Marie Iowa Dorion — partie III

Partie I
Partie II

Comme vous l’savez, c’est pas parce que t’es pogné dans’bécosse pas de papier que tu peux pas te rentrer une écharde dans l’cul par-dessus l’marché. Autrement dit, ça peut toujours être pire.

Pas longtemps après que la gang de l’expédition Hunt eut décidé de continuer le ch’min à pied, les bords de la rivière s’mirent à monter pis à monter, tellement qu’après un boutte, c’tait rendu des falaises pis c’tait presque pu possible de descendre jusqu’à l’eau.

Après la faim, manquait pu yinque la soif!

Un beau jour, y croisèrent une gang d’Autchtones qui avaient pas l’air riches riches eux-autres non plus. Pierre jasa avec eux-autres :

« Y trouvent pas d’bisons pantoute, qu’y disent. Y’ont pas grand-chose à manger. Mais y s’raient d’accord pour nous troquer du poisson séché pis une couple de chiens. »

Là, j’vous entends siler par en dedans : pauvres pitous! Y’allaient pas les manger? Ben oui : tsé, quand t’es mal pris d’même, ça r’met une couple d’affaires en perspective.

Faique les chiens furent abattus drette là pour la viande, pis l’poisson fut gardé pour plus tard.

À part de t’ça, les Autochtones leu dirent où c’qui avait d’l’eau, mais là, ch’sais pas si Pierre avait mal compris ou d’quoi d’même, mais y’eurent beau charcher, y trouvèrent pas une maudite goutte.

Rendu là, Marie et compagnie en étaient à licher la rosée su’é feuilles pis les flaques d’eau dans l’creux des roches. Y’en a même qui buvaient leu pisse. Tout le monde était crissement à boutte :

« Heille, faut l’faire, pareil, avoir soif de même pis être pogné pour manger d’l’astie d’poisson séché! »

D’mandez à Mononc’Poêle : moé, mettons que j’vas m’épivarder dans’nature, c’pas long que ch’pas endurable si j’ai faim pis j’ai soif. Marie, elle, a marchait depuis DES SEMAINES, avec presque rien à manger ni à boire, ENCEINTE, avec deux enfants en bas âge – sans même ralentir le groupe, Hunt l’a écrit dans son journal! – pis a disait pas un maudit mot.

C’tait une sainte. J’ai pas d’autre mot pour ça.

Mais là, si y’arrivait pas d’quoi ben vite, nos explorateurs allaient finir aussi secs que leu poisson. Heureusement, le soir du 20 novembre pis toute la nuite après, y mouilla à siaux. Faique Marie et les autres étaient trempes pis gelés, mais au moins, y’avaient pu soif!

Deux jours plus tard, y croisèrent d’autres Autochtones, pis ceux-là, y’avaient des ch’faux. Hunt réussit à s’en troquer une couple, tandis que Pierre pis un autre gars purent n’avoir chacun’un en échange de tuniques en peau d’bison. Y’était à peu près temps que Marie puisse s’arposer les pieds!

Décembre attendait l’expédition avec une brique pis un fanal : le premier du mois, y’eut une tempête du yâble avec d’la neige aux genoux, des gros flocons humides qui te pètent dins yeux pis le genre de vent qui a l’air de t’en vouloir parsonnellement. Le 2, c’tait tellement l’enfer que la gang dut rester campée. Pour manger, y’avait pu yinque un castor ch’nu qu’un des hommes avait réussi à pogner, des merises restées accrochées su’é branches pis des s’melles de mocassins.

Rendu au 10, Hunt ordonna qu’on abatte un ch’fal pour la viande, pis un autre, pis un autre, jusqu’à ce qui reste pu yinque lui à Marie. Quand a vit les yeux du boss se poser su sa bête maigre à faire peur, Marie sentit l’angoisse y pogner l’estomac comme une grosse main méchante avec des griffes pointues : a savait ben que trop que pu de ch’fal, elle pis les deux p’tits pourraient pu suivre pis étaient pas mieux que morts.

Heureusement, Pierre se mit drette entre son boss pis sa famille :

« Non. Pensez-y même pas. »

À’face qu’y faisait, y’avait pas besoin d’en dire plus. C’tait clair que n’importe qui qui s’essayerait à pogner le ch’fal se ferait sauter dans’face.

Pierre s’arvira d’bord pis tira su’a bride d’la bête pour qu’a r’commence à avancer. Parsonne s’astina, même pas Hunt.

C’tait ça qui était ça.

Le 16, finalement, les explorateurs sortirent des montagnes pis débouchèrent dans une immense plaine pas d’arbres. Faique au sens propre, y’étaient sortis du bois. Mais au sens figuré, c’tait pas gagné pantoute : y’avaient rien pour se protéger du vent pis pas grand-chose pour faire un feu assez gros pour se chauffer la couenne. En plus, y’étaient toujours aussi affamés.

Pis là, au loin, Hunt vit des p’tits filets de fumée : un camp! Du monde!

Y s’trouva que c’tait un village de Shoshones. Encore une fois, Hunt s’faisait sauver le cul par des Autochtones.

Après s’être installée pas loin du village, la gang put se bourrer la face de viande de chien pis de ch’fal, de poisson séché pis de cerises effoirées. Bon ok : rendu là, tout l’monde devait être tanné de toujours manger la même affaire, pis ça aurait ben pris un pot d’vitamines Fred Caillou pour compenser le manque de légumes verts, mais c’tait mieux que d’mourir.

Le lendemain, Hunt essaya de se trouver un guide pour le reste du voyage, mais y’eut beau offrir plein de cossins en échange, les Shoshones voulaient rien entendre :

« Êtes-vous malades? C’est pu un temps pour voyager. Ça vous tente-tu de marcher dans’neige jusqu’à la ceinture? Vous allez geler dur! Restez donc icitte avec nous-autres pour l’hiver. »

Mais c’te tête de cochon de Hunt était ben décidé à s’rendre au Pacifique d’une traite sans arrêter, au risque de pardre une couple d’orteils, ou pire. Maudit orgueil à marde.

Faique au lieu d’armarcier ses hôtes pour leu générosité pis d’offrir un r’pos ben mérité à ses hommes, à Marie pis à ses enfants, y décida à’place de convaincre les Shoshones de le guider en leu sortant son arme secrète – l’argument massue capable de faire faire n’importe quelle niaiserie aux détenteurs de zouiz depuis le début des temps : « Vous êtes pas games ».

« Meuh! C’est même pas si pire que vous l’dites. Vous m’contez des menteries parce que vous êtes trop lâches pour sortir de votre p’tit confort pour m’aider. Des vraies femmes! »

Heille, franchement : dire une affaire de même après avoir vu Marie trotter pendant des mois comme une ultramaratonienne de feu! Une chance qu’a l’entendit pas, parce qu’a se s’rait foulé l’nerf optique à force de l’ver les yeux au ciel.

Mais heille, y’a rien d’pire dans’vie que de s’faire traiter de créâture, hein? Faique trois Shoshones piqués dans leu z’orgeuil acceptèrent de guider l’expédition jusqu’au territoire des Sciatogas, un peuple autochtone qui restait plus à l’Ouest pis qui avait supposément plein de ch’faux à vendre.

Drette le 21, c’tait déjà l’temps d’arprendre la route. Pendant neuf jours, toute se passa plutôt ben; y’avait d’la nourriture en masse, le terrain était pas trop escarpé pis l’temps était pas trop laitte.

Pis là, le 29, su’l bord d’la rivière Powder, dans l’Oregon d’à c’t’heure, Marie eut un p’tit sursaut pis poussa une p’tite plainte. Comme a l’avait pas fait un maudit son depuis l’début, Pierre y d’manda :

« Marie, t’es-tu correcte? »

Toute les hommes s’artournèrent pour la r’garder, l’air inquiet; tsé, depuis l’temps, y s’taient pris d’affection pour elle.

« Pierre. C’est l’temps. »

Le bébé s’en v’nait.

Là, y fallut ben qu’a l’arrête – y’a toujours ben un boutte à toute. Pierre prit tu’suite les choses en main, pas plus plus stressé que ça :

« Bon, nous-autres va falloir qu’on fasse un stop icitte. Continuez sans nous-autres. Donnez-nous une journée pis on devrait vous arjoindre. »

Tandis que Marie descendait d’son ch’fal, Hunt pis sa gang s’en allèrent, quasiment à r’culons, craignant de pu jamais arvoir leu mére courage.

Là, j’voudrais ben vous donner plus de détails sur c’qui arriva à Marie pis à sa p’tite famille, tu’seuls dans l’bois dans leu tente pleine de courants d’air. Mais tsé, l’histoire est écrite par les hommes, pis les hommes, y racontent pas c’te genre d’affaire-là.

Disons juste qu’accoucher, c’est toffe pis risqué même au chaud pis en sécurité avec une sage-femme qui veille su toé, l’ambulance au boutte du téléphone pis les autres flos qui se font garder chez grand-maman; m’aginez au milieu de nulle part à -10 direct à terre avec yinque ton mari pis deux enfants en bas-âge.

Malgré toute, le 31, la famille Dorion arsoudit en arrière du reste de l’expédition, comme Pierre avait dit! Hunt pis ses hommes en r’venaient pas; d’ailleurs, dans son journal, Hunt prit la peine d’écrire :

« La femme à Dorion était à ch’fal, son bebé dins bras pis son flo de deux ans enroulé dans une couvarte pis attaché après elle. A y voir la face, on aurait dit qu’y lui était rien arrivé pantoute. »

Par’zempe, y précisa pas si l’bebé était un garçon ou une fille. Pis on l’saura jamais, parce qu’une semaine pis tard, Hunt annonça :

« Le bebé à Dorion est mort. »

Juste queques mots ben frettes pis secs pour une tragédie sans bon sens. Quelle chance qu’a l’avait de survivre, c’te p’tite crotte d’amour-là, dans des conditions d’même? Encore là, parsonne prit la peine d’écrire comment Marie avait réagi. Sûrement que de déhors, a laissait rien paraître, même si a l’avait l’cœur en grénailles.

Le 8 janvier, le groupe arriva chez les Sciatogas. Y’étaient une grosse gang, ben installés dans une trentaine de cabanes, pis comme les Shoshones avaient dit, y’avaient pas moins que 2 000 ch’faux.

Les explorateurs restèrent six jours à c’te place-là, à s’arposer pis à manger. Tellement que, quand y’arpartirent, y’en avait plusieurs qui étaient verts d’avoir abusé des bonnes choses, pis d’autres qui filaient croche après avoir bouffé des racines louches. (J’voudrais ben vous dire c’tait quoi ces racines-là, pour référence future, mais Hunt le précise pas.)

Après ça, ça sert pas à grand-chose que j’vous raconte toute c’qui leu z’arriva dins s’maines d’après – encore des péripéties de plein air extrême version 19e siècle.

Pis finalement, le 15 février, l’expédition Hunt arriva su’l bord du Pacifique. Yé! Enfin! Après toute c’te misère!

Au début, John Jacob Astor, le commanditaire de l’expédition, avait dans l’idée que Hunt fasse le trajet par la terre pour trouver un ch’min fiable tandis qu’un navire, le Tonquin, irait l’arjoindre dans l’Pacifique en faisant l’tour par en d’sour de l’Amérique du Sud.

Le Tonquin s’tait bel et bien rendu, pas plus tard qu’en juin, même. L’affaire, c’est qu’une bonne journée, tandis que l’équipage faisait du commerce avec la nation Tla-o-qui-aht de l’île de Vancouver, un des chefs chiala que les prix avaient pas d’allure.

Pis là, le capitaine du Tonquin, un gros maudit moron de sans-dessein pas foutu de s’gérer l’astie de caractère de cochon, pogna les nerfs, ramassa une des peaux à vendre su’a table pis la frotta dans’face du chef comme si y’avait une grosse tache un milieu du front.

Les Tla-o-qui-aht étaient fâchés noir, mais y dirent rien su’l coup. Y’arvinrent le lendemain, pis quand y furent montés su’l Tonquin sous prétexte de faire du troc, y massacrèrent tout l’monde pis firent le dawa à bord. Plus tard, tandis qu’y r’gardaient pas, des survivants qui avaient réussi à s’cacher mirent le feu au stock de poudre du navire pis le firent exploser. BEDANG!

Bref, c’tait pas mal un échec total de c’côté-là. Pis du côté à Hunt, c’tait pas vargeux non plus : y s’était rendu, mais y’avait ben que trop viraillé comme un épais dins montagnes pour tracer une route commerciale dans l’sens du monde.

Pis Marie, elle, dans toute ça? Après avoir parcouru 2 073 milles, crevé de faim, gelé jusqu’à moëlle pis pardu un enfant, qu’est-cé qu’a l’allait faire?

Entécas, le calme pis le repos, c’tait pas pour tu’suite. Tant qu’à moé, son heure de gloire était encore à v’nir.


Source : Larry E. Morris, The perilous West : seven amazing explorers and the founding of the Oregon Trail, 2013.

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Marie Iowa Dorion : héroïne oubliée pis toffe d’entre les toffes — partie II

Partie I

Parce que là, voyez-vous, si pressé qu’y était de clancher vers le Pacifique, c’te cabochon de Wilson Price Hunt s’était lâché ben que trop de bonne heure dans la saison : la rivière Missouri était encore toute gonflée par les eaux de fonte pis embarrassée d’arbres morts pis d’autres cochonneries.

Bref, ça avançait vraiment pas vite – tellement pas, en faite, que deux mois plus tard, quand Marie et compagnie arrivèrent enfin su’l territoire du peuple des Mandans – dans l’Dakota du Nord à c’t’heure –, une autre expédition partie de Saint-Louis trois s’maines après eux-autres avait eu l’temps de les rattraper.

Pis pour le plus grand malheur de Pierre, c’t’expédition-là était justement celle à Manuel Lisa, c’t-à-dire son ancien boss d’la Missouri Fur Company, pis le gars à qui y d’vait de l’argent. 

Ah pis vous savez pas qui qu’y était là aussi? Nuls autres que la grande Sacagawea pis son mari Toussaint Charbonneau! Y’avaient pogné le lift avec Lisa pour arvenir chez eux, chez les Mandans.

C’pas écrit nulle part si Sacagawea pis Marie se sont parlé à c’te moment-là, mais c’est ben possible : leux maris s’connaissaient ben, pis les deux y jasaient en français pareil comme toé pis moé. L’affaire, c’est que Sacagawea pis Marie avaient pas d’langue en commun. Faique si y’ont piqué une jasette, c’tait avec Pierre pis Toussaint comme interprètes.

Heille, j’aurais-tu aimé ça, moé, être une tite mésange pas loin à faire tchikadi-di-di pis voir c’te rencontre-là? 

J’sais ben pas c’qu’y ont pu s’raconter. Mais si y’avaient pas été pognées avec leux maris comme interprètes, y se s’raient sûrement dit de quoi comme « maudits hommes » : après toute, y’étaient toutes seules de femmes au travers d’une centaine de zouiz des bois crottés pis puants. En plus, c’est crisse, mais Toussaint lui’ssi était porté su’es claques pis su’a bouteille, mais encore pire que Pierre.

D’ailleurs, m’as vous dire une affaire : quand a l’avait 12 ans, Sacagawea avait été enlevée par le peuple des Hidatsas, qui n’avaient faite une esclave. Un an plus tard, Toussaint l’avait achetée ou gagnée au jeu, comme un char ou un voyage dans l’sud, pis a l’avait pas eu pantoute son mot à dire. Pis quand Lewis pis Clark les avait arcrutés, Toussaint pis elle, probablement qu’a l’avait pas eu l’choix d’suivre, sous peine de mornifles pis d’serrage de bras qui laisse des bleus.

C’t’un peu la même affaire pour Marie : comme j’vous ai dit, on sait même pas si a l’avait l’goût de partir en expédition à l’autre boutte du continent ou bedon si Pierre l’avait obligée. Mais vous savez quoi? Dans mon livre à moé, ça montre juste à quel point les deux étaient toffes, des vraies survivantes qui ont faite du mieux qu’y ont pu dans un monde dur qui allait jamais leu laisser d’chance.

Scusez pour l’aparté, mais messemble que c’t’important de mettre les affaires en contexte.

Toujours est-il que pour tu’suite, Lisa, l’ancien boss à Pierre, avait d’autres chats à fouetter qu’son ancien employé. Les gars de l’expédition qu’y avait envoyés dins Rocheuses y’a plus qu’un an étaient jamais arvenus, pis y’avait entendu dire que des trappeurs canadiens s’taient faite tuer par des guerriers des peuples Absaroka pis Arikara.

Bref, les relations avec les Autochtones plus à l’ouest étaient pas vargeuses, pis, bon… c’tait compréhensible. Vous feriez quoi, vous-autres, si une gang d’étranges débarquaient chez vous pour chasser votre gibier, essayer d’vous enfirouaper avec des papiers bizarres pis vous donner la p’tite vérole?

Faique même si y’était en beau maudit que Hunt y aye volé ses hommes, Lisa était prêt à avaler son étron. Comme y’étaient yinque 25 en toute dans son expédition, y se disait que si sa gang pis celle à Hunt voyageaient ensemble, y’avaient plus de chance de s’en sortir vivants. 

Mais si y voulait convaincre Hunt, y’était aussi ben de s’atteler : Hunt avait pas pantoute envie de faire des risettes à un rival, pis McClellan, son numéro deux, était convaincu que Lisa avait grenouillé pour virer les Sioux contre lui pis ses trappeurs l’année d’avant. 

« Si j’vois c’t’astie d’mange-marde de Lisa, m’as l’abattre comme un coyote drette là, le tabarnak! »

Faique, avec les deux expéditions campées une à côté d’l’autre pas loin du village des Mandans, ça prenait yinque une étincelle pour partir une attisée. 

Pis ça aurait ben pu péter quand, un soir, Lisa fit dire à Pierre Dorion qu’y avait affaire à lui. Quand Pierre arriva su’l bateau à Lisa, y’était assis à son bureau, une bouteille de whisky pas loin :

« Salut mon Pierre! Heille, j’te vois la face, là, mais relaxe : viens t’assire pis prendre un p’tit verre, j’ai d’quoi à te proposer. »

Lisa connaissait son homme : jamais que Pierre allait arfuser un whisky. 

— Bon, qu’est-cé qu’t’as à m’dire?
— Gad’, m’as pas passer par quatre chemins. Ta dette, là… 
— Ah calvaire, ch’tais sûr que t’allais m’parler de t’ça! 
— Ouin, mais calme-toé. J’ai besoin d’gars comme toé, pis ça m’a faite ben mal quand j’ai su que t’étais parti avec Hunt. Faique mettons que tu lâchais Hunt pour t’en v’nir avec moé, pis qu’on oubliait toute le reste?
— Heille, penses-tu que j’ai envie d’arvenir avec un crosseur comme toé? Quand on était icitte l’année passée, t’as profité d’moé en m’vendant les affaires quatre fois l’prix parce qu’y avait yinque toé qui avait du stock à vendre!
— Pierre, tu sais ben qu’j’essayais juste de rentrer dans mon argent. J’t’ai jamais tordu un bras pour te faire boire, tsé. Mais entécas, c’est pas comme si t’avais l’choix, parce que j’ai pris un bref de dette contre toé à Saint-Louis. Faique si tu me payes pas pis que tu t’arpointes la face là-bas, tu vas te faire arrêter pis crisser à’prison civile! 

Pierre, en beau fusil, artroussa d’sa chaise pis crissa son camp drette là en lançant une darnière pointe : 

« T’es un astie d’chien sale! Jamais que j’te devrais autant d’argent si tu m’avais pas chargé 10 piasses la pinte de whisky! Que l’yâble t’emporte! »

Juste pour vous expliquer un ti-peu : dans c’te temps-là, tu pouvais vraiment aller en prison parce que tu d’vais de l’argent à quequ’un. Pis même si une pinte du temps, c’tait à peu près un litre, 10 piasses de 1810, ça r’vient à 225 piasses aujourd’hui. Faique oui, c’est vrai que Lisa chargeait les yeux d’la tête. Mais c’est vrai aussi qu’y lui avait pas varsé l’whisky d’force dans l’gorgotton. 

Plus tard, Lisa se pointa au camp Hunt pour emprunter d’quoi. Y v’nait pas pantoute pour Pierre. Sauf que Pierre le spotta, pis y s’garrocha su lui pour y sacrer une volée. 

Lisa, fâché noir, partit à course vers son bateau.

Pierre, convaincu qu’y allait r’venir armé, alla dans sa tente pis arsortit avec deux pistolets. 

Voyant ça, les autres gars de l’expédition Hunt se rangèrent en arrière de lui. 

Lisa arvint avec sa gang pis un gros couteau accroché après sa ceinture. 

La seule raison pour laquelle ça vira pas en échauffourée du yâble avec du sang partout, c’est qu’y s’adonnait à avoir un botaniste, John Bradbury, pis un écrivain, Henry Brackenridge, qui voyageaient avec les expéditions. 

Y’arrivaient de s’épivarder dans la plaine à trouver l’herbe fascinante pis à tirer su des bisons pour le fun quand y tombèrent su c’te scène-là. Comme y’étaient neutres dans la chicane pis que ça leu tentait pas pantoute de rester pognés tu’seuls su’l bord d’la Missouri avec un tas d’cadavres, y s’mirent entre les deux gangs pis réussirent à calmer l’jeu. 

Fiou. 

Mais, heille! C’est l’histoire à Marie, ça là! « Testostérone dans’prairie », c’t’assez pour aujourd’hui.

L’expédition Hunt resta un boutte chez les Mandans jusqu’au mois d’août avant de s’lâcher vers l’Ouest pour la partie la plus toffe du voyage : le Montana, le Wyoming, l’Idaho pis finalement, la traversée des Rocheuses, avant l’hiver à part de t’ça. Méchant contrat. 

Faique y partirent à ch’fal. Y’avait une bête pour deux hommes, mais Pierre s’arrangea pour qu’y en ait un jusse pour Marie pis les p’tits. C’tait ben la moindre des choses.

Y’avait aussi un ch’fal chaque pour les six gars, dont Pierre, qui avaient comme job d’aller chasser l’bison. Mais, m’as vous dire que la chasse était pas vargeuse. Une fois, y durent aller virer assez loin pour trouver d’quoi que quand y finirent par arvirer d’bord, leux traces s’étaient effacées, pis comme le terrain était plate comme un dimanche après-midi, y’avaient rien pour s’arpérer. Y’étaient pardus.

Marie, elle, continuait de suivre l’expédition pis à s’occuper de ses deux p’tits. A d’vait se sentir ben seule au travers de toute c’tes gars-là – des Anglais pour la plupart, pis a parlait pas anglais. En plus, tsé, parler à une « sauvagesse » qui « appartenait » à un autre homme, c’tait pas ben vu. A l’aurait aussi ben pu être invisible. 

Là, ça faisait quasiment une semaine que Pierre pis les autres chasseurs étaient partis : 

« Sont où, don? D’un coup qu’y se sont faite attaquer par des Sioux ou des Shoshones? »

Pis un soir où c’qu’y mouillait des hallebardes, Pierre et compagnie arsoudirent enfin au camp, brûlés raides pis trempés jusqu’à moelle. 

« Pierre! T’es là! »

Son mari avait beau s’comporter comme une vidange avec elle par bouttes, c’te soir-là, y’avait rien d’plusse doux pour le ti cœur à Marie que d’sentir sa chaleur contre elle. 

Vers la fin du mois d’août, y faisait déjà assez frette pour que les ruisseaux commencent à geler pendant la nuite. Y’étaient rendus au Wyoming, au beau milieu des montagnes Rocheuses, pis ça montait comme dans’face d’un singe. Ça descendait aussi raide, pis ça avançait pas vite vite. 

Un beau jour, un des chasseurs arconnut trois grosses montagnes pointues une à côté de l’autre pis annonça, toute content : 

« Juste l’autre bord, c’est l’fleuve Columbia! On a yinque à s’rendre là-bas, pis après, ça va être un pet de descendre en canot jusqu’à l’océan! » 

C’tes trois montagnes-là, Hunt les nomma les « Pilot Knobs », mais plus tard, une gang d’ados attardés les appelèrent les « Trois Tétons », pis c’est le nom qui est resté.

Faique quand l’groupe tomba su la rivière Snake, un affluent du Columbia, Hunt ordonna qu’on abandonne quasiment toutes les ch’faux à un village autochtone pas loin pis qu’on construise des canots pour continuer l’chemin su l’eau. 

Tout l’monde était tellement tanné d’crapahuter – tsé, la rando, c’t’un goût qui s’développe – que l’idée à Hunt passa comme du beurre dans’poêle.

Sauf que la Snake avait un autre nom : « the mad river », la rivière de fou. Tandis que les gars construisaient les canots, deux Shoshones arsoudirent à leu camp, pis quand y comprirent c’que Hunt et compagnie voulaient faire, y s’mirent à faire des sparages qui disaient clairement : 

« Prenez pas c’te rivière-là, astie, vous allez toute finir en écrapou su’é roches! »

Mais bon. Les Blancs, ça s’pense toujours plus fin que l’monde des Premières Nations, faique Hunt changea pas d’idée. 

Câline que Hunt aurait dû écouter les Shoshones! La Snake était pleine de rapides du yâble, pis la gang était tout l’temps obligée de débarquer pour faire du portage. 

Par trois fois, des canots chavirèrent pis plein de stock fut pardu dans les eaux blanches en furie. Pis le 28 octobre, y’arriva d’quoi d’horrible : Antoine Clappin, un voyageur canadien français expérimenté qui était pratiquement né avec une pagaie dins mains, fonça drette dans une grosse roche au milieu des rapides pis disparut pour pu jamais être artrouvé. 

C’tait la première fois que Hunt pardait un gars dans son expédition, pis ça y rentra d’dans pas pour rire. Y fut obligé d’se rendre à l’évidence : si y s’obstinaient à continuer en canot, y’allaient toute finir comme Clappin. 

« Ok, on laisse les canots là pis on continue à pied! »

Rendu là, y tombait déjà d’la grosse neige mouilleuse, pis y faisait frette, tellement frette! À cause de c’qui avait été pardu avec les canots, le groupe avait pu yinque pour cinq jours de provisions. Les chasseurs avaient beau essayer, y trouvaient yinque du castor; pis l’castor, ça fait des beaux casses de poil, mais ça fait pas des gros lunchs. 

Les gars faiblissaient de jour en jour, pis plus y v’naient faibles, plus y v’naient lents. Si y trouvaient pas d’l’aide ben vite, y’allaient toute mourir de faim gelés comme des crottes entre deux sapins. 

Marie, elle, endurait toute en silence, son plus vieux qui marchait à côté d’elle pis son plus jeune su son dos. En faite, a faisait tellement ça comme une championne qu’a l’inspirait les hommes à toffer sans chiâler pis à continuer d’avancer.

Pis c’qu’y savaient pas, c’est qu’en plus de toute ça, Marie était enceinte de six mois.

Partie III


Source : Larry E. Morris, The perilous West : seven amazing explorers and the founding of the Oregon Trail, 2013.

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Marie Iowa Dorion : héroïne oubliée pis toffe d’entre les toffes — partie I

La mode, aujourd’hui, on dirait que c’est de s’mettre dans l’trouble par exprès. Genre, rentrer dans l’bois vendredi après la job avec yinque une couvarte, un canif pis un 2 litres de Pepsi vide pis essayer d’arsortir de d’là idéalement pas mort rendu au dimanche. C’t’un genre d’artour aux sources, un moyen d’artrouver l’Cro Magnon en dedans de nous-autres – s’crisser volontairement à des places pis découvrir comment c’qu’on va réussir à r’tourner au char.

Ch’comprends ça, tsé. Mais ça montre yinque à quel point la vie d’à c’t’heure est rendue loin des vraies affaires.

Parce qu’en 1813, quand la courageuse madame métisse Marie Iowa Dorion s’est artrouvée pognée pour survivre tu’seule au beau milieu des Rocheuses en plein hiver avec ses deux p’tits gars pis pu rien à manger, tandis que l’monde qui avaient tué son mari rôdaient dins parages, a faisait pas ça pour « arpousser ses limites pis développer son plein potentiel ». Pour elle, c’tait yinque la vie, tout court.

Pour vous mettre en contexte, j’vous transporte à Saint-Louis, au Missouri.

C’te ville-là avait été fondée en 1764 dans c’qui s’appelait la Haute-Louisiane, un territoire qui appartenait encore à’France même après que Québec soye passée aux mains des Anglais. Comme vous d’vez vous en douter, la place était bourrée de Français, de Métis pis d’Autochtones qui parlaient l’français en plus de leu langue maternelle.

En 1803, Napoléon avait fini par vendre la Haute-Louisiane aux États-Unis. Pis là, y’avait pu rien qui empêchait les z’Amaricains de traverser l’continent d’un bord à l’autre. Faique le président Thomas Jefferson avait dit :

— Faique on va envoyer du monde dans l’Ouest pis on va s’rendre jusqu’à l’océan Pacifique!
— Euh… Pourquoi?
— Parce qu’on est des z’AMARICAINS pis on a l’DOUA.
— Ok…
— Pis pour le cash. Surtout pour le cash.
— Ah! ben crère…

Pis Saint-Louis, justement, ça faisait un christie d’bon point de départ pour s’lâcher à’découverte de l’Ouest.

Donc, en 1804, les explorateurs Meriwether Lewis pis William Clark partirent de d’là avec une quarantaine d’hommes dans l’idée de s’rendre en Oregon, su’l bord du Pacifique. C’tait une saint simonac de trotte d’environ 7 000 km dans’grosse nature sauvage pis l’inconnu! Su’l chemin, y se ramassèrent un couple d’interprètes : Toussaint Charbonneau, Canadien français pis p’tit gars de Boucherville au Québec, pis sa femme Sacagawea, Autochtone de la nation des Shoshones.

Sacagawea, c’tait toute qu’une créâture : malgré toutes les dangers qu’y avait su’l chemin, a s’rendit jusqu’au boutte, son bébé accroché après elle. En plus, a connaissait l’territoire, a trouvait des plantes qui se mangent pis d’autres qui soignent, a fabriquait du linge pis des mocassins pis a négociait avec les peuples des Premières Nations quand y’en croisaient. A l’a sauvé l’cul à Lewis pis Clark ben des fois, pis j’vous dis, a mériterait que j’raconte son histoire yinque à elle une autre fois.

Entécas, l’expédition arriva su’a rive du Pacifique en novembre 1805. C’tait toute qu’un exploit.

Mais là, la trail était tapée. C’tait yinque une question de temps avant que d’autre monde la suivent.

Pis c’est là qu’arrive notre Marie Iowa Dorion.

— Voyons, veux-tu ben m’dire quand a va partir, la maudite expédition? Ch’t’à boutte de voir ton maudit air bête évaché su’l bord du feu après boire pis t’rôtir les s’melles de bottes! Être su’l chômage pendant trop d’temps, ça te fait jusse pas, Pierre.
— Ah, crisse-moé don patience, Marie. L’expédition partira ben quand a partira! Là, apporte-moé une autre O’Keefe pis dis aux flos d’arrêter d’crier d’même, j’ai mal à’tête.

Marie était d’la nation des Báxoje, qu’on connaît plusse sous le nom d’Iowa. Son père était Canadien français, mais on sait pas trop c’tait qui. En 1811, a l’avait 25 ans pis a l’était mariée avec Pierre Dorion, guide pis interprète Canadien français. A l’avait deux p’tits gars : Baptiste, 4 ans, pis Paul, 2 ans.

Son trip, c’tait d’accompagner Pierre dans ses expéditions. Rester plantée là comme un piquette en attendant que l’mari arvienne, elle, c’tait pas son genre. A l’adorait l’aventure pis le voyagement, beau temps mauvais temps, pis a l’amenait même les enfants.

Le problème, c’est que Pierre, tellement fin pis drette pis fiable en temps normal, devenait vite un gros soûlon violent quand y s’tournait les pouces entre deux voyages de traite. Ça y’arrivait de crisser des claques à Marie, pis Marie, elle, a s’vengeait en y câlissant des coups d’chaudronne par la tête quand y dormait :

« Quins, mon astie! »

Bref, c’tait pas vivable dans’maison. En plus, ça faisait des s’maines que Pierre pis Marie étaient dus pour partir en expédition avec la Missouri Fur Company, mais ça finissait pu de niaiser, pis y’étaient pognés à Saint-Louis.

« M’as t’en faire, moé, une autre O’Keefe, pensa Marie. J’en ai mon crisse de tas. M’as y’arranger ça, moé. »

Faique Marie sortit de chez eux pis alla faire un ti tour en ville.

A savait que ça brassait dans l’monde d’la traite des fourrures : v’là pas longtemps, un gars du nom de Wilson Price Hunt était débarqué à Saint-Louis pis y débauchait toute c’qui avait de chasseurs, de voyageurs, d’interprètes pis de gars d’montagnes pis d’rivières, faisant sacrer ben gros les autres compagnies d’la place.

C’tait parce que son boss, un gros plein d’cash du nom de John Jacob Astor, y’avait donné une mission : ni plus ni moins qu’arfaire l’expédition de Lewis pis Clark pour ouvrir pour de bon la route du Pacifique pis monopoliser l’marché des fourrures dans l’Ouest.

Marie savait que Hunt voulait partir drette en mars, avant même que la neige soye toute fondue. A trouvait ça ben d’adon, faique a l’alla voir les recruteurs :

— Heille bonjour. Un gars comme Pierre Dorion, toé, ça te tenterait-tu t’engager ça?
— Hein! Pierre Dorion! LE Pierre Dorion, là? Y s’charche d’la job?
— Ouin, drette ça. C’est mon mari pis y m’a d’mandé de v’nir m’informer pour lui.
— Ben crère qu’on aimerait l’avoir! C’est un des meilleurs!
— Bon ben y s’rait intéressé à partir avec vous-autres. Y’a yinque une condition.
— C’est quoi?
— Faut que moé pis mes deux garçons, on vienne aussi.

Là, le recruteur était pas trop sûr.

« Menute, m’as aller parler à mon boss. »

Hunt lui non plus était pas sûr, mais y’était tellement content de pouvoir engager un gars d’la réputation à Pierre Dorion qu’y finit par accepter.

C’est clair que Marie avait entendu parler de Sacagawea : les deux étaient Autochtones pis femmes de coureurs des bois d’la région de Saint-Louis, pis l’milieu d’vait pas être si grand qu’ça. Comme elle, Marie allait être la seule femme dans une gang de gars partis pour un voyage de fou. En s’embarquant là-dedans, a s’disait-tu qu’a l’allait suivre les traces d’une femme qu’a l’admirait? La question s’pose.

« Bon. Ch’connais Pierre : y doit d’l’argent à son boss d’la Missouri Fur Company pis y voudra pas s’mettre dans’marde en partant avec quequ’un d’autre. Mais, moé, j’m’en sacre : ch’tannée d’être icitte pis d’manger des claques su’a yeule. J’veux ravoir mon mari qui est fin pis qui m’traite comme du monde. »

Fallait qu’Marie trouve un moyen d’faire embarquer Pierre su un des bateaux à Wilson Price Hunt, vu que la première étape de l’expédition allait être d’armonter la rivière Missouri.

Marie d’vait avoir pour son dire que l’meilleur moyen pour qu’un homme fasse c’que tu veux, c’est de’l pogner par les vices. Entécas, c’est ça qu’a fit avec Pierre. Faique, la veille du départ, a s’montra extra serviable :

« Veux-tu une autre O’Keefe, mon chéri? »

« Encore une autre p’tite? »

« Ch’pense qu’y reste une Black Label, mais est tablette par’zempe… »

Avant longtemps, Pierre était saoul mort.

On connaît pas trop les détails, mais après ça, Marie aurait paqueté ses petits pis s’rait allée charcher des gars de l’expédition pour qu’y ramassent Pierre pis l’emmènent su’l bateau.

Rendu au matin, Pierre, su’l lendemain de brosse solide, comprit qu’y était parti pour le Pacifique.

Y’était pas d’bonne humeur.

Devant les membres d’équipage trop jambons pour l’arrêter, y se mit à hurler pis à fesser su Marie, pis après, y se crissa à l’eau en criant :

« MANGEZ TOUTE D’LA MARDE, MOÉ J’ARTOURNE À SAINT-LOUIS! »

Plouf.

Y’avait comme un malaise. Tout l’monde était resté frette, sauf Marie, pour qui c’tait yinque un matin ben normal avec Pierre su’a dérape :

« Inquiétez-vous pas, vous avez yinque à me faire débarquer, à m’donner un ch’fal pis à m’attendre un ti peu. M’as vous l’ramener, moé. »

Comme de faite, queques heures après, les gars de l’expédition Hunt virent arsoudre Marie avec Pierre à la traîne. Pis j’vous dis qu’y filait doux.

Là, faut que j’vous dise une affaire : y’a pas jusse une version de c’qui s’est passé au début de l’expédition.

Y’a celle-là que j’vous ai contée : c’est la version à notre Serge Bouchard national, l’Bonyeu aye son âme. J’ai vu ça dans un des livres qu’y a écrits pis j’me sus dit, si c’te varsion-là est bonne pour lui, a doit être bonne pour moé.

Mais y’en existe une une autre où c’que Pierre se s’rait engagé lui-même dans l’expédition Hunt pour se sauver de sa dette pis y’aurait exigé que Marie pis les flos viennent avec lui. Ça a ben du sens. L’affaire du débarquage du bateau, on l’artrouve pareil, mais ça se passe pas exactement d’la même façon.

Ça a d’l’air que, queques jours après l’départ, la chicane aurait pogné su’l bateau, pis Pierre aurait battu Marie. Marie, légitimement en tabarnak, s’rait débarquée du bateau avec les flos pis se s’rait sauvée dans l’bois. Pierre pis les autres l’auraient charchée une journée de temps sans la trouver, pis Pierre aurait passé la nuit d’boutte à filer cheap pis à s’inquiéter pour sa femme pis ses p’tits gars. Finalement, Marie s’rait réapparue su’l bord d’la rivière le lendemain matin pis aurait d’mandé à rembarquer.

On saura jamais comment ça s’est vraiment passé, mais m’as vous faire une confidence : moé, j’aime ben mieux la version où c’que Marie prend les choses en main.

Faique la gang à Wilson Price Hunt pouvait partir pour de bon. Youhou! Aventures! Découvertes! Argent! Gloire! Plaques commémoratives pis centres communautaires à leu nom dans 200 ans!

Mais avant d’défier les montagnes, les rivières, le frette, la faim, les bêtes sauvages pis les nations autochtones qui voulaient rien savoir des étranges su leux territoires, y’allaient s’faire rattraper par toute c’qu’y avaient laissé de pas réglé à Saint-Louis…

Partie II


Source : Bouchard, Serge et Lévesque, Marie-Christine. De remarquables oubliés tome 1 : Elles ont fait l’Amérique, Lux Éditeur, 2011.

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La Sainte Couronne de Hongrie : quequ’un comme toé pis moé (ou presque) – partie II

Partie I

Bon. J’vous le promets, là : à soir, vous allez savoir pourquoi la croix su’l dessus d’la Sainte Couronne est croche. Ou entécas, comment on pense qu’est v’nue croche.

Faique quand Charles-Robert mourut, son fils Louis y succéda.

Y’avait yinque un problème : Louis avait jusse des filles, pis son frére André, qui aurait pu y succéder, avait été assassiné – étranglé avec un cordon pis crissé par la fenêtre les culottes baissées avec une corde attachée autour des gosses –, supposément sur les ordres de sa femme, Jeanne de Naples.

Bref, ça r’gardait mal pour la succession.

Parce que comme on l’a vu tantôt, en Hongrie, les rois étaient comme semi-élus par les grands seigneurs du royaume, pis eux-autres, y juraient yinque par le zouiz.

Louis fit promettre aux seigneurs d’accepter sa fille Marie comme reine. Mais, ben crère : y’était à peine frette dans sa tombe, pis Marie v’nait à peine de se mettre la Sainte Couronne su’a tête, que déjà, ça se mit à brasser d’la marde pour mettre un homme à sa place.

À ce moment-là, Marie avait yinque 11 ans, pis c’est sa mére qui se battit comme une démone pour défendre son droit. Dans les années de bordel total qui suivirent, les deux se firent pogner par leux ennemis, pis la reine-mére fut étranglée drette en avant de sa fille. Finalement, les nobles battes furent satisfaits quand Marie se maria avec Sigismond de Luxembourg, empereur du Saint-Empire, pis qu’y fut couronné officiellement comme co-souverain.

Malheureusement, queques annéesaprès, Marie, enceinte, eut une bulle au cerveau pis partit tu’seule pour aller chasser. Dans l’fond du bois, son ch’fal s’enfargea, Marie prit l’bord, son ch’fal y tomba d’ssus pis a mourut.

Faique Sigismond, qui arsemble à mon mononcle Jocelyn avec un glorieux casse de poil, resta comme seul roi de Hongrie.

Impossible que ce gars-là ait pas de skidoo ni de terre à bois.

Y s’armaria avec une madame appelée Barbe, pis y’eut yinque une fille, Élizabeth. Toute allait arcommencer.

Sauf qu’Élizabeth réussit à éviter l’pire en se mariant avec Albert du Saint-Empire, alias Tête-de-Gland, pis en le faisant aussi couronner comme co-souverain.

Tête-de-Gland.

Mais là, en 1439, Tête-de-Gland trépassa, laissant dans le deuil sa femme pis deux filles. Pas encore!

Mais pas si vite : Élizabeth était enceinte. D’un coup ça soye un gars?

Comme d’habitude, y’eut une élection. Dans c’temps-là, les Turcs commençaient à faire du trouble aux frontières, faique l’assemblée des nobles battes décida que ça prenait un homme viril qui s’mettrait la flamberge au vent pis qui s’érigerait en défenseur du royaume. Vous voyez ce que je veux dire.

Faique, y’élirent Vladislas III, roi de Pologne – un flo de 16 ans, c’est-tu assez insultant! – comme roi de Hongrie.

Élizabeth fit mine d’être d’adon, mais pas longtemps après, a partit en douce de la capitale avec sa bedaine pis ses partisans. Pis la veille, a l’alla voir Hélène Kottaner, une de ses dames de compagnie :

« Chus sûre que j’vas avoir un gars, pis j’veux l’faire couronner avant que l’autre Polonais s’pointe la face icitte. Tu volerais-tu la Sainte Couronne pour moé? T’es la seule à qui ch’peux faire confiance! »

Heille, c’tait une méchante faveur, ça! C’tait pas comme prêter une perceuse ou aller charcher les p’tits à’garderie : si Hélène se faisait pogner, sa tête risquait de rouler dans’garnotte sur un moyen temps, pis ses flos s’artrouveraient orphelins.

Mais à c’qu’on dit, le vrai courage, c’est de faire c’qui faut même si on shake dans ses pichous. Pis c’est c’qu’Hélène fit. A s’en alla au château de Visegrád, y’où ce qu’y gardaient la Sainte Couronne, sous prétexte qu’a l’allait arjoindre les autres dames de compagnie d’Élizabeth.

Quand tout l’monde fut ben canté, Hélène se l’va pis, avec deux gars qui s’taient offerts pour l’aider, rentra dans l’corridor qui m’nait à’salle des joyaux d’la couronne. Pis là, dans un suspense digne des meilleures vues d’bandits, Hélène guetta l’boutte du passage pendant que ses deux complices limaient les serrures des autres portes.

Par deux fois, Hélène eut l’impression que ça menait du train l’autre bord du mur, comme si une gang de gars armés s’en venaient les pogner. Finalement, parsonne se montra la face, pis Hélène était tellement contente qu’a promit au Seigneur de faire un pèlerinage nu-pieds au sanctuaire d’la Sainte Vierge.

Les gars finirent par arsortir avec la Sainte Couronne. Y remplacèrent les serrures qu’y avaient limées pis arbarrèrent toute comme avant. Hélène cacha la couronne dans un coussin, au travers d’la bourrure.

Le lendemain matin, sûrement ben maganée de sa nuite, Hélène embarqua dans son traîneau (c’tait l’hiver) avec le coussin pis partit trouver sa maîtresse avec les autres dames de compagnie. Su’l gros nerf, a l’arrêtait pas d’argarder en arrière pour voir si a l’était suivie.

Y’eut ben un ti moment de terreur quand un des traîneaux rempli de madames passa au travers des glaces du fleuve Danube, mais heureusement, parsonne tomba à l’eau. Autrement, Hélène réussit à s’rendre sans problème jusqu’à Élizabeth pour y donner la Sainte Couronnne queques heures à peine avant qu’a l’accouche d’un p’tit gars.

C’tu là que la croix aurait été crochie? Y’en a qui pensent que oui. Mais Hélène, ça m’a l’air de quequ’un d’fiable, pis a dit dans ses mémoires qu’elle a fait hyper attention de pas s’asseoir su’l mauvais coussin pis d’effoirer la couronne avec son popotin.

Y’a une autre affaire, aussi : là, on est au 15e siècle, pis la croix commence à être croche su les dessins à partir du 17e. Y’a une autre théorie – on en reparle dans deux siècles.

Entécas, Élizabeth fit couronner son fils, qu’a l’avait appelé Ladislas. La Sainte Couronne était tellement grosse que le p’tit aurait pu s’assire dedans, faique pendant la cérémonie, un cousin à Élizabeth fut obligé de la tenir au-dessus du p’tit qui braillait toutes les larmes de son ti corps. Y dut trouver l’temps long en maudit.

Quand Vlad III de Pologne se pointa en Hongrie, y se fit couronner lui avec, mais avec une couronne pognée dans la tombe de saint Étienne.

Élizabeth était ben décidée à tasser Vlad pour mettre son p’tit Ladislas su’l trône, mais a mourut deux ans après, probablement assassinée. Faique Ladislas alla rester chez Frédérick III, empereur du Saint-Empire, un cousin à son pére.

Deux ans plus tard, arbondissement : Vlad III de Pologne mourut décapité par les Turcs à la bataille de Varna, pis son corps fut jamais artrouvé. Les Turcs, ben contents d’leu coup, immortalisèrent l’étêtage dans c’te peinture-là :

Faique le temps qu’y soye déclaré mort pis que les seigneurs finissent de se chicaner, c’est yinque en 1452 que Ladislas put s’assire sur le trône qui y’arvenait de droit.

Rendu là, y’avait l’air d’une annonce de Pantene avec un pinch mou :

Pis ça a l’air qu’y trippait ben gros sur Harmonium.

Malheureusement, après toute c’te trouble-là, prince Boucle-d’or mourut à 17 ans – y’en a qui disent de la peste, d’autres de la leucémie.

Faique après une autre guerre civile – parce que ça en prenait absolument une – c’est Matthias Corvinus, un jeune noble hongrois, qui fut élu roi.

À c’te moment-là, c’tait encore Frédérick III, le tuteur à Ladislas, qui avait la Sainte Couronne. Faique en échange, y d’manda 80 000 florins d’or, ou 14,5 M$ d’à c’t’heure. Se sachant tenu par les gosses, Matthias accepta de payer, pis la Sainte Couronne artourna enfin chez elle en 1464, après 24 ans au yâble au vert.

Là, on saute jusqu’au 16e siècle. Les Turcs se faisaient de plus en plus dangereux, pis c’est un homme, Louis II, qui était roi. Mais son hommitude y sarvit pas à grand-chose à la bataille de Mohács : toute son armée fut effoirée en deux heures, pis lui, y se sauva la queue entre les jambes. En essayant de monter une côte trop à pic su son ch’fal, y tomba su’l dos dans un ruisseau pis mourut nèyé parce que son armure était tellement pesante qu’y a pu été capable de s’arlever.

Ça, c’est quand y’a été artrouvé :

À partir de là, les Turcs se mirent à gruger de plus en plus le territoire hongrois. D’leu bord, les nobles battes élirent DEUX rois différents en dedans d’un an, pis les deux furent couronnés avec la Sainte Couronne. C’tait une période mêlante.

Entécas, au 17e siècle, même si les Turcs occupaient la capitale, c’tait Ferdinand III de Habsbourg qui régnait su la Hongrie, quand y’avait le temps au travers de ses 15 000 autres jobs, comme roi d’Allemagne, archiduc d’Autriche, empereur du Saint-Empire, roi de Bohême – la liste est tellement longue que même Wikipédia s’écœure avant la fin pis écrit « etc. etc. »

Sa première femme était sa cousine, Marie-Anne d’Espagne.

(Marier sa cousine : mal vu quand t’es un Tremblay du Lac-Saint-Jean, pis parfaitement correct quand t’es un roi avec plus de titres qu’un catalogue de maison d’édition.)

Entécas, quand Marie-Anne se maria avec Ferdinand, y fallut qu’a fasse la run de lait, c’est-à-dire être couronnée reine de toutes les affaires que son mari était roi de. Faique on la comprend d’avoir l’air légèrement à boutte :

Le 14 février 1638, c’tait le jour de son couronnement comme reine de Hongrie. Les reines étaient couronnées avec la première couronne du bord, mais ça prenait la Sainte Couronne quand même : la coutume, c’tait de donner une tite bine su l’épaule d’la reine, comme pour dire, heille, toé’ssi t’as d’affaire dans l’régnage!

Dans ces temps-là, la Sainte Couronne était gardée à Vienne, la ville principale des Habsbourg, pis le couronnement avait lieu à Bratislava, vu que la capitale hongroise était occupée.

Faique toute était prêt : l’archevêque était là, la reine était là, la noblesse était là, les enfants d’chœur chantaient pis toute le kit. Y manquait yinque une affaire : la Sainte Couronne.

M’aginez-vous que le noble viennois qui s’en occupait avait apporté l’coffre avec la couronne dedans, mais qu’y’avait pas apporté la bonne clé! Le palatin (j’vous rappelle, ça c’est le plus haut fonctionnaire du royaume) était en tabarnak :

— Maudit gnochon, c’pas vrai, là?
— Ben, j’m’excuse! Y’a tellement de clés après c’te trousseau-là, ch’tais sûr que j’avais la bonne!
— Astie, qu’est-cé qu’on fait? On est pas pour dire à tout l’monde d’arvenir demain!

Faique y’appelèrent un serrurier.

— Heh boy! Y’a combien de straps en fer après c’te coffre-là?
— Quatorze.
— Simonac! C’est ben d’valeur, Vos Altitudes, mais si ça presse tant qu’ça, moé là, j’ai pas l’temps d’mettre des gants blancs. Va falloir que ch’fesse.
— N’importe quoi, tant que tu nous sors la couronne de d’là au plus crisse.
— Bon ben, advienne que pourra, d’abord!
*PONG*
*PING*
*PING*
Mon torrieux, veux-tu ben ouvrir!
*PROK*
*KROK*
Heille, mon astie d’enfant d’ch…
*SPLONK*
Bon!

Le serrurier ardonna l’coffre au palatin. En dedans, y’avait un autre coffre plus p’tit en cuivre, pis y’était bossé comme une aile de char après un accrochage. Ça r’gardait mal, mais le fonctionnaire se laissa pas décourager :

« Donnez-moé un couteau, m’as la sortir par en d’sour. »

Y découpa l’fond d’la boîte en cuivre, pis ploc, la Sainte Couronne y tomba dins mains, fort probablement avec son air d’à c’t’heure, avec la croix cantée pis les deux arches tout teur. 

Après… y’essayèrent-tu d’la réparer? Mystère. C’qu’on sait, c’est que la Sainte Couronne resta sortie pas mal plus longtemps que d’habitude avant d’artourner à Vienne, au moins parce qu’y fallut y’argosser un autre coffre. C’qui est sûr, c’est qu’après, tout l’monde fit comme si la croix avait toujours été d’même.

Dins siècles qui suivirent, la Sainte Couronne resta tout l’temps dans la famille des Habsbourg, en passant entre autres par – Jésus Marie Joseph! – une créâture, l’impératrice Marie-Thérèse. Les nobles battes durent s’étouffer su leu chique.

Son successeur, Joseph II, voulut rien savoir de se faire couronner, faique les Hongrois le surnommèrent « le roi au chapeau » pis, essentiellement, se torchèrent avec ses édits pis ses décrets. Quand même, c’est à la fin de son règne, en 1790, que la Sainte Couronne arvint enfin en terre hongroise. Les Hongrois étaient tellement contents qu’y firent le party dins rues, accrochèrent des guirlandes partout pis composèrent des tounes en son honneur.

La couronne était quand même pas au boutte de ses aventures.

En 1848, y’eut la Révolution hongroise.

L’empereur Ferdinand 1eravait adopté des lois pour transformer la Hongrie en monarchie constitutionnelle, avec un parlement pis toute; mais son successeur, François Joseph (le beau Franz à Sissi avec le cou raide, dans les films) avait décidé de mettre la hache là-dedans sans raison.

En crisse, les Hongrois se révoltèrent. Y’eut une guerre. Les Hongrois pardirent.

Pour échapper à l’empereur, le premier ministre se poussa en Turquie, non sans faire une dernière vacherie : y pogna la Sainte Couronne pis le reste des cossins sacrés du couronnement pis enterra toute ça dans une swompe à la frontière. Les autorités impériales durent charcher dans’bouette pendant quatre ans avant des artrouver.

Charles, le successeur à François Joseph, fut le darnier à porter la Sainte Couronne. C’tait comme écrit dans l’ciel — argardez comme y’avait l’air tata avec sa couronne trop grande :

Charles à son couronnement avec sa femme, Zita de Bourbon-Parme, pis son garçon, Otto.

Après la Première Guerre mondiale, la monarchie fut abolie. Pis à mesure qu’on s’approchait du monde d’à c’t’heure, la Sainte Couronne devint plusse un symbole qu’autre chose, mais quand même un symbole national super important pour les Hongrois.

La Sainte Couronne s’épivarda une darnière fois pendant la Deuxième Guerre mondiale, pis c’te fois-là, a l’alla pas mal loin.

Le gars qui dirigeait la Hongrie, l’amiral Miklós Horthy, avait tellement la chienne du communisme qu’y préféra s’allier avec Hitler plutôt que de risquer une invasion par les Russes.

Mais quand l’Armée rouge commença à avancer sans que parsonne puisse l’arrêter, Horthy enterra la Sainte Couronne et ses cossins queque’part en Allemagne.

C’est les Américains qui la ramassèrent, pis a passa un bon boutte d’la guerre froide dans un coffre-fort à Fort Knox , aux États-Unis.

Finalement, en 1978, le secrétaire d’État des États-Unis ardonna la Sainte Couronne à la Hongrie, pis a bougea pu jamais du Parlement hongrois après ça.

Faique c’est ça! Un casse en or qui a eu une vie plus excitante et arbondissante que la majorité de nous-autres.

Quand l’astie d’pandémie va être finie, on s’organise-tu un voyage en gang pour aller la voir… en parsonne?


Source : László Péter, « The Holy Crown of Hungary, Visible and Invisible », The Slavonic and East European Review, 2003.
Hélène Kottaner, Les mémoires d’Hélène Kottaner, 1440.
Géza Pálffy, A Szent Korona és a koronaláda balesete 1638-ban, 2007.

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La raille de Lady Godiva

« Godiva? C’est pas une marque de chocolat, ça? »

Si c’est ça qu’vous vous dites en ce moment, ben v’la vos trois morceaux de robot. Mais le nom d’la marque, ça vient d’où?

Selon la légende, au Moyen-Âge, y’avait une madame appelée Godiva qui aurait traversé la ville de Coventry, en Angleterre, flambant nue su son ch’fal cachée yinque par ses grands ch’feux longs.

C’tu vraiment vrai? Pourquoi a l’a faite ça? C’tait-tu une influenceuse avant l’temps qui voulait partir une mode pis s’rendre intéressante?

C’qu’on sait, c’est que dans l’boutte de l’an mille, en Angleterre, y’avait vraiment une madame appelée Godiva qui était mariée avec Léofric, un noble saxon qui, comme son nom l’dit, avait ben du fric. Badoum tishe.

Mais bon. Première affaire, la madame s’appelait pas vraiment Godiva. Son nom, c’tait « Godgifu ». Ça veut dire « god’s gift » en anglais, ou « don de dieu » pour nous-autres. C’est juste que par après, les historiens qui écrivaient en latin on trouvé que c’tait un nom à coucher déhors, faique y’ont changé ça pour « Godiva ».

Faique toujours selon la légende, Léofric était un gros épais à l’argent qui faisait crever son monde de faim avec des taxes pas d’allure. 

C’tait rendu tellement épouvantable que les méres de toute la contrée se pointèrent au manoir à Léofric pis Godiva avec leux flos qui braillaient pour supplier Léofric de slaquer ses taxes. 

Ben crère, y leut rit dans’face :

Godiva, ben en peine en voyant la misère du monde, se mit à tanner son mari pour qu’y baisse les taxes. 

C’t’un classique, ça, dins histoères : un gros porc de bonhomme pas d’empathie qui fait étriver le monde, pis sa femme toute fine sensible qui finit par le convaincre d’avoir du coeur. 

Sauf que dans la vraie vie, c’tait pas aussi simple.

On sait que la première fois que la légende de Lady Godiva a été racontée, c’tait 200 ans après sa mort, par un moine de l’abbaye de Saint Alban’s.

À l’époque de Godiva, les femmes saxonnes avaient le droit de posséder des terres à leu nom pis de gérer tu’seules leur argent. C’est plusse qu’on peut en dire des Québécoises v’la pas si longtemps.

Faique deuxième affaire, Godiva était pas mal riche elle-même; en fait, y’est probable que la ville de Coventry y’appartenait à elle, pas à Léofric, pis que le gars avait pas d’affaire pantoute à claquer des taxes au monde de la place.

Faique qu’est-cé qui s’est passé dans le jeu d’téléphone de l’histoire pour que la légende vire de même?

Deux siècles plus tard, on était rendus complètement d’un autre monde du point de vue social pis culturel, faique y’en a qui pensent que le moine aurait juste bogué en entendant parler d’une femme qui avait des biens pis de l’autorité; y’aurait donc changé les détails pour donner toutes les pouvoirs à Léofric, parce que ça fittait plusse avec sa vision du monde.

Entécas, Godiva continua d’achaler Léofric pour qu’y baisse les taxes, jusqu’à ce qu’y se tanne :

Faique Godiva descendit aux écuries, se dégreya complètement, détacha ses ch’feux pis embarqua su son ch’fal. Dépendamment de la version, elle était accompagnée par une servante, ou par deux chevaliers.

Troisième affaire, ça se peut que notre moine de Saint Alban’s aye mal compris l’histoire : Godiva était pas TOUT NUE, c’est juste qu’a portait pas toute son beau linge, ses manteaux d’fourrure pis ses pierres précieuses de d’habitude par solidarité avec le pauvre monde. À une époque où les femmes servaient un peu de racks pour montrer sa richesse, ça aurait solidement fait chier son mari pis faite scandale.

L’autre possibilité, c’est que quequ’chose s’est vraiment pardu dans les siècles pis la traduction, pis qu’au départ, on voulait dire que Godiva était tellement généreuse avec les pauvres pis l’Église qu’a se « dénudait » de ses possessions, pis que le moine s’est juste complètement fourré.

Godiva passa donc au travers d’la ville pis d’la place du marché dans l’abaissement le plus total.

Quatrième affaire, dans c’temps-là, Coventry était à peine un croche dans l’chemin avec queques maisons, un village de même pas 500 habitants; faique techniquement, la raille de Godiva aurait pas duré ben ben longtemps.

Par respect pour leu seigneuresse, les habitants se seraient enfermés chez eux pour pas la voir passer à poil, sauf un, un gars appelé Tom. Y’aurait pas pu s’empêcher de sniquer par une craque dins rideaux, faique Dieu l’aurait rendu aveugle, pis c’est de là que vient l’expression « Peeping Tom », qui veut dire « voyeur » en anglais. De nos jours, à Coventry, c’est plein de statues de Godiva, mais y’a aussi un tapon de statues de Peeping Tom, comme celle-là icitte :

Sauf que, cinquième et dernière affaire, ce détail-là est juste apparu au 15e siècle, probablement ajouté par quequ’un qui voulait mettre du piquant pis une morale à deux cennes dans l’histoire.

Faique finalement, après un ti peu de décortiquage, on se rend compte que la légende est à peine plusse vraie que Blanche Neige et les sept nains. Mais clairement, l’histoire de Godiva/Godgifu a inspiré pas mal de monde, des habitants de Coventry aux peintres victoriens en passant par les chocolatiers pis les poètes. Pis on a passé un beau vingt menutes ensemble à en parler, faique c’est toujours ben ça.

Le road trip de sainte Ursule

Le 21 octobre 1520, quand l’explorateur portugais João Álvares Fagundes « découvrit » l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, pas loin de Terre-Neuve (les Micmacs pis les Béothuks étaient là, « Comment ça, « découvert »? Ça fait un christie d’boutte qu’on connaît ça, nous-autres! Y’avaient yinque à nous l’demander! », mais entécas), y’appela ça « l’archipel des 11 000 Vierges ».

Là, je l’sais c’que vous pensez : le bonhomme, ça faisait trop longtemps qu’y était en mer avec une gang de gars à l’odeur musquée pis au sourire toute scorbuté, faique y commençait à halluciner des pitounes.

C’est pas impossible; mais la vraie raison, c’est que le 21 octobre, c’est la fête de sainte Ursule qui, selon la légende, aurait fait un Piété World Tour au Moyen-Âge accompagnée de 11 000 vierges, pour finalement s’faire massacrer par les Huns.

Alors voir ça d’plus proche, grâce à une série de peintures d’un maître inconnu qui appartenaient aux Sœurs augustines noires de Bruges.

Donc. Ursule était une princesse bretonne (mais la Bretagne, dans le sens, l’île de Bretagne, l’Angleterre d’à c’t’heure) qui était don fine, pis bon belle pis don sage pis don pieuse. Tellement qu’un roi barbare païen de Germanie, en n’entendant parler, se dit :

— Heille, ça f’rait une tabarslak de bonne épouse pour mon gars, ça! C’ten penses-toé, fils?
— Mets-en, Popa! Ursule, là, fiourf!!! J’y f’rais pas mal en estie! Est chaude comme le rond du poêle!

Faique le roi envoya un messager pour arranger ça :

Faique wouptidou, s’en fut le messager pour trouver le roi de Bretagne pis demander la main à Ursule.

Le roi était ben mal pris : y’avait pas envie pantoute de donner sa très chrétienne fille à des adorateurs d’idoles, mais y’avait encore moins envie de finir la tête sur une pique.

Mais Ursule, Miss Parfaite 385, avait une solution toute prête :

« P’pa, c’correct, m’as l’marier, leu prince. Mais avec des conditions : toé pis lui, vous allez m’donner 10 vierges pour me t’nir compagnie, pis à moé pis à c’t’elles-là, 1000 vierges chaque; vous allez nous équiper de gros bateaux pour qu’on se rende là-bas; après, va falloir que le prince attende trois ans avant d’coucher avec moé, pis qu’y s’convertisse pendant c’temps-là. »

Faique là, si j’compte bien, ça fait Ursule, 10 vierges, plus 11 000 vierges, donc techniquement, ça fait Ursule plus 11 010 vierges? Entécas. Imaginez trouver AUTANT de vierges à une époque de même, où la population était loin d’être celle d’à c’t’heure. Y’ont ben dû vider les campagnes au complet, pis les gars célibataires du royaume ont dû faire une manif dins rues en brandissant leux fourches. Leux fourches pour le foin, j’veux dire.

Quand le roi barbare, entendit ça, y fit toute qu’une face :

— Voyons, elle, pour qui qu’a s’prend? 11 000 vierges pis une conversion à leur dieu de moumoune broché sur une croix! Est-tu mala—
— C’EST CORRECT, P’PA! M’a toute faire c’qu’a dit, pas de trouble. M’as apprendre la Bible au complet à n’endroit pis à n’envers si y faut!

Devant l’enthousiasme de son fils, le roi barbare avala son étron pis fit toute ce qu’Ursule avait demandé.

Pis là, vint le moment pour Ursule de faire ses adieux à ses parents :

Après ça, ça dépend des versions.

Dans une, yinque comme Ursule et ses 11 000 vierges (ça f’rait un bon nom d’orchestre, vous trouvez pas?) partaient en bateau, une tempête a pogné pis les a poussées jusqu’à Cologne, en Allemagne. Ça prenait une tempête qui savait c’qu’a faisait pis qui avait du visou en astie, parce que pour ça, fallait que les bateaux armontent tu’seuls un bon boutte du Rhin en dedans des terres!

Dans l’autre version, plus l’fun pis moins tirée par les ch’feux, Ursule aurait dit :

« D’la marde, les filles! On a des bateaux pis l’cash de ma dot, faique on décrisse pis on va à l’aventure! »

D’une façon ou d’une autre, la gang de filles se rendirent à Cologne. Pis là, Ursule rencontra un ange :

Faique Ursule écouta l’ange pis clancha à pied pour Rome, son armée de vierges qui la suivait. Y’a aussi l’évêque de Bâle qui décida d’aller avec eux-autres.

À Rome, Ursule et ses Baronnettes furent accueilli par le pape Cyriaque, qui s’adonnait à être de la même place qu’Ursule pis qui était ben content de voir 11 000 de ses compatriotes. Y les reçut comme des invitées d’honneur pis décida même d’arpartir avec elles :

Ursule, les 11 000 vierges, l’ex-pape, une couple d’évêques, le roi, sa femme et le p’tit prince, pis Papa Ours, Maman Ours pis Bébé Ours prirent le chemin de Cologne, dévastant la campagne à cause de leur appétit vorace. (Sérieux, c’était quoi, la logistique, à la gang qu’y étaient? Y dormaient où? Y mangeaient quoi? Les villageois étaient-tu là, « ah non, pas encore c’te gang-là, les granges pis les caveaux sont vides »?).

Pis quand y’arrivèrent enfin, y furent attaqués par une gang de Huns. SURPRISE! Dieu leur avait donné l’immense privilège de devenir martyrs pour leur foi!

Y furent tous massacrés. Sauf que quand le chef des Huns vit la belle Ursule, y lui dit :

— J’te donne la vie sauve, mais faut qu’tu me marises.
— J’aimerais mieux laver les bécosses du treizième sous-sol de l’enfer!

Le chef des Huns, à qui ses parents avaient pas montré à gérer ses émotions pis à dealer sainement avec le rejet, ordonna aussitôt à un de ses archers de tuer Ursule :

Faique voélà l’histoire de sainte Ursule! La prochaine fois que quequ’un va avoir une surprise pour vous-autres, ben dites-vous que c’te mot-là veut pas nécessairement dire la même chose pour lui que pour vous!

La Guerre des Deux-Roses, partie VII — La victoire des créâtures

Élizabeth d’York

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie III
La Guerre des Deux-Roses, partie IV
La Guerre des Deux-Roses, partie V
La Guerre des Deux-Roses, partie VI

Dins douze années qui s’taient écoulées depuis qu’son mari était mort pis que son gars Henri était parti en exil en Bretagne après la bataille de Tewkesbury, Marguerite Beaufort s’tait pas assis su ses mains en mangeant d’la crèmaglace pis en braillant. Oh que non! 

Premièrement, a s’tait armariée avec Thomas, Lord Stanley, le lord-intendant à Édouard IV. Pour s’rapprocher d’la famille royale, avoir d’l’influence pis être au courant d’toute, c’tait dur de faire mieux. En bonne plante grimpante, Marguerite avait pas mis grand temps à s’faufiler proche d’la reine, qui l’avait jusque choisie pour être la marraine à Brigitte, la plus jeune de ses filles. 

À’fin, y’était même question qu’Henri son garçon arvienne d’exil pis marie une des filles à Édouard pis Élizabeth. Sauf que comme j’vous ai dit, Édouard IV était mort, pis toute avait crissé l’camp en m’nant un train du yâble, comme la fois qu’Mononc’Poêle s’est enfargé dins marches en pleine nuite chez Pépére pis Mémére Poêle. 

Au début, Marguerite avait décidé de filer doux pis d’essayer d’s’entendre avec le roi Richard, mais a l’avait vite changé d’idée. Ça y tentait juste pas d’être fine avec un méchant mononcle tueur de n’veux. Comment faire d’abord pour ramener Henri en Angleterre?

Y restait pu yinque une solution : l’mettre su l’trône à’place de Richard. Pis ça allait passer par les femmes.

Sachant que l’ex-reine Élizabeth avait le même docteur qu’elle, Lewis Caerleon, a se servit d’lui pour y’expliquer son plan – pis c’est là qu’on les artrouve, dans le sanctuaire de l’abbaye de Westminster :

« Ça m’fend l’cœur de l’dire, Madame, mais y semblerait que Richard s’est débarrassé d’vos pauvres p’tits gars pis qu’on les arverra jamais. C’est c’que Madame Marguerite pense aussi; a trouve ça dégueulasse pis a vous offre ses plus sincères sympathies. Mais là, Madame, si vos fils sont morts… C’est vot’fille Élizabeth qu’y est l’héritière légitime du trône d’Angleterre. » 

Élizabeth d’York, une belle p’tite blonde de 17 ans avec un teint d’pétale de rose d’un verre de lait, était la plus vieille des filles à Édouard IV. Pis si y’avait eu une justice dans c’te monde de poil pis d’graines, c’est elle qui aurait été reine, tout court. Mais l’Angleterre de c’temps-là était juste pas prête à voir une créâture régner toute seule – ça allait prendre une couple de générations encore. Toute ça pour dire qu’Élizabeth pouvait pas espérer devenir reine d’Angleterre sans un mari qui f’rait l’affaire de tout l’monde. Pis c’est là que l’docteur Caerleon voulait en v’nir : 

« Faique si chus icitte aujourd’hui, c’est parce que Madame Beaufort a eu un méchant bon flash : vot’fille Élizabeth pourrait marier son gars à elle! Pensez-y : d’même, les familles York pis Lancaster s’raient réunies pis tout l’monde s’rait du même bord. On s’rait sûrement capables de faire décrisser le maudit usurpateur qui vous a volé vos fils, pis vot’fille s’rait reine d’Angleterre, comme a l’est censée, avec Henri à côté d’elle. » 

Appelons un chat un chat, là : Henri était pas un super parti pour Élizabeth fille. C’tait un exilé avec pas de titres, pas de terres, pas d’argent, rien. Pour Élizabeth mère, c’tait une astie d’chance à prendre. Mais c’est vrai que, par la fesse gauche d’la fesse gauche d’la fesse gauche, Henri était toute c’qui restait d’la branche des Lancaster, pis le meilleur espoir de mettre fin à c’te maudite guerre de cousins qui durait depuis plus que 30 ans. 

— Faique… Qu’est-cé ça vous dit?
— Dites à Marguerite que j’embarque. Tant que chus pognée dans mon sanctuaire, ch’peux pas faire grand-chose, mais on va arpendre c’qui est à nous-autres!

En apprenant par le docteur Caerleon qu’Élizabeth mère y’avait donné l’go, Marguerite partit à grenouiller comme a l’avait jamais grenouillé : a fit envoyer une grosse poche de bidous à son garçon, qui était encore en Bretagne avec son mononcle Jasper, pis a chargea Reginald Bray, un de ses employés à qui a faisait ben gros confiance, de faire le tour des nobles pour voir si, mettons qu’y avait un moyen de renverser Richard, y’embarqueraient-tu, tsé veut dire. 

Comme prévu, l’idée du mariage entre Élizabeth fille pis Henri Tudor fit l’affaire de ben du monde. Même les Yorkistes les plus fidèles, écœurés par ce que Richard avait faite à ses n’veux, étaient d’accord avec le plan. 

Pis j’sais pas si vous vous rappelez du duc de Buckingham, tsé lui qui était super crinqué pour Richard pis qui avait convaincu les autres nobles du conseil de déshériter les deux gars à Édouard IV? Fouillez-moé pourquoi, mais y décida d’arvirer sa ch’mise du jour au lendemain pis finit par être considéré comme LE gars en arrière d’la rébellion. C’t’un peu chien pour Marguerite, mais comme vous allez voir, ça allait être aussi ben d’même. 

Le plan, c’tait que les différents groupes d’anti-Richard, dont les Woodville – la famille à l’ex-reine Élizabeth – s’atrouvent pis attaquent ensemble. Mais là, un des chefs eut la rébellion précoce pis se lâcha huit jours plus tôt que prévu. Ça mit la puce à l’oreille à Richard, pis quand Buckingham se pointa, au courant de rien, le roi l’attendait avec une brique pis un fanal. 

Pogné les culottes à terre, Buckingham put pas faire autrement que de se sauver. Pis comme ça court mal en maudit quand la boucle de ceinture te pète su’és jarrets, y’alla pas ben loin. Y dut se cacher dans’masure d’un pauvre farmier, à qui ça fit pas un pli su’a poche d’aller l’dénoncer à Richard. Y fut capturé pis décapité. 

Pu d’tête, la rébellion s’effoira comme Mononc’Gilles pogné du cœur après sa septième quille de Laurentide aux noces à ta cousine Jeannine. Pis en apprenant ça juste comme y mettait l’pied en Angleterre, Henri arpartit en Bretagne tellement vite que son bateau décolla su’a trace. 

Ayoye. 

Là, Richard avait la preuve que Marguerite avait comploté contre lui – c’tait comme dins émissions poches pour enfants quand l’décor tombe pis tu vois l’marionnettiste qui a l’air fou en arrière avec sa catin au boutte du bras. 

Sauf que Marguerite, a risquait pas mal plus qu’une risée. 

Richard y’ôta toutes ses titres de noblesse, ses terres pis ses revenus. Y l’aurait ben faite exécuter, aussi, si ça avait yinque été d’lui. Mais encore une fois, c’est ses alliances de plante grimpante qui lui sauvèrent la peau. 

Non seulement son nouveau mari, Lord Stanley, était ben proche d’Édouard IV quand y’était vivant, mais y’était aussi un grand chum à Richard III. Pis quand tu fais exécuter la femme de ton grand chum, les soupers entre amis sont pu jamais comme avant. Y’a une chaise vide à’table, TOUT LE MONDE sait c’est d’la faute à qui, pis même le p’tit pinot gris qu’vous ach’tiez tout l’temps goûte pu pareil. 

Autrement dit, Richard savait qu’y pourrait juste pu argarder Lord Stanley dins yeux après avoir faite décapiter Marguerite.

Désormais watchée d’aussi près qu’une floune de CPE qui a tendance à piquer une course dans’rue dès que l’éducatrice a l’dos tourné, Marguerite était pas mal neutralisée.

Sauf que sa conspiration ratée avait attisé un feu qui avait pu besoin d’elle pour brûler. 

Après l’exécution de Buckingham, les Woodville partirent en exil pis allèrent trouver Henri Tudor. C’t’année-là, le jour de Noël, le garçon à Marguerite promit officiellement d’arvenir en Angleterre, de marier Élizabeth d’York pis de « tasser c’te tyran assassin pis déviant du trône, où y’avait pas d’affaire pantoute ». 

C’tait ben beau, mais Henri était quand même yinque un nobody qui avait pas ben ben plus d’affaire su’l trône que Richard. Quand y s’embarqua pour l’Angleterre l’été d’après, y’avait yinque les Woodville en exil pis à peu-près 1 000 fiers-à-bras prêtés par la France de son bord. Quand y’arriva, y fut arjoint par queques milliers d’Anglais fâchés contre Richard, mais y reste que ça faisait pitié en maudit, son affaire. Richard allait sûrement l’effoirer comme de rien su’l champ de bataille.

Sauf que Richard, qui était déjà pas ben ben aimé à cause de c’qu’y avait faite à ses neveux, s’tait encore tiré dans l’pied.Pas longtemps avant Noël, le garçon à Richard était mort de maladie, le laissant pu d’héritier. Pis près Noël, c’est sa femme, Anne Neville, qui mourut – mais on sait pas trop de quoi. 

Ben vite, ça se mit à mémérer que Richard voulait s’armarier avec sa nièce, Élizabeth d’York. Pour le roi, c’tait pas une idée folle pareil – ça y permettrait d’avoir un nouvel héritier, pis ça farmerait la porte drette dans’face à Henri – mais pour le peuple, Richard était rendu un mononcle vicieux qui avait faite tuer sa femme pour incestuer avec sa nièce. 

Faique quand y câlla son monde pour aller affronter Henri Tudor, ça fit un peu comme quand tu déménages pis que tout l’monde disent qu’y vont être là pour échapper ton tiroir à bobettes dans’rue pis barrer du dos en l’vant tes boîtes d’Encyclopédie Grolier édition 1960, pis que le jour même, y’a juste un ou deux gars qui sont là pis y s’trouvent caves d’être venus.

Bref, Richard avait quequ’chose comme 10 000 hommes. C’tait l’double de c’qu’Henri avait, mais tsé, en comparaison, quand Édouard IV avait affronté la gang à Marguerite d’Anjou à Towton, y n’avait 35 000 avec lui. Ça vous donne une idée d’à quel point les nobles du royaume étaient pas inspirés par Richard. 

Pis là, un matin du mois d’août d’une place qu’on appelait Bosworth Field, les armées d’Henri Tudor pis de Richard III arrivèrent face à face. Lord Stanley, l’mari à Marguerite Beaufort, était du bord de Richard, mais y s’était traîné pas mal les pieds pour v’nir, pis l’roi trouvait ça louche. 

Comme Henri avait pas pantoute d’expérience pour m’ner des hommes au combat, y mit d’côté son orgueil de mâle pis confia l’commandement au comte d’Oxford, un gars qui n’avait vu d’autres. D’l’autre bord, c’est l’duc de Norfolk qui dirigeait l’armée à Richard. Oxford attaqua en premier.

Quand Norfolk pis ses hommes se garrochèrent pour l’affronter, y furent arpoussés par des piquiers – des gars armés de grosses lances pointues – pis descendre sous les balles des arquebusiers français loués par Henri. Surprise, Norfolk fut tué lui avec. Richard, privé de son commandant le plus loyal, commença à suer d’la raie. C’est là qu’y vit une bannière avec un dragon dessus – celle à Henri. 

« Crisse, si j’réussis à descendre Henri direct, on s’en sacre de ses piquiers pis d’ses arquebusiers – j’gagne automatique! »

Faique Richard pis sa garde rapprochée foncèrent direct sur Henri pis ses gardes du corps. Le roi était pas shapé comme ses frères, qui avaient été grands pis narfés – y’était chéti pis y’avait le dos croche pis une épaule plus haute que l’autre. Mais y savait s’battre en astie, par’zempe : y tua le porte-étendard à Henri, crissa en bas d’son ch’fal un de ses gardes du corps, un gros gars de 6 pieds 8, pis y réussit à s’approcher à une longueur d’épée de son rival. 

Pis c’est là que Lord Stanley, qui avait même pas encore embarqué dans’bataille, arrêta d’se pogner l’beigne pis vola à’rescousse d’Henri. Avec ses gars, y réussit à éloigner Richard d’Henri pis à l’arpousser jusqu’au bord d’une swompe. 

Le ch’fal à Richard s’enfargea dans’bouette, pis le roi dut débarquer. Entouré de ses plus grands chums, y décida de s’battre jusqu’à fin. Son porte-étendard, un gars appelé Percival Thirlwall, s’fit couper les deux jambes pis continua de t’nir la bannière à Richard à boutte de bras jusqu’à son dernier souffle. 

Richard, en infériorité numérique, continua de s’faire aller l’épée comme un démon en criant « Trahison! Trahison! » jusqu’à c’qu’y mange un gros coup de hallebarde dans l’derrière d’la tête. C’tait feni. 

Dès que la nouvelle se répandit, les hommes à Richard se sauvèrent. Le roi fut déshabillé tout nu pis garroché su’l dos d’un ch’fal comme une poche de patates. Tandis qu’on l’emmenait à’ville la plus proche, la face y péta su’l bord d’un pont, pis y fut exposé su’l plancher d’une église pendant trois jours pour que l’monde soyent ben sûrs qu’y était mort. 

Pis Henri Tudor, lui, y’était rendu roi d’Angleterre. Comme y’avait promis, y maria Élizabeth d’York, avec qui y’eut 4 enfants qui s’rendirent à l’âge adulte, dont le TRÈS CÉLÈBRE Henri VIII avec sa trâlée de femmes. 

Comme emblème personnel, y prit la rose rouge des Lancaster pis mit la rose blanche des York au milieu pour faire la rose Tudor, symbole des deux branches d’la famille qui avaient enfin arrêté d’se chicaner. 

Pis là où l’criage pis l’fessage avaient échoué, le parlage pis le grenouillage avaient triomphé. Les hommes avaient m’né la bataille finale, ben sûr, mais si les femmes s’taient pas entendues en arrière, y’aurait p’t-être fallu que j’continue à raconter pendant encore huit épisodes. Les vraies héroïnes d’la Guerre des Deux-Roses, tant qu’à moé, c’est Marguerite d’Anjou, Marguerite Beaufort pis Élizabeth Woodville. 

Faique c’est ça! 

Heille, y’est rendu tard! S’cusez-moé, j’m’en étais pas rendu compte pantoute! Les oreilles doivent vous chauffer! M’a vous conter d’quoi de pas mal moins long la prochaine fois. 

Pis soyez prudents su l’chemin en vous enrvenant! 


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.
Alison Weir, Elizabeth of York, a Tudor Queen and her World, 2013.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

Pour faire comme eux-autres et lire les articles avant tout le monde pis même profiter de contenu extra rempli de détails croustillants, c’est par ici!

La Guerre des Deux-Roses, partie VI : Les deux p’tits princes dans’tour

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie III
La Guerre des Deux-Roses, partie IV
La Guerre des Deux-Roses, partie V

Arvenons du bord d’Édouard IV pis de sa reine Élizabeth Woodville. 

Sept ans après la bataille de Tewkesbury, Édouard était ben peinard su’l trône d’Angleterre depuis assez longtemps pour s’être faite une belle grosse empreinte de fesses. 

Mais ça veut pas dire que toute allait ben Madame la Marquise. 

« Georges, ciboire, là j’en ai mon câlisse de voyage de tes niaiseries pis de tes crises de bacon. C’t’assez. Ch’te condamne à mort. »

Georges, duc de Clarence, le frère York du milieu entre Édouard pis Richard, duc de Gloucester, avait toujours été un bébé gâté pas capable d’attendre son tour. Vous vous rappelez, là, quand y’avait voulu être roi à la place d’Édouard pis qu’y avait embarqué contre lui avec Warwick?

Par après, comme y’était marié avec Isabelle, la fille à Warwick, pis qu’y était pas capable d’attendre que sa belle-mère pète au frette pour ramasser l’héritage, ben y l’avait faite déclarer LÉGALEMENT MORTE. Le genre de passe qui fait un frette au réveillon. 

Après ça, Isabelle est morte, faique Georges a voulu s’armarier avec Marie, la jeune duchesse de Bourgogne – pis l’héritière la plus riche de toute l’Europe –, mais Édouard y dit non. Finalement, c’tait aussi ben, parce que Marie est morte quatre ans plus tard quand son ch’fal s’est enfargé, l’a faite arvoler d’une calvette, y’est tombé dessus pis y’a cassé le dos.

Mais bon. Georges, c’tait pas un devin, pis su’l coup, y’était en tabarnak. Édouard avait des raisons politiques d’y dire non, mais Georges le prit personnel. Y quitta la cour fâché noir pis s’en alla dans ses domaines, où y’arcommença à manigancer contre Édouard pis sa famille. 

La reine Élizabeth était ben stressée :

—Édouard… Nos gars sont encore trop p’tits, pis si y t’arrivait d’quoi… On s’ra jamais en sécurité tant que Georges va être là à te jouer dans l’dos!
— Je l’sais, Bebé… Va falloir que ch’fasse de quoi. 

Selon la légende, Georges a pu choisir comment y’allait être exécuté, pis y fut nèyé dans un tonneau d’vin. 

Après ça, Édouard pis Élizabeth purent dormir su leux deux oreilles. Y restait yinque Richard, le plus jeune des frères York, pis y’avait toujours été ben loyal.  

Sauf que l’malheur était jamais ben loin, caché en arrière des tapisseries à écornifler pis à s’frotter les mains en pensant aux coups d’cochon qu’y allait faire. 

Cinq ans plus tard, Édouard mourut à l’âge de 40 ans. On sait pas trop de quoi, mais on pense que c’tait une pneumonie. C’est sûr que ces dernières années, y s’tait lâché lousse pas mal : trop de femmes, trop bouffe, trop de boisson. Y’avait engraissé sans bon sens – tsé, y’avait pris l’habitude de s’faire vomir en plein banquet, histoire de s’faire d’la place pour manger plus. 

Peu importe pourquoi y’est mort, là, Édouard, son fils de 12 ans, allait y succéder. 

C’tait un moment délicat, comme quand Mémère Poêle sépare ses blancs d’œufs pour faire d’la m’ringue. La couronne allait-tu passer su’a tête du p’tit sans qu’y aye de trouble?

Drette tu’suite, Élizabeth écrivit à son frère à elle, Antoine Woodville, comte Rivers, qui était le tuteur au p’tit Édouard. A y dit d’amener Édouard à Londres au plus sacrant, gardé par 2 000 hommes. 

Pendant c’temps-là, Richard, duc de Gloucester, le mononcle du p’tit Édouard, était su ses terres, dans l’nord de l’Angleterre. Quand y’apprit que son frére était rendu six pieds sous terre, y’écrit à Élizabeth : 

« Chère Belle-Sœur, 

J’viens d’apprendre la nouvelle. Toutes mes sympathies. Mon cœur saigne avec toé.
Soye assurée, Madame, que j’vais être super loyal à ton p’tit gars, not’nouveau roi. Y’aura pas plusse loyal que moé. Genre, j’me crisserais d’un trou d’bouette pour qu’y puisse traverser sans salir ses chouclaques. 

Veuille agréer, Élizabeth, mes sentiments les plusse graissés de larmes.

                                                                                                                             Richard »

Après ça, y’écrit au frére à Élizabeth : 

« Ti-Toine, mon chum, 

J’ai su qu’t’allais escorter le p’tit jusqu’à Londres. C’tu dirais de t’ça si on s’rencontrait, genre, dans l’boutte de Northampton, pis qu’on faisait l’reste d’la route ensemble? On va t’escorter ça, c’te p’tit roi-là! 

Bien à toé, 

                                                                                                                            Richard »

Y’était-tu don d’adon, Mononc’Richard! 

Faique Richard, Antoine pis Richard Grey, un des deux gars qu’Élizabeth avait eus avec son premier mari, s’rencontrèrent à Northampton. Le soir, y firent le party ensemble avec le duc de Buckingham, pis toute allait ben. 

Sauf que, drette le lendemain, Richard fit arrêter l’frére pis l’fils à Élizabeth sous prétexte que… En faite, y se bâdra même pas avec un prétexte. Richard avait peur que les Woodville, la famille à Élizabeth, prennent le contrôle du royaume en passant par le p’tit Édouard, qui avait été élevé par eux-autres. Pour éviter de se faire tasser du pouvoir, y fit exécuter Antoine pis Richard-le-fils-à Élizabeth sans procès pis partit pour Londres avec le mini roi qui capotait ben raide. 

Quand toute ça arriva aux oreilles à Élizabeth, a vit arriver la marde à 100 milles à l’heure. Tu’suite, a reprit son vieux réflexe pis clancha se réfugier à l’abbaye de Westminster avec son deuxième gars – un autre Richard, bazouelle! – pis ses cinq filles, Élizabeth, Cécile, Anne, Catherine pis Brigitte. 

Quand Richard arriva à Londres avec le p’tit Édouard, y’avait toutes les apparences d’un bon mononcle qui faisait yinque veiller sur les intérêts de son n’veu. Y le traitait avec toutes les égards qui y’étaient dûs en tant que roi, pis y se fit nommer lord protecteur par le conseil royal. Y r’mit le couronnement, prévu pour le 4 mai, au 22 juin, mais autrement, toute était beau pis toute se passait normalement. 

Sauf que, pas longtemps après, Richard-le-mononcle fit une autre passe croche : y fit arrêter Lord Hastings – qui était pourtant un allié pur et dur des York depuis l’début – pis l’fit exécuter sans procès dans’cour en arrière, entre deux chaises de patio.

Ça, c’tait louche en maudit.

Richard l’accusait d’avoir comploté contre lui avec Élizabeth, mais ça avait tellement pas d’sens que tout l’monde à l’époque étaient comme : 

« Heille, Ritch, tu nous prends-tu pour des valises? » 

Hastings avait jamais aimé Élizabeth, faique ça aurait été surprenant qui s’mette à grenouiller avec, mais y’avait toujours été deux pouces en arrière d’Édouard-père avec un gros doigt en styrofoam écrit « No 1 » dessus. La seule raison que Richard aurait eu de le faire exécuter, c’est qu’y savait qu’y était fidèle jusqu’au boutte du gros orteil à Édouard-fils, pis qu’y était capable de ramasser une grosse armée su ses terres des Midlands si y se brassait du trouble… Mettons… Mettons que Richard décidait de tasser le p’tit pour prendre sa place. J’dis ça, j’dis rien, mais clairement, Richard était après placer ses pions. 

Après ça, Richard-le-mononcle envoya l’archevêque de Canterbury pour essayer d’convaincre Élizabeth d’y donner Richard-son-neveu :

— C’est pour sa PROTECTION, Madame. Soyez don raisonnable.
— Non.
— Tsé, vot’fils, y peut pas demander l’asile dans une église, y’a même pas commis d’crime!
— Pis? Y’est avec moé, pis c’est ça. J’vois pas pourquoi on pourrait pas demander la protection de l’Église quand ça brasse de même pis qu’on sait pas c’qui va nous arriver!
— Mais là, pensez un peu à Édouard, y s’ennuie de son p’tit frère! Y’a pu parsonne pour jouer!
— Ce problème-là, c’est pas dur à régler : ardonnez-moé Édouard, pis y vont être ensemble, franchement!
— Madame, j’comprends pas pourquoi vous êtes prime de même. Le lord protecteur veut juste…
— Votre lord protecteur, y peut ben manger d’la m—
— MADAME! Vous capotez, là, pis vous voyez du danger partout. Là, vous allez vous calmer les nerfs pis m’faire confiance : j’vas m’assurer personnellement qu’y arrive rien au p’tit. J’essaye de vous aider, là, pis si vous voulez pas être raisonnable, ben ça va être la dernière fois!

Élizabeth se tourna d’bord pis se mit à réfléchir. A savait ben que si Richard-le-mononcle voulait prendre le p’tit par la force, y’avait rien pour l’empêcher de l’faire. Les larmes aux yeux, a laissa Richard-son-fils, qui avait à peine neuf ans, aller avec l’archevêque. Mais avant que le bonhomme parte, a put pas s’empêcher d’y lâcher une dernière craque : 

« Vous dites que j’grimpe dins rideaux pour rien, mais ben vite, vous allez voir que c’est vous-autres qui dormez au gaz! »

Six jours après, Ralph Shaa, un frère franciscain, fit un sermon dans’cour d’la cathédrale Saint-Paul, à Londres. Là, y sortit un scandale digne d’Écho-Vedettes : le mariage entre le roi Édouard pis la reine Élizabeth était pas valide, parce qu’avant de la rencontrer, Édouard avait promis à une certaine Éléonore Butler de la marier, probablement yinque pour forniquer avec. Tant qu’à lui, c’te promesse-là était aussi bonne qu’un mariage en avant d’un curé, faique Édouard avait commis l’adultère avec Élizabeth, pis toutes leux enfants étaient des bâtards. 

Ça, probablement que Georges, duc de Clarence, le savait, pis y menaçait de s’ouvrir la trappe; c’est peut-être pour ça qu’Édouard avait été pas mal pressé d’le faire exécuter.

Ça prenait pas la tête à Papineau pour comprendre où c’que ça s’en allait, toute ça : si les flos à Édouard étaient des bâtards, ben l’héritier légitime du trône, c’tait Mononc’Richard. 

La semaine d’après, le duc de Buckingham fit un discours en avant des grands seigneurs du royaume, qui finit par : 

« Faique, on déshérite-tu les deux flos pis on invite-tu Richard à devenir roi? »

Les autres nobles, sachant c’qui était arrivé à Lord Hastings, avaient pas pantoute envie de mettre leux gosses su’a table pour le p’tit Édouard. Y prirent toute leu trou pis firent exactement c’que Buckingham avait d’mandé. 

C’te faux-cul d’Richard se fit pas trop prier : 

« Moi? Roi? Honn, voyons don, c’est trop, là, j’le mérite pas, vous m’gênez, là! Mais bon, si vous pensez que j’frais un bon roi, chus qui pour vous contredire? Vous insistez tellement, vous m’donnez pas l’choix d’dire oui! » 

Faique, trois mois après la mort d’Édouard, l’plus jeune de ses fréres était couronné sous l’nom de Richard III à l’abbaye de Westminster. 

Élizabeth était juste à côté, dans’maison de l’abbé, pis a pouvait entendre les acclamations pis les cris d’joie. Ça y prenait toute pour pas crisser une table à terre pis casser d’la vaisselle. Tsé, du jour au lendemain, a l’avait pardu son mari, sa couronne, sa sécurité, son frére, son fils, pis…

Pis ses deux p’tits gars, Édouard pis Richard, ben… C’est ben d’valeur, mais on sait juste pas c’qui leux est arrivé. Y’avaient été mis dans la tour de Londres, pis au début, on les voyait jouer dans’cour. Après un boutte, y’ont arrêté de sortir, mais on les voyait quand même par la f’nêtre de leu chambre de temps en temps. Pis un m’ment’né, ben… Y’étaient juste pu là. 

Dans l’temps, tout l’monde disaient qu’y avaient aucune idée de comment y’avaient disparu, Richard III l’premier : 

« Hein, sont pu là? Tu parles, toé, pardre deux p’tits gars dans’tour de Londres! Faut l’faire! C’est-tu bizarre! »

Pis c’est quasiment impossible qu’Élizabeth aye jamais su c’qu’y était advenu de ses gars. Y’en a qui disent qu’a faisait semblant de pas savoir, parce qu’a l’avait faite un deal avec Richard-le-mononcle pour les cacher à queque’part. 

Mais tsé, c’est ben possible aussi que Richard III les aye faite tuer. Après toute, c’tait la meilleure façon d’être sûr qu’y puissent pu y nuire.  On l’saura probablement juste jamais. 

L’temps passait, pis Élizabeth était toujours pognée dans son sanctuaire. A savait pu quoi faire : toutes ses cartes avaient été jouées pour rien, pis l’chien de sa famille avait l’air pas mal mort. Sauf qu’un jour, son docteur, Lewis de Caerleon, vint la voir pour un examen d’routine, rien d’excitant. Jamais qu’Élizabeth se serait attendue à c’qui y dise de quoi qui allait toute changer :  

« Madame, aujourd’hui, j’viens avec un message de mon autre patiente, Madame Marguerite Beaufort. A l’a un deal à vous proposer. »  

La suite icitte!


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

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La Guerre des Deux-Roses, partie V – Marguerite Beaufort : mère, survivante pis redoutable grenouilleuse

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie III
La Guerre des Deux-Roses, partie IV

Bon. À c’t’heure que vous êtes greyés de votre ti café Chemineaud, on va artourner en arrière un p’tit peu. 

Depuis l’début que j’vous achale avec les Beaufort, que j’appelle les nobles « Sélection Mérite ». Là, y vont devenir BEN IMPORTANTS. 

J’vous rappelle qu’Henri VI, lui, c’tait un descendant de Jean de Gand, l’frére au roi Édouard III, pis de sa femme Blanche de Lancaster. Les Beaufort, eux-autres, y descendaient aussi de Mononc’Jean, mais d’un autre litte, lui à sa maîtresse Katherine Swynford. Autrement dit, c’taient une gang de bâtards jusqu’à ce que Mononc’Jean s’armarie avec Katherine pis que le pape déclare toutes leux flos comme étant légitimes. 

Comme j’vous ai dit, Édouard d’York avait zigouillé pas mal toute c’qui restait de prétendants au trône du bord des Lancastriens – entécas, dans’lignée directe de pére en fils. 

Faique là, j’vous présente Marguerite Beaufort. Elle, c’tait la p’tite-fille à Jean Beaufort, le plus vieux des enfants à Mononc’Jean pis à Katherine. Son pére, c’tait un autre Jean Beaufort, premier duc de Somerset, mais pas un de ceux-là dont j’vous ai déjà parlé. Eux-autres, c’taient les cousins à Marguerite. Marguerite avait yinque un an quand y’est mort, pis a l’était sa seule héritière.

Not’histoire commence dans’grisaille détrempée du fin fond du pays d’Galles, où Marguerite s’inquiétait pour son mari, Edmond Tudor. Y s’tait faite capturer par le duc d’York, l’pére à Édouard IV, en s’battant pour les Lancastriens. Pis aux dernières nouvelles, y filait pas ben pantoute. 

Pis quand enfin y’eut du nouveau, c’est les pires peurs à Marguerite qui furent confirmées : Edmond était mort d’la peste bubonique pendant son emprisonnement. 

« Ah mon doux Jésus! C’pas vrai! Seigneur aye pitié d’moé! »

Devenir veuve en temps de guerre, c’tait déjà plate en maudit. Mais pour Marguerite, c’tait comme pire. C’est parce qu’y a une affaire que j’vous ai pas dite : Marguerite, c’était une floune de 13 ans. A s’tait mariée à 12 ans avec Edmond Tudor qui n’avait 24. Pis a l’était enceinte de 7 mois.

Je l’sais, c’que vous pensez : ark. Moé’ssi, la pédophilie, ça m’lève le cœur. Mais j’vous rassure – ça passait pas ben ben mieux dans l’temps :

« Franchement, messemble que l’minimum c’est d’attendre que ta femme aye 14 ans avant d’coucher avec! »

Ah, pis y’a une autre affaire que j’vous ai pas dite : Edmond Tudor, c’tait l’frére utérin à Henri VI. 

Depuis l’temps que ch’t’assis su c’te punch-là en attendant d’vous l’dire, je l’ai quasiment d’imprimé dans’fesse!  

J’vous explique : quand Catherine de Valois, la mére à Henri VI, est devenue veuve, a l’était encore une belle jeune princesse qui avait pas pantoute envie d’se bâdrer avec la politique plate d’la cour. Faique a l’était juste partie s’épivarder semi-secrètement avec Owen Tudor, un beau chevalier gallois ténébreux. Edmond, c’tait l’plus vieux de leux flos. Pis comme Henri VI avait voulu un bon parti pour son demi-frére, c’tait lui qui avait arrangé l’mariage avec Marguerite. 

Fast forward, pis là, pu d’mari, Marguerite Beaufort était tu’seule, loin de sa famille, vulnérable pis pas loin d’accoucher.

Y’était trop tard dans sa grossesse pour qu’a s’en retourne chez sa mére; dans son état, le voyage aurait été ben que trop roffe. De toutes les choix qu’a l’avait, y’en avait yinque un qui avait d’l’allure : aller chez son beauf, Jasper, l’frére à son mari mort, pour avoir sa protection.

Là-bas, Marguerite dut accoucher pas de famille pis pas d’amies pour y flatter les ch’feux pis l’encourager. Pis ce fut épouvantable.

Crisse, la pauvre était à peine femme pis tellement p’tite que Jean Fischer, son confesseur, a écrit plus tard : « C’tait quasiment un miracle qu’un bebé aye pu sortir d’une p’tite crotte de fille de même ».

Malgré toute, Marguerite survécut pis l’bebé aussi : a l’appela Henri – Henri Tudor.

Ça serait son seul flo : faut croire que son accouchement difficile y’avait scrappé l’appareil de femme. Pis c’te moron d’Edmond Tudor, toute pressé qu’y était de consommer le mariage pour mettre la patte sur sa fortune pis d’la mettre enceinte pour avoir un héritier, l’avait traumatisée pis gâché pour elle toute c’qu’y pouvait y’avoir de beau dans la couchette, pour le reste de sa vie.

Pareil. Marguerite était convaincue que l’Seigneur y réservait des grandes affaires, à elle pis à son bebé. Faique aussitôt relevée de son accouchement, a pensait déjà à la suite des choses :

« Bon. Ch’frai pas grand-chose à veuver tu’seule dans mon coin : ça va m’prendre un nouveau mari au plus crisse. Pis c’te fois-là, Seigneur du Bon Dieu, y’en a pas un qui va choisir pour moé! »

Faique, escortée par son beauf, Marguerite partit avec son bebé de 2 mois pour aller trouver l’duc de Buckingham. Tu’seule en son propre nom, a négocia avec le bonhomme pour marier l’plus jeune de ses deux gars, Henri Stafford.

Les noces eurent lieu un an plus tard. 

Marguerite avait eu c’qu’a voulait : la protection de son puissant beau-pére, une place drette au milieu des intrigues d’la cour, pis les moyens de défendre ses intérêts pis ceux à bebé Henri. Sauf que là, ça, ça se passait en même temps que toute le reste; pas longtemps après les noces, y’eut la bataille de Northampton – tsé, là, quand Henri avait été capturé par Warwick, pis quand York pére pensait s’faire couronner pis avait créé un malaise à la place. Pis comme vous l’savez, les Yorkistes ont fini par gagner à Towton.

Ça laissait Marguerite pis son mari du mauvais bord d’la clôture. Mais elle, a se bâdrait pas trop avec les allégeances; y’avait juste son p’tit gars qui comptait.

« Bon. Là, mon mari, je l’sais pas quelles sortes courbettes pis d’chansons pis d’belles façons que ça va prendre, mais tu vas aller voir le nouveau roi Édouard pis tu vas dire qu’on s’excuse d’avoir été du bord à Henri VI. Sinon, y pourrait aussi ben saisir mon argent pis mes domaines! »

Faique le bonasse Henri Stafford s’en alla à Londres, où y réussit à avoir un pardon officiel pour lui pis Marguerite. Sauf que là, Édouard prit une décision que Marguerite arçut comme un coup d’poing dans l’ventre : son p’tit Henri, rendu à 4 ans, allait être envoyé chez William Herbert, le gars qui avait capturé Edmond Tudor pendant que Marguerite était enceinte.

C’tait d’même au Moyen-Âge : mettons qu’un mineur s’artrouvait orphelin, ben y pouvait être confié à quequ’un qui s’en occupait jusqu’à ce qui devienne majeur. En attendant, le tuteur profitait des revenus des domaines du p’tit, pour ensuite y’ardonner dans le même état quand y’était rendu un homme.

Lui pis sa femme Anne s’occupèrent ben comme faut d’Henri, dans l’amour pis l’agrément, pis s’assurèrent qu’y était ben éduqué; Marguerite avait rien à r’dire su’a façon dont son p’tit gars était traité, ben franchement. Mais quand même. Son p’tit bilou, son p’tit cœur en minou, sa raison d’vivre qui s’en allait loin! A trouva ça vraiment toffe, mais a l’avait pas l’choix.

Pendant ces années-là, Marguerite essaya autant qu’a pouvait d’rester du bon bord du roi, mais mettons que les sparages de ses cousins y rendaient pas la vie facile. Tsé, faut pas oublier que les Beaufort restaient les plus gros adversaires à Édouard.  

Tu’suite après la bataille de Towton, c’tait pas si pire. Édouard essayait ben gros de se mettre chummy avec Henri Beaufort, le nouveau duc de Somerset – le fils de lui qui était mort à Saint-Alban’s pis le grand frére l’autre qui se ferait séparer d’avec sa tête à Tewksbury, plus tard : 

« Heeeeeeeeeeeeeeeeeeeille, Henri mon chum! Écouuute, m’excuse de t’avoir confisqué tes terres; su’l coup, ch’tais fâché, tsé. Mais là, c’t’en arrière de nous-autres, toute ça, hein? Ch’t’ardonne toute! Tu viens-tu jouter au tournoi la fin d’semaine qui s’en vient? Ah, pis j’m’organise une p’tite chasse au chevreuil avec les gars dans pas long, FAUT qu’tu viennes avec nous-autres! J’ai trouvé un super beau spot l’long d’la Tamise, tu vas capoter. »

Sauf que ben vite, Somerset s’artourna contre Édouard pis sacra son camp en Écosse pour aller arjoindre les Lancastriens qui s’taient réfugiés là-bas. 

Édouard était en tabarnak. Y’avait toute mis ses œufs dans l’panier à Somerset, pis Somerset y’avait garroché l’panier dans’face pis s’tait sauvé en courant. Y l’artrouva pis l’fit exécuter comme un chien galeux en arrière d’la grange.

Faique rendu là, toutes les Beaufort étaient suspects aux yeux d’Édouard, pis Marguerite y’échappait pas. Mais, comme une plante grimpante qui se faufile entre les craques pis qui s’accroche après toute c’qu’a peut, a s’organisa pour se tricoter des alliances qui y permettraient de garder une bonne position pis de garantir un bon avenir à son fils. 

Sa meilleure chance était du bord à son mari. Sa belle-mère s’était armariée avec Walter, Lord Mountjoy, un autre grand chum à Édouard pis son trésorier par là-dessus. Si a pouvait s’mettre dins p’tits papiers à Walter, y pourrait la défendre si Édouard pognait les nerfs après elle. Pour ça, fallait qu’a passe le plus de temps possible avec eux-autres : 

— Belle-maman? J’ai entendu entre les branches que vous vous étiez faite faire un nouveau livre de prières! Ch’peux-tu voir ça?
— Ben sûr ma belle! Heille, pis j’ai su que t’avais embarqué dans l’Ordre de la Sainte Trinité pour aider à payer les rançons des chevaliers chrétiens capturés par les Turcs? Chus don ben fière de toé!
— Y’a pas de sacrifice trop grand pour le salut d’mon âme pis celui d’la Chrétienté. Watatow, les belles enluminures! Ouiiin, vous vous êtes gâtée, belle-maman! 

Faique de fil en aiguille pis avec les bons mots à sa belle-mère, a finit par gagner la confiance à Walter. Quand le roi fit emprisonner la vieille veuve du 2e duc de Somerset pis y confisqua toute c’qu’a possédait pour aucune maudite raison à part faire chier les Beaufort, pis menaça de faire pareil à Marguerite, Walter alla parler pour elle : 

« Slaque un peu, Édouard. J’la connais, moé, Marguerite, a vient tout le temps souper chez nous pis est super fine. A ferait pas d’mal à une mouche pis a dit jamais un mot d’travers contre toé. »

Marguerite avait gâgné son pari; à partir de là, Édouard y sacra patience. 

Sauf que là, du jour au lendemain, Warwick força Édouard à l’exil pis ramena Henri VI su’l trône. Toute déboula tellement vite que trois semaines plus tard, Henri VI, Marguerite pis Henri Tudor, qui était rendu à 13 ans, étaient après souper ensemble à Westminster. 

« Heille toé, mon p’tit gars, dit Henri VI tout d’un coup. Ch’t’argarde, là, pis j’me dis que c’est toé qui va toute arranger. Je l’sens dans mes urines, un m’ment’né, tu vas être roi pis tout l’monde, nos ennemis comme nous-autres, vont t’rendre hommage. » 

Marguerite faillit tomber en bas d’sa chaise. Tsé, c’est sûr que rendu là, Henri VI était pu  vraiment toute là, pis y disait probablement ça juste de même. Sauf qu’à ce moment-là pis dins années d’après, même si y’était un roi mou pis incompétent, Henri VI était considéré quasiment comme un saint homme, toute pur pis plogué su’l divin. Déjà que c’tait lui qui avait organisé son mariage avec l’pére à Henri, là, Marguerite capotait : 

« Toute est dans toute! C’t’une PROPHÉTIE! Je l’savais qu’mon fils allait faire des grandes affaires! »

Marguerite était pour jamais l’oublier. Surtout pas quand toute arbascula pas longtemps après, au r’tour d’Édouard. Là, a fit un choix d’irréductible survivante : a tourna l’dos aux Lancastriens pis se mit définitivement du bord à Édouard. Pour que son fils aye un avenir, a pouvait pas risquer de s’tenir avec les perdants, au yâble la famille pis la loyauté. La suite des choses allait y donner raison. 

Sauf qu’après Tewksbury, a l’avait pu d’mari – Henri Stafford était mort en s’battant pour les Yorkistes. Toutes ses cousins Beaufort avaient été massacrés. Henri son fils s’tait sauvé en Bretagne avec son mononcle Jasper pour échapper à Édouard, pis a l’avait aucune idée de si a l’allait l’arvoir un jour. 

Ça r’gardait mal en maudit. Sauf que Marguerite Beaufort, a se laissait JAMAIS abattre. A l’allait mettre son fils su’l trône d’Angleterre, peu importe le temps qu’ça prendrait, pis peu importe c’que ça y coûterait. Pis gare aux innocents qui essaieraient de s’mettre dans son ch’min.

La suite icitte!


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

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La Guerre des Deux-Roses, partie IV — L’serpent s’mord la queue

Graham Turner, Mistaken Identity – The Battle of Barnet

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie III

« Élizabeth! C’t’un garçon! »

Après un mois pognée avec sa bru pis ses trois p’tites-filles dans la maison de l’abbé de Westminster, Jacquette venait d’aider Élizabeth à accoucher, pis a tenait dans ses bras son p’tit-fils flambant neû – l’héritier mâle tant attendu. 

Ça, c’tait une astie d’bonne nouvelle : peu importe c’qui arriverait à Édouard, y’aurait un fils pour lui succéder. Mais c’tait loin d’être gagné. 

Après avoir traversé en Hollande, Édouard avait essayé de se réfugier chez son beauf, le duc de Bourgogne. Sauf qui se riva l’nez su’a porte : le duc accepta d’y donner une pension pour qu’y puisse se réchapper la vie, toujours ben, mais y r’fusa de le voir pis de l’héberger. Cerise su’l sundae, y’envoya une délégation pour féliciter Henri pour son retour su’l trône. Ça, Édouard le digéra JAMAIS. 

Faique Édouard s’pogna un appart dins Flandres, en Belgique. De là, y’entendit que Warwick avait pris le contrôle en s’auto-nommant lieutenant du royaume, avec Georges son frére comme chancelier pis Georges le frére à Édouard comme son numéro deux. En faite, Warwick était tellement au-dessus de ses affaires qu’y avait renvoyé ses troupes.

Sauf que quand l’roi de France déclara la guerre au duc de Bourgogne, beauf se rendit compte qu’y avait p’t-être faite une gaffe en r’virant Édouard de bord : 

— Ahem. Coute ben, mon gars, euh, j’sais que j’ai peut-être été un peu bête a’c toé quand t’es v’nu me demander d’l’aide… Ch’file ben cheap de t’ça, pis euh, j’aimerais ça me racheter.
— Ouin. T’as peur à tes fesses à cause du roi d’France, pis tu sais que Warwick est d’son bord, faique tu penses que si tu m’aides à r’prendre mon trône, ben moé j’vas t’aider dans ta guerre?
— Genre…

À ch’fal donné, tu r’gardes pas l’faux-cul qui tient la bride. Ou de quoi d’même. Faique Édouard, greyé d’une p’tite armée équipée par son beauf, prit l’bateau pour l’Angleterre. Pis là, comme le raconterait Pierre Houde : 

« Édouard traverse la patinoire… Il arrive aux portes de la ville d’York et fait semblant d’être fidèle au roi Henri pour que les défenseurs le laissent entrer. Quel stratagème!
Sauf que les renforts arrivent de tous les côtés! Édouard est gonflé à bloc et se proclame de nouveau roi! Ma parole!
Warwick joue de prudence… Il reste sur le banc en attendant que Georges, duc de Clarence, arrive avec des renforts… Sauf que Georges se retourne contre Warwick et rejoint l’armée de son frère! Oh lala, Marc, quel revirement!
Édouard est maintenant en avantage numérique. Il part en échappée vers Londres, tire, ET LE BUT! Dans un filet désert! » 

Scusez-la — ch’commence à m’ennuyer du hockey pas mal. Ouep, même des games à TVA Sports. Mais surtout de mon beau Pierre.  

Édouard rentra dans Londres sans que parsonne assaye de l’empêcher – Henri, laissé tu’seul par Warwick, en était rendu à s’promener comme un quêteux dans’ville, avec l’archevêque d’York qui l’tenait par la main, pour demander au monde de s’battre pour lui. 

— ÉDOUARD!
— Bebé, ch’t’arvenu! 

Mots doux, larmes, pis p’t-être même un french pendant qu’parsonne argardait : la pauvre Élizabeth put enfin sortir de sa cachette pis s’garrocher dins bras de son mari qu’a l’avait pas vu depuis 7 mois. C’tait comme si une roche de 100 livres v’nait de s’ôter de su ses épaules.

A put aussi enfin y présenter son nouveau ti-poutte – nommé Édouard lui avec, pour encore plus mêler les affaires. 

— Là, chéri, tu vas faire quoi avec Warwick? Tu peux pas l’laisser courir lousse de même, des affaires pour qui t’arpoignarde dans l’dos!
— Non, je l’sais. En plus, tu sais pas la meilleure : Marguerite d’Anjou est après s’en venir avec une armée!
— Câline! Faut que tu règles son cas à Warwick avant qu’a l’arrive, d’abord.
— Drette ça. Compte su moé, bebé. 

Entre les deux cousins, c’tait l’affrontement final, comme dins vues, avec la grosse toune épique, pis c’est proche de la ville de Barnet que ça allait se passer. Warwick avait une armée beaucoup plus grosse que celle à Édouard, faique Édouard se dit que si y voulait avoir une chance de gagner, fallait qu’y l’pogne par surprise.

Faique dans’nuite, y’ordonna à ses hommes de s’rapprocher tranquillement de l’armée à Warwick, dans l’noir pis dans l’silence. 

— Ayoye! Tention avec ton astie d’waguine, tu viens de m’rouler su’l pied!
— Ta yeule pis r’garde où c’tu vas, l’cornet, y vont nous entendre! 

Toute la nuite, Warwick ordonna des tirs de canon dans l’boutte où y pensait que l’armée d’Édouard était, mais y passa dans l’beurre. Pendant c’temps-là, son frére Jean, marquis de Montagu – le gars qui avait trahi Édouard jusse avant qu’y parte en exil, vous rappelez-vous? – vint l’voir : 

— Ouin, Ritch, nos hommes ont la falle basse pas mal. Sont pas super motivés.
— Ah ouin?
— Ouin. Pour les crinquer, m’as te proposer d’quoi : si on s’battait à pied? Quand les soldats voient un commandant à ch’fal, sont comme : « Pff! Dès qu’ça va s’mettre à mal aller, y va crisser son camp pis nous laisser là ». Si on est à pied comme eux-autres, ça va leux montrer qu’on est prêts à s’battre à mort pis les inspirer.  

Faut dire que c’tait un peu sa marque de commerce, à Warwick, de crisser son camp quand la marde pognait. Quand même : rendu au matin, Warwick pis Montagu étaient à pied au milieu d’l’eux hommes. 

La bataille commença vers 4 h du matin dans une astie de brume épaisse. Comme les deux armées voyaient pas grand-chose, la coordination était pas vargeuse.

Un m’ment’né, le comte d’Oxford, qui était du bord de Warwick, arsoudit avec ses troupes pas loin de celles du marquis de Montagu. Sauf que, dans l’flou, sa bannière, une étoile, arsemblait pas mal au soleil qu’y avait sur celle-là à Édouard. Croyant que les troupes à Édouard les pognaient par en arrière, les hommes de Montagu capotèrent pis tirèrent une volée de flèches drette dans leux alliés!

Le comte d’Oxford cria tu’suite à la trahison : après toute, ça aurait pas été la première fois que Montagu changeait d’camp. 

Quand la brume commença à se lever, Édouard vit la ligne lancastrienne après s’autodétruire pis fuir en panique : 

« Ben coudonc. Reste pu yinque à envoyer les forces de réserve pour finir la job! »

Warwick, fidèle à lui-même, partit à’course pour s’trouver un ch’fal, mais y s’fit pogner pis tuer, pareil comme son frère Montagu. C’tait feni. 

Mais pas tout à faite. Pour avoir la paix, fallait qu’y se débarrasse de Marguerite d’Anjou, qui v’nait yinque d’arriver en Angleterre avec son armée. S’un dix cennes, sans même une croûte ni un ti dodo, Édouard s’arvira pis clancha pour la pogner avant qu’a s’allie avec les Lancastriens de l’ouest de l’Angleterre pis du pays d’Galles. 

Marguerite avait eu une sapristi d’misère de chien à s’rendre là-bas : chaque fois qu’a l’avait essayé de prendre la mer, une tempête l’avait r’poussée vers les côtes de la France. Là, a s’en allait arjoindre ses alliés avec son fils Édouard de Lancaster, qui était rendu à 17 ans, pis le duc de Somerset – le troisième depuis que le premier avait été tué à la bataille de Saint Alban’s; la Guerre des Deux-Roses passait au travers des ducs de Somerset comme moé au travers de mes paires de bas. 

Sauf qu’Édouard (d’York, le roi, là) avait été vite sur la switch pis avait envoyé un messager pour dire au seigneur du château de Gloucester de pas les laisser traverser la rivière Severn. Pognés, Marguerite pis sa gang durent continuer jusqu’à Tewkesbury, la prochaine place où c’tait possible de traverser – pis c’est là qu’Édouard les rattrapa. 

Marguerite dut aller se réfugier dans un monastère pendant la bataille. Toute sa vie, a s’tait démenée pour garder son fils en sécurité pis défendre son droit au trône d’Angleterre. Pis là, tandis que ça regardait mal en maudit pour sa cause, y’était en plein centre de l’armée lancastrienne, prêt à se battre comme un homme, pis y’avait pu rien que Marguerite pouvait faire. C’te jour-là, y’allait gagner la couronne ou bedon perdre la vie. 

La bataille de Tewkesbury ressembla pas pantoute à la bataille de Towton, qui avait été horrible pis meurtrière pis interminable; en faite, Édouard gagna pas mal facilement face à Édouard de Lancaster pis au nouveau duc de Somerset, qui étaient pas super expérimentés. 

Édouard de Lancaster fut tué dans la bataille, comme à peu près toute c’qui restait d’hommes dans la famille Beaufort – les cousins d’la fesse gauche à Henri VI, pis les seuls qui auraient encore pu prétendre au trône contre Édouard d’York. Essentiellement, Édouard le roi avait moppé l’plancher avec ses ennemis, pis y restait pu personne pour se mettre contre lui. 

Marguerite eut pas le choix de se rendre. Son fils était mort, pis elle, a l’était comme morte en-dedans. Y lui restait pu rien. Édouard la fit enfermer, mais y’a traita quand même bien. Pas longtemps après, a reçut une autre mauvaise nouvelle : 

— Madame! Ça me fait ben de la peine de vous dire ça, mais vot’mari est mort dans la tour de Londres…
— On sait-tu comment c’t’arrivé?
— Ben, le roi dit qu’y est mort de peine en apprenant la mort de vot’fils pis la défaite à Tewkesbury…
— Messemble, oui.

C’tait clair qu’Édouard l’avait faite tuer. Mais rendu là, ça faisait pu de différence. Marguerite resta emprisonnée pendant quatre ans en Angleterre jusqu’à ce que le roi de France paye sa rançon. Pis après, a tomba dans la calvette de l’histoire pis mourut 7 ans plus tard à l’âge de 52 ans. 

Quant à Édouard, y’avait gagné su toute la ligne, pis sa dynastie avait l’air en béton. Ses deux fréres plus jeunes étaient mariés chacun avec une fille à Warwick – Georges était marié avec Isabelle depuis un boutte, pis Richard s’tait marié avec Anne, qui avait été la femme à Édouard de Lancaster pis qui s’était ramassée veuve après la bataille de Tewkesbury. Y’avait trois filles à marier pour faire des alliances politiques pis un gars pour y succéder. Dins années à venir, y’allait avoir encore 6 enfants avec Élizabeth, 2 gars pis 4 filles, en plus de toutes les bâtards qu’y avait faites à ses maîtresses. Athlète des couvartes un jour, athlète des couvartes toujours.

Y se sentait tellement solide qu’y pardonna à pas mal toutes ses anciens ennemis. Y’était aimé par le peuple, pis tout le monde le trouvait fin, généreux pis l’fun. Dans son livre à lui, la Guerre des Deux-Roses était fenie. 

Sauf que tsé, vous vous doutez ben qu’y reste des épisodes. 

Le sang avait pas fini d’couler. 

Faique c’pas l’temps d’s’endormir! Y’a tu quequ’un qui veut un ti café Chemineaud? 

Mononc! Part l’eau à bouillir! <

La suite icitte!


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Helen Castor, She-Wolves: The Women Who Ruled England Before Elizabeth, 2011.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.

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