La tentation de saint Jérôme

Henryk Siemiradzki, La tentation de saint Jérôme, 1886

Jérôme de Stridon, né au IVe siècle, est connu pour avoir traduit la Bible en latin à’d’mande du pape Damase Ier – plus précisément, armettre drette les versions latines des Évangiles qui existaient déjà, pis traduire le reste à partir de l’hébreux.

Yé aussi connu pour son ascétisme, c’t-à-dire que son fun, c’tait de prier, de jeûner pis de s’priver volontairement des plaisirs matériels pour dompter sa nature humaine pis s’rapprocher du Bon Dieu. 

Dans l’temps à Jérôme, la grosse mode pour les chrétiens crinqués comme lui, c’tait de s’artirer dans l’désert, loin des tentations.

Faique Jérôme décida d’aller en Syrie. Quand y’arriva, par’zempe, le désert commençait à être pas mal plein : pas moyen de faire deux pas sans s’barrer les pieds dans un ermite.

Ça avait des avantages : mettons qu’y te manquait de la farine pour faire tes galettes d’ascète sans sel pis sans goût, tu pouvais juste aller cogner à la grotte du voisin.

Ça avait aussi des inconvénients, genre :

« Marcel, peux-tu combattre tes démons moins fort, s’te plaît, on essaye de dormir! »

Pis pas yinque ça : le pauvre Jérôme, qui d’mandait rien d’autre que de travailler pis d’prier tranquille, arrêtait pas de s’faire déranger par d’autres ermites qui, au lieu d’ermiter dans leu coin, passaient leu temps à s’chicaner su des affaires de religion pis voulaient que Jérôme donne raison à l’un ou à l’autre : 

– JÉSUS EST FAITE D’LA MÊME ESSENCE QUE L’PÈRE! 

– BEN NON ASTIE D’MORON D’HÉRÉTIQUE, JÉSUS EST UN HOMME COMME TOÉ PIS MOÉ, CHOISI PAR DIEU! 

Bref, l’ascétisme dans l’désert, c’tait pas pantoute comme y’avait imaginé. 

Quand même, y passa ben des nuites pis ben des jours à souffrir, crotté pis l’ventre vide, couché à terre au travers des scorpions pis des serpents, implorant l’Seigneur pis ardoutant l’enfer, agacé par des visions de bouffe, de breuvages pis de belles danseuses à moitié dégrèyées. 

Y se scrappa la santé pis s’en armit jamais vraiment. Dommage. Tsé, Jerm, le paradis s’perd pas pour une galvaude. T’aurais pu te donner un peu de lousse.

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