Sexy saint Seb : de martyr à sexe-symbole

Guido Reni, Saint Sébastien, 1615.

(Note : Au départ, j’avais préparé une présentation PowerPoint sur saint Sébastien pour les 40 ans à ma chum Christine – pastelliste primée! –, et donc, j’ai récupéré queques diapositives parce que je trouvais que ça faisait ben.)

Je l’sais pas si vous êtes au courant, mais dans l’monde artistique, saint Sébastien, c’t’une GROSSE affaire. Presque tous les grands artistes de la Renaissance et de l’époque baroque ont fait des peintures de lui : Titien, Raphaël, Botticelli, Mantegna, Reni, Rubens, Ribera, pis j’en passe. 

Pietro Perugino, Saint Sébastien, 1495.

Mais, tsé, argardez-lé, là. Vite de même, trouvez-vous qu’y a l’air d’un saint, vous autres? La tite pose déhanchée. Le beau ti corps toute tight… Le MINUSCULE linge à vaisselle qui lui sert de bobettes pis qui nous invite à contempler son pubis fraîchement waxé… 

Ça met-tu la dévotion dans votre cœur, ou bedon… AUTRE CHOSE dans vos culottes?

Pis tsé, toute le gratin artistique le peint comme ça. C’est pas yinque un ou deux peintres libidineux qui voulaient se rincer l’œil. 

Pourquoi, hein? Ça m’a pas l’air très catholique. 

Surtout que le VRAI saint Sébastien, celui qui est mort en martyr au 3e siècle, c’tait même pas un beau jeune homme tout nu : c’tait un monsieur d’âge mûr qui travaillait comme centurion dans l’armée romaine. 

Y s’tait converti au christianisme à une époque où c’tait pas ben vu, pis même pire que ça. On était pas mal dans l’pire des invasions barbares, pis l’empereur, Dioclétien, croyait que ça allait mal de même parce que les dieux étaient fâchés, faique y’ordonna à tout le monde de leu faire des sacrifices.

Les chrétiens pis les juifs, eux autres, y voulaient pas, faique Dioclétien les considérait comme des ennemis de l’État. Y’avait même interdit au gars baptisés d’entrer dans l’armée.

Toujours est-ti ben qu’un m’ent’né, quequ’un alla bavasser que Sébastien était chrétien.

L’empereur, qui l’avait engagé lui-même, le prit personnel. Y condamna Sébastien à s’faire attacher après un poteau pis tirer des flèches dessus jusqu’à ce que mort s’ensuive. 

Hérissé de flèches comme un portipi, saint Sébastien fut laissé pour mort su son poteau.

Malgré toute, y survécut pis y fut secouru par sainte Irène, qui s’occupa d’lui jusqu’à ce qu’y soit guéri.

Mais là, aussitôt armis d’boutte, l’épais fonça drette au palais de Dioclétien pour l’engueuler :

« Heille, franchement, là, c’pas correct, ça, persécuter les chrétiens d’même! Arrête ça tu’suite! »

J’ai pas besoin d’vous dire que l’empereur le prit mal. Y fit ramasser Sébastien par ses gardes pis ordonna qu’on l’batte à coups de bâtons jusqu’à c’que mort s’ensuive. 

Saint Irène devait faire c’te face-là.

C’te fois-là, par’zempe, le Seigneur jugea pas bon de sauver Sébastien. Dioclétien fit jeter son corps aux égouts pour que les autres chrétiens puissent jamais l’artrouver pis l’vénérer comme martyr. 

Selon la légende, le soir de sa mort, y’apparut en rêve à une certaine Lucine pis dit : 

« Ouuhhhh, Lucine, chus dins égoooouuuuts, Lucine! » 

Faique Lucine se l’va à deux heures du matin – avec sa robe de chambre pis ses bigoudis, en sacrant ou non, je l’sais pas –, alla récupérer son corps pis le fit enterrer dans les catacombes qui, à c’t’heure, portent son nom.

Faique, c’est ça pour son histoire.

Icitte, on a deux représentations de saint Sébastien qui datent du Moyen-Âge. Comme vous voyez, Seb est arprésenté avec une barbe pis des cheveux gris, y’é pas attaché après un poteau pis plein de flèches, pis surtout, y’é habillé. 

Faique, qu’est-cé qui s’est passé par après pour que les artistes le dégrèyent de même? 

Étrangement, la réponse, c’est : LA PESTE. 

C’est pas évident tu’suite, mais je vais vous expliquer.

Donc, au Moyen-Âge, vous l’savez sûrement, y’a eu des épouvantables épidémies de peste. 

On raconte qu’à Rome, l’épidémie a slaqué quand un autel à saint Sébastien a été construit, avec son squelette dedans. 

L’évêque de Paris a fait la même affaire – sans le squelette. là; y’étaient pas pour faire un prêt de reliques inter-églises pis faire livrer par UPS – contre la peste noire en 1348. 

C’te nouvelle-là s’est répandue, pis l’monde ont compris qu’invoquer saint Sébastien contre la peste, ça marchait tempête­. 

Josse Lieferinxe, Saint Sébastien priant en intercession pour les victimes de la peste, 1497.

Faique bref, le nombre d’images de saint Sébastien a explosé parce que tout l’monde qui en avait les moyens s’en commandait pour leu z’église ou leu château. 

C’est là que l’image de saint Seb a commencé à changer. 

Voyez-vous, le monde de l’époque voyaient un lien symbolique entre saint Seb pis la peste. 

La peste, là, c’tait perçu comme une punition divine.

Pis, dans la Bible, les flèches sont un symbole de la punition divine. Par exemple, dans un psaume, ça dit « Mais Dieu tirera sa flèche contre eux : soudain ils sont blessés ». 

À part de t’ça, dans le Deutéronome, Dieu fait une crise de bacon parce que tout le monde est pas à 4 pattes en avant de lui pour le vénérer, faique y dit :

« Ce sont des enfants infidèles. Ils ont provoqué ma jalousie par ce qui n’est pas Dieu, ils m’ont irrité par leurs idoles sans consistance. Le feu de ma colère s’est allumé et il brûlera tout jusqu’au fond du séjour des morts. Il dévorera la terre et ses produits, il embrasera les fondements des montagnes. J’accumulerai les malheurs sur eux, je tirerai toutes mes flèches contre eux. »

Pour récapituler : Peste = Punition divine. Punition divine = Flèches.

Giovanni del Biondo, Triptyque de saint Sébastien (détail), 1370.

Pis comme saint Sébastien est tout percé de flèches comme un portipi, mais y meurt pas, ça veut dire qu’y résiste à la peste pis qu’y prend su lui la souffrance du monde ordinaire. TADAM! 

Icitte, dans un peinture du 14e siècle, on voit le début de la transformation de saint Seb : y’é tout nu pis percé de flèches. Mais, affriolant? Non. 

Pis là, y’a eu…

LA RENAISSANCE.

À la Renaissance, tout d’un coup, le monde ont redécouvert l’Antiquité, pis y trouvaient ça COOL.

Pour s’inspirer, les artistes se sont mis à piger dans c’t’époque-là comme dans un plat d’bonbons, pis ça a toute changé : les architectes dessinaient des bâtisses avec des colonnes doriques pis ioniennes, les poètes faisaient des métaphores de dieux grecs à tour de bras, pis les peintres peignaient du monde tout nus comme les statues antiques.

Sandro Botticelli, Saint Sébastien, 1473 (détail).

Parlant de statues pis de dieux grecs, vous savez c’qui vient direct de l’Antiquité, pis que les artistes trouvaient ben inspirant?

Apollon. 

Pourquoi lui en particulier? Apollon était le dieu de la lumière, de la musique, de la poésie, de la guérison pis du tir à l’arc. 

Pis dans l’Iliade d’Homère, y tire des flèches su les Grecs, des flèches qui donnent… LA PESTE.

Ça vous rappelle pas queque chose?

Pis à part de t’ça, vous savez c’qu’y est, Apollon, aussi? Beau. Dans l’dictionnaire, son nom, avec une minuscule, veut carrément dire « beau bonhomme ». 

Entécas, les chercheurs pensent qu’à cause de l’analogie qu’y avait à faire entre Apollon pis Sébastien – les flèches pis la peste pis toute – saint Sébastien s’est artrouvé « apollonisé » dans la peinture. C’est comme ça qu’y est devenu, pu juste tout nu pis fléché, mais aussi… sexy.

Benvenuto Tisi da Garofalo (date inconnue); Juan Carreño de Miranda (1650); Bartolomeo Schedoni (année inconnue).

À partir de d’là, saint Sébastien est devenu le prétexte parfait pour peindre un beau jeune homme tout nu. 

C’tait quasiment rendu un concours de qui pouvait peindre le saint Seb le mieux faite, le plus aguichant.

Apollon lycien, musée du Louvre, vers 150.

Y’a des peintres qui ont carrément délaissé le côté « attaché après un poteau » pis ont donné à saint Seb la pose classique du « Apollon lycien » c’t’à dire avec le p’tit bras su’a tête… mettons que ça change la vibe, hein?

Tsé, j’vous rappelle qu’on parle d’une figure religieuse. Pis la sexification de saint Seb passait pas partout comme du beurre dans’poêle! 

En 1514, à Florence, les frères du couvent de San Marco ont posé un retable – ça, c’est l’espèce de décor avec des sculptures ou des peintures qu’y mettent pour faire beau en arrière de l’autel – peint par Fra Bartolomeo, avec saint Sébastien dessus.

Pas longtemps après l’installation du retable, les frères ont armarqué une nouvelle tendance dins aveux qu’y entendaient au confessionnal :

–Heille, j’ai entendu une madame en confession tantôt, pis euh… Tsé, l’retable, là? Ben, a disait qu’en priant à saint Sébastien, a pouvait pas s’empêcher d’avoir des pensées impures!
–Hein? Moé’ssi, y’a une madame qui m’a dit ça! À l’trouvait trop beau pis trop vrai…

Malheureusement, ch’peux pas vous montrer la peinture en question. Comme les confessions coquines se multipliaient, les frères décidèrent d’enlever le retable. Pour moé y l’ont caché dans une armoire à balai pis oublié là, pis un m’ment’né, y s’est perdu dans un déménagement; bref, on sait pu où c’qu’y est, ni si y’existe encore.

Celui-là, y d-d-d-d-danse dans sa tête… (Peinture attribuée au Caravage, mais moé ch’cré pas à ça. Ça a plus l’air de l’œuvre d’un de ses élèves dont l’nom s’est perdu.)

Entécas, y’avait pas juste aux demoiselles que saint Seb donnait des sensations dins culottes. 

C’est sûr que dès la Renaissance, les monsieurs se rinçaient l’œil aussi. 

Le fameux Léonard de Vinci, qui était notoirement aux hommes, avait chez eux HUIT images de saint Sébastien.

Pis tsé, on va se l’dire, là : les poses pis les faces que Sébastien fait su certaines peintures, là…  Ben mettons qu’y a pas l’air d’un gars qui souffre tant que ça, si vous voyez c’que j’veux dire.

Y’en a qui disent que la face d’extase, c’est parce que Sébastien croit tellement au Bon Dieu qu’y sent même pas les flèches qui le transpercent, pis y’é en pleine communion mystique avec le Créateur.

J’veux ben, mais y’a un boutte à nous prendre pour des valises. Dans certains cas, l’homoérotisme est drette dans notre face, sans détour :

Carlo Saraceni, Saint Sébastien, 1616.

Come on, Carlo Saraceni. La flèche dans l’bas-ventre. C’t’aussi subtil que le symbolisme de franc-maçon dans un pestacle d’la mi-temps du Super Bowl.

Aujourd’hui, saint Sébastien fascine toujours autant. C’t’une icône pour la communauté gaie, qui voit en lui… Oui, d’abord, un beau bonhomme, mais, dans sa souffrance sous les flèches d’la persécution, y voyent aussi le reflet de leu propre traitement dans’société; les flèches de l’homophobie, autrement dit.

Benvenuto Tisi da Garofalo, Saint Sébastien (date inconnue).

Sources :

Rachel Wall, « Saint Sebastian in the Renaissance: the Classicization and Homoeroticization of a Saint » (2012)

Bette Talvacchia, « The Double Life of St. Sebastian in Renaissance Art », The Body in Early Modern Italy (2010)

Hannah Marks, « The Transference of Apollonian Iconography to Images of Saint Sebastian in Italian Renaissance Art » (2017)

Les Heures de Louis de Laval

Salut, mes pits pis mes pitounes!

Heille, j’l’arconnais : ça fait un boutte que j’ai rien publié icitte. Si vous m’suivez pas su Facebook, j’vous en veux pas d’avoir pensé que ch’tais morte!

Mais non! Ch’travaillais fort su mon deuxième livre, qui s’en vient au printemps. En attendant, oubliez pas d’ramasser vos trente sous!

Pis, bon. Pendant que ch’travaillais su mon livre, j’ai vu BEAUCOUP de manuscrits du Moyen Âge, pis y’en a un du 15e siècle qui m’a vraiment impressionnée : les Heures de Louis de Laval.

Tsé, le livre commence drette avec Dieu pis l’Big Bang :

L’enlumineur était inspiré : l’néant est comme une pupille, pis les âmes sont comme un iris, pis l’univers est un œil, pis Dieu est l’architecte pis avez-vous vu les plis dans sa tunique avec du doré? C’est malade, pour l’époque! (Pour voir d’autres enluminures du même temps, allez icitte.)

Bref, j’voulais vous faire découvrir c’t’œuvre-là; mais, vous donner le lien pis vous dire d’aller tchéquer ça, c’est p’t-être pas la meilleure idée. Ch’crés ben qu’y a pas grand monde à part moé qui s’taperaient 700 pages d’enluminures su l’écran d’ordi.

Faique j’vous ai faite un best of de mes images préférées.

Mais d’abord, un tit peu de contexte.

Les Heures de Louis de Laval, comme le nom l’dit, c’t’un livre d’heures – pour ceux qui l’savent pas, c’t’un guide de prière pour les catholiques laïcs, pis c’tait ben à’mode chez les big shots de s’en faire faire un sur mesure, yinque pour eux autres, hyper décoré avec des dessins pis d’la feuille d’or.

Tsé, dans l’temps où les riches finançaient la culture au lieu d’la remplacer par d’la marde pas d’âme chiée par une machine?

S’cusez mon langage, mais ça m’met l’feu.

Pis comme le nom l’dit aussi, c’te livre-là a été commandé par Louis de Laval, seigneur de Châtillon, baron de Lohéac, seigneur de Frinandour, de Quemper-Guézennec, du Vieux-Marché, de Blanquefort, de Gaël et Bréal.

Essayez de dire ça avec une pognée de Cheerios dans’bouche.

Entécas, trêve de tataouinage – allons-y.

Comme on s’y attend, dins Heures, y’a plein de scènes bibliques, comme Adam pis Ève chassés d’l’Éden :

Pis tu’suite après, c’t’épais de Caïn qui tue son frère Abel pis s’fait pogner par Dieu :

Tsé, yinque le deuxième homme sur terre pis ça aurait déjà pris un psy pis une thérapie de gestion d’la colère.

Y’a d’autres histoires de l’Ancien Testament.

Là, t’as Noé qui s’est endormi saoul le zouiz à l’air, pis qui est découvert par ses fils Cham, Sem pis Japhet. En s’réveillant pis en s’rendant compte que Cham avait ri d’lui tandis que les deux autres lui avaient couvert les parties avec un manteau, Noé fit c’que toute patriarche raisonnable aurait fait dans une situation d’même : y maudit Canaan, le fils de Cham, pour l’éternité.

Genre, va donc chier, Grand’p’pa. T’avais yinque à pas t’endormir saoul le zouiz à l’air.

D’ailleurs, c’est loin d’être le seul zouiz qu’on voit dans le livre. C’est plein de circoncisions partout :

Le bonhomme qui s’auto-circoncit, c’est Abraham. Yé hardcore, Abraham.

Plus loin, Dieu apparaît à Abimelech, roi de Sichem – fils naturel du roi Gédéon pis de sa servante, qui a zigouillé ses 70 demi-frères légitimes pour monter su’l trône, mais tsé, c’pas grave parce que ses demi-frères vénéraient Baal – pour y dire de pas allumer les ronds d’poêle de Sarah, qu’y venait de prendre dans son harem sans savoir que c’était la femme d’Abraham, sinon y’allait commettre un péché :

Ça, c’est le roi Asa de Juda qui chasse sa grand-mère, fidèle d’la déesse Ashéra, pis les idolâtres hors du temple à coups de bâton. Mais moé, pas de contexte, j’ai vu d’quoi d’autre :

Le triste sort de toute personne dont l’chum fait des arts martiaux. (Pas toé, Mononc. Continue de me montrer des projections de ju-jitsu.)

Ça c’est quand, pendant l’Exode, les tribus de Ruben, de Gad pis de Manassé demandèrent à Moïse de s’installer à l’est du Jourdain plutôt que d’rentrer en terre promise :

Le tit roi sorti par la fenêtre, c’est Achab d’Israël qui capote sa vie parce que Ben-Hadad de Syrie est à veille de l’attaquer avec 32 autres rois pis d’y prendre, et je l’cite, « son or pis son argent, ses femmes pis ses plus beaux enfants ». Les nerfs, Epstein.

Les prophètes, dans l’temps, y niaisaient pas avec la puck. Pis y’étaient légèrement susceptibles. J’vous présente Élisée, prophète, éternel asticoteux de rois tombés dans’débauche, qui un jour tomba sur une gang de flos baveux qui rirent de lui parce qu’y était chauve. Y les maudit, pis deux minutes après, deux ourses sortirent du bois pis en bouffèrent 42 :

QUARANTE-DEUX. Quand les ourses ont attaqué les deux premiers flos, les 40 autres sont-tu restés là comme des codingues la bouche ouverte? Y se sont pas sauvés? Voyons don.

À part de ça, y’a des scènes de saints, comme saint Eustache qui voit un chevreuil avec un crucifix su’a tête pis qui s’convertit drette là :

Faique, Mononc, tu f’ras attention à ta prochaine chasse!

Le bonhomme les deux pieds dans l’âtre, c’est saint Antoine, qui résiste à une pitoune envoyée par le yâble pour le tenter, pis qu’y va jusqu’à s’crisser dans l’feu pour pas succomber.

Sérieux, Tony, si c’tait dur de même de résister, t’étais peut-être pas fait pour la sainteté.

V’là sainte Marthe pis la Tarasque! La Tarasque, c’tait une grosse bebitte monstrueuse qui bouffait du monde autour de Tarascon, en Espagne. Sainte Marthe l’a domptée en y pouishant de l’eau bénite dessus, pis après, a l’a mis en laisse pis a l’a ramenée au village, où les villageois l’ont tuée :

Mais tsé! A l’était rendue fine, la Tarasque! Tchéquez-y le sourire! Y’auraient pu s’en servir pour faire peur à leux ennemis, tirer des charrettes, la garder dans’maison pis y donner des croquettes, je l’sais pas, moé! Tu parles d’une trahison.

Le latin en bas dit « Heureux êtes-vous, saints de Dieu, vous qui avez mérité de devenir les compagnons des vertus célestes ». Ça se peut pas que ça soit vraiment sainte Thérèse d’Avila qui est là, parce que le livre a été fait avant qu’a soit née, mais c’tait une extaseuse notoire, pis ça m’faisait rire.

Pis on finit ça avec Moïse pis Aaron, qui laissent cramer toute la gang qui s’étaient rebellés contre eux autres pis contre l’Éternel, faique l’Éternel les a toutes toastés.

Bye là!

L’art médiéval : pourquoi c’que ça a d’l’air de c’que ça a d’l’air?

Vous l’savez, j’aime ben m’faire du fun avec les dessins pis les peintures du Moyen-Âge. Heille, comment ch’pourrais résister? L’art médiéval, c’est tellement bizarre! J’vous en ai montré en masse, depuis l’temps, mais j’vas quand même vous rafraîchir la mémoire. Argardez ça :

Saint Nicolas refusant le lait de sa mère, fresque de l’abbaye de la Novalaise (Italie), XIe siècle.

V’là une fresque du 11e siècle où on voit bébé saint Nicolas qui, selon la légende, arfusait de téter l’sein à sa mère les jours de jeûne. Encore la couche aux fesses, pis déjà plus catholique que le pape. Faut l’faire. Mais entécas, c’qui saute aux yeux, c’est que l’bebé a l’air d’un mini Nicolas Cage enroulé dans une baguette française, pis que le sein arsemble plus à une poire en caoutchouc.

On va se l’dire : C’EST LAITTE!

Mais comment ça, don? Y savaient pas dessiner, dans c’temps-là?

Pourtant, argardez l’genre de murale qui s’faisait 1 000 ans avant, dans l’Antiquité. Celle-là était dans une maison de Pompéi qui a brûlé quand l’Vésuve a pété en l’an 79, pis a été artrouvée en 1900 :

Fresque à la femme assise jouant de la lyre, Pompéi, vers 30-40 av. J.-C.

C’est beau, hein?

Faique qu’est-cé qui s’est passé après l’Antiquité pour que ça vire de même?

Bon ok : y’a eu une p’tite affaire appelée la débarque de l’Empire romain. Le monde a changé s’un moyen temps : les barbares germains engagés comme mercenaires pour défendre l’Empire ont pris la place de l’élite romaine. Pis eux-autres, y’avaient pas le même style artistique ni le même sens de c’qui est beau.

Par exemple, c’taient pas des péteux d’broue qui trippaient su l’art pour l’art pis qui disaient des affaires genre « ga’don comme est belle ma peinture de Junon/chus don cultivé avec mon bas-relief d’la guerre du Péloponnèse/le gros orteil gauche de l’Aphrodite de Praxitèle est une critique de la société d’consommation en Grèce antique ».

Non. Eux-autres, y préféraient décorer leux objets de toutes les jours, comme des têtes de hache, des broches pis d’autres affaires :

Les deux à gauche : protège épaules et boucle de ceinture du VVIe siècle, enterrement maritime anglo-saxon au Sutton Hoo.
En haut à droite : hache viking trouvée dans la tombe dite de Mammen, vers 970; en bas à droite : fibule ostrogothe de style animal, Ve siècle.

Pis comme vous l’voyez, y’aimaient les motifs tortillés qui s’répètent pis les formes d’animaux. Eux-autres, dessiner des paysages pis du monde de façon hyper réaliste, ça les intéressait pas. On l’voit ben su’é pierres à peintures en forme de zouiz d’la fin de l’âge du fer en Suède – le monde, les ch’faux, les bateaux, toute est faite simplement, avec pas d’détails :

Pierre à peintures dite de Stora Hammars, Gotland (Suède), VIIe siècle.

Faique ça explique en partie pourquoi, au Moyen-Âge, le réalisme dans l’art a pris l’bord, a déboulé trois étages, s’est pété la tête su’l calorifère en arrivant dans’cave pis a yinque arpris connaissance 1 000 ans plus tard à la Renaissance. Les Germains étaient les nouveaux boss d’la place, pis eux-autres, y s’en câlissaient, du réalisme.

C’tait déjà du gros bardassage culturel, c’tes changements-là. Mais y’est arrivé une autre affaire qui a viré l’Europe cul par-dessus tête :

Icône du Christ pantocrator, Monastère Sainte-Catherine Sinaï, VIe siècle.

Ben oui, vous-autres : J.-C. notre Sauveur, Lumière du monde, Agneau de Dieu pis toute le kit.

À partir du 3e siècle, le christianisme s’est mis à passer la gratte dans l’paysage religieux d’l’Europe. Partout, les peuplades s’convertissaient une après l’autre comme 4 trente sous pour une piasse.

Ben sûr, pour faire avaler l’Emmanuel au peuples barbares, y’a fallu un ti effort de marketing. Tsé, j’me mets à’place d’un gros guerrier poilu : une espèce de feluette accrochée après une croix, c’tait pas ben ben vendeur.

Faique après avoir ben étudié son public cible, le département d’la pub chez Église chrétienne Inc. est arrivé avec un super concept :

Le Christ représenté en guerrier héroïque, Psautier de Stuttgart, Allemagne, IXe siècle.

Ça vient d’un livre de psaumes allemand du 9e siècle. Pas pire, hein? Entécas moé ch’capote. Du marketing médiéval!

Mais bon. Ça a dû marcher, parce que, comme la nouvelle vedette de l’heure dins revues à potins, Jésus était rendu partout : l’art servait pu yinque à l’montrer, lui pis sa gang.

C’est là que les caractéristiques de l’art germanique sont arsoudues dans une des affaires qu’on associe le plus au Moyen-Âge : les enluminures, c’t’à dire les motifs, les dessins pis les belles lettres dorées qui décorent les manuscrits.

Par exemple, v’là le baptême à Jésus dans un livre de psaumes du 12e siècle :

Le baptême du Christ, Psautier de saint Alban, Angleterre, XIIe siècle.

La voyez-vous, l’influence germanique? Le cadre avec des motifs qui s’répètent toute le tour, pis le dessin pas compliqué – argardez la froque de poil à saint Jean Baptiste yinque suggérée par des tis bouttes qui pendent pis les ailes hyper géométriques des anges. Pis heille, ch’peux pas PAS souligner à quel point c’est flyé, comment l’eau est arprésentée, comme une espèce de bulle avec des poissons dedans.

À part de t’ça, les chrétiens du début, y’étaient ben su’é nerfs au sujet de c’qui était correct pis pas correct.

Prenez l’exemple de saint Augustin. Su’é questions de religion, y’avait pas plus téteux que lui. Tsé, y’a passé des mois à angoisser sur ce qui allait arriver rendu à’fin des temps au monde qui s’faisaient manger par des cannibales. Vu que leu corps avait été bouffé pis faisait maintenant partie du corps de quequ’un d’autre, y’allaient-tu pouvoir ressusciter?

Tsé, moé quand ch’fais de l’insomnie, ch’pense à ma vaisselle pas faite pis à mes taxes municipales qu’y faut que ch’paye. Chacun ses priorités.

Entécas, Augustin était aussi ben stressé par les images :

« Les images, là, c’est des MENTERIES! Tsé, un acteur qui joue une pièce de théâtre, ben c’est yinque un maudit menteur, parce qu’y essaye de nous faire accroire qu’yé quequ’un qu’y est pas. Les images, c’est pareil : une peinture de chat, c’pas un chat, mais l’peintre essaye de nous faire accroire que c’en est un. Pis les menteries, c’est juste pas chrétien. Faique tant qu’à moé, un bon chrétien, ça fait pas d’images pis ça r’garde pas d’images. »

Avant lui, l’écrivain Tertullien avait dit qu’être un artiste, c’tait carrément incompatible avec être chrétien, parce que n’importe quelle image qu’on crée peut devenir une idole.

Heureusement, le pape Grégoire le Grand était pas mal plus relax avec ça.

Autour de l’an 600, Grégoire avait arçu une lettre de l’évêque Serenus de Marseille qui capotait ben raide parce que pu parsonne venait à l’église depuis qu’y avait décâlissé des images religieuses pis les avait crissées par la f’nêtre parce qu’y pensait que c’tait l’idolâtrie.

Grégoire, c’tait quequ’un de pragmatique. Y’était ben pieux, mais savait ben que des fois, dans’vie, faut faire des compromis. Y lui a donc répondu :

« Ben voyons don, qu’est-cé t’as faite là, maudit cornet? L’idolâtrie, là, j’aime pas ça plusse que toé. Mais gad’ben. C’est quoi ton but, dans l’fond? Convartir les barbares? Y’en a une maudite gang là-dedans qui savent pas lire, faique comment tu veux qu’y apprennent l’histoire sainte si y’a voyent pas dans des images? Là, toute c’que t’as faite, c’est les choquer, pis y sont partis. C’est ben beau l’zèle, mais c’est pas d’même que tu vas réussir à sauver leux âme! »

Faique bref, les images étaient permises, mais juste pour instruire les illettrés, pas pour être réalistes. En faite, fallait surtout pas que ça soye réaliste, d’un coup que l’monde se mêlent pis s’mettent à vénérer l’image au lieu d’la vraie affaire comme des maudits païens.

En gros, ça explique pourquoi on est passé de statues de déesses nu boules pis de héros qui pourraient faire la couverture des revues encore d’nos jours, à des affaires de même :

La Dernière Cène, fresque de la basilique Sant’Angelo in Formis, Italie, XIe siècle.

C’t’une fresque de la Darnière Cène qui date du 11e siècle.

On voit que le but, c’est pas de faire un souper réaliste : Jésus pis les Apôtres ont toute l’air de des bouttes de carton, les tis pains ont aucun détail, pis l’artiste a même pas essayé de faire une perspective qui a de l’allure en dessinant la table.

Mais c’pas grave! On comprend tu’suite c’qui se passe, parce que toutes les éléments qui faut artenir sont montrés ben clairement. Faique comme outil pédagogique, c’est pas mal réussi!

En plus, pour qui est au courant, c’est possible d’arconnaître chacun des Apôtres à partir de p’tits détails (sauf Barthélémy, Thaddée pis Jacques le Majeur – eux-autres, parsonne se rappelle jamais qu’y existent pis sont toutes pareils énéwé).

À part de t’ça, vous armarquerez que même si y’en a qui sont plus loin ou plus proches, les Apôtres sont toutes de la même grosseur. C’est parce que dans ben des images de c’t’époque-là, la grosseur des affaires était proportionnelle à leur importance.

Pis parlant de grosseur proportionnelle à l’importance, j’ai un bon exemple pour vous autres.

Vous d’vez connaître la tapisserie de Bayeux? Au cas où, ben c’t’une tapisserie (si voulez faire votre péteux, c’est plutôt une broderie de fils de couleur sur une toile de lin de 230 pieds) qui raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. A date du 11e siècle, pis c’t’une œuvre tellement extraordinaire que l’Unesco l’a ajoutée dans l’registre international Mémoire du monde. On rit pu.

Dans la tapisserie, y’a une scène où Guillaume le-bientôt-Conquérant sort d’la ville d’Hastings pour aller affronter le roi Harold Godwinson, jusse avant la bataille qui allait changer toute l’histoire de l’Angleterre. Comme on le voit, y’est aussi grand que la ville : ça permet de montrer que c’t’un big shot, pis aussi de mettre toutes les éléments d’information, peu importe leu grosseur, sans être obligé de se bâdrer avec les proportions ou l’espace su’a tapisserie :

Tapisserie de Bayeux, scène 47, Bayeux (France), XIe siècle.

Ah pis parlant de grosseur… Y’a pas yinque ça qui est proportionnel.

Dans la tapisserie de Bayeux, si on argarde ben, on peut voir un total de 93 zouiz, dont 88 sont après des ch’faux. Oui, y’a vraiment un gars qui a pris le temps d’les compter, pis y mérite une médaille.

Bref, c’est plein de ch’faux shaftés, pis le plusse ben amanché d’la gang, c’est le destrier du héros d’la tapisserie, c’t-à-dire le duc Guillaume. Ça a l’air niaiseux pour nous-autres, mais à l’époque, c’tait ben utile pour le monde qui savaient pas lire, parce qu’y pouvaient tu’suite se faire une idée d’un parsonnage à partir d’la graine de son ch’fal. Pas pire, hein?

Ben sûr, y’a une autre affaire à’quelle y faut penser quand on argarde une œuvre médiévale qui a l’air poche. Être un artiste, au Moyen-Âge, c’tait pas comme aux autres époques. Fallait pas absolument avoir un talent d’fou pis t’faire armarquer par les galeries d’art avec ton « approche picturale novatrice » ou bedon ton « langage visuel audacieux ». Peintre, ou bedon enlumineur, c’tait une job au même titre que pêcheur ou bûcheux ou forgeron ou maçon. Pis comme dans toutes les jobs, y’en avait des bons… pis y’en avait des moins bons.

On s’entend que le pauvre saint Vital de Ravenne, qui a été condamné à être enterré vivant, méritait mieux que ça :

Le martyre de saint Vital, illustration d’un manuscrit du XIVe siècle, France.

Pour résumer, si au premier r’gard, l’art médiéval a l’air d’un tapon de dessins faites par ton papoute à’garderie avec des bonshommes allumettes épeurants pis un soleil avec une face que t’es obligé de mettre su’l frigidaire pour pas y faire de peine, ben… C’pas ça pantoute. C’t’une forme d’art, avec ses propres codes pis ses propres affaires à apprécier. Faut yinque être au courant pis s’mettre en contexte.

Ben sûr, prenez pas toute c’que j’vous ai dit pour du cash. Moé, chus yinque une matante qui s’barce en contant des histoires. J’ai fouillé dins racoins un peu partout. j’ai toute mis c’qu’y avait d’l’allure ensemble, pis messemble que ça s’tient.

Entécas. À c’t’heure que toute ça est dit, pour finir, j’résumerais la relation entre l’art antique pis l’art médiéval avec c’t’image-là :

Sources :

Sur l’art médiéval en général :
https://smarthistory.org/a-new-pictorial-language-the-image-in-early-medieval-art/

Sur l’art Viking :
https://smarthistory.org/viking-art/

Sur Augustin qui angoisse su l’sort du monde mangés par des cannibales : http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/dj5.htm

Sur le pape Grégoire pis Sérénus de Marseille : https://www.jstor.org/stable/42617836

Le guide complet pour jouer à « spotter l’apôtre » :
https://iconreader.wordpress.com/2010/08/17/how-to-recognize-the-holy-apostles-in-icons/

Sur les zouiz dans la tapisserie de Bayeux : https://www.historyextra.com/period/medieval/bayeux-tapestry-penis-why-norman-conquest-battle-hastings-william-conqueror/


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