Opération minou acoustique

Un chat, c’pas comme un chien, tsé, C’est fin pis c’est doux pis c’t’affectueux, un chat – j’adore c’tes p’tites bêtes-là! Mais au final, ça f’ra pas du rouli-roulant d’boutte su’é pattes d’en arrière en jonglant avec des ballounes pour te faire plaisir. Un chat, ça fait c’que ça veut, quand ça veut.

C’t’évident pour n’importe qui qui a passé plus que cinq menutes avec un minou. Mais pas pour les agents d’la CIA dins années 1960, ça d’l’air.

Faut dire que dans c’temps-là, c’tait pas mal wild. On était en pleine guerre froide, pis pour les États-uniens, y’avait rien de trop broche à foin ou de trop tiré par les ch’feux pour prendre le dessus su’é communisses.

L’nerf d’la guerre, ben sûr, c’tait le renseignement. Tout l’monde était toujours après écouter tout l’monde.

L’écoute téléphonique, ça marchait pas pire. Mais comme y’a pas yinque c’qui s’disait su’é lignes qui était intéressant, les agents d’la CIA ont commencé à s’essayer avec des micros cachés.

Le problème, c’est que les micros de l’époque étaient pas vargeux : y pognaient toutes les sons dans une pièce. Mettons que t’en plaçais un d’une salle à manger pis que l’monde que t’espionnais s’faisaient une bonne bouffe, t’entendais quasiment plus les bruits d’vaisselle que c’qui se disait autour d’la table.

Une fois, la CIA a caché un micro dans une craque de divan dans l’appart d’un diplomate chinois en France. Sauf que dès que quequ’un s’assisait, les agents d’surveillance dans leu panel l’autre bord du ch’min entendaient pu yinque des grincements d’arssorts. Pire encore, le diplomate en question aimait ben s’ramener des p’tites pitounes françaises chez eux pis, de toute évidence, trouvait que l’divan faisait mieux qu’le litte pour ses activités de… « sensibilisation culturelle ».

Ouin. Pis vous-autres, votre job?

Fallait donc améliorer les micros pour qu’y soyent capables de mieux filtrer les sons. Mais tandis que les ingénieurs s’creusaient le ciboulot, fallait ben que les agents d’surveillance fassent de quoi.

Un jour, pendant qu’un gars qu’y surveillaient jasait stratégie avec ses adjoints, les agents armarquèrent que des chats rentraient pis sortaient d’la place sans que parsonne s’en occupe vraiment.

Faique y’a un agent qui eut une idée :

« Mettons qu’on mettait un micro DANS un chat pis qu’on le dressait pour qu’y écoute la voix du monde? »

C’est d’même qu’est née « l’Opération minou acoustique »!

En gros, le plan, c’tait de dresser l’chat, de l’ouvrir, d’y mettre une batterie dans l’chest, un implant dans l’oreille pis un émetteur dans l’chignon du cou, d’y passer un fil dans l’poil pis une antenne dans’queue, pis voilà! Un minou cyborg espion à’fine pointe d’la technologie.

Incroyablement, l’idée passa au conseil – comme j’vous ai dit, c’tait wild, dans c’tes années-là.

Faique aussitôt, y s’ramassèrent un matou qui, sans l’savoir, allait devenir « Le chat de 6 millions », comme à’tévé.

Y dressèrent donc le chat pour qu’y s’assise tranquillement pis écoute le monde jaser. Après, y l’endormirent pour y poser toutes les gréements électroniques pis commencèrent à faire des tests.

Mais c’qui d’vait arriver arriva : minou était ben entraîné, mais dès qu’y spottait un moineau, de quoi qui avait une senteur intéressante ou bedon une minoune qu’y trouvait de son goût, toute prenait l’bord pis les agents pardaient l’contrôle. 

Tsé, c’t’un CHAT. Entre vous-autres pis moé, y s’attendaient à quoi?

Faique y l’rouvrirent pis y lui posèrent d’autres fils qui étaient censés y couper les envies pis l’empêcher de lâcher la job. Comment ça marchait, fouillez-moé.

Là, vous d’vez vous dire que c’est cruel, c’t’affaire-là, pis vous avez ben raison. Si PETA avait existé dans c’temps-là, y se s’raient ben toutes mis tout nus en avant d’la bâtisse d’la CIA. Mais ça a d’l’air qu’à part le faite de, tsé, avoir été opéré, le chat avait pas mal pis était pas dérangé par toute son bataclan. Les agents avaient faite ben attention, mais pas tant pour le bien-être du chat que pour s’assurer qu’y s’mettrait pas à s’griffer pis à s’mordre pour s’enlever ça pis qu’y endommagerait pas le matériel.

C’est don fin.

Toujours est-il qu’après des mois de dressage pis de tests, les agents d’surveillance décidèrent que c’tait l’temps pour la première mission du chat. Faique y l’embarquèrent dans leu panel avec toute le matériel pis s’en allèrent à côté d’un parc, où des espions soviétiques étaient après s’passer des valises.

Y parquèrent le panel, ouvrirent la porte, lâchèrent le chat, pis…

SPLAT. Effoiré par un taxi drette en débarquant.

Notre matou cyborg fut l’seul de sa sorte, parce que la CIA décida de farmer le projet en 1967. Toute ça pour ça.

Si on est au courant de c’t’histoire-là, c’est qu’en 2001, une trâlée de documents d’la CIA ont été déclassifiés, dont une note de service intitulée « Opinions sur les chats dressés ».

Y’a des gros bouttes de textes qui avaient été enlevés, mais à la fin, ça dit en gros que « c’est possible d’entraîner un chat à aller à des places à courte distance, mais à cause de l’environnement pis des conditions de sécurité dans une situation réelle à l’étranger, ça serait juste pas pratique ».

BEN QUINS!

Avant de s’mettre en frais pis de martyriser un pauvre matou qui avait rien faite au Bon Dieu, y’auraient pu d’mander à moé, à elle, à la Mère Michel : yinque à voir, on voit ben qu’un chat, ça f’ra toujours yinque à sa tête.


Sources :
Jeffrey T. Richelson, The Wizards of Langley : Inside the CIA’s Directorate of Science and Technology, 2008.
Tom Vanderbilt, « The CIA’s Most Highly-Trained Spies Weren’t Even Human », Smithsonian Magazine, octobre 2013.


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Marie Iowa Dorion — partie III

Partie I
Partie II

Comme vous l’savez, c’est pas parce que t’es pogné dans’bécosse pas de papier que tu peux pas te rentrer une écharde dans l’cul par-dessus l’marché. Autrement dit, ça peut toujours être pire.

Pas longtemps après que la gang de l’expédition Hunt eut décidé de continuer le ch’min à pied, les bords de la rivière s’mirent à monter pis à monter, tellement qu’après un boutte, c’tait rendu des falaises pis c’tait presque pu possible de descendre jusqu’à l’eau.

Après la faim, manquait pu yinque la soif!

Un beau jour, y croisèrent une gang d’Autchtones qui avaient pas l’air riches riches eux-autres non plus. Pierre jasa avec eux-autres :

« Y trouvent pas d’bisons pantoute, qu’y disent. Y’ont pas grand-chose à manger. Mais y s’raient d’accord pour nous troquer du poisson séché pis une couple de chiens. »

Là, j’vous entends siler par en dedans : pauvres pitous! Y’allaient pas les manger? Ben oui : tsé, quand t’es mal pris d’même, ça r’met une couple d’affaires en perspective.

Faique les chiens furent abattus drette là pour la viande, pis l’poisson fut gardé pour plus tard.

À part de t’ça, les Autochtones leu dirent où c’qui avait d’l’eau, mais là, ch’sais pas si Pierre avait mal compris ou d’quoi d’même, mais y’eurent beau charcher, y trouvèrent pas une maudite goutte.

Rendu là, Marie et compagnie en étaient à licher la rosée su’é feuilles pis les flaques d’eau dans l’creux des roches. Y’en a même qui buvaient leu pisse. Tout le monde était crissement à boutte :

« Heille, faut l’faire, pareil, avoir soif de même pis être pogné pour manger d’l’astie d’poisson séché! »

D’mandez à Mononc’Poêle : moé, mettons que j’vas m’épivarder dans’nature, c’pas long que ch’pas endurable si j’ai faim pis j’ai soif. Marie, elle, a marchait depuis DES SEMAINES, avec presque rien à manger ni à boire, ENCEINTE, avec deux enfants en bas âge – sans même ralentir le groupe, Hunt l’a écrit dans son journal! – pis a disait pas un maudit mot.

C’tait une sainte. J’ai pas d’autre mot pour ça.

Mais là, si y’arrivait pas d’quoi ben vite, nos explorateurs allaient finir aussi secs que leu poisson. Heureusement, le soir du 20 novembre pis toute la nuite après, y mouilla à siaux. Faique Marie et les autres étaient trempes pis gelés, mais au moins, y’avaient pu soif!

Deux jours plus tard, y croisèrent d’autres Autochtones, pis ceux-là, y’avaient des ch’faux. Hunt réussit à s’en troquer une couple, tandis que Pierre pis un autre gars purent n’avoir chacun’un en échange de tuniques en peau d’bison. Y’était à peu près temps que Marie puisse s’arposer les pieds!

Décembre attendait l’expédition avec une brique pis un fanal : le premier du mois, y’eut une tempête du yâble avec d’la neige aux genoux, des gros flocons humides qui te pètent dins yeux pis le genre de vent qui a l’air de t’en vouloir parsonnellement. Le 2, c’tait tellement l’enfer que la gang dut rester campée. Pour manger, y’avait pu yinque un castor ch’nu qu’un des hommes avait réussi à pogner, des merises restées accrochées su’é branches pis des s’melles de mocassins.

Rendu au 10, Hunt ordonna qu’on abatte un ch’fal pour la viande, pis un autre, pis un autre, jusqu’à ce qui reste pu yinque lui à Marie. Quand a vit les yeux du boss se poser su sa bête maigre à faire peur, Marie sentit l’angoisse y pogner l’estomac comme une grosse main méchante avec des griffes pointues : a savait ben que trop que pu de ch’fal, elle pis les deux p’tits pourraient pu suivre pis étaient pas mieux que morts.

Heureusement, Pierre se mit drette entre son boss pis sa famille :

« Non. Pensez-y même pas. »

À’face qu’y faisait, y’avait pas besoin d’en dire plus. C’tait clair que n’importe qui qui s’essayerait à pogner le ch’fal se ferait sauter dans’face.

Pierre s’arvira d’bord pis tira su’a bride d’la bête pour qu’a r’commence à avancer. Parsonne s’astina, même pas Hunt.

C’tait ça qui était ça.

Le 16, finalement, les explorateurs sortirent des montagnes pis débouchèrent dans une immense plaine pas d’arbres. Faique au sens propre, y’étaient sortis du bois. Mais au sens figuré, c’tait pas gagné pantoute : y’avaient rien pour se protéger du vent pis pas grand-chose pour faire un feu assez gros pour se chauffer la couenne. En plus, y’étaient toujours aussi affamés.

Pis là, au loin, Hunt vit des p’tits filets de fumée : un camp! Du monde!

Y s’trouva que c’tait un village de Shoshones. Encore une fois, Hunt s’faisait sauver le cul par des Autochtones.

Après s’être installée pas loin du village, la gang put se bourrer la face de viande de chien pis de ch’fal, de poisson séché pis de cerises effoirées. Bon ok : rendu là, tout l’monde devait être tanné de toujours manger la même affaire, pis ça aurait ben pris un pot d’vitamines Fred Caillou pour compenser le manque de légumes verts, mais c’tait mieux que d’mourir.

Le lendemain, Hunt essaya de se trouver un guide pour le reste du voyage, mais y’eut beau offrir plein de cossins en échange, les Shoshones voulaient rien entendre :

« Êtes-vous malades? C’est pu un temps pour voyager. Ça vous tente-tu de marcher dans’neige jusqu’à la ceinture? Vous allez geler dur! Restez donc icitte avec nous-autres pour l’hiver. »

Mais c’te tête de cochon de Hunt était ben décidé à s’rendre au Pacifique d’une traite sans arrêter, au risque de pardre une couple d’orteils, ou pire. Maudit orgueil à marde.

Faique au lieu d’armarcier ses hôtes pour leu générosité pis d’offrir un r’pos ben mérité à ses hommes, à Marie pis à ses enfants, y décida à’place de convaincre les Shoshones de le guider en leu sortant son arme secrète – l’argument massue capable de faire faire n’importe quelle niaiserie aux détenteurs de zouiz depuis le début des temps : « Vous êtes pas games ».

« Meuh! C’est même pas si pire que vous l’dites. Vous m’contez des menteries parce que vous êtes trop lâches pour sortir de votre p’tit confort pour m’aider. Des vraies femmes! »

Heille, franchement : dire une affaire de même après avoir vu Marie trotter pendant des mois comme une ultramaratonienne de feu! Une chance qu’a l’entendit pas, parce qu’a se s’rait foulé l’nerf optique à force de l’ver les yeux au ciel.

Mais heille, y’a rien d’pire dans’vie que de s’faire traiter de créâture, hein? Faique trois Shoshones piqués dans leu z’orgeuil acceptèrent de guider l’expédition jusqu’au territoire des Sciatogas, un peuple autochtone qui restait plus à l’Ouest pis qui avait supposément plein de ch’faux à vendre.

Drette le 21, c’tait déjà l’temps d’arprendre la route. Pendant neuf jours, toute se passa plutôt ben; y’avait d’la nourriture en masse, le terrain était pas trop escarpé pis l’temps était pas trop laitte.

Pis là, le 29, su’l bord d’la rivière Powder, dans l’Oregon d’à c’t’heure, Marie eut un p’tit sursaut pis poussa une p’tite plainte. Comme a l’avait pas fait un maudit son depuis l’début, Pierre y d’manda :

« Marie, t’es-tu correcte? »

Toute les hommes s’artournèrent pour la r’garder, l’air inquiet; tsé, depuis l’temps, y s’taient pris d’affection pour elle.

« Pierre. C’est l’temps. »

Le bébé s’en v’nait.

Là, y fallut ben qu’a l’arrête – y’a toujours ben un boutte à toute. Pierre prit tu’suite les choses en main, pas plus plus stressé que ça :

« Bon, nous-autres va falloir qu’on fasse un stop icitte. Continuez sans nous-autres. Donnez-nous une journée pis on devrait vous arjoindre. »

Tandis que Marie descendait d’son ch’fal, Hunt pis sa gang s’en allèrent, quasiment à r’culons, craignant de pu jamais arvoir leu mére courage.

Là, j’voudrais ben vous donner plus de détails sur c’qui arriva à Marie pis à sa p’tite famille, tu’seuls dans l’bois dans leu tente pleine de courants d’air. Mais tsé, l’histoire est écrite par les hommes, pis les hommes, y racontent pas c’te genre d’affaire-là.

Disons juste qu’accoucher, c’est toffe pis risqué même au chaud pis en sécurité avec une sage-femme qui veille su toé, l’ambulance au boutte du téléphone pis les autres flos qui se font garder chez grand-maman; m’aginez au milieu de nulle part à -10 direct à terre avec yinque ton mari pis deux enfants en bas-âge.

Malgré toute, le 31, la famille Dorion arsoudit en arrière du reste de l’expédition, comme Pierre avait dit! Hunt pis ses hommes en r’venaient pas; d’ailleurs, dans son journal, Hunt prit la peine d’écrire :

« La femme à Dorion était à ch’fal, son bebé dins bras pis son flo de deux ans enroulé dans une couvarte pis attaché après elle. A y voir la face, on aurait dit qu’y lui était rien arrivé pantoute. »

Par’zempe, y précisa pas si l’bebé était un garçon ou une fille. Pis on l’saura jamais, parce qu’une semaine pis tard, Hunt annonça :

« Le bebé à Dorion est mort. »

Juste queques mots ben frettes pis secs pour une tragédie sans bon sens. Quelle chance qu’a l’avait de survivre, c’te p’tite crotte d’amour-là, dans des conditions d’même? Encore là, parsonne prit la peine d’écrire comment Marie avait réagi. Sûrement que de déhors, a laissait rien paraître, même si a l’avait l’cœur en grénailles.

Le 8 janvier, le groupe arriva chez les Sciatogas. Y’étaient une grosse gang, ben installés dans une trentaine de cabanes, pis comme les Shoshones avaient dit, y’avaient pas moins que 2 000 ch’faux.

Les explorateurs restèrent six jours à c’te place-là, à s’arposer pis à manger. Tellement que, quand y’arpartirent, y’en avait plusieurs qui étaient verts d’avoir abusé des bonnes choses, pis d’autres qui filaient croche après avoir bouffé des racines louches. (J’voudrais ben vous dire c’tait quoi ces racines-là, pour référence future, mais Hunt le précise pas.)

Après ça, ça sert pas à grand-chose que j’vous raconte toute c’qui leu z’arriva dins s’maines d’après – encore des péripéties de plein air extrême version 19e siècle.

Pis finalement, le 15 février, l’expédition Hunt arriva su’l bord du Pacifique. Yé! Enfin! Après toute c’te misère!

Au début, John Jacob Astor, le commanditaire de l’expédition, avait dans l’idée que Hunt fasse le trajet par la terre pour trouver un ch’min fiable tandis qu’un navire, le Tonquin, irait l’arjoindre dans l’Pacifique en faisant l’tour par en d’sour de l’Amérique du Sud.

Le Tonquin s’tait bel et bien rendu, pas plus tard qu’en juin, même. L’affaire, c’est qu’une bonne journée, tandis que l’équipage faisait du commerce avec la nation Tla-o-qui-aht de l’île de Vancouver, un des chefs chiala que les prix avaient pas d’allure.

Pis là, le capitaine du Tonquin, un gros maudit moron de sans-dessein pas foutu de s’gérer l’astie de caractère de cochon, pogna les nerfs, ramassa une des peaux à vendre su’a table pis la frotta dans’face du chef comme si y’avait une grosse tache un milieu du front.

Les Tla-o-qui-aht étaient fâchés noir, mais y dirent rien su’l coup. Y’arvinrent le lendemain, pis quand y furent montés su’l Tonquin sous prétexte de faire du troc, y massacrèrent tout l’monde pis firent le dawa à bord. Plus tard, tandis qu’y r’gardaient pas, des survivants qui avaient réussi à s’cacher mirent le feu au stock de poudre du navire pis le firent exploser. BEDANG!

Bref, c’tait pas mal un échec total de c’côté-là. Pis du côté à Hunt, c’tait pas vargeux non plus : y s’était rendu, mais y’avait ben que trop viraillé comme un épais dins montagnes pour tracer une route commerciale dans l’sens du monde.

Pis Marie, elle, dans toute ça? Après avoir parcouru 2 073 milles, crevé de faim, gelé jusqu’à moëlle pis pardu un enfant, qu’est-cé qu’a l’allait faire?

Entécas, le calme pis le repos, c’tait pas pour tu’suite. Tant qu’à moé, son heure de gloire était encore à v’nir.


Source : Larry E. Morris, The perilous West : seven amazing explorers and the founding of the Oregon Trail, 2013.

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Spécial de Nwël 2021 : Saint Boniface pis la légende du sapin d’Nwël

Heille, moé j’aime assez ça, les sapins d’Nwël! Pas les maudits sapins en plastique blanc avec des lumières bleues qui ont l’air de sortir du palais d’la reine des neiges en dépression majeure, là! Nenon. Les vrais sapins verts qui sentent le sapin avec des lumières de toutes les couleurs pis des cannes en bonbon pis toutes sortes de décorations dépareillées ramassées au fil des ans pis qui ont toutes leu z’histoire. 

Bref, c’que j’décris, c’est les sapins d’Nwël de mon enfance – les sapins d’Nwël à Mémére Poêle. 

Mais d’où-ce que ça vient, ça, la tradition de rentrer un arbre dans’maison pis de l’greyer d’même?

En gros, ça vient des Germains, mais ça r’monte à loin en bazouelle.

Faut savoir que, depuis que l’monde est monde, les humains sont ben impressionnés par le faite que les arbres comme le pin, le sapin, le cèdre pis ben d’autres de même restent verts à l’année. Faique, ça a pas été long qu’y en ont faite un symbole d’immortalité. De l’Égypte à la Chine, on prenait des branches de conifères pour se faire des couronnes pis des guirlandes qui arprésentaient la vie éternelle. Mais là où le culte de l’arbre pas tuable a le plus pogné, c’est chez les Germains pis les Scandinaves.

Avant qu’y s’convartissent au christianisme, c’tes peuples-là trippaient ben raide sur l’idée de l’arbre divin. Ch’pense entre autres à Yggdrasil, un arbre qui sert de poteau à l’univers entier selon les Vikings; à Irminsul, qui joue pas mal le même rôle chez les Saxons; ou au chêne de Thor, vénéré par les Chattes – pas des minounes, là; c’t’un peuple germanique qui s’appelle de même. Mais celui-là, on va y’arvenir.

Pis bon, les chrétiens avaient l’tour de faire coller leu religion chez les fraîchement convertis en prenant des traditions païennes qui existaient déjà pis en mettant une grosse croix d’ssus, genre la fête de la Samhain chez les Celtes qui s’est faite transformer en Toussaint, pis plus tard en Halloween. En  gros, c’est d’même que le sapin s’est faite embarquer dins rituels de Nwël. 

Les premiers sapins d’Nwël comme tels sont apparus au 16e siècle en Allemagne, pis y se sont répandus lentement par après, au fur et à mesure que des Allemands ont émigré à plein de places, comme les États-Unis. C’qui a achevé de faire rentrer les sapins d’Nwël dins maisons de toute l’Occident, c’est quand l’mari d’la reine Victoria, un Allemand lui-même, en a faite poser un au château de Windsor. À partir de là, tout l’monde a voulu faire pareil.

Mais entre les arbres sacrés des païens pis les sapins d’Nwël du Moyen-Âge, vous trouvez pas qu’y a comme un trou? 

C’te trou-là, j’ai pas d’explication béton pour le boucher, mais par’zempe, j’ai une légende.

Une légende qui commence au 7e siècle dans le Devon, dans c’qui était pour devenir l’Angleterre, avec un gars qui a vraiment existé, un dénommé Winfrid. 

Comme c’tait la coutume dans c’temps-là, y’avait tout l’temps des prêtres pis des moines qui voyageaient de ville en village pour prêcher. 

Le pére à Winfrid, un bonhomme assez riche, en accueillait souvent chez eux pour jaser d’affaires spirituelles. Pis quand ça arrivait, notre p’tit Winfrid, encore à l’âge où tu trippes sur la Pat’Patrouille, les écoutait les yeux ronds comme des deux piasses pis posait plein de questions. 

Faique, tel un flo qui voit un film des Zavengeurs pis qui décide que quand y va être grand, y va être Iron Man, Winfrid eut de quoi de ben important à annoncer à son paternel : 

— Papa! J’veux être moine, moi’ssi!
— Y’en est pas question mon ti-gars! Sors-toé ça d’la tête! Sont ben fins pis connaissants, les moines, mais y’ont pas une vie ben l’fun. Ça te tente-tu de te l’ver au beau milieu de la nuite pour prier pis d’être toujours pogné entre quatre murs avec les mêmes gars, ou d’vivre comme un quêteux tout l’temps su’l chemin? 
— OUIIIII!!!!
— Euh… À part de t’ça, pense à toute c’que tu vas manquer! Le confort, le fun… Les p’tites femmes! En plus, j’ai besoin d’quequ’un pour hériter d’ma fortune, moé! 

Mais le p’tit gars en démordait pas : y’allait entrer au monastère, pis parsonne allait l’en empêcher. 

C’est d’même que, du haut de ses cinq ans, Winfrid prononça ses vœux monastiques pis d’vint frére bénédictin. Messemble que c’est crissement d’bonne heure pour faire des gros choix d’vie de même, mais qu’est-cé vous voulez. 

Dins années qui suivirent, y se garrocha corps et âme dans son étude des Saintes Écritures. Pis même quand y pogna l’adolescence, où normalement les priorités d’un jeune homme peuvent virer s’un dix cennes dès qu’y voit passer une belle p’tite pitoune (ou un beau p’tit piton) à son goût, y garda le cap pis d’vint curé. 

Quand l’abbé de son monastère péta au frette, tout l’monde s’attendait à c’que Winfrid prenne sa place, mais notre homme trouvait qu’y avait faite le tour d’la basse-cour. 

À’place, y décida de partir su’a trotte pour porter la lumière du Christ chez les barbares poilus d’la Germanie. Fallait des couilles pour faire ça, pareil : les mœurs locales étaient pas douces, dans c’temps-là. Winfrid avait tellement de chances de juste finir le crâne fendu dans l’fond d’un fossé que si les assurances avaient existé, y’a pas un actuaire qui aurait accepté qu’on y vende une police.

Entécas, y s’en alla en Frise pour convartir le monde là-bas, mais y trouva pas les Frisons ben ben réceptifs :

« Ouin, mon Winfrid, t’arrive pas vraiment d’un bon temps! C’parce qu’on est pas mal dans l’jus avec la guerre contre les Francs. »

Yinque à voir, Winfrid voyait ben que ça donnerait rien d’essayer de parler de Jésus au monde tandis que leu maison brûlait pis que les flèches leu sifflaient chaque bord d’la tête. 

Faique y décida plutôt de partir pour Rome pour demander au pape Grégoire II d’y donner un papier officiel de missionnaire chez les Germains. Le pape, trop heureux d’voir un gars aussi crinqué, se fit pas prier : 

« Heille, t’es dedans, toé, le jeune! Ça m’fait chaud au cœur! Tchèque ben ça : m’as te nommer évêque d’la Germanie, pis m’as te signer un papier comme de quoi t’es mon missionnaire officiel là-bas. Pis une darniére affaire : Winfrid, ça, c’t’un nom de païen. À partir d’à c’t’heure, tu vas t’appeler Boniface, en l’honneur du martyr saint Boniface de Tarse. »

Faique notre nouvellement nommé Boniface partit pour son nouveau diocèse, un territoire où l’Église avait encore rien de faite pis qui aurait été le premier surpris d’savoir qu’y était rendu un diocèse. 

La clé, pour convartir les Germains, c’tait de passer par les chefs de tribu. Leu rôle, à eux-autres, c’tait d’intercéder auprès des dieux pour leu d’mander du succès su’l champ de bataille. Pis y’avaient totalement le droit de magasiner le meilleur dieu pour ça. Suffisait d’les convaincre de gager su Jésus, pis si la puck roulait pour eux-autres à la prochaine bataille, l’affaire était ketchup! Tout l’reste d’la tribu allait suivre par après. 

Pis Boniface, un gars qui savait être sympathique, mais qui lâchait jamais le morceau, était ben bon là-dedans. Y convartit tribu après tribu pis fonda des monastères bénédictins un peu partout.

Un beau jour, y’entendit parler du fameux chêne de Thor, l’arbre sacré des Chattes, pis du gros party avec sacrifice humain qui avait lieu à son pied toutes les hivers. 

« Heille, mettons que j’arrivais, moé-là, en plein milieu de leu veillée du yâble pis que j’abattais leu z’arbre, ça flasherait en estie! Méchant coup de relations publiques pour Jésus-Christ notre Sauveur! » 

Faique la veille de Nwël, avec une p’tite gang de compagnons, Boniface s’en alla au party des Chattes. 

Sauf que quand y furent assez proches pour voir les flammes des feux d’joie pis entendre le monde qui chantaient, les compagnons se mirent à stresser : 

— Euh, Monseigneur, êtes-vous sûrs que c’t’une bonne idée? Y pourraient aussi ben toute nous massacrer si on leu scrappe leur fatalatapouette! 
— Faites-vous en pas. Dieu est avec nous-autres pis toute va ben aller!

Ben sûr de lui, Boniface arsoudit donc comme un ch’feu su’a soupe drette comme le prêtre de Thor allait sacrifier un p’tit enfant. 

« Heille, étranger! Viens-t’en! Tire-toé une bûche! On commence yinque! » 

Pis là, le prêtre se mit à se lamenter que ça allait don mal pour les Chattes pis que c’tait grand temps de répandre du sang su’é racines de l’arbre sacré. 

Faique y prit un p’tit gars par le bras, l’amena au pied de l’arbre, y banda les yeux pis y mit la tête s’un autel en roche. 

« À c’t’heure, notre précieux ti-poute va partir pour le Valhalla pis rappeler à Thor qu’on existe. »

Pis juste comme le prêtre allait y’exploser le cerveau avec un gros marteau en pierre noire, Boniface s’approcha pis bloqua le coup avec sa crosse épiscopale. Le prêtre échappa l’marteau, qui tomba su l’autel pis péta en deux. 

Tout le monde avait la gueule à terre. La maman du p’tit gars se garrocha su lui en pleurant. 

Poursuivant su sa lancée, Boniface dit : 

« Si vos dieux à vous-autres vous écoutent pu, c’parce qu’y sont morts. C’est fini, l’temps des sacrifices! Mon dieu à moé, le Christ, y d’mande pas d’affaires de même. À partir d’à c’t’heure, y’aura pu yinque le Tout-Puissant! Tchéquez ben ça. »

Boniface pogna une hache pis commença à fesser comme un déchaîné su’l tronc de l’arbre sacré. Pis là, selon la légende, un gros vent se leva pis crissa le chêne à terre, le brisant en quatre morceaux. 

Pas loin, miraculeusement pas effoiré, se tenait un jeune sapin qui pointait vers le ciel, fier-pet comme un clocher d’église. 

Boniface, vite su ses patins, profita de cette passe su’a palette du hasard (ou du Seigneur, c’est selon) :

« Vous voyez, là, c’te beau p’tit arbre qui reste toujours vert? Y fait penser à la vie éternelle. En plus, y’est en forme de triangle, pis ça rappelle la Sainte Trinité. Prenez-le don comme nouvel arbre sacré! À l’avenir, au lieu de courailler dans l’bois le soir de Nwël, ramenez don toutes un sapin chez vous pour fêter la naissance du p’tit Jésus. »

Faique c’est d’même que le sapin rentra dans les traditions de Nwël.

Pis Boniface, lui, savez-vous comment y’a fini? 

Ben des années plus tard, après avoir convarti des milliers de Germains, y fut attaqué par des bandits qui pensaient trouver des bébelles en or pis en argent dans ses bagages, pis qui furent ben déçus quand y virent yinque un tapon de vieux livres plates avec des croix dessus.

Bref, y’est mort le crâne fendu dans l’fond d’un fossé. Comme de quoi, finalement, c’tait une bonne idée de pas y vendre d’assurance-vie!


Source : La vie de saint Boniface selon Willibald, 8e siècle.

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Une chaise roulante su l’autoroute pis un empereur s’un chevreuil

Heille, aujourd’hui j’ai un p’tit 2 pour 1 à vous conter. Une première affaire, pis une autre affaire à laquelle la première affaire m’a faite penser.

J’ai vu ça l’autre jour : c’est l’histoire d’un gars qui s’appelait Ben Carpenter. Un m’ment’né, y traversait la rue en chaise roulante. En même temps, y’a une grosse van qui est sortie d’la cour d’un poste de gaz. Quand la lumière est virée verte, Ben avait pas fini de traverser l’chemin. Sauf que l’chauffeur d’la van savait pas qu’y était là parce qu’y était trop proche pis trop bas pour qu’y l’voye. Faique, comme on fait d’habitude quand la lumière est verte, y’a pesé su’a pédale à gaz. 

Ben aurait pu finir effoiré drette là! Mais la van est partie lentement, pis au lieu de passer su’a chaise, a l’a juste poussée pis faite tourner jusqu’à c’que Ben soye complètement dos à la van. Là, les poignées d’la chaise sont restées prises dans’grille d’la van… Pis c’tait le début d’une cristie d’raille. 

Tu’suite après avoir passé la lumière, la van est embarquée su l’autoroute. 

Ben, lui, était encore en avant d’la van comme une figure de proue après un bateau! Y flyait à 60 milles à l’heure, lui-là, pas d’winshire, sûrement une couple de mouches entre les dents, à capoter sa vie. Une chance qu’y avait une ceinture de sécurité! 

L’monde dins chars ont vu ça aller, faique y’ont appelé la police. Au début, au 911, y pensaient que c’tait une joke, mais quand ça a faite 38 appels qui disaient la même affaire, y’ont décidé de prendre ça au sérieux. 

Finalement, deux polices ont réussi à rattraper le chauffeur d’la van pis y’ont dit : 

« Heille! Arrête! Y’a un gars en chaise roulante pogné dans’grille de ta van! »

Le chauffeur creyait pas à ça pantoute, mais quand y’est allé voir, ben ça parle au maudit, y’avait vraiment un gars en chaise roulante pogné dans’grille de sa van!

La preuve que j’vous conte pas de menteries!

Ben était en un seul boutte – un vrai miracle. Les tires de sa chaise roulante était finis raides, par’zempe. Pis quand les polices y’ont d’mandé si y’était correct, y’a yinque répondu, avec un ti filet d’voix : 

« J’ai renvarsé ma liqueur. » 

Toute est bien qui finit bien. Mais c’t’affaire-là, ça m’a faite penser à une autre raille d’enfer qui a pas eu une aussi bonne fin : celle à Basile 1er, empereur byzantin. 

Lui, c’tait un paysan né en Macédoine pis, à ce qu’on dit, une belle pièce d’homme aussi. Ça a d’l’air qu’y était grand pis large de poitrine pis d’épaules, avec des grands yeux, un monosourcil pis « un air un peu débiné ». Messemble d’y voir la face. 

Entécas, Basile avait l’tour de s’mettre chummy avec du monde de plus en plus puissant, pis c’est d’même qu’y a fini par se ramasser su’l trône de l’empire byzantin en l’an 867. En assassinant Michel, l’empereur qui était là avant. Qui était aussi son ami. Pis p’t’être son amant, on n’est pas sûrs. Pis fort probablement l’pére de ses garçons Léon pis Étienne, parce que la femme à Basile, Eudocie, était la maîtresse à Michel depuis des années, pis quand est tombée enceinte, Michel voulait pas que le flo soye un bâtard, faique y’a marié Eudocie à Basile en tassant la femme que Basile avait déjà. 

(Pis après, Michel a continué à coucher avec Eudocie, pis y’a dit à Basile : « Quins mon homme, pour ton p’tit service, v’là ma sœur, je l’ai sortie drette du monastère pour qu’a t’serve de maîtresse. »)

Ouf. 

Les Feux de l’amour pis l’Trône de fer ont rien inventé.

Entécas, peu importe comment Basile avait abouti avec la couronne impériale su’a tête, y paraît qu’y’a faite un bon empereur, pis y’a régné pendant 20 ans. 

Une bonne fois, quand y’était rendu vieux, Basile est allé chasser l’chevreuil pour se changer les idées. 

Un m’ment’né, y’a cru n’avoir tué un, faique y’est allé voir de proche. Sauf que là, la bête a r’troussé comme un yâble! Fouillez-moé comment, mais les bois du chevreuil ont pogné dans la ceinture à Basile, pis l’chevreuil est parti à’course en l’traînant comme une catin en guénille. SU 20 KILOMÈTRES.

J’vous fais des beaux ti dessins, hein?

Hier, j’ai conté ça à Mononc’Poêle, pis y cré pas à ça, lui, un chevreuil qui traîne un gars loin d’même. Un buck argnal peut-être; pas un chevreuil. Mais tsé, c’t’une histoire de chasse, pis quand on y pense, c’tes affaires-là ont tendance à enfler au fur à mesure qu’on les conte pis qu’on les arconte. 

Toujours est-il que l’pauvre Basile battait encore après l’flanc du chevreuil comme une vieille sacoche accrochée par la ganse quand un de ses serviteurs est arrivé pis a réussi à couper sa ceinture.  

L’empereur était sauvé – poqué, mais vivant. 

Faut savoir que vers la fin de sa vie, Basile était rendu pas mal parano : y’était sûr que son fils-pas-fils Léon voulait l’assassiner pour venger son pére-pas-pére Michel. Faique au lieu de couvrir son sauveur de pièces d’or, y l’a faite exécuter pour tentative de meurtre su sa personne. Quins! Ça y’apprendra, au serviteur, à être loyal pis courageux. 

L’empereur a été ramené au palais pis là, ses blessures ont commencé à s’infecter. Y’est mort de fièvre queques jours après – une fin flyée pour une vie complètement pétée. 

Marie Iowa Dorion : héroïne oubliée pis toffe d’entre les toffes — partie II

Partie I

Parce que là, voyez-vous, si pressé qu’y était de clancher vers le Pacifique, c’te cabochon de Wilson Price Hunt s’était lâché ben que trop de bonne heure dans la saison : la rivière Missouri était encore toute gonflée par les eaux de fonte pis embarrassée d’arbres morts pis d’autres cochonneries.

Bref, ça avançait vraiment pas vite – tellement pas, en faite, que deux mois plus tard, quand Marie et compagnie arrivèrent enfin su’l territoire du peuple des Mandans – dans l’Dakota du Nord à c’t’heure –, une autre expédition partie de Saint-Louis trois s’maines après eux-autres avait eu l’temps de les rattraper.

Pis pour le plus grand malheur de Pierre, c’t’expédition-là était justement celle à Manuel Lisa, c’t-à-dire son ancien boss d’la Missouri Fur Company, pis le gars à qui y d’vait de l’argent. 

Ah pis vous savez pas qui qu’y était là aussi? Nuls autres que la grande Sacagawea pis son mari Toussaint Charbonneau! Y’avaient pogné le lift avec Lisa pour arvenir chez eux, chez les Mandans.

C’pas écrit nulle part si Sacagawea pis Marie se sont parlé à c’te moment-là, mais c’est ben possible : leux maris s’connaissaient ben, pis les deux y jasaient en français pareil comme toé pis moé. L’affaire, c’est que Sacagawea pis Marie avaient pas d’langue en commun. Faique si y’ont piqué une jasette, c’tait avec Pierre pis Toussaint comme interprètes.

Heille, j’aurais-tu aimé ça, moé, être une tite mésange pas loin à faire tchikadi-di-di pis voir c’te rencontre-là? 

J’sais ben pas c’qu’y ont pu s’raconter. Mais si y’avaient pas été pognées avec leux maris comme interprètes, y se s’raient sûrement dit de quoi comme « maudits hommes » : après toute, y’étaient toutes seules de femmes au travers d’une centaine de zouiz des bois crottés pis puants. En plus, c’est crisse, mais Toussaint lui’ssi était porté su’es claques pis su’a bouteille, mais encore pire que Pierre.

D’ailleurs, m’as vous dire une affaire : quand a l’avait 12 ans, Sacagawea avait été enlevée par le peuple des Hidatsas, qui n’avaient faite une esclave. Un an plus tard, Toussaint l’avait achetée ou gagnée au jeu, comme un char ou un voyage dans l’sud, pis a l’avait pas eu pantoute son mot à dire. Pis quand Lewis pis Clark les avait arcrutés, Toussaint pis elle, probablement qu’a l’avait pas eu l’choix d’suivre, sous peine de mornifles pis d’serrage de bras qui laisse des bleus.

C’t’un peu la même affaire pour Marie : comme j’vous ai dit, on sait même pas si a l’avait l’goût de partir en expédition à l’autre boutte du continent ou bedon si Pierre l’avait obligée. Mais vous savez quoi? Dans mon livre à moé, ça montre juste à quel point les deux étaient toffes, des vraies survivantes qui ont faite du mieux qu’y ont pu dans un monde dur qui allait jamais leu laisser d’chance.

Scusez pour l’aparté, mais messemble que c’t’important de mettre les affaires en contexte.

Toujours est-il que pour tu’suite, Lisa, l’ancien boss à Pierre, avait d’autres chats à fouetter qu’son ancien employé. Les gars de l’expédition qu’y avait envoyés dins Rocheuses y’a plus qu’un an étaient jamais arvenus, pis y’avait entendu dire que des trappeurs canadiens s’taient faite tuer par des guerriers des peuples Absaroka pis Arikara.

Bref, les relations avec les Autochtones plus à l’ouest étaient pas vargeuses, pis, bon… c’tait compréhensible. Vous feriez quoi, vous-autres, si une gang d’étranges débarquaient chez vous pour chasser votre gibier, essayer d’vous enfirouaper avec des papiers bizarres pis vous donner la p’tite vérole?

Faique même si y’était en beau maudit que Hunt y aye volé ses hommes, Lisa était prêt à avaler son étron. Comme y’étaient yinque 25 en toute dans son expédition, y se disait que si sa gang pis celle à Hunt voyageaient ensemble, y’avaient plus de chance de s’en sortir vivants. 

Mais si y voulait convaincre Hunt, y’était aussi ben de s’atteler : Hunt avait pas pantoute envie de faire des risettes à un rival, pis McClellan, son numéro deux, était convaincu que Lisa avait grenouillé pour virer les Sioux contre lui pis ses trappeurs l’année d’avant. 

« Si j’vois c’t’astie d’mange-marde de Lisa, m’as l’abattre comme un coyote drette là, le tabarnak! »

Faique, avec les deux expéditions campées une à côté d’l’autre pas loin du village des Mandans, ça prenait yinque une étincelle pour partir une attisée. 

Pis ça aurait ben pu péter quand, un soir, Lisa fit dire à Pierre Dorion qu’y avait affaire à lui. Quand Pierre arriva su’l bateau à Lisa, y’était assis à son bureau, une bouteille de whisky pas loin :

« Salut mon Pierre! Heille, j’te vois la face, là, mais relaxe : viens t’assire pis prendre un p’tit verre, j’ai d’quoi à te proposer. »

Lisa connaissait son homme : jamais que Pierre allait arfuser un whisky. 

— Bon, qu’est-cé qu’t’as à m’dire?
— Gad’, m’as pas passer par quatre chemins. Ta dette, là… 
— Ah calvaire, ch’tais sûr que t’allais m’parler de t’ça! 
— Ouin, mais calme-toé. J’ai besoin d’gars comme toé, pis ça m’a faite ben mal quand j’ai su que t’étais parti avec Hunt. Faique mettons que tu lâchais Hunt pour t’en v’nir avec moé, pis qu’on oubliait toute le reste?
— Heille, penses-tu que j’ai envie d’arvenir avec un crosseur comme toé? Quand on était icitte l’année passée, t’as profité d’moé en m’vendant les affaires quatre fois l’prix parce qu’y avait yinque toé qui avait du stock à vendre!
— Pierre, tu sais ben qu’j’essayais juste de rentrer dans mon argent. J’t’ai jamais tordu un bras pour te faire boire, tsé. Mais entécas, c’est pas comme si t’avais l’choix, parce que j’ai pris un bref de dette contre toé à Saint-Louis. Faique si tu me payes pas pis que tu t’arpointes la face là-bas, tu vas te faire arrêter pis crisser à’prison civile! 

Pierre, en beau fusil, artroussa d’sa chaise pis crissa son camp drette là en lançant une darnière pointe : 

« T’es un astie d’chien sale! Jamais que j’te devrais autant d’argent si tu m’avais pas chargé 10 piasses la pinte de whisky! Que l’yâble t’emporte! »

Juste pour vous expliquer un ti-peu : dans c’te temps-là, tu pouvais vraiment aller en prison parce que tu d’vais de l’argent à quequ’un. Pis même si une pinte du temps, c’tait à peu près un litre, 10 piasses de 1810, ça r’vient à 225 piasses aujourd’hui. Faique oui, c’est vrai que Lisa chargeait les yeux d’la tête. Mais c’est vrai aussi qu’y lui avait pas varsé l’whisky d’force dans l’gorgotton. 

Plus tard, Lisa se pointa au camp Hunt pour emprunter d’quoi. Y v’nait pas pantoute pour Pierre. Sauf que Pierre le spotta, pis y s’garrocha su lui pour y sacrer une volée. 

Lisa, fâché noir, partit à course vers son bateau.

Pierre, convaincu qu’y allait r’venir armé, alla dans sa tente pis arsortit avec deux pistolets. 

Voyant ça, les autres gars de l’expédition Hunt se rangèrent en arrière de lui. 

Lisa arvint avec sa gang pis un gros couteau accroché après sa ceinture. 

La seule raison pour laquelle ça vira pas en échauffourée du yâble avec du sang partout, c’est qu’y s’adonnait à avoir un botaniste, John Bradbury, pis un écrivain, Henry Brackenridge, qui voyageaient avec les expéditions. 

Y’arrivaient de s’épivarder dans la plaine à trouver l’herbe fascinante pis à tirer su des bisons pour le fun quand y tombèrent su c’te scène-là. Comme y’étaient neutres dans la chicane pis que ça leu tentait pas pantoute de rester pognés tu’seuls su’l bord d’la Missouri avec un tas d’cadavres, y s’mirent entre les deux gangs pis réussirent à calmer l’jeu. 

Fiou. 

Mais, heille! C’est l’histoire à Marie, ça là! « Testostérone dans’prairie », c’t’assez pour aujourd’hui.

L’expédition Hunt resta un boutte chez les Mandans jusqu’au mois d’août avant de s’lâcher vers l’Ouest pour la partie la plus toffe du voyage : le Montana, le Wyoming, l’Idaho pis finalement, la traversée des Rocheuses, avant l’hiver à part de t’ça. Méchant contrat. 

Faique y partirent à ch’fal. Y’avait une bête pour deux hommes, mais Pierre s’arrangea pour qu’y en ait un jusse pour Marie pis les p’tits. C’tait ben la moindre des choses.

Y’avait aussi un ch’fal chaque pour les six gars, dont Pierre, qui avaient comme job d’aller chasser l’bison. Mais, m’as vous dire que la chasse était pas vargeuse. Une fois, y durent aller virer assez loin pour trouver d’quoi que quand y finirent par arvirer d’bord, leux traces s’étaient effacées, pis comme le terrain était plate comme un dimanche après-midi, y’avaient rien pour s’arpérer. Y’étaient pardus.

Marie, elle, continuait de suivre l’expédition pis à s’occuper de ses deux p’tits. A d’vait se sentir ben seule au travers de toute c’tes gars-là – des Anglais pour la plupart, pis a parlait pas anglais. En plus, tsé, parler à une « sauvagesse » qui « appartenait » à un autre homme, c’tait pas ben vu. A l’aurait aussi ben pu être invisible. 

Là, ça faisait quasiment une semaine que Pierre pis les autres chasseurs étaient partis : 

« Sont où, don? D’un coup qu’y se sont faite attaquer par des Sioux ou des Shoshones? »

Pis un soir où c’qu’y mouillait des hallebardes, Pierre et compagnie arsoudirent enfin au camp, brûlés raides pis trempés jusqu’à moelle. 

« Pierre! T’es là! »

Son mari avait beau s’comporter comme une vidange avec elle par bouttes, c’te soir-là, y’avait rien d’plusse doux pour le ti cœur à Marie que d’sentir sa chaleur contre elle. 

Vers la fin du mois d’août, y faisait déjà assez frette pour que les ruisseaux commencent à geler pendant la nuite. Y’étaient rendus au Wyoming, au beau milieu des montagnes Rocheuses, pis ça montait comme dans’face d’un singe. Ça descendait aussi raide, pis ça avançait pas vite vite. 

Un beau jour, un des chasseurs arconnut trois grosses montagnes pointues une à côté de l’autre pis annonça, toute content : 

« Juste l’autre bord, c’est l’fleuve Columbia! On a yinque à s’rendre là-bas, pis après, ça va être un pet de descendre en canot jusqu’à l’océan! » 

C’tes trois montagnes-là, Hunt les nomma les « Pilot Knobs », mais plus tard, une gang d’ados attardés les appelèrent les « Trois Tétons », pis c’est le nom qui est resté.

Faique quand l’groupe tomba su la rivière Snake, un affluent du Columbia, Hunt ordonna qu’on abandonne quasiment toutes les ch’faux à un village autochtone pas loin pis qu’on construise des canots pour continuer l’chemin su l’eau. 

Tout l’monde était tellement tanné d’crapahuter – tsé, la rando, c’t’un goût qui s’développe – que l’idée à Hunt passa comme du beurre dans’poêle.

Sauf que la Snake avait un autre nom : « the mad river », la rivière de fou. Tandis que les gars construisaient les canots, deux Shoshones arsoudirent à leu camp, pis quand y comprirent c’que Hunt et compagnie voulaient faire, y s’mirent à faire des sparages qui disaient clairement : 

« Prenez pas c’te rivière-là, astie, vous allez toute finir en écrapou su’é roches! »

Mais bon. Les Blancs, ça s’pense toujours plus fin que l’monde des Premières Nations, faique Hunt changea pas d’idée. 

Câline que Hunt aurait dû écouter les Shoshones! La Snake était pleine de rapides du yâble, pis la gang était tout l’temps obligée de débarquer pour faire du portage. 

Par trois fois, des canots chavirèrent pis plein de stock fut pardu dans les eaux blanches en furie. Pis le 28 octobre, y’arriva d’quoi d’horrible : Antoine Clappin, un voyageur canadien français expérimenté qui était pratiquement né avec une pagaie dins mains, fonça drette dans une grosse roche au milieu des rapides pis disparut pour pu jamais être artrouvé. 

C’tait la première fois que Hunt pardait un gars dans son expédition, pis ça y rentra d’dans pas pour rire. Y fut obligé d’se rendre à l’évidence : si y s’obstinaient à continuer en canot, y’allaient toute finir comme Clappin. 

« Ok, on laisse les canots là pis on continue à pied! »

Rendu là, y tombait déjà d’la grosse neige mouilleuse, pis y faisait frette, tellement frette! À cause de c’qui avait été pardu avec les canots, le groupe avait pu yinque pour cinq jours de provisions. Les chasseurs avaient beau essayer, y trouvaient yinque du castor; pis l’castor, ça fait des beaux casses de poil, mais ça fait pas des gros lunchs. 

Les gars faiblissaient de jour en jour, pis plus y v’naient faibles, plus y v’naient lents. Si y trouvaient pas d’l’aide ben vite, y’allaient toute mourir de faim gelés comme des crottes entre deux sapins. 

Marie, elle, endurait toute en silence, son plus vieux qui marchait à côté d’elle pis son plus jeune su son dos. En faite, a faisait tellement ça comme une championne qu’a l’inspirait les hommes à toffer sans chiâler pis à continuer d’avancer.

Pis c’qu’y savaient pas, c’est qu’en plus de toute ça, Marie était enceinte de six mois.

Partie III


Source : Larry E. Morris, The perilous West : seven amazing explorers and the founding of the Oregon Trail, 2013.

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Le siège de Platée : une histoire de remblai

Y’était une fois, en 429 avant l’arrivée du p’tit Jésus, la p’tite ville de Platée, en Grèce. L’histoire dit pas c’tait une platée d’quoi – une platée d’cipâte? Une platée d’bines? 

Entécas. 

Dans c’temps-là, c’tait la guerre du Péloponnèse : Sparte contre Athènes. Pis depuis 14 ans, y’avait une trêve entre les deux. 

Un jour, des oligarques de Platée – sont pas super importants dans l’histoire, mais des oligarques, en gros, c’est des big shots, pis pour la forme, on va les appeler Péladeau, Desmarais pis Molson – des oligarques donc, décidèrent qu’y voulaient gouverner la ville tranquille, juste leu tite gang. Faique, y’allèrent à Thèbes, une autre ville de c’te coin-là, pis d’mandèrent de l’aide pour décrisser la démocratie qu’y avait en place. 

Comme Thèbes était du bord de Sparte, pis que Platée, en plus d’être placée à une place ben stratégique, était du bord d’Athènes, Thèbes se dit : 

« Crisse! Des fous d’une poche… On va en profiter pour prendre la ville pour nous autres! »  

Quand même, les Thébains filaient pas trop bain d’sang c’te jour-là pis avaient pas envie d’se casser l’cul : 

« Mettons qu’au lieu d’attaquer, là… Si on faisait rentrer des genres de ninjas dans’ville, pis l’monde en dedans étaient tellement surpris qu’y se rendaient sans s’battre? »

L’idée avait l’air pas pire, faique ainsi fut faite : avec Péladeau, Desmarais pis Molson pour leux ouvrir la porte, une p’tite gang de Thébains se faufilèrent dans Platée.

Une fois qu’y furent rentrés, un d’eux-autres se planta en plein milieu d’la place pis cria : 

« Oyez, oyez! On est une gang de Thébains pis on est partout dans votre ville! Mais capotez pas! Si vous êtes prêts à lâcher Athènes pis à v’nir de notre bord, non seulement on vous f’ra pas d’mal, mais on va d’venir chums! » 

Les Platéens, pognés les culottes à terre pis les yeux dans’graisse de bines, se dirent collectivement : 

« Gériboire de saint Christophe! On va négocier! »

Mais là, au fur et à mesure qu’y négociaient pis qu’y s’réveillaient, les Platéens commencèrent à allumer : 

— Menute, là! Sont pas si nombreux qu’ça!

— Ben oui, on est ben plus qu’eux-autres!

— Pis y fait noir! 

— Pis y connaissent pas pantoute la ville!

— Mais nous-autres on la connaît! 

— GUÉRILLA!!!! 

Comme y voulaient pas que les Thébains les voyent s’organiser, les Platéens firent des trous dins murs entre les maisons pour s’artrouver en gang sans s’faire pogner en passant par les rues. 

Après, y se bâtirent des genres de barricades avec des charrettes couchées su’l côté. 

Pis à la première p’tite craque de lueur du jour, les Platéens sortirent de toutes les racoins sombres pour sauter su leux ennemis. 

Ben vite, les Thébains se rendirent compte de c’qui se passait pis se ramassèrent toute ensemble pour essayer d’se défendre. 

Y réussirent à r’pousser les Platéens une, deux, pis trois fois, mais plus ça allait, plus ça empirait : jusque les femmes pis les serviteurs qui leux garrochaient des roches pis des tuiles pis des assiettes par les fenêtres en poussant des hurlements du yâble. Pis comme si c’tait pas assez d’même, y s’mit à mouiller des cordes.

La panique pogna dins rangs des Thébains, pis y se sauvèrent comme des rats épeurés. Les Platéens fermèrent les portes de la ville pour les empêcher d’sortir, pis là, la chasse était ouvarte. Une bonne gang de Thébains furent massacrés, pis d’autres se rendirent. D’autres encore essayèrent de se garrocher du haut des murailles, mais y finirent en écrapou à terre. 

Faut crère que plutôt que d’se soumettre aux Platéens, y’avaient préféré finir… aplatis. 

Scusez-la. 

Faique les Platéens avaient remporté c’te manche-là. L’histoire dit pas c’qui est arrivé à Péladeau, Desmarais pis Molson après ça, mais y’ont sûrement dû patiner ben fort pour expliquer comment ça, don, que la porte était ouvarte c’te soir-là. 

Mais bon. Ça allait pas en rester là.

Un an après, v’là-ti pas les Spartiates eux-mêmes avec leu roi, Archidamos, qui artontirent aux portes de Platée, pis clairement pas dans l’idée de faire un potluck interculturel à la salle des Chevaliers d’Colomb. S’ensuivirent des longs discours plates pleins de fleurs pis de frisous pis d’serments à Zeus qui se résument à peu près comme suit : 

— Heille, les Spartiates! On dirait qu’vous vous enlignez pour ravager nos campagnes, mais on vous a rien faite! C’est don ben pas fin, votre affaire!

— C’est parce que vous êtes du bord des Athéniens, pis on leux haït la face! V’nez don de notre bord, à place! Ou au pire, promettez d’rester neutres, pis on va vous laisser tranquilles. 

— Non! On les aime, nous-autres, les Athéniens, pis on veut pas leu faire de peine!

— Booon, gad’don ça, la belle loyauté pour une gang de pourris! Ok d’abord! On vous a donné une chance pis vous avez rien voulu savoir? Faique là, on avance, pis si vot’ville est dans not’chemin, qu’on la crisse en feu pis qu’on vous tue toute, ben ça va être de VOTRE faute! 

À partir de d’là, c’tait officiellement la guerre. Sauf qu’au lieu d’attaquer tu’suite comme un enragé, Archidamos décida plutôt de faire un ti-peu de terrassement : 

« Mettons qu’on s’faisait un remblai le long d’leu mur, là, on aurait yinque à marcher par-dessus ben peinards pis à rentrer dans’ville sans s’forcer! »

Faique en moins de temps que ça prend au gouvernement pour dire que toute est d’la faute des syndicats, l’armée d’Archidamos devint « Terrassement Spartiate Bouchard enr., entrepreneur général, résidentiel et commercial », pis se mit à l’ouvrage. 

Les Spartiates commencèrent à piler d’la terre le long d’la muraille. Y coupèrent les arbres autour d’la ville pis y se firent des pieux pour soutenir la patente. 

Voyant ça, les Platéens se dirent : 

« Ok d’abord, ben on va s’faire une rallonge de muraille! »

Alors, y se gossèrent une espèce de palissade en bois renforcée avec des briques enlevées aux maisons pis arcouvrirent le déhors avec des peaux d’vaches pour protéger ça contre les tirs de flèches en feu. 

Mais astie, les Spartiates construisaient ben que trop vite! Tellement que bientôt, la rallonge de muraille à Ding et Dong allait pu sarvir à rien. 

Les Platéens passèrent donc au plan B : faire des trous dans la muraille en arrière du remblai pis sortir d’la terre pour qu’y s’effondre.

Ça prit pas grand temps pour que les Spartiates s’en rendent compte : 

« Ah les snoros! »

Faique aussitôt, y remplirent les vides avec de l’argile taponné dans des espèces de cages en roseaux. 

Comme le dit le proverbe, si ça marche pas par en arrière, essaye par en d’sour. Faique les Platéens décidèrent de creuser un tunnel en d’sour de leu muraille jusqu’au remblai pour enlever de la terre par là. 

Heille là les Spartiates comprenaient pu rien : 

« Ben voyons, bout d’ciarge! On rajoute d’la terre, rajoute pis rajoute, pis l’remblai monte pu! »

Tandis qu’y essayaient d’artrousser leu remblai, y se dirent, tant qu’à faire, pourquoi pas sortir les béliers pis essayer de faire des trous dans l’mur?

Sauf que les Platéens, toujours aussi pleins d’jarnigoine, trouvèrent le moyen d’péter les bouttes des béliers en faisant tomber des gros madriers dessus à partir du haut du mur. 

« Heille, là, là, s’exclama le roi Archidamos. Qu’est-cé ça va prendre pour qu’on rentre dans c’t’astie d’ville-là? Ch’tanné. C’est l’heure de TOUTE LES TOASTER. »

À partir de leu remblai, les Spartiates se mirent à garrocher des tas de bois sec autour des murs, quasiment comme si y préparaient un feu d’la Saint-Jean. Pis là, Archidamos ordonna qu’on tire un mélange de poix, une espèce de gomme collante, pis de soufre en feu sur toute ça. 

FROUCHE.

Les flammes lichèrent les murailles pis montèrent tellement haut que ch’cré ben qu’y attirèrent l’attention des dieux de l’Olympe, parce qu’y eut clairement une intervention divine. 

Avant que les pauvres Platéens finissent en rôti, une tempête du yâble se l’va, avec du tonnerre, des éclairs pis une pluie tellement forte que l’feu éteint drette là.

Archidamos savait pu quoi faire. Y’avait toute essayé! Pis quand on y dit que les Platéens étaient après bâtir UN AUTRE MUR en dedans de leu muraille, face au remblai, le roi eut l’goût de toute crisser au boutte de ses bras :

« Ah pis d’la marde! Moé, j’sacre mon camp. M’as laisser une garnison icitte, pis vous viendrez m’charcher quand les Platéens seront tannés de crever de faim. »

Les Platéens avaient résisté comme des champions, mais pognés qu’y étaient en dedans de leur ville sans pouvoir sortir, y pouvaient yinque attendre qu’Athènes vienne les sauver en mangeant une bonne platée de semelles de sandales bouillies. 

Mais les Platéens avaient beau être ben loyaux, les Athéniens vinrent jamais à leu s’cours. Rendu à l’hiver, y leu restait pu rien, pis y furent obligés d’se rendre. 

Les Spartiates les capturèrent, les massacrèrent pis rasèrent la ville. Cheap. Mais moé entécas, les Platéens, je leu donne un beau collant en forme d’étoile pis un gros bravo pour la façon brillante dont y’ont défendu leu ville.


Source : Thucydide, Histoire de la guerre du Péloponnèse, livre deuxième.

Marie Iowa Dorion : héroïne oubliée pis toffe d’entre les toffes — partie I

La mode, aujourd’hui, on dirait que c’est de s’mettre dans l’trouble par exprès. Genre, rentrer dans l’bois vendredi après la job avec yinque une couvarte, un canif pis un 2 litres de Pepsi vide pis essayer d’arsortir de d’là idéalement pas mort rendu au dimanche. C’t’un genre d’artour aux sources, un moyen d’artrouver l’Cro Magnon en dedans de nous-autres – s’crisser volontairement à des places pis découvrir comment c’qu’on va réussir à r’tourner au char.

Ch’comprends ça, tsé. Mais ça montre yinque à quel point la vie d’à c’t’heure est rendue loin des vraies affaires.

Parce qu’en 1813, quand la courageuse madame métisse Marie Iowa Dorion s’est artrouvée pognée pour survivre tu’seule au beau milieu des Rocheuses en plein hiver avec ses deux p’tits gars pis pu rien à manger, tandis que l’monde qui avaient tué son mari rôdaient dins parages, a faisait pas ça pour « arpousser ses limites pis développer son plein potentiel ». Pour elle, c’tait yinque la vie, tout court.

Pour vous mettre en contexte, j’vous transporte à Saint-Louis, au Missouri.

C’te ville-là avait été fondée en 1764 dans c’qui s’appelait la Haute-Louisiane, un territoire qui appartenait encore à’France même après que Québec soye passée aux mains des Anglais. Comme vous d’vez vous en douter, la place était bourrée de Français, de Métis pis d’Autochtones qui parlaient l’français en plus de leu langue maternelle.

En 1803, Napoléon avait fini par vendre la Haute-Louisiane aux États-Unis. Pis là, y’avait pu rien qui empêchait les z’Amaricains de traverser l’continent d’un bord à l’autre. Faique le président Thomas Jefferson avait dit :

— Faique on va envoyer du monde dans l’Ouest pis on va s’rendre jusqu’à l’océan Pacifique!
— Euh… Pourquoi?
— Parce qu’on est des z’AMARICAINS pis on a l’DOUA.
— Ok…
— Pis pour le cash. Surtout pour le cash.
— Ah! ben crère…

Pis Saint-Louis, justement, ça faisait un christie d’bon point de départ pour s’lâcher à’découverte de l’Ouest.

Donc, en 1804, les explorateurs Meriwether Lewis pis William Clark partirent de d’là avec une quarantaine d’hommes dans l’idée de s’rendre en Oregon, su’l bord du Pacifique. C’tait une saint simonac de trotte d’environ 7 000 km dans’grosse nature sauvage pis l’inconnu! Su’l chemin, y se ramassèrent un couple d’interprètes : Toussaint Charbonneau, Canadien français pis p’tit gars de Boucherville au Québec, pis sa femme Sacagawea, Autochtone de la nation des Shoshones.

Sacagawea, c’tait toute qu’une créâture : malgré toutes les dangers qu’y avait su’l chemin, a s’rendit jusqu’au boutte, son bébé accroché après elle. En plus, a connaissait l’territoire, a trouvait des plantes qui se mangent pis d’autres qui soignent, a fabriquait du linge pis des mocassins pis a négociait avec les peuples des Premières Nations quand y’en croisaient. A l’a sauvé l’cul à Lewis pis Clark ben des fois, pis j’vous dis, a mériterait que j’raconte son histoire yinque à elle une autre fois.

Entécas, l’expédition arriva su’a rive du Pacifique en novembre 1805. C’tait toute qu’un exploit.

Mais là, la trail était tapée. C’tait yinque une question de temps avant que d’autre monde la suivent.

Pis c’est là qu’arrive notre Marie Iowa Dorion.

— Voyons, veux-tu ben m’dire quand a va partir, la maudite expédition? Ch’t’à boutte de voir ton maudit air bête évaché su’l bord du feu après boire pis t’rôtir les s’melles de bottes! Être su’l chômage pendant trop d’temps, ça te fait jusse pas, Pierre.
— Ah, crisse-moé don patience, Marie. L’expédition partira ben quand a partira! Là, apporte-moé une autre O’Keefe pis dis aux flos d’arrêter d’crier d’même, j’ai mal à’tête.

Marie était d’la nation des Báxoje, qu’on connaît plusse sous le nom d’Iowa. Son père était Canadien français, mais on sait pas trop c’tait qui. En 1811, a l’avait 25 ans pis a l’était mariée avec Pierre Dorion, guide pis interprète Canadien français. A l’avait deux p’tits gars : Baptiste, 4 ans, pis Paul, 2 ans.

Son trip, c’tait d’accompagner Pierre dans ses expéditions. Rester plantée là comme un piquette en attendant que l’mari arvienne, elle, c’tait pas son genre. A l’adorait l’aventure pis le voyagement, beau temps mauvais temps, pis a l’amenait même les enfants.

Le problème, c’est que Pierre, tellement fin pis drette pis fiable en temps normal, devenait vite un gros soûlon violent quand y s’tournait les pouces entre deux voyages de traite. Ça y’arrivait de crisser des claques à Marie, pis Marie, elle, a s’vengeait en y câlissant des coups d’chaudronne par la tête quand y dormait :

« Quins, mon astie! »

Bref, c’tait pas vivable dans’maison. En plus, ça faisait des s’maines que Pierre pis Marie étaient dus pour partir en expédition avec la Missouri Fur Company, mais ça finissait pu de niaiser, pis y’étaient pognés à Saint-Louis.

« M’as t’en faire, moé, une autre O’Keefe, pensa Marie. J’en ai mon crisse de tas. M’as y’arranger ça, moé. »

Faique Marie sortit de chez eux pis alla faire un ti tour en ville.

A savait que ça brassait dans l’monde d’la traite des fourrures : v’là pas longtemps, un gars du nom de Wilson Price Hunt était débarqué à Saint-Louis pis y débauchait toute c’qui avait de chasseurs, de voyageurs, d’interprètes pis de gars d’montagnes pis d’rivières, faisant sacrer ben gros les autres compagnies d’la place.

C’tait parce que son boss, un gros plein d’cash du nom de John Jacob Astor, y’avait donné une mission : ni plus ni moins qu’arfaire l’expédition de Lewis pis Clark pour ouvrir pour de bon la route du Pacifique pis monopoliser l’marché des fourrures dans l’Ouest.

Marie savait que Hunt voulait partir drette en mars, avant même que la neige soye toute fondue. A trouvait ça ben d’adon, faique a l’alla voir les recruteurs :

— Heille bonjour. Un gars comme Pierre Dorion, toé, ça te tenterait-tu t’engager ça?
— Hein! Pierre Dorion! LE Pierre Dorion, là? Y s’charche d’la job?
— Ouin, drette ça. C’est mon mari pis y m’a d’mandé de v’nir m’informer pour lui.
— Ben crère qu’on aimerait l’avoir! C’est un des meilleurs!
— Bon ben y s’rait intéressé à partir avec vous-autres. Y’a yinque une condition.
— C’est quoi?
— Faut que moé pis mes deux garçons, on vienne aussi.

Là, le recruteur était pas trop sûr.

« Menute, m’as aller parler à mon boss. »

Hunt lui non plus était pas sûr, mais y’était tellement content de pouvoir engager un gars d’la réputation à Pierre Dorion qu’y finit par accepter.

C’est clair que Marie avait entendu parler de Sacagawea : les deux étaient Autochtones pis femmes de coureurs des bois d’la région de Saint-Louis, pis l’milieu d’vait pas être si grand qu’ça. Comme elle, Marie allait être la seule femme dans une gang de gars partis pour un voyage de fou. En s’embarquant là-dedans, a s’disait-tu qu’a l’allait suivre les traces d’une femme qu’a l’admirait? La question s’pose.

« Bon. Ch’connais Pierre : y doit d’l’argent à son boss d’la Missouri Fur Company pis y voudra pas s’mettre dans’marde en partant avec quequ’un d’autre. Mais, moé, j’m’en sacre : ch’tannée d’être icitte pis d’manger des claques su’a yeule. J’veux ravoir mon mari qui est fin pis qui m’traite comme du monde. »

Fallait qu’Marie trouve un moyen d’faire embarquer Pierre su un des bateaux à Wilson Price Hunt, vu que la première étape de l’expédition allait être d’armonter la rivière Missouri.

Marie d’vait avoir pour son dire que l’meilleur moyen pour qu’un homme fasse c’que tu veux, c’est de’l pogner par les vices. Entécas, c’est ça qu’a fit avec Pierre. Faique, la veille du départ, a s’montra extra serviable :

« Veux-tu une autre O’Keefe, mon chéri? »

« Encore une autre p’tite? »

« Ch’pense qu’y reste une Black Label, mais est tablette par’zempe… »

Avant longtemps, Pierre était saoul mort.

On connaît pas trop les détails, mais après ça, Marie aurait paqueté ses petits pis s’rait allée charcher des gars de l’expédition pour qu’y ramassent Pierre pis l’emmènent su’l bateau.

Rendu au matin, Pierre, su’l lendemain de brosse solide, comprit qu’y était parti pour le Pacifique.

Y’était pas d’bonne humeur.

Devant les membres d’équipage trop jambons pour l’arrêter, y se mit à hurler pis à fesser su Marie, pis après, y se crissa à l’eau en criant :

« MANGEZ TOUTE D’LA MARDE, MOÉ J’ARTOURNE À SAINT-LOUIS! »

Plouf.

Y’avait comme un malaise. Tout l’monde était resté frette, sauf Marie, pour qui c’tait yinque un matin ben normal avec Pierre su’a dérape :

« Inquiétez-vous pas, vous avez yinque à me faire débarquer, à m’donner un ch’fal pis à m’attendre un ti peu. M’as vous l’ramener, moé. »

Comme de faite, queques heures après, les gars de l’expédition Hunt virent arsoudre Marie avec Pierre à la traîne. Pis j’vous dis qu’y filait doux.

Là, faut que j’vous dise une affaire : y’a pas jusse une version de c’qui s’est passé au début de l’expédition.

Y’a celle-là que j’vous ai contée : c’est la version à notre Serge Bouchard national, l’Bonyeu aye son âme. J’ai vu ça dans un des livres qu’y a écrits pis j’me sus dit, si c’te varsion-là est bonne pour lui, a doit être bonne pour moé.

Mais y’en existe une une autre où c’que Pierre se s’rait engagé lui-même dans l’expédition Hunt pour se sauver de sa dette pis y’aurait exigé que Marie pis les flos viennent avec lui. Ça a ben du sens. L’affaire du débarquage du bateau, on l’artrouve pareil, mais ça se passe pas exactement d’la même façon.

Ça a d’l’air que, queques jours après l’départ, la chicane aurait pogné su’l bateau, pis Pierre aurait battu Marie. Marie, légitimement en tabarnak, s’rait débarquée du bateau avec les flos pis se s’rait sauvée dans l’bois. Pierre pis les autres l’auraient charchée une journée de temps sans la trouver, pis Pierre aurait passé la nuit d’boutte à filer cheap pis à s’inquiéter pour sa femme pis ses p’tits gars. Finalement, Marie s’rait réapparue su’l bord d’la rivière le lendemain matin pis aurait d’mandé à rembarquer.

On saura jamais comment ça s’est vraiment passé, mais m’as vous faire une confidence : moé, j’aime ben mieux la version où c’que Marie prend les choses en main.

Faique la gang à Wilson Price Hunt pouvait partir pour de bon. Youhou! Aventures! Découvertes! Argent! Gloire! Plaques commémoratives pis centres communautaires à leu nom dans 200 ans!

Mais avant d’défier les montagnes, les rivières, le frette, la faim, les bêtes sauvages pis les nations autochtones qui voulaient rien savoir des étranges su leux territoires, y’allaient s’faire rattraper par toute c’qu’y avaient laissé de pas réglé à Saint-Louis…

Partie II


Source : Bouchard, Serge et Lévesque, Marie-Christine. De remarquables oubliés tome 1 : Elles ont fait l’Amérique, Lux Éditeur, 2011.

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La guerre de l’oreille à Jenkins

(Si c’est dur à lire, cliquez avec le piton droit d’la souris pis faites « Ouvrir l’image dans un nouvel onglet ».

J’vous gage que yinque avec le titre, vous êtes déjà intrigués.

C’est qui, ça, Jenkins? Qu’est-cé qu’a crisse, son oreille? Pis c’est qui l’cave qui part en guerre pour une niaiserie de même?

Avant d’répondre à toute ça, va falloir que j’commence par vous mettre en contexte.

Dins années 1700, y faisait chaud dins Caraïbes, pis pas yinque à cause d’la latitude : c’tait bourré d’Européens, y s’brassait des GROS bidous pis ça jouait dur en ti-péché. Garrochez une oreille au milieu de t’ça, pis c’tait jusse une question de temps avant que ça pète.

Dans c’temps-là, on était en plein commerce triangulaire. On vous a montré ça à l’école, mais ch’prendrai pas d’chance pareil :

Bref, c’tait un gros génocide dégueulasse qui passait pour une biznesse respectable.

Les Espagnols, eux-autres, préféraient pas se salir les mains directement avec l’achetage pis le charroyage d’Africains. Faique c’qu’y faisaient, c’est qu’y donnaient une espèce de contrat de sous-traitance qu’y appelaient l’asiento pis qui garantissait l’droit d’être le seul à pouvoir vendre du monde aux colonies espagnoles.

Dans l’boutte qui nous intéresse, c’tait l’Empire britannique qui avait l’asiento. Ça y donnait l’droit d’importer 5 000 Africains pis d’accoster avec 2 navires de 500 tonnes de marchandises par année aux ports espagnols des Caraïbes.

Sauf que c’tait vraiment pas assez au goût d’la Compagnie de la mer du Sud, qui s’occupait du commerce dins Caraïbes au nom de l’Empire britannique. A l’avait des GROSSES ambitions commerciales, comprenez-vous, pis y rentraient juste pas dans le p’tit contrat d’misère donné par les Espagnols. Fallait que ça dézippe à queque part.

La solution d’la Compagnie? Bourrer les bateaux de contrebande, ben crère!

(Là, j’sais que c’est lourd, toute ça, mais l’oreille va r’voler ben vite, j’vous l’promets.)

Sauf qu’après un boutte, les Espagnols ont commencé à se douter de quequ’chose :

« Heille, sont-tu après essayer d’nous en passer une p’tite vite, eux-autres là? »

Dans c’temps-là, les Espagnols pis les Britanniques – pis les Français aussi, mais sont pas super importants dans l’histoire – étaient toujours après se crêper l’chignon, faique y signaient des traités d’paix aux 20 menutes.

Faique quand y’ont signé le traité de Séville de 1729, les Espagnols en ont profité pour passer une belle p’tite clause qui leu donnait le droit d’arrêter pis d’inspecter n’importe quel navire britannique en ch’min vers les Amériques pour voir si y’avait pas des p’tits cadeaux de cachés à bord.

Pour la Compagnie d’la mer du Sud pis la marine britannique, c’tait c’qu’on pourrait appeler… un irritant :

— Ah, tabarnak.
— Quossé qu’y a?
— Les asties d’Flamencos encore, y nous ont spottés pis y s’en viennent nous aborder!
— Câlisse, pas eux-autres! La dernière fois, j’ai été obligé de domper 4 caisses de vaisselle Fortnum & Mason à’mer pour pas qu’on s’fasse pogner!

Pis là, en avril 1731, y’a un abordage de routine qui a dérapé solide.

Le capitaine au long cours Robert Jenkins s’en allait d’la Jamaïque su son bateau, le Rebecca, quand y s’est faite arrêter par des garde-côtes espagnols. C’est pas trop clair c’qui s’est passé exactement, mais la chicane a pogné, pis ça a pas été long que l’capitaine Jenkins s’est ramassé attaché après l’mât de son bateau.

Là, le capitaine des garde-côtes, Juan de León Fandiño, y’a pogné l’oreille gauche pis y’a coupée d’un coup d’sabre. CHLAK.

Après ça, y lui a ardonné son oreille en disant :

« Quins, montre ça à ton roi, pis dis-y qu’m’as y faire pareil si j’y vois la face par icitte! »

Là, vous vous dites : « Bon! Faique y’est artourné en Grande-Bretagne, y’a montré son oreille, tout l’monde a été scandalisé, pis l’Empire britannique a déclaré la guerre à l’Espagne! »

Pas tant.

Ben sûr qu’en arvenant chez eux, Jenkins a porté plainte, pis un article su sa mésaventure a passé dans le Gentleman’s Magazine de Londres en juin 1731. Mais sinon, parsonne a pogné les nerfs avec ça; c’tait plus une anecdote qu’autre chose, pis la réaction de la plupart du monde a été :

« Y s’est faite couper l’oreille, lol. »

Comme disent les jeunes d’à c’t’heure, entécas.

C’en est pas mal resté là. Mais, l’année d’après, les Britanniques sont allés fonder la colonie de Georgie drette à côté d’la Floride, qui appartenait aux Espagnols. Pis les Espagnols ont pas aimé ça pantoute, c’qui était pas pour aider les deux empires à mieux s’accorder.

En plus, en 1733, le roi d’France Louis XV a signé un pacte d’alliance avec son mononcle Philippe V d’Espagne, pis c’tait pas super d’adon pour les Britanniques. À partir de c’te moment-là, les Espagnols pis les Français, rendus encore plus fantasses en sachant qu’y s’entrebackaient, se sont mis à écœurer encore plus les navires britanniques.

En 1738, le ton a commencé à monter au Parlement de Londres. Les tories – le parti d’opposition, là – voulaient la guerre contre l’Espagne, pis y’étaient pas tu’seuls : la Compagnie de la mer du Sud était tannée de s’faire mettre des bâtons dins ambitions commerciales. L’affaire, c’est que l’premier ministre whig Robert Walpole était pas trop chaud à l’idée :

« Mouerf, on veut-tu vraiment s’embarquer là-dedans? Mettons qu’on leu déclare la guerre pis que la France saute dans l’tas d’leu bord à eux-autres, on va avoir l’air fous s’un moyen temps. Chus sûr qu’y a moyen d’régler ça autrement. »

Faique là, les tories se sont mis à fouiller dans toutes les racoins possibles pour trouver toutes les cas où c’que les Espagnols ou les Français auraient faite d’la marde à des marins britanniques. Pis c’est là qu’y se sont souvenus de Jenkins :

« Heille! Vous rappelez-vous de, tsé, l’gars avec son oreille coupée? Ça aurait l’air qu’y l’a gardée dans l’vinaigre, en plus! Ça, ça puncherait si y’a montrait en Chambre! Comment c’qui s’appelait, don? »

C’est d’même que, 7 ans après l’incident, Jenkins a enfin pu sortir son oreille de ses tablettes à marinades.

Entécas, selon la légende. Ç’a d’l’air qu’y a pas de preuve écrite que Jenkins a vraiment sorti son boutte mariné devant tout l’monde au Parlement.

Sauf que là, l’affaire a faite pas mal plus de bruit : l’image en haut complètement, c’t’une caricature qui a paru dans l’journal The Craftsman le 24 juin 1738. Partout dans l’Empire, on parlait yinque de l’oreille à Jenkins.

Les tories avaient réussi leu coup : y’avaient montré assez d’écrapou pour que la majorité de la classe politique pogne le mors aux dents. Même le roi Georges II, qui filait pas fort fort parce qu’y v’nait pardre sa femme pis était pogné des hémorroïdes, était ben crinqué pour la guerre.

Le pauvre Walpole avait jusque pardu l’appui d’la moitié de son Cabinet, faique y’eut pas le choix de dire « mononc’ » :

« Ok, d’abord, vous allez l’avoir, votre guerre! »

Ça sert pas à grand-chose que j’vous conte la guerre en tant que telle dans l’détail. En gros, un tapon d’escarmouches ont éclaté un peu partout dins Caraïbes comme autant d’graines de popcorn au micro-ondes; les Britanniques ont attaqué les colonies espagnoles, les Espagnols se sont ben défendus, pis y’a eu énormément d’morts – surtout à cause d’la fièvre jaune pis d’la bonne vieille dysenterie.

Sauf que vers 1742, les Britanniques pis les Espagnols ont comme perdu l’intérêt pour leu chicane dans l’Nouveau Monde. C’est parce qu’y avait d’quoi de pas mal plus gros qui se brassait dins Europes : l’empereur Charles VI du Saint-Empire v’nait de mourir sans héritier doué de zouiz, pis y’avait toute légué à sa fille Marie-Thérèse. Pis comme c’tait une p’tite maman de 23 ans, les battes royaux de toute le continent pensaient qu’y pourraient la tasser facilement.

Crisse qu’y se trompaient. Mais ça, c’t’une autre histoire.

Entécas, au final, l’oreille à Jenkins aura pas changé grand-chose dans l’jeu d’échecs des grands empires coloniaux. Mais j’espère au moins qu’y l’a faite encadrer.


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L’art médiéval : pourquoi c’que ça a d’l’air de c’que ça a d’l’air?

Vous l’savez, j’aime ben m’faire du fun avec les dessins pis les peintures du Moyen-Âge. Heille, comment ch’pourrais résister? L’art médiéval, c’est tellement bizarre! J’vous en ai montré en masse, depuis l’temps, mais j’vas quand même vous rafraîchir la mémoire. Argardez ça :

Saint Nicolas refusant le lait de sa mère, fresque de l’abbaye de la Novalaise (Italie), XIe siècle.

V’là une fresque du 11e siècle où on voit bébé saint Nicolas qui, selon la légende, arfusait de téter l’sein à sa mère les jours de jeûne. Encore la couche aux fesses, pis déjà plus catholique que le pape. Faut l’faire. Mais entécas, c’qui saute aux yeux, c’est que l’bebé a l’air d’un mini Nicolas Cage enroulé dans une baguette française, pis que le sein arsemble plus à une poire en caoutchouc.

On va se l’dire : C’EST LAITTE!

Mais comment ça, don? Y savaient pas dessiner, dans c’temps-là?

Pourtant, argardez l’genre de murale qui s’faisait 1 000 ans avant, dans l’Antiquité. Celle-là était dans une maison de Pompéi qui a brûlé quand l’Vésuve a pété en l’an 79, pis a été artrouvée en 1900 :

Fresque à la femme assise jouant de la lyre, Pompéi, vers 30-40 av. J.-C.

C’est beau, hein?

Faique qu’est-cé qui s’est passé après l’Antiquité pour que ça vire de même?

Bon ok : y’a eu une p’tite affaire appelée la débarque de l’Empire romain. Le monde a changé s’un moyen temps : les barbares germains engagés comme mercenaires pour défendre l’Empire ont pris la place de l’élite romaine. Pis eux-autres, y’avaient pas le même style artistique ni le même sens de c’qui est beau.

Par exemple, c’taient pas des péteux d’broue qui trippaient su l’art pour l’art pis qui disaient des affaires genre « ga’don comme est belle ma peinture de Junon/chus don cultivé avec mon bas-relief d’la guerre du Péloponnèse/le gros orteil gauche de l’Aphrodite de Praxitèle est une critique de la société d’consommation en Grèce antique ».

Non. Eux-autres, y préféraient décorer leux objets de toutes les jours, comme des têtes de hache, des broches pis d’autres affaires :

Les deux à gauche : protège épaules et boucle de ceinture du VVIe siècle, enterrement maritime anglo-saxon au Sutton Hoo.
En haut à droite : hache viking trouvée dans la tombe dite de Mammen, vers 970; en bas à droite : fibule ostrogothe de style animal, Ve siècle.

Pis comme vous l’voyez, y’aimaient les motifs tortillés qui s’répètent pis les formes d’animaux. Eux-autres, dessiner des paysages pis du monde de façon hyper réaliste, ça les intéressait pas. On l’voit ben su’é pierres à peintures en forme de zouiz d’la fin de l’âge du fer en Suède – le monde, les ch’faux, les bateaux, toute est faite simplement, avec pas d’détails :

Pierre à peintures dite de Stora Hammars, Gotland (Suède), VIIe siècle.

Faique ça explique en partie pourquoi, au Moyen-Âge, le réalisme dans l’art a pris l’bord, a déboulé trois étages, s’est pété la tête su’l calorifère en arrivant dans’cave pis a yinque arpris connaissance 1 000 ans plus tard à la Renaissance. Les Germains étaient les nouveaux boss d’la place, pis eux-autres, y s’en câlissaient, du réalisme.

C’tait déjà du gros bardassage culturel, c’tes changements-là. Mais y’est arrivé une autre affaire qui a viré l’Europe cul par-dessus tête :

Icône du Christ pantocrator, Monastère Sainte-Catherine Sinaï, VIe siècle.

Ben oui, vous-autres : J.-C. notre Sauveur, Lumière du monde, Agneau de Dieu pis toute le kit.

À partir du 3e siècle, le christianisme s’est mis à passer la gratte dans l’paysage religieux d’l’Europe. Partout, les peuplades s’convertissaient une après l’autre comme 4 trente sous pour une piasse.

Ben sûr, pour faire avaler l’Emmanuel au peuples barbares, y’a fallu un ti effort de marketing. Tsé, j’me mets à’place d’un gros guerrier poilu : une espèce de feluette accrochée après une croix, c’tait pas ben ben vendeur.

Faique après avoir ben étudié son public cible, le département d’la pub chez Église chrétienne Inc. est arrivé avec un super concept :

Le Christ représenté en guerrier héroïque, Psautier de Stuttgart, Allemagne, IXe siècle.

Ça vient d’un livre de psaumes allemand du 9e siècle. Pas pire, hein? Entécas moé ch’capote. Du marketing médiéval!

Mais bon. Ça a dû marcher, parce que, comme la nouvelle vedette de l’heure dins revues à potins, Jésus était rendu partout : l’art servait pu yinque à l’montrer, lui pis sa gang.

C’est là que les caractéristiques de l’art germanique sont arsoudues dans une des affaires qu’on associe le plus au Moyen-Âge : les enluminures, c’t’à dire les motifs, les dessins pis les belles lettres dorées qui décorent les manuscrits.

Par exemple, v’là le baptême à Jésus dans un livre de psaumes du 12e siècle :

Le baptême du Christ, Psautier de saint Alban, Angleterre, XIIe siècle.

La voyez-vous, l’influence germanique? Le cadre avec des motifs qui s’répètent toute le tour, pis le dessin pas compliqué – argardez la froque de poil à saint Jean Baptiste yinque suggérée par des tis bouttes qui pendent pis les ailes hyper géométriques des anges. Pis heille, ch’peux pas PAS souligner à quel point c’est flyé, comment l’eau est arprésentée, comme une espèce de bulle avec des poissons dedans.

À part de t’ça, les chrétiens du début, y’étaient ben su’é nerfs au sujet de c’qui était correct pis pas correct.

Prenez l’exemple de saint Augustin. Su’é questions de religion, y’avait pas plus téteux que lui. Tsé, y’a passé des mois à angoisser sur ce qui allait arriver rendu à’fin des temps au monde qui s’faisaient manger par des cannibales. Vu que leu corps avait été bouffé pis faisait maintenant partie du corps de quequ’un d’autre, y’allaient-tu pouvoir ressusciter?

Tsé, moé quand ch’fais de l’insomnie, ch’pense à ma vaisselle pas faite pis à mes taxes municipales qu’y faut que ch’paye. Chacun ses priorités.

Entécas, Augustin était aussi ben stressé par les images :

« Les images, là, c’est des MENTERIES! Tsé, un acteur qui joue une pièce de théâtre, ben c’est yinque un maudit menteur, parce qu’y essaye de nous faire accroire qu’yé quequ’un qu’y est pas. Les images, c’est pareil : une peinture de chat, c’pas un chat, mais l’peintre essaye de nous faire accroire que c’en est un. Pis les menteries, c’est juste pas chrétien. Faique tant qu’à moé, un bon chrétien, ça fait pas d’images pis ça r’garde pas d’images. »

Avant lui, l’écrivain Tertullien avait dit qu’être un artiste, c’tait carrément incompatible avec être chrétien, parce que n’importe quelle image qu’on crée peut devenir une idole.

Heureusement, le pape Grégoire le Grand était pas mal plus relax avec ça.

Autour de l’an 600, Grégoire avait arçu une lettre de l’évêque Serenus de Marseille qui capotait ben raide parce que pu parsonne venait à l’église depuis qu’y avait décâlissé des images religieuses pis les avait crissées par la f’nêtre parce qu’y pensait que c’tait l’idolâtrie.

Grégoire, c’tait quequ’un de pragmatique. Y’était ben pieux, mais savait ben que des fois, dans’vie, faut faire des compromis. Y lui a donc répondu :

« Ben voyons don, qu’est-cé t’as faite là, maudit cornet? L’idolâtrie, là, j’aime pas ça plusse que toé. Mais gad’ben. C’est quoi ton but, dans l’fond? Convartir les barbares? Y’en a une maudite gang là-dedans qui savent pas lire, faique comment tu veux qu’y apprennent l’histoire sainte si y’a voyent pas dans des images? Là, toute c’que t’as faite, c’est les choquer, pis y sont partis. C’est ben beau l’zèle, mais c’est pas d’même que tu vas réussir à sauver leux âme! »

Faique bref, les images étaient permises, mais juste pour instruire les illettrés, pas pour être réalistes. En faite, fallait surtout pas que ça soye réaliste, d’un coup que l’monde se mêlent pis s’mettent à vénérer l’image au lieu d’la vraie affaire comme des maudits païens.

En gros, ça explique pourquoi on est passé de statues de déesses nu boules pis de héros qui pourraient faire la couverture des revues encore d’nos jours, à des affaires de même :

La Dernière Cène, fresque de la basilique Sant’Angelo in Formis, Italie, XIe siècle.

C’t’une fresque de la Darnière Cène qui date du 11e siècle.

On voit que le but, c’est pas de faire un souper réaliste : Jésus pis les Apôtres ont toute l’air de des bouttes de carton, les tis pains ont aucun détail, pis l’artiste a même pas essayé de faire une perspective qui a de l’allure en dessinant la table.

Mais c’pas grave! On comprend tu’suite c’qui se passe, parce que toutes les éléments qui faut artenir sont montrés ben clairement. Faique comme outil pédagogique, c’est pas mal réussi!

En plus, pour qui est au courant, c’est possible d’arconnaître chacun des Apôtres à partir de p’tits détails (sauf Barthélémy, Thaddée pis Jacques le Majeur – eux-autres, parsonne se rappelle jamais qu’y existent pis sont toutes pareils énéwé).

À part de t’ça, vous armarquerez que même si y’en a qui sont plus loin ou plus proches, les Apôtres sont toutes de la même grosseur. C’est parce que dans ben des images de c’t’époque-là, la grosseur des affaires était proportionnelle à leur importance.

Pis parlant de grosseur proportionnelle à l’importance, j’ai un bon exemple pour vous autres.

Vous d’vez connaître la tapisserie de Bayeux? Au cas où, ben c’t’une tapisserie (si voulez faire votre péteux, c’est plutôt une broderie de fils de couleur sur une toile de lin de 230 pieds) qui raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. A date du 11e siècle, pis c’t’une œuvre tellement extraordinaire que l’Unesco l’a ajoutée dans l’registre international Mémoire du monde. On rit pu.

Dans la tapisserie, y’a une scène où Guillaume le-bientôt-Conquérant sort d’la ville d’Hastings pour aller affronter le roi Harold Godwinson, jusse avant la bataille qui allait changer toute l’histoire de l’Angleterre. Comme on le voit, y’est aussi grand que la ville : ça permet de montrer que c’t’un big shot, pis aussi de mettre toutes les éléments d’information, peu importe leu grosseur, sans être obligé de se bâdrer avec les proportions ou l’espace su’a tapisserie :

Tapisserie de Bayeux, scène 47, Bayeux (France), XIe siècle.

Ah pis parlant de grosseur… Y’a pas yinque ça qui est proportionnel.

Dans la tapisserie de Bayeux, si on argarde ben, on peut voir un total de 93 zouiz, dont 88 sont après des ch’faux. Oui, y’a vraiment un gars qui a pris le temps d’les compter, pis y mérite une médaille.

Bref, c’est plein de ch’faux shaftés, pis le plusse ben amanché d’la gang, c’est le destrier du héros d’la tapisserie, c’t-à-dire le duc Guillaume. Ça a l’air niaiseux pour nous-autres, mais à l’époque, c’tait ben utile pour le monde qui savaient pas lire, parce qu’y pouvaient tu’suite se faire une idée d’un parsonnage à partir d’la graine de son ch’fal. Pas pire, hein?

Ben sûr, y’a une autre affaire à’quelle y faut penser quand on argarde une œuvre médiévale qui a l’air poche. Être un artiste, au Moyen-Âge, c’tait pas comme aux autres époques. Fallait pas absolument avoir un talent d’fou pis t’faire armarquer par les galeries d’art avec ton « approche picturale novatrice » ou bedon ton « langage visuel audacieux ». Peintre, ou bedon enlumineur, c’tait une job au même titre que pêcheur ou bûcheux ou forgeron ou maçon. Pis comme dans toutes les jobs, y’en avait des bons… pis y’en avait des moins bons.

On s’entend que le pauvre saint Vital de Ravenne, qui a été condamné à être enterré vivant, méritait mieux que ça :

Le martyre de saint Vital, illustration d’un manuscrit du XIVe siècle, France.

Pour résumer, si au premier r’gard, l’art médiéval a l’air d’un tapon de dessins faites par ton papoute à’garderie avec des bonshommes allumettes épeurants pis un soleil avec une face que t’es obligé de mettre su’l frigidaire pour pas y faire de peine, ben… C’pas ça pantoute. C’t’une forme d’art, avec ses propres codes pis ses propres affaires à apprécier. Faut yinque être au courant pis s’mettre en contexte.

Ben sûr, prenez pas toute c’que j’vous ai dit pour du cash. Moé, chus yinque une matante qui s’barce en contant des histoires. J’ai fouillé dins racoins un peu partout. j’ai toute mis c’qu’y avait d’l’allure ensemble, pis messemble que ça s’tient.

Entécas. À c’t’heure que toute ça est dit, pour finir, j’résumerais la relation entre l’art antique pis l’art médiéval avec c’t’image-là :

Sources :

Sur l’art médiéval en général :
https://smarthistory.org/a-new-pictorial-language-the-image-in-early-medieval-art/

Sur l’art Viking :
https://smarthistory.org/viking-art/

Sur Augustin qui angoisse su l’sort du monde mangés par des cannibales : http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/dj5.htm

Sur le pape Grégoire pis Sérénus de Marseille : https://www.jstor.org/stable/42617836

Le guide complet pour jouer à « spotter l’apôtre » :
https://iconreader.wordpress.com/2010/08/17/how-to-recognize-the-holy-apostles-in-icons/

Sur les zouiz dans la tapisserie de Bayeux : https://www.historyextra.com/period/medieval/bayeux-tapestry-penis-why-norman-conquest-battle-hastings-william-conqueror/


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Le Balloonfest’86 : quand l’enfer est pavé… de ballounes

Y’a-tu quequ’un qui aime pas les ballounes? C’est comme des belles cerises en plastique de toutes sortes de couleurs, toutes rondes pis toutes joyeuses; y peuvent exploser, pis quand y dessoufflent vite, y font des sons de pet pis y volent tout croche dins airs comme un papillon avec une fusée dans l’derrière. Heille, j’ai déjà gardé une gang de flos occupés pendant un après-midi de temps yinque en jouant avec ça. C’est l’fun de même, des ballounes.

Y’a rien d’méchant dans une balloune. Ça peut pas faire de mal. Mais si vous pensez ça, c’est clair que vous avez jamais entendu parler du Balloonfest’86 à Cleveland, en Ohio.

C’tait parti d’une bonne intention : pour se faire de la publicité pis ramasser de l’argent, Centraide du Grand Cleveland voulait battre le record du monde du plus grand nombre de ballounes gonflées à l’hélium pis r’lâchées en même temps.

En plus, dans c’te temps-là, Cleveland avait la réputation d’être un trou. Tsé : dins années 1970, ça allait tellement mal financièrement que la Ville avait fait défaut su ses paiements, la rivière Cuyahoga qui la traversait était tellement polluée qu’a l’avait pogné en feu, pis ses équipes de sport arrêtaient pas de perdre comme des pas bonnes – quoique, du côté d’la NFL, ch’pas sûre que ça c’est tant ramieuté. C’tait rendu au point où c’que Cleveland avait été surnommée « Mistake on the Lake » – l’erreur su l’lac, en français, parce qu’a l’était située su’l bord du lac Érié.

Bref, Cleveland avait d’quoi à prouver  :

« On est pas des jambons pis des ti-clins! Nous-autres aussi on peut faire des belles pis des grandes affaires, bon! »

Faique tout l’monde était hyper motivé. Ça a pris six mois pour organiser la patente; les flos d’école vendaient les ballounes à deux pour une piasse, pis une armée de bénévoles ont aidé à toute préparer. La veille, y se sont occupés de gonfler les ballounes, travaillant quasiment toute la nuite avec des bouttes de tape collés autour des doigts pour pas se faire des ampoules.

Le jour du lancement, y’avait 1,4 million de ballounes dans une espèce de filet au beau milieu de la ville, soit ben en masse pour battre le record; on aurait dit qu’une piscine à boules pour enfants s’tait mise à fortiller tout d’un coup comme un gros blob monstrueux pis allait bouffer Cleveland.

Comme y’arrivait de l’orage, les organisateurs ont décidé de lancer les ballounes plus vite que prévu. Faique le 27 septembre à 1 h 50 de l’après-midi, le filet a été détaché pis les ballounes se sont envolées.

C’tait ben impressionnant. Selon le point de vue, ça avait l’air d’une envolée de bonbons, de youptidou pis d’amour universel… Ou bedon d’la 11e plaie d’Égypte. Argardez ça :

Tout l’monde étaient fous comme des balais, pis ça criait :

« GO CLEVELAND! RECORD DU MONDE! WOUHOUUUU! »

Sauf que l’bonheur était pas pour durer.

Normalement, les ballounes gonflées à l’hélium montent pis montent pis montent, des fois jusqu’à 10 000 pieds d’altitude, où l’atmosphère est pas mal moins dense. Comme l’air du dehors pèse moins s’a balloune, tandis que la pression en-dedans de la balloune reste la même, la balloune gonfle. En plus, haut de même, y fait vraiment frette, faique la balloune gèle pis devient fragile. Résultat : la balloune pète en plein de tis bouttes qui ardescendent lentement su’a terre.

Entécas, c’est ça que les organisateurs pensaient qu’y allait se passer.

Mais là, avec l’orage qui s’en venait, les ballounes ont pas eu le temps de se rendre assez haut. En s’en allant vers le nord, par-dessus le lac Érié, y’ont frappé un front froid qui les a r’poussées vers la ville, pis la grosse pluie les a fait artomber pendant qu’y étaient encore gonflées.

Pis là, le bordel a pogné.

D’abord, plein de ballounes se sont ramassées au beau milieu d’la piste de décollage de l’aéroport Cleveland Burke Lakefront, qui a dû arrêter toute le trafic aérien pendant une grosse demi-heure.

À part de t’ça, les ballounes ont envahi les rues pis les autoroutes. Le monde qui chauffaient leu char voyaient c’te nuée psychédélique aux allures de mousse trois couleurs du lave-auto pis se disaient « Qu’est-cé ça câlisse? ». Soit y donnaient des coups d’volant pour éviter les ballounes dans l’chemin, soit y’étaient juste distraits par le spectacle, pis y’accrochaient les garde-fous ou les autres chars. Les accidents sont multipliés partout dans’ville.

Les ballons aboutirent à plein de places : su l’lac Érié, dins rivières, dins forêts, en Ontario, pis ailleurs en Ohio.

Y’a une madame qui élevait des chevaux arabes pur-sang qui coûtaient les yeux d’la tête su sa ferme au sud de Cleveland. A l’a poursuivi Centraide pour 100 000 piasses parce que des ballounes avaient atterri dans son champ pis avaient faite tellement peur à ses chevaux qu’y en a un qui avait pogné le mors aux dents, était parti à courir, avait foncé drette dans une clôture pis s’tait pété la fiole tellement fort qu’y avait pu rien à faire avec.

Pis pire encore, les ambitions ballouniennes de Cleveland ont p’t-être coûté la vie à deux gars.

L’affaire, c’est que quand les ballounes ont été lâchées, la garde côtière charchait déjà deux pêcheurs, Raymond pis Bernard. La veille, y’avaient été portés disparus su l’lac Érié, pis leu bateau avait été artrouvé vide le matin du 27.

Mais là, essaye, toé, d’artrouver deux gars au beau milieu d’une orgie de ballounes! À voir la surface du lac, on aurait dit que quequ’un avait échappé une chaudière complète de tites billes en sucre qui vont su’é gâteaux d’fête.

En entrevue à’tévé, un gars qui participait aux recherches en bateau a dit :

« C’est comme essayer d’trouver une aiguille d’une botte de foin! Tsé, on charche une tête ou bedon un gilet de sauvetage orange, mais là avec toutes c’te marde-là pleine de couleurs qui grouille su’l lac, comment c’tu veux qu’on les voye, les deux gars? »

C’tait pas plus vargeux du côté des recherches en hélicoptère :

« Ben là, on peut même pu décoller. Dins airs, c’est comme un champ d’astéroïdes en plein trip d’acide, viarge! »

Finalement, la garde côtière a dû abandonner les recherches, pis Raymond pis Bernard ont été artrouvés morts deux jours plus tard. Y’auraient-tu pu être sauvés si Centraide du Grand Cleveland avait pas répandu du vomi d’licorne partout su l’lac Érié? On l’saura jamais.

Quand même, Centraide pis la Ville de Cleveland avaient gagné leu pari : leu record s’est artrouvé dans l’édition 1988 du livre Guinness. Mais la catégorie du plus grand nombre de ballons r’lâchés en même temps a été abolie pas longtemps après parce que tsé… C’tait cave pis dangereux, pis polluant à part de t’ça.

Une chose est sûre, c’est que c’tait pas c’te fois-là que Cleveland allait ardorer son image. C’est ça qui arrive quand on part s’une balloune…


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