Lave-toé don les mains, maudite tête dure! L’histoire de Mary Typhoïde

Dessin : Ma grande chum Christine Labrecque! Couleurs : André St-Laurent

Bon. Comme vous savez, j’ai pogné la maudite COVID-19, pis Mononc’Poêle aussi. Mais stie qu’a s’est pas attaquée au bon monde! On y’a crissé une volée, pis là on est corrects.

Mon frère, qui reste avec nous-autres, lui, y’a rien eu! Y’a probablement pogné le virus, mais ça y’a glissé dessus comme de l’eau su’l dos d’un canard.

Pour Mary Mallon, une Irlandaise qui avait immigré aux États-Unis dins années 1880, c’tait un peu la même affaire : a l’avait pas de symptômes pantoute, mais a l’était porteuse des bactéries qui donnent la fièvre typhoïde, m’aginez-vous don. Sans faire exprès, elle a contaminé un astie de tapon de monde avant que les autorités finissent par allumer. Pis c’tait une astie de tête de cochon.

Au début du 20e siècle, la fièvre typhoïde était une maudite plaie. Arrière-pépère Poêle — mon grand-père, ça — l’a même pognée quand y’était jeune homme. Ça donnait des maux de tête, la diarrhée, une grosse fièvre pis une fatigue épouvantable. Un malade sur 10 en mourait. 

C’t’une bactérie au nom à coucher dehors, Salmonella typhi, qui causait ça. Mettons qu’une crotte de personne contaminée se ramassait dans l’eau : par après, la bactérie se pétait une belle p’tite croisière jusqu’à ce que quelqu’un puise l’eau pis la boive. Ou mettons qu’une personne contaminée se lavait pas les mains comme faut après avoir fait son tour aux bécosses, pis taponnait ensuite d’la bouffe, ben hop! Tout le monde autour d’la table se retrouvait contaminé aussi.

À l’été 1906, une épidémie de fièvre typhoïde se déclara d’un gros chalet de luxe loué par un riche banquier de New York. 

D’habitude, c’tait les pauvres avec pas d’eau potable qui pognaient ça! Y’avait de quoi de pas normal! Les propriétaires du chalet eurent peur de pu pouvoir le louer à d’autres pis voulurent aller au fond des choses.

Une première enquête donna rien, faique à l’hiver, y’engagèrent George Soper, un ingénieur sanitaire, qui se mit tu’suite au travail :

— Bon. C’est pas le puits, c’est pas l’hygiène dans’maison, c’est pas la bouffe, pis c’est pas le fumier pour engraisser la pelouse; faique c’est quoi, d’abord? Y’a-tu quequ’un d’infecté qui est arrivé dans’maison un peu avant l’épidémie?
— Ben, y’a la cuisinière, là – Mary Quet’chose, là. Mallon!
— C’tu vrai? Est arrivée quand?
— Le 4 août, pis est partie un mois après, pas longtemps après que le monde ont commencé à être malades.

Soper trouva ça louche en sivouplaît, faique y’interrogea toutes les domestiques : qu’est-ce qu’y avait ben pu s’passer? 

Y savait que, normalement, quand le manger est cuit, y’a pas de danger, parce que les bactéries chauffent assez pour mourir. Tsé, si on entend pas leurs cris d’agonie, c’parce qu’y sont masqués par le doux p’tit bruit du gigot d’agneau qui braise lentement au four…

Scusez. J’viens un peu sadique quand la faim m’pogne.

Entécas, Soper finit par savoir qu’un dimanche, Mary avait préparé un dessert avec d’la crème glacée pis des tranches de pêches crues. Bingo!

Convaincu d’avoir mis l’doigt su’l’bobo, Soper voulut retrouver Mary Mallon.

Ça allait pas être évident : Mary changeait de job souvent, pis a l’avait pas de domicile fixe ni de famille dans l’boutte. Mais, en la suivant à la trace, y découvrit de quoi de pas pire en simonac : dans TOUTES les maisons où c’qu’a l’avait travaillé depuis 1900, y’avait eu des épidémies de fièvre typhoïde inexpliquées.

À c’t’heure, y’avait pu de doute : c’tait elle qui rendait l’monde malade.

Quand y finit par la r’trouver, a travaillait dans une maison de riches sur Park Avenue, à New York. A l’était, comme de faite, dans’cuisine. C’tait une grande femme d’une quarantaine d’années, blonde aux yeux bleus, ben plantée, avec la face de quequ’un qui se laissait pas piler su’é pieds.

Y’enleva son chapeau, se présenta, pis finit par cracher l’morceau :

« Toute ça pour dire que j’ai des raisons de penser que c’est vous qui donnez la fièvre typhoïde au monde, faique, euh… Si ça vous dérange pas trop, j’aurais besoin d’échantillons de vos selles, de votre urine pis de votre sang, sivouplaît… »

Les yeux à Mary foncirent comme la mer quand l’vent vire de bord. A pogna une fourchette à découper, tsé avec les deux grands dents longues, la pointa dans’face à Soper pis avança vers lui :

« T’es-tu après me traiter d’astie de crottée, toé là? Décâlisse avant que ch’te pique comme un rôti d’porc! »

Soper sortit de la cuisine, descendit l’passage à la course, traversa l’terrain pis la barrière en fer forgé, pis c’est yinque rendu su l’trottoir qu’y s’arrêta pour arprendre son souffle.

« Ouin… C’tait pas ma meilleure. Pour moé a’pas compris que j’voulais l’aider. Va falloir que ch’trouve autre chose. »

Faique, dans les jours qui suivirent, Soper se mit à espionner Mary. Y finit par se rendre compte que souvent, après la job, a se rendait chez un bonhomme louche qui passait la journée à la taverne pis restait d’une maison de chambres.

Y se mit donc chum avec le bonhomme – ce fut pas trop dur, hein, une couple de pintes pis tiguidou – pis réussit à se faire inviter chez-eux. 

— Ouin, j’aurais besoin de parler à Mary. Mettons qu’un soir, je v’nais l’attendre icitte, ça vous dérangerait-tu?
— Ah, pas de trouble, mon homme, viens quand tu veux!

Faique un m’ment’né dans la semaine, y’alla attendre Mary en haut des marches de la maison de chambres. Quand a se pointa la face, tu’suite y partit la cassette qu’y avait pratiquée : bonjour Madame, m’esscuse de la façon dont j’vous ai parlé la fois d’avant, j’vous accuse de rien, j’veux yinque vous aider, si vous avez besoin d’vous faire soigner ça vous coûtera rien, blablabla, mais Mary était déjà boquée ben dur :

« Ah, non, pas encore toé, tabarnak! Veux-tu ben me crisser la paix avec la fièvre typhoïde? Y’avait pas plus de malades dins places où j’ai travaillé qu’ailleurs; y’en a partout, de c’te maladie-là! Pis je l’ai jamais pognée d’ma vie! À part de ça, m’avez-vous vue? J’ai tu l’air malade? Hein? J’ai tu l’air malade? Ben non, astie, ch’t’en pleine forme! Je laisserai personne m’accuser d’affaires de même! Pis toé, mon astie de sans dessein, t’es aussi ben de pu jamais te pointer la face icitte! »

Encore une fois, Soper dut partir la queue entre les jambes, les insultes qui y r’volaient dans l’derrière d’la tête comme si c’tait des roches.

Comme y’avait rien à faire avec Mary, y prit les grands moyens – y’alla voir le commissaire à la santé de la Ville de New York :

« En gros, Monsieur, c’te femme-là est un vrai tube de culture bactérienne su deux pattes. A l’arrête pas de rendre le monde malade sans le savoir, pis c’t’une maudite tête de cochon qui veut rien entendre. Va falloir des polices pour l’arrêter, pis sont aussi ben de s’atteler, parce que c’est clair qu’a se laissera pas faire. »

Un peu mal à l’aise à l’idée d’y aller tu’suite avec le bâton, le commissaire commença par envoyer la Dre S. Josephine Baker, en se disant que la touche féminine rendrait peut-être Mary plus parlable. Mais non. Mary y ferma la porte au nez.

Faique le lendemain matin, une ambulance se parqua pas loin de la maison où Mary travaillait. Y’en sortit la Dre Baker pis trois polices. Deux polices allèrent se placer stratégiquement pour empêcher Mary de se sauver, pis la troisième alla sonner à la porte d’la cave avec la docteure.

Mary ouvrit, mais dès qu’a se rendit compte de c’tait qui, a l’essaya de la r’farmer. La police mit son pied dans’porte pour la bloquer. 

Mary se sauva dans’cuisine. La docteure pis la police partirent après elle, mais a l’avait déjà disparu. Y s’informèrent aux autres domestiques, mais personne l’avait vue passer. Y fouillèrent toutes les racoins de la maison d’la cave au grenier, mais Mary était nulle part.

Un m’ment’né, la Dre Baker spotta de quoi de suspect :

« Heille, tchéquez ça! Y’a une chaise d’accotée après la clôture! »

Faique la docteure pis les polices allèrent fouiller la maison du voisin, mais Mary était pas là non plus. Rendu là, ça faisait une bonne secousse qui charchaient.

La docteure était su’l bord de laisser faire, quand a vit un boutte de tissu à p’tits carreaux pogné dans’porte d’une remise en arrière de la maison des voisins. Une des polices ouvrit la porte, pis qu’est-cé qu’a trouva-ti pas? Mary, qui partit tu’suite pour se sauver.

La docteure eut beau y dire qu’a voulait yinque des échantillons pis qu’a la laisserait partir, Mary voulut encore rien savoir. Faique les polices la pognèrent pis la mirent dans l’ambulance.

« Lâchez-moé, mes asties de cochons sales! Tabarnak! J’ai rien faite! »

A se débattit comme une diablesse dans l’eau bénite. Pendant la raille d’ambulance jusqu’à l’hôpital, ça brassa tellement qu’on aurait cru qu’y avait un carcajou à bord.

Quèques jours après, Soper reçut un téléphone du Dr Park, de l’hôpital Willard Parker. Y’avait examiné les selles de Mary, pis comme de faite, y’étaient bourrées de bactéries qui donnent la fièvre typhoïde.

Ça confirmait toute. 

Queques s’maines après, y’alla voir Mary à l’hôpital. Tsé, c’tait pas une criminelle, mais comme c’tait une maudite tête de cochon qui avait mangé d’la vache enragée, y’a gardaient enfermée.

Quand Soper arriva, Mary était en robe de chambre blanche entre quatre murs blancs, assise tu’seule sur son litte blanc. Pis le r’gard qu’a y fit aurait pu l’couper en bouttes.  

Malgré ça, l’ingénieur sanitaire se racla la gorge pis commença à y’expliquer comment a faisait pour contaminer le monde sans faire exprès : 

« Pis quand le monde mangent c’que vous avez préparé, y mangent les bactéries pis y tombent malades. Tsé, si vous preniez le temps de vous laver les mains comme du monde, y’aurait probablement même pas de trouble. » 

Mary dit pas un mot, mais ses yeux continuaient de lancer des couteaux. 

« Pour moé, les bactéries vivent dans votre vésicule biliaire. Ch’pourrais vous l’enlever. Y’a plein de monde qui n’ont pu, pis sont ben corrects pareil. »

Le silence était tellement épais qu’une grosse cuiller aurait pu tenir deboutte dedans. 

« J’veux juste que vous répondiez à mes questions. J’voudrais écrire un livre sur vot’cas, mais j’dirai pas votre nom, pis j’vas vous donner toute l’argent qu’m’as faire avec ça. Ch’pourrais vous aider à sortir d’icitte. »

Mary se leva de son litte pis, sans jamais quitter Soper des yeux, alla s’enfarmer dans la toilette de la chambre. Faut croire que c’tait sa façon de l’envoyer chier, parce qu’a ressortit pas, pis Soper dut se résoudre à s’en aller.  

Finalement, Mary fut emmenée sur l’île de North Brother, sur l’East River, où y’avait un hôpital de quarantaine. Là-bas, a vivait dans une belle p’tite maison avec l’eau pis l’courant. Mais comme c’tait l’genre de femme à bouffer un oignon pour te prouver que c’t’une pomme, a se battit pour sortir pendant trois ans, jusqu’à ce qu’on la laisse partir sur promesse de pu travailler comme cuisinière pis de se déclarer aux autorités sanitaires à toutes les trois mois. 

Est bonne. 

Mary disparut drette après être sortie. A se déclara jamais aux autorités. A changea de nom. A l’essaya ben de faire autre chose de d’la cuisine, mais comme a trouvait rien qui payait assez, a r’tourna ben vite à son ancienne job, pis toute arcommença comme avant. 

Ça prit cinq ans avant qu’on la r’trouve, pis rendu là, y’avait rien d’autre à faire que de la renvoyer à North Brother. Sauf que c’te fois-là, a se débattit pas. Faut dire qu’a l’avait mangé pas mal de misère dins dernières années – a s’tait blessée à une main, entre autres – pis a devait s’dire que tant qu’à faire, aussi ben être logée, nourrie pis ben traitée, même si a perdait sa liberté. 

Elle resta à North Brother pendant 23 ans, jusqu’à sa mort à l’âge de 69 ans.  

Même après toute c’qui lui était arrivé, Mary refusa toujours d’accepter son état. Si quequ’un avait l’malheur d’y parler d’la fièvre typhoïde, a y faisait une face à y faire armonter les gosses. En tout cas, elle, si le docteur Arruda y’avait dit de rester chez eux pis de se laver les mains, ben vous pouvez être sûrs qu’a l’aurait envoyé chier.


Source : George A. Soper, The Curious Career of Typhoïd Mary. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1911442/pdf/bullnyacadmed00595-0063.pdf

Mon os est plus gros que l’tien : le duel des chercheux de dinosaures

Illustration originale : Christine Labrecque; couleurs: André St-Laurent

Par chez nous, quand ch’tais jeune, y’avait le Bonhomme Perreault pis Piton Dufour – que j’ai jamais su pourquoi qu’on l’appelait de même – qui restaient un à côté de l’autre pis qui étaient pas capables de se sentir. Ça aurait commencé parce que la clôture de Piton débordait un peu su’l terrain du Bonhomme, ça a dégénéré en chicane qui a duré 30 ans, pis ça a fini quand le Bonhomme Perreault a pété du cœur en apprenant que sa chambre allait être juste à côté de celle à Piton Dufour au foyer d’accueil. 

Nos deux zozos d’aujourd’hui, eux-autres, y se chicanaient pas pour des poteaux de clôture, mais pour des os de dinosaures. Pis pour la gloire, à une époque où c’que la paléontologie, la science qui étudie les restants d’être vivants de v’la ben longtemps, était encore toute neuve pis que toute était encore à découvrir.

En 1859, Darwin était arrivé avec sa théorie de l’évolution. À partir de ce moment-là, les paléontologues s’étaient pu sentis obligés de faire comme si les os et les fossiles qu’y trouvaient dans le sol avaient été mis là par le yâble pour nous faire douter de la création du monde en six jours par le Bon Dieu. Faique y couraient partout comme des p’tits veaux du printemps, pis c’tait à celui qui ferait le plus de découvertes. 

Dans c’te gang-là, y’avait justement Othniel Marsh et Edward Cope, deux paléontologues américains. 

Un jour, Cope, tout fier, montra à Marsh un beau squelette d’élasmosaure qu’il avait déterré pis reconstitué. Sauf qu’au lieu d’être épaté, Marsh partit à rire : 

« Heille, c’tu moé, ou ton élasmosaure a la tête sur le cul? Tsé, là, comme le ch’fal à PT Barnum qui était censé avoir la tête à l’envers, sauf que c’tait yinque un ch’fal viré de bord dans son box? » 

C’te jour-là, Marsh aurait vraiment dû farmer sa grand yeule. Mais tsé, c’tait un téteux : y’avait vu que les vertèbres de la bête étaient pas du bon bord, faique y’avait pas pu s’empêcher de l’dire. Pis Cope, lui, y’était susceptible pas à peu près. Faique comme la clôture à Piton Dufour, l’élasmosaure allait devenir le point de départ d’une chicane à pu finir.

Dans le coin gauche, Marsh : né dans une famille pauvre, y’avait pu faire des belles études grâce à son oncle millionnaire. Y’était sérieux, brillant, pis y’avait une maudite tête de cochon. Y’était resté vieux garçon, parce que les femmes le trouvaient « trop intense ». Faut dire que son habitude de les traiter « d’adorables petits vertébrés », c’tait pas trop séduisant pour ses prospects. 

Dans le coin droit, Cope, un flot de riche. Y’avait pas de diplômes, mais c’était pas parce qu’y manquait de jarnigoine : c’est juste qu’y avait tellement un maudit caractère de cul qu’y finissait tout le temps par se faire des ennemis pis sacrer son camp de l’école. Un jour, y s’était pogné avec son ami Persifor Frazer dans le lobby de la Société philosophique. Le lendemain, un autre chum vit son œil au beurre noir :

– Cibole, Cope, veux-tu ben me dire comment t’a fait ton compte? 
– Si tu me trouves magané, attends de voir Frazer à matin! 

Ça vous donne une idée. 

Les deux s’étaient rencontrés en Allemagne en 1863, pendant que Marsh, 32 ans, étudiait à l’Université de Berlin, pis que Cope, 23 ans, se pétait des belles vacances dans les Europes pour éviter d’être conscrit dans la guerre civile américaine. Au début, les deux s’entendaient pas trop mal; y passèrent plusieurs jours toué deux à Berlin, pis, plus tard, Marsh nomma une nouvelle espèce de dinosaure en l’honneur de Cope, pis vice-versa. 

Mais là, quand Marsh dit à Cope que son élasmosaure était sans devant derrière, Cope fut indigné ben raide :

– Ben non! C’pas vrai! J’ai trouvé les vertèbres dans ce sens-là! 
– Ben, je l’sais-tu, moé! Chus sûr que t’as pas mis la tête du bon bord! Le grand boutte, c’est le cou, pis le p’tit boutte, c’est la queue! 

Pour trancher l’affaire, y’allèrent chercher Leidy, un autre paléontologue – un bon gars que tout le monde aimait pis respectait. Y se planta en avant du squelette pis, sans dire un mot, y prit la vertèbre du boutte de la queue pis alla la mettre à la base du crâne : ça fittait parfaitement. 

Malaise. 

Pis ça allait pas en rester là. 

Les années passèrent, pis, en 1873, backé par l’armée pis l’Université Yale, Marsh se lança dans une grosse expédition au Nebraska pis au Colorado. Y ramena des waguines entières bourrées d’os pis de fossiles. 

Y’était gras dur. 

Cope, pendant ce temps-là, avait réussi à se faire engager par le Service géologique des États-Unis, ce qui lui donnait un bon moyen de publier ses découvertes. Y’avait juste un problème : c’était une job qui payait pas une cenne. Y dut donc téter des bidous à son paternel pour financer sa propre expédition au Colorado pis en Utah. 

Y trouva ben des fossiles, mais un m’ent’né, à force de travailler dans le frette, Cope pogna une grosse grippe d’homme pis se retrouva cloué à son litte à moitié mort. 

Sa femme Annie, une fille de bonne famille élevée dans la ouate pis dans les bondieuseries, eut comme un choc culturel quand a se retrouva pognée, avec pu une cenne, pour soigner son mari, chercher de l’argent au plus maudit pis dealer avec la propriétaire de la maison qu’y louaient, une pure créâture de l’Ouest au répertoire de sacres plusse garni que celui d’un bûcheux d’l’Abitibi. 

Pendant ce temps-là, Cope pis Marsh s’étaient pas oubliés : y se surveillaient pis se comparaient sans arrêt. Marsh avait plus de fossiles, mais, comme je l’ai dit, y’était ben téteux pis y prenait son temps avant de publier ses découvertes. Cope, lui, faisait complètement le contraire : y publiait le plus d’articles possible, le plus rapidement possible, quitte à faire des erreurs.

Ça gossait ben gros Marsh. Mais, un jour, y reçut une lettre intrigante :

Bonjour,
On a trouvé des fossiles que vous pourriez trouver pas pires? – ça a l’air d’être des os de grosses bebittes. On aimerait ça les déterrer pour vous, mais l’argent pousse pas dins arbres, faique ça serait pas pire si on était payés, tsé veut dire. Pour vous prouver que c’est pas des menteries, on va vous en envoyer une couple avant. On a pas parlé de t’ça à d’autres à part vous.  

En espérant que vous nous répondiez avant qu’l’hiver pogne,

Vos serviteurs ben d’adon,

Harlow et Edwards

Marsh se demandait ben qu’est-cé c’tait ça, mais d’un coup que c’tait la découverte du siècle pis que Cope finissait par mettre la main dessus parce qu’y avait pas été assez vite su’l piton? 

Drette tusuite, y’envoya un chèque aux deux gars, qu’y purent pas encaisser parce que Harlow pis Edwards, c’tait des faux noms : en fait, y s’appelaient Reed pis Carlin, pis y travaillaient pour le chemin de fer au Wyoming. 

Malgré ça, Marsh finit par s’entendre avec eux-autres, pis y se mit à recevoir un tapon d’os de dinosaures, dont les premiers spécimens de grands classiques comme le diplodocus, l’allosaure pis le stégosaure. 

Marsh avait beau essayer de garder son nouveau spot secret, mais ben vite, la nouvelle se répandit. En fait, c’tait Reed pis Carlin eux-autres mêmes qui s’étaient ouvert la trappe : y trouvaient que Marsh payait pas assez cher, pis y voulaient créer de la concurrence. 

Y’écrirent même à Cope, mais y demandaient tellement cher qu’y les envoya promener. Mais là, y’avait la puce à l’oreille. Ben vite, les hommes à Marsh remarquèrent qu’y avait un gars bizarre qui rôdait autour des carrières. Pas Cope en personne, mais clairement un espion qu’y avait envoyé. 

Malgré ça, Marsh était au-dessus de ses affaires : y payait en retard, pis Carlin trouvait que c’tait un maudit air bête, faique y décida de se lancer à son compte. Son premier client? Nul autre que Cope. 

Un m’ment’né, y restait pu grand-chose dans les carrières à Marsh, faique c’tait le temps d’arrêter les fouilles. Pis Marsh envoya une dernière directive à Reed : 

« Détruis toute c’qui reste pis remplis les trous. Pas question que c’te maudit amateur de Cope ramasse quoi que ce soit. »

Faique ouin. Espionnage, trahison pis destruction : pour eux-autres, y’avait rien de trop bas.  

La rivalité continua de même pendant des années. Pis tout ce temps-là, chaque fois que Cope publiait un de ses nombreux articles écrits à la va-vite, Marsh prenait plaisir à en écrire un autre pour montrer toutes les erreurs qu’y avait trouvées dedans. 

En 1889, Marsh travaillait pour le Service géologique des États-Unis pis était rendu un grand chum de John Wesley Powell, le directeur. Les deux ensemble, y’étaient déterminés à effoirer Cope pour de bon. Vous vous rappelez que Cope avait accepté une job au Service parce que ça y permettrait de publier un livre avec toutes ses découvertes? Ben là Powell avait changé d’idée pis refusait de publier son manuscrit sous prétexte que ça coûtait trop cher. 

Pis y’avait pas fini! Même si Cope avait pas reçu une cenne du Service géologique, là Powell disait que sa collection de fossiles appartenait au gouvernement pis qu’y devait la rendre drette là.

Cope capota ben raide : sa collection de fossiles, c’tait quasiment tout ce qu’y lui restait – y’avait d’la misère à payer son hypothèque, bazouelle! Si Marsh pis Powell voulaient la guerre, y’allaient l’awouère! 

Dans le fond d’un tiroir, Cope avait un petit cahier où c’qu’y’avait noté toutes les erreurs pis les passes croches que Marsh avait faites. Avec ça, y’alla voir William Hosea Ballou, journaliste indépendant. Pis là, ça péta solide : 

LA MARDE EST POGNÉE CHEZ LES SCIENTIFIQUES!
LE PROFESSEUR COPE ACCUSE LE DIRECTEUR POWELL ET LE PROFESSEUR MARSH DU SERVICE GÉOLOGIQUE D’AFFAIRES PAS CATHOLIQUES!
POWELL ET MARSH NIENT TOUTE! 

Dans l’article de Ballou paru dans le New York Herald, Cope accusait Marsh et Powell de passes croches, de favoritisme, de plagiat, de vol, de pigeage dans les fonds publics, alouette. Si Powell voulait y’enlever sa collection de fossiles, c’tait parce qu’y faisait de l’ombrage à Marsh. 

Marsh pis Powell y répondirent dans le Herald avec leur propre article, pis ça continua de même pendant que’ques semaines, les accusations qui r’volaient d’un bord pis de l’autre. 

Après c’t’épisode-là, leur lavage de linge sale en public était rendu aussi malaisant qu’une chicane de couple pendant un souper entre amis; pu personne voulait être associé avec eux-autres. Marsh dut démissionner du Service géologique, mais Cope put garder sa collection de fossiles. Pis après, leur rivalité tomba un peu dans l’oubli.

C’est Cope qui mourut en premier, même si y’était plus jeune que Marsh; y’avait la santé fragile. Mais y voulut avoir le dernier mot jusqu’à la fin. 

L’affaire, c’est que dans ce temps-là, on pensait que plus t’avais un gros cerveau, plus t’étais intelligent. Faique, dans son testament, y légua son corps à la science pis demanda que son cerveau soit prélevé, mesuré pis comparé à celui-là à Marsh. Marsh, lui, refusa de participer à un concours de pissettes entre intellectuels. 

À fin, y restait pu yinque lui. Pour ça, y’avait gagné, entécas. J’me d’mande si, comme Piton Dufour au foyer d’accueil, Marsh se sentait pas un peu tuseul à c’t’heure qu’y avait pu personne à haïr… 


Source : Mark Jaffe, The Gilded Dinosaur: the fossil war between E.D. Cope and O.C. Marsh and the rise of American science. https://archive.org/details/gildeddinosaur00mark