Khutulun, la princesse lutteuse

Image : Ma grande chum de Saint-Bernard-de-Beauce, Mme La Cornette!

Ma belle-soeur à moé, la soeur à Mononc’ Poêle, c’est toute une femme. A l’enseigne les arts martiaux, là, le kick-boxing pis l’jujitsu, pis à r’vir’rait n’importe qui comme un bas. Des fois, j’la niaise en y disant qu’a pogne des avions à mains nues.

Je l’aime ben gros.

C’t’une créâture moderne, qu’on pourrait dire. Forte pis indépendante pis qui torche des culs, pis ch’parle pas de quand ça y’arrive de changer des couches.

Mais v’la 700 ans, y’avait une princesse – Khutulun, qu’a s’appelait. L’arrière-arrière-petite-fille de Gengis Khan. Pis comme ma belle-soeur, a se laissait pas marcher sué pieds.

Avant de continuer, on va mettre ça au clair drette là : aujourd’hui, on parle des Mongols, pis l’premier que j’vois faire une joke plate avec ça, j’y sacre un coup de tisonnier en arrière des jarrets.

Bon.

Quand Khutulun est née, son aïeul Gengis était six pieds sous terre depuis un bon boutte déjà. Ses descendants étaient répandus aux quatre coins de l’empire mongol, de la Chine à l’Iran en passant par la Corée pis l’sud de la Russie. Pis l’empereur de toutes les Mongols – le grand khan – c’tait Kublaï, le p’tit-fils de Gengis, qui dirigeait son empire à partir de Beijing, ben assis su son beau trône en or, dans sa robe de soie brodée.

Mais, c’tait pas toutes les Mongols qui trippaient sur la vie de palais. Le père à notre princesse, Kaïdu Khan, régnait sur l’Asie centrale, dans l’boutte du Kirghizistan, du Kazakhstan pis toutes les autres pays en « stan ». C’tait un homme dur, plus strict qu’un curé, qui buvait pas d’alcool pis qui mangeait même pas de sel – le genre à faire exécuter un de ses gendres quand y’apprit qu’y couchaillait avec la servante. Pis lui, y trouvait que Kublaï était yinque un faux cul qui avait abandonné les traditions de son peuple.

Faique Khutulun grandit à la mongole, nomade, dans la steppe, le vent dins ch’feux, au travers des herbes hautes, des ch’faux, des moutons pis de QUATORZE frères. Ça jouait dur dans’yourte à Kaïdu, pis toutes les moyens étaient bons pour se faire r’marquer par le père.

« Ayoye! Khutulun! Arrête! Mononc’! Tu me fais mal! Argh! Mononc’!!! MAMAN!!! »

La princesse apprit d’bonne heure à faire sa place, par la force si y fallait; pour elle, pas question de passer dans l’beurre parce qu’elle était une fille. C’tait un apprentissage à la dure qui allait y servir plus tard.

En grandissant, Khutulun devint une grande femme ben plantée pis large d’épaules, un peu comme moé dans mon jeune temps. Pis au lieu de se marier pis de faire des enfants, ben a devint lutteuse. Entre autres.

La lutte, c’tait un sport super important pour le peuple mongol. Quand t’étais bon à la lutte, t’étais considéré comme béni des esprits. Pis Khutulun, ch’sais pas si c’était à force de s’être autant colletaillée avec ses frères quand a l’était floune, mais a l’était bonne en simonac!

Dans c’temps-là, les hommes pis les femmes étaient pas séparés dans les compétitions. Y’avait pas de limite de temps, pas de tapis pis pas de catégories de poids : si tu pésais 100 livres mouillé pis que tu t’artrouvais en avant d’un astie d’bétail de 300 livres, ben tu t’arrangeais avec tes troubles.

Mais, qu’y soyent p’tits, gros, larges, minces, longs ou courts, Khutulun les battait toutes :

—       Faique c’est toé la fille à Kaïdu, là, qui est censée être pas battable? Pff! Ché pas quelle espèce de moumounes t’as pognées avant moé, mais ça s’arrête là, ton affaire!
—       Ah, t’es sûr? Parce que j’t’aurais proposé d’aller plusse par là-bas, l’herbe est moins tapée pis ça va être moins raide su ton dos quand j’vas te crisser à terre!

Ça se passait tout le temps de la même façon : la princesse pis son adversaire se pognaient par les bras, forçaient l’un contre l’autre, se sizaient. Ça pouvait durer longtemps. Ou pas pantoute. Mais le fendant qui avait osé affronter la princesse se retrouvait toujours cul par-dessus tête.

Malgré le risque de se faire planter les dents dans l’tuf par une femme pis de faire rire d’eux-autres, y se bousculaient quand même au portillon pour s’essayer contre elle.

L’affaire, c’est que Khutulun avait juré d’épouser yinque le gars qui réussirait à la battre.

Tsé, ça a d’l’air qu’a l’était pas laitte; en plus, être le gendre du khan, y’avait pire, dans’vie, comme situation. Mais, les gars étant des gars, le plus gros avantage à gagner, c’était le droit de péter d’la broue à tes chums jusqu’à la fin de tes jours.

Mais à date, personne l’avait vaincue. À chaque match, elle pis son adversaire gageaient des ch’faux, si bien qu’après un boutte, y’avait 10 000 bêtes dans sa cour. Une chance que les Mongols laissaient leux ch’faux lousses dehors – m’agine-tu, être pogné pour construire des écuries pis ramasser l’fumier pour un grosse harde de même?

Pis quand a luttait pas, Khutulun était à côté de son père, dans l’feu d’l’action.

C’tait la préférée de Kaïdu. Y’écoutait ses conseils, se fiait sur elle pis lui confiait des affaires importantes dans l’administration du royaume. Y y’avait même faite faire un gerege, un gros médaillon en or qui disait, en gros, « faire chier la personne qui le porte, c’est faire chier le khan ». Pis en général, y’avait juste les hommes qui avaient des médaillons d’même, faique c’tait tout un honneur. 

Comme j’vous ai dit, Kaïdu aimait pas vraiment Kublaï, qui se trouvait à être le cousin à son père. Y refusait de reconnaître son autorité, pis ça arrivait que ça vire à l’escarmouche. Pis dans c’temps-là, Khutulun était drette en avant.

Marco Polo, tsé LE Marco Polo, a vu Khutulun de ses yeux vue, pis y parle d’elle dans son Livre des merveilles.

« Kaïdu allait jamais au combat sans sa fille, parce qu’elle était plus vaillante que n’importe quel de ses guerriers. Des fois, a piquait une course à ch’fal, fonçait direct dins rangs ennemis pis, aussi habilement qu’une buse s’attrape un mulot, a pognait un pauvre gars de su son ch’fal pis le ramenait à son père. »

Ché pas pour vous-autres, mais moé, ça m’donne des frissons.

Entécas, c’tait clair que Kaïdu aimait ben gros sa fille. Mais là, y’a des langues sales qui commencèrent à dire qu’y couchaient ensemble. Ce monde-là, c’tait des asties de pervers jaloux qui voyaient des fesses partout.

Entre temps, un prince arriva pour défier Khutulun. Y’était beau comme Roy Dupuis dins Filles de Caleb, fort comme Jos Montferrand, riche comme Péladeau pis courageux comme le père Brébeuf. Pis fendant comme Trudeau père, à part ça : normalement, les gars gageaient 10 chevaux, 100 si y’étaient ben crinqués, mais le prince était tellement sûr de lui qu’y en gagea 1 000!

C’t’homme-là était un maudit bon parti, pis Khutulun aurait d’la misère à trouver mieux. Ça, Kaïdu l’avait ben vu, faique comme y’était pas trop à l’aise avec les rumeurs, y câlla un p’tit meeting familial :

—       Ma fille, ta mère pis moé faudrait qu’on t’parle de queque’chose.
—       Qu’est-ce qu’y a, p’pa?
—       Ben, tsé l’prince qui vient d’arriver dans l’boutte pis contre qui tu vas lutter?
—       Ouin…
—       Ben tsé, y’est bel homme, pis y’est vaillant pis y’est riche… Tsé, on s’rait pas fâchés d’l’avoir comme gendre. Pis comme le monde commence à jaser, ça s’rait pas mal le temps qu’tu t’marisses.
—       Êtes-vous après me d’mander de perdre par exprès?
—       Ben… C’est toi qui décide, ma fille. Nous-autres, on te tord pas un bras. Mais on aimerait ben gros ça si tu te trouvais un mari.

Khutulun était déchirée :

« Ch’pas pour perdre par exprès! Voyons donc, j’vais avoir l’air de quoi? Tsé, si y réussit à m’battre, m’as l’marier comme j’ai dit, pas de trouble. Mais d’un coup que j’gagne? Ch’pas pour faire d’la peine à p’pa pis m’man! »

C’tait toujours pas réglé dans sa tête quand arriva l’jour du match.

Y’avait du peuple, entécas. La steppe était ben pleine, pis y’avait d’l’électricité dans l’air! C’tait comme Ali contre Foreman, mais avec un soupçon d’érotisme qui faisait frissonner l’monde comme la brise qui s’faufile au travers des brins d’herbe.

Face à face, le prince pis la princesse se pognèrent par les bras, pis c’tait parti.

Khutulun se rendit compte pas mal vite que le prince était pas mal plus bon pis fort que le Mongol moyen. Heille, enfin un adversaire qui avait d’l’allure! Son dilemme prit le bord sur un moyen temps : a VOULAIT gagner, pis au yâble c’que ses parents allaient penser!

En lutte mongole, tu peux pas trop t’énarver : yinque ton genou qui touche à terre, pis t’as perdu. Faique pendant une cristie d’escousse, y se poussèrent, se tirèrent, se garrochant d’un bord, se garrochant de l’autre; c’tait à qui f’rait faire une erreur à l’autre en premier.

La foule se pouvait pu de crier; ça s’adoucissait l’gorgoton à grandes gorgées de lait de jument fermenté.

Pis là, enfin, forçant avec toute la force qui y restait, Khutulun réussit à crisser le prince à terre pis à gagner l’match.

Le prince, vaincu, crissa son camp sans dire un mot avec toute sa gang comme un astie d’mauvais perdant, laissant quand même les 1 000 chevaux qu’y avait gagés.

Les parents à Khutulun étaient pas d’bonne humeur.

Les rumeurs commençaient à vraiment faire du tort à son père, faique Khutulun finit par se marier avec un des hommes de son père, sans lutter contre.

Ce qui est important, c’est que ce gars-là, c’tait ELLE qui l’avait choisi. C’tait pas n’importe quel frais chié qui s’était adonné à être plus fort qu’elle, pis qu’après elle aurait été pognée avec.

C’est ça que j’ai toujours trouvé, moé, avec c’te genre d’histoire-là : la belle princesse dit qu’elle mariera yinque le gars qui vaincra le dragon/courra plus vite qu’elle/résoudra l’énigme/rapportera un quelconque cossin magique.

Mais y’arrive quoi si le gars en question est secrètement un astie d’moron pas de maturité émotionnelle qui ramasse pas ses rognures d’ongles d’orteil qui traînent à terre? La princesse est fourrée, là!

Mettons que c’est pas la meilleure façon de s’trouver un chum. C’est la leçon du jour, gang!

Pis au cas où vous vous le demandiez, c’est pas d’même que ma belle-sœur a trouvé son homme 😛


Sources :
Marco POLO, The Book of Sir Marco Polo the Venetian, concerning the Kingdoms and Marvels of the East
Jack WEATHERFORD, The Secret History of the Mongol Queens

Lave-toé don les mains, maudite tête dure! L’histoire de Mary Typhoïde

Dessin : Ma grande chum Christine Labrecque! Couleurs : André St-Laurent

Bon. Comme vous savez, j’ai pogné la maudite COVID-19, pis Mononc’Poêle aussi. Mais stie qu’a s’est pas attaquée au bon monde! On y’a crissé une volée, pis là on est corrects.

Mon frère, qui reste avec nous-autres, lui, y’a rien eu! Y’a probablement pogné le virus, mais ça y’a glissé dessus comme de l’eau su’l dos d’un canard.

Pour Mary Mallon, une Irlandaise qui avait immigré aux États-Unis dins années 1880, c’tait un peu la même affaire : a l’avait pas de symptômes pantoute, mais a l’était porteuse des bactéries qui donnent la fièvre typhoïde, m’aginez-vous don. Sans faire exprès, elle a contaminé un astie de tapon de monde avant que les autorités finissent par allumer. Pis c’tait une astie de tête de cochon.

Au début du 20e siècle, la fièvre typhoïde était une maudite plaie. Arrière-pépère Poêle — mon grand-père, ça — l’a même pognée quand y’était jeune homme. Ça donnait des maux de tête, la diarrhée, une grosse fièvre pis une fatigue épouvantable. Un malade sur 10 en mourait. 

C’t’une bactérie au nom à coucher dehors, Salmonella typhi, qui causait ça. Mettons qu’une crotte de personne contaminée se ramassait dans l’eau : par après, la bactérie se pétait une belle p’tite croisière jusqu’à ce que quelqu’un puise l’eau pis la boive. Ou mettons qu’une personne contaminée se lavait pas les mains comme faut après avoir fait son tour aux bécosses, pis taponnait ensuite d’la bouffe, ben hop! Tout le monde autour d’la table se retrouvait contaminé aussi.

À l’été 1906, une épidémie de fièvre typhoïde se déclara d’un gros chalet de luxe loué par un riche banquier de New York. 

D’habitude, c’tait les pauvres avec pas d’eau potable qui pognaient ça! Y’avait de quoi de pas normal! Les propriétaires du chalet eurent peur de pu pouvoir le louer à d’autres pis voulurent aller au fond des choses.

Une première enquête donna rien, faique à l’hiver, y’engagèrent George Soper, un ingénieur sanitaire, qui se mit tu’suite au travail :

— Bon. C’est pas le puits, c’est pas l’hygiène dans’maison, c’est pas la bouffe, pis c’est pas le fumier pour engraisser la pelouse; faique c’est quoi, d’abord? Y’a-tu quequ’un d’infecté qui est arrivé dans’maison un peu avant l’épidémie?
— Ben, y’a la cuisinière, là – Mary Quet’chose, là. Mallon!
— C’tu vrai? Est arrivée quand?
— Le 4 août, pis est partie un mois après, pas longtemps après que le monde ont commencé à être malades.

Soper trouva ça louche en sivouplaît, faique y’interrogea toutes les domestiques : qu’est-ce qu’y avait ben pu s’passer? 

Y savait que, normalement, quand le manger est cuit, y’a pas de danger, parce que les bactéries chauffent assez pour mourir. Tsé, si on entend pas leurs cris d’agonie, c’parce qu’y sont masqués par le doux p’tit bruit du gigot d’agneau qui braise lentement au four…

Scusez. J’viens un peu sadique quand la faim m’pogne.

Entécas, Soper finit par savoir qu’un dimanche, Mary avait préparé un dessert avec d’la crème glacée pis des tranches de pêches crues. Bingo!

Convaincu d’avoir mis l’doigt su’l’bobo, Soper voulut retrouver Mary Mallon.

Ça allait pas être évident : Mary changeait de job souvent, pis a l’avait pas de domicile fixe ni de famille dans l’boutte. Mais, en la suivant à la trace, y découvrit de quoi de pas pire en simonac : dans TOUTES les maisons où c’qu’a l’avait travaillé depuis 1900, y’avait eu des épidémies de fièvre typhoïde inexpliquées.

À c’t’heure, y’avait pu de doute : c’tait elle qui rendait l’monde malade.

Quand y finit par la r’trouver, a travaillait dans une maison de riches sur Park Avenue, à New York. A l’était, comme de faite, dans’cuisine. C’tait une grande femme d’une quarantaine d’années, blonde aux yeux bleus, ben plantée, avec la face de quequ’un qui se laissait pas piler su’é pieds.

Y’enleva son chapeau, se présenta, pis finit par cracher l’morceau :

« Toute ça pour dire que j’ai des raisons de penser que c’est vous qui donnez la fièvre typhoïde au monde, faique, euh… Si ça vous dérange pas trop, j’aurais besoin d’échantillons de vos selles, de votre urine pis de votre sang, sivouplaît… »

Les yeux à Mary foncirent comme la mer quand l’vent vire de bord. A pogna une fourchette à découper, tsé avec les deux grands dents longues, la pointa dans’face à Soper pis avança vers lui :

« T’es-tu après me traiter d’astie de crottée, toé là? Décâlisse avant que ch’te pique comme un rôti d’porc! »

Soper sortit de la cuisine, descendit l’passage à la course, traversa l’terrain pis la barrière en fer forgé, pis c’est yinque rendu su l’trottoir qu’y s’arrêta pour arprendre son souffle.

« Ouin… C’tait pas ma meilleure. Pour moé a’pas compris que j’voulais l’aider. Va falloir que ch’trouve autre chose. »

Faique, dans les jours qui suivirent, Soper se mit à espionner Mary. Y finit par se rendre compte que souvent, après la job, a se rendait chez un bonhomme louche qui passait la journée à la taverne pis restait d’une maison de chambres.

Y se mit donc chum avec le bonhomme – ce fut pas trop dur, hein, une couple de pintes pis tiguidou – pis réussit à se faire inviter chez-eux. 

— Ouin, j’aurais besoin de parler à Mary. Mettons qu’un soir, je v’nais l’attendre icitte, ça vous dérangerait-tu?
— Ah, pas de trouble, mon homme, viens quand tu veux!

Faique un m’ment’né dans la semaine, y’alla attendre Mary en haut des marches de la maison de chambres. Quand a se pointa la face, tu’suite y partit la cassette qu’y avait pratiquée : bonjour Madame, m’esscuse de la façon dont j’vous ai parlé la fois d’avant, j’vous accuse de rien, j’veux yinque vous aider, si vous avez besoin d’vous faire soigner ça vous coûtera rien, blablabla, mais Mary était déjà boquée ben dur :

« Ah, non, pas encore toé, tabarnak! Veux-tu ben me crisser la paix avec la fièvre typhoïde? Y’avait pas plus de malades dins places où j’ai travaillé qu’ailleurs; y’en a partout, de c’te maladie-là! Pis je l’ai jamais pognée d’ma vie! À part de ça, m’avez-vous vue? J’ai tu l’air malade? Hein? J’ai tu l’air malade? Ben non, astie, ch’t’en pleine forme! Je laisserai personne m’accuser d’affaires de même! Pis toé, mon astie de sans dessein, t’es aussi ben de pu jamais te pointer la face icitte! »

Encore une fois, Soper dut partir la queue entre les jambes, les insultes qui y r’volaient dans l’derrière d’la tête comme si c’tait des roches.

Comme y’avait rien à faire avec Mary, y prit les grands moyens – y’alla voir le commissaire à la santé de la Ville de New York :

« En gros, Monsieur, c’te femme-là est un vrai tube de culture bactérienne su deux pattes. A l’arrête pas de rendre le monde malade sans le savoir, pis c’t’une maudite tête de cochon qui veut rien entendre. Va falloir des polices pour l’arrêter, pis sont aussi ben de s’atteler, parce que c’est clair qu’a se laissera pas faire. »

Un peu mal à l’aise à l’idée d’y aller tu’suite avec le bâton, le commissaire commença par envoyer la Dre S. Josephine Baker, en se disant que la touche féminine rendrait peut-être Mary plus parlable. Mais non. Mary y ferma la porte au nez.

Faique le lendemain matin, une ambulance se parqua pas loin de la maison où Mary travaillait. Y’en sortit la Dre Baker pis trois polices. Deux polices allèrent se placer stratégiquement pour empêcher Mary de se sauver, pis la troisième alla sonner à la porte d’la cave avec la docteure.

Mary ouvrit, mais dès qu’a se rendit compte de c’tait qui, a l’essaya de la r’farmer. La police mit son pied dans’porte pour la bloquer. 

Mary se sauva dans’cuisine. La docteure pis la police partirent après elle, mais a l’avait déjà disparu. Y s’informèrent aux autres domestiques, mais personne l’avait vue passer. Y fouillèrent toutes les racoins de la maison d’la cave au grenier, mais Mary était nulle part.

Un m’ment’né, la Dre Baker spotta de quoi de suspect :

« Heille, tchéquez ça! Y’a une chaise d’accotée après la clôture! »

Faique la docteure pis les polices allèrent fouiller la maison du voisin, mais Mary était pas là non plus. Rendu là, ça faisait une bonne secousse qui charchaient.

La docteure était su’l bord de laisser faire, quand a vit un boutte de tissu à p’tits carreaux pogné dans’porte d’une remise en arrière de la maison des voisins. Une des polices ouvrit la porte, pis qu’est-cé qu’a trouva-ti pas? Mary, qui partit tu’suite pour se sauver.

La docteure eut beau y dire qu’a voulait yinque des échantillons pis qu’a la laisserait partir, Mary voulut encore rien savoir. Faique les polices la pognèrent pis la mirent dans l’ambulance.

« Lâchez-moé, mes asties de cochons sales! Tabarnak! J’ai rien faite! »

A se débattit comme une diablesse dans l’eau bénite. Pendant la raille d’ambulance jusqu’à l’hôpital, ça brassa tellement qu’on aurait cru qu’y avait un carcajou à bord.

Quèques jours après, Soper reçut un téléphone du Dr Park, de l’hôpital Willard Parker. Y’avait examiné les selles de Mary, pis comme de faite, y’étaient bourrées de bactéries qui donnent la fièvre typhoïde.

Ça confirmait toute. 

Queques s’maines après, y’alla voir Mary à l’hôpital. Tsé, c’tait pas une criminelle, mais comme c’tait une maudite tête de cochon qui avait mangé d’la vache enragée, y’a gardaient enfermée.

Quand Soper arriva, Mary était en robe de chambre blanche entre quatre murs blancs, assise tu’seule sur son litte blanc. Pis le r’gard qu’a y fit aurait pu l’couper en bouttes.  

Malgré ça, l’ingénieur sanitaire se racla la gorge pis commença à y’expliquer comment a faisait pour contaminer le monde sans faire exprès : 

« Pis quand le monde mangent c’que vous avez préparé, y mangent les bactéries pis y tombent malades. Tsé, si vous preniez le temps de vous laver les mains comme du monde, y’aurait probablement même pas de trouble. » 

Mary dit pas un mot, mais ses yeux continuaient de lancer des couteaux. 

« Pour moé, les bactéries vivent dans votre vésicule biliaire. Ch’pourrais vous l’enlever. Y’a plein de monde qui n’ont pu, pis sont ben corrects pareil. »

Le silence était tellement épais qu’une grosse cuiller aurait pu tenir deboutte dedans. 

« J’veux juste que vous répondiez à mes questions. J’voudrais écrire un livre sur vot’cas, mais j’dirai pas votre nom, pis j’vas vous donner toute l’argent qu’m’as faire avec ça. Ch’pourrais vous aider à sortir d’icitte. »

Mary se leva de son litte pis, sans jamais quitter Soper des yeux, alla s’enfarmer dans la toilette de la chambre. Faut croire que c’tait sa façon de l’envoyer chier, parce qu’a ressortit pas, pis Soper dut se résoudre à s’en aller.  

Finalement, Mary fut emmenée sur l’île de North Brother, sur l’East River, où y’avait un hôpital de quarantaine. Là-bas, a vivait dans une belle p’tite maison avec l’eau pis l’courant. Mais comme c’tait l’genre de femme à bouffer un oignon pour te prouver que c’t’une pomme, a se battit pour sortir pendant trois ans, jusqu’à ce qu’on la laisse partir sur promesse de pu travailler comme cuisinière pis de se déclarer aux autorités sanitaires à toutes les trois mois. 

Est bonne. 

Mary disparut drette après être sortie. A se déclara jamais aux autorités. A changea de nom. A l’essaya ben de faire autre chose de d’la cuisine, mais comme a trouvait rien qui payait assez, a r’tourna ben vite à son ancienne job, pis toute arcommença comme avant. 

Ça prit cinq ans avant qu’on la r’trouve, pis rendu là, y’avait rien d’autre à faire que de la renvoyer à North Brother. Sauf que c’te fois-là, a se débattit pas. Faut dire qu’a l’avait mangé pas mal de misère dins dernières années – a s’tait blessée à une main, entre autres – pis a devait s’dire que tant qu’à faire, aussi ben être logée, nourrie pis ben traitée, même si a perdait sa liberté. 

Elle resta à North Brother pendant 23 ans, jusqu’à sa mort à l’âge de 69 ans.  

Même après toute c’qui lui était arrivé, Mary refusa toujours d’accepter son état. Si quequ’un avait l’malheur d’y parler d’la fièvre typhoïde, a y faisait une face à y faire armonter les gosses. En tout cas, elle, si le docteur Arruda y’avait dit de rester chez eux pis de se laver les mains, ben vous pouvez être sûrs qu’a l’aurait envoyé chier.


Source : George A. Soper, The Curious Career of Typhoïd Mary. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC1911442/pdf/bullnyacadmed00595-0063.pdf

Quand les belles-sœurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut, partie 5

Frédégonde manque tuer Rigonthe. Illustration tirée des Vieilles Histoires de la Patrie, 1887.

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4

Faique ouais. Avec son bébé surprise, c’est comme si Frédégonde avait lâché une boule de quilles dans une flaque de bouette – si la flaque de bouette avait été les ambitions de mononc Gontran pis de cousin Childebert. 

En fait, ça changeait pas grand-chose pour Gontran – de toute façon, y’avait prévu de toute donner à Childebert à sa mort. Mais pour Childebert, son plan toute simple qui se résumait à « attendre que mononc pète au frette, toute ramasser pis devenir roi de tous les Francs » venait de se compliquer pas mal : là, y’allait devoir lutter contre son bébé cousin pis sa maudite folle de matante. 

Donc, Childebert essaya de faire une jambette à Frédégonde, mais une chance pour elle, Gontran était là : 

— Mononc Gontran, là, s’te plaît, envoye-moé Frédégonde! Pourquoi t’a protége? C’est yinque une meurtrière qui a tué ma tante, mon père, mon oncle pis jusque mes cousins! 
— Calme-toé le pompon, Childebert! On va toute régler ça à l’assemblée des seigneurs. 

Faique toutes les seigneurs de Neustrie r’tontirent pour savoir comment-cé qu’y allaient se démarder avec toute ça. Y’en avait pas mal qui trouvaient ça louche qu’un flo sorte de nulle part après la mort de Chilpéric – c’était-tu vraiment le fils du roi? Est-ce que Frédégonde avait découché pis c’tait le flo d’un autre? Ou bedon a l’était allée voler le premier flo du bord pour le faire passer pour le sien? C’tait pas comme si elle avait pas déjà faite pire. Mais Gontran décida de croire sa belle-sœur, pis y’adopta officiellement son n’veu, qui fut baptisé Clotaire comme son grand-père.

Gontran décida aussi de tasser Frédégonde du pouvoir en l’envoyant rester à Rouen, pis en la faisant surveiller par l’évêque Prætextat – tsé lui qui avait marié Mérovée pis Brunehaut pis qui avait été exilé pour ça? Ça faisait crissement pas son affaire, mais pour l’instant, a l’avait pas le choix de prendre son trou.

Pendant c’temps-là, Rigonde, la fille à Chilpéric pis Frédégonde, était en route vers l’Espagne pour marier Récarède, le fils du roi des Wisigoths, avec des waguines pleines de trésors qui devaient y servir de dot. 

Quand y surent que le roi Chilpéric était mort, les hommes qui étaient censés la protéger se poussèrent avec une partie des richesses, pis un certain duc Didier, voyant une chance de faire la piasse, se garrocha pour prendre le reste. La pauvre princesse put yinque constater la méchante débarque qu’a venait de prendre : 

« Bon ben, pu de père, pu de dot, pu de mariage, pu d’amis, PU RIEN! Y m’reste yinque ma fierté pis l’linge que j’ai su’l dos, câlisse! Pis j’ai même pas de lift pour m’artourner chez nous! Chus une princesse, pis là chus pognée su’l bord du ch’min comme une crisse de paysanne! » 

A finit par retrouver sa mère, mais ces deux-là qui vivaient ensemble, ça se passait pas exactement comme une raille de pick-up dans l’rang huit un dimanche après-midi. Telle mère, telle fille, tsé! Y se pognaient tout le temps, pis ça en venait souvent aux claques pis aux coups de poing su’a yeule.

Un m’ment’né, Frédégonde, à boutte, eut une bulle au cerveau et dit à Rigonde de la suivre dans la salle du trésor : 

« T’es tout le temps après moé, ma fille, pis ch’pu capable. Enweille, là, r’garde dans le coffre, prends c’que tu veux pis arrête de m’écœurer. » 

Faique Rigonde se pencha pour ramasser un bijou ou un quelconque cossin qui valait cher, pis pendant qu’elle avait la tête dans le coffre, Frédégonde pésa de toutes ses forces sur le couvert. La pauvre fille eut la gorge pognée entre le couvert pis le bord du coffre pis était après étouffer, mais fut sauvée par des servantes qui tassèrent Frédégonde de d’là.

La reine passa une couple d’années à s’emmerder solide à l’écart du pouvoir, essayant de temps en temps de faire assassiner Brunehaut, pour se désennuyer. Pis un jour, alors que Gontran était parti se chamailler avec les Wisigoths de Septimanie pis était trop loin pour la surveiller, Frédégonde se pogna avec l’évêque Prætextat : 

— Toé, ma maudite vieille face, tu peux être sûr que si un m’ment’né, j’arviens au pouvoir, m’a te renvoyer en exil assez raide! 
— Bah, tsé, exil ou bedon pas en exil, j’reste évêque, pis quand j’vais être mort, avec l’aide de Dieu, m’a monter au royaume des cieux. Mais toé, Frédégonde, reine ou pas reine, ça aura pu pantoute d’importance quand tu vas rendre l’esprit : tu t’en vas drette en enfer. Tu devrais slaquer tes folies pis tes vacheries, te mettre à marcher drette pis piler su ton maudit orgueil – si y’est trop tard pour avoir la vie éternelle, au moins pour élever comme faut ton p’tit gars jusqu’à l’âge d’homme! 

Frédégonde était tellement en tabarnak qu’a s’en alla sans dire un mot. 

Le dimanche d’après, Prætextat était en train de dire la messe, quand drette entre deux psaumes, un gars se garrocha su lui, pis FLÂWK! le poignarda dans l’t’sour de bras. Mais comme y mourut pas tusuite, des fidèles le ramassèrent et allèrent le porter dans son litte. Pis alors qu’y agonisait, Frédégonde, baveuse sans bon sens, rentra dans sa chambre pis alla s’assire à côté de lui :

— Heille, ça a-tu d’l’allure, se faire poignarder d’même en pleine messe! Si y’a quequ’chose que ch’peux faire pour toé, Prætextat, t’as yinque à l’dire!
— Fais pas l’innocente, Frédégonde! T’as juste pas digéré que j’te dise tes quatre vérités l’autre jour, pis c’est toé qui a envoyé l’gars pour me tuer! T’es yinque une meurtrière, pis c’est comme ça que l’monde va s’rappeler de toé! 

Y mourut pas longtemps après, pis Frédégonde put le remplacer par un autre évêque qui faisait plus son affaire. Pis tant qu’à faire, vu que Gontran était pas là, elle en profita pour reprendre son fils Clotaire pis convaincre plusieurs seigneurs de trahir Gontran pis d’y jurer fidélité à elle, reprenant par le fait même le contrôle de la Neustrie. 

Faique encore une fois, la maudite ratoureuse avait trouvé le tour de se faufiler jusqu’au pouvoir. Mais là, assez parlé d’elle.

Du bord à Brunehaut, ça allait pas pire pantoute. Mini-roi Childebert était rendu avec une femme, Faileube, pis deux p’tits gars, Thierry pis Thibert.  

Pis pour notre fringant Childebert, c’tait ben plus l’fun de taper su’a gueule de ses ennemis que de faire des affaires plates comme, tsé, administrer, gouverner, régir. Faique c’est toute Brunehaut qui s’en occupait. Pis comme Childebert était rendu majeur, elle était pas mal moins pognée avec les maudits nobles sexistes qui lui avaient dit au début de la régence de Childebert, et je cite, c’est pas des farces : 

« Décâlisse, la créature! À c’t’heure, c’est ton gars qui règne. T’es aussi ben de te tasser pour pas qu’on t’passe dessus avec nos ch’faux! » 

A fit construire des routes pis des tours pis toutes sortes d’affaires. Mais, son chef-d’œuvre, c’est la Décrétion de Childebert, un document qui contenait un tapon de réformes. La première chose qu’a fit, c’est d’interdire de forcer une femme à se marier si ça y tentait pas. Tsé, elle avait pas oublié sa p’tite sœur Galswinthe, qui avait été obligée de marier le roi Chilpéric pis qui avait été étranglée par après pour faire d’la place à Frédégonde. Aussi, elle créa une sorte de premier début de police de l’ancien temps, c’qu’y était vraiment pas de trop à une époque où le monde se crissaient des haches dans la tête pour une chèvre ou un set de chambre à coucher! Pis a mit de l’ordre dans l’administration pis les finances du royaume en général. Rien que ça.

Si j’vous mets les deux belles-sœurs une à côté d’l’autre, là – Frédégonde, une paysanne pas barrée pour deux cennes, cruelle pis assassine, pis Brunehaut, une princesse noble, raffinée pis pleine de jarnigoine – laquelle, vous pensez, qui était pour mourir tranquille dans son litte, pis l’autre dans un supplice épouvantable avec du sang qui r’vole partout? 

Ouin, dites-moi-lé pas. 

C’est Frédégonde qui mourut dans son litte à l’âge de 52 ans. Y’a pas de justice, hein? On sait pas trop de quoi est morte, mais si ça avait été violent ou spécial, ça se serait rendu jusqu’à nous-autres. 

Gontran était mort queques années avant ça; Childebert pis sa femme eux-autres avec, probablement empoisonnés, probablement par Frédégonde. Faique là, la game, c’était rendu Clotaire, 13 ans, contre Thierry pis Thibert, ses petits-cousins pis les petits-fils à Brunehaut.

La chicane pogna entre Thierry pis Thibert, pis c’est Thierry qui gagna. Mais y’en profita pas ben ben longtemps, parce qu’y mourut l’année d’après. 

Là, la couronne passa au fils de Thierry, un flo de 12 ans appelé Sigebert comme son arrière-grand-père. 

Mais rendu là, les nobles étaient à boutte de se faire bosser par une femme – tellement à boutte qu’y étaient prêts à virer leu capot d’bord. Faique Warnachaire, le maire du Palais – ça, c’tait comme le fonctionnaire en chef d’un royaume, dans le temps – alla voir Clotaire pis y dit : 

— Ouin, euh, Vot’Majesté, si je vous livrais le boutte qui vous manque pour être roi de tous les Francs, là, avec le roi Sigebert, ses frères pis c’te maudite vieille vache de Brunehaut, là, vous m’donneriez quoi en échange? 
— Euh… T’es-tu sérieux, là? 
— Ouais, pu capable, de l’astie de grébiche. 
— Ben, mon gars, t’aurais pu jamais à t’inquiéter de rien! J’te nommerais maire du Palais à vie pis t’aurais ma reconnaissance éternelle!

Queques semaines après, les armées de Clotaire et de Sigebert étaient pour s’affronter. Mais là, juste au moment où y’allaient se rentrer dedans, les seigneurs austrasiens qui étaient embarqués dans les manigances à Warnachaire se donnèrent le signal pis r’virèrent de bord, laissant Sigebert tuseul les culottes à terre. 

Clotaire captura Sigebert pis ses frères pis les fit exécuter, sauf un, qui était son filleul – y l’avait tenu dans ses bras à son baptême, viarge, y’était pas pour l’égorger par après! Faut savoir se garder une p’tite gêne, quand même. 

Brunehaut réussit à se sauver, mais elle fut ben vite rattrapée.  

Clotaire, que sa mère avait probablement crinqué contre Brunehaut pendant des années, l’haïssait tellement qu’y voyait pu clair. Quand a fut rendue en avant de lui, y l’accusa de toutes les maux, pis même des affaires que sa propre mère à lui avait faites : 

« Ton mari Sigebert, mon demi-frère Mérovée, mon père Chilpéric, ton fils Thibert pis ton petit fils Clotaire, Mérovée mon fils à moé, pis Thierry pis ses trois gars, y sont toutes morts à cause de toé! Toute la marde qui se passe dans’famille depuis des années, c’est toute de ta faute! Mais là, c’est fini, c’temps-là, pis tu vas payer! »

Pis elle a payé en crisse. J’vous avertis : âmes sensibles s’abstenir. 

Brunehaut, qui était rendue une grand-maman de 66 ans, fut torturée de plein de façons pendant trois jours. Mais ça, c’tait juste un avant-goût. Après, Clotaire y fit traverser l’armée au complet à dos de chameau, avec des gars de tous bords tous côtés qui riaient d’elle pis la traitaient de toutes les noms. Pis à la fin, y la fit attacher par les ch’feux, une main pis un pied après la queue d’un ch’fal ben énarvé. 

Pis y’ordonna qu’on laisse le ch’fal courir. 

Brunehaut fut complètement défaite en bouttes par les ruées du ch’fal, la tête éclatée par les roches du ch’min, les bras pis les jambes arrachés par la force d’la bête. Quand finalement on arrêta son supplice, y restait yinque des lambeaux, que Clotaire fit brûler. 

Personne mérite de finir de même. Non, même pas Frédégonde. 

Quant à Clotaire, y’avait finalement gagné la game : y’était le roi de tous les Francs, pis y régna dans la paix jusqu’à ce qu’y meure de sa belle mort. Faut croire que toute le méchant était sorti quand y’a fait tuer sa matante. 

La chicane qu’on a appelée la « faide royale » était enfin finie. Mais comme j’ai déjà dit, chez les rois mérovingiens, l’entre-tuage en famille, ça faisait quasiment partie de la constitution…


Sources :
Grégoire de Tours, Histoire des Francs. https://play.google.com/books/reader?id=xuIpDwAAQBAJ&hl=fr&pg=GBS.PP1

Chronique de Frédégaire. https://play.google.com/books/reader?id=4tlHxu4V0xMC&hl=fr&pg=GBS.PP1

Méchante veillée : le palais de glace de la tsarine Anna

Anna Ivanovna, impératrice (ou tsarine) de Russie, avait vraiment manqué sa vocation : elle avait vraiment l’tour pour t’organiser des veillées épiques, le genre dont on se souvient encore quasiment 300 ans plus tard. Parlez-en au prince Mikhaïl Alexeïevitch Galitzine, dont le mariage a été organisé par la tsarine en personne, pis qui manqua pas réchapper de sa nuit de noces. 

En 1729, le prince Mikhaïl tomba veuf. Pour faire passer sa peine, il alla se la couler douce en Italie. Là-bas, il rencontra une autre femme, et ben vite, il la demanda en mariage.

L’affaire, c’est que la belle était catholique, pis que le prince Mikhaïl, lui, était orthodoxe. Pas grave : le prince se convertit et épousa sa nouvelle blonde drette là.

– Mais, chéri, ça va pas faire du trouble quand on va s’en aller en Russie?

– Ben, c’est sûr qu’à la cour impériale, c’est mal vu de changer de religion, mais on a juste a pas le dire pis ça devrait être correct.

– Ouin, si tu le dis, mon amour…

Sauf qu’il se fourrait le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Comme l’impératrice Anna était complètement paranoïaque et avait des espions partout, ça lui prit pas grand temps pour découvrir le pot aux roses. Pis c’est ben de valeur, mais elle aimait vraiment pas ça, les « infidèles ».

Faique là, mes amis, la marde pogna SOLIDE pour notre pauvre Mikhaïl.

Anna Ivanovna (Source : Wikimedia Commons)
C’est qui, ça, Anna Ivanovna?
 
Anna Ivanovna était la fille du tsar Ivan V, qu’on appelait « l’Ignorant » et qui passait le plus clair de son temps assis à rien faire, les yeux dans la graisse de bines.
 
Ça a d’l’air qu’elle était pas ben belle (l’auteur anglais Thomas Carlyle a dit qu’elle avait des joues comme « un jambon de Westphalie » – franchement, Tom, c’est vraiment chien), pas ben élevée et quasiment analphabète. Elle avait une tête de cochon, un air de bœuf et tendance à faire des vacheries à son entourage.
 
Ça l’empêcha pas d’avoir des prétendants ni de se marier. À l’âge de 17 ans, elle épousa Frederick Wilhem, duc de Courlande, qui avait le même âge qu’elle; malheureusement, le p’tit gars mourut moins de deux mois après, sur la route entre Saint-Pétersbourg et le duché de Courlande, sans qu’on sache trop pourquoi. C’était peut-être une pneumonie, mais des langues sales disent qu’il aurait fait un concours de boisson avec le mononcle d’Anna, le tsar Pierre le Grand – tout un adversaire – pis qu’il se serait tellement paqueté qu’il se serait jamais remis de son lendemain de brosse.
 
Quoi qu’il en soit, Anna alla tout de même en Courlande (aujourd’hui une région de la Lettonie) sans son mari et régna là-bas pendant quasiment 20 ans, jusqu’à ce que son mononcle Pierre meure sans héritier évident. Les membres du haut conseil, une gang de nobles qui grenouillaient pour virer ça à leur avantage, choisirent Anna comme tsarine parce qu’ils se disaient qu’une veuve pas d’enfants, ça leur ferait une bonne marionnette. Pour être sûrs de leur affaire, ils lui demandèrent de signer les « Conditions », un papier qui disait qu’elle pouvait pas déclarer la guerre, faire condamner un noble, établir des impôts ni se marier sans leur permission. Aussi ben dire qu’a pouvait rien faire.
 
Quand elle arriva à Saint-Pétersbourg, Anna déchira leur papier dans leur face et les fit sacrer en prison, décapiter ou envoyer péter au frette en Sibérie. Y’avaient juste à pas la sous‑estimer.

Pour se faire une idée de quel genre de femme Anna était, faut savoir, par exemple, qu’elle avait fait mettre un fusil à côté de chaque fenêtre de son palais au cas que l’envie lui pogne de tirer sur les oiseaux (chacun ses petits plaisirs). Faique quand elle apprit la conversion du prince Mikhaïl, elle manqua pas d’idées pour le punir.

Premièrement, Anna le força à divorcer et renvoya sa femme en Italie (d’autres disent qu’elle mourut; c’est pas clair).

Deuxièmement, elle en fit son bouffon. Pour Mikhaïl, un monsieur de 51 ans habitué au respect et aux honneurs, c’était toute une débarque : il était maintenant pogné pour passer la journée dans un panier dans le salon de la tsarine, à lui servir du kvas (une sorte de bière au pain d’Europe de l’Est), à imiter une poule et à faire semblant de pondre des œufs pour la visite. Ayoye.

Gros fun noir dans la chambre de la tsarine (par Valery Jacobi – source : Wikimedia Commons)

Troisièmement, elle lui trouva une nouvelle femme et lui organisa un mariage grandiose. Dit de même, ça a pas l’air trop pire, pis même… fin? Mais écoutez ben ça.

La promise du prince Mikhaïl, c’était Avdotya Buzheninova, une vieille servante kalmouke* reconnue pour être particulièrement laitte.

Le jour des noces, les mariés furent habillés en clowns et paradés dans la rue, dans une cage posée sur le dos d’un éléphant. Ils étaient suivis par un cortège de personnes handicapées, de minorités ethniques (parce que dans le temps, le monde trouvait ça drôle) pis de musiciens dans des traîneaux tirés par des chiens, des chevreuils et des animaux de ferme.

Puis, après l’église et le souper, les pauvres Mikhaïl et Avdotya furent amenés là où ils devaient passer leur nuit de noces.

Là, Anna s’était vraiment fendue en quatre pour impressionner.

Elle avait fait bâtir un immense palais de glace, comme au carnaval. Autour, il y avait des arbres en glace avec des oiseaux en glace, des canons en glace, des fontaines en forme de dauphin en glace pis même un éléphant en glace avec un gars dedans qui jouait du klaxon pour faire le bruit (y devait tellement se geler le cul, lui!).

En dedans, tout était en glace aussi : le lit, les oreillers, les tables, les chaises, la vaisselle pis une horloge qui marchait pour vrai. Taboire! Même les chandelles et les bûches dans le foyer étaient en glace, et on pouvait les allumer en les graissant d’huile à lampe.

Non, mais fallait-tu être faisant-mal pour se donner autant de trouble juste pour faire étriver quelqu’un? Parce que le palais, c’était pas seulement pour faire beau pis attirer les touristes : c’était la pièce maîtresse de la punition du prince.

Les mariés dans le palais de glace (par Valery Jacobi – source : Wikimedia Commons)

Faique le Mikhaïl et sa nouvelle épouse furent enfermés dans le palais, flambant nus, pendant un des hivers les plus frettes que Saint-Pétersbourg ait connu. Autant dire qu’Anna les condamnait à mort. Avant de fermer la porte, la tsarine leur dit :

« Vous êtes aussi ben de jouer aux fesses si vous voulez pas crever de frette! Bonne nuit, là! »

Heureusement, les époux survécurent, car Avdotya réussit à échanger son collier de perles contre le manteau d’un des gardes qui les surveillaient. Ils passèrent aussi la nuit à courir partout comme des malades pour se garder au chaud en brisant tout ce qu’ils pouvaient :

« Quins, la maudite vache! R’garde c’qu’on fait avec ton astie de palais de glace! »

Malheureusement, Avdotya pogna son coup de mort cette nuit‑là et creva quelques jours après (selon certaines sources, elle aurait vécu assez longtemps pour accoucher de jumeaux, conçus cette nuit‑là, mais c’est douteux).

Anna, malade des reins, mourut l’automne d’après.

Quant au prince Mikhaïl, libéré de la tyrannie de la tsarine, il se remaria et mourut 40 ans plus tard, à l’âge de 90 ans. Finalement, ça s’est pas trop mal terminé pour le vieux snoro!


*Les Kalmouks sont une minorité ethnique de Russie. C’était pas innocent : pour Anna, l’origine de la mariée rendait son choix encore plus insultant pour Mikhaïl.

La vengeance de sainte Olga de Kiev

Chère Madame,
J’ai tué ton mari en le fendant en deux sur le sens de la longueur. 
On se marie-tu?
Soye assurée, Madame, que je me fendrais en quatre pour toé. 
Avec tendresse, 
Ton Malichou

Tu fais quoi, quand tu reçois un message de même? 

Brailler comme un veau? Maudire le p’tit Jésus? Faire une crise de bacon? Aller dans la dépense pis toute crisser à terre? Péter des vitres à coups de barre à clous? 

Si t’es la grande duchesse Olga de Kiev, y’a rien de toute ça qui va faire la job. 

Parce que si la vengeance est un plat qui se mange frette, Olga, elle, a servi à la tribu qui avait zigouillé son mari une platée de cipâte; une pointe de pâté à la viande; des bines; du ragoût de pattes; du pouding chômeur pis des pets de sœur – avec une petite shot d’arsenic dedans. 

Le mari d’Olga, c’était Igor, le grand-duc de la Rus’ de Kiev (un État qui a existé du IXe au XIIIe siècle, dans ce qui est astheure l’Ukraine). Pis en tant que grand-duc, Igor allait de temps en temps faire un tour chez les tribus voisines pis faisait un peu comme les Hell’s avant le temps, c’est-à-dire aller faire peur au monde pour qu’y lui donnent des bidous en échange de sa protection. 

En général, ça passait; mais là, une fois, quand y’était en s’en r’venant de chez les Drevlianes, Igor dit à ses gars :

« Tendez menute, messemble qu’y aurait moyen de leur téter encore plus. Vous autres, v’nez avec moé, pis vous-autres, continuez avec le stock, on va vous arjoindre tantôt. »

Ça, c’était ambitionner sur le pain béni. Pis Mal, le prince des Drevlianes, commençait à être tanné, faique y décida de mettre son pied à terre :

« Heille là, là, si on le laisse faire à tou’es fois, y va tout le temps être rendu chez nous, pis un m’ment’né, on aura pu rien. Engordez, là, y s’prend pour qui? Y r’vient avec même pas toute son monde! Y’est au-dessus de ses affaires. C’est not’chance. »

Faique Mal et ses gars le pognèrent, pis au lieu d’y aller avec un classique, de quoi de propre – genre, un coup d’épée dans l’ventre –, ben y décidèrent d’être créatifs. Y plièrent deux bouleaux pour que le haut touche à terre, attachèrent un pied d’Igor à chaque boutte, pis relâchèrent les bouleaux pour qu’ils se déplient d’une shot. Chlak-skritch. Pu d’Igor. 

Ark. 

Igor avait comme seul héritier un p’tit boutte de trois ans, Svyatoslav. Mais comme y’était pas assez vieux pour, tsé, attacher ses lacets tout seul, pis encore moins pour régner, c’est Olga, sa mère, qui régnerait pour lui en attendant qu’y vienne majeur. Sachant ça, le prince Mal se mit à se frotter les mains : 

« Heille, c’est tu d’adon, ça! Un bébé pis une p’tite madame! J’ai yinque à marier la veuve, pis après ça, m’a pouvoir faire faire c’que j’veux au p’tit! M’as devenir le grand boss de la Rus’ de Kiev! Mouahaha! » 

Faique il envoya une vingtaine de ses gars en bateau à Kiev voir Olga pour y transmettre la nouvelle, pis sa demande en mariage. 

On s’entend qu’Olga fut pas particulièrement impressionnée par le front de Mal – parce qu’y fallait en avoir tout l’tour de la tête pour oser demander une femme en mariage quand le cadavre de son mari est même pas encore frette! Surtout quand, tsé, c’est de ta faute si y’est mort. Pis que t’as fait exprès. 

A devait être en tabarnak, mais a le montra pas pantoute. A resta ben fine avec les visiteurs, mais leur dit pas si elle acceptait ou non de devenir Madame Mal :  

 « Nobles étrangers, vous me pognez un peu les culottes à terre. J’étais pas vraiment prête à vous recevoir avec les honneurs. Donnez-moi une chance de me reprendre. Retournez dans votre bateau pour à soir, pis demain, quand mes hommes viendront vous chercher, faites vos frais-chiés pis demandez-leur qu’y vous portent dans votre bateau jusqu’icitte. »

Dans la nuite, la ratoureuse Olga fit creuser une grosse fosse sur le bord de son château. Le lendemain, elle convoqua les émissaires drevlianes, qui firent exactement comme elle avait dit, même si c’était un peu bizarre. Alors, les hommes de la grande duchesse emmenèrent les émissaires jusqu’au château. Y tripaient, eux-autres là, à se faire porter de même comme des empereurs! Mais leur balloune péta sur un moyen temps quand y se firent domper, bateau inclus, dans la fosse creusée la veille dans’nuite. Pis c’est là qu’Olga arriva. A se pencha au bord de la fosse et dit :  

« Pis, c’est tu assez d’honneurs pour vous-autres? » 

Et là, elle ordonna qu’on enterre les émissaires vivants. Quins! 

Mais Olga était loin d’avoir fini. Aussitôt après, elle envoya un message au prince Mal pour lui dire qu’elle acceptait de se marier avec lui, mais qu’il devait lui envoyer ses plus nobles et ses meilleurs pour l’escorter jusque chez eux – elle était quand même la grande duchesse, tsé. 

Pas méfiant pour deux cennes, le prince accepta d’envoyer une délégation de ses chefs de clan sans se demander ce qui était arrivé à la première gang qu’il avait envoyée à Kiev. 

Olga accueillit les Drevlianes avec tous les honneurs; elle les invita même à aller se laver dans son pavillon de bain personnel. Pas plus fins que ça, les émissaires entrèrent, se mirent tous flambant nus et se garrochèrent dans le bain, tout contents. Or, le sourire leur partit vite de la face : la grande duchesse fit barrer les portes et crisser le feu au pavillon, et ils furent tous brûlés vifs.  

Pour Olga, c’était pas encore assez. Elle envoya un autre message au prince Mal – qui clairement, rendu là, était pas le crayon le plus aiguisé de la boîte – et lui dit qu’a s’en venait le trouver. Elle lui demanda de préparer un grand festin funéraire pour son mari pour qu’a puisse l’honorer comme du monde avant de se remarier. Pis elle ajouta : 

« Ah, pis prépare BEAUCOUP d’hydromel! On va se lâcher lousses! »

Mal accepta, pis Olga se mit en route pour Iskorosten, la capitale des Drevlianes. Arrivée là-bas, elle alla d’abord voir la tombe de son Igor pour pleurer celui qu’elle digérait pas d’avoir perdu. 

Le soir, au festin, les Drevlianes s’en venaient pas mal chaudailles. Mais Olga et sa suite, eux-autres, restaient ben sobres. Même, ils encourageaient leurs hôtes à boire en leur versant bock d’hydromel après bock d’hydromel. À la fin de la soirée, les Drevlianes étaient tous saouls morts, drette comme Olga voulait.

Et là, la grande duchesse, aussi frette et insensible que l’nordet, donna l’ordre à ses hommes : 

« Tuez-les toutes. » 

Ce fut le massacre total; personne en réchappa. On aurait pu croire qu’Olga serait juste repartie ben tranquillement prendre son Bovril à Kiev près avoir étêté la tribu de ses ennemis, mais y’avait juste pas encore assez de sang drevliane qui avait coulé pour noyer sa peine. De retour à Kiev, elle ramassa son armée et retourna à Iskorosten pour la dernière étape de son plan…

Les Drevlianes, ou ce qui en restait, se présentèrent devant Olga et la supplièrent de pas attaquer : 

— S’il vous plaît, noble Madame, faites-nous pas mal! On va vous donner des fourrures pis du miel! 
— Ah, ben non, ben non, répondit Olga. J’ai juste une petite demande à vous faire. Je suis pas rapace comme feu mon mari, moi : je veux que vous m’apportiez trois pigeons et trois moineaux de chaque maison. Un tout petit cadeau – je le sais que vous êtes pas trop en moyens ces temps-citte. 
— Hein? Pour vrai? demanda le représentant des Drevlianes, plein d’espoir. 
— Wo-oui, pour vrai, fit Olga avec un sourire aussi doux que celui à la bonne sainte Vierge.
— Ah! Fiou! Merci! Merci Madame! Vous êtes trop fine! 

Alors les Drevlianes, soulagés pis  reconnaissants, allèrent chercher les oiseaux qu’Olga avait demandés. À la nuit tombée, la grande duchesse ordonna à ses hommes d’attacher un p’tit boutte de soufre aux pattes de chaque oiseau avec de la ficelle. Une fois relâchés, les oiseaux, ben crère, retournèrent à leur pigeonnier ou à leur nid sous les combles, dans la ville. Et à la première étincelle, FROUSH : le feu pogna. Pis ça flamba en saint simonac. 

La ville d’Iskorosten brûla au complet; pas moyen d’éteindre les flammes, parce qu’y avait pas une seule maison qui était pas en feu. Et quand les habitants essayèrent de se sauver, les hommes d’Olga les pognèrent et les massacrèrent; d’autres furent vendus comme esclaves; d’autres encore, laissés en vie pour qu’ils puissent continuer de payer un tribut à la grande duchesse. 

À c’t’heure que les Drevlianes étaient pu yinque un tas de cendres, Olga, enfin, s’était assez vengée. 

Elle retourna à Kiev, régna avec jarnigoine et gros bon sens au nom de son fils pendant 18 ans, pis même après ça, parce que son fils Svyatoslav voulait rien savoir – gouverner, y trouvait ça plate à mort, pis y faisait yinque guerroyer avec ses chums. A mit en place le premier système d’impôts de l’Europe de l’Est et fut la première de son peuple à se convertir au christianisme – c’est pour ça qu’elle a été canonisée. 

Pas pire pour une p’tite madame qu’on croyait facile à manipuler!


Source principale : Nestor, The Russian Primary Chronicle (vers 1113). https://www2.stetson.edu/~psteeves/classes/rusprimaryolga.html