L’art de se planter solide : l’histoire de Franz Reichelt

Le matin du 4 février 1912, une trentaine de senteux étaient rassemblés au pied de la tour Eiffel. Ils étaient venus voir Franz Reichelt, un tailleur autrichien et patenteux à ses heures, qui avait annoncé quelques jours avant ça son intention sauter en bas du monument pour tester son invention : le costume-parachute.

Debout au bord de la plateforme, il branlait visiblement dans le manche, comme s’il commençait à douter de son affaire au dernier moment. Pis là, sous les yeux horrifiés des Parisiens, il se crissa dans le vide.

Franz Reichelt dans son costume-parachute. (Source : Wikimedia Commons)

Franz, qui jusque là gagnait ben sa vie en faisant des robes pour les madames autrichiennes en visite à Paris, eut dès 1910 le piton collé sur l’idée de patenter un parachute pour les pilotes en cas d’accident d’aéroplane à basse altitude.

En s’inspirant des chauves-souris, il se gossa un habit avec parachute intégré qu’il essaya plusieurs fois avec des mannequins qu’il tirait en bas du cinquième de son bloc-appartement à Paris.

Les résultats furent pas vargeux : les mannequins finissaient toujours par s’effoirer tout pétés dans la rue. Un m’ment’né, Franz lui-même sauta et survécut juste parce qu’il atterrit dans un tas de foin. Pourtant, le jeune Autrichien faisait sa tête de cochon et disait : « Si ça marche pas, c’est juste parce que je saute de pas assez haut; si j’avais cinquante ou cent mètres au lieu de vingt-cinq, ça marcherait, j’suis sûr! »

À force d’achaler les autorités, Franz eut la permission de tester son costume à partir de la première plateforme de la tour Eiffel. Il avait dit que ce serait avec un mannequin. Sauf que le matin de l’expérience, sans le dire à personne, il arriva avec le costume sur le dos, prêt à faire lui même le grand saut. Il se disait que ça fesserait en estie s’il réussissait : il aurait des offres de partout et sa fortune serait faite drette là.

Étrangement, les policiers firent pas grand cas de ce changement de programme et essayèrent même pas de l’empêcher de sauter. Sur le bord de la plateforme, à 57 mètres dans les airs, Franz se faisait aider par des amis pour déplier sa patente, ce qui prit quasiment une minute.

« Voyons, c’est ben long, se disaient les senteux au sol. Messemble que si t’es après tomber de ton aéroplane, t’as pas le temps de gosser de même! »

Franz avec sa patente, dépliée. (Source : Wikimedia Commons)

C’est alors que le tailleur s’élança comme un aigle dans l’air cru de février. Sauf que le vol du rapace vira assez vite en plongeon du fou de Bassan : les grands bouttes de toile du costume-parachute se replièrent sous leur inventeur, qui aussitôt prit de la vitesse et tomba à terre comme une roche.

Les policiers, les journalistes et les senteux se garrochèrent aussitôt vers son corps, rentré dans le sol de plus de six pouces de creux et couvert de sa patente comme d’un drap mortuaire. Y’avait plus rien à faire. Dans le fond, Franz avait raison : ça avait fessé en estie.


P. S. Pour les curieux, son plongeon a été filmé. Vous pouvez voir ça ici. Âmes sensibles s’abstenir, ben sûr.

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