusez-la).

Mais là, la puck roulait pas pour Thorfinn pis sa gang; les Skrælings étaient juste trop nombreux, faique les Vikings se mirent à battre en retraite.

C’est là que Freydis, enceinte jusqu’aux yeux, sortit de sa maison :

« Voyons, astie, qu’est-cé ça? Êtes-vous après vous sauver comme des pissous? Crime, si j’avais une arme, j’pourrais faire ben mieux que toute vous autres! »

Personne l’entendit, ou ben personne l’écouta, faique Freydis dut se sauver elle avec, mais ça allait pas vite vite à cause de sa bedaine. Rendue dans le bois, avec les Skrælings qui la rattrapaient, elle vit un Viking mort à terre et ramassa son épée. Elle se retourna vers ses poursuivants et se mit prête à se défendre. C’est là qu’elle se sortit les seins de la robe et lâcha un sacrament de cri de guerre en se crissant un gros coup du plat de l’épée sur la poitrine :

« YAAAAAAAAAAHHHHH!!!! »

Les Skrælings restèrent frettes en simonac devant cette espèce de déesse-mère en feu d’la mort qui tue qui hurlait après eux-autres en se frappant elle-même. Faique ils se dirent que ouin, finalement, ça leur tentait pu tant que ça d’attaquer, y’avaient oublié leur ragoût de phoque sur le rond, merci bonsoir! Ils revirèrent de bord et s’enfuirent tellement vite qu’un peu plus pis leurs canots partaient sur la trace.

Thorfinn pis les autres hommes vinrent la trouver pis la félicitèrent pour son courage. Heille, y devaient-tu filer cheap, un peu?

Faique revenons à la Saga des Groenlandais, qui raconte pas la même affaire pantoute. Dans celle-là, Freydis, était mariée avec un gars qui s’appelait Thorvard. Elle, c’était une germaine qui pétait plus haut que le trou, pis lui, c’était un mou qui faisait toute c’qu’a voulait. Y’avait été choisi pour être son mari juste parce qu’y avait ben de l’argent.  

L’été que Thorfinn pis Gudrid arvinrent du Vinland, deux frères, Helgi pis Finnbogi, arrivèrent de Norvège pour passer l’hiver au Groenland. Freydis alla tusuite les voir :

« Heille, ça vous tenterait-tu d’aller au Vinland? J’ai quequ’chose à vous proposer. Vous prenez votre bateau, moé m’a m’en trouver un de mon bord, on embarque à 30 hommes chaque à part des femmes, pis on se sépare le butin égal entre nous autres. Ça a-tu de l’allure? »

Les frères trouvaient que ça avait ben du bon sens, faique Freydis alla voir Leif :

– Heille e’l frère, j’veux aller au Vinland moé avec, tu me donnes-tu la maison que t’as bâtie là-bas?
– J’veux ben te la prêter, la sœur, mais pas te la donner. D’un coup que j’voudrais y r’tourner, tsé.

Freydis, Helgi et Finnbogi venaient yinque de se lancer dins préparatifs de l’expédition, que déjà là, Freydis commençait à manigancer : elle leur passa en dessous du nez cinq hommes de plus que les 30 qu’elle était supposée avoir.

En mer, les deux bateaux étaient censés rester le plus proche possible, mais comme Helgi pis Finnbogi arrivèrent un peu avant Freydis, y commencèrent à s’installer dans la maison à Leif. Faique quand la fille d’Erik le Rouge vit ça, elle dit :

– Heille? Qu’est-cé que vous crissez dans’ maison à mon frère?
– Ben là, ch’pensais qu’on pouvait rester icitte, comme on avait dit avant de partir, répondit Finnbogi.
– Nanon, fit Freydis. C’t’à moé que Leif a prêté la maison, pas à toé, faique claire ta marde.
– T’es sérieuse, là?
– Heille, dit Helgi en r’gardant par-dessus l’épaule de Freydis, c’tu moé où t’as amené plus de monde que t’étais supposée?
– Ben oui, pis? Qu’est-cé que vous allez faire, les crisser à l’eau pour qui s’en retournent au Groenland à’ nage?
– Astie que t’es croche, Freydis, calvaire, dit Helgi en partant avec ses affaires, suivi du reste de sa gang.

Faique Helgi, Finnbogi et leurs gars se bâtirent une maison à eux-autres pas trop loin, tandis que Freydis et son monde se mirent à couper du bois pour remplir le bateau.

Rendu à l’hiver, les frères proposèrent que les deux gangs jouent à des jeux pour se désennuyer. Au début, ça allait pas pire, pis c’tait ben l’fun, mais après un boutte, la chicane pogna pour une niaiserie, faique finalement tout le monde passa le reste de l’hiver à bouder chacun dans son coin.  

Un matin de bonne heure, Freydis se leva, s’habilla pis partit nu-pieds chez Helgi pis Finnbogi, enveloppée dans la grosse cape en laine de son mari parce qu’y faisait frette pis humide. Quand elle arriva à leur maison, elle entra par la porte laissée à moitié ouverte par Helgi, qui était sorti pas longtemps avant ça, probablement pour tirer une pisse ou quequ’chose de même.

Elle resta longtemps dans le cadre de porte sans rien dire. Un m’ment’né, Finnbogi, écartillé dans son lit, l’aperçut :

– Freydis, c’tu fais-là? Tu m’as fait faire un astie de saut!
– J’aimerais que tu te lèves pis que tu viennes avec moé, j’veux qu’on parle.

Finnbogi était ben, lui, dans ses couvartes toutes chaudes, comme un p’tit écureux enveloppé dans sa queue, mais y s’habilla et suivit Freydis. Ils s’assirent sur une souche pas loin de la maison.

– Pis, comment tu trouves ça, icitte, Finnbogi? demanda Freydis.
– C’est pas pire, j’veux dire, la terre est riche pis toute, mais messemble qu’y’a un frette entre nous autres; je comprends pas pourquoi, pis je trouve ça plate pas mal.
– Ouin, moé’ssi je trouve ça, dit Freydis. Faique si chu v’nue te voir à matin, c’est parce que je voudrais échanger mon bateau contre le vôtre, qui est plusse gros. Ch’tannée d’être icitte. Je veux sacrer mon camp pis m’en retourner au Groenland.
– Ah, ben si c’est yinque ça, pas de trouble, ça va me faire plaisir, répondit Finnbogi.

Faique Freydis s’en alla chez elle, pis Finnbogi retourna en t’sour des couvartes. Rendue à’maison, Freydis alla se recoucher à côté de son mari pis le réveilla en y collant ses pieds frettes dans le dos.

– Aaghhhrrr!! C’tu fais là avec tes torvis de grands pieds frettes, saint simonac?
– Thorvard! J’arviens d’aller voir les frères, pis tu créras pas ce qu’y m’ont fait, s’exclama Freydis. Je voulais acheter leur bateau, parce qu’y est plusse gros que l’nôtre, tsé. Mais là, on dirait qu’y ont mal pris ça, ché pas pourquoi, pis y’ont commencé à me brasser pis à me traiter de noms! Après ça, y m’ont sacré une volée, les écœurants!
– Ben voyons, ma chérie, t’es tu correcte?
– Ah, chu correcte! Tu m’connais, chu toffe! Mais mon honneur, lui, c’t’une autre affaire!
– Euh…
– Ben oui, mon honneur, Thorvard! Pourquoi c’est faire que t’es pas déjà deboutte après réveiller tes gars pour aller me venger, maudit branleux?

Thorvard fit une face comme si a y’avait crissé un coup de pied dins gosses.

– Mais là, Freydis, ch’pas sûr que…
– Ben c’est ça, Thorvard, toé, t’es jamais sûr de rien! Tu restes tout le temps là, la bouche ouvarte comme un gros innocent! En tout cas, c’est d’valeur en maudit qu’on soye pas au Groenland, parce que mon frère, lui, ça f’rait longtemps qu’y aurait r’troussé pour me défendre! Astie, si t’es trop lâche pour aller venger mon honneur pis le tien, va falloir que tu te trouves une autre femme, mon gars!   

La voix de Freydis était comme une égoïne qui zigonnait dans son orgueil. Finalement, Thorvard, pu capable d’en prendre, sortit du litte. Y rassembla son monde pis alla à maison des deux frères. Helgi, Finnbogi pis toutes leurs hommes furent garrochés dehors en bobettes pis massacrés, aucun dialogue, flâwk tusuite.

Quand ils y eurent toute passé, Freydis dit :

– Ouin, pis les femmes, eux autres?
– Ben là, Freydis, elles, y t’ont rien faite!
– Donne-moé ta hache.

Freydis pogna la hache des mains de son mari pis rentra dans la maison. Y’eut des sons de bardassage pis des hurlements, pis pu rien. Freydis ressortit, la face pleine de sang pis l’air de quequ’un de satisfait de son ouvrage.

« Là, si on finit par artourner au Groenland, que j’en voye pas un aller bavasser, parce que je vais m’arranger pour qu’y dise pu jamais un mot… On va dire qu’y’ont tellement aimé ça icitte qu’y’ont décidé de rester, c’tu clair? »

Faique au début du printemps, Freydis pis sa gang remplirent le bateau des deux frères ben plein de bois pis d’autres bonnes affaires du Vinland pis s’en retournèrent chez eux.

Rendue au Groenland, Freydis se fit ben généreuse avec le monde de son expédition – c’tait évident qu’a donnait des cadeaux de tous bords tous côtés pour acheter le silence.

Mais ben crère, vous savez comment c’est, ça prend juste un soir de brosse pour qu’un épais s’ouvre la trappe, pis ça commence à mémérer partout dans’ colonie.

Quand Leif entendit ça, y’était crissement pas de bonne humeur. Y’alla chercher trois compagnons à Freydis par le chignon du cou pis les força à avouer ce qui s’était passé : y dirent tous les trois exactement la même affaire.

« Bon, qu’est-cé m’a faire? se demanda Leif. J’ai pas l’cœur de punir ma sœur comme j’sais qu’à mérite. Mais ch’prédis que ses enfants vont avoir d’la misère dans vie, à c’t’heure que ça se sait partout dans’colonie que leu mère est une croche qui a tué plein de monde. »

Faique a s’en est clairé, la maudite! C’est pratique pareil d’être la sœur du chef.

Après ça, les sagas parlent pu des voyages au Vinland. On s’imagine que les Vikings ont fini par laisser faire, étant donné que les Autochtones étaient déjà là pis qu’y’avaient l’avantage du nombre. Mais même si à c’t’heure, le pays s’appelle le Canada pis pas la République démocratique du Vinland, c’te gang de crinqués-là ont quand même faite un exploit que le monde est pas près d’oublier.

Source principale : HON. RASMUS B. ANDERSON, LL.D. The Norse Discovery of America, 1906. https://www.norron-mytologi.info/diverse/norsediscovery.pdf

Les Vikings arsoudent au Vinland, partie 3 : la colonie à Thorfinn pis Gudrid

Partie 1
Partie 2

Quequ’temps après que Leif arvint au Groenland pis que les Eriksson apprirent que Thorvald était mort au Vinland, y’eut une grosse épidémie. Erik, comme ben du monde, péta au frette, pis Leif devint le chef de la colonie.

Un bon jour, un riche marchand islandais, Thorfinn Karlsefni, arsoudut au Groenland, le bateau plein d’affaires à vendre. Le monde qui restaient là étaient ben heureux de voir arriver du nouveau stock – faut ben remplacer ça de temps en temps, ces esclaves-là, qu’y se disaient. Leif, lui, était énarvé comme un p’tit veau du printemps :

« Heille! Si c’est pas mon vieux chum Thorfinn! Ça fait une maudite secousse qu’on s’est pas vus! C’tu fais dans l’boutte d’icitte? Enwoye, rentre, mon homme! Dégreille-toé pis tire-toé une bûche! »

Faique il l’invita à passer l’hiver à Brattahlíð – qui voulait dire « côte à pic » – le domaine qu’il avait hérité de son père. La saison s’écoula dans le plaisir pis l’agrément, mais tandis que l’vent du Nord fessait comme un déchaîné sur la colonie, y’avait pas juste le feu de tourbe qui chauffait le dedans d’la maison à Leif – y’avait aussi la pâssion.

Pas longtemps avant ça, Leif avait accueilli chez eux son ex-belle-sœur, Gudrid. Ex-belle-sœur, parce qu’elle avait été mariée avec Thorstein, le troisième frère Eriksson. Elle était partie avec lui en expédition au Vinland pour ramener le corps de Thorvald, mais leur bateau avait été bardassé de tous les bords par la mer pour enfin se ramasser dans l’établissement de l’Ouest, un autre boutte de la colonie du Groenland. Pendant l’hiver, Thorstein était mort de maladie, pis Gudrid était revenue à Brattahlíð.

Ça a d’l’air que c’était une créâture pas comme les autres, belle comme une princesse, pis brave, pis fine pis pleine de jarnigoine. Thorfinn se reconnaissait pu. Y’était rendu poète!

« Ah! Gudrid, avec ses yeux qui brillent comme une lame de hache ben affilée à’lueur d’la pleine lune de janvier! »

Par Freyja, a y faisait oublier le p’tit Jésus! Faique y niaisa pas avec la puck et la demanda en mariage. Gudrid, qui le trouvait aussi pas mal de son goût, se fit pas prier, pis les noces eurent lieu pas longtemps après, dans le temps de Noël.

Mais là, Gudrid, elle, était restée sur sa faim après le flop de l’expédition avec Thorstein. Elle avait une âme d’exploratrice, pis a voulait y’aller, au Vinland, bon! Faique quand, au printemps, ça commença à jaser de retourner dans le Nouveau Monde, elle se mit tusuite à achaler Thorfinn :

« On pourrait fonder une vraie colonie! On emmènerait des bestiaux pis toute la patente. Pis pas juste des gars, là, des femmes aussi! On se partagerait les profits égal toute la gang. Qu’est-ce t’en penses? »

Thorfinn, en bon marchand qu’y’était, put pas résister à ce qui avait d’l’air d’une bonne affaire. Pis, on va se le dire, y’aurait fait n’importe quoi pour sa belle nouvelle femme. Faique il prit la mer avec soixante hommes, cinq femmes, un beu, pis une gang de vaches qui beuglaient comme des pardues dans le fond de la cale.

C’te fois-là, la traversée de Gudrid se passa numéro un, pis les colons arrivèrent toutes d’un boutte au Vinland. J’vous dis que les vaches étaient contentes en simonac de ravoir de l’harbe en d’sour des sabots!

Le premier été, tout fut tiguidou : une baleine s’échoua pas loin du village, ce qui donna de la viande pour un christie de boutte. Y’avait des fruits, du poisson, du gibier. C’tait ben plaisant. Après, vint l’hiver.  

Le deuxième été, par exemple, les colons vikings tombèrent face à face avec des Autochtones, qu’ils surnommèrent « skrælings » – on n’est pas sûrs de ce que ce mot‑là voulait dire, mais d’la manière que ça sonne, on se doute que ça devait pas être ben ben flatteur.

Mais comme Thorfinn était moins niaiseux que Thorvald, il vit qu’ils avaient des sacs remplis de peaux pis de fourrures, probablement pour troquer, faique il les laissa approcher. C’est le moment que le maudit beu à’marde choisit pour pousser un gros :

« MMEEEEEUUUUHHHHH!!!! »

Les skrælings, qui avaient jamais entendu un son de même de leur vie, pognèrent la chienne et partirent à courir comme des malades. Ils essayèrent même de rentrer dans la maison à Thorfinn et Gudrid, mais Thorfinn bloqua la porte.

Faique là, t’avais une gang de Vikings d’un bord, pis une gang d’Autochtones de l’autre, plongés dans un silence malaisant pis tendu, pas trop sûrs de qu’est-ce qui fallait faire.

Finalement, les Autochtones ouvrirent leurs sacs pour montrer ce qu’il y avait dedans. Ben crère qu’ils voulaient échanger leurs fourrures contre les belles lames en fer des Vikings.

« Que j’en voye pas un leur donner son épée! Faut pas leur mettre ça entre les mains, avertit Thorfinn. Gudrid – toé pis les autres femmes, apportez-leur du lait, voir si y’en veulent. »

Les skrælings avaient jamais vu ça, du lait de vache, pis y trouvèrent ça bon en ti-péché. Ils échangèrent toutes leurs fourrures pour pouvoir se remplir la panse, pis repartirent de y’où c’qu’y’étaient venus.

Même si y’était rien arrivé de plate, Thorfinn, lui, était pas trop rassuré de savoir qu’y’étaient pas tout seuls dans l’boutte. Surtout qu’en plus, Gudrid était enceinte! Faique il fit construire une grosse palissade en bois autour du village. Pas longtemps après, Gudrid accoucha du premier Européen né en Amérique, un beau gros garçon que les heureux parents appelèrent Snorri. Tsé, j’vous l’avais dit que Gudrid, c’était une toffe : fallait le faire pareil, accoucher au milieu de nulle part en terrain semi hostile!

Au début du deuxième hiver, les Autochtones se repointèrent la face, encore avec des sacs pleins de peaux pis de fourrures à troquer. Sauf que là, ça se passa pas aussi ben que la première fois : un skræling essaya de pogner l’arme d’un des hommes, qui lui crissa aussitôt en plein front. Ça le tua ben net.

Les autres Autochtones se sauvèrent, laissant là toute leur stock. Mais Thorfinn savait que ça en resterait pas là, faique il se prépara pour la bataille.

« Bon ok, faut qu’on se parle. Ch’pas mal sûr qui vont arvenir avec plus de monde pour nous attaquer. M’a vous dire c’qu’on va faire. Vous-autres, allez su’l dessus du cap là-bas pour qu’y vous voyent. Les autres, allez dans le bois pis coupez des arbres pour faire de la place pour les vaches. Quand les skrælings vont s’en aller pour attaquer les gars sur le cap, nous-autres on va sortir du bois pis les prendre par surprise. Ah, pis on va mettre e’l beu en avant – y’a eu l’air de ben les épeurer l’autre fois. »

Quand les skrælings arrivèrent au spot que Thorfinn avait choisi, les Vikings sortirent du bois en hurlant, avec comme mascotte le beu paniqué ben raide. Pendant la bataille, beaucoup d’Autochtones furent tués.

Un m’ment’né, un des skrælings ramassa une hache viking qui était tombée à terre. Après l’avoir checkée une petite secousse, il la leva dins airs et en crissa un coup à un de ses compatriotes qui passait par là. J’sais pas trop à quoi y s’attendait en faisant ça, mais, euh, oups : le gars tomba raide mort.

Pas loin, y’avait un autre Autochtones qui avait toute vu ça aller. Y’était grand, large pis narfré; à son air fier pis son dos ben drette, Thorfinn se dit que c’était probablement le chef.

Faique là, le peut-être chef s’approcha du tata à la hache et y prit des mains, l’air de dire « Da-moé ça, toé! »

Il checka l’arme lui’ssi, pis, sans dire un mot, la garrocha au bout de ses bras, jusque dans la mer.

Après ça, les skrælings crissèrent leur camp par le bois, et on les revit plus de l’hiver.

Rendu au printemps, Thorfinn pis Gudrid étaient pu sûrs que ça leur tentait de rester une autre année :

– Tsé, avec le p’tit pis toute, ça me tente pas de prendre de chance. D’un coup que les skrælings arviennent?
– T’as ben raison. On est juste pas assez de monde pour se défendre si y nous attaquent encore. Tsé, on le sait pas, y pourraient être encore plus la prochaine fois. M’a dire au monde qu’on s’en va.

C’est de même que se termina l’aventure de Thorfinn et Gudrid : comme les autres avant eux, y s’en retournèrent au Groenland, les bateaux pleins de fourrures, de bois pis de raisins. Après, avec leur pécule, ils allèrent s’installer en Islande.

Pis, L’Anse-aux-Meadows, c’était tu ça, le camp à Thorfinn Karlsefni? Ça se peut, parce qu’en fouillant, on a trouvé des affaires qui prouvaient qu’y’avait eu des femmes à c’te place-là. Par exemple, y’avait un volant de fuseau, un gugusse qui servait à filer la laine. C’est une preuve béton, parce que tu peux être sûr qu’aucun homme aurait touché à ça de peur que la brimballe y tombe à terre.

En tout cas, on le saura jamais vraiment.

Mais, heille! Je vous avais dit qu’Erik le Rouge avait eu quatre enfants, pis je vous ai pas encore parlé de sa fille, Freydis. Elle, en tout cas, a n’avait d’dans, pis y’était pas question qu’a reste là à sécher comme un coton pendant que ses frères s’épivardaient dans le Nouveau Monde.

J’vous conte ça la semaine prochaine!


Partie 4

Source principale : HON. RASMUS B. ANDERSON, LL.D. The Norse Discovery of America, 1906. https://www.norron-mytologi.info/diverse/norsediscovery.pdf

Les Vikings arsoudent au Vinland, partie 2 : les voyages à Leif pis Thorvald

Partie 1

Leif, un des garçons à Erik, avait l’œil clair, l’esprit entreprenant pis ben d’la jarnigoine. Faique quand il entendit son père jaser avec Bjarni, les oreilles y retroussèrent tusuite :

« Une nouvelle terre? Faut que j’aille voir ça, moé! C’est ma chance de me faire un nom! »

Y fit pas ni une ni deux pis alla trouver Bjarni pour y poser des questions pis y’acheter son bateau. Après ça, y convainquit 35 gars de partir avec lui pis invita son père à devenir chef de l’expédition. Mais Erik, que les années commençaient à rattraper pas mal, répondit :

– Boaaarff, ch’pus en forme comme j’étais, t’sais! J’ai pu l’âge de m’énarver trop trop.
– Ben voyons, p’pa! Viens donc avec nous autres! T’es le découvreur du Groenland : tu vas être notre porte-bonheur! Enwoye don!

Flatté dans le sens du poil, Erik finit par dire oui. Mais la journée du départ, son cheval se planta comme un cabochon sur le chemin qui menait au quai, pis Erik tomba à terre et se fit mal au pied. Voyant ça comme un signe (ou une excuse), le vieux Viking dit :

– Non, moé, chuis pas dû pour découvrir d’autres places qu’icitte. Vas-y tout seul, mon gars, j’te fais confiance. Moé, j’m’en retourne trouver ta mère en avant du feu. Que le dieu Njord soye avec toé!
– P’pa, j’te l’ai dit que j’étais rendu chrétien!

Faique Leif rassembla sa gang pis mit l’cap sur l’inconnu, comme son père avait fait des années avant ça. Après une secousse à naviguer vers l’ouest, il aperçut une terre de roches plates qui s’étendaient de la mer jusqu’à un massif de montagnes de glace. Y’avait pas grand-chose d’intéressant là, mais Leif descendit pareil.

« Qu’y en ait pas un qui vienne dire que je suis branleux comme Bjarni. J’ai débarqué icitte pis j’vas donner un nom à la place : Helluland. »

Ça voulait dire « terre des roches plates ». C’était un peu facile, mais au moins y’a pas appelé ça « les roches à Leif », toujours ben.

Il poursuivit son chemin vers le sud, pis tomba ensuite sur une terre pleine d’arbres. Leif pis sa gang avaient la gueule à terre : y’avait de quoi en construire en simonac, des bateaux! Faique Leif nomma la place « Markland » ou « terre des forêts », pis repartit, en se promettant ben de faire un croche en revenant pour remplir sa cale de bois au ras-bord.

Ces deux places-là, on pense que c’était l’île de Baffin pis le Labrador, mais c’est après que ça devient moins clair.

Une bonne journée, Tyrker, un esclave allemand d’Erik que Leif aimait ben et considérait comme un deuxième père, revint pas au camp. Comme y’était rendu entre chien et loup, Leif commençait à stresser :

– Ben voyons, où c’qu’il est, Tyrker?
– Euh… On l’sait pas, y’était avec nous-autres, pis un m’ment’né, y’était pu là…
– Ben là! Gang de gnochons! J’vous avais dit de toujours rester ensemble! C’pas dur, messemble!
– Scusez! Y doit pas être loin! Veux-tu qu’on essaye de l’trouver?
– Na-non! Moé m’a y’aller, pis pas avec vous-autres! Ça se peut-tu être cave de même!

Faique Leif, en beau maudit, et 12 de ses compagnons partirent à la recherche de Tyrker. Ça prit pas grand temps pour qu’ils le voient sortir du bois, l’air toute de bonne humeur.

« Hein! T’étais où, son père? Pourquoi c’est faire que tu t’es écarté des autres pis que t’arrives tard de même? »

Tyrker avait pas l’air toute là : y parlait juste en allemand, roulait des yeux pis souriait comme un épais. Finalement, y dit dans la langue du Nord :

– Chus pas allé ben ben plus loin que vous-autres, pis j’ai trouvé quet’chose de pas pire pantoute : des vignes pis des raisins!
– Hein! T’es-tu sûr, son père?
– Ben crère! Là où c’que chus né, y’en avait en masse, d’la vigne, faique cré-moé que j’sais de quoi qu’ça a d’l’air!

Leif capotait. D’la vigne, heille! C’était ben au-dessus de tout ce qu’il aurait pensé trouver là. Le lendemain, il fit une annonce à sa gang :

« Ok les gars, changement de programme. À partir d’à c’t’heure, on explore pu : y’en a une gang qui vont couper des arbres, pis une autre gang qui va cueillir des raisins. On remplit le bateau ben accoté pis on s’en r’tourne au Groenland. Ah, pis icitte, à cause des vignes qu’on a trouvées, j’ai décidé d’appeler ça le Vinland. »

C’était où, exactement, le Vinland? Les savants s’astinent encore là-dessus. Le camp à Leif, c’est-tu celui qu’on a trouvé à L’Anse-aux-Meadows? Pas sûr pantoute. Là-bas, c’est plein de petits fruits nordiques qui font des batèche de bonnes confitures. Mais, des raisins? Ça se peut juste pas. Fait binque trop frette. En plus, dans les sagas, on dit que ça gelait même pas l’hiver. Parlez-en à un Terre-Neuvien – y va être crampé raide.

Faique, le Vinland, à Terre-Neuve? Oubliez ça. Certains disent que c’était au Nouveau-Brunswick. D’autres, au Maine ou au Massachussetts. Mais on le sait juste pas, parce qu’on n’a pas encore trouvé de preuve que les Vikings se sont rendus jusque‑là. P’t’être qu’un jour, quequ’un va tomber sur une épingle en cuivre vieille de 1 000 ans qui va changer toute ça…

Mais en tout cas, Leif, lui, savait c’était où, pis y le dit à d’autres. Son frère Thorvald, en l’entendant raconter toutes les belles affaires qu’il avait vues, devint tout énarvé :

« Ayoye, mon homme! C’est ben malade, ce que t’as découvert! Moéssi j’veux y aller! Tu me prêtes-tu ton bateau? Envoye-doooonc! »

Faique le printemps d’après, Thorvald partit au Vinland sur le bateau de Leif avec 30 de ses chums. Il explora tout le long de l’été, pis passa l’hiver dans le camp que Leif avait bâti. Au deuxième été, il repartit à la découverte.

Un jour, il arriva dans un estuaire, pis vit un cap qui s’avançait dans’mer, couvert de belle forêt. Il décida de débarquer pis d’aller sentir autour. Trouvant la place ben à son goût, il dit :

« Ouan, j’me construirais ben un chalet, icitte, moé! »

En retournant au bateau, Thorvald pis ses gars virent trois bosses bizarres sur la grève. En s’approchant, ils se rendirent compte que c’étaient trois canots en peau, avec trois hommes en dessous de chaque – des Autochtones. Thorvald, pas plus brillant que ça, cria : « POGNEZ-LES! »

Y’était pas le chef de la diplomatie européenne, mettons.

Ils tuèrent tous les hommes, sauf un, qui réussit à se sauver en canot.

Faique Thorvald et sa gang remontèrent sur le dessus du cap et virent plusieurs petites buttes de terre qui semblaient être des maisons. Mais ça les stressa pas plus qu’y faut, parce qu’ils retournèrent au bateau, se cantèrent et s’endormirent ben dur.

Mais là, leur beau dodo fut brutalement interrompu : du fond du bras de mer arrivait une trâlée de canots remplis d’Autochtones, pis ça prenait pas la tête à Papineau pour comprendre qu’y s’en venaient venger leurs compagnons.

Les gars sautèrent de leur litte comme des saumons qui remontent la Restigouche. Dans le bordel des flèches qui sifflaient pis du monde qui criaient, Thorvald dit :

« ‘Tention les gars! Essayez-pas de les attaquer, juste de vous défendre! Y vont peut-être se tanner! »

Pis soudain, les attaquants s’en allèrent, aussi rapidement qu’y étaient venus.

– Êtes-vous corrects, les gars? demanda Thorvald. Y’a-tu des blessés?
– Tout a l’air beau! Mais toé, Thorvald, ça va tu?

Le fils d’Erik le Rouge, ben sur l’adrénaline, prit le temps de se tchéquer, pis dit :

« Ah ben câline! Gorde ça, j’ai mangé une flèche dans le t’sour de bras! »

Il mit un genou à terre, et ses chums se garrochèrent pour le soutenir. Couché sur le pont du bateau de Leif, mourant, il leur dit :

« Bon, ben ça a l’air que je partirai pas d’icitte. Vous-autres, j’vous conseille de décâlisser au plus maudit. Mais avant, j’aimerais que vous me rameniez à la place que j’trouvais ben belle pis que vous m’enterriez là. C’est drôle pareil. J’aurais voulu un chalet, mais finalement, c’est ma tombe qui va être là… »

Et c’est de même que Thorvald Eriksson rendit l’âme, dans un premier rendez-vous botché entre l’Europe et l’Amérique.

Ses compagnons retournèrent au camp à Leif, remplirent le bateau de raisins pis de bois, pis repartirent au Groenland annoncer la nouvelle de la mort de Thorvald.

Une tragédie de même, ça aurait refroidi les ardeurs de pas mal de monde. Mais, heille! C’est des Vikings, qu’on parle, là! C’est pas une p’tite escarmouche qui allait leur faire peur. Faique l’été d’après, y’en avait déjà qui commençaient à jaser d’aller eux-autres avec tenter leur chance dans le Nouveau Monde.

Comment ça allait virer, toute ça? À suivre!

Partie 3


Source principale : HON. RASMUS B. ANDERSON, LL.D. The Norse Discovery of America, 1906. https://www.norron-mytologi.info/diverse/norsediscovery.pdf

Les Vikings arsoudent au Vinland, partie 1 : la saga d’Erik le Rouge

À l’extrême boutte du nord de Terre-Neuve, là où on peut presque chatouiller le t’sour des pieds du Labrador, se trouve une place ben mystérieuse, entre mer et swompe, perdue dans la brume : c’est L’Anse-aux-Meadows.

À cet endroit-là, que le monde du coin appelaient « le vieux camp d’Indiens », on pouvait voir de drôles de rectangles de terre, creux au milieu pis couverts d’herbe, binque trop à l’équerre pour être naturels. Quand des archéologues se mirent à fouiller là, dans les années 1960, ils découvrirent que c’était pas un camp autochtone pantoute : c’était en fait la preuve irréfutable qu’autour de l’an 1 000, les Vikings étaient venus virer jusqu’en Amérique du Nord, pis assez longtemps pour se construire un village.

C’était qui, ces crinqués-là, qui bravèrent les vagues, le vent pis les icebergs, à se geler le cul dans des bateaux ouverts aux voiles faites en laine, leurs vaches pis leurs bœufs à bord, avec jusse le soleil pis les étoiles pour savoir où c’qu’y allaient?

Pour le savoir, faut se plonger dans les sagas, les anciennes chroniques qui racontent l’histoire des Vikings.


Toute commença vers 870, dans une Norvège qui était pas encore un pays. Harald, roi de plusieurs petites garnottes de territoire qu’il avait soit conquises, soit héritées de son père, demanda en mariage la princesse Gyda, la fille de son voisin. Or, la belle, dédaigneuse, lui répondit :

« Pfft! T’es juste un p’tit roi de rien. T’auras ma main juste quand tu vas être roi de toute la Norvège! »

Faique Harald, insulté ben noir, répliqua : « Ah ouin? Check-moé ben aller, ma belle, tu créras pas à ça! »

Il jura alors de pas se couper ni se peigner les cheveux tant qu’il aurait pas conquis la Norvège au complet.

Ça lui prit dix ans – pendant ce temps-là, on le surnomma « Harald le Motté ». Pis quand il unifia le royaume et se coupa enfin la crigne, il devint roi sous le nom de « Harald aux Beaux Cheveux ».

L’affaire, c’est que les nobles norvégiens étaient pas trop contents de payer des impôts à leur nouveau roi sur des terres dont y’avaient autrefois été les seuls propriétaires. Faique y’en a une maudite gang qui paquetèrent leurs petits et s’en allèrent coloniser l’Islande, qui venait d’être découverte.

C’est quelques décennies plus tard qu’un certain Erik le Rouge arriva dans le décor. Comme son père avait été chassé de la Norvège pour « des meurtres » (quels meurtres, là, fouillez-moé, les sagas en disent pas plus là‑dessus), la famille s’en alla en Islande. Rendu là, quasiment toute le territoire était déjà occupé, faique Erik et sa famille durent s’arracher la vie sur un petit boutte de terre bourré de roches que personne avait encore réclamé.

À la mort de son père, Erik hérita de la ferme et se maria avec Thorhild, une fille dont la mère – fallait que vous le dise, c’est juste trop bon – répondait au doux nom de Thorbjorg Buste‑de‑bateau. J’vous laisse imaginer de quoi la madame avait l’air.

Un m’ment’né, les esclaves d’Erik (tout le monde en avait dans ce temps-là, c’était la grosse mode) allèrent se crisser où y’avaient pas d’affaire et causèrent un glissement de terrain qui détruisit la ferme d’un voisin. Pour se venger, Eyolf le Crotté, un membre de la famille du voisin en question, tua les esclaves. Erik, en beau maudit, tua Eyolf le Crotté pis un autre gars appelé Hrafn le Duelliste.

Faut savoir que dans ce temps-là, t’avais le droit de tuer ton voisin si y t’avait fait chier, mais seulement pendant un duel officiel avec des témoins. Erik, lui, avait pas pensé à ça, faique il fut déclaré coupable de meurtre pis banni temporairement de la région. Woups.

Tsé, quand tu prêtes ta varlope au gars qui reste en face, pis des mois plus tard, t’en as besoin, pis y te l’a pas encore ardonnée, faique là t’es pas de bonne humeur? Ben la suite, c’est un peu ça : c’est une chicane sanglante qui a éclaté à cause d’une… base de lit.  

(Photo de l’intérieur d’une maison reconstituée à L’Anse-aux-Meadows)

J’vous explique : dans les sagas, le mot qui est écrit, c’est setstokkr, pis les savants s’entendent pas trop sur ce que ça veut dire. Y’en a qui pensent que c’est des poteaux mystiques avec des runes gravées dessus que le père d’Erik avait apportés de Norvège; d’autres, que ça veut juste dire les planches qui servaient de plateforme pour s’asseoir pis dormir dans les maisons de ce temps-là. Moé, je choisis de dire que c’est une base de lit parce que c’est pas faux… pis c’est plus drôle.

Faique entécas, Erik, qui devait se faire discret pour un p’tit boutte, partit se réfugier sur une autre île. Le temps de se construire une autre maison, il confia les planches de sa base de lit à son chum Thorgest.

Pour les Vikings, le bois, c’était quet’chose de rare et de précieux, faique on s’entend que même si c’étaient pas des poteaux mystiques, Erik avait ben l’intention de ravoir ses setstokkr. Mais là, quand il se pointa chez Thorgest, le gars voulut pas y’ardonner!

Faique Erik fit pas ni une ni deux pis partit pareil avec sa base de lit (concrètement, on sait pas trop comment ça s’est passé, mais on se bâdrera pas trop avec les détails aujourd’hui). Thorgest pis sa gang se lâchèrent aussitôt après lui. Un peu plus loin, Thorgest rattrapa Erik, et ça vira à l’échauffourée. Bilan : plusieurs morts, dont deux des fils de Thorgest.

L’Islande au complet était maintenant déchirée par la base de lit de la discorde. Ok, j’exagère un peu, mais en tout cas, certains prirent le bord d’Erik, d’autres, le bord de Thorgest.  

Pis là, Thorgest alla se plaindre d’Erik au thing, l’assemblée des hommes libres qui servait entre autres de cour de justice, et réussit à le faire déclarer hors-la-loi pendant trois ans. Ça, ça voulait dire qu’Erik perdait tous ses droits et ses biens, pis que n’importe qui avait le droit de le tuer à vue.

Sentant la soupe chaude, Erik, caché par un de ses chums pendant que la gang à Thorgest le cherchait pour y faire la peau, prépara son bateau pour partir en expédition. Il dit aux hommes qui avaient pris son bord :

« Écoutez-moi ben : faut que je lève les feutres au plus crisse, mais j’ai nulle part où aller. Faique j’ai pensé à de quoi. Vous rappelez-vous de Gunnbjorn? Tsé, le gars qui a passé tout drette à cause d’une tempête, qui s’est retrouvé déporté vers l’ouest pis qui a vu une terre avec des grosses roches qu’il a appelée “les roches à Gunnbjorn”? Ben moé, je vais aller voir c’est quoi c’te terre‑là, pis m’a vous r’venir quand m’a l’avoir trouvée. »

C’est d’même qu’au printemps 982, Erik le Rouge, intrépide explorateur et, surtout, gars qui avait peur pour ses fesses, prit la mer vers des horizons inconnus.

Après avoir navigué vers l’ouest pendant une secousse, il vit enfin les roches dont Gunnbjorn avait parlé. Ensuite, il suivit la côte vers le sud et découvrit des baies abritées et des prairies toutes vertes. Pendant trois ans, il explora cette terre-là en donnant des noms à tout ce qu’il voyait – c’était une façon de prendre possession de la place :

– Ça, c’est l’île à Erik. Ça, c’est le fjord à Erik. Pis ça, c’est la butte à Erik.
– Cette anse-là, on pourrait-tu l’appeler l’anse à l’Ivoire? Ça ferait beau! Tsé, à cause des défenses des morses qui se tiennent là…
– Non, j’ai ben mieux que ça.
– Quoi?
– L’anse à Erik!

Comme vous voyez, y’était pas dû pour faire un poète.   

À l’été 985, sa hors-la-loi-itude était finie, faique il retourna en Islande recruter des familles pour coloniser sa nouvelle terre, qu’il avait appelée « Groenland », ou « terre verte », pour une raison ben simple :

« Pour attirer le monde, ça prend un nom vendeur! »

À défaut d’avoir de l’imagination, au moins y’avait le sens du marketing.

Il passa l’hiver chez un de ses chums, pis au printemps, il tomba sur nul autre que Thorgest, le gars de la base de lit.

Pas encore lui!

C’était comme deux matous qui tombent face à face dans une ruelle; les crocs pis les griffes sortirent, le ton monta pis la bagarre pogna. À la fin, c’est Thorgest qui gagna, mais heureusement, il tua pas Erik : dans un revirement qui sortait de nulle part, les deux hommes se raccommodèrent définitivement, pis ça finit en rires pis en grosses claques dans le dos. C’est si beau, l’accordéon!

À c’t’heure que c’t’affaire-là était réglée, Erik put se concentrer sur le recrutement de colons. Faut croire que le nom « Groenland » pognait fort : 35 bateaux partirent pour la nouvelle terre. Malheureusement, y’en a juste 14 qui se rendirent. Les autres coulèrent ou furent écartés de leur chemin par des tempêtes.

Malgré ça, la petite colonie s’en venait ben, même si la vie était toffe, au Groenland. Pis pour un ancien hors‑la‑loi, Erik était rendu pas pire pantoute aussi. Il était bien installé au fjord à Erik, il avait quatre enfants avec sa Thorhild – Thorstein, Leif, Thorvald et Freydis – pis y’avait été choisi comme chef de la colonie.

Un jour, un certain Bjarni Herjólfsson arriva au Groenland. Il était allé voir son père en Islande, mais rendu là, il s’était fait dire qu’il était parti avec Erik. Faique y’avait repris la mer avec son équipage pour aller le trouver.

Il fut bien reçu par Erik. Un soir que tout le monde était réuni autour du feu, avec plusieurs bocks dans le nez, Bjarni se mit à raconter ce qui lui était arrivé en se rendant au Groenland.

– Pis là, on s’est retrouvés pognés dans’brume pis on a dérivé pendant une méchante secousse. On savait pu pantoute où c’qu’on était! Après ça, le soleil est sorti, pis on a vu une terre qu’on connaissait pas, avec ben du bois. Mais là, moé, j’avais hâte de voir mon père, faique j’ai décidé de pas débarquer. Pis là, le vent est revenu du bon bord, pis on est arrivés icitte.
– Voyons, tu me niaises-tu? T’as trouvé une nouvelle terre, pleine de bois pour construire des bateaux, pis t’es pas débarqué? T’es ben épais! dit Erik.
– Ben là! J’voulais vraiment arriver icitte avant l’hiver!
– Franchement, c’est vraiment pas fort, ton affaire! Où c’qu’est ton sens de la découverte? Moé, à ta place, j’srais descendu sur un moyen temps!

Faique ça resta là. La nouvelle terre demeurait un mystère. Mais pas pour longtemps…


Partie 2


Source principale : HON. RASMUS B. ANDERSON, LL.D. The Norse Discovery of America, 1906. https://www.norron-mytologi.info/diverse/norsediscovery.pdf

L’histoire pas d’allure du marathon olympique de 1904

La course, de nos jours, c’est pu qu’une affaire! Tu peux pas juste te lâcher sur le trottoir un samedi matin en coton ouaté avec les vieux chouclaques que t’as trouvés en liquidation chez Sports Experts en 2003, la dernière fois qu’y t’a pogné l’envie d’aller au gym. Oh non! Ça te prend un ti kit en dry fit coordonné avec des souliers fluo qui ont l’air de des Hot Wheels achetés au Coin des coureurs avec l’aide de Jean-Simon, un grand slaque sympathique qui fait des ultramarathons de malade dans le désert pis qui étudie en physio. Faut que tu lises la revue Runner’s World, faut que tu t’achètes un sac banane high-tech pour tes bouteilles d’eau pis des ti gels avec des électrolytes. Ah, pis t’es pas un vrai tant que tu t’es pas mis des plasteurs sur les mamelons.

Par contre, ça a pas toujours été de même.

Pour vous donner une idée, au marathon olympique de 1904 à St. Louis, aux États-Unis, y’a un facteur cubain qui s’est pointé à la ligne de départ avec un gilet à grand’ manches lousses, des culottes longues qu’il avait coupées aux genoux pour faire comme des shorts, un béret pis des bottines. On était loin du ti kit en dry fit.

Félix Carvajal

Mais, entre vous pis moé, son linge était probablement l’affaire la moins bizarre de ce marathon-là : en fait, du début à la fin, ce fut un chiard que tout le monde aurait mieux aimé oublier.

Dans ce temps-là, le marathon, c’était l’épreuve reine des Jeux, mais à St. Louis, tout se passa tellement tout croche qu’on aurait dit que ça avait été organisé par ton mononcle alcoolique dans les trails de quatre-roues en arrière de chez eux pour le Festival du frappe-à-bord avec une commandite du garage Wilbrod Brodeur pis du dépanneur Chez Ginette.

Sur la ligne de départ, y’avait quelques marathoniens expérimentés, comme les Américains Thomas Hicks et William Garcia. Mais sinon, la majorité des coureurs qu’y avait là auraient jamais fait la sélection olympique d’à c’theure. Entre autres, y’avait :

  • Fred Lorz, un Américain qui s’entraînait de nuite après la job pis qui s’était qualifié en gagnant une course « spéciale » de 8 km qui avait rien à voir avec un marathon;
  • dix Grecs qui avaient jamais couru un marathon de leur vie;
  • Len Taunyane pis Jan Mashiani, deux Sud-Africains noirs qui se pointèrent nu-pieds;
  • pis, ben sûr, notre facteur cubain de tantôt, Félix Carvajal, qui avait perdu toute son argent en jouant aux dés en arrivant à la Nouvelle-Orléans pis qui avait dû se rendre à St. Louis sur le pouce, sans manger.

D’habitude, les longues courses de même, ça commence de bonne heure pour éviter aux coureurs la chaleur pis le soleil de midi, hein? Ben, pas là. Quand le signal de départ fut donné, y’était trois heures et quelques de l’après-midi, y faisait chaud pis humide comme dans le péteux de Lucifer, pis les gars se lâchèrent pour le plus épouvantable 40 km* de leur vie.  

Au début, c’était pas trop pire : les coureurs devaient faire deux fois le tour du stade olympique, sur le plat pis sur l’asphatte. Mais après, la course continuait sur un chemin de terre, pis là, ce fut l’enfer. Y’avait plein de côtes à monter pis à descendre. Y’avait de la roche partout, pis les gars manquaient tout le temps de se déverser les pieds. Les chars officiels avec les docteurs pis les entraîneurs à bord soulevaient de la poussière. Ça revolait dans la face des coureurs, qui toussaient à s’en arracher les poumons.

À part ça, personne avait rien faite pour barrer le chemin : les gars devaient se faufiler au travers des camions pis des wagons de train pis du monde qui promenaient leur chien. Dans ce bordel-là, c’t’un miracle que personne se soit faite écraser.

Pis comme si c’était pas assez de la marde de même, un jambon nommé James Sullivan – nul autre que l’organisateur en chef des Jeux – s’était mis dans la tête que ça serait pas pire de profiter du marathon pour voir ce que ça faisait quand t’empêchais le monde de boire pendant un gros effort physique. Faique il mit juste deux points d’eau sur toute le parcours : un réservoir à 9 km, un puits sur le bord du chemin à 20 km, pis rien pour les 20 derniers kilomètres. C’était une vraie décision de cabochon qui aurait pu coûter des vies – pis ça passa proche.

Les coureurs tombaient comme des mouches. À cause du manque d’eau, y’en a plusieurs qui pognèrent des crampes et durent abandonner, comme Fred Lorz, par exemple, qui décida d’arrêter pis de pogner un lift dans un des chars officiels. D’autres dégueulèrent sur le bord du chemin au point de pu pouvoir continuer. Pis une autre gang pogna le flux à cause de l’eau pas traitée au puits du kilomètre 20. 

Un des coureurs, William Garcia, avala tellement de poussière qu’il se déchira l’estomac pis faillit mourir au bout de son sang sur le bord du chemin. Ça valait la peine d’avoir des docteurs dans la place!

À regarder aller Félix Carvajal, on n’aurait pas cru qu’y courait un marathon olympique. Pas pressé pantoute, y s’arrêtait pour jaser avec le monde grâce au peu d’anglais qu’y connaissait. Étant donné qu’y crevait de faim, il s’arrêta pour cueillir des pommes qu’il avait vues le long du parcours, ben relax, comme un touriste à l’île d’Orléans. En tout cas, on va y donner ça, à Félix : c’était un gars qui savait profiter de la vie. Malheureusement pour lui, les pommes étaient pourries; pogné du mal de ventre, il se coucha dans le foin et s’endormit comme une masse.

Pendant ce temps-là, Len Taunyane, un des deux Africains, avait pas mal moins de fun : il se faisait courir après par des chiens enragés, pis y se retrouva écarté à quasiment deux kilomètres du parcours.

En avant de toute, Thomas Hicks donnait toute ce qu’il avait. Lui, son but dans’vie, c’était gagner un marathon, pis la victoire était à sa portée. Mais, rendu à 11 km du fil d’arrivée, y’était pu capable. Y faisait pu yinque se traîner les pieds, pis y voulait juste se coucher dans le fossé pis rester là.

Y supplia les gars de son équipe pour avoir de l’eau, mais à la place, ils lui donnèrent… Du poison à rats. Wô oui! Pour de vrai, là! C’était de la strychnine, en fait. Dans ce temps-là, on en utilisait souvent à p’tites doses pour donner un coup de fouet aux athlètes – faut croire que les règlements sur le dopage étaient pas mal plus lousses. Entécas, ça eut l’air de ravigoter Hicks, qui se remit à courir.

Et c’est là Fred Lorz revint dans la course.

Ben oui, toé! Après avoir fait un boutte en char, Lorz se rendit compte que sa crampe était passée, faique il retourna dans la course comme si de rien n’était. Il clancha Hicks à toute vitesse et franchit la ligne d’arrivée devant une foule en délire, tout heureuse d’être contente qu’un Américain ait gagné.

Alice, la fille du président américain Teddy Roosevelt, mit la couronne du vainqueur sur sa tête, mais juste comme elle allait lui passer la médaille d’or autour du cou, quelqu’un arriva tout indigné et dit :

—     Arrêtez-moi ça tusuite! C’t’un tricheur! Y’a faite quasiment la moitié de la course en char!
—     Ben voyons, c’tu vrai, ça?

La foule se mit à le huer.

« Euh… répondit Lorz avec un sourire de ti-gars qui vient de se faire pogner la main dans la boîte de gâteaux Vachon. C’était une joke? »

Il fut disqualifié drette là.

Complètement découragé de s’être fait dépasser par Lorz, Hicks était sur le bord d’abandonner. Mais, quand on lui expliqua ce qui venait de se passer, il eut un petit regain. On lui redonna encore une shot de strychnine, du blanc d’œuf pis du brandy.

Faique il repartit d’plus belle, la face blême, les yeux dans la graisse de bines, les bras raides comme des 2×4 pis les genoux qui pliaient quasiment pu.

Un m’ment’né, il se mit à halluciner :

—     J’en peux pu, y me reste encore 30 km! C’est bin que trop loin…
—     Ben non, Tom, ar’garde! On le voit, le stade, là, t’es quasiment rendu!
—     J’ai faim, astie!
—     Tantôt la bouffe, Tom, tantôt. Tu veux-tu encore du brandy, à’ place?
—     Envoye donc…
—     Quins, ça va-tu mieux, là?
—     Veux me coucher… Laissez-moi juste me coucher à terre…
—     No-non, Tom, arrête pas, là, tu vas gagner! Enweille!

Hicks vers la fin du marathon.

Il fit le dernier boutte dans le stade, soulevé par ses entraîneurs, les pattes qui se faisaient aller dans le vide comme si y touchait encore à terre.

Et malgré les 358 affaires qui l’auraient fait disqualifier aux jours d’à c’t’heure, Tom Hicks fut sacré champion olympique. Y venait de réaliser le rêve de sa vie, mais c’est sûrement pas de même qu’y devait s’imaginer son moment de gloire. Y’était tellement brûlé qu’y fut même pas capable de se tenir deboutte pour recevoir sa médaille; il fut emmené direct à l’hôpital. Imaginez-vous donc, y’avait perdu huit livres pendant la course!

Sur les 32 athlètes qui prirent le départ, y’en a juste 14 qui franchirent la ligne d’arrivée, dont Len Taunyane, qui avait réussi à se débarrasser des maudits chiens qui lui couraient après et finit neuvième.

Pis Félix Carvajal, lui?

Y’eut beau s’épivarder à droite pis à gauche tout le long de la course, il finit quand même quatrième. Pas pire, hein? Y doit avoir une leçon à tirer de t’ça à quequ’part…


*Au départ, la distance officielle du marathon était de 40 km. Mais aux Jeux de Londres, en 1908, la famille royale exigea que la course se termine drette en avant de sa loge au White City Stadium. Y’en manquait un petit peu, faique on rallongea la distance à 42,195 km, pis c’est resté de même.


Source principale : Charles J.P. Lucas, Official Report of the 1904 Olympic Games (Lucas), 1905. https://digital.la84.org/digital/collection/p17103coll8/id/8092/rec/4

Boudicca, la reine guerrière que les Romains auraient jamais dû écœurer

Boudicca, reine des Iceni. Charles Hamilton Smith, 1815.

Au temps de leur conquête de la Bretagne* – pour vous situer, c’était pas longtemps après la mort du p’tit Jésus –, c’que les Romains faisaient avec les peuples conquis, c’était leur dire : « Soyez fins, payez-nous des impôts pis des taxes, pis on brûlera pas vos champs pis vos villages pis on violera pas vos femmes, OK? » On appelait ça le principe des royaumes-clients.

Prasutagos était le roi d’un de ces royaumes-clients-là, celui des Iceni, des Bretons qui vivaient dans le sud de ce qui est rendu l’Angleterre. Comme il avait pas de garçon pour lui succéder pis qu’y commençait à être magané, il voulait être sûr que sa femme, Boudicca, pis ses deux filles allaient être correctes après sa mort.

Il aurait pu adopter un gars et en faire son héritier, mais il était ben décidé à ce que ses filles lui succèdent. Faique dans son testament, il leur légua la moitié de son royaume, pis l’autre moitié aux Romains.

« Ça a de l’allure, messemble? Vu que je file doux avec eux-autres pis que leur laisse la moitié, y vont laisser mon peuple tranquille pis ben traiter mes filles. »

Ah, mon pauvre ti pit! T’avais de bonnes intentions, mais si t’avais su ce qui aller se passer après…


Boudicca, la femme de Prasutagos, était une méchante pièce de femme. Imaginez-là, grande pis solide comme un chêne, le pied sur une roche, le regard au loin, sa crigne de feu longue jusqu’aux fesses qui flotte au vent. L’historien romain Dion Cassius a écrit qu’elle était « épeurante à voir » et qu’elle « possédait plus de jarnigoine que les femmes en général ». (Qu’est-ce tu veux dire par là, exactement, Ti-Casse?) Si a regardait l’horizon de même, c’est parce qu’elle était inquiète pour l’avenir : son mari venait de mourir, pis elle trustait pas pantoute les Romains.

Jusque-là, les Iceni avaient pu faire leur petites affaires tranquilles dans leur coin, pis les Romains r’soudaient juste quand c’était le temps de ramasser les impôts. Mais Boudicca, elle, savait ben que c’était sur le bord de changer.

« Watchez-vous, dit-elle à ses filles, dont l’histoire a pas retenu le nom. La marde va pogner, je le sens dans mes urines. »

Elle avait ben raison de s’en faire : la seconde qu’il apprit que Prasutagos était mort, le procurateur** Catus Decianus lut son testament, vit « empereur Néron » sur le parchemin et passa par-dessus le nom des deux filles comme si c’était juste des barbots – contrairement aux peuples celtes de Bretagne, il s’en contre-câlissait, lui, des droits des femmes.

« Heille! On vient d’hériter d’un royaume! Venez-vous en, les gars! »

Faique il ramassa ses centurions et partit faire une virée au royaume des Iceni, en commençant par la villa de Boudicca.  

Les Romains arrivèrent, bing bang, bonjour ma p’tite madame, tassez-vous sivouplaît qu’on vide la place – la version antique d’une gang de déménageurs en calotte qui débarquent le 1er juillet avec des straps, un diable pis des boîtes en carton.

Ben crère que Boudicca allait pas se laisser faire :

– Heille! C’est chez nous icitte! Remettez toute où c’que vous l’avez pris pis crissez votre camp!
– C’est ben de valeur, lui répondit Catus Decianus, mais ça appartient toute à l’empereur, à c’t’heure. Faique fais ta bonne fille pis laisse-nous travailler.
– Jamais! Mon mari avait laissé la moitié à mes filles, astie de sale!
– Wô, on reste polie!
– Parce que c’est poli, d’abord, de rentrer chez le monde en gros colons pis de partir avec leur stock?
– Bon ben, si c’est de même, m’a t’apprendre, moé, à défier l’empereur!

Il la fit alors déshabiller pis fouetter, une punition qui était normalement réservée aux esclaves. Le message était clair, mettons. Pis histoire de beurrer encore plus épais, ses hommes violèrent les deux filles de Boudicca, qui étaient encore yinque des ados.

Après ça, Catus Decianus captura tous les hommes qui étaient parents avec Prasutagos et partit avec dans l’idée de les vendre comme esclaves, pour éviter qu’un d’eux-autres s’essaye à revendiquer le trône. Finalement, il fit le tour des domaines du reste des nobles icènes, ramassant toute ce qui lui tentait comme si y’était au IKEA.

Quand il finit par sacrer son camp, le royaume était complètement viré à l’envers, pis ses habitants aussi. Boudicca, le dos en sang pis ses filles collées après elle, était en tabarnak. En‑dedans d’elle, un motton de rage brûlait plus fort que 10 000 feux de forêt sur la Côte-Nord. C’était pas des larmes qui sortaient de ses yeux noirs de fureur comme un ciel à la veille de fendre, c’était de la stime. Pis là, elle fit une promesse :

« M’a m’venger, ciboire! M’a m’venger! Andraste, déesse d’la victoire, j’te l’jure s’a tête de mes filles! Drette comme chu là, j’te promets qu’m’a les faire payer, c’tes câlice de chiens sales. M’a toute crisser à terre. M’a toute brûler. M’a les écorcher vifs pis les embrocher un par un comme des astie de porcs! »

Les Romains étaient aussi ben d’attacher leur tuque avec d’la broche pis du tape gris.


Pas longtemps après, Caius Suetonius Paulinus, général et gouverneur de la Bretagne, arriva sur l’île. Y’était pas au courant pantoute de ce que Catus Decianus avait fait aux Iceni, mais quand il l’apprit, il était pas trop de bonne humeur :

– Ben voyons, Catus, qu’est-ce qui t’a pogné là? Tu y es allé ben que trop fort. Ça va nous r’venir dans’ face!
– J’avais l’doua, répondit Catus. Le testament de Prasutagos était pas légal. J’ai jusse pris ce qui était à l’empereur.
– Ouin. Refais-moé pu d’affaires de même sans m’en parler, ok?

Quessé que vous vouliez qu’y fasse? Y’était toujours ben pas pour s’excuser aux Iceni. Aux yeux de la loi, y’étaient juste des esclaves, pis lui, y’était ben que trop fier pour s’abaisser devant eux‑autres.

Pas longtemps après, il dut partir avec ses troupes pour aller serrer les ouïes aux druides de l’île de Mona, qui commençaient à faire du trouble en accueillant des rebelles pis des réfugiés, pis tant qu’à faire, mettre la hache dans leurs boisés sacrés où y faisaient leurs rituels bizarres.

C’était drette le bon moment pour Boudicca.

Faique elle rassembla les Iceni et convainquit les Trinovantes, un autre peuple breton qui commençait aussi à être à boutte des abus des Romains, d’embarquer avec elle. Boudicca se présenta alors devant eux-autres, une lance dans la main pour l’effet dramatique. Puis, avec le genre de voix qui te pogne par le collet pis te force à l’écouter, elle dit :

« Vous avez connu la liberté, pis vous avez connu l’esclavage. Vous-autres comme moé, vous avez cru les promesses des Romains, pis vous vous êtes fait fourrer. Icitte, c’est chez nous, pis à c’t’heure, on s’doit l’cul en impôts à des étrangers qui nous ont pris toute c’qu’on avait. Messemble qu’on serait mieux morts que de continuer à payer!

Mais, m’a être honnête avec vous‑autres : toute c’te marde-là, c’est de notre faute. Wô oui, de notre faute! Parce qu’on les a laissés faire. Parce qu’on a laissé les Romains débarquer icitte pis nous piler d’ssus.

Là, c’est temps de mettre nos culottes pendant qu’on s’rappelle encore c’est quoi, être libres! Parce que nos enfants, eux-autres, y risquent de l’oublier. Y vont faire quoi, eux-autres qui sont nés libres, pis qu’y’ont été élevés dans l’esclavage?

Si j’vous dis toute ça, c’est pas pour vous crinquer contre les Romains ni pour vous donner peur pour l’avenir – ça, c’est déjà fait. C’est pour vous féliciter d’avoir fait la bonne affaire en venant icitte.

Ayez pas peur des Romains. C’est juste des pissous! Y se cachent en-arrière de leurs armures pis de leurs palissades. Nous-autres, on est ben correct avec juste nos tentes pis nos boucliers. Y toffent pas la faim, la soif, le frette pis la chaleur comme nous-autres. Deux minutes pas de pain pis pas de vin, pis y capotent. Nous-autres, on peut se contenter de l’herbe pis de l’eau des ruisseaux. On connaît le terrain par cœur, pis eux-autres y n’ont peur. Faique allons-y : on va leur montrer qu’y sont yinque des lièvres qui essayent de bosser des loups! »

Tout le monde qui l’avaient entendue se mirent à crier comme des perdus, les armes en l’air. Et l’armée de Boudicca, forte de 120 000 Bretons, se mit en marche.

Là, j’vous ferai pas de cachettes. Ce qui se passa ensuite, c’était pas l’fun. D’ailleurs, âmes sensibles s’abstenir – ça va être roffe pas mal.

Boudicca et sa gang commencèrent par attaquer Colchester, la capitale provinciale, une belle ville avec des théâtres, des temples et des fontaines… mais pas de murs. Les Romains en avaient pas mis, car ils voulaient une ville ouverte, où les barbares locaux pourraient entrer comme ils voulaient et voir comment c’était don beau pis civilisé, l’empire romain. Pis ce jour-là, ça se retourna contre eux-autres.

Les guerriers de Boudicca sacrèrent le feu, pillèrent, rasèrent les bâtisses au solage. Ils tuèrent sans discrimination – hommes, femmes, enfants, Romains pis non-Romains. Ceux qui eurent le malheur de se faire pogner vivants se firent torturer – crucifixion, coupage de bouttes, empalement, tout était permis dans ce free-for-all apocalyptique. Pendant des jours après les Bretons se lâchèrent lousse, et swigne la bacaisse dans l’fond de la boîte à bois, une orgie dans tous les sens du terme sur fond de sang, de flammes pis de cris d’agonie.

Un m’ment’né, y resta pu rien ni personne, juste des tas de cendres. Faique Boudicca tourna les yeux vers Londres.


Quand Paulinus, qui avait encore quelques druides sur le feu, fut averti du désastre, Boudicca avait déjà fait d’la viande hachée avec deux vagues de renforts venus sauver les habitants de Colchester.

« Simonac, j’y avais dit, à Catus, que ça allait nous r’venir dans’ face! »

Il ramassa donc ses légions et repartit au plus sacrant pour essayer d’arrêter la horde de Bretons en furie. Il fit aussi envoyer des messages aux autres garnisons romaines pour avoir des renforts. (Quant à Catus, l’innocent qui avait starté toute ça, il eut la chienne et prit le premier bateau du bord pour se rendre en Gaule.)

À son arrivée à Londres, Paulinus prit pas grand temps pour se rendre compte qu’il avait vraiment pas assez de soldats pour défendre la ville. Comme y savait que les rebelles bretons allaient arriver ben avant ses renforts, il décida de les laisser décrisser la ville pis d’aller attendre après les autres légions. Les habitants de la ville le supplièrent à quatre pattes de rester, mais l’idée de Paulinus était faite : c’était ben plate pour Londres, mais s’ils essayaient d’affronter l’ennemi tusuite, ses hommes et lui allaient certainement finir en méchoui, tandis que s’ils prenaient leur temps, ils pourraient ramasser assez de monde pour effoirer les rebelles.


Boudicca, elle était loin d’être tannée du tuage : son motton de rage chauffait encore aussi fort que le poêle quand y fait -34°C, pis elle arrêterait pas le massacre tant qu’il resterait des Romains sur son île – d’la marde pour les autres qui se mettraient dans son chemin.

Faique c’est avec une armée quasiment deux fois plus grosse – un party de même, c’est sûr que ça attire les woireux – que la reine des Iceni arriva à Londres. Comme à Colchester, les Bretons rasèrent toute sans faire de prisonniers. Ensuite, ce fut au tour de Saint Albans, la dernière des trois grandes colonies romaines, de passer au cash.

Ils avaient déjà tué autour de 70 000 personnes, pis il leur restait juste une cible à détruire pour être débarrassés : Paulinus et son armée.  

Le gouverneur romain continuait de se sauver toujours plus loin, suivi par les réfugiés de Londres et de Saint Albans, mais ses renforts s’étaient toujours pas pointé la face. Il dut se faire une raison : personne viendrait l’aider, et y’allait devoir régler ça tout seul, icitte pis maintenant.

(Ce qu’il savait pas, c’est que le major Poenius Postumus, qui devait lui apporter la majeure partie des renforts, avait reçu son message, mais comme y’avait entendu parler des horreurs épouvantables commises par les Bretons, il avait jeté ses ordres dans le feu en sifflant comme un épais.)

Comme les Bretons étaient au moins 12 fois plus nombreux que ses troupes, Paulinus choisit un spot avantageux pour lui, un passage étroit entre deux buttons qui débouchait sur une plaine, pis attendit l’ennemi.


Le lendemain matin, Boudicca et ses guerriers arrivèrent. Ils étaient comme des queues de veau, pressés de sauter dans le tas. Quand ils virent les Romains se placer en avant d’eux‑autres entre les deux buttons, ils partirent à rire :

« Heille, t’as-tu vu ça? Sont don ben pas beaucoup! On va les ramasser sur un astie de temps! »

En arrière des combattants, les femmes bretonnes, qui avaient suivi leurs hommes dans leur virée sanglante, avaient placé leurs waguines bourrées de stock volé en demi-cercle pis s’étaient installées comme pour regarder la balle-molle un dimanche après-midi – manquait pu yinque le pop‑corn.

Pis là, Boudicca arriva, montée sur un chariot de guerre avec ses deux filles. Tout le monde se ferma la gueule pour l’écouter :

« Aujourd’hui, chus pas une reine : chus une de vous-autres, pis je suis venue retrouver ma liberté, venger mon dos pleumé par le fouet pis faire payer les Romains pour avoir volé la chasteté de mes filles. Les dieux sont du bord de la vengeance des justes! Dans cette bataille-là, c’est vaincre ou mourir! En tout cas, c’est ce que moé j’ai décidé en tant que femme. Vous-autres, les hommes, vous pouvez choisir de vivre pis de devenir esclaves, si ça vous tente. »

Y’eut une véritable explosion de cris de guerre, de hurlements déchaînés pis de chansons de victoire. Pis les Bretons se garrochèrent sur les Romains, les chariots en premier, suivis des guerriers à pied.

Ça devait être crissement épeurant de se faire foncer dessus par une marée de barbares douze fois plus nombreux, mais les Romains restèrent ben calmes et suivirent le plan de Paulinus à la perfection. Ils formèrent des triangles qui brisaient les lignes ennemies comme des vraies moissonneuses-batteuses à monde, une tactique que les forces de Boudicca avaient jamais vue pis qu’y savaient pas pantoute comment contrer. Après ça, la cavalerie romaine s’en alla sur les côtés pour pogner les Bretons en tenaille pis les forcer à se taponner toute ensemble au milieu.

Autant les Romains étaient disciplinés, autant les Bretons étaient juste un tas d’enragés pas coordonnés qui s’étaient ramassés ensemble contre un ennemi commun.

Ben vite, ça se mit à fuir de tous bords tous côtés dans la panique totale; des milliers de guerriers bretons finirent effoirés sous les pieds de leurs propres compatriotes. En plus, en arrière, y’avait encore la rangée de waguines qui bloquait la retraite comme une clôture d’enclos à bestiaux.

Les Bretons étaient pognés. Ils furent massacrés par milliers, pis en moins de deux heures, la rébellion de Boudicca était finie. Les Iceni pis les Trinovantes connurent pus jamais la liberté. Quant à Boudicca, on dit qu’elle se sauva aussi et que, incapable de digérer la défaite, elle se suicida avec du poison.

Aujourd’hui, y’a une statue de Boudicca au beau milieu de Londres – tsé, la ville qu’elle a crissée à terre comme un bulldozer? Faut quand même y donner ce qui lui revient : si elle avait vaincu Paulinus, les Romains auraient carrément perdu l’île de Bretagne, pis elle aurait changé le cours de l’histoire.

Faique c’était qui, en vrai, la reine des Iceni? La première héroïne anglaise, une icône féministe avant le temps, ou bedon un monstre assoiffé de sang? C’est ça qui est plate, avec l’histoire : y’a jamais rien de toute noir ni de toute blanc.


*On va clarifier ça drette-là : dans ce temps-là, ce qu’on appelait la Bretagne, c’était la Grande‑Bretagne d’à c’t’heure (l’île où y’a l’Angleterre, l’Écosse et le pays de Galles). La Bretagne en France, c’était la Gaule. Pis les Bretons, c’étaient les habitants celtes de l’île de Bretagne.


**Fonctionnaire chargé de gérer une province.


Source principale : Dion Cassius, Histoire romaine, traduction anglaise de la Loeb Classical Library edition, 1925 .
http://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Cassius_Dio/62*.html