Laissez-le don tranquille, pauvre ti pit : quand mini prince Charles fit scandale

(J’avais commencé quelque chose de plus épique, mais voici un p’tit sujet relax en attendant que je finisse de relever d’la COVID-19)

Veux, veux pas, à force d’être pogné en dedans de même, on finit par se souvenir des fois où on était ailleurs, ben loin d’icitte.

Pis à matin, j’me suis rappelé quand j’étais à Stornoway avec Mononc’Poêle. Mais pas Stornoway, PQ, là! Stornoway sur l’île de Lewis, dans les Hébrides extérieures, en Écosse. Maudit que c’est beau, là-bas! Fait frette comme su’l bord du fleuve, le gros vent dans’face, mais y’a des plages de sable blanc avec des eaux turquoises, des montagnes bourrées de cerfs avec des panaches comme dins contes de fées, pis des constructions tellement anciennes et mystérieuses qu’on sait même pas à quoi ça servait, comme les pierres de Callanish pis le broch de Dun Carloway.

Mais bon. J’vas arrêter ça là, parce que l’Office du tourisme de l’île de Lewis me paye pas une cenne. Ce dont je voulais vous parler, c’est la fois où le prince Charles, encore mineur, s’est fait pogner en flagrant délit de boisson à Stornoway.

L’héritier du trône qui se saoule au tendre âge de 14 ans! Le monde entier était scandalisé.

Mais c’tait plusse compliqué que ça. R’tournons en arrière un peu.

Vous avez p’têtre vu la série The Crown? On voit mini Charles pogné pour aller à Gordonstoun, un pensionnat frette et glauque en Écosse, parce que son père pensait que ça allait y forger le caractère.

Pauvre p’tit pit, y’était toute maigre pis toute doux. Y’était pas faite pour vivre à la dure! Été comme hiver, y’était obligé de dormir les fenêtres ouvertes, pis le matin, y se faisait réveiller à 7 heures moins quart pour aller courir dehors en shorts pas de t‑shirt pis prendre une douche frette avant déjeuner. Des affaires pour attraper la mort.

Les autres flos riaient de ses oreilles en porte de grange. Dès que quequ’un commençait à se mettre ami avec, y se faisait traiter de téteux pis de licheux. Pis comme si c’était pas assez pénible de même, le surveillant de dortoir, lui, se pétait un petit power trip : y’avait mis Charles pis le prince Alexandre de Yougoslavie en charge des vidanges, parce que ça l’amusait de rabaisser les p’tits gars royaux.

Mettons que ça ramène sur terre.

Entécas, à sa deuxième session d’école, Charles réussit à se tailler une place sur le voilier Pinta, un des deux qui appartenaient à Gordonstoun, et partit naviguer le long de la côte Nord de l’Écosse. Ça faisait partie du programme scolaire, parce que tsé, quel prince digne de ce nom sait pas faire de la voile?

Pis un jour, le voilier arriva au port de Stornoway. Charles pis quatre autres flos eurent la permission d’aller à terre pour luncher pis voir une vue au cinéma (It Happened in Athens avec la plantureuse Jayne Mansfield). Donald Green, le garde du corps de Charles qui le suivait partout pis qui était probablement son seul confident, descendit avec eux-autres.

Mais là, le monde de Stornoway étaient pas fous : y reconnurent tu’suite le voilier, pis y commencèrent à se taponner sur le quai pour voir si Charles était à bord. Le temps que Green amène les flos à l’hôtel Crown, y’avait déjà une gang de woireux qui se collaient le nez dins fenêtres.

« Attendez-moé là, j’vas aller nous pogner des billets pour le film tantôt, pis j’vous r’joins pour dîner, ok? » dit Donald Green avant de ressortir.

Faique là, Charles pis ses tizamis se retrouvèrent tous seuls dans le lounge de l’hôtel.

Dehors, les woireux s’étaient multipliés. Ça sentait dins vitres, ça placotait pis ça grouillait; un peu plus pis y r’soudait un vendeux de popcorn pis un joueux de ruine-babines, pour l’ambiance.

« Aaaahh, non! J’haïs ça quand ça fait ça! J’me sens comme une girafe à deux têtes ou bedon un ours qui danse la claquette! Qu’est-cé m’as faire? »,  se demanda le pauvre Charles, rouge jusqu’aux oreilles.

Gêné pis à boutte, le prince se chercha une échappatoire : n’importe y’où c’qu’y avait pas de fenêtres – même une armoire à balai allait faire la job. Faique y prit la première porte du bord.

Pas de fenêtres, pu de woireux : yes! Mais y v’nait yinque de régler un problème qu’y tomba face à face avec un autre :

« Oh non! C’est un bar, icitte! »

Dans la tête de Charles, le p’tit hamster se mit à pédaler sur un moyen temps. La première affaire qui lui vint à l’idée, c’est que dans un bar, la règle, c’est commande de quoi ou décrisse. Y savait ben qu’il était trop jeune pour boire; premièrement, c’était illégal, pis deuxièmement, si le directeur de Gordonstoun l’apprenait, y risquait de manger une couple de coups de canne.

Mais, dans l’moment, l’important, c’était de pouvoir rester dans le bar. Faique y s’avança, toute timide, vers la barmaid.

—     Salut! Qu’est-cé ch’te sers? demanda-t-elle, sans le carter ni se douter une seconde qu’a parlait à l’héritier du trône britannique.  
—     Euhhh…

Charles fit une face de chevreuil en avant d’une van sur la 132 à 11 heures du soir. Y’était pas un expert en boisson, lui! Y’avait aucune idée de quoi commander!

« Woyons, pense vite, Charles! Un drink, un drink, pense à un drink! »

Y pensa au seul alcool qu’il avait déjà goûté, jusse une tite gorgée, quand y faisait frette à la chasse avec sa mère :

—     Euh, un brandy aux cerises!
— Ok mon pit, ch’t’apporte ça!  

Y paya pis s’éloigna du bar avec son p’tit verre, tout innocemment.

L’affaire, c’est que le pauvre prince pouvait même pas lâcher un pet sans que ça sorte dans les journaux. L’automne d’avant, la Ligue contre les sports cruels avait pogné les nerfs quand Charles avait tué son premier cerf à Balmoral. Pis un pasteur de l’Église libre d’Écosse l’avait accusé « d’envahir le jour du Seigneur » parce qu’y était allé faire du ski dans les monts Cairngorms un dimanche.

On dira c’qu’on voudra sur la monarchie, mais dans c’temps-là, Charles était juste un p’tit gars qui essayait de vivre sa vie de p’tit gars, mais avec un millénaire de traditions, d’obligations pis de conventions qui y pesaient su’l dos.

Faique là, pendant qu’y sirotait son p’tit drink sucré, y se doutait pas qu’une quelqu’une le checkait au travers des tables pis des chaises comme un jaguar dins buissons… Une journaliste qui savait qu’a venait de pogner un super scoop.

Drette le lendemain, la nouvelle faisait le tour du monde. Tsé, une tempête d’un verre de brandy, là.

La pauvre barmaid, attaquée de tous bords tous côtés pour avoir SERVI DE LA BOISSON À UN ENFAaAaAaANT, dût aller se cacher au fin fond de l’île pour avoir la paix. Donald Green, le garde du corps, fut crissé dehors, au grand désespoir de Charles qui eut l’impression de perdre son seul ami. Quant à Charles lui-même, y mangea pas de coups de canne de la part du directeur, mais y perdit beaucoup de privilèges à l’école.

Mais avant toute ça, juste comme la Pinta repartait de Stornoway, une bonne femme qui se promenait sur le quai pointa le nom du voilier et cria :

« C’tu l’bateau de l’Office du lait, ça? »

À cause de l’annonce qui disait « Drinka Pinta Milka Day », l’équivalent de « Got Milk? » ou de « Jamais sans mon lait ».

Gneuh.

Charles la trouva pas drôle pantoute.

Mais au moins, y’allait apprendre à la dure que dans peu importe c’qui faisait, jusqu’à la moindre niaiserie, fallait jamais qu’y oublie qu’il était le prince de Galles. Pis c’tait pesant en maudit. 

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