Napoléon-Alexandre Comeau, héros de la Côte-Nord

Comme l’a dit un jour le grand François Pérusse, quand t’as ton nom sur un traversier, d’habitude, t’es mort.

Dans mon boutte, y’a un traversier qui se promène su’l fleuve entre Matane pis Baie-Comeau. C’temps-citte, c’est le F.–A.-Gauthier – vous devez n’avoir entendu parler, à moins d’être le gars qui a écrit le Bye-Bye –, mais ça a pas toujours été lui.

Avant c’t’espèce de citron tout plissé oublié dans l’fond du frigidaire entre un vieux pot de sauce à spag qui commence à avoir du ti poilu dessus pis un restant de crème sûre après virer turquoise, y’avait le Camille-Marcoux.

Pis avant avant ça, y’avait le N.-A.-Comeau. Le monsieur qui lui a donné son nom, ben oui, y’est mort, mais c’tait pas sa seule qualité : y’a aussi été tellement important pour la Côte-Nord pis le monde qui y vivaient qu’y est pratiquement brodé dans le paysage, en fils gris comme la mer fâchée qui fesse sué grèves pis verts comme les épinettes qui couvrent les coteaux pis les écarts comme du gros poil dru.

Fils d’un agent de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Napoléon-Alexandre Comeau poussa son premier cri en 1848 aux Îlets-Jérémie, entre Forestville pis Baie-Comeau. Y grandit dans l’boutte de Mingan, libre comme l’air au travers des Innus – le peuple autochtone qui vivait et qui vit encore dans ce coin-là. Y se promenait dans l’bois pis sur la grève, à poser des collets, à chasser la perdrix à l’arc pis à pêcher l’anguille pis le capelan avec des harpons qu’y se gossait lui-même.

Dans c’temps-là, les flos startaient jeunes, dans’vie. Le p’tit Napoléon-Alexandre, y’a eu son premier fusil à 7 sept ans, l’âge où les flos d’à c’t’heure braillent parce que tu veux qu’y aillent jouer dehors plutôt que de croûter su’l divan en rêvant d’être des youtubers quand y vont être grands.

Mais faut dire qu’y était précoce en maudit pareil. Après avoir passé un boutte à Trois-Rivières pour apprendre l’anglais, y revint à Mingan. Pis à 12 ans, y’était assez responsable, habile pis connaissant pour avoir sa première vraie job, pis pas n’importe laquelle.

La compagnie de la Baie d’Hudson, pour qui son père travaillait pu à ce moment-là, avait vendu les droits de pêche sur la rivière Godbout  en se crissant totalement d’un p’tit détail, genre que la rivière, c’tait une partie du territoire ancestral des Innus. Pis le gars qui les avait achetés, Agar Williamson, était tanné qu’y viennent pêcher sur SA rivière, pis y voulait engager un garde-pêche pour les enlever de d’là. Napoléon se proposa tu’suite :

—     T’as pas peur de te faire scalper par les Indiens? demanda Williamson.
—     Pantoute! J’les connais, ce monde-là. J’ai grandi avec eux-autres. On s’adonne ben, pis y’aura pas de trouble.

Faique Napoléon fut engagé, pis y garda cette job-là toute sa vie, s’arrangeant toujours pour garder la paix entre les Anglais pis les Innus. Mais c’était pas la seule job qu’y allait avoir : grâce à toutes les affaires qu’il avait appris des Innus, y fut guide de pêche, trappeur et naturaliste.

Y fut aussi télégraphiste, pis même docteur.

Y’avait pas étudié pour ça, mais y’avait ben d’la jarnigoine, pis y’avait tellement lu qu’y finit par en savoir assez pour être capable de soigner l’monde. Pis comme dans c’temps-là, la Côte-Nord, c’tait comme le boutte du monde – pis des fois, à voir le gouvernement aller, on dirait que ça l’est encore –, ben le Collège des médecins v’nait pas l’écoeurer.

À l’hiver 1886, Napoléon alla à la chasse aux phoques avec son frère Isaïe. Y’avait même pas encore un p’tit coin d’aube à l’horizon que c’tes deux crinqués-là étaient déjà en canot su’l fleuve à attendre qu’y en ait un qui s’pointe el’périscope au travers des vagues. Pas loin, dans un autre canot, y’avait aussi deux de ses beaux-frères – les frères à sa femme Antoinette –, Alfred pis François Labrie.

Quand y’étaient partis de Pointe-des-Monts, le fleuve était dégagé, mais un m’ment’né, des gros bouttes de glace se mirent à dériver vers eux-autres, avec une couche de frasil qui suivait pas loin en arrière. Pis le frasil, c’est traître : si tu te retrouves pogné dans c’t’espèce de slush flottante, ben y’a pu moyen d’avancer. 

Napoléon était ben au courant de t’ça, faique y dit à son frère :

« Ch’pense que c’est l’temps de r’virer d’bord. »

Mais ses deux beaux-frères, eux-autres, y s’étaient pas rendu compte de t’ça. 

« Heille! Les gars! Arvenez-vous en! »

Napoléon pis Isaïe avaient beau faire des sparages, Alfred pis François les entendaient pas; y’avaient spotté un phoque, pis étaient trop concentrés dessus pour les voir. Pendant c’temps-là, le frasil continuait à se rapprocher pis le vent du nord-ouest commençait à se lever. Ça allait v’nir laitte dans pas long, pis fallait que les gars reviennent à terre au plus crisse.

—     On va-tu les chercher? demanda Napoléon.
—     Fais comme tu l’sens, répondit Isaïe.

Faique les deux frères se lâchèrent au travers des glaces pour aller trouver Alfred pis Francois. Pis quand y réussirent enfin à se rendre à eux-autres, le frasil les avait rattrapés. Y’étaient pris sur le fleuve.

—     Heille, scusez, hein! On a rien vu aller, nous-autres, dirent les frères Labrie.
—     Pas grave. Là, faut penser à s’en sortir.

Dans l’frasil, ça servait à rien de ramer. Y’auraient juste forcé dans le beurre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Faique à la place, les gars se servirent de la technique de l’échelle : toute la gang dans un canot, y poussaient l’autre vers la rive; après, y changeaient de canot, tiraient le premier canot vers le deuxième, rembarquaient dans le premier canot, pis y r’commençaient.

Méchante job.

En plus, la tempête s’était levée. La neige leur fouettait la face pis leur rentrait dins yeux. Pire, le vent les bardassait pis les poussait au large; y se démenaient comme des bons absolument pour rien. Pis comme si ça allait pas assez mal de même, Napoléon, en sautant d’un canot à l’autre, manqua son coup pis prit une débarque dans l’eau frette. Heureusement, les autres purent le haler dans le canot. Ses culottes étaient trempes bord en bord. Y’arriva la même affaire à Isaïe – l’eau rentra dans ses bottes pis y se retrouva les bas gelés dur.

Un m’ment’né, y virent un boutte de banquise assez gros pis assez solide pour qu’y puissent monter dessus. Là, y placèrent les deux canots sur le côté, accotés sur leurs harpons plantés dans’glace, pour se faire une espèce d’abri contre le vent.

Napoléon, pogné avec ses culottes trempes, les enleva pour les tordre :

« Hiiiiiiiiiiiiihhhhhh simonac qu’y fait frette gériboire de bonyenne! », s’écria-t-il, les gigots à l’air dans un désert de glace, claquant des dents en sautant sur place pis en se fessant le chest à coups de poing pour se faire circuler l’sang. Ça prit tout son p’tit change à Isaïe pour enlever ses bas pis faire pareil.

Après un boutte, la tempête slaqua un peu pis le ciel commença à se dégager. Mais les gars avaient rien dans l’ventre pis commençaient à geler comme des crottes.

« Heille! R’gardez, les gars! Des canards! »

Voyant l’occasion de se pogner un snack, Napoléon chargea son fusil pis réussit à en abattre trois. Les doigts engourdis par le frette, les gars ramassèrent les canards pis leur arrachèrent les plumes pour les mettre dans leurs bas pis leur mitaines pour faire de la bourre. Après ça, ils les lavèrent pis les vidèrent dans l’eau du fleuve. C’tait un p’tit lunch de misère, mais c’tait mieux qu’une claque su’a yeule. Malgré toute, y décidèrent quand même de garder ça pour plus tard.

Avec toute ça, la journée avait passé au complet, pis la noirceur était r’venue. Les gars virent la lumière du phare de Pointe-des-Monts : d’habitude, à c’temps-là de l’année, y’était éteint, mais le gardien avait dû savoir qu’y avait du monde pardu su’l fleuve, pis avait allumé la lampe.  

  Hm. Si j’me fie au phare, on est à peu-près à 12 milles de la côte, estima Napoléon.
— Ben voyons? Si loin que ça? On n’a quasiment le tiers de faite pour se rendre l’autre bord! 
— Justement. Avec le vent pis les courants, ça sert à rien d’essayer de r’tourner vers Pointe-des-Monts. On va essayer de traverser. 

Personne s’astina. 

Y commençait à avoir de la houle, pis la glace se dispersait. Les gars rembarquèrent dans les canots pis se mirent à ramer franc sud. Y purent faire un bon boutte de même, mais après une couple d’heures, y frappèrent un mur de glace. 

C’est quand même paradoxal quand t’es gelé, mais que t’es brûlé en même temps. Y faisait -22, pis y’étaient trop fatigués pour monter leurs canots sur la glace pis les traîner. Faique y dompèrent toute ce qu’y avaient pu besoin : ancres, harpons, une partie de leurs balles de fusil. 

Comme les canots étaient rendus plus légers, y purent les tirer. Pis y se remirent à avancer, un pas à la fois. 

Quand c’est dur de même, pis que t’as pas le luxe d’arrêter, ton monde devient toute petit. La seule affaire qui compte, c’est de mettre un pied d’vant l’autre – un, deux, un deux. Toute fait mal, mais t’essayes de pas y penser. Pis tu te dis que la seule façon de t’en sortir, c’est de passer au travers. 

« Que j’vous voye essayer de manger d’la neige, dit Napoléon aux autres gars. Moé’ssi ch’crève de soif, mais ça va yinque vous r’frèdire en dedans pis vous faire parde des forces. » 

C’est que ça faisait plusieurs fois qu’y pognait Isaïe pis François en train de s’en prendre une pognée. Mais tsé, ça faisait 24 heures qu’y étaient dans l’péril, pas de bouffe pis pas d’eau bonne à boire. Y’étaient juste pas capables de s’en empêcher. 

À ce moment-là, y décidèrent de se donner un peu de forces en mangeant deux des trois canards que Napoléon avait tirés tantôt. Les bouttes de volaille crue pis frette, réchauffés dans leurs t’sours de bras, allaient leur donner un p’tit regain. Ça devait goûter l’yâble, mais y’avaient-tu le choix? 

Pis y r’partirent, juste comme le jour commençait à se l’ver pour une deuxième fois depuis l’début de leur aventure. Pis là, y virent la neige su’l top des montagnes de la rive sud scintiller comme du sucre blanc dins rayons du soleil. Y n’avaient le plus gros de faite! 

Mais y’avaient frette. J’vous avais-tu dit qu’y avaient frette ? Astie qu’y avaient frette. Isaïe sentait pu ses pieds pis arrivait pu à suivre les autres. Napoléon coucha son frère dans un des canots, le plus léger. L’autre canot fut laissé là. 

Plus loin, François tomba à terre; son corps était juste tanné, pu capable. Napoléon pis Alfred Labrie le mirent dans l’canot avec Isaïe pis se r’mirent à tirer. 

« Enwèye, les gars! Laissez pas l’endormitoire vous gagner! Essayez d’bouger un peu pareil! »

Là, y’étaient rendus au soir. Pis y’étaient même pas encore sauvés. La banquise arrêtait devant eux-autres, pis y leur restait à ramer deux kilomètres pour se rendre à’terre. 

Napoléon pis Alfred mirent le canot à l’eau pis se mirent à ramer, avec Isaïe pis François qui bougeaient quasiment pu, la face rouge, le nez blanc pis l’frimas pogné dans’barbe. Quatre morts-vivants, deux un p’tit peu moins morts que les autres. Avec le dernier filet de voix qu’y lui restait, Napoléon dit : 

« Lâche pas, Alfred! On arrive! »

Pis enfin, ENFIN! Le canot toucha terre en avant de Cap-Chat. Tu’suite, Napoléon pis Alfred débarquèrent et ramassèrent Isaïe pis François. Si y trouvaient pas d’l’aide ben vite, y passeraient pas la nuite. 

Dans sa maison pas loin d’la grève, une madame vit quatre gars bizarres arriver en marchant croche comme si y’étaient saouls. Comme a l’était toute seule avec les enfants, a l’éteignit la lampe à huile pis se cacha en espérant qu’y passent leur chemin. Mais ça se mit à varger à la porte : 

« Sivouplaît, ouvrez la porte… On vient de la Côte-Nord, pis la tempête nous a poussés jusqu’icitte… » 

En entendant la voix désespérée à Napoléon, la madame sut qu’y se passait quequ’chose de grave et ouvrit la porte. Les gars étaient sauvés. 


Finalement, Napoléon et Alfred étaient corrects, yinque ben fatiqués. François avait pogné une pneumonie. Isaïe fut le moins chanceux des quatre : les engelures l’avaient tellement magané qu’y fallut lui amputer un pied, des doigts pis plusieurs orteils. 

Grâce à sa connaissance du fleuve, des courants, des vents pis des glaces, sans parler de son courage pis de sa maudite tête de cochon ben décidée à pas mourir, Napoléon avait sauvé son frère pis ses beaux-frères. En reconnaissance de son exploit, y fut décoré par le lieutenant-gouverneur de l’époque.

Pis savez-vous ce qu’y est le plus drôle? Pour s’en r’tourner chez eux, Napoléon pis sa gang durent faire le grand tour en passant par Québec. Pour un gars qui avait traversé l’fleuve en canot pis qui a fini par avoir un traversier à son nom, c’tait quand même ironique. Plus ça change… 


Source : Réjean Beaudin, Napoléon-Alexandre Comeau, le héros légendaire de la Côte-Nord, XYZ Éditeur, 2006.

Une femme, 33 hommes, pis ben du trouble : Kazuko Higa, la « reine » d’Anatahan

Kazuko Forever.

Des fois, dans’vie, y’arrive des affaires inattendues; une menute t’es tout écartillé, ben relax, pis la menute d’après tu capotes, t’as la broue dans l’toupette, pis tu te d’mandes c’que t’as faite au Bon Dieu.   

Prenez ma grand-mère à moé, par’zempe. En r’venant de la messe un beau dimanche d’été, a pouvait être en train de se préparer à faire un pique-nique avec les enfants, pis là, y’a un char qui virait l’croche : ciboire. Y’avaient même pas appelé avant. 

Faique là, Grand-m’man, au yâble ses plans, devait se r’virer s’un dix cennes pis préparer un festin pour les mononcles pis les matantes pis toute le kit, même si y’avait rien de prêt dans l’four. Ma grand-mère, c’tait une surfemme, faique à réussissait tout le temps avec même pas un ch’feu de travers, mais une fois, est venue tellement stressée qu’elle a mis ses bettes dans l’eau d’javel au lieu du vinaigre – les gallons étaient pareils, tsé! 

Ben ça, c’est un peu ce qui est arrivé à Kazuko Higa : a s’attendait pas, elle, à être la seule femme sur une garnotte perdue au milieu du Pacifique Nord. En pleine Deuxième Guerre mondiale. Avec 31 naufragés qui refusaient de se rendre. Pis à devenir tout d’un coup la reine d’un harem de gars prêts à s’entretuer pour elle.

Kazuko, a v’nait d’Okinawa, au Japon. C’tait une fille sans histoire, ni pitoune ni pichou, ni ange ni démon. 

Un peu avant le début de la guerre de 1939-1945, son mari, Shoichi Higa, avait pogné une job de superviseur adjoint d’une plantation de noix de coco sur l’île d’Anatahan, dans l’archipel des Mariannes du Nord, pis a l’avait suivi là-bas. 

Sur Anatahan, en plus d’eux-autres, y’avait le superviseur, Kikuichiro Higa – aucun lien de parenté : Higa, à Okinawa, c’tait comme Tremblay icitte – pis des ouvriers autochtones. 

Au début, y se passait pas grand-chose; les noix de coco se récoltaient, la vie s’écoulait pis y faisait chaud en sivouplaît. Quand la guerre éclata, ça se mit à péter tout autour d’eux-autres, mais jamais sur l’île comme telle. Un m’ment’né, on arrêta de v’nir les ravitailler ou de ramasser leurs récoltes; y devinrent comme oubliés du monde.

Un jour, Shoichi alluma que, la guerre, tsé, c’est dangereux, pis que sa sœur, qui restait sur l’île de Saïpan, à 65 milles nautiques au sud, était p’t-être dans l’péril : 

« J’vas aller la chercher, pis j’vas r’venir avec. Ça devrait m’prendre un mois, pas plus. Kikuichiro-san, occupe-toé ben de ma femme pendant que chus parti, ok? »

Faique Shoichi partit su son p’tit bateau de rien. Le temps passa pis passa, mais Kazuko pis Kikuichiro rentendirent pu jamais parler de lui. 

Après un bout de temps raisonnable, un soir, Kikuichiro regarda Kazuko pis y dit : 

« Tsé, j’me disais… Ton mari a pas l’air d’être parti pour arvenir. Chus là, pis t’es là… Faique, tant qu’à faire… Tsé veut dire? »

Faut croire que Kazuko a trouvait le temps long elle avec, parce qu’a se fit pas prier; les deux s’accotèrent à partir de ce moment-là. 

Jusqu’en 1944.

C’est là que, pas loin de l’île, trois bateaux japonais reçurent des bombes américaines en pleine face et coulèrent. Pas longtemps après, 31 rescapés – des militaires pis des marins – mirent le pied sur Anatahan. 

Pis drette de même, toute c’te beau monde-là tombèrent en plein thriller psychosexuel. 

Bon ok, p’têtre pas tu’suite tu’suite. Au début, les naufragés avaient d’autres priorités que la galipote : fallait qu’y mangent. Du naufrage, y’avaient yinque pu sauver d’la bouffe pour trois jours, une mitraillette pis deux fusils, un peu de munitions pis… une bouteille d’iode. On s’entend qu’y allaient pas chier loin avec ça. 

Faique y se mirent à vivre comme Kazuko pis Kikuichiro, c’est-à-dire qu’y adoptèrent le mode de vie que les autochtones d’la place leur avaient montré : recueillir de l’eau de pluie en attachant des feuilles de palmier ensemble, pêcher le crabe, ramasser des oeufs d’oiseaux, pogner des lézards pis faire du tuba, une espèce d’alcool de coconut qui saoule pas ben ben. 

C’est quand y commencèrent à être ben installés, avec un bon p’tit verre de tuba, que les naufragés allumèrent qu’y avait yinque une femme sur l’île. Pis Kazuko devint leur obsession. 

Chaque fois qu’y partaient dans’lune, c’tait pour aller la r’trouver. Elle était leur inspiration dans leurs p’tits tête-à-tête avec eux-mêmes dans les buissons pis hantait toutes leurs rêves. Mais pour l’instant, y se gardaient une p’tite gêne, parce qu’y pensaient qu’elle et Kikuichiro étaient mariés. 

Mais un m’ment’né, un des rescapés arriva et dit aux autres : 

— Heille, les gars, j’viens de n’apprendre une bonne! 
— Quoi?
— Kazuko pis Kikuichiro-san, là… Sont pas mariés! 
— Ben voyons?
— Non! A l’était mariée avec un autre Higa, mais y’est parti, faique a s’est accotée avec Kikuichiro-san! Kazuko est pas mariée, gang! 
— Ah ben tabarnak! 

Faique là, les gars se dégênèrent : plusieurs se mirent à faire des p’tits cadeaux à Kazuko, des clins d’œil, des compliments… 

Ben vite, Kikuichiro commença à être sur les nerfs : 

« Kazuko? Euh… Les gars commencent à tourner pas mal autour de toé… Ch’pense qu’on devrait s’en aller plus creux dans l’île pour mettre un peu de distance entre nous-autres. »

Faique c’est c’qu’y firent. 

À ce moment-là, on était en 1946, pis la guerre était finie. Mais ça, les Japonais le savaient pas. Quand les Américains passèrent en avion au-dessus de l’île en leur garrochant des journaux de leur pays par la tête, y refusèrent de croire que leur empereur avait capitulé. Le capitaine Ishida, le militaire au rang le plus élevé de la gang, menaça de tuer n’importe qui qui essayerait de se rendre aux Américains. Y’avait d’la tension dans l’air, mettons. 

Au début de 1947, Kikuichiro mourut, supposément de maladie. 

Heille là, on aurait dit que quequ’un avait sonné le cor de chasse : taïaut, stie! C’tait à qui allait devenir le prochain chum de Kazuko, pis tous les coups étaient permis. 

Quand même, la madame était pas exactement un pauvre p’tit chevreux sans défense – elle a un peu profité de la situation. Disons qu’elle avait le choix des cadeaux, pis y’en avait des pas mal beaux pis fringants au travers. J’y en veux pas d’s’être épivardée. 

Mais ben vite, le bordel pogna : ça se cassait la yeule de tous bords tous côtés pour les faveurs de l’unique créâture sur l’île, pis c’tait rendu invivable. 

Faique le capitaine Ishida mit son pied à terre : 

« Bon, là, ça va faire, le niaisage, ma p’tite madame : vous allez vous choisir un nouveau mari, pis ça va être ça! »

Mais ben vite, le nouveau mari fut retrouvé mort noyé. Pas louche pantoute, han? Faique Kazuko dut en choisir un autre. 

C’est un dénommé Yoshino qui fut l’heureux élu.

Ça dura pas longtemps : en 1949, Yoshino fut retrouvé mort lui avec, poignardé.  

Le capitaine Ishida était ben découragé : 

« Ben voyons, cibole! Au suivant! »

C’te fois-là Kazuko se ramassa avec Morio Chiba, un pêcheur. Mais Morio était un peu une vidange : quand y buvait, y’a battait, pis y buvait quasiment tout le temps. Pis là, après une couple d’autres morts – encore des noyés, pis un qui reçut une balle dans une chicane à cause d’une affaire de pêche au crabe – c’tait pu l’fun pantoute, pis Kazuko décida qu’elle en avait son tas : 

« Sont toutes fous, astie! Faut que j’sacre mon camp d’icitte. »

Faique a disparut dans la nuite pis s’en alla de l’autre bord de l’île. Elle était sur le gros nerf, parce qu’a savait que c’tait juste une question de temps avant que Morio la retrouve. Au loin, a vit un cargo qui passait, mais elle eut beau crier pis faire des sparages jusqu’à l’épuisement, y s’arrêta jamais. 

Douze jours plus tard, en se réveillant, Kazuko vit qu’y avait un petit remorqueur américain, le Miss Susie, qui mouillait dans la petite anse en avant d’elle. Au travers des arbres, elle r’garda quatre hommes débarquer du bateau pis s’éloigner s’a plage. Quand y se r’pointèrent, a sortit tranquillement du bois.

Quasiment cinq ans après la fin de la guerre, Kazuko Higa allait enfin rentrer chez elle. 

Même si Kazuko était pu là, le carnage s’arrêta pas. Morio Chiba fut accusé d’avoir trucidé Yoshino, le quatrième mari à Kazuko, pendant qu’y dormait, ben saoul. Faique après un à peu près procès, le capitaine Ishida exécuta Morio avec un sabre de samouraï maison qu’y avait fabriqué avec des bouttes d’un avion qui s’était écrasé sur l’île. 

Plusieurs mois après, un avion américain passa au-dessus de l’île pis dompa encore de quoi : c’te fois-là, c’tait des lettres de membres de la famille des rescapés, du genre : 

« Chéri, s’te plaît, veux-tu ben te rendre! C’est correct, personne va te traiter de pissou. J’m’ennuie assez, là, t’as pas idée! J’espère que tu vas bien pis que t’as pas oublié de te passer la soie dentaire… »

Faique enfin, les rescapés qui restaient sortirent du bois. Pas longtemps après, y furent ramassés par un bateau américain pis ramenés au Japon en avion. 

Pis Kazuko, elle? Ben, pendant un boutte, elle fut une célébrité. Les woireux se garrochaient pour voir la « reine » d’Anatahan. En 1953, on fit même un film avec son histoire. Pis vous savez pas quoi? A retrouva son premier mari, Shoichi, tsé lui qui était parti chercher sa sœur pis qui était jamais r’venu? Y’avait yinque un problème : y s’était remarié pis y’avait deux enfants. 

Malaise.

Finalement, Kazuko mourut dans la misère au début des années 1970, mais entécas, son histoire prouve une affaire : d’la visite qui arrive comme un ch’feu s’a soupe, c’est jamais l’fun. Au moins, a l’avait pas mis ses bettes dans l’eau de javel!


Source : Jim Peters, « Odyssey on Anatahan », The Marianas Variety, 1973. https://issuu.com/mpmagazine/docs/mp_magazine_odyssey_on_anatahan

Mon os est plus gros que l’tien : le duel des chercheux de dinosaures

Illustration originale : Christine Labrecque; couleurs: André St-Laurent

Par chez nous, quand ch’tais jeune, y’avait le Bonhomme Perreault pis Piton Dufour – que j’ai jamais su pourquoi qu’on l’appelait de même – qui restaient un à côté de l’autre pis qui étaient pas capables de se sentir. Ça aurait commencé parce que la clôture de Piton débordait un peu su’l terrain du Bonhomme, ça a dégénéré en chicane qui a duré 30 ans, pis ça a fini quand le Bonhomme Perreault a pété du cœur en apprenant que sa chambre allait être juste à côté de celle à Piton Dufour au foyer d’accueil. 

Nos deux zozos d’aujourd’hui, eux-autres, y se chicanaient pas pour des poteaux de clôture, mais pour des os de dinosaures. Pis pour la gloire, à une époque où c’que la paléontologie, la science qui étudie les restants d’être vivants de v’la ben longtemps, était encore toute neuve pis que toute était encore à découvrir.

En 1859, Darwin était arrivé avec sa théorie de l’évolution. À partir de ce moment-là, les paléontologues s’étaient pu sentis obligés de faire comme si les os et les fossiles qu’y trouvaient dans le sol avaient été mis là par le yâble pour nous faire douter de la création du monde en six jours par le Bon Dieu. Faique y couraient partout comme des p’tits veaux du printemps, pis c’tait à celui qui ferait le plus de découvertes. 

Dans c’te gang-là, y’avait justement Othniel Marsh et Edward Cope, deux paléontologues américains. 

Un jour, Cope, tout fier, montra à Marsh un beau squelette d’élasmosaure qu’il avait déterré pis reconstitué. Sauf qu’au lieu d’être épaté, Marsh partit à rire : 

« Heille, c’tu moé, ou ton élasmosaure a la tête sur le cul? Tsé, là, comme le ch’fal à PT Barnum qui était censé avoir la tête à l’envers, sauf que c’tait yinque un ch’fal viré de bord dans son box? » 

C’te jour-là, Marsh aurait vraiment dû farmer sa grand yeule. Mais tsé, c’tait un téteux : y’avait vu que les vertèbres de la bête étaient pas du bon bord, faique y’avait pas pu s’empêcher de l’dire. Pis Cope, lui, y’était susceptible pas à peu près. Faique comme la clôture à Piton Dufour, l’élasmosaure allait devenir le point de départ d’une chicane à pu finir.

Dans le coin gauche, Marsh : né dans une famille pauvre, y’avait pu faire des belles études grâce à son oncle millionnaire. Y’était sérieux, brillant, pis y’avait une maudite tête de cochon. Y’était resté vieux garçon, parce que les femmes le trouvaient « trop intense ». Faut dire que son habitude de les traiter « d’adorables petits vertébrés », c’tait pas trop séduisant pour ses prospects. 

Dans le coin droit, Cope, un flot de riche. Y’avait pas de diplômes, mais c’était pas parce qu’y manquait de jarnigoine : c’est juste qu’y avait tellement un maudit caractère de cul qu’y finissait tout le temps par se faire des ennemis pis sacrer son camp de l’école. Un jour, y s’était pogné avec son ami Persifor Frazer dans le lobby de la Société philosophique. Le lendemain, un autre chum vit son œil au beurre noir :

– Cibole, Cope, veux-tu ben me dire comment t’a fait ton compte? 
– Si tu me trouves magané, attends de voir Frazer à matin! 

Ça vous donne une idée. 

Les deux s’étaient rencontrés en Allemagne en 1863, pendant que Marsh, 32 ans, étudiait à l’Université de Berlin, pis que Cope, 23 ans, se pétait des belles vacances dans les Europes pour éviter d’être conscrit dans la guerre civile américaine. Au début, les deux s’entendaient pas trop mal; y passèrent plusieurs jours toué deux à Berlin, pis, plus tard, Marsh nomma une nouvelle espèce de dinosaure en l’honneur de Cope, pis vice-versa. 

Mais là, quand Marsh dit à Cope que son élasmosaure était sans devant derrière, Cope fut indigné ben raide :

– Ben non! C’pas vrai! J’ai trouvé les vertèbres dans ce sens-là! 
– Ben, je l’sais-tu, moé! Chus sûr que t’as pas mis la tête du bon bord! Le grand boutte, c’est le cou, pis le p’tit boutte, c’est la queue! 

Pour trancher l’affaire, y’allèrent chercher Leidy, un autre paléontologue – un bon gars que tout le monde aimait pis respectait. Y se planta en avant du squelette pis, sans dire un mot, y prit la vertèbre du boutte de la queue pis alla la mettre à la base du crâne : ça fittait parfaitement. 

Malaise. 

Pis ça allait pas en rester là. 

Les années passèrent, pis, en 1873, backé par l’armée pis l’Université Yale, Marsh se lança dans une grosse expédition au Nebraska pis au Colorado. Y ramena des waguines entières bourrées d’os pis de fossiles. 

Y’était gras dur. 

Cope, pendant ce temps-là, avait réussi à se faire engager par le Service géologique des États-Unis, ce qui lui donnait un bon moyen de publier ses découvertes. Y’avait juste un problème : c’était une job qui payait pas une cenne. Y dut donc téter des bidous à son paternel pour financer sa propre expédition au Colorado pis en Utah. 

Y trouva ben des fossiles, mais un m’ent’né, à force de travailler dans le frette, Cope pogna une grosse grippe d’homme pis se retrouva cloué à son litte à moitié mort. 

Sa femme Annie, une fille de bonne famille élevée dans la ouate pis dans les bondieuseries, eut comme un choc culturel quand a se retrouva pognée, avec pu une cenne, pour soigner son mari, chercher de l’argent au plus maudit pis dealer avec la propriétaire de la maison qu’y louaient, une pure créâture de l’Ouest au répertoire de sacres plusse garni que celui d’un bûcheux d’l’Abitibi. 

Pendant ce temps-là, Cope pis Marsh s’étaient pas oubliés : y se surveillaient pis se comparaient sans arrêt. Marsh avait plus de fossiles, mais, comme je l’ai dit, y’était ben téteux pis y prenait son temps avant de publier ses découvertes. Cope, lui, faisait complètement le contraire : y publiait le plus d’articles possible, le plus rapidement possible, quitte à faire des erreurs.

Ça gossait ben gros Marsh. Mais, un jour, y reçut une lettre intrigante :

Bonjour,
On a trouvé des fossiles que vous pourriez trouver pas pires? – ça a l’air d’être des os de grosses bebittes. On aimerait ça les déterrer pour vous, mais l’argent pousse pas dins arbres, faique ça serait pas pire si on était payés, tsé veut dire. Pour vous prouver que c’est pas des menteries, on va vous en envoyer une couple avant. On a pas parlé de t’ça à d’autres à part vous.  

En espérant que vous nous répondiez avant qu’l’hiver pogne,

Vos serviteurs ben d’adon,

Harlow et Edwards

Marsh se demandait ben qu’est-cé c’tait ça, mais d’un coup que c’tait la découverte du siècle pis que Cope finissait par mettre la main dessus parce qu’y avait pas été assez vite su’l piton? 

Drette tusuite, y’envoya un chèque aux deux gars, qu’y purent pas encaisser parce que Harlow pis Edwards, c’tait des faux noms : en fait, y s’appelaient Reed pis Carlin, pis y travaillaient pour le chemin de fer au Wyoming. 

Malgré ça, Marsh finit par s’entendre avec eux-autres, pis y se mit à recevoir un tapon d’os de dinosaures, dont les premiers spécimens de grands classiques comme le diplodocus, l’allosaure pis le stégosaure. 

Marsh avait beau essayer de garder son nouveau spot secret, mais ben vite, la nouvelle se répandit. En fait, c’tait Reed pis Carlin eux-autres mêmes qui s’étaient ouvert la trappe : y trouvaient que Marsh payait pas assez cher, pis y voulaient créer de la concurrence. 

Y’écrirent même à Cope, mais y demandaient tellement cher qu’y les envoya promener. Mais là, y’avait la puce à l’oreille. Ben vite, les hommes à Marsh remarquèrent qu’y avait un gars bizarre qui rôdait autour des carrières. Pas Cope en personne, mais clairement un espion qu’y avait envoyé. 

Malgré ça, Marsh était au-dessus de ses affaires : y payait en retard, pis Carlin trouvait que c’tait un maudit air bête, faique y décida de se lancer à son compte. Son premier client? Nul autre que Cope. 

Un m’ment’né, y restait pu grand-chose dans les carrières à Marsh, faique c’tait le temps d’arrêter les fouilles. Pis Marsh envoya une dernière directive à Reed : 

« Détruis toute c’qui reste pis remplis les trous. Pas question que c’te maudit amateur de Cope ramasse quoi que ce soit. »

Faique ouin. Espionnage, trahison pis destruction : pour eux-autres, y’avait rien de trop bas.  

La rivalité continua de même pendant des années. Pis tout ce temps-là, chaque fois que Cope publiait un de ses nombreux articles écrits à la va-vite, Marsh prenait plaisir à en écrire un autre pour montrer toutes les erreurs qu’y avait trouvées dedans. 

En 1889, Marsh travaillait pour le Service géologique des États-Unis pis était rendu un grand chum de John Wesley Powell, le directeur. Les deux ensemble, y’étaient déterminés à effoirer Cope pour de bon. Vous vous rappelez que Cope avait accepté une job au Service parce que ça y permettrait de publier un livre avec toutes ses découvertes? Ben là Powell avait changé d’idée pis refusait de publier son manuscrit sous prétexte que ça coûtait trop cher. 

Pis y’avait pas fini! Même si Cope avait pas reçu une cenne du Service géologique, là Powell disait que sa collection de fossiles appartenait au gouvernement pis qu’y devait la rendre drette là.

Cope capota ben raide : sa collection de fossiles, c’tait quasiment tout ce qu’y lui restait – y’avait d’la misère à payer son hypothèque, bazouelle! Si Marsh pis Powell voulaient la guerre, y’allaient l’awouère! 

Dans le fond d’un tiroir, Cope avait un petit cahier où c’qu’y’avait noté toutes les erreurs pis les passes croches que Marsh avait faites. Avec ça, y’alla voir William Hosea Ballou, journaliste indépendant. Pis là, ça péta solide : 

LA MARDE EST POGNÉE CHEZ LES SCIENTIFIQUES!
LE PROFESSEUR COPE ACCUSE LE DIRECTEUR POWELL ET LE PROFESSEUR MARSH DU SERVICE GÉOLOGIQUE D’AFFAIRES PAS CATHOLIQUES!
POWELL ET MARSH NIENT TOUTE! 

Dans l’article de Ballou paru dans le New York Herald, Cope accusait Marsh et Powell de passes croches, de favoritisme, de plagiat, de vol, de pigeage dans les fonds publics, alouette. Si Powell voulait y’enlever sa collection de fossiles, c’tait parce qu’y faisait de l’ombrage à Marsh. 

Marsh pis Powell y répondirent dans le Herald avec leur propre article, pis ça continua de même pendant que’ques semaines, les accusations qui r’volaient d’un bord pis de l’autre. 

Après c’t’épisode-là, leur lavage de linge sale en public était rendu aussi malaisant qu’une chicane de couple pendant un souper entre amis; pu personne voulait être associé avec eux-autres. Marsh dut démissionner du Service géologique, mais Cope put garder sa collection de fossiles. Pis après, leur rivalité tomba un peu dans l’oubli.

C’est Cope qui mourut en premier, même si y’était plus jeune que Marsh; y’avait la santé fragile. Mais y voulut avoir le dernier mot jusqu’à la fin. 

L’affaire, c’est que dans ce temps-là, on pensait que plus t’avais un gros cerveau, plus t’étais intelligent. Faique, dans son testament, y légua son corps à la science pis demanda que son cerveau soit prélevé, mesuré pis comparé à celui-là à Marsh. Marsh, lui, refusa de participer à un concours de pissettes entre intellectuels. 

À fin, y restait pu yinque lui. Pour ça, y’avait gagné, entécas. J’me d’mande si, comme Piton Dufour au foyer d’accueil, Marsh se sentait pas un peu tuseul à c’t’heure qu’y avait pu personne à haïr… 


Source : Mark Jaffe, The Gilded Dinosaur: the fossil war between E.D. Cope and O.C. Marsh and the rise of American science. https://archive.org/details/gildeddinosaur00mark

Pour passer le temps en attendant mon prochain billet : comment ben se tenir en diligence

Photo de Autour du poêle à bois - L'Histoire à la québécoise.

J’avais publié ce petit texte sur la page Facebook du blogue, mais je le reproduis ici pour mes lecteurs qui ne fréquentent pas ce lieu maudit (Facebook, là, pas ma page en tant que telle – on a ben du fun pis on mange des biscuits à m’lasse!).

Au jour d’aujourd’hui, pour prendre l’avion, faut suivre quelques règles de sécurité pis de savoir-vivre : attacher sa ceinture, spotter les sorties, se mettre du t’sour, pas varger dans le siège d’en-avant à coups de pieds, pas attendre que le chariot de bouffe soit rendu dans le passage pour aller pisser, pis être fin avec les agents de bord.

Mais dans l’ancien temps, au Far West, c’tait quoi les règles à suivre… en diligence? Tantôt, j’ai trouvé de quoi de pas mal intéressant là-dessus pendant mes recherches, pis, mettons que, autre temps, autres mœurs, hein?

Code de conduite des passagers de la Benton & Helena Stage Company (autour de 1890) – traduction de Matante Poêle :

1. On vous demande de pas boire de boisson, mais si vous êtes pour brosser pareil, partagez votre bouteille. Sinon, vous aurez l’air d’un gratteux pis d’un maudit air bête.

2. Messieurs, sivouplaît évitez de fumer la pipe ou bedon l’cigare si y’a une créâture à bord : ça sent fort, pis ça se pourrait qu’a l’aime pas ça. Vous pouvez chiquer du tabac, mais crachez avec l’vent dans l’dos, pas l’vent dans face.

3. Si y fait frette, y’a des jaquettes en bison pour vous réchauffer. Mais vous êtes aussi ben de pas toute les prendre pis de pas en laisser aux autres, parce que sinon, on va vous assire dehors à côté du chauffeur.

4. Évitez de ronfler fort ou d’utiliser l’épaule de votre voisin comme oreiller. Il (ou elle) pourrait mal le prendre, pis ça se pourrait que ça fasse d’la chicane.

5. Vous pouvez garder vos armes à feu en-dedans d’un coup que la marde pogne, mais tirez pas par la fenêtre yinque pour le fun ou pour tuer des animaux sauvages su l’bord du ch’min : ça pourrait faire peur aux ch’faux.

6. Pis si les ch’faux pognent le mors aux dents, capotez pas pis tirez-vous pas par la f’nêtre : vous allez vous estropier, pis vous allez être à la merci des éléments, des Indiens enragés pis des coyotes affamés.

7. Faites pas peur au monde pour rien en jasant des révoltes d’Indiens pis des voleurs de diligences.

8. Pis si y’a un crotté qui sait pas se t’nir avec les créâtures, ben y va se faire crisser dehors de la diligence. Pis y va trouver que c’est long en maudit, s’en r’tourner à pied.

Dollard des Ormeaux : héros… par accident?

Dollard des Ormeaux. Dollard. Heille! Dollard! Tu fais yinque dire son nom pis les mononcles viennent le torse toute bombé. C’est notre héros national!

Sauf que là, y’a des téteux qui vont dire :

« Ouaaaaaaaain, mais c’est les curés qui ont beurré épais pour qu’y ait l’air un martyr pis attiser la foi pis le nationalisme. C’tait yinque une tête brûlée qui a faite plus de mal que de bien! »

C’tu vrai, ça? Ben moé, Matante Poêle, j’voulais l’savoir, faique ch’t’allée fouiller, pis j’me suis rendu compte qu’y a clairement du monde qui y cherchaient des poux, à notre Dollard. Ok, c’était un peu broche à foin, son affaire, mais dans les écrits de c’te temps-là, j’ai rien vu qui laisse croire qu’Adam Dollard, sieur des Ormeaux, était aut’chose qu’un bon gars, courageux, dévoué pis plein d’bonnes intentions.

En 1660, ça faisait yinque une couple d’années que Dollard était arrivé en Nouvelle-France. De lui, on sait pas grand-chose, à part que c’tait pas un tout nu, pis qu’y avait été dans l’armée en France. C’tait un des hommes de confiance de Maisonneuve, pis y’était commandant de garnison à Ville-Marie.

Mais dans c’temps-là, aussi, c’tait pas jojo. Les Iroquois arrêtaient pas d’attaquer, faique pas moyen de faire les semailles sans s’faire tuer. En plus, y bloquaient le fleuve Saint-Laurent pis la rivière des Outaouais, faique y’avait pu de fourrures à échanger pour acheter des affaires de base, comme, tsé, d’la farine. La colonie était rendue tellement pauvre que le gouverneur était pu capable de payer la solde de sa garnison. Si ça continuait de même, tout le monde allait devoir abandonner Ville-Marie pis sacrer son camp en France. 

Bon. Là, on va parler de l’éléphant dans la pièce (pis non, c’est pas votre mononc Rodrigue qui boit sa Laurentide tablette dans le coin du salon en regardant la game Canadien-Flyers à RDS) : les Iroquois, là, y’étaient chez eux. C’est les Français qui sont arsoudus de nulle part. Y se sont sacrés drette au milieu du danger, où c’qu’y avaient pas d’affaire, pis moé, j’ai toujours eu pour mon dire qu’y faut pas se crisser à des places. Mais bon. Si y’étaient pas venus icitte, on s’rait pas là. 

Entécas, Dollard, lui, ça y démangeait de faire de quoi. Y’avait 24 ans, y’était fringant pis y voulait faire ses preuves. C’est pour ça qu’au printemps de c’t’année-là, y s’en alla voir Maisonneuve pour y proposer de quoi : 

— Ouin, j’en ai parlé avec d’autres gars, pis on irait en expédition contre les Iroquois, si ça vous dérange pas. 
– Hein? Où ça? 
— Ben tsé, j’me disais que dans pas long, y vont r’venir d’la chasse en passant par la rivière des Outaouais. Y vont être en p’tites gangs, brûlés, tannés, tout embarrassés par leur tas d’fourrures, pis y’auront quasiment pu de munitions. Ça serait l’moment parfait pour aller les achaler. On partirait maique les glaces soyent fondues pis que ça soye allable en canot. 
— T’es-tu sûr? Messemble que c’est risqué pas mal! 
— Ouan, mais chus prêt à risquer ma vie! Ça m’dérange pas. C’est pour la colonie!
— Bon, ben tu m’as l’air pas mal décidé, mon Dollard! T’as ma bénédiction. Envoye fort! 

Faique Dollard pis les 16 autres braves jeunesses qu’y avait recrutées – le plus vieux de la gang avait 31 ans – s’équipèrent, se confessèrent, firent leur testament pis se jurèrent devant Dieu de pas faire les pissous pis de toffer la run jusqu’au boutte.

Le 19 avril, y partirent en canot avec des provisions pour toute l’été. L’affaire, c’est qu’y avait personne dans’gang qui était ben ben bon avec un canot. Faique ça allait tout croche pis c’était la grosse misère : 

— Ben non, pagayez pas toute du même bord, astie, c’pour ça qu’on fait yinque tourner comme des codindes!
— Jacques, la roche! 
— Hein? 
— LA ROCHE, JACQUES! On va se crisser dedans!  

Tellement qu’y restèrent pognés huit jours au boutte de l’île de Montréal, bloqués par un rapide, pis y’arrivèrent yinque le 1er mai au Long-Sault, qui serait, mais on n’est pas sûr, les rapides de Carillon, sur la rivière des Outaouais.

Rendu là, Dollard trouva un bon spot pour attendre les Iroquois : un vieux fort construit par les Algonquins l’automne d’avant sur une p’tite butte. 

« Ouin, mais Dollard, ça fait dur en estie! C’est yinque un rond de terre avec des vieux pieux laittes! Sont tellement pourris, on dirait les dents à Ti-Jean! »

Mais Ti-Jean (qui, l’histoire le dit pas, mais était déjà à boutte de dormir à terre dans le frette le linge tout trempe, pis avait le cul en chou-fleur à cause des hémorroïdes) filait pas pour endurer les farces plates :

« Heille, va don chier, Robin! »

« Vois-tu de quoi de mieux autour, toé? répondit Dollard. C’est pas si pire, là, r’garde : le button nous donne l’avantage du terrain. On a yinque à renipper un peu la palissade, pis ça va être correct. »

Faique Dollard pis ses hommes se mirent à l’ouvrage. Pis tandis qu’y bûchaient pour se faire des nouveaux pieux, une quarantaine de Hurons pis d’Algonquins, dirigés par un dénommé Annaotaha, r’tontirent au fort :  

« Heille, salut! On est partis de Québec exprès pour aller écœurer les Iroquois. En passant par Montréal, on a su que vous étiez là pour faire la même affaire, faique on a demandé à M. de Maisonneuve si on pouvait aller vous trouver. Pis, ben, nous v’là! »

Avec eux-autres, ça commençait à faire pas mal de monde à’messe, mais Dollard était toujours ben pas pour les r’virer les de bord.  

Déjà le lendemain, des éclaireurs français virent deux canots d’Iroquois. Dès qu’y accostèrent, les éclaireurs se mirent à leur tirer dessus, mais dans le bordel qui suivit, y’en a une couple qui réussirent à se sauver. 

Nos Français en firent pas plus de cas que ça, mais su l’heure du dîner, tandis que Dollard et compagnie étaient après se faire à manger, y’arsoudit sur la rivière 200 (wô-oui, deux cents) Onontagués – c’tait une des tribus iroquoises – sur le pied de guerre, la hache dans la ceinture pis le fusil dins mains. Quand Dollard vit ça, les yeux y vinrent gros comme des trente sous :

« Hiii tabarnak! » 

Y r’troussa comme un lièvre pis partit à la course pour se réfugier en dedans d’la palissade, suivi par les autres Français, les Hurons pis les Algonquins, juste à temps pour échapper aux Onontagués. Pis là, y’eut aucun dialogue : drette tusuite, les balles se mirent à siffler d’un bord pis d’l’autre. Après un boutte, un capitaine onontagué s’approcha du fort, pas d’arme, pis demanda : 

« Heille, qui c’est qu’y a là-dedans, là pis qu’est-cé vous venez faire icitte? »

Dollard avait clairement pas le gros boutte du bâton; y’était pas pour dire la vérité, faique y’inventa une menterie su’l fly :

« On est 100 Français, Hurons pis Algonquins, pis on s’en allait au-devant des Nez-Percés! »

Les Nez-Percés, c’étaient les Anichinabés, une tribu algonquine alliée que les Français appelaient aussi les Outaouais. 

— Ok, dit l’Onontagué. Faudrait qu’on jase, de notre bord, pour décider qu’est-cé qu’on va faire. On fait-tu une trêve pendant c’temps-là?
— Ça marche, mais allez d’l’autre bord de la rivière! 

Mais les Onontagués allèrent pas pantoute l’autre bord de la rivière : y commencèrent à se monter leurs propres murs drette en face du vieux fort algonquin. Pendant ce temps-là, Dollard et compagnie pédalaient en fous pour fortifier leur palissade poquée. Pis Dollard, lui, comprenait pas pantoute ce qui se passait :

— Ben voyons donc, calvaire! Sont ben beaucoup! Qu’est-cé qui se passe? C’tait censé être yinque des p’tites gangs isolées qui r’viennent d’la chasse!
— Tsé, ça fait des années que ça se dit, qu’un m’ment’né les Iroquois vont former une grosse armée pour raser la colonie, répondit Annaotaha. 
— Ouin, mais ça arrive jamais! 
— C’est ben d’valeur, mais ch’pense qu’on crie pu au loup : l’armée s’en vient, pis on est tombés drette dessus…  

Dollard eut même pas le temps de digérer l’information, parce que ben vite, les Onontagués recommencèrent à attaquer. Mais pas question pour lui de brailler pis de se rouler en boule à terre : y commanda bravement ses hommes, qui poivrèrent généreusement l’ennemi. Les Iroquois, surpris de se faire accueillir aussi raide, durent repartir dans l’autre sens, laissant là leur morts pis leurs blessés. 

Pis là, deux-trois Hurons se garrochèrent en bas de la palissade, pognèrent un capitaine onontagué, le décapitèrent pis plantèrent sa tête sur un pieu.  

Ça prenait pas la tête à Papineau pour savoir que c’tait pas l’idée du siècle : les Onontagués vinrent trois fois plus enragés pis attaquèrent le fort par en arrière, pour l’effet de surprise. Mais c’te fois-là aussi, y frappèrent un mur de balles, tellement qui durent laisser faire pis r’tourner en arrière de leur palissade pour décider qu’est-cé qu’y allaient ben faire : 

— Simonac, qu’est-cé qu’y ont mangé, là-dedans? On se fait crisser une volée!
— Ben oui! Sont deux fois moins que nous-autres pis y nous torchent pareil! 
— Ça peut pas rester d’même. Va falloir envoyer quequ’un chercher les Mohawks pis les Onneiouts qui attendent après nous-autres dins îles Richelieu!

Les Mohawks pis les Onneiouts, c’tait d’autres tribus iroquoises; faique finalement, y’avait vraiment une armée qui s’en allait raser Ville-Marie. 

Sauf que là, pour l’instant, ça avait d’l’air que les Iroquois s’en venaient régler leur cas à Dollard pis à ses chums. Aussi ben dire qu’y étaient faites comme des rats.

Mais ça, y le savaient pas encore. Pis pour l’instant, y’avaient d’autres problèmes. 

Pendant qu’un des Onontagués était parti tuseul en canot chercher ses alliés, les autres s’étaient installés en arrière de leur palissade pis tiraient sur toutes ceux qui essayaient de sortir du fort. Pognés comme des bestiaux d’un enclos, les Français, les Hurons pis les Algonquins avaient pu de fun pantoute. Faisait frette, ça puait la marde pis y’avait pu une maudite goutte d’eau; personne était capable de dormir, pis en plus, y commençait à manquer de munitions. 

Le siège dura 5 ou 7 jours, dépendamment d’à qui tu demandes, pis finalement, l’Onontagué qui était parti aux îles Richelieu arvint avec 500 guerriers mohawks pis onneiouts. Voyant ça débarquer pis débarquer pis débarquer su’l bord d’la rivière, Annaotaha se faisait pu d’idées su leurs chances de victoire : 

— Dollard, ça a pu d’allure. On est yinque 60 ici-dedans pis on va se faire massacrer. 
— J’vois ben ça, mais y’est pas question qu’on se rende! 
— Cibole, mon homme, ça te servira pus ben ben d’avoir la tête dure quand tu vas être mort! Ar’garde : dans ma gang, y’a un Onneiout qui a changé d’camp pis qui est avec nous-autres depuis une couple d’années; on pourrait l’envoyer au Iroquois avec des cadeaux, pis y pourra peut-être nous négocier de quoi, qu’est-ce t’en penses? 
— Ouin, on peut faire ça. 

Faique l’Onneiout huronisé s’en alla parlementer. Pendant ce temps-là, des Hurons qui, eux-autres, faisaient partie de la gang d’Iroquois essayèrent de convaincre ceux-là en dedans du fort de laisser faire un combat qu’y pouvaient pas gagner, en jurant qu’y allaient être ben traités.

En entendant ça, une trentaine de Hurons qui étaient avec Dollard sautèrent la palissade pis allèrent arjoindre les Iroquois. Pis les Iroquois, qui étaient ben sûrs que tout le monde dans le fort allaient se rendre, s’approchèrent pour pogner les transfuges. Mais les Français, sur le gros nerf pis pas pantoute convaincus de l’issue des négociations, leur tirèrent dessus pis en tuèrent une couple. Annaotaha était en tabarnak : 

« Gang de caves! Vous avez foutu la marde! Là, vous les avez fâchés pour de vrai, pis y’a personne icitte qui va en réchapper! »

Malgré toute, y’avait décidé de rester avec les Français jusqu’à fin. Parce que pour Dollard pis sa gang, c’était le combat final : 

« Pour Dieu pis pour le roi! »

Comme de fait, les Iroquois, à boutte de se faire niaiser, repartirent à l’attaque; surtout qu’à c’t’heure, par les Hurons qui avaient changé de camp, y savaient qu’y avait même pas 30 gars dans l’fort.

Encore une fois, y se firent grêler généreusement. Mais là, y’eurent une idée : y se firent comme des gilets pare-balles primitifs en se mettant des bûches su’l chest côte à côte, de sorte qu’y étaient couverts du haut de la tête jusqu’à la moitié des cuisses. 

Amanchés de même, y réussirent à se rendre jusqu’au fort à Dollard, pis y commencèrent à essayer de faire des trous dans la palissade. 

« Ah, maudite marde! » 

Dollard savait que c’était juste une question de temps avant qu’y passent au travers. Faique y’eut une maudite idée de débile, le genre de patente qu’on voit yinque dins vues : il prit un mousqueton – une arme à feu avec un canon moins long qu’un fusil –, bourra le canon de poudre, boucha le boutte pis mit une pincée de poudre roulée dans du papier dans le bassinet, pis alluma le papier. De même, y’avait fait une espèce de grenade pour garrocher aux Iroquois en bas d’la palissade.

Sauf que là… Comme disait Pépère Poêle, mon pére à moé, les gars d’la ville, ça pense jamais aux branches. Quand ça va dans l’bois, ça passe son temps à se crever les yeux su des branches. Pis Dollard, c’tait un gars d’la ville. Faique quand y lança son mousqueton-grenade maison, comme de faite y pensa pas au gros arbre qu’y avait juste à côté du fort. Faique son projectile r’bondit sur une branche pis r’vola en dedans. 

BOUM. 

L’explosion tua ou ben estropia une bonne gang de Français pis de Hurons. Profitant de t’ça, les Iroquois mirent leurs fusils dans les meurtrières – pour ceux qui le savent pas, c’est les fentes dans un mur fortifié qui servent à tirer sur les ennemis sans devoir se sortir la face – pis tirèrent sur toute c’qui bougeait. 

Quand y finirent par rentrer en dedans, y restait pu yinque Dollard, Annaotaha, quatre Français pis trois Hurons. Nos héros se défendirent comme le yâble dans l’eau bénite, à coups de sabre, de hache pis de c’qui restait de munitions.

Mais tsé, la bravoure, c’pas toute: ben vite, à 11 contre des centaines, y tombèrent sous les coups, pis c’est d’même que se termina leur résistance pas d’allure qui avait duré ben plus longtemps qu’a l’aurait dû. 

Faique finalement, Dollard, ça a-tu donné de quoi, son aventure un peu tout croche? 

Ben sûr que oui. C’est clair qu’y a rien qui s’est passé comme y pensait. Y’avait pas prévu, lui-là, de se ramasser en face d’une armée.

Mais, voyant à quel point y s’étaient faites rincer par une aussi p’tite gang, les Iroquois jugèrent que c’tait mauvais signe pis décidèrent de laisser faire l’attaque sur Ville-Marie pour tusuite. 

Faique comme ça, les Français purent faire leurs semailles tranquilles, sauvant la colonie d’la famine. 

Pis Pierre Radisson, le fameux explorateur pis coureur des bois, put r’venir sans trop de trouble de sa chasse dins Grands Lacs avec une grosse cargaison de fourrures, renflouant les coffres d’la colonie. 

Faique malgré les débarques en canot, les incidents diplomatiques pis les gaffes explosives, ch’pense qu’on peut le dire : c’tait un peu par accident, mais Dollard des Ormeaux, grâce à sa bravoure, est devenu un héros, pis sans lui, le Québec, ou en tout cas Montréal, aurait pas la même face pantoute aujourd’hui.


Source :
François Dollier de Casson, Histoire du Montréal. https://play.google.com/books/reader?id=8FEEkXiYf1sC&hl=fr&pg=GBS.PP1
André Vachon, « DOLLARD DES ORMEAUX (Daulat, Daulac), ADAM  », dans Dictionnaire biographique du Canada. http://www.biographi.ca/fr/bio/dollard_des_ormeaux_adam_1F.html

Quand les belles-sœurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut, partie 5

Frédégonde manque tuer Rigonthe. Illustration tirée des Vieilles Histoires de la Patrie, 1887.

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4

Faique ouais. Avec son bébé surprise, c’est comme si Frédégonde avait lâché une boule de quilles dans une flaque de bouette – si la flaque de bouette avait été les ambitions de mononc Gontran pis de cousin Childebert. 

En fait, ça changeait pas grand-chose pour Gontran – de toute façon, y’avait prévu de toute donner à Childebert à sa mort. Mais pour Childebert, son plan toute simple qui se résumait à « attendre que mononc pète au frette, toute ramasser pis devenir roi de tous les Francs » venait de se compliquer pas mal : là, y’allait devoir lutter contre son bébé cousin pis sa maudite folle de matante. 

Donc, Childebert essaya de faire une jambette à Frédégonde, mais une chance pour elle, Gontran était là : 

— Mononc Gontran, là, s’te plaît, envoye-moé Frédégonde! Pourquoi t’a protége? C’est yinque une meurtrière qui a tué ma tante, mon père, mon oncle pis jusque mes cousins! 
— Calme-toé le pompon, Childebert! On va toute régler ça à l’assemblée des seigneurs. 

Faique toutes les seigneurs de Neustrie r’tontirent pour savoir comment-cé qu’y allaient se démarder avec toute ça. Y’en avait pas mal qui trouvaient ça louche qu’un flo sorte de nulle part après la mort de Chilpéric – c’était-tu vraiment le fils du roi? Est-ce que Frédégonde avait découché pis c’tait le flo d’un autre? Ou bedon a l’était allée voler le premier flo du bord pour le faire passer pour le sien? C’tait pas comme si elle avait pas déjà faite pire. Mais Gontran décida de croire sa belle-sœur, pis y’adopta officiellement son n’veu, qui fut baptisé Clotaire comme son grand-père.

Gontran décida aussi de tasser Frédégonde du pouvoir en l’envoyant rester à Rouen, pis en la faisant surveiller par l’évêque Prætextat – tsé lui qui avait marié Mérovée pis Brunehaut pis qui avait été exilé pour ça? Ça faisait crissement pas son affaire, mais pour l’instant, a l’avait pas le choix de prendre son trou.

Pendant c’temps-là, Rigonde, la fille à Chilpéric pis Frédégonde, était en route vers l’Espagne pour marier Récarède, le fils du roi des Wisigoths, avec des waguines pleines de trésors qui devaient y servir de dot. 

Quand y surent que le roi Chilpéric était mort, les hommes qui étaient censés la protéger se poussèrent avec une partie des richesses, pis un certain duc Didier, voyant une chance de faire la piasse, se garrocha pour prendre le reste. La pauvre princesse put yinque constater la méchante débarque qu’a venait de prendre : 

« Bon ben, pu de père, pu de dot, pu de mariage, pu d’amis, PU RIEN! Y m’reste yinque ma fierté pis l’linge que j’ai su’l dos, câlisse! Pis j’ai même pas de lift pour m’artourner chez nous! Chus une princesse, pis là chus pognée su’l bord du ch’min comme une crisse de paysanne! » 

A finit par retrouver sa mère, mais ces deux-là qui vivaient ensemble, ça se passait pas exactement comme une raille de pick-up dans l’rang huit un dimanche après-midi. Telle mère, telle fille, tsé! Y se pognaient tout le temps, pis ça en venait souvent aux claques pis aux coups de poing su’a yeule.

Un m’ment’né, Frédégonde, à boutte, eut une bulle au cerveau et dit à Rigonde de la suivre dans la salle du trésor : 

« T’es tout le temps après moé, ma fille, pis ch’pu capable. Enweille, là, r’garde dans le coffre, prends c’que tu veux pis arrête de m’écœurer. » 

Faique Rigonde se pencha pour ramasser un bijou ou un quelconque cossin qui valait cher, pis pendant qu’elle avait la tête dans le coffre, Frédégonde pésa de toutes ses forces sur le couvert. La pauvre fille eut la gorge pognée entre le couvert pis le bord du coffre pis était après étouffer, mais fut sauvée par des servantes qui tassèrent Frédégonde de d’là.

La reine passa une couple d’années à s’emmerder solide à l’écart du pouvoir, essayant de temps en temps de faire assassiner Brunehaut, pour se désennuyer. Pis un jour, alors que Gontran était parti se chamailler avec les Wisigoths de Septimanie pis était trop loin pour la surveiller, Frédégonde se pogna avec l’évêque Prætextat : 

— Toé, ma maudite vieille face, tu peux être sûr que si un m’ment’né, j’arviens au pouvoir, m’a te renvoyer en exil assez raide! 
— Bah, tsé, exil ou bedon pas en exil, j’reste évêque, pis quand j’vais être mort, avec l’aide de Dieu, m’a monter au royaume des cieux. Mais toé, Frédégonde, reine ou pas reine, ça aura pu pantoute d’importance quand tu vas rendre l’esprit : tu t’en vas drette en enfer. Tu devrais slaquer tes folies pis tes vacheries, te mettre à marcher drette pis piler su ton maudit orgueil – si y’est trop tard pour avoir la vie éternelle, au moins pour élever comme faut ton p’tit gars jusqu’à l’âge d’homme! 

Frédégonde était tellement en tabarnak qu’a s’en alla sans dire un mot. 

Le dimanche d’après, Prætextat était en train de dire la messe, quand drette entre deux psaumes, un gars se garrocha su lui, pis FLÂWK! le poignarda dans l’t’sour de bras. Mais comme y mourut pas tusuite, des fidèles le ramassèrent et allèrent le porter dans son litte. Pis alors qu’y agonisait, Frédégonde, baveuse sans bon sens, rentra dans sa chambre pis alla s’assire à côté de lui :

— Heille, ça a-tu d’l’allure, se faire poignarder d’même en pleine messe! Si y’a quequ’chose que ch’peux faire pour toé, Prætextat, t’as yinque à l’dire!
— Fais pas l’innocente, Frédégonde! T’as juste pas digéré que j’te dise tes quatre vérités l’autre jour, pis c’est toé qui a envoyé l’gars pour me tuer! T’es yinque une meurtrière, pis c’est comme ça que l’monde va s’rappeler de toé! 

Y mourut pas longtemps après, pis Frédégonde put le remplacer par un autre évêque qui faisait plus son affaire. Pis tant qu’à faire, vu que Gontran était pas là, elle en profita pour reprendre son fils Clotaire pis convaincre plusieurs seigneurs de trahir Gontran pis d’y jurer fidélité à elle, reprenant par le fait même le contrôle de la Neustrie. 

Faique encore une fois, la maudite ratoureuse avait trouvé le tour de se faufiler jusqu’au pouvoir. Mais là, assez parlé d’elle.

Du bord à Brunehaut, ça allait pas pire pantoute. Mini-roi Childebert était rendu avec une femme, Faileube, pis deux p’tits gars, Thierry pis Thibert.  

Pis pour notre fringant Childebert, c’tait ben plus l’fun de taper su’a gueule de ses ennemis que de faire des affaires plates comme, tsé, administrer, gouverner, régir. Faique c’est toute Brunehaut qui s’en occupait. Pis comme Childebert était rendu majeur, elle était pas mal moins pognée avec les maudits nobles sexistes qui lui avaient dit au début de la régence de Childebert, et je cite, c’est pas des farces : 

« Décâlisse, la créature! À c’t’heure, c’est ton gars qui règne. T’es aussi ben de te tasser pour pas qu’on t’passe dessus avec nos ch’faux! » 

A fit construire des routes pis des tours pis toutes sortes d’affaires. Mais, son chef-d’œuvre, c’est la Décrétion de Childebert, un document qui contenait un tapon de réformes. La première chose qu’a fit, c’est d’interdire de forcer une femme à se marier si ça y tentait pas. Tsé, elle avait pas oublié sa p’tite sœur Galswinthe, qui avait été obligée de marier le roi Chilpéric pis qui avait été étranglée par après pour faire d’la place à Frédégonde. Aussi, elle créa une sorte de premier début de police de l’ancien temps, c’qu’y était vraiment pas de trop à une époque où le monde se crissaient des haches dans la tête pour une chèvre ou un set de chambre à coucher! Pis a mit de l’ordre dans l’administration pis les finances du royaume en général. Rien que ça.

Si j’vous mets les deux belles-sœurs une à côté d’l’autre, là – Frédégonde, une paysanne pas barrée pour deux cennes, cruelle pis assassine, pis Brunehaut, une princesse noble, raffinée pis pleine de jarnigoine – laquelle, vous pensez, qui était pour mourir tranquille dans son litte, pis l’autre dans un supplice épouvantable avec du sang qui r’vole partout? 

Ouin, dites-moi-lé pas. 

C’est Frédégonde qui mourut dans son litte à l’âge de 52 ans. Y’a pas de justice, hein? On sait pas trop de quoi est morte, mais si ça avait été violent ou spécial, ça se serait rendu jusqu’à nous-autres. 

Gontran était mort queques années avant ça; Childebert pis sa femme eux-autres avec, probablement empoisonnés, probablement par Frédégonde. Faique là, la game, c’était rendu Clotaire, 13 ans, contre Thierry pis Thibert, ses petits-cousins pis les petits-fils à Brunehaut.

La chicane pogna entre Thierry pis Thibert, pis c’est Thierry qui gagna. Mais y’en profita pas ben ben longtemps, parce qu’y mourut l’année d’après. 

Là, la couronne passa au fils de Thierry, un flo de 12 ans appelé Sigebert comme son arrière-grand-père. 

Mais rendu là, les nobles étaient à boutte de se faire bosser par une femme – tellement à boutte qu’y étaient prêts à virer leu capot d’bord. Faique Warnachaire, le maire du Palais – ça, c’tait comme le fonctionnaire en chef d’un royaume, dans le temps – alla voir Clotaire pis y dit : 

— Ouin, euh, Vot’Majesté, si je vous livrais le boutte qui vous manque pour être roi de tous les Francs, là, avec le roi Sigebert, ses frères pis c’te maudite vieille vache de Brunehaut, là, vous m’donneriez quoi en échange? 
— Euh… T’es-tu sérieux, là? 
— Ouais, pu capable, de l’astie de grébiche. 
— Ben, mon gars, t’aurais pu jamais à t’inquiéter de rien! J’te nommerais maire du Palais à vie pis t’aurais ma reconnaissance éternelle!

Queques semaines après, les armées de Clotaire et de Sigebert étaient pour s’affronter. Mais là, juste au moment où y’allaient se rentrer dedans, les seigneurs austrasiens qui étaient embarqués dans les manigances à Warnachaire se donnèrent le signal pis r’virèrent de bord, laissant Sigebert tuseul les culottes à terre. 

Clotaire captura Sigebert pis ses frères pis les fit exécuter, sauf un, qui était son filleul – y l’avait tenu dans ses bras à son baptême, viarge, y’était pas pour l’égorger par après! Faut savoir se garder une p’tite gêne, quand même. 

Brunehaut réussit à se sauver, mais elle fut ben vite rattrapée.  

Clotaire, que sa mère avait probablement crinqué contre Brunehaut pendant des années, l’haïssait tellement qu’y voyait pu clair. Quand a fut rendue en avant de lui, y l’accusa de toutes les maux, pis même des affaires que sa propre mère à lui avait faites : 

« Ton mari Sigebert, mon demi-frère Mérovée, mon père Chilpéric, ton fils Thibert pis ton petit fils Clotaire, Mérovée mon fils à moé, pis Thierry pis ses trois gars, y sont toutes morts à cause de toé! Toute la marde qui se passe dans’famille depuis des années, c’est toute de ta faute! Mais là, c’est fini, c’temps-là, pis tu vas payer! »

Pis elle a payé en crisse. J’vous avertis : âmes sensibles s’abstenir. 

Brunehaut, qui était rendue une grand-maman de 66 ans, fut torturée de plein de façons pendant trois jours. Mais ça, c’tait juste un avant-goût. Après, Clotaire y fit traverser l’armée au complet à dos de chameau, avec des gars de tous bords tous côtés qui riaient d’elle pis la traitaient de toutes les noms. Pis à la fin, y la fit attacher par les ch’feux, une main pis un pied après la queue d’un ch’fal ben énarvé. 

Pis y’ordonna qu’on laisse le ch’fal courir. 

Brunehaut fut complètement défaite en bouttes par les ruées du ch’fal, la tête éclatée par les roches du ch’min, les bras pis les jambes arrachés par la force d’la bête. Quand finalement on arrêta son supplice, y restait yinque des lambeaux, que Clotaire fit brûler. 

Personne mérite de finir de même. Non, même pas Frédégonde. 

Quant à Clotaire, y’avait finalement gagné la game : y’était le roi de tous les Francs, pis y régna dans la paix jusqu’à ce qu’y meure de sa belle mort. Faut croire que toute le méchant était sorti quand y’a fait tuer sa matante. 

La chicane qu’on a appelée la « faide royale » était enfin finie. Mais comme j’ai déjà dit, chez les rois mérovingiens, l’entre-tuage en famille, ça faisait quasiment partie de la constitution…


Sources :
Grégoire de Tours, Histoire des Francs. https://play.google.com/books/reader?id=xuIpDwAAQBAJ&hl=fr&pg=GBS.PP1

Chronique de Frédégaire. https://play.google.com/books/reader?id=4tlHxu4V0xMC&hl=fr&pg=GBS.PP1

Quand les belles-soeurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut, partie 4

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1e/Albert_Maignan_-_Les_derniers_moments_de_Chlodobert.jpg

Partie 1
Partie 2
Partie 3

En 580, Frédégonde s’en venait pas mal ben : même si son fils Samson était mort deux ans avant, y lui en restait quand même deux, en plus d’une fille. Comme y restait pu yinque un fils à la première femme de son mari Chilpéric, les chiffres étaient clairement de son bord pour que ça soit sa descendance à elle qui monte su’l trône des Francs.

Mais là, la marde pogna solide. Pis littéralement à part ça. 

Cette année-là, le yâble était aux vaches : y’eut un déluge, des inondations, des tremblements de terre, des météorites, de la grêle, des éboulis, des incendies… Pis ça aurait d’l’air que du sang aurait coulé d’un pain pendant la communion dans l’boutte de Chartres, mais là, y’a peut-être quequ’un qui a abusé du vin de messe.   

Surtout, y’eut une épouvantable épidémie de dysenterie. Pis la dysenterie, c’pas compliqué : t’as de la fièvre, tu vomis pis tu te chies le corps – des fois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Pis pour faire du mal, c’était surtout les flos qui en mouraient.

Des chaumières aux châteaux, la maladie fessait partout. 

Le roi Chilpéric lui-même tomba malade, mais y’en réchappa. Et juste comme y se renmieutait, c’est son bébé flambant neuf à lui pis à Frédégonde, Dagobert, qui commença à mal filer. Y’était tellement neuf que ses parents l’avaient même pas encore faite baptiser, ce qu’y firent au plus maudit dans l’espoir que ça aide. 

La dose de Saint-Esprit eut l’air de faire la job, parce que bébé Dagobert reprit du poil d’la bête. Mais là, c’est l’autre gars, Chlodobert, une belle jeunesse de 15 ans, qui tomba malade. 

Là, Frédégonde se mit à capoter :

« C’t’une punition divine, Chilpéric! Toé pis moé, on est trop à l’argent, pis l’Seigneur aime pas ça! On est là à piler d’l’argent pis des pierreries, mais pour qui, han? Ça sert à quoi si y’a pu personne pour nous survivre? On est après perdre c’qu’on a de plus beau! » 

Moé, j’ai pour mon dire que si Dieu avait eu à être fâché après elle, ça aurait plusse été à cause de ses meurtres pis de ses manigances, mais bon. Là, la reine se donna un coup de poing sur la falle comme Céline qui part en peur au milieu d’une toune, pis dit à son mari : 

« Nos coffres, pis nos celliers sont full au bouchon! On n’a pas d’affaire à aller chercher plus. Faique si tu penses comme moé, ben viens-t-en, on va brûler toutes les papiers qui disent qui nous doit combien en impôts. Feni l’temps où c’qu’on faisait fortune su’l dos du pauve’r monde! » 

Pis Chilpéric, qui faisait tout le temps toute c’que sa femme y demandait sans dire un mot, se garrocha pour brûler les registres d’impôts. 

C’tait ben beau, c’te bulle au cerveau-là, mais la dysenterie, a s’en crissait, elle, des registres d’impôt. Pas longtemps après, Dagobert recommença à mal filer, pis y rempira au point qu’y rendit bientôt son dernier p’tit soupir de bébé.  

Pis l’ado, Chlodebert, était rendu tellement magané que Chilpéric et Frédégonde le firent mettre sur un brancard pis l’emmenèrent au tombeau de saint Médard pour supplier le saint de le sauver. Malheureusement, Chlodebert était rendu trop faible pis mourut dans la nuite.

Drette de même, Frédégonde se retrouva avec pu de fils. Toute était à r’commencer. 

Mais même dans le fin fond de la souffrance la plus épouvantable, la ratoureuse reine perdit pas de vue son objectif : si elle avait pu de fils, ben elle allait s’assurer qu’Audovère, la première femme de Chilpéric, en aye pu non plus. 

Faique a manigança pour faire envoyer Clovis, le dernier des fils d’Audovère, au château de Braine, où le monde tombait comme des mouches de la dysenterie. Pis comme Chilpéric était pas plus fin que ça, ça passa comme du beurre dans’poêle. 

L’affaire, c’est que Clovis tombait juste pas malade. Pis en plus, l’innocent, y se mit à se vanter en avant de ses chums :

« Hey hey hey! À c’t’heure que toutes mes frères sont morts, c’est quiiiiii qui va hériter du trône? MOÉ! Dans ses dents, à Frédégonde! Heille, la servante! A pensait-tu que ses culs-terreux de fils allaient passer avant moé? Ça bon! Ha ha ha, tu parles d’une épaisse! » 

Parce que, ouais : contrairement à Audovère, qui était d’origine noble, Frédégonde était une femme du peuple, une « colonne » qui venait de nulle part, pis elle était restée pas mal complexée de t’ça. Faique aller l’attiser de même, c’était pas l’idée du siècle. Surtout que la vie de Clovis tenait déjà yinque à un fil.

Fâchée noire, Frédégonde décida d’en finir avec son beau-fils, pis ça y prit pas grand temps pour trouver comment faire. Elle arriva en avant de Chilpéric, le linge tout croche, la face tout rouge, pis les larmes aux yeux, pis dit :

— Mon mari! Tu sais pas quoi? C’t’épouvantable!
— Cibole, sa mére, qu’est-cé qu’y a?
— C’est Clovis! Toute ce qui est arrivé, c’est de sa faute!
— Ben voyons donc?
— Quequ’un m’a dit que Clovis était en amour avec la fille d’une de mes servantes, pis que cette servante-là était une sorcière! Pis là, y’a demandé à la sorcière de prendre ses pouvoirs pour tuer nos deux gars! C’est toute de sa faute! 
— Franchement, Frédégonde, tu crois vraiment à c’tes folies-là? Mon Clovis f’rait jamais une affaire de même! 
— Moi aussi au début j’trouvais que ça avait pas d’allure, mais je voulais être sûre, faique j’ai pogné la mère pis la fille pis y’ont fini par toute avouer. Qu’est-cé que tu vas faire, là, Chilpéric? Ça peut pas rester de même!

Encore une fois, ça passa comme du beurre dans’poêle. Chilpéric invita Clovis à la chasse avec lui; le jeune, pas méfiant pour deux cennes, se fit pogner par les hommes à son père, qui y’enlevèrent ses armes pis l’habillèrent en guénilles avant de le garrocher aux pieds de Frédégonde. 

Après ça, la marâtre le fit enfermer pis envoya un assassin pour l’achever. Pis après, elle alla voir Chilpéric :

— C’hais pas trop comment t’dire ça, mon mari, mais… Clovis s’est tué. 
— Pfft! Ça bon! M’a pas l’pleurer après c’qu’y a faite à nos gars!

Victoire! Frédégonde était enfin débarrassée de ses maudits beaux-fils. Rendue fantasse, a fit même assassiner Audovère, pis tant qu’à faire, violer Basine, la fille d’Audovère et de Chilpéric, pour qu’a parde son honneur, pis même son héritage. Tsé, histoire de finir la job comme faut. 

J’vous ai pas beaucoup parlé de Brunehaut à date, aujourd’hui. En fait, pas pantoute. C’est juste que pendant que Frédégonde faisait un ménage dynastique, elle, elle était occupée à jouer du coude avec les nobles d’Austrasie pour garder le contrôle du mini-roi Childebert, toujours pas majeur. C’tait moins croustillant, mais c’tait quand même une job à temps plein. 

Deux ans après, Frédégonde accoucha d’un autre p’tit gars, Théodoric. Yé! Mais y mourut un an plus tard de la maudite dysenterie à marde.

La reine fit passer sa peine pis sa colère sur Mummolus, le préfet de la maison royale, qu’a pouvait pas sentir. Mummolus était allé ouvrir sa grande trappe en disant qu’y connaissait un remède contre la dysenterie. En plus, le bruit courait qu’y avait été voir des sorcières pour qu’y jettent un mauvais sort au p’tit Théodoric. Faique la Frédégonde le fit arrêter pis fesser à coups de strapes jusqu’à ce que les bourreaux soyent trop brûlés pour continuer. Après, on y rentra des aiguilles en d’sour des ongles des doigts pis des orteils. 

Ayoye, bonyenne! 

À la fin, y’eut la vie sauve, mais y péta une crise d’apoplexie en s’en r’tournant chez eux pis mourut pas longtemps après.

Pis là – toute sacra l’camp. Un jour, Chilpéric était à la chasse comme à son habitude. Y’était après descendre de son ch’fal en s’accotant su l’épaule d’un de ses hommes quand un malade sortit du bois, y crissa un coup de poignard dans l’t’sour de bras, pis un autre dans l’ventre. Toute graissé de sang, y tomba mort. Pis le malade, y se sauva, pis personne réussit à le pogner.

Pas qu’on essaya ben ben fort. Dans l’fond, personne aimait Chilpéric – même pas Frédégonde, qui voyait plus son mari comme un tournevis ou une égoïne que comme un homme. Faique on sut jamais qui l’avait faite assassiner. Y’en a qui dirent que c’était Frédégonde elle-même, parce qu’y commençait à la soupçonner d’adultère, mais voyons donc : sans Chilpéric, elle avait pu de protection, pu d’autorité, pu rien. 

En fait, ce qui est plus probable, c’est que Brunehaut était dans son château, un verre de vin dans’main, à regarder par la fenêtre, quand un de ses fidèles serviteurs entra dans ses appartements :

— Madame? C’est faite. 
— Parfait. 

Pis là, sans se détourner d’la fenêtre, a sourit, et se dit dans sa tête : 

« Y’est mort, l’écœurant. Tu peux r’poser en paix, ma sœur. »

Quoi qu’il en soit, c’était au tour de Frédégonde de penser vite en christie : les trésoriers de Chilpéric étaient déjà après se pousser avec les trésors royaux. Faique elle emporta toute c’qu’à pouvait pis se mit sous la protection de l’évêque de Paris. 

En plus de ça, ben vite, son neveu Childebert allait arriver pour prendre possession du royaume. Pis si a se faisait pogner par lui, et donc par Brunehaut, a donnait pas cher de sa peau.

« Heh, ciboire, qui c’est que ch’pourrais ben appeler? Ah, je l’sais! Gontran! Lui y’a toujours été correct. Y va sûrement me protéger! »

Mononc Gontran, c’était le frère de Chilpéric, le dernier des quatre fils de Clotaire. Comme toutes ses fils étaient morts de la peste, ou en bas âge, ou empoisonnés par sa femme Marcatrude, ben y’avait désigné Childebert comme son héritier. Autrement dit, Gontran était rendu avec toutes les terres de ses frères, sauf celles qui étaient à son neveu, pis à sa mort, Childebert ramasserait toute pis deviendrait roi de toutes les Francs. 

Comme j’vous l’avais déjà dit, y’aimait pas trop ça, le chamaillage, pis y’avait toujours essayé de faire la paix entre ses frères. Faique, fidèle à sa réputation de bon gars, y’accueillit Frédégonde à bras ouverts. Sauf qu’y eut une astie de surprise quand y’alla à sa rencontre. A l’avait de quoi dans les bras, emballé dans un linge, pis a dit à Gontran :

« Ok, fais pas l’saut… » 

Et dans ses bras, elle découvrit… un bébé. Son bébé à elle pis à Chilpéric. Un garçon.

« Ah ben ça parle au yâble! » s’exclama Gontran. 

C’que personne savait, c’est qu’avant que Chilpéric crève sous les coups de son mystérieux assassin, Frédégonde avait accouché d’un p’tit gars qu’elle pis son mari avaient gardé secret pis avaient même pas nommé, de peur qu’on essaye d’y faire du mal. 

Pis ça, ça changeait toute.


Source : Grégoire de Tours, Histoire des Francs. https://play.google.com/books/reader?id=xuIpDwAAQBAJ&pg=GBS.PP1