Adolf Munck, coach de fesses de Sa Majesté

Un bon soir de juillet 1775, le roi Gustave III de Suède, 29 ans, décida que c’tait l’temps qu’y s’déniaise.

Ça faisait neuf ans qu’y était marié avec sa reine, Sophie-Madeleine du Danemark, pis y’avait pas encore d’héritier doué de zouiz. En faite, y’avait pas d’héritier pantoute. Parce qu’y avait jamais couché avec la reine. Même, y’avait jamais couché avec parsonne, tout court.

Gustave III

Mais, pourquoi, don? Y’en a qui disent qu’y était gai. Aujourd’hui, on dirait p’t-être qu’y était asexuel. Une chose est sûre, c’est qu’y’était pas vraiment porté sur la chose. Ça fait bizarre, pareil, quand on pense à toutes les princes pis les rois de c’t’époque-là qui faisaient des bâtards à tour de bras comme Tim Hortons fait des beignes à l’érable, tandis que lui, y’était même pas capable de faire son d’dvouère.

Pis c’tait pas non plus qu’la reine était laitte. A l’était plutôt jolie. Mais, a l’était assez gênée comme fille, tellement qu’a paraissait snob, pis a l’avait arçu aucune éducation sur la chose. Faique, si Gustave allait pas la trouver pour tsé-veut-dire, c’est pas elle qui allait cogner à sa porte en jaquette à une heure du matin.

Sophie-Madeleine

Toujours est-il que là, Gustave en avait son tas. Y’allait pogner l’taureau par les cornes. Pour ça, y d’manda l’aide d’Adolf Frédérick Munck, son homme de confiance pis un gars qui pognait pas mal chez les créâtures d’la cour :

          « Lui y va savoir quoi faire, c’est sûr! »

Adolf Frédérick Munck. Argardez-y la face. C’est clair qu’y sait comment mettre les points sur les i pis les barres sur les t.

Munck se mis aussitôt à l’ouvrage : y’organisa pour le roi pis la reine des p’tites vacances romantiques au château d’Ekolsund, le chalet royal. Une fois rendu là-bas, y mit un portrait sexy de Sophie-Madeleine su’l litte du roi avec une lettre, clairement pas écrite pas la reine mais signée par elle, qui disait :

          « Niaise pas, pis fais d’moé la plus heureuse des femmes. »

Quand Gustave vit ça, y dut être inspiré, parce qu’y appela Munck :

            « Ok. Chus prêt. C’est l’heure. »

Faique Munck pis un autre domestique emmenèrent le roi en jaquette pis en pieds d’bas jusqu’à la chambre de Sophie-Madeleine.

Là, y l’aidèrent à se dégreyer, pis y s’en allèrent dans une chambre à côté.

Quinze menutes après, y’entendirent une clochette sonner : c’tait le roi qui appelait. Le domestique y alla, mais y’arvint tu’suite pis dit à Munck :

          « Le roi veut t’voir. Ça a ben d’l’air que ça marche pas. »

Le pauvre Gustave était toute rouge pis avait les yeux ronds comme des deux piasses :

         — Adolf! J’sais pas c’qui s’passe! Ch’trouve pas l’trou! Aide-moé!
        — J’sais pas quoi vous dire, Vot’Majesté… Avez-vous pensé de d’mander à la reine de vous montrer c’est où?
        — T’es-tu malade? C’est ben que trop gênant! A va penser que ch’t’un épais!
        — Sauf vot’respect, j’irai pas dans’chambre avec la reine pour vous

montrer c’est où. Va falloir que vous trouviez tout seul.

Notre Pee-Wee des fesses artourna donc, toute tremblant, auprès d’sa femme. Une heure plus tard, y’arsonna la cloche pis y’ordonna à Munck de l’aider à s’habiller. À y voir la face, y’avait clairement pas scoré.

Mais bon. Sa nuitte l’avait pas trop découragé, parce que, dès le lendemain matin, y se sentit game de réessayer. Comme la veille, Munck attendit dans’chambre à côté. Pis comme la veille, la clochette sonna après quinze menutes.

Quand y rentra dans’chambre, y vit Gustave effoiré de toute son poids su la pauvre Sophie-Madeleine comme un béluga mort s’une plage du bas du fleuve.

          « Ça marche paaaaaaaas! » se lamenta le roi comme un p’tit poute qui essaye de rentrer le bloc rond dans l’trou en étoile.

C’est là que Munck comprit que si y voulait que ça se règle, y’allait d’voir… prendre les choses en main. Littéralement.

          « Bon. Vot’Majesté, premièrement, tenez-vous su vos bras… »

Y dut guider le roi pis la reine, une étape à’fois : « Ça, ça va là, pis ça, ça va là… »

Dans ses mémoires, Munck mentionne que le roi avait l’capuchon serré pis que la reine avait les voies aussi impénétrables que celles du Seigneur. Ça faisait mal, c’tait gênant pis c’tait vraiment pas drôle pour parsonne. Imaginez le malaise!

En fin de compte, ça marcha pas plus c’te soir-là, mais Gustave pis Sophie-Madeleine étaient ben décidés à réussir. Quand on veut, on peut! Faique les soirs d’après, y réessayèrent pis réessayèrent pis réessayèrent.

Pis, un jour, on annonça que la reine était enceinte. Celle que tout l’monde trouvaient bête pis plate était maintenant toute contente pis jasante, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Finalement, elle pis Gustave eurent deux p’tits gars, Gustave pis Charles.

Mais là, y’eut des langues sales pour dire que Munck avait, disons, mis pas mal plus que son grain de sel dans la conception des p’tits princes.

Ça donna des caricatures comme celle-là  :

Si vous voulez voir la version non censurée, c’est ici. ATTENTION : Très très gros zouiz.

Le pire là-dedans, c’est que les rumeurs venaient directement de la mére à Gustave elle-même, Louise-Ulrique de Prusse, une espèce de germaine folle contrôlante qui haïssait Sophie-Madeleine pis qui voulait abolir le Parlement pour pouvoir toute décider tu’seule.

Après avoir travaillé aussi fort, le roi pis la reine étaient vraiment choqués d’entendre ces cochonneries-là. Gustave prit son courage à deux mains pis alla voir sa mére :

« M’man, si t’arrêtes pas de dire des affaires de même su moé pis ma femme, j’vas t’exiler en Poméranie! »

Finalement, comme a voulait rien entendre, y’arrêta d’y parler pis y’alla juste la voir su son lit d’mort. Pis même là, Sophie-Madeleine arfusa d’arvoir sa belle-mére.

Peu importe le rôle que Munck avait joué dans toute ça, le roi pis la reine étaient ben contents de lui pis y donnèrent plein de titres pis de domaines. Moé, entécas, j’salue son dévouement. Qu’est-ce qu’on ferait pas pour aider un chum, hein?

Le banquet de Nyköping

Ah, l’temps des Fêtes. On s’entend que c’t’année, avec la COVID pis les restrictions sanitaires pis toute ça, c’est pas parti pour swinger ben fort dins chaumières au réveillon. Mais en 1317, pour la famille royale de Suède, y’aurait p’t-être mieux valu que tout l’monde reste chez eux.

Le 10 décembre, le roi Birger arcevait ses deux fréres à son château de Nyköping pour un p’tit party de famille. Quand les deux arsoudirent, Birger leu souhaita la bienvenue pis leu fit de chaleureux colleux.

Ça avait l’air ben beau, ah l’amour fraternel, mais ça avait pas toujours été d’même.

Artournons un peu en arrière. Quand le roi Magnus III de Suède mourut en 1290, c’est Birger, le plus vieux de ses trois gars – qui avait quand même yinque dix ans – qui fut couronné. Les deux autres, Eric pis Valdemar, arçurent des territoires eux-autres avec, mais y restaient quand même des vassaux à Birger – des numéros 2, essentiellement.

Pis ça faisait pas leur affaire. Surtout Eric : y’était marié avec la fille du roi de Norvège, qui répondait au doux nom d’Ingeborg, pis vu qu’y était safre, y’avait l’œil sur le trône de Norvège ET lui de Suède. Ça fit de la marde dès l’départ.

J’vous évite toutes les grenouillages qui suivirent, mais pour s’débarrasser d’leu frére, Eric et Valdemar allèrent jusqu’à dire des menteries au sujet de Torgils Knuttson, le régent et protecteur à Birger, pour le faire exécuter (ici, c’est bien de dire que Waldemar était marié avec la fille de Torgils; mais comme Valdemar avait quand même 2-3 scrupules qui traînaient dins craques du divan de son âme, y s’arrangea pour qu’un curé encule des mouches assez creux dans l’droit canonique pour y trouver un prétexte de divorce, histoire que ça paraisse moins mal).

Bref, à c’t’heure que son protecteur était tassé, Birger était vulnérable.

Les frères niaisèrent pas avec la puck : moins d’un an après, y se rendirent à Håtuna, où Birger avait un chalet. Le roi, qui était su’l bord de souper pis s’doutait de rien, leu dit :

« Heille! J’vous attendais pas icitte, tu parles d’une surprise, toé! V’nez don vous assire avec nous-autres! »

Sauf qu’Eric et Valdemar étaient pas là pour deviser gaiement autour d’une platée de boulettes Ikea : drette là, y firent capturer Birger, sa femme Marta, un archevêque qui traînait là, pis toutes ceux qui étaient là pour les protéger.

Après ça, y’enfermèrent Birger et compagnie au château de Nyköping pis se mirent à régner sur la Suède comme si y’existait pas.

Birger resta emprisonné 2 ans, avant de finalement réussir à sortir pis à retrouver son trône grâce une grosse rançon pis à un jeu d’alliances hyper compliquées entre la Suède, la Norvège pis le Danemark.

Dins dix années qui suivirent, y’eut presque pas de chicane entre les frères. Jusqu’au jour du fameux réveillon d’Noël 1317 à Nyköping. En arcevant l’invitation, Eric était pas sûr, mais Valdemar était comme :

« Nanon! J’ai vu Birger v’la pas longtemps, pis y nous haït pu pantoute, j’te jure! »

Faique les trois frères eurent un ben beau réveillon, avec la boisson qui coulait à flots pis ben du plaisir pis d’l’agrément. À’fin d’la soirée, Eric pis Valdemar, assez pompettes merci, allèrent se coucher tout contents.

C’est là que Birger frappa : quand y furent ben endormis, y’envoya ses gars armés jusqu’aux dents pour les capturer dans leu litte.

Après ça, y les crissa dans le donjon où y l’avaient lui-même faite enfermer 12 ans avant, en leu disant :

Y les laissa sécher là, attachés par le cou pis les mains, à fermenter dans leux propres dépôts, jusqu’à ce qu’y meurent de faim. Y jeta même la clé du donjon dans’rivière.

Et après ça, supposé que Birger aurait dit, comme un méchant dans les bonshommes du samedi matin à la TV :

« Mouahaha! À c’t’heure la Suède est toute à moé! »

Sauf que, pas tant. L’année d’après, y’eut une révolte, faique Birger dut se sauver au Danemark où y mourut en 1321. Pis finalement, c’est l’fils à Eric qui monta su’l trône de Suède. Pouet Pouet.

Faique comme vous disais, c’t’année-là, ça aurait été mieux pour tout l’monde si on avait été en pleine pandémie.