« Tassez-vous les pauvres! » — L’histoire du RMS Olympic, la grande sœur du Titanic, dans ses propres mots

  Heille salut! Moé c’est Olympic, pis j’étais un navire. Pis toute un, à part de t’ça. 

Bon, ok. Ça se peut que vous ayez jamais entendu parler d’moé. J’vous en veux pas pour ça. Tout l’monde en a yinque pour ma p’tite sœur, Titanic. 

Quand même, ça m’écoeure un peu, tsé : moé, j’ai eu une longue et ÉPIQUE carrière, pis elle, a s’crisse d’un iceberg comme une épaisse à son premier voyage, pis a l’a droit à toutes les honneurs, avec un film, Céline Dion, tou-dou-dou-douuuu, ti-delou-dou-dou-dwiiiiiii pis toute le kit. 

(Ch’t’aime pareil, la sœur.)

Mais là, à soir, c’est moé qui raconte. Pis vous allez capoter. 

Quand chus née, le 20 octobre 1910, au chantier maritime Harland & Wolff de Belfast, j’étais le plusse gros pis le plusse luxueux paquebot océanique au monde. Côté grandeur, je torchais complètement ma plus proche rivale, le Mauretania, pis je bouffais quasiment la moitié moins de charbon. J’étais bourrée d’installations super fancys : en plus des restaurants, des salons pis des salles de lecture, j’avais un gym, une piscine, un terrain de squash, pis même des bains turcs! La grosse vie sale. Checkez-moé l’escalier!  

Contrairement à quequ’un qu’on connaît, j’ai faite mes quatre premiers voyages à New York sans problème. Partout où c’que j’passais, les quais étaient paquetés d’monde qui étaient là pour me voir!  

Mais là, à mon cinquième voyage… Quand chus partie, faisait beau, toute allait ben, pis là, y’a un épais qui m’a foncé dedans. 

J’essayais de sortir du Solent, un passage pas super large entre l’Angleterre pis l’île de Wight. C’est du trouble, passer là : y’a un maudit banc d’sable qui bloque le ch’min, pis faut virailler pour pas s’échouer dessus. 

C’est là qu’est arrivé le HMS Hawke, un croiseur d’l’armée britannique. Y s’en allait dans’même direction qu’moé, mais pour moé y’a pas allumé que j’virais pas s’un dix cennes. Ch’tais l’plus gros navire du monde, tsé! 

Pour faire une histoire courte, y s’est pas assez tassé pis BANG! Y m’a rentré dans l’côté à tribord. 

J’vous rassure tu’suite : parsonne a coulé pis parsonne est mort. 

Mais quand j’ai été armorquée au port, les autres bateaux étaient là : « Cibole, Olympic, qu’est-cé qui t’est arrivé là? »

Pis moé j’répondais : « Ha! Attends de voir l’autre gars! »

Ça, c’est des images de moé pis du Hawke après l’accident.   

Comme vous voyez, moé ch’tais pas si pire. Mais astie, le Hawke, y’avez-vous vu la face? Y’avait l’nez toute effoiré! Ch’tais crampée. 

Ouin, je l’sais que c’est pas fin d’rire du malheur des autres, mais tsé! C’tait un croiseur faite pour détruire les autres bateaux en leux fonçant d’dans! Y m’a yinque faite un p’tit trou pis lui y’était rendu tout plate! 

J’ai passé un p’tit boutte en cale sèche, mais deux mois plus tard, ch’tais arpartie. Pour me réparer, y’ont dû prendre des matériaux pis du monde qui devaient aller au Titanic, faique ça l’a artardé son premier voyage de trois semaines.

Vous connaissez l’histoire : le 15 avril 1912, ma p’tite soeur a coulé comme une roche dans l’océan Atlantique en emmenant 1 500 passagers avec elle par le fond. Ça s’rait-tu arrivé quand même si le Hawke m’avait jamais rentré d’dans? On l’saura jamais. 

Entécas, moé, ch’t’étais pas super loin de d’là, pis mon capitaine – le capitaine Haddock, sans joke – m’a proposée pour embarquer des rescapés, mais y m’ont dit non : ça a d’l’air que ça les aurait traumatisés de s’faire ramasser par un navire pareil comme lui qui v’nait juste de couler. Franchement. Quand tu viens d’avoir la chienne de ta vie dans l’eau frette, tu te sacres ben de quel bateau qui te ramasse. Messemble, entécas. 

Faique j’ai continué tout drette. 

Après la tragédie, mes propriétaires m’ont toute arrangée pour pas que la même affaire m’arrive – y m’ont ajouté des canots de sauvetage, entre autres. Y’ont aussi changé les plans de mon autre p’tite sœur, le Britannic, qui était après être bâtie.

Là, j’ai arpris la mer pis j’ai faite ma job ben peinarde pendant un boutte, mais ça a pas duré longtemps – la Première Guerre mondiale a commencé.  

Y m’ont peinturée en gris laitte pour que ch’soye plus dure à voir, pis pendant une couple de mois, j’ai surtout sarvi à faire travarser des Américains pognés en Europe.

Mais là, les asties d’sous-marins U-Boots allemands ont commencé à faire pas mal de marde. Les bateaux coulaient de tous bords tous côtés. C’tait rendu ben que trop dangereux pour les voyages commerciaux, faique mon boss m’a dit de faire un darnier aller-retour – j’allais être au chômage pour le temps d’la guerre. 

Donc ch’tais là, au quai, à m’pogner les bouées depuis au moins six mois quand j’me suis faite câller par l’armée britannique. Ouais monsieur! Y’avaient besoin d’moé pour transporter des soldats. 

Y’ont défaite mes beaux salons pour péteux d’broue pis y’ont toute changé ça en dortoirs pour les soldats pis en cabines pour les officiers. Avec ça, ch’tais bonne pour transporter 6 000 hommes! Ma bibliothèque est devenue un hôpital de 100 littes. Pis y m’ont mis des CANONS! Yaaaahhh! Heille là on jasait! 

Comme ma p’tite soeur, Britannic, était pas encore finie de construire, ben elle, y l’ont changée en navire-hôpital. A l’était-tu belle, un peu, dans son beau kit blanc de docteur! Ch’tais ben fière d’elle. 

Elle pis moé, on a été envoyées en Méditerranée. Mais là, c’est pas parce que ch’faisais yinque transporter des troupes que ça allait être pépère! 

Drette à mon premier voyage, dans’mer Égée, mon capitaine pis moé on a spotté des survivants d’un bateau français qui v’nait d’être coulé par un U-Boot. On s’est argardés, pis ça a été clair tu’suite : pas question d’passer tout drette sans les ramasser. 

Faique on s’est arrêtés. D’une zone bourrée d’sous-marins allemands. Pis tsé, à ma grosseur, on va l’dire, ch’tais pas toute à faite discrète. Mais au yâble le danger. 

Yinque comme on v’nait d’embarquer toutes les survivants à bord pis d’ardécoller full pine, j’ai vu un astie d’périscope. Mon capitaine m’a dit d’virer ben sec. L’sous-marin m’a tiré une torpille, pis a l’est passée dans l’beurre. Après ça, c’est moé qui a tiré du canon d’ssus; ch’sais pas si je l’ai pogné, mais entécas, on l’a pu arvu du voyage. 

Quand on est arvenus en Angleterre, l’Amirauté était pas contente, pis mon capitaine s’est faite chicaner. C’est clair que si l’sous-marin s’tait pointé juste un ti peu plusse de bonne heure pis m’avait pognée pendant que ch’tais arrêtée, y’aurait pu m’couler avec 6 000 hommes à bord. C’te coup-là, j’ai été pas mal mardeuse.  

Pis la France a donné la médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement à mon capitaine. Faique, dans leux dents. 

Ch’t’artournée plusieurs fois dans’Méditerranée, jusqu’à ce que les Alliés se rendent compte que le front des Dardanelles contre les Turcs était un astie d’chiard qui m’nait nulle part pis évacuent tout l’monde. 

Mais ça m’a pas pris grand temps pour me trouver une autre job. 

À ce moment-là, le Canada a embarqué dans’guerre. Faique, de 1916 à 1919, j’ai charroyé des soldats canadiens jusqu’en Europe, pis à partir de 1917, des soldats américains aussi.

Là, heille, ch’trippais : y m’ont mis encore plusse de canons, pis y m’ont donné une belle nouvelle couche de peinture super fâsheune. Checkez ça!   

Y’appelaient ça le « dazzle » – ça veut dire « éblouissant » en français. Pis ben quins, que ch’tais éblouissante! Astie, si ça avait été yinque de moé, ch’rais restée d’même toute le long de ma carrière. Les lignes pis les couleurs bizarres, c’était pour fourrer les sous-marins ennemis, pour qu’y sachent pas exactement où c’que chus pis où c’que j’m’en vas. 

Au début, l’Canada voulait absolument que ch’soye escortée par un convoi militaire. Mais moé, ch’tais là : Ben voyons donc! J’vas à 22 nœuds, pis leux bateaux vont juste à 12 nœuds. Ma meilleure chance pour éviter les U-Boots, c’tait de clancher le plus vite que ch’pouvais pis au yâble l’escorte. Finalement, j’ai pu faire mes voyages tu’seule. Pas l’temps d’niaiser!

Ch’faisais une travarsée aux trois s’maines, ch’tais toujours en temps, pis j’ai jamais eu d’avarie. Tellement qu’y ont fini par m’appeler « Old Reliable » – autrement dit, l’bon vieux bateau fiab’. Mais ma p’tite sœur, Britannic, a pas été aussi luckée que moé : le 2 novembre 1916, la pauvre chouette a passé s’une mine dans’mer Égée pis a l’a coulé. Des trois sœurs, y restait pu yinque moé.

Le matin du 12 mai 1918, ch’tais dans’Manche – pas la manche de ch’mise, là, mais l’bras d’mer entre la France pis l’Angleterre – quand j’ai spotté d’quoi quand même assez proche à ma proue tribord. Câlisse : c’tait un U-Boot, pis y’était assez proche pour me tirer une torpille!

Mon capitaine a pas pogné les nerfs pantoute. Ben calme, y m’a juste dit : « Olympic! Tourne… C’est beau… »

Là, le p’tit crisse de vlimeux d’sous-marin a essayé de m’passer en d’sour du nez en s’en allant en dedans d’mon virage! Faique mon captaine a dit : « BÂBORD TOUTE! »

J’ai tu’suite compris c’qu’y avait en arrière d’la tête. Faique j’ai viré comme j’ai jamais viré, mis l’gaz au boutte, pis BANG! J’y ai crissé ça dedans! 

Quins mon estie! Y’a même pas eu l’temps d’plonger : j’l’ai harponné, y’a glissé en d’sour de moé, pis mon hélice l’a ouvert comme une canne de bines Clark à midi tapant.  

Pis c’te fois-là, j’me suis pas arrêtée pour ramasser des survivants. 

(Faites-vous en pas, quand même : y’a un destroyer américain qui a r’pêché 31 Allemands qui avaient réussi à sortir d’leu maudit suppositoire des mers.)

Pas longtemps après, la guerre a fini. Après ça, ma job, ça a été de ramener les soldats chez eux. 

Heille, si vous aviez vu l’accueil, vous-autres! Toutes les autres bateaux dans l’port d’Halifax avaient leux drapeaux dins airs pis faisaient crier leu criard, les quais étaient paquetés d’monde qui criaient eux-autres avec; y’avait des orchestres qui jouaient, pis y’avait une grosse bannière écrit : « Bienvenue, Old Reliable ». 

Astie, scusez, là, j’viens les hublots trempes yinque de m’en rappeler! 

Faique là, j’allais être artransformée en paquebot pour péteux d’broue. Comme la guerre m’avais pas mal maganée, ça allait prendre pas mal d’huile de coude. 

Ah heille, pis vous savez pas quoi? Quand y m’ont mis en cale sèche, y se sont rendu compte que j’avais un trou dans mes bas – autrement dit, j’avais mangé une torpille sans m’en aparcevoir. Elle avait pas explosé pis j’l’avais même pas sentie! Allez savoir depuis combien de temps que j’me promenais d’même. 

J’vous l’avais-tu dit que ch’tais mardeuse?

Pour la décennie d’après, ch’t’artournée à mes moutons.  Ça a été des belles années. Ch’tais pas mal populaire : vu que j’étais pareille comme le Titanic – sauf que tsé, c’tait plutôt elle qui était pareille comme moé – l’monde étaient là : « Wouhou, c’est comme être su’l Titanic, mais sans l’mourrage! » 

Heille, pis ch’t’ai eu toutes que des passagers : Marie Curie, Charlie Chaplin, les acteurs Marie Pickford pis Douglas Fairbanks, pis même l’prince de Galles, tsé lui qui a abdiqué pour marier une Américaine divorcée à l’air bête pis qui a fricoté avec Hitler?

Y’a juste en 1924, là, j’arculais en sortant du port de New York pis y’a le Fort St. George, un autre navire de passagers pas mal plus p’tit qu’moé, qui s’en v’nait en malade sans r’garder, pis y m’a foncé dedans, BONG! Y’était tout scrap, pis moé j’ai pu faire ma travarsée comme si de rien n’était. Stie d’sans-génie! 

Après ça, y’a eu la Grande Dépression, pis l’monde se sont mis à voyager pas mal moins. J’avais la moitié d’mes passagers d’avant. En plus, ma compagnie, la White Star, a fusionné avec sa grosse rivale, la Cunard. La Cunard était ben pressée de lancer son nouveau paquebot, le Queen Mary. Faique y m’ont tassée. J’vois pas d’autre raison.

Je v’nais yinque d’être rénovée pis mes moteurs viraient mieux qu’jamais. Pourtant, après un dernier aller-r’tour en avril 1935, y m’ont mis à’retraite, pis y m’ont vendue pour le fer au premier du bord. Mon beau foyer en marbre pis mes meubles, mes portes pis mes boiseries ont été mis aux enchères. 

Juste de même, j’existais pu. 

Dans ma carrière, j’avais fait 257 aller-retours su l’Atlantique, transporté 430 000 passagers, voyagé 1,8 millions d’milles, faite la guerre pis foncé dans plein d’affaires, itou. J’argrette arien. Pis là, j’espère qu’après aujourd’hui, m’as être jusse un ti peu moins oubliée. 


Source : Mark Chirnside, RMS Olympic, Titanic’s Sister, 2nd Edition, 2015.

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Lave-toé don les mains, maudite tête dure! L’histoire de Mary Typhoïde

Dessin : Ma grande chum Christine Labrecque! Couleurs : André St-Laurent

Bon. Comme vous savez, j’ai pogné la maudite COVID-19, pis Mononc’Poêle aussi. Mais stie qu’a s’est pas attaquée au bon monde! On y’a crissé une volée, pis là on est corrects.

Mon frère, qui reste avec nous-autres, lui, y’a rien eu! Y’a probablement pogné le virus, mais ça y’a glissé dessus comme de l’eau su’l dos d’un canard.

Pour Mary Mallon, une Irlandaise qui avait immigré aux États-Unis dins années 1880, c’tait un peu la même affaire : a l’avait pas de symptômes pantoute, mais a l’était porteuse des bactéries qui donnent la fièvre typhoïde, m’aginez-vous don. Sans faire exprès, elle a contaminé un astie de tapon de monde avant que les autorités finissent par allumer. Pis c’tait une astie de tête de cochon.

Au début du 20e siècle, la fièvre typhoïde était une maudite plaie. Arrière-pépère Poêle — mon grand-père, ça — l’a même pognée quand y’était jeune homme. Ça donnait des maux de tête, la diarrhée, une grosse fièvre pis une fatigue épouvantable. Un malade sur 10 en mourait. 

C’t’une bactérie au nom à coucher dehors, Salmonella typhi, qui causait ça. Mettons qu’une crotte de personne contaminée se ramassait dans l’eau : par après, la bactérie se pétait une belle p’tite croisière jusqu’à ce que quelqu’un puise l’eau pis la boive. Ou mettons qu’une personne contaminée se lavait pas les mains comme faut après avoir fait son tour aux bécosses, pis taponnait ensuite d’la bouffe, ben hop! Tout le monde autour d’la table se retrouvait contaminé aussi.

À l’été 1906, une épidémie de fièvre typhoïde se déclara d’un gros chalet de luxe loué par un riche banquier de New York. 

D’habitude, c’tait les pauvres avec pas d’eau potable qui pognaient ça! Y’avait de quoi de pas normal! Les propriétaires du chalet eurent peur de pu pouvoir le louer à d’autres pis voulurent aller au fond des choses.

Une première enquête donna rien, faique à l’hiver, y’engagèrent George Soper, un ingénieur sanitaire, qui se mit tu’suite au travail :

— Bon. C’est pas le puits, c’est pas l’hygiène dans’maison, c’est pas la bouffe, pis c’est pas le fumier pour engraisser la pelouse; faique c’est quoi, d’abord? Y’a-tu quequ’un d’infecté qui est arrivé dans’maison un peu avant l’épidémie?
— Ben, y’a la cuisinière, là – Mary Quet’chose, là. Mallon!
— C’tu vrai? Est arrivée quand?
— Le 4 août, pis est partie un mois après, pas longtemps après que le monde ont commencé à être malades.

Soper trouva ça louche en sivouplaît, faique y’interrogea toutes les domestiques : qu’est-ce qu’y avait ben pu s’passer? 

Y savait que, normalement, quand le manger est cuit, y’a pas de danger, parce que les bactéries chauffent assez pour mourir. Tsé, si on entend pas leurs cris d’agonie, c’parce qu’y sont masqués par le doux p’tit bruit du gigot d’agneau qui braise lentement au four…

Scusez. J’viens un peu sadique quand la faim m’pogne.

Entécas, Soper finit par savoir qu’un dimanche, Mary avait préparé un dessert avec d’la crème glacée pis des tranches de pêches crues. Bingo!

Convaincu d’avoir mis l’doigt su’l’bobo, Soper voulut retrouver Mary Mallon.

Ça allait pas être évident : Mary changeait de job souvent, pis a l’avait pas de domicile fixe ni de famille dans l’boutte. Mais, en la suivant à la trace, y découvrit de quoi de pas pire en simonac : dans TOUTES les maisons où c’qu’a l’avait travaillé depuis 1900, y’avait eu des épidémies de fièvre typhoïde inexpliquées.

À c’t’heure, y’avait pu de doute : c’tait elle qui rendait l’monde malade.

Quand y finit par la r’trouver, a travaillait dans une maison de riches sur Park Avenue, à New York. A l’était, comme de faite, dans’cuisine. C’tait une grande femme d’une quarantaine d’années, blonde aux yeux bleus, ben plantée, avec la face de quequ’un qui se laissait pas piler su’é pieds.

Y’enleva son chapeau, se présenta, pis finit par cracher l’morceau :

« Toute ça pour dire que j’ai des raisons de penser que c’est vous qui donnez la fièvre typhoïde au monde, faique, euh… Si ça vous dérange pas trop, j’aurais besoin d’échantillons de vos selles, de votre urine pis de votre sang, sivouplaît… »

Les yeux à Mary foncirent comme la mer quand l’vent vire de bord. A pogna une fourchette à découper, tsé avec les deux grands dents longues, la pointa dans’face à Soper pis avança vers lui :

« T’es-tu après me traiter d’astie de crottée, toé là? Décâlisse avant que ch’te pique comme un rôti d’porc! »

Soper sortit de la cuisine, descendit l’passage à la course, traversa l’terrain pis la barrière en fer forgé, pis c’est yinque rendu su l’trottoir qu’y s’arrêta pour arprendre son souffle.

« Ouin… C’tait pas ma meilleure. Pour moé a’pas compris que j’voulais l’aider. Va falloir que ch’trouve autre chose. »

Faique, dans les jours qui suivirent, Soper se mit à espionner Mary. Y finit par se rendre compte que souvent, après la job, a se rendait chez un bonhomme louche qui passait la journée à la taverne pis restait d’une maison de chambres.

Y se mit donc chum avec le bonhomme – ce fut pas trop dur, hein, une couple de pintes pis tiguidou – pis réussit à se faire inviter chez-eux. 

— Ouin, j’aurais besoin de parler à Mary. Mettons qu’un soir, je v’nais l’attendre icitte, ça vous dérangerait-tu?
— Ah, pas de trouble, mon homme, viens quand tu veux!

Faique un m’ment’né dans la semaine, y’alla attendre Mary en haut des marches de la maison de chambres. Quand a se pointa la face, tu’suite y partit la cassette qu’y avait pratiquée : bonjour Madame, m’esscuse de la façon dont j’vous ai parlé la fois d’avant, j’vous accuse de rien, j’veux yinque vous aider, si vous avez besoin d’vous faire soigner ça vous coûtera rien, blablabla, mais Mary était déjà boquée ben dur :

« Ah, non, pas encore toé, tabarnak! Veux-tu ben me crisser la paix avec la fièvre typhoïde? Y’avait pas plus de malades dins places où j’ai travaillé qu’ailleurs; y’en a partout, de c’te maladie-là! Pis je l’ai jamais pognée d’ma vie! À part de ça, m’avez-vous vue? J’ai tu l’air malade? Hein? J’ai tu l’air malade? Ben non, astie, ch’t’en pleine forme! Je laisserai personne m’accuser d’affaires de même! Pis toé, mon astie de sans dessein, t’es aussi ben de pu jamais te pointer la face icitte! »

Encore une fois, Soper dut partir la queue entre les jambes, les insultes qui y r’volaient dans l’derrière d’la tête comme si c’tait des roches.

Comme y’avait rien à faire avec Mary, y prit les grands moyens – y’alla voir le commissaire à la santé de la Ville de New York :

« En gros, Monsieur, c’te femme-là est un vrai tube de culture bactérienne su deux pattes. A l’arrête pas de rendre le monde malade sans le savoir, pis c’t’une maudite tête de cochon qui veut rien entendre. Va falloir des polices pour l’arrêter, pis sont aussi ben de s’atteler, parce que c’est clair qu’a se laissera pas faire. »

Un peu mal à l’aise à l’idée d’y aller tu’suite avec le bâton, le commissaire commença par envoyer la Dre S. Josephine Baker, en se disant que la touche féminine rendrait peut-être Mary plus parlable. Mais non. Mary y ferma la porte au nez.

Faique le lendemain matin, une ambulance se parqua pas loin de la maison où Mary travaillait. Y’en sortit la Dre Baker pis trois polices. Deux polices allèrent se placer stratégiquement pour empêcher Mary de se sauver, pis la troisième alla sonner à la porte d’la cave avec la docteure.

Mary ouvrit, mais dès qu’a se rendit compte de c’tait qui, a l’essaya de la r’farmer. La police mit son pied dans’porte pour la bloquer. 

Mary se sauva dans’cuisine. La docteure pis la police partirent après elle, mais a l’avait déjà disparu. Y s’informèrent aux autres domestiques, mais personne l’avait vue passer. Y fouillèrent toutes les racoins de la maison d’la cave au grenier, mais Mary était nulle part.

Un m’ment’né, la Dre Baker spotta de quoi de suspect :

« Heille, tchéquez ça! Y’a une chaise d’accotée après la clôture! »

Faique la docteure pis les polices allèrent fouiller la maison du voisin, mais Mary était pas là non plus. Rendu là, ça faisait une bonne secousse qui charchaient.

La docteure était su’l bord de laisser faire, quand a vit un boutte de tissu à p’tits carreaux pogné dans’porte d’une remise en arrière de la maison des voisins. Une des polices ouvrit la porte, pis qu’est-cé qu’a trouva-ti pas? Mary, qui partit tu’suite pour se sauver.

La docteure eut beau y dire qu’a voulait yinque des échantillons pis qu’a la laisserait partir, Mary voulut encore rien savoir. Faique les polices la pognèrent pis la mirent dans l’ambulance.

« Lâchez-moé, mes asties de cochons sales! Tabarnak! J’ai rien faite! »

A se débattit comme une diablesse dans l’eau bénite. Pendant la raille d’ambulance jusqu’à l’hôpital, ça brassa tellement qu’on aurait cru qu’y avait un carcajou à bord.

Quèques jours après, Soper reçut un téléphone du Dr Park, de l’hôpital Willard Parker. Y’avait examiné les selles de Mary, pis comme de faite, y’étaient bourrées de bactéries qui donnent la fièvre typhoïde.

Ça confirmait toute. 

Queques s’maines après, y’alla voir Mary à l’hôpital. Tsé, c’tait pas une criminelle, mais comme c’tait une maudite tête de cochon qui avait mangé d’la vache enragée, y’a gardaient enfermée.

Quand Soper arriva, Mary était en robe de chambre blanche entre quatre murs blancs, assise tu’seule sur son litte blanc. Pis le r’gard qu’a y fit aurait pu l’couper en bouttes.  

Malgré ça, l’ingénieur sanitaire se racla la gorge pis commença à y’expliquer comment a faisait pour contaminer le monde sans faire exprès : 

« Pis quand le monde mangent c’que vous avez préparé, y mangent les bactéries pis y tombent malades. Tsé, si vous preniez le temps de vous laver les mains comme du monde, y’aurait probablement même pas de trouble. » 

Mary dit pas un mot, mais ses yeux continuaient de lancer des couteaux. 

« Pour moé, les bactéries vivent dans votre vésicule biliaire. Ch’pourrais vous l’enlever. Y’a plein de monde qui n’ont pu, pis sont ben corrects pareil. »

Le silence était tellement épais qu’une grosse cuiller aurait pu tenir deboutte dedans. 

« J’veux juste que vous répondiez à mes questions. J’voudrais écrire un livre sur vot’cas, mais j’dirai pas votre nom, pis j’vas vous donner toute l’argent qu’m’as faire avec ça. Ch’pourrais vous aider à sortir d’icitte. »

Mary se leva de son litte pis, sans jamais quitter Soper des yeux, alla s’enfarmer dans la toilette de la chambre. Faut croire que c’tait sa façon de l’envoyer chier, parce qu’a ressortit pas, pis Soper dut se résoudre à s’en aller.  

Finalement, Mary fut emmenée sur l’île de North Brother, sur l’East River, où y’avait un hôpital de quarantaine. Là-bas, a vivait dans une belle p’tite maison avec l’eau pis l’courant. Mais comme c’tait l’genre de femme à bouffer un oignon pour te prouver que c’t’une pomme, a se battit pour sortir pendant trois ans, jusqu’à ce qu’on la laisse partir sur promesse de pu travailler comme cuisinière pis de se déclarer aux autorités sanitaires à toutes les trois mois. 

Est bonne. 

Mary disparut drette après être sortie. A se déclara jamais aux autorités. A changea de nom. A l’essaya ben de faire autre chose de d’la cuisine, mais comme a trouvait rien qui payait assez, a r’tourna ben vite à son ancienne job, pis toute arcommença comme avant. 

Ça prit cinq ans avant qu’on la r’trouve, pis rendu là, y’avait rien d’autre à faire que de la renvoyer à North Brother. Sauf que c’te fois-là, a se débattit pas. Faut dire qu’a l’avait mangé pas mal de misère dins dernières années – a s’tait blessée à une main, entre autres – pis a devait s’dire que tant qu’à faire, aussi ben être logée, nourrie pis ben traitée, même si a perdait sa liberté. 

Elle resta à North Brother pendant 23 ans, jusqu’à sa mort à l’âge de 69 ans.  

Même après toute c’qui lui était arrivé, Mary refusa toujours d’accepter son état. Si quequ’un avait l’malheur d’y parler d’la fièvre typhoïde, a y faisait une face à y faire armonter les gosses. En tout cas, elle, si le docteur Arruda y’avait dit de rester chez eux pis de se laver les mains, ben vous pouvez être sûrs qu’a l’aurait envoyé chier.


Source : George A. Soper, The Curious Career of Typhoïd Mary. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1911442/pdf/bullnyacadmed00595-0063.pdf

Laissez-le don tranquille, pauvre ti pit : quand mini prince Charles fit scandale

(J’avais commencé quelque chose de plus épique, mais voici un p’tit sujet relax en attendant que je finisse de relever d’la COVID-19)

Veux, veux pas, à force d’être pogné en dedans de même, on finit par se souvenir des fois où on était ailleurs, ben loin d’icitte.

Pis à matin, j’me suis rappelé quand j’étais à Stornoway avec Mononc’Poêle. Mais pas Stornoway, PQ, là! Stornoway sur l’île de Lewis, dans les Hébrides extérieures, en Écosse. Maudit que c’est beau, là-bas! Fait frette comme su’l bord du fleuve, le gros vent dans’face, mais y’a des plages de sable blanc avec des eaux turquoises, des montagnes bourrées de cerfs avec des panaches comme dins contes de fées, pis des constructions tellement anciennes et mystérieuses qu’on sait même pas à quoi ça servait, comme les pierres de Callanish pis le broch de Dun Carloway.

Mais bon. J’vas arrêter ça là, parce que l’Office du tourisme de l’île de Lewis me paye pas une cenne. Ce dont je voulais vous parler, c’est la fois où le prince Charles, encore mineur, s’est fait pogner en flagrant délit de boisson à Stornoway.

L’héritier du trône qui se saoule au tendre âge de 14 ans! Le monde entier était scandalisé.

Mais c’tait plusse compliqué que ça. R’tournons en arrière un peu.

Vous avez p’têtre vu la série The Crown? On voit mini Charles pogné pour aller à Gordonstoun, un pensionnat frette et glauque en Écosse, parce que son père pensait que ça allait y forger le caractère.

Pauvre p’tit pit, y’était toute maigre pis toute doux. Y’était pas faite pour vivre à la dure! Été comme hiver, y’était obligé de dormir les fenêtres ouvertes, pis le matin, y se faisait réveiller à 7 heures moins quart pour aller courir dehors en shorts pas de t‑shirt pis prendre une douche frette avant déjeuner. Des affaires pour attraper la mort.

Les autres flos riaient de ses oreilles en porte de grange. Dès que quequ’un commençait à se mettre ami avec, y se faisait traiter de téteux pis de licheux. Pis comme si c’était pas assez pénible de même, le surveillant de dortoir, lui, se pétait un petit power trip : y’avait mis Charles pis le prince Alexandre de Yougoslavie en charge des vidanges, parce que ça l’amusait de rabaisser les p’tits gars royaux.

Mettons que ça ramène sur terre.

Entécas, à sa deuxième session d’école, Charles réussit à se tailler une place sur le voilier Pinta, un des deux qui appartenaient à Gordonstoun, et partit naviguer le long de la côte Nord de l’Écosse. Ça faisait partie du programme scolaire, parce que tsé, quel prince digne de ce nom sait pas faire de la voile?

Pis un jour, le voilier arriva au port de Stornoway. Charles pis quatre autres flos eurent la permission d’aller à terre pour luncher pis voir une vue au cinéma (It Happened in Athens avec la plantureuse Jayne Mansfield). Donald Green, le garde du corps de Charles qui le suivait partout pis qui était probablement son seul confident, descendit avec eux-autres.

Mais là, le monde de Stornoway étaient pas fous : y reconnurent tu’suite le voilier, pis y commencèrent à se taponner sur le quai pour voir si Charles était à bord. Le temps que Green amène les flos à l’hôtel Crown, y’avait déjà une gang de woireux qui se collaient le nez dins fenêtres.

« Attendez-moé là, j’vas aller nous pogner des billets pour le film tantôt, pis j’vous r’joins pour dîner, ok? » dit Donald Green avant de ressortir.

Faique là, Charles pis ses tizamis se retrouvèrent tous seuls dans le lounge de l’hôtel.

Dehors, les woireux s’étaient multipliés. Ça sentait dins vitres, ça placotait pis ça grouillait; un peu plus pis y r’soudait un vendeux de popcorn pis un joueux de ruine-babines, pour l’ambiance.

« Aaaahh, non! J’haïs ça quand ça fait ça! J’me sens comme une girafe à deux têtes ou bedon un ours qui danse la claquette! Qu’est-cé m’as faire? »,  se demanda le pauvre Charles, rouge jusqu’aux oreilles.

Gêné pis à boutte, le prince se chercha une échappatoire : n’importe y’où c’qu’y avait pas de fenêtres – même une armoire à balai allait faire la job. Faique y prit la première porte du bord.

Pas de fenêtres, pu de woireux : yes! Mais y v’nait yinque de régler un problème qu’y tomba face à face avec un autre :

« Oh non! C’est un bar, icitte! »

Dans la tête de Charles, le p’tit hamster se mit à pédaler sur un moyen temps. La première affaire qui lui vint à l’idée, c’est que dans un bar, la règle, c’est commande de quoi ou décrisse. Y savait ben qu’il était trop jeune pour boire; premièrement, c’était illégal, pis deuxièmement, si le directeur de Gordonstoun l’apprenait, y risquait de manger une couple de coups de canne.

Mais, dans l’moment, l’important, c’était de pouvoir rester dans le bar. Faique y s’avança, toute timide, vers la barmaid.

—     Salut! Qu’est-cé ch’te sers? demanda-t-elle, sans le carter ni se douter une seconde qu’a parlait à l’héritier du trône britannique.  
—     Euhhh…

Charles fit une face de chevreuil en avant d’une van sur la 132 à 11 heures du soir. Y’était pas un expert en boisson, lui! Y’avait aucune idée de quoi commander!

« Woyons, pense vite, Charles! Un drink, un drink, pense à un drink! »

Y pensa au seul alcool qu’il avait déjà goûté, jusse une tite gorgée, quand y faisait frette à la chasse avec sa mère :

—     Euh, un brandy aux cerises!
— Ok mon pit, ch’t’apporte ça!  

Y paya pis s’éloigna du bar avec son p’tit verre, tout innocemment.

L’affaire, c’est que le pauvre prince pouvait même pas lâcher un pet sans que ça sorte dans les journaux. L’automne d’avant, la Ligue contre les sports cruels avait pogné les nerfs quand Charles avait tué son premier cerf à Balmoral. Pis un pasteur de l’Église libre d’Écosse l’avait accusé « d’envahir le jour du Seigneur » parce qu’y était allé faire du ski dans les monts Cairngorms un dimanche.

On dira c’qu’on voudra sur la monarchie, mais dans c’temps-là, Charles était juste un p’tit gars qui essayait de vivre sa vie de p’tit gars, mais avec un millénaire de traditions, d’obligations pis de conventions qui y pesaient su’l dos.

Faique là, pendant qu’y sirotait son p’tit drink sucré, y se doutait pas qu’une quelqu’une le checkait au travers des tables pis des chaises comme un jaguar dins buissons… Une journaliste qui savait qu’a venait de pogner un super scoop.

Drette le lendemain, la nouvelle faisait le tour du monde. Tsé, une tempête d’un verre de brandy, là.

La pauvre barmaid, attaquée de tous bords tous côtés pour avoir SERVI DE LA BOISSON À UN ENFAaAaAaANT, dût aller se cacher au fin fond de l’île pour avoir la paix. Donald Green, le garde du corps, fut crissé dehors, au grand désespoir de Charles qui eut l’impression de perdre son seul ami. Quant à Charles lui-même, y mangea pas de coups de canne de la part du directeur, mais y perdit beaucoup de privilèges à l’école.

Mais avant toute ça, juste comme la Pinta repartait de Stornoway, une bonne femme qui se promenait sur le quai pointa le nom du voilier et cria :

« C’tu l’bateau de l’Office du lait, ça? »

À cause de l’annonce qui disait « Drinka Pinta Milka Day », l’équivalent de « Got Milk? » ou de « Jamais sans mon lait ».

Gneuh.

Charles la trouva pas drôle pantoute.

Mais au moins, y’allait apprendre à la dure que dans peu importe c’qui faisait, jusqu’à la moindre niaiserie, fallait jamais qu’y oublie qu’il était le prince de Galles. Pis c’tait pesant en maudit.