Spécial Noël 2020 : La Chasse-Galerie au temps de la COVID

C’tait la veille du jour de l’An; 2020, c’te maudite année du yâble, était su’l bord de finir. 

Normalement, on aurait toutes été à Matane, avec not’gang, à essayer d’écouter l’Bye-Bye par-dessus l’Beauf pis Mononc’Poêle qui jasent du Canadien, l’pére à Mononc’ qui est parti à chiâler contre le prix du gaz, pis N’veu Poêle qui court partout pas couchable. 

Mais à’place, à cause d’la baptême de pandémie, on était toutes pognés à Québec. Moé, Matante Poêle, j’m’étais couchée d’bonne heure. Dans l’salon, Mononc’ Poêle pensait à faire pareil après avoir fini son rhum n’Coke, pis Frére André textait à ses chums en buvant sa Triple IPA. 

(En passant, si vous êtes nouveaux par icitte, Frére André c’est mon frére, y s’appelle André, faique c’est Frére André.)

C’est là que quequ’un vargea à la porte : 

BANG BANG BANG!

Mononc’Poêle pis Frére André firent un astie d’saut. 

« Veux-tu ben m’dire? » dit Mononc’ en se l’vant pour aller voir. 

Par la vitre d’la porte, Mononc’ aparçut, éclairée par la lumière jaune-orange des lampadaires, une face qu’y avait pas vue depuis un boutte : celle-là à Bebitte Bouffard. 

Mononc’ ouvrit la porte, pis Bebitte déboula dans’maison plusse qu’y rentra. 

— Heille, men, répare ta sonnette, viarge, ça fait 10 menutes que j’zigonne après comme un épais!
— Parle pas fort de même, le cave, les voisins vont t’entendre! Viens-t’en, là, avant que quequ’un nous voye! Pis c’est qui, lui? 

Bebitte, c’tait un chum à Frére André, un autre gars d’Matane. Parsonne se rappelait son vrai p’tit nom, mais toute la ville l’appelait Bebitte parce qu’un m’ment’né, d’un party à Saint-Adelme, y’était tombé dans’bière à la bebitte qu’un gars brassait dans sa grange; y’avait tellement badtrippé qu’y était parti en plein bois pas d’souliers pis pas d’portefeuille, pis on l’avait pas r’vu pendant deux ans. 

Entécas, là y’était chez nous à Québec, avec un autre gars qui avait pas l’air toute là. 

— C’tu fais-là, men? demanda Frére André, sur ces entrefaites arsoudu.
— Heeeeeeeeeille, Dré! répondit Bebitte. Ça te tente-tu d’aller à Matane? 
— Hein? 
— Ben oui! L’idée m’a pogné, pis mon chum Claude, c’t’un gars de Lévis, pis depuis l’temps qu’y entend parler du Festival d’la crevette, ça y tentait d’aller voir ça.

Ça d’l’air que parsonne y’avait dit qu’y avait pu d’festival depuis au moins dix ans. 

— Voyons, toé-là, dit Mononc’. Tu veux clancher pour Matane à minuit moins quart pis faire 400 km en char pour voir parsonne anyway à cause du confinement? 
— Pantoute! On va courir la Chasse-Galerie! On va voler jusque là-bas, le yâble va nous protéger contre la COVID, pis on va être arvenus à Québec avant même que ta femme s’réveille. 

Mononc’Poêle pis Frére André restèrent frettes. Y’était-tu en train d’leu suggérer d’faire un pacte avec le yâble comme dins légendes, lui-là?

— Ah ouais, mais y’a rien là, c’est yinque une formalité, j’ai faite ça plein d’fois pis y’est rien arrivé. Faut juste pas être trop pétés pour chauffer drette une fois rendus dins airs. Envoyez don!  
— Va t’coucher, Bebitte, t’as pas d’allure, dit Mononc’Poêle. 

Sauf que Frére André mit sa main su l’épaule à Mononc’ : 

— Ouin, mais moé, j’m’ennuie vraiment d’mes chums à Matane. Messemble que ça f’rait du bien d’aller faire une saucette! Juste une couple d’heures! Pis en plus, Bebitte y dit qu’on aurait pas à s’en faire avec la COVID grâce au yâble! 
— T’es pas après y penser sérieusement, toé-là? 
— Pis faut qu’tu viennes toé’ssi, intervint Claude, qui avait pas parlé pantoute jusque-là. Pour courir la Chasse-Galerie, faut t’être deux, ou bedon quatre, ou six, ou huit. Pas trois. 

Tout l’monde argarda Mononc’Poêle avec des grands yeux d’chien qui s’tète des restes de table. Y s’sentait au bord du précipice avec crissement l’goût d’mettre le pied d’dans : après toute, lui’ssi y s’ennuyait : d’sa mére, d’sa soeur, de N’veu Poêle…

« Vous êtes toutes virés fous », dit Mononc’ en ramassant sa froque.

Quand tout l’monde fut greyé pis rendu dehors, Mononc’Poêle demanda : 

— Faique là, on fait ça comment? Peux pas crère que t’as un canot d’écorce dans l’coffre de ta Civic. 
— Ben non, répondit Bebitte. L’canot, c’est dépassé. La Chasse-Galerie, ça s’fait en char, à c’t’heure! Tantôt avant d’rentrer, j’ai vu qu’t’avais un beau p’tit Kia flambette avec les sièges chauffants. On pourrait—
— Oublie ça, Bebitte. Ch’pars pas à voler avec mon char, Matante Poêle va m’étêter. On va prendre ton bazou, à’place. 

Faique les gars allèrent s’assire dans’Civic pleine de topes, de papiers de McDo pis de vieux Kleenex, avec des taches bizarres sur les sièges pis un vieux lecteur cassette avec un album d’AC/DC pogné dedans depuis 2003, qui s’mit à jouer drette quand Bebitte tourna la clé. 

Highway to Hell? Tu m’niaises-tu? demanda Frére André.
— Tant qu’à moé, y’a juste c’te toune-là qui existe, répondit Bebitte. Ok. Faique là, répétez après moé :

Satan! Roi des enfers, on t’promet d’te livrer nos âmes, si d’icitte à six heures on prononce le nom du bon Dieu, pis si on touche à une croix dans le voyage. À c’te condition-là, tu vas nous transporter par les airs où c’qu’on veut aller, pis tu nous ramèneras pareillement à Québec!
Acabris! Acabras! Acabram! Fais-nous voyager par-dessus les montagnes!

Mononc’Poêle pis Frére André s’artinrent fort pour pas partir à rire. C’tait déjà assez bizarre de même d’être quatre gars dans une vieille minoune en pleine nuite après faire un pacte avec le yâble en espérant s’envoler dans l’ciel, la formule magique, là, c’tait comme un peu trop.

Mais, à leu grande surprise, la Civic se mit à l’ver dins airs. Toujours plus haut, par-dessus l’toit d’la maison, pis encore pis encore. 

« Ok Mesdames, c’est parti! »

Le char clancha comme si le yâble lui-même avait pesé su’l gaz; les gars collèrent su leu siège. 

Y passèrent au-dessus d’Québec couvarte de neige, endormie, mais toute éclairée pour les Fêtes : l’Vieux-Québec, l’château Frontenac, la terrasse Dufferin, le P’tit Champlain, l’île d’Orléans, pis enfin, l’fleuve, une vraie autoroute qui scintillait en d’sour d’la lune pis qui s’ouvrait toute grande en avant d’eux-autres, comme quand la 20 passe à 4 voies dans l’boutte de Cacouna en allant vers Rivière-du-Loup. Sauf, tsé, de l’autre bord.

« Entécas, ça s’ra pas dur de trouver not’ch’min jusqu’à Matane, hein? » fit Bebitte, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. 

Y filaient le long du Saint-Laurent tandis que Lévis, Montmagny, Kamouraska pis Rimouski passaient à toute vitesse en d’sour d’la Civic. 

Mononc’Poêle argardait déhors, les yeux tout secs à force d’être émerveillé, quand soudain, y vit apparaître Matane su sa tite pointe avancée dans l’fleuve, avec ses champs, ses grands vire-vents, sa rivière à saumon, son phare pis son port où c’que notre fierté nationale de travarsier brillait encore par son absence. 

« Bon, les gars, annonça Bebitte. On va atterrir dans’neige su’l terrain à côté du Dixie Lee. T’nez-vous ben, ça s’peut que ça brasse! »

Le bazou commença à descendre, fit un virage à 90 degrés pis s’écrasa dans l’champ avec un son de suspensions qui supplient qu’on les achève.  

« Bon! Vous voyez ben qu’c’est pas si pire que ça! » 

Les gars débarquèrent du char. 

Mononc’Poêle fut tout ému arvoyant la polyvalente, le cimetière, l’avenue Saint-Rédempteur… Y sentit aussi le maudit vent d’Nordet frette pis humide y sacrer des poussées dans l’dos. Pas d’doute, y’était ben à Matane.  

« Bon, où c’qu’à l’est, Pincette? » demanda Claude.

Pincette, c’tait la mascotte du Festival de la crevette – une grosse crevette en t-shirt. 

— On va t’a trouver, ta crevette, mon Claude, dit Bebitte. 
— Faique qu’est-cé qu’on fait? d’manda André.
— On prend chacun not’bord, pis on s’artrouve au char à 5 heures et demie, expliqua Bebitte. Prendriez-vous un ti-peu de PCP avant d’partir? 
— C’est pas toé qui disait qu’y fallait être pas trop maganés pour chauffer drette en arvenant? souligna Frére André. 
— Non, ça va être beau, Bebitte, merci, dit Mononc’.

Faique Bebitte pis Claude partirent de leu bord, Frére André alla voir ses chums, pis Mononc’Poêle s’enligna pour une saucette chez sa sœur. 

Y’a pogna juste comme a l’allait s’coucher. 

« Qu’est-cé tu fais-là, toé? T’étais pas supposé descendre, c’t’année! Pis tu parles d’une heure pour arsoudre! »

N’veu Poêle, en pyjama, arriva à’course pis fit une grosse colle à son mononcle : 

— Han! Comment ça que t’es là?
— J’ai faite un pacte avec le yâble pis chus v’nu vous voir en char volant, répondit Mononc’, le gros sourire dans’face. 

Le p’tit gars fronça les sourcils : y’analysa c’qu’on v’nait d’y dire, conclut que c’tait des grosses menteries sales, l’va les yeux au ciel comme un ado blasé pis s’en alla jouer à Fortnite. 

« Ouin. Toé, t’as clairement des affaires à m’conter, dit la sœur. Viens-t’en. »

Y resta le temps d’un drink. 

Après, y s’en alla voir sa mére, Linda. Y savait ben qu’y allait la réveiller à c’t’heure-là, mais y s’essaya pareil. Y monta les marches jusqu’à son appart pis cogna. Ben vite, y vit arriver sa mére, un ti peu épeurée. A l’argarda par la fenêtre, arconnut son fils pis débarra la porte : 

— Veux-tu ben m’dire?
— Salut M’man, dit Mononc’Poêle. Écoute, j’ai pas ben ben de temps, chus juste icitte pour une couple d’heures. 
— Mais comment t’as faite pour v’nir icitte? As-tu pris ton char? T’es-tu lâché en pleine nuitte?
— M’man, ch’peux pas te l’dire. Chus juste v’nu passer un peu d’temps avec toé. Ch’peux-tu rentrer?

Linda fixa Mononc’, les yeux toutes grands, pis eut finalement l’air d’accepter que son gars qui reste à Québec était en avant d’elle dans l’tambour à 2 h du matin, pis qu’a l’allait pas savoir comment y’était arrivé là : 

« Aweille, rentre. Y m’reste un peu d’cipâte pis une demi-bouteille de vin. » 

Mononc’ se dégreya tandis que Linda fit réchauffer l’cipâte – au four, bien sûr : réchauffer l’cipâte au micro-ondes, tout comme mettre du ketchup dessus, c’t’un crime contre l’humanité. 

S’ensuivit un snack un peu surréaliste, chaleureux pis intime comme si Mononc’ pis sa mére étaient dans une bulle à eux-autres, pis que ni la COVID, ni le yâble existaient. Y jasèrent de toute pis de rien, d’la job, du temps, des souvenirs, de N’veu Poêle… Mononc’ en oublia presque que le vin rouge y donnait des brûlements d’estomac. 

Quand vint l’temps de partir, Mononc’ serra Linda ben fort dans ses bras : 

« Ch’t’aime, M’man. J’te promets que m’as r’descendre te voir dès que c’te maudite pandémie-là va être finie. Prends soin d’toé! »

Y’était rendu 5 heures et demie. Mononc’Poêle pis Frére André étaient artournés à la Civic, mais y’avait aucun signe de Claude ni de Bebitte. 

« Heille, qu’est-cé qu’y niaisent? Faut qu’on soye arvenus à Québec pour 6 h! » s’impatienta Mononc’Poêle. 

C’est là qu’y virent deux silhouettes sortir d’en arrière du Dixie Lee.  

« Tchéquez ça, les gars! JE SUIS LA CREVETTE! »

C’tait Bebitte pis Claude. Sauf que Claude, fouillez-moé comment pis pourquoi, mais y portait l’costume de Pincette la crevette. 

— Ben voyons, les gars, qu’est-cé que vous avez faite là? s’exclama André. 
— Tabarnak, t’as volé Pincette! 

Mononc’Poêle, piqué dans sa fierté matanaise, se garrocha sur Claude pour y’enlever le costume, bientôt suivi de Frére André. Mais Claude, lui, y voulait pas l’enlever, le costume. Y’ÉTAIT la crevette, ok? 

C’est là que les sirènes de chars de police déchirèrent la nuite. 

Bebitte, qui était déjà assis au volant d’la Civic, baissa sa vitre et dit : 

« Heille, Acabris, Acabras, Acabram, on scramme! Ch’j’sais pas si vous avez r’marqué, mais la SQ s’en vient pis ch’pense pas que ça vous tente de rester là! » 

À cause des gyrophares de police, la bâtisse du Dixie Lee commençait à r’sembler à la maison de ton voisin gonflable qui a sorti ses REER pour s’acheter des lumières de Noël chez Can’Toy. Pu l’temps de déshabiller Claude : y’allait falloir partir avec le costume. 

Mononc’Poêle pogna Claude par le collette tandis que Frère André s’emparait de la tête de la mascotte pour la garrocher au bout de ses bras. 

« NOOOOOONNNN! JE SUIS LA CREVETTE! »

Claude se débattait comme un yâble dans l’eau bénite. Mononc’ pis André réussirent à l’mettre su’l siége d’en arrière. Mononc’ resta avec pour le maîtriser tandis qu’André s’en allait en avant, juste comme les polices se parquaient à côté du resto. 

— Aweille, Bebitte, clanche! cria Frére André.
— Okidou! Acabris! Acabras! Acabram! Fais-nous voyager par-dessus les montagnes!

Comme la première fois, la minoune s’éleva dans les airs pis partit comme une balle, laissant les pauvres agents de la SQ la yeule à terre. 

Pis comme la première fois, les villes pis les villages s’mirent à défiler à la vitesse du yâble. Pis Bebitte chauffait quand même assez drette, pour un gars su’l PCP. C’est là que Claude réussit à sacrer un coup d’coude dans face à Mononc’Poêle, le sonnant assez pour qu’y relâche sa prise. 

« Bebitte! Arvire de bord! Faut que j’aille charcher ma tête! JE SUIS LA CREVETTE! » 

Y pogna Bebitte par la tête pis y mit les mains en avant des yeux, y faisant parde le contrôle de la Civic. 

Frére André essaya d’enlever Claude de d’là, mais y semblait être animé par la même force irrésistible que le bazou. C’est là qu’y vit de quoi arriver crissement vite dans le windshire : 

« Tabarnak, les clochers de Sainte-Anne-de-Beaupré! »

La collision avec le sanctuaire avait l’air inévitable : non seulement y’allaient toute mourir, mais en plus, y’allaient foncer drette dans une croix, en plein l’affaire qu’y avaient promis au yâble de pas toucher. 

Au darnier moment, André pogna l’volant pis y donna un gros coup. Le char évita de justesse les clochers, mais partit vers le nord-ouest, complètement hors de contrôle, frôlant l’top des épinettes sur le dessus d’la montagne à Stoneham. 

Partis d’même, y’auraient ben pu s’rendre à’baie James; mais là, Mononc’Poêle artrouva ses esprits, pogna la batterie à booster Motomaster en arrière du siége passager pis en câlissa un gros coup dans l’bord d’la tête à Claude, qui s’écroula dans l’fond du char. 

Désaveuglé, Bebitte put arprendre le contrôle de sa minoune – entécas, façon d’parler. Y réussit à la ramener dans’bonne direction, mais a s’mit à faire des tonneaux dins airs juste comme à commençait à descendre, bardassant tout l’monde à bord comme du linge dans’sécheuse. 

Pis là, Mononc’Poêle pis Frére André pardirent connaissance.


Le lendemain, j’les trouvai à moitié enterrés dans’neige dans l’terrain vague en face de chez nous. 

« Ouin, l’party a pris toute une chire après que j’me sus couchée! »

Les gars artroussèrent, tout égarouillés, pis argardèrent partout autour pour essayer d’comprendre c’qui s’était passé : y’avait aucune trace ni de Claude, ni de Bebitte, ni de la Civic. 

Quand y se leva vers 3 h de l’après-midi, encore un peu magané de sa nuitte, Mononc’Poêle se dit qu’y avait sûrement fait un rêve particulièrement flyé pis réaliste. 

C’est là qu’en faisant défiler distraitement son fil Facebook su son téléphone, y vit une nouvelle qui y fit armonter l’estomac dans’gorge : 

JOYEUSES FÊTES TOUT L’MONDE, PIS ÉNARVEZ-VOUS PAS TROP : RESTEZ CHEZ VOUS!

Un Portugais, 11 000 vierges, Saint-Pierre-et-Miquelon pis sainte Ursule

Le 21 octobre 1520, quand l’explorateur portugais João Álvares Fagundes « découvrit » l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, pas loin de Terre-Neuve (les Micmacs pis les Béothuks étaient là, « Comment ça, « découvert »? Ça fait un christie d’boutte qu’on connaît ça, nous-autres! Y’avaient yinque à nous l’demander! », mais entécas), y’appela ça « l’archipel des 11 000 Vierges ».

Là, je l’sais c’que vous pensez : le bonhomme, ça faisait trop longtemps qu’y était en mer avec une gang de gars à l’odeur musquée pis au sourire toute scorbuté, faique y commençait à halluciner des pitounes.

C’est pas impossible; mais la vraie raison, c’est que le 21 octobre, c’est la fête de sainte Ursule qui, selon la légende, aurait fait un Piété World Tour au Moyen-Âge accompagnée de 11 000 vierges, pour finalement s’faire massacrer par les Huns.

Alors voir ça d’plus proche, grâce à une série de peintures d’un maître inconnu qui appartenaient aux Sœurs augustines noires de Bruges.

Donc. Ursule était une princesse bretonne (mais la Bretagne, dans le sens, l’île de Bretagne, l’Angleterre d’à c’t’heure) qui était don fine, pis bon belle pis don sage pis don pieuse. Tellement qu’un roi barbare païen de Germanie, en n’entendant parler, se dit :

— Heille, ça f’rait une tabarslak de bonne épouse pour mon gars, ça! C’ten penses-toé, fils?
— Mets-en, Popa! Ursule, là, fiourf!!! J’y f’rais pas mal en estie! Est chaude comme le rond du poêle!

Faique le roi envoya un messager pour arranger ça :

Faique wouptidou, s’en fut le messager pour trouver le roi de Bretagne pis demander la main à Ursule.

Le roi était ben mal pris : y’avait pas envie pantoute de donner sa très chrétienne fille à des adorateurs d’idoles, mais y’avait encore moins envie de finir la tête sur une pique.

Mais Ursule, Miss Parfaite 385, avait une solution toute prête :

« P’pa, c’correct, m’as l’marier, leu prince. Mais avec des conditions : toé pis lui, vous allez m’donner 10 vierges pour me t’nir compagnie, pis à moé pis à c’t’elles-là, 1000 vierges chaque; vous allez nous équiper de gros bateaux pour qu’on se rende là-bas; après, va falloir que le prince attende trois ans avant d’coucher avec moé, pis qu’y s’convertisse pendant c’temps-là. »

Faique là, si j’compte bien, ça fait Ursule, 10 vierges, plus 11 000 vierges, donc techniquement, ça fait Ursule plus 11 010 vierges? Entécas. Imaginez trouver AUTANT de vierges d’une époque de même, où la population était loin d’être celle d’à c’t’heure. Y’ont ben dû vider les campagnes au complet, pis les gars célibataires du royaume ont dû faire une manif dans’rue en avant de chez le roi.

Quand le roi barbare, entendit ça, y fit toute qu’une face :

— Voyons, elle, pour qui qu’a s’prend? 11 000 vierges pis une conversion à leur dieu de moumoune broché sur une croix! Est-tu mala—
— C’EST CORRECT, P’PA! M’a toute faire c’qu’a dit, pas de trouble. M’as apprendre la Bible au complet à n’endroit pis à n’envers si y faut!

Devant l’enthousiasme de son fils, le roi barbare avala son étron pis fit toute ce qu’Ursule avait demandé.

Pis là, vint le moment pour Ursule de faire ses adieux à ses parents :

Après ça, ça dépend des versions.

Dans une, yinque comme Ursule et ses 11 000 vierges (ça f’rait un bon nom d’orchestre, vous trouvez pas?) partaient en bateau, une tempête a pogné pis les a poussées jusqu’à Cologne, en Allemagne. Ça prenait une tempête qui savait c’qu’a faisait pis qui avait du visou en astie, parce que pour ça, fallait que les bateaux armontent tu’seuls un bon boutte du Rhin en dedans des terres!

Dans l’autre version, plus l’fun pis moins tirée par les ch’feux, Ursule aurait dit :

« D’la marde, les filles! On a des bateaux pis l’cash de ma dot, faique on décrisse pis on va à l’aventure! »

D’une façon ou d’une autre, la gang de filles se rendirent à Cologne. Pis là, Ursule rencontra un ange :

Faique Ursule écouta l’ange pis clancha à pied pour Rome, son armée de vierges qui la suivait. Y’a aussi l’évêque de Bâle qui décida d’aller avec eux-autres.

À Rome, Ursule et ses Baronnettes furent accueilli par le pape Cyriaque, qui s’adonnait à être de la même place qu’Ursule pis qui était ben content de voir 11 000 de ses compatriotes. Y les reçut comme des invitées d’honneur pis décida même d’arpartir avec elles :

Ursule, les 11 000 vierges, l’ex-pape, une couple d’évêques, le roi, sa femme et le p’tit prince, pis Papa Ours, Maman Ours pis Bébé Ours prirent le chemin de Cologne, dévastant la campagne à cause de leur appétit vorace. (Sérieux, c’était quoi, la logistique, à la gang qu’y étaient? Y dormaient où? Y mangeaient quoi? Les villageois étaient-tu là, « ah non, pas encore c’te gang-là, les granges pis les caveaux sont vides »?).

Pis quand y’arrivèrent enfin, y furent attaqués par une gang de Huns. SURPRISE! Dieu leur avait donné l’immense privilège de devenir martyrs pour leur foi!

Y furent tous massacrés. Sauf que quand le chef des Huns vit la belle Ursule, y lui dit :

— J’te donne la vie sauve, mais faut qu’tu me marises.
— J’aimerais mieux laver les bécosses du treizième sous-sol de l’enfer!

Le chef des Huns, à qui ses parents avaient pas montré à gérer ses émotions pis à dealer sainement avec le rejet, ordonna aussitôt à un de ses archers de tuer Ursule :

Faique voélà l’histoire de sainte Ursule! La prochaine fois que quequ’un va avoir une surprise pour vous-autres, ben dites-vous que c’te mot-là veut pas nécessairement dire la même chose pour lui que pour vous!

Lancement de ma boutique!

PACLING, PACLANG, BEDING, BEDANG!

Faites du bruit, mes produits sont sortis!

C’est icitte!

Tchéquez ça comme y’ont l’air contents!

T-shirts, tasses, coussins, stickers, masques, étuis de téléphone, j’ai toutes sortes d’affaires pour vous-autres!

Bon ok. J’aurais voulu que ça soit local pis fait au Québec en laine de chèvre bio de Charlevoix par des barbus en chemise carrottée payés 30 piasses de l’heure qui écoutent du Félix Leclerc dans leur atelier en bois rond avec vue su l’rocher Percé, mais ça a pas été possible.

Faites sensation au IGA!

J’ai essayé de trouver un fabricant québécois, pis j’ai fait pas mal de démarches pour ça, avec vos suggestions. Y’a deux fournisseurs qui m’ont dit qu’y embarquaient, mais j’ai l’impression qu’ils avaient la broue dans l’toupet avec la pandémie, pis j’en ai pu jamais rentendu parler.

Faique comme ça me tentait pas de m’assire su mes mains en attendant l’intervention du Saint-Esprit, j’suis allée vers Redbubble.

La grande classe. Tout l’monde va penser que t’as pris ça dans l’catalogue Eaton!

C’t’une biznisse internationale, mais les commandes sont imprimées à la pièce le plus près possible de la personne qui commande. Faique ça fait travailler des imprimeurs canadiens, pis les colis arrivent pas de la Chine ou des États! Les produits sont certifiés équitables pis, à c’qu’on m’dit, y scrapperont pas après deux tours dans’laveuse.

Jean-Simon est BEN FIER de son gilet d’Olga de Kiev.

Pis aussi, ben ça me permettait d’offrir plus de tailles de linge. Le t-shirt classique, mettons, y va jusqu’à 5X, pis c’tait ben important pour moé.

Messemble que ça f’rait ben su votre mur!

Faique c’est ça! J’espère que vous allez aimer c’que moé pis Frère André (mon frére à moé qui est graphiste, là, pas l’religieux d’l’Oratoire) on vous a préparé!

Pis si vous avez des suggestions, mon oreille est là, vous avez yinque à parler dedans!

Lancement de ma page Patreon!

J’ai une annonce à vous faire : je lance mon Patreon!

Qu’est-cé ça mange en hiver, ça, un Patreon? C’t’une page où vous pouvez soutenir financièrement le travail d’artistes que vous aimez (en l’occurrence : moé) moyennant un p’tit don mensuel qui vous donne accès à des… privilèges 

« Bon », que vous vous dites en vous tapant su’é genoux. « Autour du poêle à bois est rendu payant! Maudit gériboire, je l’savais, astie! Ginette! »
« Quoi? »
« Autour du poêle à bois est rendu payant! »
« Ah maudite marde! »

Pantoute.

Si ça vous tente pas de donner une cenne, toute continue comme avant pis on s’aime.

C’est jusse que SI ça vous tente de m’encourager, vous aurez droit à PLUSSE d’Autour du poêle à bois.

Concrètement, ça donne quoi? Des affaires comme ma reconnaissance éternelle (jusse ça, ça vaut d’l’or), des mises à jour « en coulisses », les nouveaux articles en avant-première (pensez-y! Avant la Guerre des Deux-Roses partie II est déjà là, vous pourriez le lire avant tout le monde!), les articles avec du contenu extra « director’s cut » (jusqu’à 30 % de contenu de plus!) et le droit de voter sur les prochains sujets!

Faique si vous trouvez que ça a l’air pas pire, allez faire un tour sur ma page Patreon!

(Pis je suis en train de patenter les affaires pour offrir des t-shirts!)

Pour passer le temps en attendant mon prochain billet : comment ben se tenir en diligence

Photo de Autour du poêle à bois - L'Histoire à la québécoise.

J’avais publié ce petit texte sur la page Facebook du blogue, mais je le reproduis ici pour mes lecteurs qui ne fréquentent pas ce lieu maudit (Facebook, là, pas ma page en tant que telle – on a ben du fun pis on mange des biscuits à m’lasse!).

Au jour d’aujourd’hui, pour prendre l’avion, faut suivre quelques règles de sécurité pis de savoir-vivre : attacher sa ceinture, spotter les sorties, se mettre du t’sour, pas varger dans le siège d’en-avant à coups de pieds, pas attendre que le chariot de bouffe soit rendu dans le passage pour aller pisser, pis être fin avec les agents de bord.

Mais dans l’ancien temps, au Far West, c’tait quoi les règles à suivre… en diligence? Tantôt, j’ai trouvé de quoi de pas mal intéressant là-dessus pendant mes recherches, pis, mettons que, autre temps, autres mœurs, hein?

Code de conduite des passagers de la Benton & Helena Stage Company (autour de 1890) – traduction de Matante Poêle :

1. On vous demande de pas boire de boisson, mais si vous êtes pour brosser pareil, partagez votre bouteille. Sinon, vous aurez l’air d’un gratteux pis d’un maudit air bête.

2. Messieurs, sivouplaît évitez de fumer la pipe ou bedon l’cigare si y’a une créâture à bord : ça sent fort, pis ça se pourrait qu’a l’aime pas ça. Vous pouvez chiquer du tabac, mais crachez avec l’vent dans l’dos, pas l’vent dans face.

3. Si y fait frette, y’a des jaquettes en bison pour vous réchauffer. Mais vous êtes aussi ben de pas toute les prendre pis de pas en laisser aux autres, parce que sinon, on va vous assire dehors à côté du chauffeur.

4. Évitez de ronfler fort ou d’utiliser l’épaule de votre voisin comme oreiller. Il (ou elle) pourrait mal le prendre, pis ça se pourrait que ça fasse d’la chicane.

5. Vous pouvez garder vos armes à feu en-dedans d’un coup que la marde pogne, mais tirez pas par la fenêtre yinque pour le fun ou pour tuer des animaux sauvages su l’bord du ch’min : ça pourrait faire peur aux ch’faux.

6. Pis si les ch’faux pognent le mors aux dents, capotez pas pis tirez-vous pas par la f’nêtre : vous allez vous estropier, pis vous allez être à la merci des éléments, des Indiens enragés pis des coyotes affamés.

7. Faites pas peur au monde pour rien en jasant des révoltes d’Indiens pis des voleurs de diligences.

8. Pis si y’a un crotté qui sait pas se t’nir avec les créâtures, ben y va se faire crisser dehors de la diligence. Pis y va trouver que c’est long en maudit, s’en r’tourner à pied.

En entrevue à Radio-Canada!

J’interromps la programmation habituelle pour vous annoncer une nouvelle… par pire pantoute!

Ce matin, j’étais à l’émission Bon pied, bonne heure sur les ondes d’ICI Gaspésie-les Îles pour une entrevue au sujet d’Autour du poêle à bois!

Heille, une entrevue à la radio! On rit pu! Ben vite mon égo passera pu dans’porte.

Pour écouter l’entrevue, c’est ici!

Quand les belles-sœurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut – partie 1

Ça se peut de pas aimer sa belle-sœur. Tsé, on est toutes humains. Pis ça arrive des fois que les couteaux volent bas : 

« Ouin, ma Jocelyne, pour quequ’un qui a yinque apporté un Caballero, tu te gênes pas pour vider les bouteilles des autres! »

« Heille, Denise? Les r’volures de pâte à dents dans le miroir de la toilette, c’tu un p’tit concept cute de temps des Fêtes pour faire comme un paysage enneigé, ou bedon c’est yinque un oubli? »

Mais mettons que ce crêpage de chignon-là virait au MEURTRE? 

Les téléromans à TVA pis les vues ont rien inventé. Déjà au sixième siècle, les reines Frédégonde et Brunehaut étaient prêtes à se sauter dans’face… Pis y’allait avoir du sang. 

Comme j’vous l’expliquais dans l’histoire à Radegonde, dans ce temps-là, les peuples germaniques comme les Francs régnaient sur l’Europe. Pis eux-autres, y’avaient des règles de succession qui avaient l’air d’être faites pour que la marde pogne : chaque fois qu’un roi mourait, son royaume était séparé entre toutes ses fils, qui ensuite se tapaient su’a gueule jusqu’à ce qu’y en reste juste un qui ramasse toute. C’tait simple, dans le fond!

C’était arrivé après la mort de Clovis, premier roi de toutes les Francs. Son royaume avait été séparé entre ses fils Thierry, Clotaire, Clodomir pis Childebert. 

À la fin, y restait pu yinque Clotaire qui, après des années de guerre pis de coups de poignard dans l’dos, devint roi de tous les Francs comme son père. Pis là, y mourut. Comme lui aussi y’avait quatre fils – Caribert, Chilpéric, Sigebert pis Gontran –, c’tait reparti pour un autre rigodon! 

J’vous ferai pas tomber en bas de votre chaise en vous disant que la job principale des seigneurs francs, dans ce temps-là, c’était de guerroyer. Pis, justement, autour de 560, Chilpéric, roi de Soissons, était parti taper du Saxon avec son frère Sigebert, laissant sa femme Audovère enceinte jusqu’aux yeux. 

Or, Audovère avait comme servante Frédégonde, une femme du peuple qui s’adonnait aussi à être un astie de pétard. La belle Frédégonde, a l’avait des ambitions. Pis comme vous allez voir, y’avait aucune crosse trop basse pour elle. 

Quand Audovère accoucha d’une fille, Childesinde, y fallut ben baptiser la p’tite. Mais là, la marraine arrivait pas. Tout le monde commençait à être écœuré d’attendre pis à avoir hâte de sauter dans l’buffet.   

Faique c’est là que Frédégonde fit son move : 

– Madame, pas besoin d’attendre la marraine; j’vois pas mieux que vous pour tenir la p’tite pendant que l’évêque la baptise. Envoyez-donc! 
– Ah, ben pourquoi pas, hein? Merci Frédégonde! 

Pis l’évêque, qui avait probablement un ti rond de bave sur sa soutane à regarder Frédégonde, dit rien pour empêcher ça et baptisa Childesinde avec sa propre mère comme marraine. 

Pauvre Audovère : a l’était ben belle pis ben fine, mais c’était pas le crayon le plus aiguisé de la boîte, pis sa naïveté l’avait fait tomber drette dans le piège de sa ratoureuse servante. 

Vous devez vous demander si vous venez d’en manquer un boutte : hein? De quel piège on parle, là? J’vous explique. 

Dans ce temps-là, t’avais pas le droit d’être la marraine de ton propre enfant, parce si tu mourais, y’aurait pu personne pour s’occuper de lui. De un. De deux, un père avait pas le droit de coucher avec la marraine de sa fille. Voyez-vous la crosse, là? 

Quand Chilpéric revint chez eux, toute fringant, y fut accueilli par une trâlée de belles pitounes couvertes de guirlandes de fleurs. La première en avant? J’vous laisse deviner. 

Frédégonde. Ben oui. 

Elle arriva en avant de Chilpéric et lui dit, drette de même : 

– Ah, merci Mon Dieu, le roi not’seigneur est r’venu, pis ya sacré une volée à ses ennemis! En plus, y vient d’avoir une belle p’tite fille! Mais là, avec qui not’seigneur coucherait ben à soir? Parce que la reine ma maîtresse est rendue la marraine de sa fille!
– Ah ben, si ch’peux pas coucher avec elle, m’a coucher a’c toé d’abord! 

Chilpéric, y’était pas du genre à s’enfarger dins fleurs du tapis. 

À la porte du château, Audovère l’attendait, toute fière d’y montrer Childesinde. Mais Chilpéric avait des p’tites nouvelles pour elle : 

« Ah, bonyenne, sa mère, qu’est-cé t’as faite-là? À c’t’heure que t’es la marraine d’la p’tite, tu peux pu être ma femme! »

Faique il fit exiler le gnochon d’évêque qui avait célébré le baptême et y’envoya Audovère sécher dans un couvent, non sans y avoir donné des terres qui valaient quand même cher pour pas qu’à crève de faim. 

Audovère venait yinque de prendre la porte que Chilpéric avait déjà marié Frédégonde. 

Maudit écœurant.

De son bord, le frère de Chilpéric, Sigebert, roi de Reims, était un peu fier-pet pis y trouvait don que ses frères avaient marié des femmes indignes d’eux-autres. Lui, y’allait accepter rien d’autre qu’une princesse. 

Faique y’alla se dénicher Brunehaut, fille d’Athanagilde, roi des Goths d’Espagne. Pis Brunehaut, c’tait loin d’être une gueuse : elle était belle, bien arrangée, charmante, avec ben d’la jarnigoine.  

Sigebert tomba en amour par-dessus la tête. 

Les noces eurent lieu en 566, pis ce fut toute un party. Les seigneurs des quatre coins de l’Europe se pointèrent : y’avait des poilus pis des propres, des polis pis des fendants, des fous pis des fins, pis toute ce monde-là buvait de la bière pis du vin dans l’plaisir pis l’agrément, avec des cornes de beu évidées comme des coupes en or fancées (fancys?).  

Mais là, Chilpéric, y regardait ça aller, pis y trouvait qu’y faisait dur à côté de son frère : 

– Heille, moé’ssi, j’veux marier une princesse! Pis j’en veux un, un gros party de même! On jase, là, mais la p’tite Brunehaut, a l’a-tu une sœur?
– Oui, Vot’Majesté! Elle a une sœur qui s’appelle Galswinthe. Mais elle est, euh, comment ch’pourrais dire… 
– Accouche! 
– Euh, ben, est pas aussi gâtée par la nature, mettons. 
– C’tu une princesse ou ben c’est pas une princesse?
– Wôwoui, Sire! Une vraie de vraie!
– Bon ben ça va faire la job. Tu pars drette demain pour l’Espagne pis tu vas m’la chercher. 

Sauf que pour Chilpéric, la demande en mariage passa pas comme du beurre dans’poêle : le roi Athanagilde avait des gros doutes sur lui, parce qu’y’avait entendu dire que c’était un gros débauché qui couchaillait à droite pis à gauche. Pis la pauvre Galswinthe, qui était une bonne fille tranquille au cœur tendre, capotait à l’idée de partir loin de sa famille pis de se retrouver dans les bras de pareil porc. 

En fin de compte, Athanagilde avait juste trop à gagner d’une alliance avec les Francs, faique il accepta de donner la main de Galswinthe à Chilpéric, à condition qu’il s’engage à pu prendre d’autres femmes pis à être fidèle. 

Chilpéric dit oui – d’ailleurs, c’est peut-être pour ça qu’il a répudié Audovère, pis que ça avait pas rapport pantoute avec l’affaire du baptême.

Pis quand Galswinthe apprit qu’était faite à l’os, a passa une heure à brailler comme une Madeleine dans les bras de sa mère, tellement que même les gros toffes barbus que Chilpéric avait envoyés pour la chercher furent virés à l’envers.  

Malgré tout, les noces eurent lieu, pis ce fut un aussi gros party que les noces à Sigebert pis Brunehaut. 

Au château de Chilpéric, même Frédégonde avait été tassée pour faire de la place à Galswinthe. Fini les privilèges d’épouse pis toute. Mais elle allait tu lâcher le morceau si facilement, vous pensez?

Jamais d’la vie.

Elle réussit à convaincre Chilpéric de la garder comme servante pour sa nouvelle femme, se disant que de même, quand y’allait inévitablement se tanner de Galswinthe, elle allait être drette à la bonne place pour en profiter. 

Au début, Chilpéric était ben content de sa nouvelle femme, comme on peut être content de sa nouvelle Mustang avec des sièges Racing comme celle du voisin, sauf rouge au lieu de bleue. Après un boutte, y finit par devenir blasé de ça, mais y’était encore ben heureux de toutes les richesses que Galswinthe lui avait apportées en dot. 

Finalement, même les bidous pis les pierreries arrêtèrent d’y faire de l’effet. Pis rendu là, y’avait pu rien pour y faire aimer Galswinthe. C’était ben beau être fine pis patiente pis généreuse, mais pour lui, ça valait pas une belle face, un beau p’tit cul, une taille fine pis des grosses boules. Pis vous savez qui avait ça? 

Frédégonde.

Flairant le sang, elle passa tusuite à l’action. Elle eut juste à se montrer, oh Votre Majesté vous parlez d’un adon, j’m’en allais tout bonnement chez le maréchal-ferrant, et hop! Chilpéric sentit la sève lui r’monter dans l’érable après l’hiver du désir. 

Ça prit pas plus que ça pour que Frédégonde revienne dins couvartes du roi. Y restait juste un problème : Galswinthe était encore là. 

Mais tsé, un meuble, ça se tasse. 

Frédégonde ambitionnait : a faisait sa fraîche partout dans le château pis a l’allait même jusqu’à péter de la broue en avant de Galswinthe. 

D’ailleurs, la pauvre chouette avait beaucoup de peine de se voir trompée pis humiliée de même. Ça se comprend. Au début, elle endurait en silence, mais un m’m’ent’né, elle fut pu capable et alla se plaindre à son mari : 

« Pourquoi tu m’as fait venir icitte si c’est pour m’abandonner pis faire comme si j’existais pas? T’es rendu bête pis distant avec moi, ma propre servante me regarde de haut, pis tout le monde rit dans mon dos! J’aime pas ça, icitte. J’veux m’en aller. J’m’ennuie de mon pays pis de ma mère. Chilpéric, ch’peux-tu rentrer chez nous? Au moins, là-bas, on me traite comme du monde, pas comme une vache ou bedon une plante verte! »

Les émotions à Galswinthe, Chilpéric s’en torchait pas mal. Mais ses bidous, par exemple! Faique il essaya de la retenir : 

– Ben voyons, mon amour, tu paranoyes! Toute va ben, pis ch’t’aime, pis y’a personne qui rit de toé icitte! 
– Essaye pas. Penses-tu que chus sourde pis aveugle? J’le vois ben, c’qui s’passe. Si tu me laisses m’en aller, chuis prête à te laisser toutes les richesses que t’as eues avec ma dot. Garde toute. J’m’en fous, j’veux juste m’en r’tourner chez mes parents! 

Pour Chilpéric, qui était crissement à l’argent, c’était pas croyable qu’on puisse renoncer volontairement à autant d’affaires. Ça y rentrait juste pas dans’tête. Faique y’était sûr que Galswinthe essayait de le fourrer d’une manière ou d’une autre. 

Y fit semblant de s’excuser, promit de pu recommencer, la flatta dans le sens du poil, tellement que Galswinthe, rassurée, arrêta de parler de départ. 

Pis là, un matin, elle fut retrouvée morte dans son lit, étranglée. 

Chilpéric fit ben des sparages pour faire croire qu’il avait de la peine, mais personne avait de pognée dans le dos : c’était clairement lui ou Frédégonde qui était en arrière de ça. 

Surtout que deux trois jours après, il fit de Frédégonde sa vraie de vraie épouse officielle – sa reine. 

Quand Brunehaut apprit que sa sœur était morte assassinée… Heh, bout d’viarge qu’a l’était fâchée : 

– L’astie d’écœurant! Le tabarnak de chien sale! Y’a tué ma sœur! Ma pauvre sœur toute fine qui demandait yinque à être laissée tranquille! 
– Ben voyons mon amour, qui ça? 
– Ton frère! Y’a fait étrangler Galswinthe, pis drette après, y’est allé marier sa guédaille, là, Frédégonde! Sigebert, tu sais ce qui te reste à faire, j’espère? 
– Ch’prépare les gars, les ch’vaux pis les armes : m’en va chercher Gontran, on va crisser une volée à Chilpéric, pis on va la venger, ta sœur! 

Pis c’est de même que commença la « faide royale », une guerre qui dura plus de 40 ans entre les familles de Frédégonde et Brunehaut. Attachez votre tuque avec de la broche, parce que ça va jouer dur en simonac! 


Source : Augustin THIERRY, Récit des temps mérovingiens, tome 1, 1842.
https://play.google.com/books/reader?id=h2UOAAAAQAAJ&pg=GBS.PR4


L’art de se planter solide : l’histoire de Franz Reichelt

Le matin du 4 février 1912, une trentaine de senteux étaient rassemblés au pied de la tour Eiffel. Ils étaient venus voir Franz Reichelt, un tailleur autrichien et patenteux à ses heures, qui avait annoncé quelques jours avant ça son intention sauter en bas du monument pour tester son invention : le costume-parachute.

Debout au bord de la plateforme, il branlait visiblement dans le manche, comme s’il commençait à douter de son affaire au dernier moment. Pis là, sous les yeux horrifiés des Parisiens, il se crissa dans le vide.

Franz Reichelt dans son costume-parachute. (Source : Wikimedia Commons)

Franz, qui jusque là gagnait ben sa vie en faisant des robes pour les madames autrichiennes en visite à Paris, eut dès 1910 le piton collé sur l’idée de patenter un parachute pour les pilotes en cas d’accident d’aéroplane à basse altitude.

En s’inspirant des chauves-souris, il se gossa un habit avec parachute intégré qu’il essaya plusieurs fois avec des mannequins qu’il tirait en bas du cinquième de son bloc-appartement à Paris.

Les résultats furent pas vargeux : les mannequins finissaient toujours par s’effoirer tout pétés dans la rue. Un m’ment’né, Franz lui-même sauta et survécut juste parce qu’il atterrit dans un tas de foin. Pourtant, le jeune Autrichien faisait sa tête de cochon et disait : « Si ça marche pas, c’est juste parce que je saute de pas assez haut; si j’avais cinquante ou cent mètres au lieu de vingt-cinq, ça marcherait, j’suis sûr! »

À force d’achaler les autorités, Franz eut la permission de tester son costume à partir de la première plateforme de la tour Eiffel. Il avait dit que ce serait avec un mannequin. Sauf que le matin de l’expérience, sans le dire à personne, il arriva avec le costume sur le dos, prêt à faire lui même le grand saut. Il se disait que ça fesserait en estie s’il réussissait : il aurait des offres de partout et sa fortune serait faite drette là.

Étrangement, les policiers firent pas grand cas de ce changement de programme et essayèrent même pas de l’empêcher de sauter. Sur le bord de la plateforme, à 57 mètres dans les airs, Franz se faisait aider par des amis pour déplier sa patente, ce qui prit quasiment une minute.

« Voyons, c’est ben long, se disaient les senteux au sol. Messemble que si t’es après tomber de ton aéroplane, t’as pas le temps de gosser de même! »

Franz avec sa patente, dépliée. (Source : Wikimedia Commons)

C’est alors que le tailleur s’élança comme un aigle dans l’air cru de février. Sauf que le vol du rapace vira assez vite en plongeon du fou de Bassan : les grands bouttes de toile du costume-parachute se replièrent sous leur inventeur, qui aussitôt prit de la vitesse et tomba à terre comme une roche.

Les policiers, les journalistes et les senteux se garrochèrent aussitôt vers son corps, rentré dans le sol de plus de six pouces de creux et couvert de sa patente comme d’un drap mortuaire. Y’avait plus rien à faire. Dans le fond, Franz avait raison : ça avait fessé en estie.


P. S. Pour les curieux, son plongeon a été filmé. Vous pouvez voir ça ici. Âmes sensibles s’abstenir, ben sûr.