Les veaux à Diefenbaker : une enquête

En l’honneur d’la fête des pères pis du Canada Dayyy qui s’en vient, j’ai queque chose pour vous autres qui a vaguement rapport avec les deux. 

Un jour, feu Pépère Poêle m’a conté c’te belle p’tite anecdote savoureuse : 

« C’tait dans l’boutte du jour de l’An, pis le premier ministre Diefenbaker était à la radio au Québec. C’te fois-là, y’avait décidé de s’forcer pis de souhaiter bonne année en français, même si y’était vraiment poche. À’fin, y’a essayé de dire “J’espère que mes vœux seront appréciés”, mais ça a sorti tellement tout croche que tout l’monde a compris “J’espewr que mes veaux seront après chier”. »

Pis là, yé parti à rire de son rire graveleux de monsieur qui fume. J’m’ennuie de toi, P’pa. 

Énéwé, ça vous dit-tu queque chose, c’t’histoire-là? J’gage que Normand, grand habitué d’la page, est déjà au courant. Pis Line, pis Brigitte, pis Marcel, pis Ginette…

J’ai gardé ça dans ma tête pendant des années sans vraiment me poser de questions. 

Pis un jour, j’me suis demandé : c’tu vrai, ça? J’ai jamais entendu personne d’autre raconter c’t’histoire-là. 

Est bonne, tout cas. « J’espewr que mes veaux seront après chier! » Moé’ssi, j’la rirais encore, si je l’avais entendue dans le temps! Pis le premier ministre du Canada qui fait un fou de lui en avant de toutes les Canadiens français, c’tait une p’tite victoire qui devait ben s’prendre, à l’époque.

Faique j’ai sorti mes compétences de googleuse ceinture noire 7e dan, pis chus partie à la chasse aux preuves. 

La bonne nouvelle? Pépère Poêle avait pas halluciné.

Élément de preuve 1 : quequ’un dins commentaires d’un article de L’Actualité.

Bon ok, c’est tel que tel, comme source, mais ça prouve que Pépère Poêle était pas le seul paternel à raconter l’anecdote. J’ai trouvé aussi plusieurs commentaires su Facebook pis ailleurs où du monde racontent l’anecdote de façon un peu différente, des fois en disant que c’était pas John Diefenbaker qui a dit ça, mais Lester B. Pearson (les veaux, eux autres, sont toujours après chier, peu importe la version).

Élément de preuve 2 : le chroniqueur Réjean Grenier de Francopresse dans l’article « Le Parti conservateur ne doit pas devenir francophobe »

C’que ce texte-là me dit, c’est que l’anecdote doit être super ben connue, parce que le chroniqueur se donne même pas la peine de donner l’contexte, encore moins de lieu ou de date, comme si ça allait de soi.

Élément de preuve 3 : Allan Fotheringham dans le livre Look Ma– no hands : an affectionate look at our wonderful Tories 

Allan Fotheringham était un journaliste qui a écrit entre autres pour Maclean’s, l’équivalent canadien anglais de L’Actualité.

D’abord, faut le dire, sa transcription pis sa traduction sont pas bonnes. En anglais, ça s’rait, ben sûr, « I hope my calves will be taking a shit. »

Ça montre aussi que l’anecdote était connue jusqu’au Canada anglais. 

Y’a juste une affaire : encore une fois, y’a pas de date, pas de lieu, rien. C’est louche.

(Mention spéciale à l’anecdote sur Camillien Houde juste en bas.)

Élément de preuve 4 : Jean-Philippe Warren, prof de socio pis d’anthropologie à l’Université Concordia, dans l’article « The prime minister of a bilingual country must be bilingual »

Cet article-là donne plus de détails! Le jour de l’An est mentionné, pis la citation est plus étoffée.

Jean-Philippe Warren, c’t’un sociologue réputé – c’est pas un tout nu. Mais sa source à lui, c’est un article de Jean-François Lisée dans L’Actualité (toute est dans toute) sur les 35 pires citations de politiciens, que je pouvais pas consulter parce qu’apparemment j’ai pété mon maximum d’articles gratuits pour le mois pis j’avais pas envie d’attendre jusqu’en juillet pour vérifier. Encore là, pas de date, pas de lieu. Hm.

Conclusion

En fin d’compte… Ch’peux pas vous dire que c’est vrai, mais ch’peux pas vous dire que c’pas vrai non plus.

Y’a aucune source officielle ni aucun article de journal, extrait audio ou compte rendu écrit qui parle de ça.

Faique… c’est probablement une légende urbaine. Mais tsé, si ça s’est répandu de même pis que le monde y croyaient autant, c’est que ça avait du sens pour eux autres. Pis tsé, ça faisait du bien de s’payer la tête du PM.

J’me rappelle, moé, dans mon temps, quand l’Internet était pas encore dans toutes les maisons pis encore moins dans nos sonnettes de porte pis nos frigidaires Bluetooth, tout le monde disait que Marilyn Manson s’était fait enlever des côtes pour mieux se… euh… entécas. La rumeur s’était répandue comme une traînée de poudre pis l’monde y croyaient, parce que… Yinque à voir la bebitte qu’est Marilyn Manson, on s’disait que c’tait pas trop tiré par les cheveux.

En terminant, je souhaite un bon transit aux veaux de Diefenbaker.

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