La légende de Marie de Montpellier

Je l’dirai jamais assez souvent : au Moyen-Âge, pour la noblesse, y’avait rien de plus important qu’un héritier. Déjà que ça prend pas grand-chose de nos jours pour que ça vire en échauffourée chez l’notaire, dans l’ancien temps, on était toujours à une chaise vide d’la guerre civile. Mais c’qui m’énarve, dans toute ça, c’est la maudite obsession pour le zouiz.

Ben oui!

Quand ça leu z’était pas carrément interdit de succéder (ch’t’argarde, la France, avec ta loi salique niaiseuse), les femmes devaient toujours se battre pour leux droits, parce qu’y avait toujours une gang de bonshommes pour dire : « On peut pas laisser une créâture hériter, ça fait du trouble ».

C’que c’te gang de jambons ont jamais eu l’air de réaliser, c’est que ça fait du trouble parce que c’est EUX-AUTRES MÊMES qui le font, le trouble!

Parlez-en à Marie, seigneuresse de Montpellier pis reine d’Aragon, née en 1142 pis morte en 1213. Le contrat de mariage à ses parents disait noir su blanc qu’a d’vait hériter d’la seigneurie à son pére, mais malgré ça, les hommes de sa vie ont pas arrêté d’y mettre des bâtons dins roues : son pére lui-même l’a mariée à un bonhomme de quatre fois son âge pour s’en débarrasser, son demi-frére a profité d’la lenteur d’la bureaucratie papale pour la déposséder, pis son troisième mari a essayé d’la contrôler, y’a vu que ça marchait pas, faique y’a fini par arfuser complètement d’la voir – c’qui l’a forcée à prendre des moyens pas trop catholiques pour concevoir un héritier.

Mais avant de s’étendre su’és légendes de couchette, commençons par le commencement. Le pére à Marie, c’tait Guilhem, seigneur de Montpellier. Sa mére, c’tait Eudoxie Comnène, la petite-nièce de l’empereur byzantin Manuel Comnène, qui s’tait en venue de Constantinople pour marier Raymond Bérenger, comte de Provence.

Sauf que dans c’temps-là, y’avait un gros frette entre Manuel, empereur romain d’Orient, pis Frédéric Barberousse, empereur romain d’Occident – le suzerain à Raymond. Faique quand Barberousse fut mis au courant des fiançailles, y décida de mettre la hache là-dedans tu’suite :

« Wôôô, toé-là! Pas question qu’tu marises la p’tite byzantine. Comnène me fait assez chier d’même sans que j’le laisse fricoter avec mes vassaux sans rien dire. »

Ayant eu vent de t’ça, Guilhem de Montpellier se s’rait pointé au port de Lattes, qui faisait partie de sa seigneurie, pour accueillir Eudoxie pis y’aurait dit :

« Bien l’bonjour, Bebé! Heille, j’ai une bonne pis une mauvaise nouvelle pour toé. La mauvaise, y’a pas 36 façons de le dire, mais t’es dompée. La bonne, ben… C’est que moé, chus célibataire! »

Pour sauver la face pis pour pas s’artrouver tu’seule sans amis en terre étrangère, Eudoxie eut pas ben ben l’choix d’marier Guilhem. Pis c’t’union-là stressait pas vraiment l’empereur Barberousse, vu que Guilhem était un joueur de ligue mineure comparé à Raymond de Provence.

Dans le contrat d’mariage, c’tait ben écrit que leu premier-né, gars ou fille, hériterait d’la seigneurie de Montpellier. C’tait quand même une grosse condition, pour l’époque! Qu’est-ce qui put ben pousser Guilhem à accepter ça? Premièrement, les troubadours du temps appelaient Eudoxie « le chameau doré à l’empereur Manuel », pis y parlaient pas de sa face : y parlaient de la christie de grosse dot qui v’nait avec. Pis, deuxièmement, Guilhem, en bon macho, avait aucun doute qu’y pouvait pas engendrer autre chose qu’une trâlée de p’tits gars vigoureux.

Faique quand Eudoxie accoucha d’la p’tite Marie, ça fit pas son affaire pantoute! Y’espéra qu’a y donne un bébé garçon par-après, c’qui y’aurait donné les moyens de moyenner; mais, cinq ans plus tard, ça avait pas l’air de s’enligner comme ça. Faique y prétexta qu’Eudoxie avait turluté d’manière inappropriée avec un troubadour – certainement pas un qui l’avait traitée de chameau! – pour l’envoyer végéter dans un monastère pis s’accoter avec une autre qui, elle, allait pouvoir y donner le zouiz tant espéré.

Agnès de Castille, la nouvelle blonde à Guilhem, donna son 110 % dans sa nouvelle job : non seulement a l’eut un garçon, appelé Guilhem comme son père, drette du premier coup, mais a l’eut huit autres enfants par après.

Là, la pauvre Marie s’artrouvait pour ainsi dire dins jambes de tout le monde : son pére voulait que son petit zouiz flambant neuf y succède, pis Agnès voulait se débarrasser d’elle pour assurer son avenir pis celui à son fils.

La solution, c’tait d’la marier au premier du bord – un bonhomme de 40 ans, le vicomte Barral de Marseille – pis de glisser dans le contrat de mariage une clause comme de quoi Marie arnonçait à la seigneurie de Montpellier.

À dix ans, Marie était complètement vulnérable pis y’avait rien de t’ça qui était d’sa faute, mais ça devrait vous faire réfléchir pareil : faut toujours lire les modalités de service écrites tout petit qui finissent pu avec une case à cocher à’fin. On sait jamais! Vidéotron pourrait aussi ben arsoudre pour ramasser votre chien pis votre laveuse!

« Heureusement » pour Marie, Barral péta au frette même pas un an après le mariage, pis a put artourner chez son pére pis sa belle-mère. Pis là, comme la clause de renonciation à la seigneurie faisait partie du contrat de mariage pis qu’y avait pu de mariage, Marie ardevenait l’héritière.

Son pére pis sa belle-mére étaient en maudit :

« A l’arvient, la p’tite torrieuse! Vite, ça y prend un autre époux! »

Faique en 1197, à l’âge de 15 ans, Marie épousa le comte Bernard de Comminges, un répudiateur en série qui v’nait yinque de domper sa troisième femme. Pis comme la dernière fois, Marie dut arnoncer sur papier à la seigneurie de Montpellier.

Guilhem pis Agnès se pensaient enfin débarrassés, mais y’avaient été un peu naïfs. Un an après les noces, Marie accoucha d’une p’tite fille, pis Bernard artomba tu’suite dans ses vieilles habitudes : déjà, y voulait répudier Marie.

Mais vu que l’évêque de Comminges répondit à Bernard que pour une fois, y’allait d’voir s’endurer pis garder la même femme plus que trois secondes, y décida de faire étriver Marie jusqu’à ce qu’a s’en aille d’elle‑même.

Guilhem pis Agnès capotèrent ben raide en la voyant artontir :

« Voyons! Encore elle! Agnès, passe-moé la tapette à mouches, du pouche-pouche, quequ’chose! »

Y pédalèrent donc en maudit pour que Bernard arprenne Marie. Guilhem porta même plainte au pape contre son gendre pour non-respect du contrat de mariage, dans l’idée d’obtenir une injonction pour forcer sa fille à r’tourner chez son mari agresseur.

Ahh, le bon vieux temps.

Entécas, un an plus tard, Marie artourna à Comminges, pis pas longtemps après, a l’eut une deuxième fille.

Mais la relation entre Marie pis Bernard était irrémédiablement scrappe; le pape eut beau menacer Bernard d’excommunication, y se séparèrent quand même en 1202.

Vu que Marie était divorcée, son contrat de mariage était pu valide, faique c’est en tant qu’héritière légitime qu’a l’arvint à Montpellier.

Sauf que son pére, mourant, avait toute faite en son pouvoir pour l’empêcher d’y succéder. Y’avait envoyé deux émissaires au pape pour y demander de faire de Guilhem fils son héritier légitime, ce à quoi l’pontife avait répondu :

« Ouin, mais c’est pas simple de même. Faudrait que ch’commence par voir si ton mariage avec Eudoxie était légitime ou pas… »

Pas satisfait, Guilhem pére envoya un autre émissaire pour inciter l’successeur de saint Pierre à s’ôter les mains d’su l’beigne, mais la décision était toujours pas prise quand y trépassa.

Qu’à cela n’tienne : y’avait fait un testament désignant le jeune zouiz comme héritier, pis au yâble le pape. Guilhem fils, 12 ans, devint donc le nouveau seigneur de Montpellier, sous prétexte que Marie avait jamais officiellement divorcé de Bernard, faique le contrat de mariage continuait de s’appliquer.

Marie était encore dépossédée! Mais, pas longtemps après, toute vira mystérieusement boutte pour boutte. J’dis mystérieusement parce qu’on sait pas pantoute c’qui s’est passé, à part que :

  1. au printemps 1204, Guilhem fils se fit crisser dehors de Montpellier avec sa mére pour pu jamais arvenir;
  2. queques temps plus tard, Marie devint officiellement seigneuresse de Montpellier;
  3. le 15 juin 1204, Marie épousa le roi Pierre d’Aragon, apportant au mariage la seigneurie de Montpellier, pis devint reine d’Aragon.

Pour vrai, c’est toute. On sait pas si y’a eu de la violence, on sait pas si Marie a décidé de prendre les choses en main, si elle a eu de l’aide, rien. L’historien Henri Vidal, lui, y dit que c’est le roi Pierre d’Aragon qui avait toute manigancé pour mettre la patte su Montpellier :

« C’pas compliqué : ch’tasse le flo, j’mets la greluche à sa place, pis une fois qu’est ben installée comme seigneuresse, ben j’l’épouse pis j’ramasse le beurre pis l’argent du beurre! »

C’qui a l’air de donner raison à Vidal, c’est que quand Pierre pis Marie eurent une fille, Sancha, Pierre attendit même pas que la p’tite commence à faire ses dents pour la fiancer au comte de Barcelone… avec une belle p’tite clause dans le contrat :

— Pierre…? J’viens d’apprendre de quoi, mais avant de pogner les nerfs, j’voudrais l’entendre de ta bouche à toé.
— Quoi, don?
— T’as-tu fiancé la p’tite pis tu y’as-tu donné ma seigneurie comme dot sans m’en parler?
— Bah oué.
— Piiiis, qu’est-cé qui t’a faite penser que tu pouvais m’jouer dans l’dos d’même?
— J’ai l’doua. On est mariés, pis c’qui est à toé est à moé.
— Ben non! Montpellier est à MOÉ. C’est MA seigneurie. T’as pas d’affaire à prendre des décisions d’même comme si ch’tais déjà morte!
— Y’a d’quoi que t’as pas compris, toé. T’es ma feume pis tu fais c’que j’dis. D’ailleurs, faut que tu signes le papier, là. Aweille, fais pas ta germaine, ok?
— Va chier, Pierre! J’signerai jamais ça, pis tu peux pas m’forcer!
— Argarde ben, là : si tu signes pas l’contrat, tu vas t’enrtourner chez vous pis t’arranger avec tes troubles, parce que moé, une seigneurie ou une créâture que ch’peux pas faire c’que j’veux avec, ben j’veux rien savoir.

Indignée ben raide, Marie alla voir ses conseillers, qui eurent pas des bonnes nouvelles à y donner :

« Ouin, ça m’fait d’la peine de vous dire ça, Madame, mais vot’mari a raison : à c’t’heure que vous êtes mariés, y peut faire c’qu’y veut avec vous pis avec vos affaires. »

Marie avait le bras ben tordu, faique a décida de signer, mais a mit ça clair pour tout l’monde qu’a faisait pas ça de son plein gré :

« C’te contrat-là par rapport aux fiançailles à ma fille a comme effet d’me lessiver complètement, pis si je l’signe aujourd’hui, c’est yinque parce que j’ai été contrainte pis forcée par les menaces dégueulasses du roi mon mari; aussi ben dire que j’ai été crucifiée! »

Finalement, toute c’te conflit-là eut pu d’raison d’être parce que la p’tite Sancha mourut avant ses deux ans. C’tait tragique, mais ça permit à Marie de récupérer Montpellier.

Le roi pis la reine d’Aragon étaient pas réconciliés pour autant, par’zempe : Marie pardonnait pas à Pierre, pis Pierre, voyant qu’y avait pas marié une p’tite créâture docile qui le laissait faire comme y voulait, y commença des démarches pour faire annuler l’mariage au motif que Marie avait jamais vraiment divorcé de Bernard de Comminges. Y’était tellement décidé à flusher Marie qu’y était déjà après envoyer des émissaires à Marie de Montferrat, l’héritière du royaume de Jérusalem, pour voir si ça y tenterait pas de devenir la nouvelle Madame Pierre.

À partir de là, Marie pis Pierre vécurent séparés : Pierre campé à la frontière de Montpellier en attendant la décision du pape, pis Marie à son château de Mireval.

Pis là, ben… Y s’passa d’quoi : une nuite, queque’part, Pierre pis Marie couchèrent ensemble, Marie tomba enceinte, pis a l’eut un p’tit gars qu’a l’appela Jacques.

Là, j’vous arrête tu’suite : le bebé à Marie était bien celui à Pierre. À sa naissance, ça faisait déjà deux ans que le roi pis la reine d’Aragon vivaient séparés, pis Pierre l’arconnut comme le sien; si y’avait pas couché avec Marie dans c’te temps-là pis que les dates avaient pas fitté, ben sûr qu’y aurait dit que le p’tit était pas à lui.

Faique COMMENT un homme pis une femme qui pouvaient pu s’voir en peinture pis qui faisaient pu vie commune depuis un boutte purent en v’nir à passer une nuite torride en pleine procédure d’annulation de mariage? Ça enflamme l’imagination, pis chus sûre que vous avez déjà la calotte qui chauffe.

L’explication la plus plate est que les deux se sont bouché l’nez pis ont faite leu d’voir, mais ça a pas empêché les historiens du temps de s’en donner à cœur joie avec leux hypothèses. On s’artrouva donc avec plusieurs versions de l’histoire, mais y’en a une en particulier qui est restée, pis c’est ça qui a donné « la légende de Marie de Montpellier ».

Avec la chicane entre Marie pis Pierre, y s’concevait pas de p’tit prince, pis ça commençait à presser.

Faique quequ’un – y’en a qui disent les consuls de Montpellier, y’en a qui disent Marie elle-même – décida de prendre les choses en main. Comme y’avait aucune chance que Pierre embarque volontairement dans le litte de sa germaine de femme, y fallait y’en passer une p’tite vite.

Pierre courtisait une belle p’tite pitoune, une certaine Béatrice (ou Catherine, ça dépend de la version). À c’te moment-là, Béatrice avait pas encore cédé à ses avances. Faique les consuls convainquirent un des chevaliers du roi d’y apporter un faux message de la part de la fille :

« Dans une semaine, Vot’Majesté, j’vas v’nir vous trouver dans votre chambre. Mais chus ben gênée pour ma vertu, faique va falloir qu’on fasse ça dans l’noir dans dire un mot pour pas qu’le Seigneur s’en rende compte. »

L’idée, c’tait que Marie se fasse passer pour Béatrice pour coucher avec Pierre sans qu’y s’en aperçoive. Ça, en passant, ça s’appelle un viol. Mais, mettons que l’idée de consentement était pas hyper développée au 13e siècle.

Entécas, Pierre était tellement pressé d’avoir son nanane qu’y se méfia pas; le rendez-vous était pris.

Les Montpelliérains avaient yinque UNE CHANCE d’avoir un héritier qui les empêcherait de s’artrouver en mains étrangères après la mort de Marie. Faique y mirent le paquet : toute la semaine avant, y prièrent; la veille, y jeûnèrent; pis pendant, on leu z’avait dit d’aller à l’église, où-ce que les clercs allaient dire des messes pour la réussite du royal coït.

Pas de pression pantoute, hein?

Le soir de, la reine enfila une cape de madame mystérieuse et alla discrètement trouver le roi. En faite, oubliez ça, la discrétion, parce qu’a l’était accompagnée par 12 consuls, 12 chevaliers et notables, 12 dames, 12 demoiselles, deux notaires, le représentant de l’évêque, deux chanoines pis quatre religieux! Y’avait tellement d’monde en avant d’la porte à Pierre qu’on se s’rait cru en pleine visite guidée au fort de Chambly organisée par le club de l’âge d’or de Repentigny.

Mais, faut crère que toute c’te monde-là étaient ben, ben discrets, pas grippés pis avaient mis des pantouffes en phentex, parce qu’y passèrent la nuite dans l’corridor sans un maudit bruit, un ciarge dins mains, pendant que Marie pis Pierre faisaient leu z’affaire. Sûrement qu’y s’étaient apporté du popcorn aussi.

À l’aube, la délégation au complet rentra dans’chambre. Pierre fit un méchant step!

« Saint simonac, qu’est-cé ça! Vous êtes-qui, vous autres? Marie?!? Qu’est-cé tu crisses là? Est où, Béatrice? Voyons donc! »

Tandis que Pierre faisait la danse de Saint-Guy en essayant de mettre ses culottes à la va-vite, les deux notaires rédigeaient ben frettement un acte de toute c’qui s’était passé. C’qu’y est sûr, c’est qu’y manquaient pas de témoins!

« Ah, pis mangez don toutes de l’astie d’marde! » cria le roi en sacrant son camp pour de bon.

Entécas, soit Marie avait un timing impeccable, soit les prières pis les ciarges avaient fait leu job, parce que neuf mois plus tard, la seigneuresse de Montpellier accoucha en 1208 d’un p’tit gars qu’a l’appela Jacques.

Malheureusement, a l’avait pas fini d’se battre : quand y’arconnut le bebé comme le sien, Pierre l’enleva à sa mère pour le faire éduquer ailleurs pis le fiancer avec la fille d’un de ses alliés – en leu donnant la seigneurie de Montpellier en cadeau d’noces, yinque pour faire chier Marie.

À boutte, Marie se rendit à Rome pour que le pape ordonne à Pierre d’arrêter ses niaiseries pis la confirme une fois pour toutes comme seigneuresse de Montpellier. En janvier 1213, le pontife rendit un jugement qui y donnait raison su toute la ligne : le mariage à ses parents était valide, faique son demi‑frére était illégitime; son mariage avec Bernard de Comminges avait jamais été valide parce qu’y avait jamais divorcé de ses autres femmes, donc son mariage à Pierre était légitime; a l’était l’unique seigneur de Montpellier, pis son fils Jacques était l’héritier de Montpellier pis de l’Aragon.

Mais, avant même qu’a puisse artourner chez elle pour profiter de sa victoire, Marie rendit l’âme à l’âge de 30 ans. C’tait tellement vite après le jugement du pape en sa faveur qu’y en a beaucoup qui dirent que Pierre l’avait faite empoisonner.

Peu importe : Pierre II d’Aragon mourut su’l champ de bataille pas longtemps après, pis de toute façon, Marie de Montpellier avait gagné le combat de sa vie, malgré toutes les bâtons qu’on y’avait mis dins roues. A lâcha jamais le morceau, envers et contre toute, alors que ça aurait été tellement facile de juste farmer sa yeule pis se contenter d’être la femme d’un roi. A l’était peut-être pas douée de zouiz, mais a l’avait une volonté de fer! 


Source : Christian Nique, « Les deux visages de Marie de Montpellier », Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, 2013.

Spécial de Nwël 2021 : Saint Boniface pis la légende du sapin d’Nwël

Heille, moé j’aime assez ça, les sapins d’Nwël! Pas les maudits sapins en plastique blanc avec des lumières bleues qui ont l’air de sortir du palais d’la reine des neiges en dépression majeure, là! Nenon. Les vrais sapins verts qui sentent le sapin avec des lumières de toutes les couleurs pis des cannes en bonbon pis toutes sortes de décorations dépareillées ramassées au fil des ans pis qui ont toutes leu z’histoire. 

Bref, c’que j’décris, c’est les sapins d’Nwël de mon enfance – les sapins d’Nwël à Mémére Poêle. 

Mais d’où-ce que ça vient, ça, la tradition de rentrer un arbre dans’maison pis de l’greyer d’même?

En gros, ça vient des Germains, mais ça r’monte à loin en bazouelle.

Faut savoir que, depuis que l’monde est monde, les humains sont ben impressionnés par le faite que les arbres comme le pin, le sapin, le cèdre pis ben d’autres de même restent verts à l’année. Faique, ça a pas été long qu’y en ont faite un symbole d’immortalité. De l’Égypte à la Chine, on prenait des branches de conifères pour se faire des couronnes pis des guirlandes qui arprésentaient la vie éternelle. Mais là où le culte de l’arbre pas tuable a le plus pogné, c’est chez les Germains pis les Scandinaves.

Avant qu’y s’convartissent au christianisme, c’tes peuples-là trippaient ben raide sur l’idée de l’arbre divin. Ch’pense entre autres à Yggdrasil, un arbre qui sert de poteau à l’univers entier selon les Vikings; à Irminsul, qui joue pas mal le même rôle chez les Saxons; ou au chêne de Thor, vénéré par les Chattes – pas des minounes, là; c’t’un peuple germanique qui s’appelle de même. Mais celui-là, on va y’arvenir.

Pis bon, les chrétiens avaient l’tour de faire coller leu religion chez les fraîchement convertis en prenant des traditions païennes qui existaient déjà pis en mettant une grosse croix d’ssus, genre la fête de la Samhain chez les Celtes qui s’est faite transformer en Toussaint, pis plus tard en Halloween. En  gros, c’est d’même que le sapin s’est faite embarquer dins rituels de Nwël. 

Les premiers sapins d’Nwël comme tels sont apparus au 16e siècle en Allemagne, pis y se sont répandus lentement par après, au fur et à mesure que des Allemands ont émigré à plein de places, comme les États-Unis. C’qui a achevé de faire rentrer les sapins d’Nwël dins maisons de toute l’Occident, c’est quand l’mari d’la reine Victoria, un Allemand lui-même, en a faite poser un au château de Windsor. À partir de là, tout l’monde a voulu faire pareil.

Mais entre les arbres sacrés des païens pis les sapins d’Nwël du Moyen-Âge, vous trouvez pas qu’y a comme un trou? 

C’te trou-là, j’ai pas d’explication béton pour le boucher, mais par’zempe, j’ai une légende.

Une légende qui commence au 7e siècle dans le Devon, dans c’qui était pour devenir l’Angleterre, avec un gars qui a vraiment existé, un dénommé Winfrid. 

Comme c’tait la coutume dans c’temps-là, y’avait tout l’temps des prêtres pis des moines qui voyageaient de ville en village pour prêcher. 

Le pére à Winfrid, un bonhomme assez riche, en accueillait souvent chez eux pour jaser d’affaires spirituelles. Pis quand ça arrivait, notre p’tit Winfrid, encore à l’âge où tu trippes sur la Pat’Patrouille, les écoutait les yeux ronds comme des deux piasses pis posait plein de questions. 

Faique, tel un flo qui voit un film des Zavengeurs pis qui décide que quand y va être grand, y va être Iron Man, Winfrid eut de quoi de ben important à annoncer à son paternel : 

— Papa! J’veux être moine, moi’ssi!
— Y’en est pas question mon ti-gars! Sors-toé ça d’la tête! Sont ben fins pis connaissants, les moines, mais y’ont pas une vie ben l’fun. Ça te tente-tu de te l’ver au beau milieu de la nuite pour prier pis d’être toujours pogné entre quatre murs avec les mêmes gars, ou d’vivre comme un quêteux tout l’temps su’l chemin? 
— OUIIIII!!!!
— Euh… À part de t’ça, pense à toute c’que tu vas manquer! Le confort, le fun… Les p’tites femmes! En plus, j’ai besoin d’quequ’un pour hériter d’ma fortune, moé! 

Mais le p’tit gars en démordait pas : y’allait entrer au monastère, pis parsonne allait l’en empêcher. 

C’est d’même que, du haut de ses cinq ans, Winfrid prononça ses vœux monastiques pis d’vint frére bénédictin. Messemble que c’est crissement d’bonne heure pour faire des gros choix d’vie de même, mais qu’est-cé vous voulez. 

Dins années qui suivirent, y se garrocha corps et âme dans son étude des Saintes Écritures. Pis même quand y pogna l’adolescence, où normalement les priorités d’un jeune homme peuvent virer s’un dix cennes dès qu’y voit passer une belle p’tite pitoune (ou un beau p’tit piton) à son goût, y garda le cap pis d’vint curé. 

Quand l’abbé de son monastère péta au frette, tout l’monde s’attendait à c’que Winfrid prenne sa place, mais notre homme trouvait qu’y avait faite le tour d’la basse-cour. 

À’place, y décida de partir su’a trotte pour porter la lumière du Christ chez les barbares poilus d’la Germanie. Fallait des couilles pour faire ça, pareil : les mœurs locales étaient pas douces, dans c’temps-là. Winfrid avait tellement de chances de juste finir le crâne fendu dans l’fond d’un fossé que si les assurances avaient existé, y’a pas un actuaire qui aurait accepté qu’on y vende une police.

Entécas, y s’en alla en Frise pour convartir le monde là-bas, mais y trouva pas les Frisons ben ben réceptifs :

« Ouin, mon Winfrid, t’arrive pas vraiment d’un bon temps! C’parce qu’on est pas mal dans l’jus avec la guerre contre les Francs. »

Yinque à voir, Winfrid voyait ben que ça donnerait rien d’essayer de parler de Jésus au monde tandis que leu maison brûlait pis que les flèches leu sifflaient chaque bord d’la tête. 

Faique y décida plutôt de partir pour Rome pour demander au pape Grégoire II d’y donner un papier officiel de missionnaire chez les Germains. Le pape, trop heureux d’voir un gars aussi crinqué, se fit pas prier : 

« Heille, t’es dedans, toé, le jeune! Ça m’fait chaud au cœur! Tchèque ben ça : m’as te nommer évêque d’la Germanie, pis m’as te signer un papier comme de quoi t’es mon missionnaire officiel là-bas. Pis une darniére affaire : Winfrid, ça, c’t’un nom de païen. À partir d’à c’t’heure, tu vas t’appeler Boniface, en l’honneur du martyr saint Boniface de Tarse. »

Faique notre nouvellement nommé Boniface partit pour son nouveau diocèse, un territoire où l’Église avait encore rien de faite pis qui aurait été le premier surpris d’savoir qu’y était rendu un diocèse. 

La clé, pour convartir les Germains, c’tait de passer par les chefs de tribu. Leu rôle, à eux-autres, c’tait d’intercéder auprès des dieux pour leu d’mander du succès su’l champ de bataille. Pis y’avaient totalement le droit de magasiner le meilleur dieu pour ça. Suffisait d’les convaincre de gager su Jésus, pis si la puck roulait pour eux-autres à la prochaine bataille, l’affaire était ketchup! Tout l’reste d’la tribu allait suivre par après. 

Pis Boniface, un gars qui savait être sympathique, mais qui lâchait jamais le morceau, était ben bon là-dedans. Y convartit tribu après tribu pis fonda des monastères bénédictins un peu partout.

Un beau jour, y’entendit parler du fameux chêne de Thor, l’arbre sacré des Chattes, pis du gros party avec sacrifice humain qui avait lieu à son pied toutes les hivers. 

« Heille, mettons que j’arrivais, moé-là, en plein milieu de leu veillée du yâble pis que j’abattais leu z’arbre, ça flasherait en estie! Méchant coup de relations publiques pour Jésus-Christ notre Sauveur! » 

Faique la veille de Nwël, avec une p’tite gang de compagnons, Boniface s’en alla au party des Chattes. 

Sauf que quand y furent assez proches pour voir les flammes des feux d’joie pis entendre le monde qui chantaient, les compagnons se mirent à stresser : 

— Euh, Monseigneur, êtes-vous sûrs que c’t’une bonne idée? Y pourraient aussi ben toute nous massacrer si on leu scrappe leur fatalatapouette! 
— Faites-vous en pas. Dieu est avec nous-autres pis toute va ben aller!

Ben sûr de lui, Boniface arsoudit donc comme un ch’feu su’a soupe drette comme le prêtre de Thor allait sacrifier un p’tit enfant. 

« Heille, étranger! Viens-t’en! Tire-toé une bûche! On commence yinque! » 

Pis là, le prêtre se mit à se lamenter que ça allait don mal pour les Chattes pis que c’tait grand temps de répandre du sang su’é racines de l’arbre sacré. 

Faique y prit un p’tit gars par le bras, l’amena au pied de l’arbre, y banda les yeux pis y mit la tête s’un autel en roche. 

« À c’t’heure, notre précieux ti-poute va partir pour le Valhalla pis rappeler à Thor qu’on existe. »

Pis juste comme le prêtre allait y’exploser le cerveau avec un gros marteau en pierre noire, Boniface s’approcha pis bloqua le coup avec sa crosse épiscopale. Le prêtre échappa l’marteau, qui tomba su l’autel pis péta en deux. 

Tout le monde avait la gueule à terre. La maman du p’tit gars se garrocha su lui en pleurant. 

Poursuivant su sa lancée, Boniface dit : 

« Si vos dieux à vous-autres vous écoutent pu, c’parce qu’y sont morts. C’est fini, l’temps des sacrifices! Mon dieu à moé, le Christ, y d’mande pas d’affaires de même. À partir d’à c’t’heure, y’aura pu yinque le Tout-Puissant! Tchéquez ben ça. »

Boniface pogna une hache pis commença à fesser comme un déchaîné su’l tronc de l’arbre sacré. Pis là, selon la légende, un gros vent se leva pis crissa le chêne à terre, le brisant en quatre morceaux. 

Pas loin, miraculeusement pas effoiré, se tenait un jeune sapin qui pointait vers le ciel, fier-pet comme un clocher d’église. 

Boniface, vite su ses patins, profita de cette passe su’a palette du hasard (ou du Seigneur, c’est selon) :

« Vous voyez, là, c’te beau p’tit arbre qui reste toujours vert? Y fait penser à la vie éternelle. En plus, y’est en forme de triangle, pis ça rappelle la Sainte Trinité. Prenez-le don comme nouvel arbre sacré! À l’avenir, au lieu de courailler dans l’bois le soir de Nwël, ramenez don toutes un sapin chez vous pour fêter la naissance du p’tit Jésus. »

Faique c’est d’même que le sapin rentra dans les traditions de Nwël.

Pis Boniface, lui, savez-vous comment y’a fini? 

Ben des années plus tard, après avoir convarti des milliers de Germains, y fut attaqué par des bandits qui pensaient trouver des bébelles en or pis en argent dans ses bagages, pis qui furent ben déçus quand y virent yinque un tapon de vieux livres plates avec des croix dessus.

Bref, y’est mort le crâne fendu dans l’fond d’un fossé. Comme de quoi, finalement, c’tait une bonne idée de pas y vendre d’assurance-vie!


Source : La vie de saint Boniface selon Willibald, 8e siècle.

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Une chaise roulante su l’autoroute pis un empereur s’un chevreuil

Heille, aujourd’hui j’ai un p’tit 2 pour 1 à vous conter. Une première affaire, pis une autre affaire à laquelle la première affaire m’a faite penser.

J’ai vu ça l’autre jour : c’est l’histoire d’un gars qui s’appelait Ben Carpenter. Un m’ment’né, y traversait la rue en chaise roulante. En même temps, y’a une grosse van qui est sortie d’la cour d’un poste de gaz. Quand la lumière est virée verte, Ben avait pas fini de traverser l’chemin. Sauf que l’chauffeur d’la van savait pas qu’y était là parce qu’y était trop proche pis trop bas pour qu’y l’voye. Faique, comme on fait d’habitude quand la lumière est verte, y’a pesé su’a pédale à gaz. 

Ben aurait pu finir effoiré drette là! Mais la van est partie lentement, pis au lieu de passer su’a chaise, a l’a juste poussée pis faite tourner jusqu’à c’que Ben soye complètement dos à la van. Là, les poignées d’la chaise sont restées prises dans’grille d’la van… Pis c’tait le début d’une cristie d’raille. 

Tu’suite après avoir passé la lumière, la van est embarquée su l’autoroute. 

Ben, lui, était encore en avant d’la van comme une figure de proue après un bateau! Y flyait à 60 milles à l’heure, lui-là, pas d’winshire, sûrement une couple de mouches entre les dents, à capoter sa vie. Une chance qu’y avait une ceinture de sécurité! 

L’monde dins chars ont vu ça aller, faique y’ont appelé la police. Au début, au 911, y pensaient que c’tait une joke, mais quand ça a faite 38 appels qui disaient la même affaire, y’ont décidé de prendre ça au sérieux. 

Finalement, deux polices ont réussi à rattraper le chauffeur d’la van pis y’ont dit : 

« Heille! Arrête! Y’a un gars en chaise roulante pogné dans’grille de ta van! »

Le chauffeur creyait pas à ça pantoute, mais quand y’est allé voir, ben ça parle au maudit, y’avait vraiment un gars en chaise roulante pogné dans’grille de sa van!

La preuve que j’vous conte pas de menteries!

Ben était en un seul boutte – un vrai miracle. Les tires de sa chaise roulante était finis raides, par’zempe. Pis quand les polices y’ont d’mandé si y’était correct, y’a yinque répondu, avec un ti filet d’voix : 

« J’ai renvarsé ma liqueur. » 

Toute est bien qui finit bien. Mais c’t’affaire-là, ça m’a faite penser à une autre raille d’enfer qui a pas eu une aussi bonne fin : celle à Basile 1er, empereur byzantin. 

Lui, c’tait un paysan né en Macédoine pis, à ce qu’on dit, une belle pièce d’homme aussi. Ça a d’l’air qu’y était grand pis large de poitrine pis d’épaules, avec des grands yeux, un monosourcil pis « un air un peu débiné ». Messemble d’y voir la face. 

Entécas, Basile avait l’tour de s’mettre chummy avec du monde de plus en plus puissant, pis c’est d’même qu’y a fini par se ramasser su’l trône de l’empire byzantin en l’an 867. En assassinant Michel, l’empereur qui était là avant. Qui était aussi son ami. Pis p’t’être son amant, on n’est pas sûrs. Pis fort probablement l’pére de ses garçons Léon pis Étienne, parce que la femme à Basile, Eudocie, était la maîtresse à Michel depuis des années, pis quand est tombée enceinte, Michel voulait pas que le flo soye un bâtard, faique y’a marié Eudocie à Basile en tassant la femme que Basile avait déjà. 

(Pis après, Michel a continué à coucher avec Eudocie, pis y’a dit à Basile : « Quins mon homme, pour ton p’tit service, v’là ma sœur, je l’ai sortie drette du monastère pour qu’a t’serve de maîtresse. »)

Ouf. 

Les Feux de l’amour pis l’Trône de fer ont rien inventé.

Entécas, peu importe comment Basile avait abouti avec la couronne impériale su’a tête, y paraît qu’y’a faite un bon empereur, pis y’a régné pendant 20 ans. 

Une bonne fois, quand y’était rendu vieux, Basile est allé chasser l’chevreuil pour se changer les idées. 

Un m’ment’né, y’a cru n’avoir tué un, faique y’est allé voir de proche. Sauf que là, la bête a r’troussé comme un yâble! Fouillez-moé comment, mais les bois du chevreuil ont pogné dans la ceinture à Basile, pis l’chevreuil est parti à’course en l’traînant comme une catin en guénille. SU 20 KILOMÈTRES.

J’vous fais des beaux ti dessins, hein?

Hier, j’ai conté ça à Mononc’Poêle, pis y cré pas à ça, lui, un chevreuil qui traîne un gars loin d’même. Un buck argnal peut-être; pas un chevreuil. Mais tsé, c’t’une histoire de chasse, pis quand on y pense, c’tes affaires-là ont tendance à enfler au fur à mesure qu’on les conte pis qu’on les arconte. 

Toujours est-il que l’pauvre Basile battait encore après l’flanc du chevreuil comme une vieille sacoche accrochée par la ganse quand un de ses serviteurs est arrivé pis a réussi à couper sa ceinture.  

L’empereur était sauvé – poqué, mais vivant. 

Faut savoir que vers la fin de sa vie, Basile était rendu pas mal parano : y’était sûr que son fils-pas-fils Léon voulait l’assassiner pour venger son pére-pas-pére Michel. Faique au lieu de couvrir son sauveur de pièces d’or, y l’a faite exécuter pour tentative de meurtre su sa personne. Quins! Ça y’apprendra, au serviteur, à être loyal pis courageux. 

L’empereur a été ramené au palais pis là, ses blessures ont commencé à s’infecter. Y’est mort de fièvre queques jours après – une fin flyée pour une vie complètement pétée. 

L’art médiéval : pourquoi c’que ça a d’l’air de c’que ça a d’l’air?

Vous l’savez, j’aime ben m’faire du fun avec les dessins pis les peintures du Moyen-Âge. Heille, comment ch’pourrais résister? L’art médiéval, c’est tellement bizarre! J’vous en ai montré en masse, depuis l’temps, mais j’vas quand même vous rafraîchir la mémoire. Argardez ça :

Saint Nicolas refusant le lait de sa mère, fresque de l’abbaye de la Novalaise (Italie), XIe siècle.

V’là une fresque du 11e siècle où on voit bébé saint Nicolas qui, selon la légende, arfusait de téter l’sein à sa mère les jours de jeûne. Encore la couche aux fesses, pis déjà plus catholique que le pape. Faut l’faire. Mais entécas, c’qui saute aux yeux, c’est que l’bebé a l’air d’un mini Nicolas Cage enroulé dans une baguette française, pis que le sein arsemble plus à une poire en caoutchouc.

On va se l’dire : C’EST LAITTE!

Mais comment ça, don? Y savaient pas dessiner, dans c’temps-là?

Pourtant, argardez l’genre de murale qui s’faisait 1 000 ans avant, dans l’Antiquité. Celle-là était dans une maison de Pompéi qui a brûlé quand l’Vésuve a pété en l’an 79, pis a été artrouvée en 1900 :

Fresque à la femme assise jouant de la lyre, Pompéi, vers 30-40 av. J.-C.

C’est beau, hein?

Faique qu’est-cé qui s’est passé après l’Antiquité pour que ça vire de même?

Bon ok : y’a eu une p’tite affaire appelée la débarque de l’Empire romain. Le monde a changé s’un moyen temps : les barbares germains engagés comme mercenaires pour défendre l’Empire ont pris la place de l’élite romaine. Pis eux-autres, y’avaient pas le même style artistique ni le même sens de c’qui est beau.

Par exemple, c’taient pas des péteux d’broue qui trippaient su l’art pour l’art pis qui disaient des affaires genre « ga’don comme est belle ma peinture de Junon/chus don cultivé avec mon bas-relief d’la guerre du Péloponnèse/le gros orteil gauche de l’Aphrodite de Praxitèle est une critique de la société d’consommation en Grèce antique ».

Non. Eux-autres, y préféraient décorer leux objets de toutes les jours, comme des têtes de hache, des broches pis d’autres affaires :

Les deux à gauche : protège épaules et boucle de ceinture du VVIe siècle, enterrement maritime anglo-saxon au Sutton Hoo.
En haut à droite : hache viking trouvée dans la tombe dite de Mammen, vers 970; en bas à droite : fibule ostrogothe de style animal, Ve siècle.

Pis comme vous l’voyez, y’aimaient les motifs tortillés qui s’répètent pis les formes d’animaux. Eux-autres, dessiner des paysages pis du monde de façon hyper réaliste, ça les intéressait pas. On l’voit ben su’é pierres à peintures en forme de zouiz d’la fin de l’âge du fer en Suède – le monde, les ch’faux, les bateaux, toute est faite simplement, avec pas d’détails :

Pierre à peintures dite de Stora Hammars, Gotland (Suède), VIIe siècle.

Faique ça explique en partie pourquoi, au Moyen-Âge, le réalisme dans l’art a pris l’bord, a déboulé trois étages, s’est pété la tête su’l calorifère en arrivant dans’cave pis a yinque arpris connaissance 1 000 ans plus tard à la Renaissance. Les Germains étaient les nouveaux boss d’la place, pis eux-autres, y s’en câlissaient, du réalisme.

C’tait déjà du gros bardassage culturel, c’tes changements-là. Mais y’est arrivé une autre affaire qui a viré l’Europe cul par-dessus tête :

Icône du Christ pantocrator, Monastère Sainte-Catherine Sinaï, VIe siècle.

Ben oui, vous-autres : J.-C. notre Sauveur, Lumière du monde, Agneau de Dieu pis toute le kit.

À partir du 3e siècle, le christianisme s’est mis à passer la gratte dans l’paysage religieux d’l’Europe. Partout, les peuplades s’convertissaient une après l’autre comme 4 trente sous pour une piasse.

Ben sûr, pour faire avaler l’Emmanuel au peuples barbares, y’a fallu un ti effort de marketing. Tsé, j’me mets à’place d’un gros guerrier poilu : une espèce de feluette accrochée après une croix, c’tait pas ben ben vendeur.

Faique après avoir ben étudié son public cible, le département d’la pub chez Église chrétienne Inc. est arrivé avec un super concept :

Le Christ représenté en guerrier héroïque, Psautier de Stuttgart, Allemagne, IXe siècle.

Ça vient d’un livre de psaumes allemand du 9e siècle. Pas pire, hein? Entécas moé ch’capote. Du marketing médiéval!

Mais bon. Ça a dû marcher, parce que, comme la nouvelle vedette de l’heure dins revues à potins, Jésus était rendu partout : l’art servait pu yinque à l’montrer, lui pis sa gang.

C’est là que les caractéristiques de l’art germanique sont arsoudues dans une des affaires qu’on associe le plus au Moyen-Âge : les enluminures, c’t’à dire les motifs, les dessins pis les belles lettres dorées qui décorent les manuscrits.

Par exemple, v’là le baptême à Jésus dans un livre de psaumes du 12e siècle :

Le baptême du Christ, Psautier de saint Alban, Angleterre, XIIe siècle.

La voyez-vous, l’influence germanique? Le cadre avec des motifs qui s’répètent toute le tour, pis le dessin pas compliqué – argardez la froque de poil à saint Jean Baptiste yinque suggérée par des tis bouttes qui pendent pis les ailes hyper géométriques des anges. Pis heille, ch’peux pas PAS souligner à quel point c’est flyé, comment l’eau est arprésentée, comme une espèce de bulle avec des poissons dedans.

À part de t’ça, les chrétiens du début, y’étaient ben su’é nerfs au sujet de c’qui était correct pis pas correct.

Prenez l’exemple de saint Augustin. Su’é questions de religion, y’avait pas plus téteux que lui. Tsé, y’a passé des mois à angoisser sur ce qui allait arriver rendu à’fin des temps au monde qui s’faisaient manger par des cannibales. Vu que leu corps avait été bouffé pis faisait maintenant partie du corps de quequ’un d’autre, y’allaient-tu pouvoir ressusciter?

Tsé, moé quand ch’fais de l’insomnie, ch’pense à ma vaisselle pas faite pis à mes taxes municipales qu’y faut que ch’paye. Chacun ses priorités.

Entécas, Augustin était aussi ben stressé par les images :

« Les images, là, c’est des MENTERIES! Tsé, un acteur qui joue une pièce de théâtre, ben c’est yinque un maudit menteur, parce qu’y essaye de nous faire accroire qu’yé quequ’un qu’y est pas. Les images, c’est pareil : une peinture de chat, c’pas un chat, mais l’peintre essaye de nous faire accroire que c’en est un. Pis les menteries, c’est juste pas chrétien. Faique tant qu’à moé, un bon chrétien, ça fait pas d’images pis ça r’garde pas d’images. »

Avant lui, l’écrivain Tertullien avait dit qu’être un artiste, c’tait carrément incompatible avec être chrétien, parce que n’importe quelle image qu’on crée peut devenir une idole.

Heureusement, le pape Grégoire le Grand était pas mal plus relax avec ça.

Autour de l’an 600, Grégoire avait arçu une lettre de l’évêque Serenus de Marseille qui capotait ben raide parce que pu parsonne venait à l’église depuis qu’y avait décâlissé des images religieuses pis les avait crissées par la f’nêtre parce qu’y pensait que c’tait l’idolâtrie.

Grégoire, c’tait quequ’un de pragmatique. Y’était ben pieux, mais savait ben que des fois, dans’vie, faut faire des compromis. Y lui a donc répondu :

« Ben voyons don, qu’est-cé t’as faite là, maudit cornet? L’idolâtrie, là, j’aime pas ça plusse que toé. Mais gad’ben. C’est quoi ton but, dans l’fond? Convartir les barbares? Y’en a une maudite gang là-dedans qui savent pas lire, faique comment tu veux qu’y apprennent l’histoire sainte si y’a voyent pas dans des images? Là, toute c’que t’as faite, c’est les choquer, pis y sont partis. C’est ben beau l’zèle, mais c’est pas d’même que tu vas réussir à sauver leux âme! »

Faique bref, les images étaient permises, mais juste pour instruire les illettrés, pas pour être réalistes. En faite, fallait surtout pas que ça soye réaliste, d’un coup que l’monde se mêlent pis s’mettent à vénérer l’image au lieu d’la vraie affaire comme des maudits païens.

En gros, ça explique pourquoi on est passé de statues de déesses nu boules pis de héros qui pourraient faire la couverture des revues encore d’nos jours, à des affaires de même :

La Dernière Cène, fresque de la basilique Sant’Angelo in Formis, Italie, XIe siècle.

C’t’une fresque de la Darnière Cène qui date du 11e siècle.

On voit que le but, c’est pas de faire un souper réaliste : Jésus pis les Apôtres ont toute l’air de des bouttes de carton, les tis pains ont aucun détail, pis l’artiste a même pas essayé de faire une perspective qui a de l’allure en dessinant la table.

Mais c’pas grave! On comprend tu’suite c’qui se passe, parce que toutes les éléments qui faut artenir sont montrés ben clairement. Faique comme outil pédagogique, c’est pas mal réussi!

En plus, pour qui est au courant, c’est possible d’arconnaître chacun des Apôtres à partir de p’tits détails (sauf Barthélémy, Thaddée pis Jacques le Majeur – eux-autres, parsonne se rappelle jamais qu’y existent pis sont toutes pareils énéwé).

À part de t’ça, vous armarquerez que même si y’en a qui sont plus loin ou plus proches, les Apôtres sont toutes de la même grosseur. C’est parce que dans ben des images de c’t’époque-là, la grosseur des affaires était proportionnelle à leur importance.

Pis parlant de grosseur proportionnelle à l’importance, j’ai un bon exemple pour vous autres.

Vous d’vez connaître la tapisserie de Bayeux? Au cas où, ben c’t’une tapisserie (si voulez faire votre péteux, c’est plutôt une broderie de fils de couleur sur une toile de lin de 230 pieds) qui raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant. A date du 11e siècle, pis c’t’une œuvre tellement extraordinaire que l’Unesco l’a ajoutée dans l’registre international Mémoire du monde. On rit pu.

Dans la tapisserie, y’a une scène où Guillaume le-bientôt-Conquérant sort d’la ville d’Hastings pour aller affronter le roi Harold Godwinson, jusse avant la bataille qui allait changer toute l’histoire de l’Angleterre. Comme on le voit, y’est aussi grand que la ville : ça permet de montrer que c’t’un big shot, pis aussi de mettre toutes les éléments d’information, peu importe leu grosseur, sans être obligé de se bâdrer avec les proportions ou l’espace su’a tapisserie :

Tapisserie de Bayeux, scène 47, Bayeux (France), XIe siècle.

Ah pis parlant de grosseur… Y’a pas yinque ça qui est proportionnel.

Dans la tapisserie de Bayeux, si on argarde ben, on peut voir un total de 93 zouiz, dont 88 sont après des ch’faux. Oui, y’a vraiment un gars qui a pris le temps d’les compter, pis y mérite une médaille.

Bref, c’est plein de ch’faux shaftés, pis le plusse ben amanché d’la gang, c’est le destrier du héros d’la tapisserie, c’t-à-dire le duc Guillaume. Ça a l’air niaiseux pour nous-autres, mais à l’époque, c’tait ben utile pour le monde qui savaient pas lire, parce qu’y pouvaient tu’suite se faire une idée d’un parsonnage à partir d’la graine de son ch’fal. Pas pire, hein?

Ben sûr, y’a une autre affaire à’quelle y faut penser quand on argarde une œuvre médiévale qui a l’air poche. Être un artiste, au Moyen-Âge, c’tait pas comme aux autres époques. Fallait pas absolument avoir un talent d’fou pis t’faire armarquer par les galeries d’art avec ton « approche picturale novatrice » ou bedon ton « langage visuel audacieux ». Peintre, ou bedon enlumineur, c’tait une job au même titre que pêcheur ou bûcheux ou forgeron ou maçon. Pis comme dans toutes les jobs, y’en avait des bons… pis y’en avait des moins bons.

On s’entend que le pauvre saint Vital de Ravenne, qui a été condamné à être enterré vivant, méritait mieux que ça :

Le martyre de saint Vital, illustration d’un manuscrit du XIVe siècle, France.

Pour résumer, si au premier r’gard, l’art médiéval a l’air d’un tapon de dessins faites par ton papoute à’garderie avec des bonshommes allumettes épeurants pis un soleil avec une face que t’es obligé de mettre su’l frigidaire pour pas y faire de peine, ben… C’pas ça pantoute. C’t’une forme d’art, avec ses propres codes pis ses propres affaires à apprécier. Faut yinque être au courant pis s’mettre en contexte.

Ben sûr, prenez pas toute c’que j’vous ai dit pour du cash. Moé, chus yinque une matante qui s’barce en contant des histoires. J’ai fouillé dins racoins un peu partout. j’ai toute mis c’qu’y avait d’l’allure ensemble, pis messemble que ça s’tient.

Entécas. À c’t’heure que toute ça est dit, pour finir, j’résumerais la relation entre l’art antique pis l’art médiéval avec c’t’image-là :

Sources :

Sur l’art médiéval en général :
https://smarthistory.org/a-new-pictorial-language-the-image-in-early-medieval-art/

Sur l’art Viking :
https://smarthistory.org/viking-art/

Sur Augustin qui angoisse su l’sort du monde mangés par des cannibales : http://www.clerus.org/bibliaclerusonline/pt/dj5.htm

Sur le pape Grégoire pis Sérénus de Marseille : https://www.jstor.org/stable/42617836

Le guide complet pour jouer à « spotter l’apôtre » :
https://iconreader.wordpress.com/2010/08/17/how-to-recognize-the-holy-apostles-in-icons/

Sur les zouiz dans la tapisserie de Bayeux : https://www.historyextra.com/period/medieval/bayeux-tapestry-penis-why-norman-conquest-battle-hastings-william-conqueror/


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La Sainte Couronne de Hongrie : quequ’un comme toé pis moé (ou presque) – partie II

Partie I

Bon. J’vous le promets, là : à soir, vous allez savoir pourquoi la croix su’l dessus d’la Sainte Couronne est croche. Ou entécas, comment on pense qu’est v’nue croche.

Faique quand Charles-Robert mourut, son fils Louis y succéda.

Y’avait yinque un problème : Louis avait jusse des filles, pis son frére André, qui aurait pu y succéder, avait été assassiné – étranglé avec un cordon pis crissé par la fenêtre les culottes baissées avec une corde attachée autour des gosses –, supposément sur les ordres de sa femme, Jeanne de Naples.

Bref, ça r’gardait mal pour la succession.

Parce que comme on l’a vu tantôt, en Hongrie, les rois étaient comme semi-élus par les grands seigneurs du royaume, pis eux-autres, y juraient yinque par le zouiz.

Louis fit promettre aux seigneurs d’accepter sa fille Marie comme reine. Mais, ben crère : y’était à peine frette dans sa tombe, pis Marie v’nait à peine de se mettre la Sainte Couronne su’a tête, que déjà, ça se mit à brasser d’la marde pour mettre un homme à sa place.

À ce moment-là, Marie avait yinque 11 ans, pis c’est sa mére qui se battit comme une démone pour défendre son droit. Dans les années de bordel total qui suivirent, les deux se firent pogner par leux ennemis, pis la reine-mére fut étranglée drette en avant de sa fille. Finalement, les nobles battes furent satisfaits quand Marie se maria avec Sigismond de Luxembourg, empereur du Saint-Empire, pis qu’y fut couronné officiellement comme co-souverain.

Malheureusement, queques annéesaprès, Marie, enceinte, eut une bulle au cerveau pis partit tu’seule pour aller chasser. Dans l’fond du bois, son ch’fal s’enfargea, Marie prit l’bord, son ch’fal y tomba d’ssus pis a mourut.

Faique Sigismond, qui arsemble à mon mononcle Jocelyn avec un glorieux casse de poil, resta comme seul roi de Hongrie.

Impossible que ce gars-là ait pas de skidoo ni de terre à bois.

Y s’armaria avec une madame appelée Barbe, pis y’eut yinque une fille, Élizabeth. Toute allait arcommencer.

Sauf qu’Élizabeth réussit à éviter l’pire en se mariant avec Albert du Saint-Empire, alias Tête-de-Gland, pis en le faisant aussi couronner comme co-souverain.

Tête-de-Gland.

Mais là, en 1439, Tête-de-Gland trépassa, laissant dans le deuil sa femme pis deux filles. Pas encore!

Mais pas si vite : Élizabeth était enceinte. D’un coup ça soye un gars?

Comme d’habitude, y’eut une élection. Dans c’temps-là, les Turcs commençaient à faire du trouble aux frontières, faique l’assemblée des nobles battes décida que ça prenait un homme viril qui s’mettrait la flamberge au vent pis qui s’érigerait en défenseur du royaume. Vous voyez ce que je veux dire.

Faique, y’élirent Vladislas III, roi de Pologne – un flo de 16 ans, c’est-tu assez insultant! – comme roi de Hongrie.

Élizabeth fit mine d’être d’adon, mais pas longtemps après, a partit en douce de la capitale avec sa bedaine pis ses partisans. Pis la veille, a l’alla voir Hélène Kottaner, une de ses dames de compagnie :

« Chus sûre que j’vas avoir un gars, pis j’veux l’faire couronner avant que l’autre Polonais s’pointe la face icitte. Tu volerais-tu la Sainte Couronne pour moé? T’es la seule à qui ch’peux faire confiance! »

Heille, c’tait une méchante faveur, ça! C’tait pas comme prêter une perceuse ou aller charcher les p’tits à’garderie : si Hélène se faisait pogner, sa tête risquait de rouler dans’garnotte sur un moyen temps, pis ses flos s’artrouveraient orphelins.

Mais à c’qu’on dit, le vrai courage, c’est de faire c’qui faut même si on shake dans ses pichous. Pis c’est c’qu’Hélène fit. A s’en alla au château de Visegrád, y’où ce qu’y gardaient la Sainte Couronne, sous prétexte qu’a l’allait arjoindre les autres dames de compagnie d’Élizabeth.

Quand tout l’monde fut ben canté, Hélène se l’va pis, avec deux gars qui s’taient offerts pour l’aider, rentra dans l’corridor qui m’nait à’salle des joyaux d’la couronne. Pis là, dans un suspense digne des meilleures vues d’bandits, Hélène guetta l’boutte du passage pendant que ses deux complices limaient les serrures des autres portes.

Par deux fois, Hélène eut l’impression que ça menait du train l’autre bord du mur, comme si une gang de gars armés s’en venaient les pogner. Finalement, parsonne se montra la face, pis Hélène était tellement contente qu’a promit au Seigneur de faire un pèlerinage nu-pieds au sanctuaire d’la Sainte Vierge.

Les gars finirent par arsortir avec la Sainte Couronne. Y remplacèrent les serrures qu’y avaient limées pis arbarrèrent toute comme avant. Hélène cacha la couronne dans un coussin, au travers d’la bourrure.

Le lendemain matin, sûrement ben maganée de sa nuite, Hélène embarqua dans son traîneau (c’tait l’hiver) avec le coussin pis partit trouver sa maîtresse avec les autres dames de compagnie. Su’l gros nerf, a l’arrêtait pas d’argarder en arrière pour voir si a l’était suivie.

Y’eut ben un ti moment de terreur quand un des traîneaux rempli de madames passa au travers des glaces du fleuve Danube, mais heureusement, parsonne tomba à l’eau. Autrement, Hélène réussit à s’rendre sans problème jusqu’à Élizabeth pour y donner la Sainte Couronnne queques heures à peine avant qu’a l’accouche d’un p’tit gars.

C’tu là que la croix aurait été crochie? Y’en a qui pensent que oui. Mais Hélène, ça m’a l’air de quequ’un d’fiable, pis a dit dans ses mémoires qu’elle a fait hyper attention de pas s’asseoir su’l mauvais coussin pis d’effoirer la couronne avec son popotin.

Y’a une autre affaire, aussi : là, on est au 15e siècle, pis la croix commence à être croche su les dessins à partir du 17e. Y’a une autre théorie – on en reparle dans deux siècles.

Entécas, Élizabeth fit couronner son fils, qu’a l’avait appelé Ladislas. La Sainte Couronne était tellement grosse que le p’tit aurait pu s’assire dedans, faique pendant la cérémonie, un cousin à Élizabeth fut obligé de la tenir au-dessus du p’tit qui braillait toutes les larmes de son ti corps. Y dut trouver l’temps long en maudit.

Quand Vlad III de Pologne se pointa en Hongrie, y se fit couronner lui avec, mais avec une couronne pognée dans la tombe de saint Étienne.

Élizabeth était ben décidée à tasser Vlad pour mettre son p’tit Ladislas su’l trône, mais a mourut deux ans après, probablement assassinée. Faique Ladislas alla rester chez Frédérick III, empereur du Saint-Empire, un cousin à son pére.

Deux ans plus tard, arbondissement : Vlad III de Pologne mourut décapité par les Turcs à la bataille de Varna, pis son corps fut jamais artrouvé. Les Turcs, ben contents d’leu coup, immortalisèrent l’étêtage dans c’te peinture-là :

Faique le temps qu’y soye déclaré mort pis que les seigneurs finissent de se chicaner, c’est yinque en 1452 que Ladislas put s’assire sur le trône qui y’arvenait de droit.

Rendu là, y’avait l’air d’une annonce de Pantene avec un pinch mou :

Pis ça a l’air qu’y trippait ben gros sur Harmonium.

Malheureusement, après toute c’te trouble-là, prince Boucle-d’or mourut à 17 ans – y’en a qui disent de la peste, d’autres de la leucémie.

Faique après une autre guerre civile – parce que ça en prenait absolument une – c’est Matthias Corvinus, un jeune noble hongrois, qui fut élu roi.

À c’te moment-là, c’tait encore Frédérick III, le tuteur à Ladislas, qui avait la Sainte Couronne. Faique en échange, y d’manda 80 000 florins d’or, ou 14,5 M$ d’à c’t’heure. Se sachant tenu par les gosses, Matthias accepta de payer, pis la Sainte Couronne artourna enfin chez elle en 1464, après 24 ans au yâble au vert.

Là, on saute jusqu’au 16e siècle. Les Turcs se faisaient de plus en plus dangereux, pis c’est un homme, Louis II, qui était roi. Mais son hommitude y sarvit pas à grand-chose à la bataille de Mohács : toute son armée fut effoirée en deux heures, pis lui, y se sauva la queue entre les jambes. En essayant de monter une côte trop à pic su son ch’fal, y tomba su’l dos dans un ruisseau pis mourut nèyé parce que son armure était tellement pesante qu’y a pu été capable de s’arlever.

Ça, c’est quand y’a été artrouvé :

À partir de là, les Turcs se mirent à gruger de plus en plus le territoire hongrois. D’leu bord, les nobles battes élirent DEUX rois différents en dedans d’un an, pis les deux furent couronnés avec la Sainte Couronne. C’tait une période mêlante.

Entécas, au 17e siècle, même si les Turcs occupaient la capitale, c’tait Ferdinand III de Habsbourg qui régnait su la Hongrie, quand y’avait le temps au travers de ses 15 000 autres jobs, comme roi d’Allemagne, archiduc d’Autriche, empereur du Saint-Empire, roi de Bohême – la liste est tellement longue que même Wikipédia s’écœure avant la fin pis écrit « etc. etc. »

Sa première femme était sa cousine, Marie-Anne d’Espagne.

(Marier sa cousine : mal vu quand t’es un Tremblay du Lac-Saint-Jean, pis parfaitement correct quand t’es un roi avec plus de titres qu’un catalogue de maison d’édition.)

Entécas, quand Marie-Anne se maria avec Ferdinand, y fallut qu’a fasse la run de lait, c’est-à-dire être couronnée reine de toutes les affaires que son mari était roi de. Faique on la comprend d’avoir l’air légèrement à boutte :

Le 14 février 1638, c’tait le jour de son couronnement comme reine de Hongrie. Les reines étaient couronnées avec la première couronne du bord, mais ça prenait la Sainte Couronne quand même : la coutume, c’tait de donner une tite bine su l’épaule d’la reine, comme pour dire, heille, toé’ssi t’as d’affaire dans l’régnage!

Dans ces temps-là, la Sainte Couronne était gardée à Vienne, la ville principale des Habsbourg, pis le couronnement avait lieu à Bratislava, vu que la capitale hongroise était occupée.

Faique toute était prêt : l’archevêque était là, la reine était là, la noblesse était là, les enfants d’chœur chantaient pis toute le kit. Y manquait yinque une affaire : la Sainte Couronne.

M’aginez-vous que le noble viennois qui s’en occupait avait apporté l’coffre avec la couronne dedans, mais qu’y’avait pas apporté la bonne clé! Le palatin (j’vous rappelle, ça c’est le plus haut fonctionnaire du royaume) était en tabarnak :

— Maudit gnochon, c’pas vrai, là?
— Ben, j’m’excuse! Y’a tellement de clés après c’te trousseau-là, ch’tais sûr que j’avais la bonne!
— Astie, qu’est-cé qu’on fait? On est pas pour dire à tout l’monde d’arvenir demain!

Faique y’appelèrent un serrurier.

— Heh boy! Y’a combien de straps en fer après c’te coffre-là?
— Quatorze.
— Simonac! C’est ben d’valeur, Vos Altitudes, mais si ça presse tant qu’ça, moé là, j’ai pas l’temps d’mettre des gants blancs. Va falloir que ch’fesse.
— N’importe quoi, tant que tu nous sors la couronne de d’là au plus crisse.
— Bon ben, advienne que pourra, d’abord!
*PONG*
*PING*
*PING*
Mon torrieux, veux-tu ben ouvrir!
*PROK*
*KROK*
Heille, mon astie d’enfant d’ch…
*SPLONK*
Bon!

Le serrurier ardonna l’coffre au palatin. En dedans, y’avait un autre coffre plus p’tit en cuivre, pis y’était bossé comme une aile de char après un accrochage. Ça r’gardait mal, mais le fonctionnaire se laissa pas décourager :

« Donnez-moé un couteau, m’as la sortir par en d’sour. »

Y découpa l’fond d’la boîte en cuivre, pis ploc, la Sainte Couronne y tomba dins mains, fort probablement avec son air d’à c’t’heure, avec la croix cantée pis les deux arches tout teur. 

Après… y’essayèrent-tu d’la réparer? Mystère. C’qu’on sait, c’est que la Sainte Couronne resta sortie pas mal plus longtemps que d’habitude avant d’artourner à Vienne, au moins parce qu’y fallut y’argosser un autre coffre. C’qui est sûr, c’est qu’après, tout l’monde fit comme si la croix avait toujours été d’même.

Dins siècles qui suivirent, la Sainte Couronne resta tout l’temps dans la famille des Habsbourg, en passant entre autres par – Jésus Marie Joseph! – une créâture, l’impératrice Marie-Thérèse. Les nobles battes durent s’étouffer su leu chique.

Son successeur, Joseph II, voulut rien savoir de se faire couronner, faique les Hongrois le surnommèrent « le roi au chapeau » pis, essentiellement, se torchèrent avec ses édits pis ses décrets. Quand même, c’est à la fin de son règne, en 1790, que la Sainte Couronne arvint enfin en terre hongroise. Les Hongrois étaient tellement contents qu’y firent le party dins rues, accrochèrent des guirlandes partout pis composèrent des tounes en son honneur.

La couronne était quand même pas au boutte de ses aventures.

En 1848, y’eut la Révolution hongroise.

L’empereur Ferdinand 1eravait adopté des lois pour transformer la Hongrie en monarchie constitutionnelle, avec un parlement pis toute; mais son successeur, François Joseph (le beau Franz à Sissi avec le cou raide, dans les films) avait décidé de mettre la hache là-dedans sans raison.

En crisse, les Hongrois se révoltèrent. Y’eut une guerre. Les Hongrois pardirent.

Pour échapper à l’empereur, le premier ministre se poussa en Turquie, non sans faire une dernière vacherie : y pogna la Sainte Couronne pis le reste des cossins sacrés du couronnement pis enterra toute ça dans une swompe à la frontière. Les autorités impériales durent charcher dans’bouette pendant quatre ans avant des artrouver.

Charles, le successeur à François Joseph, fut le darnier à porter la Sainte Couronne. C’tait comme écrit dans l’ciel — argardez comme y’avait l’air tata avec sa couronne trop grande :

Charles à son couronnement avec sa femme, Zita de Bourbon-Parme, pis son garçon, Otto.

Après la Première Guerre mondiale, la monarchie fut abolie. Pis à mesure qu’on s’approchait du monde d’à c’t’heure, la Sainte Couronne devint plusse un symbole qu’autre chose, mais quand même un symbole national super important pour les Hongrois.

La Sainte Couronne s’épivarda une darnière fois pendant la Deuxième Guerre mondiale, pis c’te fois-là, a l’alla pas mal loin.

Le gars qui dirigeait la Hongrie, l’amiral Miklós Horthy, avait tellement la chienne du communisme qu’y préféra s’allier avec Hitler plutôt que de risquer une invasion par les Russes.

Mais quand l’Armée rouge commença à avancer sans que parsonne puisse l’arrêter, Horthy enterra la Sainte Couronne et ses cossins queque’part en Allemagne.

C’est les Américains qui la ramassèrent, pis a passa un bon boutte d’la guerre froide dans un coffre-fort à Fort Knox , aux États-Unis.

Finalement, en 1978, le secrétaire d’État des États-Unis ardonna la Sainte Couronne à la Hongrie, pis a bougea pu jamais du Parlement hongrois après ça.

Faique c’est ça! Un casse en or qui a eu une vie plus excitante et arbondissante que la majorité de nous-autres.

Quand l’astie d’pandémie va être finie, on s’organise-tu un voyage en gang pour aller la voir… en parsonne?


Source : László Péter, « The Holy Crown of Hungary, Visible and Invisible », The Slavonic and East European Review, 2003.
Hélène Kottaner, Les mémoires d’Hélène Kottaner, 1440.
Géza Pálffy, A Szent Korona és a koronaláda balesete 1638-ban, 2007.

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La Sainte Couronne de Hongrie : quequ’un comme toé pis moé (ou presque) — partie I

Mettons moé, là, j’rentre dans’tour de Londres, j’me faufile dans’salle des joyaux d’la couronne, j’pète une vitre, ch’pogne la grosse maudite couronne à Grand-M’man Lilibeth pis j’me la crisse su’a tête, j’deviens-tu automatiquement reine d’Angleterre?

Non. Ishh non.

M’as plutôt me faire ramasser, la face à terre pis le ti-bras dans l’dos, pis sacrer cul par-dessus tête aux oubliettes.

Mais, on jase, là : mettons, dans l’temps où la Hongrie était encore une monarchie, que j’avais mis la main su la couronne royale pis mettons que j’me l’étais mis su’l chef?

J’me serais probablement faite ramasser quand même, mais théoriquement, oui, j’aurais été reine!

Parce que les Hongrois, eux-autres, y font rien comme tout l’monde. Leur langue a rapport avec aucune langue des autres pays autour, y trippent sur le paprika comme parsonne, pis leu couronne royale – la Sainte Couronne ou Couronne de saint Étienne – c’est quequ’un.

Vous avez ben compris.

La Sainte Couronne, c’t’une parsonne au sens d’la loi. C’est elle le vrai souverain de la Hongrie, pis quiconque la porte devient roi ou reine.

Ça a l’air bizarre de même, mais j’vas toute vous expliquer ça. Avant d’continuer, par’zempe, ch’pourrais ben vous la montrer, hein, la fameuse couronne?

Quins, c’est elle.

Est cute, hein, avec ses pendrioches pis sa tite croix croche?

Elle est pleine de belles grosses garnottes précieuses. Ses faces de saints apôtres en émail y donnent un p’tit charme grec, pis y’a assez d’or là-dedans pour t’acheter un chalet pis une terre à bois; mais, vous trouvez pas qu’elle a un p’tit quequ’chose de… gossé su’l fly?

De quoi qu’a l’a d’l’air pis pourquoi, on va en r’jaser tantôt.

Mais pour commencer, m’as vous expliquer pourquoi la couronne, c’est « quequ’un ».

Dans toutes les monarchies, le principe, c’est que toute l’autorité part du Bon’Yeu.

Normalement, comment ça marche, c’est que Dieu tire son laser d’autorité divine drette su le roi ou la reine, pis c’est lui ou elle, en tant que parsonne faite en viande, qui fait le relais entre le Seigneur pis les sujets du royaume. Le couronnement, c’est yinque une signature de contrat : pas besoin d’une couronne en particulier pour que ça marche – les rois de France, eux autres, y se faisaient tout l’temps faire des nouvelles couronnes quand y s’tannaient des vieilles.

Mais en Hongrie, c’tait pas d’même que ça marchait pantoute. Pour devenir roi, ça te PRENAIT la Sainte Couronne. Cette couronne-LÀ. Parce que le laser de pouvoir divin, au lieu de passer par la viande du souverain, y passait par la couronne. C’tait la couronne elle-même qui avait l’autorité pour régner, qui avait toute les pouvoirs, qui était propriétaire des terres du royaume, pis qui faisait le lien entre les cieux des anges pis l’plancher des vaches.

Pis le roi ou la reine, essentiellement, c’tait yinque un rack qui la porte pis qui parle en son nom.

Vous m’creyez pas? Tchéquez ça : en 1480, le palatin de Hongrie (ça c’est genre, le plus haut fonctionnaire du royaume) a dit :

Si le gars qui a comme job de protéger la couronne le dit, c’est que ça doit être vrai.

À c’t’heure, vous d’vez ben vous d’mander : « C’est ben beau, mais pourquoi c’est d’même? Pis POURQUOI la tite croix su’l dessus d’la couronne est croche pis que personne l’a arrangée? Ça me GOSSE! »

Les nerfs, gang. Les réponses s’en viennent. Mais pour ça, va falloir artourner 1 000 ans en arrière. Pis vous allez voir, avec une histoire de même, c’est surprenant que la Sainte Couronne soit pas plus teur que ça.

Faique! Si on s’fie à la version officielle, la Sainte Couronne aurait été donnée par le pape au premier « vrai » roi de Hongrie, Étienne 1er (István en Hongrois), au début de l’an 1000.

C’tait dans une période où les différentes gangs de «païens» se mettaient à s’unifier, en général sous la gouverne d’un gars un peu plus brillant pis un peu plus visionnaire que les autres (par exemple, Clovis pour la France, au 5e siècle), pour ensuite former des royaumes chrétiens.

Parce qu’on était aussi à une époque où les seigneurs païens se convertissaient, soit parce que leu femme arrêtait pas de les gosser avec ça (encore comme Clovis, qui se faisait rabattre les oreilles avec Jésus par sa femme Clotilde) ou bedon parce qu’y trouvaient qu’y l’avaient-tu l’affaire, les rois chrétiens, avec leu couronne pis leu sceptre en or pis leu pape pis leu couronnement pis leu belle cape en velours :

« Heille! J’veux ça, moé’ssi! »

Entécas bref, après avoir effoiré les chefs de clans rivaux, Étienne, grand prince des Hongrois, aurait demandé au pape d’y donner sa bénédiction comme souverain pis d’y envoyer une couronne pour rendre ça officiel. Y voulait que ça soit comme un symbole du fait qu’y avait des comptes à rendre juste à Dieu, pis pas à l’Empire byzantin ni à l’Empire romain germanique, les deux mégapuissances du temps.

Après ça, pour en rajouter une couche, y’aurait consacré son royaume à la Vierge, pis la Sainte Couronne s’rait devenue le symbole de ça.

Étienne est mort en 1038 pis y’a été canonisé en 1078, faique c’est pour ça que la Sainte Couronne s’appelle aussi couronne de saint Étienne.

C’est ben beau comme histoire, mais la plupart du monde s’entend pour dire que c’te couronne-là a jamais touché à un ch’feu à Étienne – a daterait d’un ti-peu plus tard, du règne du roi Géza 1er, une quarantaine d’années après.

Pis à part de t’ça, ça s’rait une couronne de femme! Argardez icitte. Ça, c’est un portrait de l’impératrice byzantine Irène, qui s’adonnait justement à être une princesse hongroise :

Vous trouvez pas que sa couronne arsemble au bas d’la Sainte Couronne, mais avec un étage de plus?

Justement. Pourquoi le pape aurait envoyé une couronne de femme à Étienne 1er?

En fait, la partie du bas d’la de la Sainte Couronne s’appelle la « couronne grecque », pis on pense que ça aurait été un cadeau de l’empereur byzantin Michel VII Doukas au roi Géza, un p’tit extra qui v’nait avec la femme byzantine qu’y lui donnait en mariage.

D’ailleurs, on voit la face de l’empereur sur un des portraits en émail d’la couronne :

Faique déjà, on voit que c’t’un peu l’bordel dans l’histoire d’la Sainte Couronne. Ch’parle yinque au conditionnel, parce c’est toute c’qu’on a, des hypothèses, pis rien d’sûr parce que les chercheurs ont même pas l’droit d’examiner la couronne de proche : vu qu’a l’est considérée comme une parsonne, ça s’rait comme taponner la reine d’Angleterre.

Su l’boutte du haut, la « couronne latine », on en sait encore moins. C’est la partie qui a vraiment l’air gossée su’l fly.

Tsé, tchéquez l’dessus. Jésus a la croix plantée drette au milieu du bide. Ça peut pas avoir été pensé d’même exprès.

Les bandes en or sont censées représenter les 12 apôtres, mais y’en manque 4. Sont où?

Y’a une théorie qui dit que la couronne qu’on connaît à c’t’heure, c’tait pas la couronne originale; a l’aurait été assemblée vers 1270, dans l’boutte d’la mort du roi Béla IV.

Y’avait d’la chicane dans’famille, pis la princesse Anna, la fille à Béla, se s’rait sauvée à Prague avec l’ancienne couronne pour faire chier Étienne V, son frére pis l’héritier du trône. Étienne était un peu dans’marde : ça y prenait une couronne, faique y décida de s’en gosser une.

Là, vous vous dites, « ouais mais ça marche pas, Matante Poêle, t’avais dit que fallait absolument avoir la couronne pour être un vrai roi ». Mais en 1270, c’tait pas encore tout à faite commencé, c’t’affaire-là. Par exemple, en 1078, le roi Ladislas Ier avait refusé de s’mettre une couronne su’a tête, parce qu’y « préférait une couronne divine plutôt qu’une couronne terrestre de roi mortel ». Tu parles d’un péteux.

Pis quand même, quand la princesse Anna a volé la couronne, c’tait pas la première fois que ça arrivait. En 1162, Ladislas II avait usurpé le trône se son n’veu de 15 ans pis était parti avec la couronne comme un méchant dins bonshommes à’tévé.

Faique entécas, là Étienne V avait besoin d’une nouvelle couronne au plus crisse :

— Shitshitshitshit qu’est-cé qu’on fait? J’ai l’air d’un beau cave, moé-là!
— Calmez-vous, Votre Hautitude. On va aller voir c’que vous avez dans la trésorerie, pis on va vous patenter d’quoi. Quins, c’te couronne-là, est-tu pas pire?
— Mais c’t’une couronne de femme!
— Parsonne va allumer, Votre Énormité. Faut juste y rajouter d’quoi, quins… Ça, avec les apôtres? Y’a des faces dessus aussi, ça va fitter avec l’autre boutte.

Le « ça », c’tait un astérisque liturgique, une affaire qui sarvait à couvrir le pain consacré dans l’Église orthodoxe. Genre de même :

Astérisque, de « aster » — étoile en grec. Pis comme la patente en forme d’étoile dans les textes*. On va s’coucher moins niaiseux à soir!

— Mais c’est ben que trop grand pour une tête, voyons don.
— On va yinque couper les quatre apôtres du bas, Votre Proéminence.
— Mais…
*SCRITCH SCRITCH*
— Quins, vous voyez? Pas pire, hein? Y manque juste une tite croix su’l dessus, pis ça va être tiguidou.
— Heille, c’tu fais-là! Attention au Chriiiiiiiii—
*KROK*
— Tadam! La v’là, vot’couronne!
— Euh…

Faique ça s’rait comme ça que s’rait née la Sainte Couronne. Mais j’vous rappelle, c’est yinque une hypothèse, pis parsonne le sait vraiment.

Ça s’rait pas mal à partir de là que la Sainte Couronne est devenue obligatoire pour régner.

En 1301, roi André III mourut sans successeur doué de zouiz. Y’avait juste une fille, Élizabeth.

Ailleurs, genre, en Angleterre, la couronne allait obligatoirement du souverain à son plus proche parent, quitte à mettre un ti-coune faible, ou, cachez ce sein que je ne saurais voir, une FEMME sur le trône. Mais, en Hongrie, c’tait pas mal les grands seigneurs qui décidaient qui allait monter sur le trône. C’tait le fils du roi précédent qui avait la priorité; une fille avait pratiquement aucune chance de régner. Mais si le successeur héréditaire s’montrait mou ou faisait pas l’affaire des grands seigneurs, y pouvait se faire tasser par un frère, un n’veu, un oncle, le mari de sa sœur, alouette.

À la mort d’André III, chaque p’tit groupe de seigneurs se choisit un prétendant au trône. Y’eut donc une lutte à trois entre Venceslas, prince héritier de Bohême pis fiancé d’la princesse Élizabeth, Othon III de Bavière pis Charles-Robert d’Anjou-Sicile, qui étaient respectivement fils et p’tit-fils de princesses hongroises.

Dans le bordel de la guerre civile, le prince Venceslas se poussa avec la Sainte Couronne. Finalement, quand y devint roi de Bohême à’mort de son père, y se dit qu’y n’avait ben assez d’un royaume pis renonça au trône de Hongrie. Y donna la couronne à Othon, qui se fit couronner; mais pas longtemps après, Othon fut capturé par Ladislas Kán, seigneur de Transylvanie.

Faique quand Charles-Robert finit par gagner le trône pour de bon, y s’fit couronner, mais avec une autre couronne, parce que la Sainte Couronne était entre les mains de Ladislas Kán. Ça passa pas. Le pape, qui était de son bord, y’envoya une couronne qu’y avait bénite lui-même à’mitaine, se disant que ça f’rait la job, mais les Hongrois arfusèrent d’arconnaître Charles-Robert comme roi tant qu’y était pas couronné avec la vraie affaire.

Tanné de toute c’te tétage-là, le pape envoya son légat, Gentil de Montefiore, essayer de convaincre Ladislas Kan d’y ardonner la Sainte Couronne.

Y’essaya d’abord d’être gentil (badoum tish), mais c’est yinque quand y menaça Ladislas de l’excommunier que la Sainte Couronne s’artrouva enfin su’a tête à Charles-Robert.

Avec ça, la nouvelle dynastie des Anjou était ben installée su’l trône après 8 ans de chicane sanglante. Charles-Robert eut un beau règne pis une descendance nombreuse. Tchéquez ça : elle, c’est sa femme Élizabeth de Pologne pis ses trois gars pis deux filles.

Pis son fils Louis était pour devenir un des plus grands rois de Hongrie. Faique pour un boutte, la Sainte Couronne pouvait être sûre de pas être volée, cachée, gossée, taponnée, transformée, maganée ou prise en otage.

Sauf que là, on a juste couvert 300 ans d’histoire, y’en reste 700, pis y commence à être tard.

Allez-vous être capables d’attendre une semaine pour savoir comment ça se fait que la tite croix su’l dessus d’la Sainte Couronne est croche?

Partie II


Source : László Péter, « The Holy Crown of Hungary, Visible and Invisible », The Slavonic and East European Review, 2003.

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La raille de Lady Godiva

« Godiva? C’est pas une marque de chocolat, ça? »

Si c’est ça qu’vous vous dites en ce moment, ben v’la vos trois morceaux de robot. Mais le nom d’la marque, ça vient d’où?

Selon la légende, au Moyen-Âge, y’avait une madame appelée Godiva qui aurait traversé la ville de Coventry, en Angleterre, flambant nue su son ch’fal cachée yinque par ses grands ch’feux longs.

C’tu vraiment vrai? Pourquoi a l’a faite ça? C’tait-tu une influenceuse avant l’temps qui voulait partir une mode pis s’rendre intéressante?

C’qu’on sait, c’est que dans l’boutte de l’an mille, en Angleterre, y’avait vraiment une madame appelée Godiva qui était mariée avec Léofric, un noble saxon qui, comme son nom l’dit, avait ben du fric. Badoum tishe.

Mais bon. Première affaire, la madame s’appelait pas vraiment Godiva. Son nom, c’tait « Godgifu ». Ça veut dire « god’s gift » en anglais, ou « don de dieu » pour nous-autres. C’est juste que par après, les historiens qui écrivaient en latin on trouvé que c’tait un nom à coucher déhors, faique y’ont changé ça pour « Godiva ».

Faique toujours selon la légende, Léofric était un gros épais à l’argent qui faisait crever son monde de faim avec des taxes pas d’allure. 

C’tait rendu tellement épouvantable que les méres de toute la contrée se pointèrent au manoir à Léofric pis Godiva avec leux flos qui braillaient pour supplier Léofric de slaquer ses taxes. 

Ben crère, y leut rit dans’face :

Godiva, ben en peine en voyant la misère du monde, se mit à tanner son mari pour qu’y baisse les taxes. 

C’t’un classique, ça, dins histoères : un gros porc de bonhomme pas d’empathie qui fait étriver le monde, pis sa femme toute fine sensible qui finit par le convaincre d’avoir du coeur. 

Sauf que dans la vraie vie, c’tait pas aussi simple.

On sait que la première fois que la légende de Lady Godiva a été racontée, c’tait 200 ans après sa mort, par un moine de l’abbaye de Saint Alban’s.

À l’époque de Godiva, les femmes saxonnes avaient le droit de posséder des terres à leu nom pis de gérer tu’seules leur argent. C’est plusse qu’on peut en dire des Québécoises v’la pas si longtemps.

Faique deuxième affaire, Godiva était pas mal riche elle-même; en fait, y’est probable que la ville de Coventry y’appartenait à elle, pas à Léofric, pis que le gars avait pas d’affaire pantoute à claquer des taxes au monde de la place.

Faique qu’est-cé qui s’est passé dans le jeu d’téléphone de l’histoire pour que la légende vire de même?

Deux siècles plus tard, on était rendus complètement d’un autre monde du point de vue social pis culturel, faique y’en a qui pensent que le moine aurait juste bogué en entendant parler d’une femme qui avait des biens pis de l’autorité; y’aurait donc changé les détails pour donner toutes les pouvoirs à Léofric, parce que ça fittait plusse avec sa vision du monde.

Entécas, Godiva continua d’achaler Léofric pour qu’y baisse les taxes, jusqu’à ce qu’y se tanne :

Faique Godiva descendit aux écuries, se dégreya complètement, détacha ses ch’feux pis embarqua su son ch’fal. Dépendamment de la version, elle était accompagnée par une servante, ou par deux chevaliers.

Troisième affaire, ça se peut que notre moine de Saint Alban’s aye mal compris l’histoire : Godiva était pas TOUT NUE, c’est juste qu’a portait pas toute son beau linge, ses manteaux d’fourrure pis ses pierres précieuses de d’habitude par solidarité avec le pauvre monde. À une époque où les femmes servaient un peu de racks pour montrer sa richesse, ça aurait solidement fait chier son mari pis faite scandale.

L’autre possibilité, c’est que quequ’chose s’est vraiment pardu dans les siècles pis la traduction, pis qu’au départ, on voulait dire que Godiva était tellement généreuse avec les pauvres pis l’Église qu’a se « dénudait » de ses possessions, pis que le moine s’est juste complètement fourré.

Godiva passa donc au travers d’la ville pis d’la place du marché dans l’abaissement le plus total.

Quatrième affaire, dans c’temps-là, Coventry était à peine un croche dans l’chemin avec queques maisons, un village de même pas 500 habitants; faique techniquement, la raille de Godiva aurait pas duré ben ben longtemps.

Par respect pour leu seigneuresse, les habitants se seraient enfermés chez eux pour pas la voir passer à poil, sauf un, un gars appelé Tom. Y’aurait pas pu s’empêcher de sniquer par une craque dins rideaux, faique Dieu l’aurait rendu aveugle, pis c’est de là que vient l’expression « Peeping Tom », qui veut dire « voyeur » en anglais. De nos jours, à Coventry, c’est plein de statues de Godiva, mais y’a aussi un tapon de statues de Peeping Tom, comme celle-là icitte :

Sauf que, cinquième et dernière affaire, ce détail-là est juste apparu au 15e siècle, probablement ajouté par quequ’un qui voulait mettre du piquant pis une morale à deux cennes dans l’histoire.

Faique finalement, après un ti peu de décortiquage, on se rend compte que la légende est à peine plusse vraie que Blanche Neige et les sept nains. Mais clairement, l’histoire de Godiva/Godgifu a inspiré pas mal de monde, des habitants de Coventry aux peintres victoriens en passant par les chocolatiers pis les poètes. Pis on a passé un beau vingt menutes ensemble à en parler, faique c’est toujours ben ça.

Le banquet de Nyköping

Ah, l’temps des Fêtes. On s’entend que c’t’année, avec la COVID pis les restrictions sanitaires pis toute ça, c’est pas parti pour swinger ben fort dins chaumières au réveillon. Mais en 1317, pour la famille royale de Suède, y’aurait p’t-être mieux valu que tout l’monde reste chez eux.

Le 10 décembre, le roi Birger arcevait ses deux fréres à son château de Nyköping pour un p’tit party de famille. Quand les deux arsoudirent, Birger leu souhaita la bienvenue pis leu fit de chaleureux colleux.

Ça avait l’air ben beau, ah l’amour fraternel, mais ça avait pas toujours été d’même.

Artournons un peu en arrière. Quand le roi Magnus III de Suède mourut en 1290, c’est Birger, le plus vieux de ses trois gars – qui avait quand même yinque dix ans – qui fut couronné. Les deux autres, Eric pis Valdemar, arçurent des territoires eux-autres avec, mais y restaient quand même des vassaux à Birger – des numéros 2, essentiellement.

Pis ça faisait pas leur affaire. Surtout Eric : y’était marié avec la fille du roi de Norvège, qui répondait au doux nom d’Ingeborg, pis vu qu’y était safre, y’avait l’œil sur le trône de Norvège ET lui de Suède. Ça fit de la marde dès l’départ.

J’vous évite toutes les grenouillages qui suivirent, mais pour s’débarrasser d’leu frére, Eric et Valdemar allèrent jusqu’à dire des menteries au sujet de Torgils Knuttson, le régent et protecteur à Birger, pour le faire exécuter (ici, c’est bien de dire que Waldemar était marié avec la fille de Torgils; mais comme Valdemar avait quand même 2-3 scrupules qui traînaient dins craques du divan de son âme, y s’arrangea pour qu’un curé encule des mouches assez creux dans l’droit canonique pour y trouver un prétexte de divorce, histoire que ça paraisse moins mal).

Bref, à c’t’heure que son protecteur était tassé, Birger était vulnérable.

Les frères niaisèrent pas avec la puck : moins d’un an après, y se rendirent à Håtuna, où Birger avait un chalet. Le roi, qui était su’l bord de souper pis s’doutait de rien, leu dit :

« Heille! J’vous attendais pas icitte, tu parles d’une surprise, toé! V’nez don vous assire avec nous-autres! »

Sauf qu’Eric et Valdemar étaient pas là pour deviser gaiement autour d’une platée de boulettes Ikea : drette là, y firent capturer Birger, sa femme Marta, un archevêque qui traînait là, pis toutes ceux qui étaient là pour les protéger.

Après ça, y’enfermèrent Birger et compagnie au château de Nyköping pis se mirent à régner sur la Suède comme si y’existait pas.

Birger resta emprisonné 2 ans, avant de finalement réussir à sortir pis à retrouver son trône grâce une grosse rançon pis à un jeu d’alliances hyper compliquées entre la Suède, la Norvège pis le Danemark.

Dins dix années qui suivirent, y’eut presque pas de chicane entre les frères. Jusqu’au jour du fameux réveillon d’Noël 1317 à Nyköping. En arcevant l’invitation, Eric était pas sûr, mais Valdemar était comme :

« Nanon! J’ai vu Birger v’la pas longtemps, pis y nous haït pu pantoute, j’te jure! »

Faique les trois frères eurent un ben beau réveillon, avec la boisson qui coulait à flots pis ben du plaisir pis d’l’agrément. À’fin d’la soirée, Eric pis Valdemar, assez pompettes merci, allèrent se coucher tout contents.

C’est là que Birger frappa : quand y furent ben endormis, y’envoya ses gars armés jusqu’aux dents pour les capturer dans leu litte.

Après ça, y les crissa dans le donjon où y l’avaient lui-même faite enfermer 12 ans avant, en leu disant :

Y les laissa sécher là, attachés par le cou pis les mains, à fermenter dans leux propres dépôts, jusqu’à ce qu’y meurent de faim. Y jeta même la clé du donjon dans’rivière.

Et après ça, supposé que Birger aurait dit, comme un méchant dans les bonshommes du samedi matin à la TV :

« Mouahaha! À c’t’heure la Suède est toute à moé! »

Sauf que, pas tant. L’année d’après, y’eut une révolte, faique Birger dut se sauver au Danemark où y mourut en 1321. Pis finalement, c’est l’fils à Eric qui monta su’l trône de Suède. Pouet Pouet.

Faique comme vous disais, c’t’année-là, ça aurait été mieux pour tout l’monde si on avait été en pleine pandémie.

La débarque historique des Templiers, en queques menutes

(Voici un p’tit boutte de morceau pour vous faire patienter, vu que le texte sur Jos Montferrand sortira yinque le 25.)

Bon. Ch’t’en retard avec ça, mais y’est jamais trop tard pour ben faire, hein?

Hier, c’tait le 13 octobre. Faique ça a fait 713 ans depuis le vendredi 13 octobre 1307, l’jour où toutes les Templiers de France ont été arrêtés d’une shot par les hommes du roi Philippe le Bel.

Au départ, les Templiers, y s’appelaient les « Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon ». Y s’étaient donné comme mission de protéger les pèlerins qui s’en allaient à Jérusalem – arprise par les Chrétiens pendant les croisades – pis que les bandits pognaient comme les gornouilles pognent des grosses mouches gourfues qui volent pas vite.

Mais les Templiers restèrent pas pauvres ben longtemps : y se mirent à r’cevoir des dons de partout, des nobles pis des rois comme du monde ordinaire. Y se faisaient léguer des bien pis des terres à la pochetée, pis comme y géraient ça en champions, toute ça a fructifié sur un moyen temps.

Un m’ment’né, parzempe, les croisades ont fini par finir, pis les Templiers ont pardu leux châteaux pis leux terrains en territoire musulman. Y’avaient pardu leu but premier. Mais y’étaient encore full riches, full puissants pis protégés par le pape… De quoi rendre Philippe le Bel, roi de France, ben jaloux.

Faique le roi demanda au pape Clément V de partir une enquête sur les Templiers : supposément qu’y crachaient sur les crucifix pour le fun pis qu’y vénéraient le démon Baphomet.

Sauf que l’pape, qui avait pas pantoute envie de faire ça, se traîna un ti peu les pieds, faique Philippe le Bel se tanna : y’organisa, dans le plus grand secret, l’arrestation de l’Ordre au complet en France. Pis comme les Templiers étaient pas des bandits, y se laissèrent emmener comme des agneaux.

Le roi saisit toutes leux biens, parce que tsé, ben sûr. Y les fit torturer, pis même le grand chef, Jacques de Molay, passa au batte lui avec. À force de se faire étirer su tou’és sens pis brûler l’tsour des pieds, les pauvres chevaliers finirent par avouer n’importe quoi pour que ça arrête.

Y’en a qui avouèrent, mais qui se rétractèrent après, faique Philippe le Bel les condamna toute au bûcher.

Rendu là, Clément V sentit que Philippe le Bel commençait à avoir le dessus, pis que lui avait l’air de plus en plus fou à mesure que le temps passait pis qu’y continuait à soutenir les Templiers. Faique y r’vira sa froque de bord, désavoua Jacques de Molay pis dissolut l’Ordre.  

Jacques de Molay était en beau saint ciboire de tabarnak.

Y passa finalement au bûcher le 18 mars 1314. Supposé qu’avant de mourir, y lança une terrible malédiction au pape pis au roi :

Clément V mourut le 20 avril 1314, probablement d’un cancer de l’intestin. Ses médecins lui avaient fait avaler des émeraudes pilées pour le guérir, mais on s’imagine que ça devait marcher aussi ben que l’œuf de jade dans la ploune à Gwyneth.

Quant à Philippe le Bel, y mourut d’un ACV pas longtemps après, le 4 novembre d’la même année. Pis ses trois fils pétèrent au frette sans descendance mâle, ce qui foutit la merde dans la succession pis déclencha plus tard la Guerre de Cent Ans, dont j’vous ai déjà parlé par la bande dans ma série sur la Guerre des Deux-Roses.

Jacques y était-tu pour de quoi? Sûrement pas, mais c’est l’fun d’y croire…

La Guerre des Deux-Roses, partie VII — La victoire des créâtures

Élizabeth d’York

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie III
La Guerre des Deux-Roses, partie IV
La Guerre des Deux-Roses, partie V
La Guerre des Deux-Roses, partie VI

Dins douze années qui s’taient écoulées depuis qu’son mari était mort pis que son gars Henri était parti en exil en Bretagne après la bataille de Tewkesbury, Marguerite Beaufort s’tait pas assis su ses mains en mangeant d’la crèmaglace pis en braillant. Oh que non! 

Premièrement, a s’tait armariée avec Thomas, Lord Stanley, le lord-intendant à Édouard IV. Pour s’rapprocher d’la famille royale, avoir d’l’influence pis être au courant d’toute, c’tait dur de faire mieux. En bonne plante grimpante, Marguerite avait pas mis grand temps à s’faufiler proche d’la reine, qui l’avait jusque choisie pour être la marraine à Brigitte, la plus jeune de ses filles. 

À’fin, y’était même question qu’Henri son garçon arvienne d’exil pis marie une des filles à Édouard pis Élizabeth. Sauf que comme j’vous ai dit, Édouard IV était mort, pis toute avait crissé l’camp en m’nant un train du yâble, comme la fois qu’Mononc’Poêle s’est enfargé dins marches en pleine nuite chez Pépére pis Mémére Poêle. 

Au début, Marguerite avait décidé de filer doux pis d’essayer d’s’entendre avec le roi Richard, mais a l’avait vite changé d’idée. Ça y tentait juste pas d’être fine avec un méchant mononcle tueur de n’veux. Comment faire d’abord pour ramener Henri en Angleterre?

Y restait pu yinque une solution : l’mettre su l’trône à’place de Richard. Pis ça allait passer par les femmes.

Sachant que l’ex-reine Élizabeth avait le même docteur qu’elle, Lewis Caerleon, a se servit d’lui pour y’expliquer son plan – pis c’est là qu’on les artrouve, dans le sanctuaire de l’abbaye de Westminster :

« Ça m’fend l’cœur de l’dire, Madame, mais y semblerait que Richard s’est débarrassé d’vos pauvres p’tits gars pis qu’on les arverra jamais. C’est c’que Madame Marguerite pense aussi; a trouve ça dégueulasse pis a vous offre ses plus sincères sympathies. Mais là, Madame, si vos fils sont morts… C’est vot’fille Élizabeth qu’y est l’héritière légitime du trône d’Angleterre. » 

Élizabeth d’York, une belle p’tite blonde de 17 ans avec un teint d’pétale de rose d’un verre de lait, était la plus vieille des filles à Édouard IV. Pis si y’avait eu une justice dans c’te monde de poil pis d’graines, c’est elle qui aurait été reine, tout court. Mais l’Angleterre de c’temps-là était juste pas prête à voir une créâture régner toute seule – ça allait prendre une couple de générations encore. Toute ça pour dire qu’Élizabeth pouvait pas espérer devenir reine d’Angleterre sans un mari qui f’rait l’affaire de tout l’monde. Pis c’est là que l’docteur Caerleon voulait en v’nir : 

« Faique si chus icitte aujourd’hui, c’est parce que Madame Beaufort a eu un méchant bon flash : vot’fille Élizabeth pourrait marier son gars à elle! Pensez-y : d’même, les familles York pis Lancaster s’raient réunies pis tout l’monde s’rait du même bord. On s’rait sûrement capables de faire décrisser le maudit usurpateur qui vous a volé vos fils, pis vot’fille s’rait reine d’Angleterre, comme a l’est censée, avec Henri à côté d’elle. » 

Appelons un chat un chat, là : Henri était pas un super parti pour Élizabeth fille. C’tait un exilé avec pas de titres, pas de terres, pas d’argent, rien. Pour Élizabeth mère, c’tait une astie d’chance à prendre. Mais c’est vrai que, par la fesse gauche d’la fesse gauche d’la fesse gauche, Henri était toute c’qui restait d’la branche des Lancaster, pis le meilleur espoir de mettre fin à c’te maudite guerre de cousins qui durait depuis plus que 30 ans. 

— Faique… Qu’est-cé ça vous dit?
— Dites à Marguerite que j’embarque. Tant que chus pognée dans mon sanctuaire, ch’peux pas faire grand-chose, mais on va arpendre c’qui est à nous-autres!

En apprenant par le docteur Caerleon qu’Élizabeth mère y’avait donné l’go, Marguerite partit à grenouiller comme a l’avait jamais grenouillé : a fit envoyer une grosse poche de bidous à son garçon, qui était encore en Bretagne avec son mononcle Jasper, pis a chargea Reginald Bray, un de ses employés à qui a faisait ben gros confiance, de faire le tour des nobles pour voir si, mettons qu’y avait un moyen de renverser Richard, y’embarqueraient-tu, tsé veut dire. 

Comme prévu, l’idée du mariage entre Élizabeth fille pis Henri Tudor fit l’affaire de ben du monde. Même les Yorkistes les plus fidèles, écœurés par ce que Richard avait faite à ses n’veux, étaient d’accord avec le plan. 

Pis j’sais pas si vous vous rappelez du duc de Buckingham, tsé lui qui était super crinqué pour Richard pis qui avait convaincu les autres nobles du conseil de déshériter les deux gars à Édouard IV? Fouillez-moé pourquoi, mais y décida d’arvirer sa ch’mise du jour au lendemain pis finit par être considéré comme LE gars en arrière d’la rébellion. C’t’un peu chien pour Marguerite, mais comme vous allez voir, ça allait être aussi ben d’même. 

Le plan, c’tait que les différents groupes d’anti-Richard, dont les Woodville – la famille à l’ex-reine Élizabeth – s’atrouvent pis attaquent ensemble. Mais là, un des chefs eut la rébellion précoce pis se lâcha huit jours plus tôt que prévu. Ça mit la puce à l’oreille à Richard, pis quand Buckingham se pointa, au courant de rien, le roi l’attendait avec une brique pis un fanal. 

Pogné les culottes à terre, Buckingham put pas faire autrement que de se sauver. Pis comme ça court mal en maudit quand la boucle de ceinture te pète su’és jarrets, y’alla pas ben loin. Y dut se cacher dans’masure d’un pauvre farmier, à qui ça fit pas un pli su’a poche d’aller l’dénoncer à Richard. Y fut capturé pis décapité. 

Pu d’tête, la rébellion s’effoira comme Mononc’Gilles pogné du cœur après sa septième quille de Laurentide aux noces à ta cousine Jeannine. Pis en apprenant ça juste comme y mettait l’pied en Angleterre, Henri arpartit en Bretagne tellement vite que son bateau décolla su’a trace. 

Ayoye. 

Là, Richard avait la preuve que Marguerite avait comploté contre lui – c’tait comme dins émissions poches pour enfants quand l’décor tombe pis tu vois l’marionnettiste qui a l’air fou en arrière avec sa catin au boutte du bras. 

Sauf que Marguerite, a risquait pas mal plus qu’une risée. 

Richard y’ôta toutes ses titres de noblesse, ses terres pis ses revenus. Y l’aurait ben faite exécuter, aussi, si ça avait yinque été d’lui. Mais encore une fois, c’est ses alliances de plante grimpante qui lui sauvèrent la peau. 

Non seulement son nouveau mari, Lord Stanley, était ben proche d’Édouard IV quand y’était vivant, mais y’était aussi un grand chum à Richard III. Pis quand tu fais exécuter la femme de ton grand chum, les soupers entre amis sont pu jamais comme avant. Y’a une chaise vide à’table, TOUT LE MONDE sait c’est d’la faute à qui, pis même le p’tit pinot gris qu’vous ach’tiez tout l’temps goûte pu pareil. 

Autrement dit, Richard savait qu’y pourrait juste pu argarder Lord Stanley dins yeux après avoir faite décapiter Marguerite.

Désormais watchée d’aussi près qu’une floune de CPE qui a tendance à piquer une course dans’rue dès que l’éducatrice a l’dos tourné, Marguerite était pas mal neutralisée.

Sauf que sa conspiration ratée avait attisé un feu qui avait pu besoin d’elle pour brûler. 

Après l’exécution de Buckingham, les Woodville partirent en exil pis allèrent trouver Henri Tudor. C’t’année-là, le jour de Noël, le garçon à Marguerite promit officiellement d’arvenir en Angleterre, de marier Élizabeth d’York pis de « tasser c’te tyran assassin pis déviant du trône, où y’avait pas d’affaire pantoute ». 

C’tait ben beau, mais Henri était quand même yinque un nobody qui avait pas ben ben plus d’affaire su’l trône que Richard. Quand y s’embarqua pour l’Angleterre l’été d’après, y’avait yinque les Woodville en exil pis à peu-près 1 000 fiers-à-bras prêtés par la France de son bord. Quand y’arriva, y fut arjoint par queques milliers d’Anglais fâchés contre Richard, mais y reste que ça faisait pitié en maudit, son affaire. Richard allait sûrement l’effoirer comme de rien su’l champ de bataille.

Sauf que Richard, qui était déjà pas ben ben aimé à cause de c’qu’y avait faite à ses neveux, s’tait encore tiré dans l’pied.Pas longtemps avant Noël, le garçon à Richard était mort de maladie, le laissant pu d’héritier. Pis près Noël, c’est sa femme, Anne Neville, qui mourut – mais on sait pas trop de quoi. 

Ben vite, ça se mit à mémérer que Richard voulait s’armarier avec sa nièce, Élizabeth d’York. Pour le roi, c’tait pas une idée folle pareil – ça y permettrait d’avoir un nouvel héritier, pis ça farmerait la porte drette dans’face à Henri – mais pour le peuple, Richard était rendu un mononcle vicieux qui avait faite tuer sa femme pour incestuer avec sa nièce. 

Faique quand y câlla son monde pour aller affronter Henri Tudor, ça fit un peu comme quand tu déménages pis que tout l’monde disent qu’y vont être là pour échapper ton tiroir à bobettes dans’rue pis barrer du dos en l’vant tes boîtes d’Encyclopédie Grolier édition 1960, pis que le jour même, y’a juste un ou deux gars qui sont là pis y s’trouvent caves d’être venus.

Bref, Richard avait quequ’chose comme 10 000 hommes. C’tait l’double de c’qu’Henri avait, mais tsé, en comparaison, quand Édouard IV avait affronté la gang à Marguerite d’Anjou à Towton, y n’avait 35 000 avec lui. Ça vous donne une idée d’à quel point les nobles du royaume étaient pas inspirés par Richard. 

Pis là, un matin du mois d’août d’une place qu’on appelait Bosworth Field, les armées d’Henri Tudor pis de Richard III arrivèrent face à face. Lord Stanley, l’mari à Marguerite Beaufort, était du bord de Richard, mais y s’était traîné pas mal les pieds pour v’nir, pis l’roi trouvait ça louche. 

Comme Henri avait pas pantoute d’expérience pour m’ner des hommes au combat, y mit d’côté son orgueil de mâle pis confia l’commandement au comte d’Oxford, un gars qui n’avait vu d’autres. D’l’autre bord, c’est l’duc de Norfolk qui dirigeait l’armée à Richard. Oxford attaqua en premier.

Quand Norfolk pis ses hommes se garrochèrent pour l’affronter, y furent arpoussés par des piquiers – des gars armés de grosses lances pointues – pis descendre sous les balles des arquebusiers français loués par Henri. Surprise, Norfolk fut tué lui avec. Richard, privé de son commandant le plus loyal, commença à suer d’la raie. C’est là qu’y vit une bannière avec un dragon dessus – celle à Henri. 

« Crisse, si j’réussis à descendre Henri direct, on s’en sacre de ses piquiers pis d’ses arquebusiers – j’gagne automatique! »

Faique Richard pis sa garde rapprochée foncèrent direct sur Henri pis ses gardes du corps. Le roi était pas shapé comme ses frères, qui avaient été grands pis narfés – y’était chéti pis y’avait le dos croche pis une épaule plus haute que l’autre. Mais y savait s’battre en astie, par’zempe : y tua le porte-étendard à Henri, crissa en bas d’son ch’fal un de ses gardes du corps, un gros gars de 6 pieds 8, pis y réussit à s’approcher à une longueur d’épée de son rival. 

Pis c’est là que Lord Stanley, qui avait même pas encore embarqué dans’bataille, arrêta d’se pogner l’beigne pis vola à’rescousse d’Henri. Avec ses gars, y réussit à éloigner Richard d’Henri pis à l’arpousser jusqu’au bord d’une swompe. 

Le ch’fal à Richard s’enfargea dans’bouette, pis le roi dut débarquer. Entouré de ses plus grands chums, y décida de s’battre jusqu’à fin. Son porte-étendard, un gars appelé Percival Thirlwall, s’fit couper les deux jambes pis continua de t’nir la bannière à Richard à boutte de bras jusqu’à son dernier souffle. 

Richard, en infériorité numérique, continua de s’faire aller l’épée comme un démon en criant « Trahison! Trahison! » jusqu’à c’qu’y mange un gros coup de hallebarde dans l’derrière d’la tête. C’tait feni. 

Dès que la nouvelle se répandit, les hommes à Richard se sauvèrent. Le roi fut déshabillé tout nu pis garroché su’l dos d’un ch’fal comme une poche de patates. Tandis qu’on l’emmenait à’ville la plus proche, la face y péta su’l bord d’un pont, pis y fut exposé su’l plancher d’une église pendant trois jours pour que l’monde soyent ben sûrs qu’y était mort. 

Pis Henri Tudor, lui, y’était rendu roi d’Angleterre. Comme y’avait promis, y maria Élizabeth d’York, avec qui y’eut 4 enfants qui s’rendirent à l’âge adulte, dont le TRÈS CÉLÈBRE Henri VIII avec sa trâlée de femmes. 

Comme emblème personnel, y prit la rose rouge des Lancaster pis mit la rose blanche des York au milieu pour faire la rose Tudor, symbole des deux branches d’la famille qui avaient enfin arrêté d’se chicaner. 

Pis là où l’criage pis l’fessage avaient échoué, le parlage pis le grenouillage avaient triomphé. Les hommes avaient m’né la bataille finale, ben sûr, mais si les femmes s’taient pas entendues en arrière, y’aurait p’t-être fallu que j’continue à raconter pendant encore huit épisodes. Les vraies héroïnes d’la Guerre des Deux-Roses, tant qu’à moé, c’est Marguerite d’Anjou, Marguerite Beaufort pis Élizabeth Woodville. 

Faique c’est ça! 

Heille, y’est rendu tard! S’cusez-moé, j’m’en étais pas rendu compte pantoute! Les oreilles doivent vous chauffer! M’a vous conter d’quoi de pas mal moins long la prochaine fois. 

Pis soyez prudents su l’chemin en vous enrvenant! 


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.
Alison Weir, Elizabeth of York, a Tudor Queen and her World, 2013.

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