Sexy saint Seb : de martyr à sexe-symbole

Guido Reni, Saint Sébastien, 1615.

(Note : Au départ, j’avais préparé une présentation PowerPoint sur saint Sébastien pour les 40 ans à ma chum Christine – pastelliste primée! –, et donc, j’ai récupéré queques diapositives parce que je trouvais que ça faisait ben.)

Je l’sais pas si vous êtes au courant, mais dans l’monde artistique, saint Sébastien, c’t’une GROSSE affaire. Presque tous les grands artistes de la Renaissance et de l’époque baroque ont fait des peintures de lui : Titien, Raphaël, Botticelli, Mantegna, Reni, Rubens, Ribera, pis j’en passe. 

Pietro Perugino, Saint Sébastien, 1495.

Mais, tsé, argardez-lé, là. Vite de même, trouvez-vous qu’y a l’air d’un saint, vous autres? La tite pose déhanchée. Le beau ti corps toute tight… Le MINUSCULE linge à vaisselle qui lui sert de bobettes pis qui nous invite à contempler son pubis fraîchement waxé… 

Ça met-tu la dévotion dans votre cœur, ou bedon… AUTRE CHOSE dans vos culottes?

Pis tsé, toute le gratin artistique le peint comme ça. C’est pas yinque un ou deux peintres libidineux qui voulaient se rincer l’œil. 

Pourquoi, hein? Ça m’a pas l’air très catholique. 

Surtout que le VRAI saint Sébastien, celui qui est mort en martyr au 3e siècle, c’tait même pas un beau jeune homme tout nu : c’tait un monsieur d’âge mûr qui travaillait comme centurion dans l’armée romaine. 

Y s’tait converti au christianisme à une époque où c’tait pas ben vu, pis même pire que ça. On était pas mal dans l’pire des invasions barbares, pis l’empereur, Dioclétien, croyait que ça allait mal de même parce que les dieux étaient fâchés, faique y’ordonna à tout le monde de leu faire des sacrifices.

Les chrétiens pis les juifs, eux autres, y voulaient pas, faique Dioclétien les considérait comme des ennemis de l’État. Y’avait même interdit au gars baptisés d’entrer dans l’armée.

Toujours est-ti ben qu’un m’ent’né, quequ’un alla bavasser que Sébastien était chrétien.

L’empereur, qui l’avait engagé lui-même, le prit personnel. Y condamna Sébastien à s’faire attacher après un poteau pis tirer des flèches dessus jusqu’à ce que mort s’ensuive. 

Hérissé de flèches comme un portipi, saint Sébastien fut laissé pour mort su son poteau.

Malgré toute, y survécut pis y fut secouru par sainte Irène, qui s’occupa d’lui jusqu’à ce qu’y soit guéri.

Mais là, aussitôt armis d’boutte, l’épais fonça drette au palais de Dioclétien pour l’engueuler :

« Heille, franchement, là, c’pas correct, ça, persécuter les chrétiens d’même! Arrête ça tu’suite! »

J’ai pas besoin d’vous dire que l’empereur le prit mal. Y fit ramasser Sébastien par ses gardes pis ordonna qu’on l’batte à coups de bâtons jusqu’à c’que mort s’ensuive. 

Saint Irène devait faire c’te face-là.

C’te fois-là, par’zempe, le Seigneur jugea pas bon de sauver Sébastien. Dioclétien fit jeter son corps aux égouts pour que les autres chrétiens puissent jamais l’artrouver pis l’vénérer comme martyr. 

Selon la légende, le soir de sa mort, y’apparut en rêve à une certaine Lucine pis dit : 

« Ouuhhhh, Lucine, chus dins égoooouuuuts, Lucine! » 

Faique Lucine se l’va à deux heures du matin – avec sa robe de chambre pis ses bigoudis, en sacrant ou non, je l’sais pas –, alla récupérer son corps pis le fit enterrer dans les catacombes qui, à c’t’heure, portent son nom.

Faique, c’est ça pour son histoire.

Icitte, on a deux représentations de saint Sébastien qui datent du Moyen-Âge. Comme vous voyez, Seb est arprésenté avec une barbe pis des cheveux gris, y’é pas attaché après un poteau pis plein de flèches, pis surtout, y’é habillé. 

Faique, qu’est-cé qui s’est passé par après pour que les artistes le dégrèyent de même? 

Étrangement, la réponse, c’est : LA PESTE. 

C’est pas évident tu’suite, mais je vais vous expliquer.

Donc, au Moyen-Âge, vous l’savez sûrement, y’a eu des épouvantables épidémies de peste. 

On raconte qu’à Rome, l’épidémie a slaqué quand un autel à saint Sébastien a été construit, avec son squelette dedans. 

L’évêque de Paris a fait la même affaire – sans le squelette. là; y’étaient pas pour faire un prêt de reliques inter-églises pis faire livrer par UPS – contre la peste noire en 1348. 

C’te nouvelle-là s’est répandue, pis l’monde ont compris qu’invoquer saint Sébastien contre la peste, ça marchait tempête­. 

Josse Lieferinxe, Saint Sébastien priant en intercession pour les victimes de la peste, 1497.

Faique bref, le nombre d’images de saint Sébastien a explosé parce que tout l’monde qui en avait les moyens s’en commandait pour leu z’église ou leu château. 

C’est là que l’image de saint Seb a commencé à changer. 

Voyez-vous, le monde de l’époque voyaient un lien symbolique entre saint Seb pis la peste. 

La peste, là, c’tait perçu comme une punition divine.

Pis, dans la Bible, les flèches sont un symbole de la punition divine. Par exemple, dans un psaume, ça dit « Mais Dieu tirera sa flèche contre eux : soudain ils sont blessés ». 

À part de t’ça, dans le Deutéronome, Dieu fait une crise de bacon parce que tout le monde est pas à 4 pattes en avant de lui pour le vénérer, faique y dit :

« Ce sont des enfants infidèles. Ils ont provoqué ma jalousie par ce qui n’est pas Dieu, ils m’ont irrité par leurs idoles sans consistance. Le feu de ma colère s’est allumé et il brûlera tout jusqu’au fond du séjour des morts. Il dévorera la terre et ses produits, il embrasera les fondements des montagnes. J’accumulerai les malheurs sur eux, je tirerai toutes mes flèches contre eux. »

Pour récapituler : Peste = Punition divine. Punition divine = Flèches.

Giovanni del Biondo, Triptyque de saint Sébastien (détail), 1370.

Pis comme saint Sébastien est tout percé de flèches comme un portipi, mais y meurt pas, ça veut dire qu’y résiste à la peste pis qu’y prend su lui la souffrance du monde ordinaire. TADAM! 

Icitte, dans un peinture du 14e siècle, on voit le début de la transformation de saint Seb : y’é tout nu pis percé de flèches. Mais, affriolant? Non. 

Pis là, y’a eu…

LA RENAISSANCE.

À la Renaissance, tout d’un coup, le monde ont redécouvert l’Antiquité, pis y trouvaient ça COOL.

Pour s’inspirer, les artistes se sont mis à piger dans c’t’époque-là comme dans un plat d’bonbons, pis ça a toute changé : les architectes dessinaient des bâtisses avec des colonnes doriques pis ioniennes, les poètes faisaient des métaphores de dieux grecs à tour de bras, pis les peintres peignaient du monde tout nus comme les statues antiques.

Sandro Botticelli, Saint Sébastien, 1473 (détail).

Parlant de statues pis de dieux grecs, vous savez c’qui vient direct de l’Antiquité, pis que les artistes trouvaient ben inspirant?

Apollon. 

Pourquoi lui en particulier? Apollon était le dieu de la lumière, de la musique, de la poésie, de la guérison pis du tir à l’arc. 

Pis dans l’Iliade d’Homère, y tire des flèches su les Grecs, des flèches qui donnent… LA PESTE.

Ça vous rappelle pas queque chose?

Pis à part de t’ça, vous savez c’qu’y est, Apollon, aussi? Beau. Dans l’dictionnaire, son nom, avec une minuscule, veut carrément dire « beau bonhomme ». 

Entécas, les chercheurs pensent qu’à cause de l’analogie qu’y avait à faire entre Apollon pis Sébastien – les flèches pis la peste pis toute – saint Sébastien s’est artrouvé « apollonisé » dans la peinture. C’est comme ça qu’y est devenu, pu juste tout nu pis fléché, mais aussi… sexy.

Benvenuto Tisi da Garofalo (date inconnue); Juan Carreño de Miranda (1650); Bartolomeo Schedoni (année inconnue).

À partir de d’là, saint Sébastien est devenu le prétexte parfait pour peindre un beau jeune homme tout nu. 

C’tait quasiment rendu un concours de qui pouvait peindre le saint Seb le mieux faite, le plus aguichant.

Apollon lycien, musée du Louvre, vers 150.

Y’a des peintres qui ont carrément délaissé le côté « attaché après un poteau » pis ont donné à saint Seb la pose classique du « Apollon lycien » c’t’à dire avec le p’tit bras su’a tête… mettons que ça change la vibe, hein?

Tsé, j’vous rappelle qu’on parle d’une figure religieuse. Pis la sexification de saint Seb passait pas partout comme du beurre dans’poêle! 

En 1514, à Florence, les frères du couvent de San Marco ont posé un retable – ça, c’est l’espèce de décor avec des sculptures ou des peintures qu’y mettent pour faire beau en arrière de l’autel – peint par Fra Bartolomeo, avec saint Sébastien dessus.

Pas longtemps après l’installation du retable, les frères ont armarqué une nouvelle tendance dins aveux qu’y entendaient au confessionnal :

–Heille, j’ai entendu une madame en confession tantôt, pis euh… Tsé, l’retable, là? Ben, a disait qu’en priant à saint Sébastien, a pouvait pas s’empêcher d’avoir des pensées impures!
–Hein? Moé’ssi, y’a une madame qui m’a dit ça! À l’trouvait trop beau pis trop vrai…

Malheureusement, ch’peux pas vous montrer la peinture en question. Comme les confessions coquines se multipliaient, les frères décidèrent d’enlever le retable. Pour moé y l’ont caché dans une armoire à balai pis oublié là, pis un m’ment’né, y s’est perdu dans un déménagement; bref, on sait pu où c’qu’y est, ni si y’existe encore.

Celui-là, y d-d-d-d-danse dans sa tête… (Peinture attribuée au Caravage, mais moé ch’cré pas à ça. Ça a plus l’air de l’œuvre d’un de ses élèves dont l’nom s’est perdu.)

Entécas, y’avait pas juste aux demoiselles que saint Seb donnait des sensations dins culottes. 

C’est sûr que dès la Renaissance, les monsieurs se rinçaient l’œil aussi. 

Le fameux Léonard de Vinci, qui était notoirement aux hommes, avait chez eux HUIT images de saint Sébastien.

Pis tsé, on va se l’dire, là : les poses pis les faces que Sébastien fait su certaines peintures, là…  Ben mettons qu’y a pas l’air d’un gars qui souffre tant que ça, si vous voyez c’que j’veux dire.

Y’en a qui disent que la face d’extase, c’est parce que Sébastien croit tellement au Bon Dieu qu’y sent même pas les flèches qui le transpercent, pis y’é en pleine communion mystique avec le Créateur.

J’veux ben, mais y’a un boutte à nous prendre pour des valises. Dans certains cas, l’homoérotisme est drette dans notre face, sans détour :

Carlo Saraceni, Saint Sébastien, 1616.

Come on, Carlo Saraceni. La flèche dans l’bas-ventre. C’t’aussi subtil que le symbolisme de franc-maçon dans un pestacle d’la mi-temps du Super Bowl.

Aujourd’hui, saint Sébastien fascine toujours autant. C’t’une icône pour la communauté gaie, qui voit en lui… Oui, d’abord, un beau bonhomme, mais, dans sa souffrance sous les flèches d’la persécution, y voyent aussi le reflet de leu propre traitement dans’société; les flèches de l’homophobie, autrement dit.

Benvenuto Tisi da Garofalo, Saint Sébastien (date inconnue).

Sources :

Rachel Wall, « Saint Sebastian in the Renaissance: the Classicization and Homoeroticization of a Saint » (2012)

Bette Talvacchia, « The Double Life of St. Sebastian in Renaissance Art », The Body in Early Modern Italy (2010)

Hannah Marks, « The Transference of Apollonian Iconography to Images of Saint Sebastian in Italian Renaissance Art » (2017)

Vincenzo Gonzaga : quand ta bizoune est une affaire d’État

Heille, gang? Ça vous tente-tu d’entendre parler d’la bizoune de Vincenzo Ier Gonzaga, duc de Mantoue pis de Monferrat?

Avant de répondre « Ark! Non! Voyons don, Matante Poêle, t’es-tu débarquée de tes pentures? », attendez deux secondes! La bizoune en question, a l’a toute une histoire : a l’a été r’gardée, tâtée, mesurée, testée en laboratoire pis su’l terrain, toute au nom d’la raison d’État. Parce que, pour la noblesse européenne du 16e siècle, bander mou, c’tait politique. 

ATTENTION : Y va sans dire qu’on va parler de bizounes dans l’détail. BEN dans l’détail. Faique si les bizounes vous écœurent, vous devriez pas aller plus loin. Vous pourrez pas dire que j’vous ai pas avertis!  

Toute a commencé en 1583 par l’annulation du mariage de Vincenzo, 21 ans, avec Margherita Farnese, 16 ans, la fille du duc de Parme. 

Ça faisait deux ans que Vincenzo essayait de consommer son mariage avec Margherita, mais… ça rentrait pas. Ça rentrait juste pas. 

Les docteurs argardèrent ça, pis y conclurent que les parties d’la pauvre Margherita étaient impropres aux relations conjugales, supposément à cause d’un boutte de chair qui bloquait l’chemin. 

Y’en a qui proposèrent de l’opérer : 

« J’ai lu queque part qu’y a un docteur arabe qui a réussi de quoi d’même, une fois! Mais… ça s’pourrait qu’a meure, par’zempe. »

Un professeur d’anatomie, que la famille Gonzaga avait faite v’nir de l’Université de Padoue exprès pour examiner la fille, avait sa propre suggestion : 

« On pourrait essayer d’élargir l’antichambre de Madame en y rentrant des cônes de plus en plus gros, jusqu’à ce qu’on arrive à la grosseur d’la verge ducale. » 

Là, on va régler ça une bonne fois pour toutes : un vagin, ÇA LOUSSE PAS AVEC L’USAGE. C’T’UN MUSCLE. 

Faique c’t’idée-là prit rapidement l’bord – énéwé, la pauvre Margherita hurlait de douleur chaque fois qu’on essayait d’y faire ça. 

Mais là, les Farnese – la famille à Margherita –, y voyaient ça aller, pis y’étaient pas contents. Si le mariage était annulé :

  1. ça s’rait pas bon pour leu réputation;
  2. Margherita s’en irait au couvent;
  3. y perdraient toutes les avantages qui v’naient avec le mariage.

Voyant que le ton montait, le pape Grégoire XIII envoya le cardinal Carlo Borromeo – le futur saint Charles Borromée, en passant – régler la chicane, vu qu’y était respecté autant par les Gonzaga que par les Farnese. 

Faique le cardinal fit venir au moins 15 personnes de partout en Italie – docteurs, chirurgiens, dames de compagnie, bonnes sœurs – pour qu’y examinent les parties du couple. 

Y comparèrent les tréfonds à Margherita à ceux de quatre vierges certifiéesᴹᴰ autour du même âge qu’elle, qui avaient accepté de servir de vagins de référence en échange d’une dot pour se marier. 

Les docteurs pis les chirurgiens tchéquèrent l’érection à Vincenzo, la mesurèrent pis la comparèrent avec l’avenue royale à Margherita.

Finalement, fallut s’rendre à l’évidence : comme les voies du Seigneur, Margherita était impénétrable. 

Le cardinal Carlo Borromeo convainquit Margherita d’entrer au couvent; franchement, avoir été à sa place à elle, j’aurais été contente d’aller dans une place où, présumément, on m’laisserait la bourzaille tranquille pour l’restant d’mes jours. 

L’mariage fut annulé pas longtemps après. 

À c’t’heure, Vincenzo était libre de s’trouver une nouvelle femme plus, euh… ouverte. 

Pour ça, y s’armit à r’garder du côté d’Eleonora de Médicis, qu’y avait failli marier, mais qu’y avait mise de côté parce que la dot à Margherita était plus grosse. 

L’affaire, c’est que les Farnese avaient jamais digéré la répudiation d’leu fille; pour se venger, y répandirent des rumeurs comme de quoi c’tait pas Margherita le problème, c’tait Vincenzo qui bandait mou! 

Ben vite, des tavernes au bureau du pape en passant par les bordels pis les palais, tout l’monde avait entendu parler des supposés problèmes de couchette à Vincenzo. Mais, pour notre futur duc – son père était encore en vie à c’te moment-là –, le problème s’arrêtait pas là : à l’époque, un homme mou d’la fourche était considéré comme mou dans toutes les autres aspects de sa vie. Si les rumeurs continuaient, pu parsonne le prendrait au sérieux. Ça pourrait y nuire à lui, ça pourrait nuire à sa famille, pis ça pourrait nuire à son duché au complet. 

Faique avant de conclure le contrat d’mariage entre Vincenzo pis Eleonora, le grand duc Francesco Ier de Médicis, le père d’la fille, mit une condition : 

« Que le fils du duc Gonzaga fasse la démonstration, une bonne fois pour toutes, qu’y est capable de consommer un mariage avec une jeune vierge. »

Non, mais ça d’vait-tu être HUMILIANT pour Vincenzo, un peu? Sa bizoune allait faire l’objet d’une procédure hyper rigoureuse à plusieurs étapes, supervisée par l’Église pis documentée comme une poursuite au civil, tandis que toute l’Italie suivrait l’affaire, crampée raide, avec un plat d’popcorn. 

En premier, on suggéra que Cesare d’Este, un grand chum à Vincenzo avec qui y faisait les 400 coups, déclare sous serment que le futur duc de Mantoue était parfaitement capable de performer avec une vierge. Y’était ben placé pour en témoigner, parce que, voyez-vous, avant les rumeurs, Vincenzo avait une réputation de courailleux infatigable, pis Cesare avait souvent été aux premières loges de ses exploits. 

Faique Cesare signa un affidavit en deux copies qui fut envoyé chez les Médicis pis chez le pape. Ça disait :

« Je jure pis j’affirme que Son Altesse peut avoir une érection comme n’importe quel autre gars pis qu’y peut se servir de son érection avec n’importe quelle femme, qu’a soye vierge ou non, aussi facilement que n’importe quel autre gars. »

Mais tsé, ça valait c’que ça valait. Les Médicis étaient pas convaincus pis voulaient d’autres preuves.

La grosse question, c’tait : y’avait-tu un problème avec la bizoune à Vincenzo? 

Pour répondre à ça, les docteurs y firent passer une série d’tests qui t’naient plus du génie mécanique que d’la médecine. 

Par exemple, y lui d’mandèrent de s’monter en graine pour vérifier si son érection pouvait tenir un « poids raisonnable ». Y lui d’mandèrent aussi de pousser avec contre la paume d’une main pour voir si, vraisemblablement, y’avait assez de force pour défricher l’champ d’fraises d’une demoiselle. 

Y firent aussi une réplique de l’instrument à Vincenzo, qu’y purent taponner à loisir pour s’assurer qu’y était pas déformé.

L’histoire dit pas c’qui arriva au proto-dildo ducal par après. 

Après toute ça, y fut conclu que le salami d’Gênes du prince marchait comme un charme. J’en connais un qui d’vait être soulagé.

Malheureusement, c’tait toujours pas assez pour les Médicis : y voulaient un test en conditions réelles. 

Mais quelles conditions, exactement? 

Les négociations furent aussi serrées qu’au renouvellement d’une convention collective d’la FTQ-Construction. 

Les familles réussirent quand même à s’entendre su c’tes points-là : 

  • Vincenzo devrait prouver, devant témoin, qu’y était capable de déflorer une vierge. 
  • La vierge en question – d’une classe sociale inférieure, ben crère – s’rait choisie avec soin; Vincenzo avait d’mandé qu’a soye d’une bonne famille, pas trop jeune ni trop vieille, pis pas trop laitte.
  • La virginité de l’heureuse élue s’rait vérifiée par un docteur pis une sage-femme. Après, la fille resterait embarrée dans sa chambre jusqu’au moment du test.
  • La démonstration se passerait dans une villa de Venise appartenant aux Médicis, sous la surveillance de Belisario Vinta, un gars à leu service, qui aurait l’droit de « r’garder pis de toucher avec ses mains autant que possible ».
  • En contrepartie de devoir faire sa démonstration « à l’étranger », Vincenzo aurait droit à plusieurs essais s’une période de 24 heures, pis le temps compterait yinque quand y s’rait dans la chambre avec la fille.
  • Pour entrer dans la chambre, y devrait porter yinque sa jaquette pis sa robe de chambre, pis Belisario Vinta devrait le fouiller pour s’assurer qu’y apportait juste son « instrument naturel ». 

Là on rit, mais faut quand même le dire : c’t’absolument épouvantable pour la pauvre fille. Maginez, vous-autres-là, que vous êtes une orpheline avec presque aucune chance de vous marier (donc, à l’époque, presque aucune chance d’avancer dans’vie), pis là, y’arrive un bonhomme louche qui vous demande : 

« On pourrait-tu utiliser votre trou pour une esspérience? En échange, on va vous trouver une dot pis un mari pas trop r’gardant… » 

C’est déshumanisant, c’est dégueulasse, pis c’est de l’exploitation pure. Toute ça avec le OK de l’Église. Blark. 

Vinta fit l’tour des orphelinats de Florence pis y finit par trouver une dénommée Giulia, « 21 ans, grande, avec un beau teint, ni grosse ni maigre, un peu gênée, mais avec une bonne tête, faique on devrait être bons pour l’entraîner ».

Re-blark. 

Une fois sa virginité certifiéeᴹᴰ, Giulia fut emmenée à Venise, escortée par une gardienne. 

Tout guilleret, Vincenzo arriva queques jours d’avance pour sa démonstration. Quand y vit Giulia, y dit : 

« Heille, pas pire! J’y sauterais d’ssus drette là! »

Mais, on y dit de s’calmer l’pompon parce que la fille était menstruée, pis que le lendemain c’tait vendredi, pis c’tait pas un bon jour pour copuler à cause d’la religion.

Trois jours plus tard, c’tait enfin l’heure de vérité. Sauf que… ben, une maudite chance pour Vincenzo qu’y s’tait négocié plusieurs essais. 

Après l’avoir inspecté, Vinta s’en alla dans la pièce à côté le temps qu’y fasse ses affaires. 

Sauf qu’y entendit rien pendant un long boutte; pis tout d’un coup, Son Altesse sortit d’la chambre en filant comme une balle, en s’tenant l’ventre pis en criant : 

« M’as être malade tabarnak m’as être malade! »

Selon le rapport à Vinta, au souper, Vincenzo se s’rait bourré la face dins huîtres – vu que les huîtres ont supposément un effet aphrodisiaque, ça compte-tu pour du dopage, ça?

Une fois rendu au lit avec Giulia, y’aurait été pogné d’un endormitoire du yâble, pis y se s’rait réveillé avec la chiasse. 

Le futur duc perdit pas d’temps : y sauta dans sa gondole pis clancha vers sa résidence vénitienne pour se faire faire un lavement à l’huile d’amande douce.

Quant à Giulia, Vinta pis la gardienne vérifièrent si a l’était encore vierge, pis, c’tait clair que le prince s’tait pas trempé l’goupillon dans son bénitier.

Chez les Gonzaga, on capotait pis on criait au maléfice. C’tait de la sorcellerie! C’tait sûr! Y’avait pas d’autre explication! 

Tandis que Vincenzo s’armettait de son va-vite, on pria pour lui pour chasser l’mauvais sort pis on y prépara des remèdes – on sait pas quoi exactement – pour l’aider à performer quand y’allait se réessayer. 

Faique quand y s’arpointa à la villa des Médicis, quatre jours plus tard, Vincenzo était gonflé à bloc : 

« Tonight zde night, bebé! »

Y déshabilla Giulia, se fit inspecter par Vinta, pis tiguidou rail’trou. 

Ça faisait pas quinze menutes que Vinta attendait l’autre bord d’la porte qu’y entendit Son Altesse l’appeler : 

« Heille Vinta! Viens icitte! Chus d’dans! Touche, tu vas voir! » 

Drette là, Vinta aurait de loin préféré rentrer dans l’plancher plutôt que dans c’te chambre-là, mais y’avait une mission à accomplir. 

Y s’rendit donc jusqu’au bord du lit pis tâta pour vérifier que toute était plogué comme faut aux places qu’y fallait. Toute avait l’air beau. 

« Bon, faique à c’t’heure que t’as touché pis qu’t’es convaincu, sors d’icitte pis laisse-moé finir. »

Mais, même si Vincenzo partit de d’là certain d’avoir scoré comme Jean Béliveau, le lendemain matin, le dossier était toujours pas réglé. 

Quand Giulia se fit examiner par Piero Galletti, un chirurgien au service des Médicis, a dit qu’a l’était pas sûre si a l’était vraiment pu vierge : 

« Ben… yé v’nu, ça c’tait clair, mais… Ch’comme pas sûre qu’y est rentré au complet? »

Faique Galletti alla, encore une fois, inspecter le set de clefs du futur duc. Mais, comme y’était pas dur à c’te moment-là, le chirurgien écrit dans son rapport qu’y avait pas d’preuve irréfutable de son aptitude au labour.

Le jour d’après, par’zempe, Vincenzo fit v’nir Galletti dans sa chambre : 

« Gâ! Gad’ça comme c’est beau! » 

Vincenzo était couché su son litte, la jaquette ouverte, la rosette de Lyon glorieuse, ben dressée vers les cieux. 

« Aweille, touche, tu vas voir. » 

(Montrez pas c’te boutte-là au monde sans l’contexte, sivouplaît – on dirait vraiment un début d’film de fesses.)

Non content d’avoir ébloui le chirurgien des Médicis avec sa bizoune « dure comme un fuseau, ben drette, assez grosse mais pas trop, pis parfaitement proportionnée », le soir, Vincenzo rendit une troisième visite à Giulia. 

C’te fois-là, y’avait pu d’doute. Quand Galletti vint faire son debriefing avec la fille, a dit : 

« Ah, là ch’peux vous dire que chu pu vierge. 100 % pu vierge. »

Après ça, on perd la trace de l’héroïque Giulia. J’ose espérer que les promesses qu’on lui avait faites ont été respectées, mais ça doit : après toute, si les Gonzaga avaient dompé la pauvre fille pu d’honneur pu rien après l’avoir utilisée d’même aussi publiquement, ça se s’rait su pis ça aurait mal paru. J’souhaite de toute mon cœur qu’a se soye trouvé un bon mari fin pis qu’a l’a faite une belle vie après ça. 

Quant à Vincenzo, sa virilité prouvée de façon éclatante, y put enfin marier Éleonora de Médicis. Y’eut six enfants avec elle pis continua de courir inlassablement la galipote. 

Pis j’ai une dernière tite pépite croquante pour vous-autres : à la mi-quarantaine, quand y commença à mollir du fudgscicle, y’envoya un apothicaire en Amérique du Sud au péril de sa vie pour y trouver un remède miracle. Malheureusement, quand l’apothicaire arvint en Italie, le duc de Mantoue et de Monferrat avait déjà passé l’arme à gauche. 

Bref, détenteurs de bizounes, si vous avez des ennuis mécaniques au lit, réjouissez-vous : au moins, c’est pas une affaire d’État.


Source : Bourne, Molly (2016). «Vincenzo Gonzaga and the Body Politic: Impotence and Virility at Court ». Dans Matthews-Grieco, Sara F. (ed.). Cuckoldry, Impotence and Adultery in Europe (15th-17th century). Routledge.

La « grande affaire » du roi Henry VIII

Henry VIII et Anne Boleyn.

N’écoutant que sa brimballe, Henry, dès lors, eut juste une idée en tête : se débarrasser de sa femme Catherine. Y’avait juste un tout petit problème : le pape.

En 1525, le roi Henry VIII d’Angleterre commençait à capoter : avec sa femme, la reine Catherine d’Aragon, il avait eu une fille, Mary, mais aucun gars. Et comme la reine rajeunissait pas (à 40 ans, elle avait cinq ans de plus que son mari), ça commençait à presser pour avoir un héritier mâle.

(En fait, c’est Henry qui avait le piton collé sur un gars. En Angleterre, les femmes avaient le droit d’hériter de la couronne. Mais comme la dernière fois, 400 ans avant, ça avait fait une guerre civile, ça lui tentait pas trop que ça arrive.)

« Quessé je pourrais ben faire? se demandait le roi. Hm. Je pourrais reconnaître un de mes bâtards comme fils légitime. Ou, je pourrais marier ma fille Mary au plus crisse, pour qu’a me fasse un petit‑fils. Ou bedon… Je pourrais flusher Catherine pis en marier une plus jeune? »

Pour Henry, qui était encore tout fringant, rougeaud et dans la fleur de l’âge, c’était de loin la solution la plus tentante. Surtout que, depuis une secousse, il y avait une petite brune qui lui faisait un gros effet : Anne Boleyn, une belle fille sophistiquée, éduquée en France, avec ben des talents pis de la jarnigoine.

Henry s’était déjà tapé plusieurs fois sa sœur, Mary Boleyn. Mais Anne, elle, voyait plus grand qu’être juste la maîtresse du roi. Quand Henry commença à lui faire des avances, Anne répondit :

« Ah, Votre Majesté, vous êtes ben fin pis je suis ben flattée, mais si vous voulez du nanane, va falloir m’épouser. »

N’écoutant que sa brimballe, Henry, dès lors, eut juste une idée en tête : se débarrasser de sa femme Catherine. Y’avait juste un tout petit problème : le pape.

Parce que, ouais, dans ce temps-là, le pape avait toujours le nez fourré dans les affaires des familles royales, jusque dans leur chambre à coucher. S’il décidait de pas t’accorder une dispense pour marier ta cousine, ben tu mariais pas ta cousine. Pis s’il décidait qu’il te laissait pas divorcer, ben tu divorçais pas.

Au début, Henry essaya de jouer dans les règles. Il demanda au pape Clément VII d’annuler son mariage avec Catherine. Son prétexte? C’était la femme de son frère – elle avait d’abord marié le frère aîné d’Henry, Arthur, mais il était mort même pas six mois après.

« Monsieur le Pape, là, vous rendez-vous compte? chigna le roi. Le Lévitique* dit que c’est pas correct de marier la femme de son frère!  Ça fait 14 ans que je vis dans le péché pis je me sens tout sale! Ark! L’ancien pape aurait jamais dû laisser faire ça! Annulez-moi ça tusuite, ce mariage‑là! »

Clément VII fut pas convaincu :

« Ben essayé, mon grand, mais fais pas ton hypocrite : la femme de ton frère, elle a fait ben ton affaire pendant tout ce temps‑là, pis là, ça serait pu correct? Je le sais ben que tu veux juste t’enfiler une petite jeune, faique sèche. »

Henry convainquit quand même le pape de lui envoyer un représentant et d’établir un tribunal ecclésiastique en Angleterre, où la pauvre Catherine d’Aragon, pour se défendre, dut dire devant tout le monde qu’elle avait jamais couché avec son premier mari, qu’elle était la femme légitime d’Henry, pis que personne allait la tasser pour la mettre dans un couvent.

Après, le représentant du pape repartit à Rome, en disant :

« Bon, ben j’ai tout ce qui me faut! Je vous rappelle quand j’ai du nouveau. »

Mais, il n’y eut jamais de nouveau. L’affaire tomba dans les limbes, pis le pape rappela jamais.

Rendu là, Henry attendait depuis sept ans et était sur le bord d’exploser. Il prit alors une décision qui allait changer la face de l’Angleterre pour toujours :

« Ah, pis, le pape peut ben manger de la marde : je pars une nouvelle religion, ça va être moi le grand boss, pis personne va m’empêcher de divorcer de ma femme pis de marier Anne. »

C’était le début de la religion anglicane.

L’anglicanisme pour les nuls

L’anglicanisme est une religion protestante dont le chef est pas le pape, mais le souverain d’Angleterre (faique de nos jours, c’est Elizabeth II).

Si c’est Henry VIII qui a coupé les ponts avec l’Église catholique (à coups de hache forgée dans
le feu de sa libido infernale), c’est sa fille Élizabeth qui a fondé la religion anglicane pour de bon.

Entre autres, dans l’anglicanisme, il y a juste deux sacrements (le baptême et la cène), les pasteurs peuvent se marier, on croit pas que les hosties, c’est vraiment des bouttes de Jésus, pis ya juste la foi, et non les bonnes œuvres, qui fait mériter le ciel.

Drette là, Henry crissa la pauvre Catherine dehors et donna ses appartements à sa nouvelle flamme. Le couple se maria en douce, et Anne tomba vite enceinte. Le p’tit gars tant attendu?

C’est ben de valeur, mais : non. Le 7 septembre 1533, c’est une petite fille qui est née. Henry était loin de giguer de bonheur, mais quand même, il nomma la petite Elizabeth en l’honneur de sa mère et se dit qu’Anne était encore jeune pis qu’elle pourrait se reprendre.

Or, Henry commençait déjà à déchanter. Pour lui, la jarnigoine chez une femme, c’était ben l’fun dans le temps des chuchotements pis des frissons dans les coins sombres, mais là, les opinions de sa nouvelle femme sur à peu-près toute, de la politique à la religion, commençaient à lui taper sur les nerfs. Anne avait la mèche courte en plus, faique ils passaient leur temps à s’astiner.

À boutte de voir Henry courailler partout, Anne piquait une crise épouvantable à chaque nouvelle maîtresse (crache en l’air, r’tombe su’l nez?). Pis elle était baveuse : un m’ment’nné, elle alla même jusqu’à insinuer que, si elle avait pas encore eu de fils, c’est parce qu’Henry manquait de vigueur en dessous des couvertes. À part de ça, avec sa tendance à péter plus haut que le trou et son influence de plus en plus grande à la cour, elle avait commencé à se faire des ennemis, qui auraient préféré une reine potiche.

Comme si ça allait pas assez mal de même, Anne fit deux fausses couches. Là, Henry en eut son tas; pour lui, c’était comme une trahison. Il commença même à s’informer auprès de ses plus proches conseillers, voir si c’était possible de domper Anne sans être obligé de revenir avec Catherine.

Le dernier clou dans le cercueil arriva sous la forme d’une jolie blonde appelée Jane Seymour. Nunuche et inoffensive, elle était beaucoup plus facile à vivre qu’Anne. Astheure qu’Henry avait un plan B, c’était juste une question de temps avant qu’Anne prenne le bord. Pas longtemps après, on commença à s’organiser pour la faire disparaître (qui était vraiment en arrière de tout ça? On le saura jamais).

À la fin d’avril 1536, cinq hommes, dont Georges, le frère d’Anne, furent arrêtés et accusés d’avoir couché avec la reine. Le 2 mai, Anne fut arrêtée à son tour et accusée d’adultère, d’inceste, de haute trahison, de sorcellerie, extra bacon, un chausson avec ça?   

Même si les preuves contre eux-autres étaient minces comme de la peau de pet, Anne et les cinq hommes furent condamnés à mort. La sentence pour les femmes déclarées coupables de trahison était le bûcher, mais on fit une exception pour Anne : elle allait être SEULEMENT décapitée, pis pas par n’importe quel gros bourreau poilu avec une hache, mais par un expert français réputé pour faire des belles coupures propres avec une épée (y’a pas de sot métier, hein). Anne aurait d’ailleurs déclaré :

« J’ai entendu dire que le bourreau était ben bon, pis j’ai un p’tit cou de poulet, haha. »

Anne fut exécutée le 15 mai 1536. Drette le lendemain, Henry se fiançait à Jane Seymour. Pis dix jours après, ils étaient mariés. 

Maudit écœurant.
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*C’est un livre de la Bible.