La Sainte Couronne de Hongrie : quequ’un comme toé pis moé (ou presque) — partie I

Mettons moé, là, j’rentre dans’tour de Londres, j’me faufile dans’salle des joyaux d’la couronne, j’pète une vitre, ch’pogne la grosse maudite couronne à Grand-M’man Lilibeth pis j’me la crisse su’a tête, j’deviens-tu automatiquement reine d’Angleterre?

Non. Ishh non.

M’as plutôt me faire ramasser, la face à terre pis le ti-bras dans l’dos, pis sacrer cul par-dessus tête aux oubliettes.

Mais, on jase, là : mettons, dans l’temps où la Hongrie était encore une monarchie, que j’avais mis la main su la couronne royale pis mettons que j’me l’étais mis su’l chef?

J’me serais probablement faite ramasser quand même, mais théoriquement, oui, j’aurais été reine!

Parce que les Hongrois, eux-autres, y font rien comme tout l’monde. Leur langue a rapport avec aucune langue des autres pays autour, y trippent sur le paprika comme parsonne, pis leu couronne royale – la Sainte Couronne ou Couronne de saint Étienne – c’est quequ’un.

Vous avez ben compris.

La Sainte Couronne, c’t’une parsonne au sens d’la loi. C’est elle le vrai souverain de la Hongrie, pis quiconque la porte devient roi ou reine.

Ça a l’air bizarre de même, mais j’vas toute vous expliquer ça. Avant d’continuer, par’zempe, ch’pourrais ben vous la montrer, hein, la fameuse couronne?

Quins, c’est elle.

Est cute, hein, avec ses pendrioches pis sa tite croix croche?

Elle est pleine de belles grosses garnottes précieuses. Ses faces de saints apôtres en émail y donnent un p’tit charme grec, pis y’a assez d’or là-dedans pour t’acheter un chalet pis une terre à bois; mais, vous trouvez pas qu’elle a un p’tit quequ’chose de… gossé su’l fly?

De quoi qu’a l’a d’l’air pis pourquoi, on va en r’jaser tantôt.

Mais pour commencer, m’as vous expliquer pourquoi la couronne, c’est « quequ’un ».

Dans toutes les monarchies, le principe, c’est que toute l’autorité part du Bon’Yeu.

Normalement, comment ça marche, c’est que Dieu tire son laser d’autorité divine drette su le roi ou la reine, pis c’est lui ou elle, en tant que parsonne faite en viande, qui fait le relais entre le Seigneur pis les sujets du royaume. Le couronnement, c’est yinque une signature de contrat : pas besoin d’une couronne en particulier pour que ça marche – les rois de France, eux autres, y se faisaient tout l’temps faire des nouvelles couronnes quand y s’tannaient des vieilles.

Mais en Hongrie, c’tait pas d’même que ça marchait pantoute. Pour devenir roi, ça te PRENAIT la Sainte Couronne. Cette couronne-LÀ. Parce que le laser de pouvoir divin, au lieu de passer par la viande du souverain, y passait par la couronne. C’tait la couronne elle-même qui avait l’autorité pour régner, qui avait toute les pouvoirs, qui était propriétaire des terres du royaume, pis qui faisait le lien entre les cieux des anges pis l’plancher des vaches.

Pis le roi ou la reine, essentiellement, c’tait yinque un rack qui la porte pis qui parle en son nom.

Vous m’creyez pas? Tchéquez ça : en 1480, le palatin de Hongrie (ça c’est genre, le plus haut fonctionnaire du royaume) a dit :

Si le gars qui a comme job de protéger la couronne le dit, c’est que ça doit être vrai.

À c’t’heure, vous d’vez ben vous d’mander : « C’est ben beau, mais pourquoi c’est d’même? Pis POURQUOI la tite croix su’l dessus d’la couronne est croche pis que personne l’a arrangée? Ça me GOSSE! »

Les nerfs, gang. Les réponses s’en viennent. Mais pour ça, va falloir artourner 1 000 ans en arrière. Pis vous allez voir, avec une histoire de même, c’est surprenant que la Sainte Couronne soit pas plus teur que ça.

Faique! Si on s’fie à la version officielle, la Sainte Couronne aurait été donnée par le pape au premier « vrai » roi de Hongrie, Étienne 1er (István en Hongrois), au début de l’an 1000.

C’tait dans une période où les différentes gangs de «païens» se mettaient à s’unifier, en général sous la gouverne d’un gars un peu plus brillant pis un peu plus visionnaire que les autres (par exemple, Clovis pour la France, au 5e siècle), pour ensuite former des royaumes chrétiens.

Parce qu’on était aussi à une époque où les seigneurs païens se convertissaient, soit parce que leu femme arrêtait pas de les gosser avec ça (encore comme Clovis, qui se faisait rabattre les oreilles avec Jésus par sa femme Clotilde) ou bedon parce qu’y trouvaient qu’y l’avaient-tu l’affaire, les rois chrétiens, avec leu couronne pis leu sceptre en or pis leu pape pis leu couronnement pis leu belle cape en velours :

« Heille! J’veux ça, moé’ssi! »

Entécas bref, après avoir effoiré les chefs de clans rivaux, Étienne, grand prince des Hongrois, aurait demandé au pape d’y donner sa bénédiction comme souverain pis d’y envoyer une couronne pour rendre ça officiel. Y voulait que ça soit comme un symbole du fait qu’y avait des comptes à rendre juste à Dieu, pis pas à l’Empire byzantin ni à l’Empire romain germanique, les deux mégapuissances du temps.

Après ça, pour en rajouter une couche, y’aurait consacré son royaume à la Vierge, pis la Sainte Couronne s’rait devenue le symbole de ça.

Étienne est mort en 1038 pis y’a été canonisé en 1078, faique c’est pour ça que la Sainte Couronne s’appelle aussi couronne de saint Étienne.

C’est ben beau comme histoire, mais la plupart du monde s’entend pour dire que c’te couronne-là a jamais touché à un ch’feu à Étienne – a daterait d’un ti-peu plus tard, du règne du roi Géza 1er, une quarantaine d’années après.

Pis à part de t’ça, ça s’rait une couronne de femme! Argardez icitte. Ça, c’est un portrait de l’impératrice byzantine Irène, qui s’adonnait justement à être une princesse hongroise :

Vous trouvez pas que sa couronne arsemble au bas d’la Sainte Couronne, mais avec un étage de plus?

Justement. Pourquoi le pape aurait envoyé une couronne de femme à Étienne 1er?

En fait, la partie du bas d’la de la Sainte Couronne s’appelle la « couronne grecque », pis on pense que ça aurait été un cadeau de l’empereur byzantin Michel VII Doukas au roi Géza, un p’tit extra qui v’nait avec la femme byzantine qu’y lui donnait en mariage.

D’ailleurs, on voit la face de l’empereur sur un des portraits en émail d’la couronne :

Faique déjà, on voit que c’t’un peu l’bordel dans l’histoire d’la Sainte Couronne. Ch’parle yinque au conditionnel, parce c’est toute c’qu’on a, des hypothèses, pis rien d’sûr parce que les chercheurs ont même pas l’droit d’examiner la couronne de proche : vu qu’a l’est considérée comme une parsonne, ça s’rait comme taponner la reine d’Angleterre.

Su l’boutte du haut, la « couronne latine », on en sait encore moins. C’est la partie qui a vraiment l’air gossée su’l fly.

Tsé, tchéquez l’dessus. Jésus a la croix plantée drette au milieu du bide. Ça peut pas avoir été pensé d’même exprès.

Les bandes en or sont censées représenter les 12 apôtres, mais y’en manque 4. Sont où?

Y’a une théorie qui dit que la couronne qu’on connaît à c’t’heure, c’tait pas la couronne originale; a l’aurait été assemblée vers 1270, dans l’boutte d’la mort du roi Béla IV.

Y’avait d’la chicane dans’famille, pis la princesse Anna, la fille à Béla, se s’rait sauvée à Prague avec l’ancienne couronne pour faire chier Étienne V, son frére pis l’héritier du trône. Étienne était un peu dans’marde : ça y prenait une couronne, faique y décida de s’en gosser une.

Là, vous vous dites, « ouais mais ça marche pas, Matante Poêle, t’avais dit que fallait absolument avoir la couronne pour être un vrai roi ». Mais en 1270, c’tait pas encore tout à faite commencé, c’t’affaire-là. Par exemple, en 1078, le roi Ladislas Ier avait refusé de s’mettre une couronne su’a tête, parce qu’y « préférait une couronne divine plutôt qu’une couronne terrestre de roi mortel ». Tu parles d’un péteux.

Pis quand même, quand la princesse Anna a volé la couronne, c’tait pas la première fois que ça arrivait. En 1162, Ladislas II avait usurpé le trône se son n’veu de 15 ans pis était parti avec la couronne comme un méchant dins bonshommes à’tévé.

Faique entécas, là Étienne V avait besoin d’une nouvelle couronne au plus crisse :

— Shitshitshitshit qu’est-cé qu’on fait? J’ai l’air d’un beau cave, moé-là!
— Calmez-vous, Votre Hautitude. On va aller voir c’que vous avez dans la trésorerie, pis on va vous patenter d’quoi. Quins, c’te couronne-là, est-tu pas pire?
— Mais c’t’une couronne de femme!
— Parsonne va allumer, Votre Énormité. Faut juste y rajouter d’quoi, quins… Ça, avec les apôtres? Y’a des faces dessus aussi, ça va fitter avec l’autre boutte.

Le « ça », c’tait un astérisque liturgique, une affaire qui sarvait à couvrir le pain consacré dans l’Église orthodoxe. Genre de même :

Astérisque, de « aster » — étoile en grec. Pis comme la patente en forme d’étoile dans les textes*. On va s’coucher moins niaiseux à soir!

— Mais c’est ben que trop grand pour une tête, voyons don.
— On va yinque couper les quatre apôtres du bas, Votre Proéminence.
— Mais…
*SCRITCH SCRITCH*
— Quins, vous voyez? Pas pire, hein? Y manque juste une tite croix su’l dessus, pis ça va être tiguidou.
— Heille, c’tu fais-là! Attention au Chriiiiiiiii—
*KROK*
— Tadam! La v’là, vot’couronne!
— Euh…

Faique ça s’rait comme ça que s’rait née la Sainte Couronne. Mais j’vous rappelle, c’est yinque une hypothèse, pis parsonne le sait vraiment.

Ça s’rait pas mal à partir de là que la Sainte Couronne est devenue obligatoire pour régner.

En 1301, roi André III mourut sans successeur doué de zouiz. Y’avait juste une fille, Élizabeth.

Ailleurs, genre, en Angleterre, la couronne allait obligatoirement du souverain à son plus proche parent, quitte à mettre un ti-coune faible, ou, cachez ce sein que je ne saurais voir, une FEMME sur le trône. Mais, en Hongrie, c’tait pas mal les grands seigneurs qui décidaient qui allait monter sur le trône. C’tait le fils du roi précédent qui avait la priorité; une fille avait pratiquement aucune chance de régner. Mais si le successeur héréditaire s’montrait mou ou faisait pas l’affaire des grands seigneurs, y pouvait se faire tasser par un frère, un n’veu, un oncle, le mari de sa sœur, alouette.

À la mort d’André III, chaque p’tit groupe de seigneurs se choisit un prétendant au trône. Y’eut donc une lutte à trois entre Venceslas, prince héritier de Bohême pis fiancé d’la princesse Élizabeth, Othon III de Bavière pis Charles-Robert d’Anjou-Sicile, qui étaient respectivement fils et p’tit-fils de princesses hongroises.

Dans le bordel de la guerre civile, le prince Venceslas se poussa avec la Sainte Couronne. Finalement, quand y devint roi de Bohême à’mort de son père, y se dit qu’y n’avait ben assez d’un royaume pis renonça au trône de Hongrie. Y donna la couronne à Othon, qui se fit couronner; mais pas longtemps après, Othon fut capturé par Ladislas Kán, seigneur de Transylvanie.

Faique quand Charles-Robert finit par gagner le trône pour de bon, y s’fit couronner, mais avec une autre couronne, parce que la Sainte Couronne était entre les mains de Ladislas Kán. Ça passa pas. Le pape, qui était de son bord, y’envoya une couronne qu’y avait bénite lui-même à’mitaine, se disant que ça f’rait la job, mais les Hongrois arfusèrent d’arconnaître Charles-Robert comme roi tant qu’y était pas couronné avec la vraie affaire.

Tanné de toute c’te tétage-là, le pape envoya son légat, Gentil de Montefiore, essayer de convaincre Ladislas Kan d’y ardonner la Sainte Couronne.

Y’essaya d’abord d’être gentil (badoum tish), mais c’est yinque quand y menaça Ladislas de l’excommunier que la Sainte Couronne s’artrouva enfin su’a tête à Charles-Robert.

Avec ça, la nouvelle dynastie des Anjou était ben installée su’l trône après 8 ans de chicane sanglante. Charles-Robert eut un beau règne pis une descendance nombreuse. Tchéquez ça : elle, c’est sa femme Élizabeth de Pologne pis ses trois gars pis deux filles.

Pis son fils Louis était pour devenir un des plus grands rois de Hongrie. Faique pour un boutte, la Sainte Couronne pouvait être sûre de pas être volée, cachée, gossée, taponnée, transformée, maganée ou prise en otage.

Sauf que là, on a juste couvert 300 ans d’histoire, y’en reste 700, pis y commence à être tard.

Allez-vous être capables d’attendre une semaine pour savoir comment ça se fait que la tite croix su’l dessus d’la Sainte Couronne est croche?

Partie II


Source : László Péter, « The Holy Crown of Hungary, Visible and Invisible », The Slavonic and East European Review, 2003.

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