Ah, Betty Crocker. Yinque d’entendre le nom, ch’sens le parfum du gâteau cerisette que ma mère préparait pour ma fête. A faisait un glaçage rose au jus d’fruits McCain avec ça; dans c’temps-là, ch’connaissais rien de meilleur. C’tait une époque plus simple, pareil : j’invitais gros max trois amies, pas la classe au complet comme faut faire à c’t’heure, pis l’monde se sentait pas obligé de donner des p’tits maudits sacs à surprise à toutes les invités. Tu parles d’une mode de parents gonflables pas d’allure.
Waittamenute, t’avais TROIS amies?
— Caroline, qui n’avait ni trois amies, ni de glaçage au jus de fruits
Atapeu, t’avais du gâteau?
— Mathieu, qui avait une beurrée de m’lasse et une binne su’l bras à sa fête
Entécas. C’est pratique, c’tés mélanges à gâteau-là, hein?
Mets-en!
— Mathieu
Super pratique!
— Caroline
On a-tu d’la visite, coudonc? Vous êtes qui, vous autres?
On est Vas-tu finir ton assiette. On est ici parce qu’on écrivait un texte sur le gâteau cerisette, pis on s’est demandé si Betty Crocker existait pour vrai.
— Caroline
Faque c’est ça. On est dans ton texte, maintenant.
— Mathieu
T’as juste à faire comme si on n’était pas là. On sera tranquilles promis.
— Caroline
Ben tranquilles, ga, je me la ferme drè là.
— Mathieu
Bon, ben ok, faites comme chez vous, l’frigidaire est là!
Où-ce que j’en étais, don? Ah oui!
C’est pratique, c’tés mélanges à gâteau-là, hein?
Des fois, t’as juste pas l’temps d’monter tes blancs d’œufs en neige pour ta génoise au chocolat, pis c’est ben correct; Betty s’occupe de toé avec son mélange Super Moist™. Ton flo verra même pas la différence anyway.
Pis c’est ça l’affaire, avec Betty Crocker : est là pour toé. A te facilite la vie. Depuis 1921, a l’offre au monde – surtout aux femmes, là, on s’mentira pas, même si ça a changé un ti-peu aujourd’hui – des recettes, des conseils pis plein de produits qui sauvent du temps. Su son portrait, avec ses yeux intelligents, son sourire doux pis sa mise impeccable, mais quand même relax, elle a la face d’une madame qui te traitera pas d’épaisse si tu mets d’la P’tite Vache dans ta recette au lieu du cornestache : c’pas grave, ma chouette; arcommence, c’est toute.
Mais… C’est qui, hein, Betty Crocker? Ça a-tu déjà été une vraie personne?
Ça s’rait cute si c’tait vraiment une gentille madame dans sa cuisine qui veut yinque aider son prochain, mais non : en arrière de Betty Crocker, y’a une grosse multinationale d’la bouffe transformée qui veut t’vendre des patates pilées en poudre, pis une campagne de marketing réglée au quart de tour par des bonshommes en complet. Une christie d’bonne campagne, à part de t’ça, qui dure depuis plus de 100 ans. Même Monsieur B dins annonces de Bell des années 1990 a pas toffé aussi longtemps.
Personne aurait de cellulaire aujourd’hui pis tout le monde aurait un téléphone à cadran si on voyait encore Benoît Brière déguisé en beubé à la tévé.
— Caroline, nostalgique de bavoir et bonnet sur un comédien adulte
Toute a commencé quand la compagnie Washburn Crosby, l’ancêtre de General Mills, a mis une annonce de sa farine Gold Medal dans le Saturday Evening Post de Minneapolis. Dans l’annonce, y’avait des morceaux de casse-tête à découper pis une invitation : « Envoyez-nous le casse-tête assemblé, pis gagnez une SU-PER pelote à épingles en forme de sac de farine Gold Medal! »
Faut crère qu’en 1921, une pelote d’épingles, c’tait crissement sexy : pas longtemps après, Washburn Crosby avait r’çu 30 000 casse-têtes assemblés.
Pis pas yinque ça!
Les cravates de Washburn Crosby étaient ben surprises d’arcevoir aussi des lettres de madames qui demandaient des conseils :
« Pendant combien d’temps faut pétrir la pâte à pain? »
« Avez-vous ça, vous autres, une bonne recette de tarte aux pommes? »
« Mes gâteaux sortent toujours plates comme des vesses-de-loup effoirées. Qu’est-cé que ch’fais de pas correct? »
Amour, amour où est la clé? Pourquoi toujours les yeux mouillés? Combien de rêves avant l’aurore? Où sont allés les dinosaures?
— Michel Rivard, curieux, mais aussi pas mal proche de se faire barrer par le staff de Betty Crocker
Fallait ben répondre à toute ça, hein?
En temps normal, quand Washburn Crosby arcevait une couple de questions une fois de temps en temps, c’est la gang de cravates du département de marketing pis leu directeur Samuel Gale qui s’en occupaient. Mais, ben sûr, y’étaient rien sans l’expertise pis l’savoir-faire des femmes du service d’économie familiale, qui leu disaient quoi dire.
Chaque fois qu’y signait une lettre, Samuel se sentait un peu mal à l’aise de mettre son nom parce, tsé, y’était un homme, pis les clientes devaient jamais l’prendre au sérieux. Qu’est-cé ça savait faire dans’cuisine, un homme, à part être dins jambes?
Ça peut aussi être dans le ch’min!
— Caroline, excellente à La guerre des clans
Sam, pauvre ti pit, s’artrouvait tout d’un coup dans l’même bateau que toutes les femmes dans l’histoire de l’humanité qui avaient déjà signé leux œuvres sous un pseudonyme de gars pour qu’on les prenne au sérieux.
C’est ben ben choquant, ça.
— Mathieu (Caroline)
C’tait justement ça, la solution : se cacher en arrière d’un pseudonyme de madame pour répondre aux questions des clientes!
Mais QUEL pseudonyme? Fallait choisir comme faut, avoir la bonne vibe. Germaine Laterreur, ça aurait pas été vendeur. Faique Sam pis les autres cadres d’la compagnie s’armuèrent les méninges pour trouver le nom parfait.
Pour le nom de famille, y s’entendirent su « Crocker » en l’honneur de William G. Crocker, un ancien cadre de Washburn Crosby qui v’nait de prendre sa retraite pis que tout l’monde aimait.
Pour le prénom, c’tait plus difficile, mais Samuel pis sa gang finirent par choisir « Betty » : ça sonnait cute, rond, gentil, un ti peu rural… Tsé, une Betty, ça va pas mettre de l’eau de javel dans tes plates-bandes pendant qu’t’argardes pas; ça va pas bavasser à tout l’village que t’étends pas ton linge su’a corde par ordre de grandeur. Ben non. Une Betty, comme j’disais, c’est là pour toé. Ça t’accueille à bras ouverts pis ça t’sert une pointe de tarte.
Histoire de rendre ça encore plus authentique, Samuel lança un concours entre les employées de Washburn Crosby pour trouver la meilleure signature pour Betty. C’est la secrétaire Florence Lindeberg qui gagna, pis c’est encore sa signature, à quelques p’tits détails près, qu’on voit su toutes les produits d’la compagnie :

Toutes ceuzécelles qui répondaient aux lettres des clients durent apprendre à imiter la signature.
Pis voilà : Betty Crocker était née. Une lettre à’fois, a d’vint un genre de confessionnal d’la cuisine, où c’que tu pouvais poser toutes les questions qu’tu voulais sans t’faire traiter d’tarte.
Dis-moi pourquoi les pneus qui brûlent! Dis-moi combien de soldats fous! Y a-t-il une trêve avant la mort?
— Michel Rivard, qui pousse vraiment sa luck auprès de Betty
Quand même, faut pas crère que c’te service-là était offert aux p’tites madames par pure bonté d’âme. Les conseils que Betty Crocker donnait étaient vraiment bons pis utiles, mais c’tait un ch’fal de Troie pour le vrai but d’la patente : vendre d’la farine Gold Medal.
Pensez-y : en tant que déesses du domicile, les femmes géraient de 80 à 85 % des dépenses de consommation. C’tait pas l’bonhomme qui allait téter su’a sorte de farine qu’y avait dans l’garde-manger. L’rôle à Betty, c’tait de montrer aux maîtresses de maison des façons concrètes d’utiliser l’produit – pis d’leu z’en faire acheter plus.
Les lettres, c’tait un bon début, mais c’qui a vraiment lancé Betty Crocker, c’est la radio.
En 1924, à une époque où c’que de plus en plus d’monde avaient une radio à’maison, mais que les annonceurs savaient pas trop encore quoi faire avec c’te bébelle-là, Washburn Crosby prit une chance, acheta la station WLAG de Minneapolis pis l’arnomma la « Gold Medal Station ».
Le 2 octobre de c’t’année-là, Betty Crocker, avec la voix pis les textes d’la spécialiste en économie familiale Blanche Ingersoll, lança sa première émission hebdomadaire, L’école des ondes de Betty Crocker.
Heille là, en termes de portée, Betty v’nait de passer d’la pelle à’souffleuse. Dans c’temps-là, une annonce dans, mettons, le Ladies’ Home Journal pouvait atteindre autour de 2 500 000 personnes; le poste de radio, lui, pouvait en arjoindre 30 millions.
Blanche Ingersoll, en s’faisant passer pour Betty Crocker, parlait pas yinque de gâteaux flattes pis de fonds de tarte mouilleux : a faisait des recommandations su’a tenue d’maison en général, la gestion du temps, les amours, les relations avec la famille, alouette. Pis, époque oblige, su l’devoir d’la madame de préparer des bons repas nutritifs :
« Si tu bourres ton homme de vieux chou détrempé pis d’patates graisseuses, on peut-tu s’étonner qu’y aye le goût d’aller s’battre ou bedon d’commettre un crime? Nourri d’même, y pourrait faire ben pire qu’avoir un air de bœuf. »
L’émission pogna tellement qu’un an plus tard, y’en avait trois par semaine au lieu d’une. Après, les émissions commencèrent à être diffusées à Buffalo, New York, Chicago, Boston, Philadelphie, St. Louis…
Pis ben vite, c’est Betty Crocker qui animait le retour à la maison avec Les grandes gueules, et l’émission du matin où on fait la circulation aux deux minutes pour te dire que c’est encore bouché ben raide partout, et l’émission du midi, une ligne ouverte où tu pouvais appeler pour traiter Justin Trudeau de dictateur.
— Mathieu, historien de la radio
Dans l’temps de l’dire, Betty Crocker était rendue à la radio nationale. Comme ça s’faisait pas, dans c’temps-là, enregistrer des émissions d’avance, Betty était jouée par plusieurs actrices qui lisaient le script en direct pis qui devaient EN AUCUN CAS bavasser que Betty existait pas vraiment. Washburn Crosby avait toute à gagner en maintenant l’illusion : des madames qui croyaient que Betty était vraie, c’tait des madames loyales à leu marque de farine.
Quand même, là, y’avait pas de grosse conspiration d’la mort pour tromper l’monde pis leu faire accroire des affaires.
C’était quand même un meilleur plan marketing que d’organiser une pandémie mondiale pis de partir un trend sur TikTok de faire son propre pain.
— Caroline, qui a un chapeau de chef en papier d’aluminum
La compagnie avait créé l’personnage, mais a l’avait jamais dit que c’tait une vraie personne : c’tait l’monde qui croyaient ça. Disons qu’a faisait comme mes parents avec le Père Noël quand ch’tais p’tite, pour pas péter ma balloune. Y cultivaient pas l’mythe – jamais qu’Pépère Poêle aurait mis l’kit rouge avec la barbe pis la tuque, ho ho ho pis toute –, mais y faisaient pas exprès pour dire que c’tait pas vrai, non plus.
Parce que c’est clair que quand tu découvres à 7 ans que le père Noël, pardon, Betty Crocker, c’est ton mononcle que tu surprends en bobettes avec juste le haut du costume pis la fausse barbe en train de s’allumer une clope dans le sous-sol, ça te traumatise une enfance sur un moyen temps.
— Caroline, encore en thérapie à 40 ans
En 1927, une nouvelle face arriva dans’place : Marjorie Child Husted.
Marjorie, avait un diplôme en économie familiale pis un autre en éducation de l’Université du Minnesota. Engagée par Washburn Crosby en 1924, a s’ramassa cheffe du service d’économie familiale pis devint la nouvelle Betty Crocker.

C’qu’a l’aimait ben faire, c’est laisser l’public décider de quoi a l’allait parler dans son émission.
« Laissez-moi pas faire toute mon programme toute seule », qu’a disait.
A lisait le courrier des auditrices en ondes pis a répondait. Son émission devint un espace où c’que les madames pouvaient jaser des affaires qui les intéressaient sans s’faire dénigrer pis briser leu z’isolement de femmes au foyer.
Une des grosses préoccupations qui arsortaient des messages des auditrices, c’tait : comment séduire un homme pis l’garder par après? Ça a l’air niaiseux, mais quand t’es pognée à la maison, c’est ben stressant de dépendre d’un pourvoyeur avec une tête de girouette mal vissée.
Marjorie trouva qu’y avait un maudit bon filon là : après toute, on dit ben que pour gagner l’cœur d’un homme, faut passer par le ventre.
Moé, quand ch’fais une assiette deux œufs-bacon-tites patates à Mononc’Poêle le dimanche matin, c’est pas parce que j’me sens obligée – y pourrait ben manger des All Bran, ça s’rait yinque bon pour son transit –, c’est parce que j’veux dire « Je t’aime ». La bouffe pis l’amour, ça va ensemble.
Pis ça fait vendre! La réponse de Marjorie aux angoisses amoureuses, c’tait ben sûr le gâteau, préparé avec la farine Gold Medal pis la recette à Betty Crocker. Si ton gâteau est assez bon, Madame, ton mari ira pas voir ailleurs.
Gâteau double chocolat pour éviter que votre mari aille se tremper le roulé suisse chez ta voisine (le meilleur)
— Ricardo Crocker
Marjorie était tellement convaincante qu’un jour, a l’arçut un message un peu paniqué :
« Moi, ch’fais pas votre recette de gâteau au fudge parce que j’aime mieux le gâteau blanc, mais ma voisine, elle, a l’fait votre gâteau au fudge. Ça s’pourrait-tu qu’a m’vole mon mari? »
Dis-moi pourquoi le sens unique? Donne-moi le nom d’un homme heureux? Quelle est la vraie couleur de l’or?
— Michel Rivard, curieux impénitent
OK, là, ça va faire!
— Betty Crocker, rouleau à pâte à la main
Bref, Marjorie avait l’tour en simonac pour dire à son public c’qu’y voulait entendre tout en faisant faire d’l’argent à son employeur.

La Betty à Marjorie était un peu comme les influenceuses d’à c’t’heure, avec leu sourire pis leu maison en ordre pis leux repas cinq services, qui ont l’air de flotter au-dessus de toute sans jamais montrer l’derrière du décor; mais, même avec son aura un ti peu mystérieuse, a l’était accessible pis pleine de compassion. Loin d’être décourageante, a disait à ses auditrices : « T’es capable, pis j’vas t’aider. »
Betty l’avait, l’affaire. Faique tsé, vous devriez pas tomber en bas d’votre chaise si j’vous disais qu’a l’arcevait cinq ou six demandes en mariage par semaine :
« Êtes-vous Mademoiselle ou bedon Madame Crocker? »
« Si vous êtes intéressée, faites-moé don un p’tit signe pendant votre émission? »
A devait aussi recevoir des dessins de zouiz au fusain, la pauvre.
— Caroline
Avant d’arriver chez Washburn Crosby – devenue General Mills en 1928 – Marjorie avait travaillé pour la Société de protection de l’enfance de Minneapolis, pis pour la Croix-Rouge pendant la Première Guerre mondiale.
C’est pendant c’temps-là qu’a l’avait rencontré des femmes dans l’besoin qui devaient faire des miracles à tou’és jours avec quasiment rien. Ça l’avait ben marquée. Grâce à c’t’expérience-là, plus ses études, a fit une carrière de répondre aux besoins des femmes aux foyer, d’les écouter pis d’les valoriser dans un rôle qui, on va l’dire, était souvent ben ingrat.
Pis ça, ça devint encore plus important pendant les deux grandes crises que Marjorie traversa en tant que Betty Crocker.
Pendant la Grande Dépression, le revenu moyen des familles américaines baissa de 40 pour cent – mais l’appétit du monde, lui, baissa pas de 40 pour cent. Betty Crocker commença à r’cevoir des milliers de lettres de madames qui avaient de plus en plus de misère à joindre les deux bouttes :
« Ben sûr, Betty, toi tu l’sais pas c’est quoi quand ton bas d’laine est quasiment vide pis t’es su’l bord de perdre ta maison, mais faut quand même rester jojo pis préparer un bon souper pour que ton mari lâche pas la patate! Mais, j’me disais que p’t-être tu pourrais nous suggérer des menus qui r’viennent pas cher, mais qui sont nourrissants pareil? »
Marjorie pis le service d’économie familiale de General Mills répondirent avec un p’tit livret gratisse intitulé « La planification des repas selon un budget limité ou réduit ».
Pis tsé, quand l’garde-manger est pas mal vide, t’as pas trop le luxe de crisser ton pâté aux vidanges parce que t’as mis trop d’eau dans ta pâte pis là, est toute ratatinée. Faique, pour le bénéfice de ses auditrices, Marjorie fit des expériences dans le laboratoire de cuisine de General Mills pour trouver toutes les façons possibles de scrapper une recette – trop cuire, pas assez cuire, oublier un ingrédient, pas prendre le bon plat, se tromper de température, etc.
Essayer de la faire sans gluten, y mettre du kale, changer les oignons pour des échalotes sans aller demander avant si ça se fait dans les commentaires à Ricardo, pas allumer le four, gratiner en pitchant le plat directement dans le soleil, etc.
— Mathieu, qui connaît plus d’une méthode pour rater un plat
À part de ça, le service d’économie familiale se fit d’mander de préparer des brochures avec des menus bon marché pis de donner des cours de nutrition pis des démonstrations de cuisine par la National Recovery Administration, créée par le gouvernement américain pour aider l’pays à s’arlever de la Grande Dépression.
Ça faisait 8 mois que les États-Unis passaient leur journée à regarder la chaîne Télé-Achats en sweatpants sales sur le divan pis à pleurer dans la douche.
— Caroline, historienne de la déprime
Aussi, Marjorie continuait d’animer son émission pis de donner aux madames c’qui avait de plus important dans une période de même : l’espoir.
En plus, toute c’t’altruisme-là, c’tait payant pour General Mills : la compagnie fut l’une des rares à verser des dividendes à ses actionnaires à tou’és ans pendant la Dépression.
Pour moé, c’tait pas une coïncidence.
La Deuxième Guerre mondiale, c’tait une autre paire de manches. Là, Betty Crocker devint une espèce de générale du front domestique.
Avec le rationnement, la rareté pis la flambée des prix, c’tait plus difficile que jamais de nourrir le monde. Pis fallait pas yinque nourrir, hein; fallait nourrir comme faut : une nation qui mange yinque d’la tite soupe au chou clairote, c’pas une nation qui pète des gueules.
C’est une nation qui pète tout court, par contre.
— Mathieu
Betty Crocker savait comment faire, pis l’monde l’écoutaient; y’avait personne de mieux placé pour donner c’t’information-là.

À la radio, dins journaux, dins magazines de femmes, dins brochures pis dans’malle, Betty était partout avec ses conseils pour étirer le lait pis l’sucre, utiliser l’gras d’poulet dins pâtisseries à la place du beurre, sauver su’a viande en utilisant d’autres sortes de protéines, comme les bines pis les céréales – les céréales Generals Mills, de préférence –, manger plus de légumes verts pis éviter l’gaspillage.
Marjorie trouvait que la contribution des femmes à l’effort de guerre était pas assez valorisée pis que les madames étaient toutes seules chacune de leu bord à s’fendre en 4 sans que personne leu dise merci. Faique en 1944, a créa l’American Home Legion pour leu donner un peu de reconnaissance.
De la reconnaissance comme dans j’r’connais que ça équivalait à sweet fuckall comme paye pareil.
— Caroline ben prime, qui va se sentir visée dans trois paragraphes mais qui le sait pas encore
Les madames pouvaient s’inscrire comme légionnaires du foyer pis arcevoir une médaille pour services distingués. Y’avait un credo officiel qui disait que l’travail domestique, c’tait important pis essentiel, que ça prenait d’la jarnigoine, du talent pis du cœur pour créer un foyer heureux, pis qu’un foyer heureux, c’tait l’début d’un monde meilleur.
« C’est la charge mentale, ça! » qu’vous m’direz. « Pis c’est pas yinque aux femmes de faire ça, les hommes aussi, occupez-vous d’vos enfants pis ramassez vos poils de poche, ciboire! »
Pis vous aurez ben raison. Mais en 1944, la reconnaissance, c’tait déjà ça.
Ga, tu vois ben!
— Mathieu, qui pointe Caroline qui se sent visée comme prédit
En 1948, Marjorie arçut le prix de la Madame de l’année du Women’s National Press Club; en 1949, le prix de la Madame publicitaire de l’année de l’Advertising Federation of America.
En 1948, Marjorie arçut le prix de la Madame de l’année du Women’s National Press Club; en 1949, le prix de la Madame publicitaire de l’année de l’Advertising Federation of America.
En 1950, a prit sa retraite de General Mills pour partir son cabinet d’experts-conseils, Marjorie Child Husted and Associates.
Dins années d’après, plein d’autres femmes arprirent le flambeau de Betty Crocker, en ondes comme dans le labo de cuisine. Mais, c’tait Marjorie qui en avait fait le personnage adoré pis la machine de marketing qu’a l’était devenue depuis ses débuts en 1921.
Pour vous donner une idée, en 1945, le magazine Fortune avait fait un sondage pis déclaré que Betty Crocker était la deuxième femme la plus connue des États-Unis, après Eleanor Roosevelt. Du même coup, le magazine bavassa que Betty existait pas pour vrai. Ça aurait pu être la fin du monde pour General Mills, mais au contraire, ça passa comme du beurre dans’poêle. A dégageait tellement de sincérité pis d’bienveillance, les femmes s’en sacraient ben que ça soit yinque un personnage!
Pis moi, quand je dis que je sors avec Sailor Moon, on se fout de ma gueule.
— Mathieu
Y’a une affaire qui est plate, par’zempe, pis ça vous surprendra pas. Marjorie eut beau avoir une carrière hyper impressionnante pour son époque, a fut jamais vraiment arconnue à sa juste valeur par son employeur. Un jour, des cadres de General Mills y dirent :
« Entécas, Marge, t’as faite plus pour les ventes d’la compagnie que n’importe qui d’autre icitte! »
Mais, vous savez quoi? A l’était payée le quart du salaire du meilleur vendeur du département de marketing. LE QUART.
Le quart!?
— Mathieu, flippant une table
LE FUCKING QUART?
— Caro, affûtant sa guillotine, encore prime de taleur
Faique ouin.
Prendriez-vous un peu d’gâteau, quequ’un?
Ça tombe ben, on t’a fait un cerisette! Viens-t’en souper cheu nous, amène ton appétit, on fournit le gâteau pis l’verre de lait, c’est sur notre Substack que ça s’passe!
— Caroline et Mathieu, qui invitent pas subtilement pantoute le lectorat de Matante Poêle à poursuivre par là cette épique collaboration digne de David Bowie et Queen oubedon de PFK et Kraft Dinner
Ah pis en passant! Y vous l’diront pas, mais Mathieu pis Caroline ont publié un livre TORDANT, Vas-tu finir ton assiette : Essais et facéties entre deux allées d’épicerie, chez Québec Amérique!

Source : Marks, Susan. Finding Betty Crocker: The Secret Life of America’s First Lady of Food (English Edition). Simon & Schuster.