Beau Brummell : sapré dandy, maudite grand’yeule

C’est la fête de Beau Brummell aujourd’hui! Mais c’tait qui, don lui?

Vous avez sûrement djà entendu son nom, ch’peux pas crère. Moé j’sais, entécas, que la mére à Mononc’Poêle a dit ça, un « Beau Brummell ». Pis Mémère Poêle aussi. Depuis plus que 200 ans, c’t’un synonyme de beauté pis d’élégance masculine, tellement que tout le monde utilisait sa face pis son nom pour annoncer leux produits :

Son vrai nom, c’tait George Bryan Brummell. Le surnom de « Beau », ça allait v’nir plus tard.

Y’est né en 1778, riche, mais pas top riche. Son pére était le secrétaire privé du premier ministre du Royaume-Uni.

Y’a reçu une bonne éducation, en premier à Eton College, pis après à Oxford. À’mort de son pére, le futur Beau avait 16 ans, pis y’a hérité d’un ptit motton. Pas assez pour faire la grosse vie sale pis arcevoir des duchesses dans son salon, mais assez pour s’acheter un poste dans l’régiment parsonnel du prince de Galles. (Parce que c’est d’même que ça marchait dans l’temps – plus t’étais riche, plus tu pouvait t’acheter un gros rang, faique même si t’étais un gros cave, tu pouvais payer pis monter assez haut pour que ton incompétence fasse tuer plein d’monde. D’ailleurs, y’ont aboli c’te système-là en 1871 parce qu’y ont ben vu que c’tait d’la marde.)

Pis l’régiment parsonnel du prince, le futur roi Georges IV, c’tait pas un choix au hasard. Pour se faire ouvrir les portes d’la haute société, not’Beau avait ben l’intention de s’faire armarquer par le prince en misant su sa maudite grand yeule, son sens de l’humour, son charisme pis son style d’enfer. D’ailleurs, c’tait quoi son style, exactement?

Pour vous donner une idée, avant Beau, les hommes s’habillaient de même :

Allez voir Bloshka! C’est une super source pour voir le linge de différentes époques!

Pis là, Beau est arrivé, pis tout l’monde s’est mis à l’copier :

Ça y prenait cinq heures à toué’s matins pour s’arranger pour pas avoir l’air de s’être arrangé. Faut l’faire, pareil. C’est pas pour arien qu’on l’appelle « le pére du dandyisme »!

Mais être un dandy, c’est pas yinque être ben greyé. C’est aussi avoir une astie d’attitude de frais-chié, passer son temps à insulter tout l’monde comme si tu t’en rendais même pas compte pis faire semblant de se crisser de toute. Pis Beau, c’tait l’champion de t’ça.

Toujours est-il que Beau a réussi à rentrer dins p’tits papiers du prince. Le prince le trouvait fascinant pis y pardonnait toute. Beau était tout l’temps en retard, y slaquait su’a job, y se présentait pas aux parades, mais c’tait pas grave. Y faisait c’qu’y voulait.

Quand son régiment est déménagé de Londres à Manchester, y’a préféré s’en aller de l’armée plutôt que d’aller dans une ville « pas d’classe pis pas d’culture ».

En dehors de sa job dans l’armée, par’zempe, y’allait dépendre complètement du bon vouloir du prince pour maintenir son statut. Mais pendant une bonne secousse, son plan a ben marché. Y rentrait partout, dans toutes les gros partys, à des places où normalement, parsonne l’aurait même argardé parce qu’y était trop bas dans l’échelle sociale.

Mais le p’tit crisse, y’aimait jouer avec le feu. Un jour, en jasant avec le prince autour d’un drink, Beau a dit une affaire tellement vache que Sa Majesté y’a crissé son verre de vin dans’face. Faique Beau, vite comme l’éclair, a crissé son verre de vin dans’face de son voisin de fauteuil pis a dit :

« C’est le toast du prince! Faites-lé tourner! »

Pis tout l’monde est parti à rire.

C’tait une vraie diva. Un m’ment’né, à un party au château de Belvoir, y’est allé se coucher d’bonne heure. Mais pas longtemps après, les cloches de l’alarme d’incendie se sont mises à sonner. Tout l’monde capotait, se d’mandant où l’feu était pris, quand Beau est arsoudu à un balcon pis a dit :

« S’cusez, c’parce qu’y a pas d’eau chaude dans ma chambre! »

Mais un bon m’ment’né, y’est allé trop loin. Y’était déjà un peu en frette avec le prince quand y s’est pointé à un party avec un de ses bons chums, Lord Alvanley. Tandis qu’y se promenaient, y’ont croisé le prince avec un autre lord. Sa Majesté, telle une tite fille d’école qui veut faire d’la peine à son amie pour montrer que c’est elle la boss des bécosses, a jasé avec Lord Alvanley pis a faite comme si Brummell existait pas.

Après, le prince pis l’autre lord ont continué leu ch’min. Dès qu’y ont eu le dos tourné, Beau a lâché, assez fort pour que le prince l’entende :

Parce que ouais, Sa Majesté était connue pour être un ti peu dodue. Su’l coup, le prince a rien faite. C’tu voulais qu’y fasse? On était pu à l’époque où tu pouvais faire décapiter quequ’un drette-là si y t’avait insulté.

Mais Beau avait quand même signé son arrêt de mort… social. Le prince a arrêté d’y donner de l’argent pis de l’inviter à des places. Pis comme Beau était bourré de dettes de jeu, y’a fallu qu’y se sauve en France, parce que dans c’temps-là, tu pouvais faire d’la prison à cause de tes dettes.

Rendu là-bas, y’a passé dix ans à Caen à pas faire grand chose jusqu’à ce que son chummy Alvanley y trouve un poste au consulat d’Angleterre. Mais ça dura yinque deux ans : y’a suggéré aux Affaires étrangères de farmer le consulat, pensant qu’y allait être transféré à un autre poste plus payant. Tu parles d’un move de cave : les Affaires étrangères ont faite comme y’a dit, pis y s’artrouva pu de job.

Pis finalement, y’est mort dans la pauvreté pis l’oubli, rendu à moitié fou par la syphilis.

Sa grande gueule avait faite sa légende, mais a l’a aussi causé sa perte.


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Adolf Munck, coach de fesses de Sa Majesté

Un bon soir de juillet 1775, le roi Gustave III de Suède, 29 ans, décida que c’tait l’temps qu’y s’déniaise.

Ça faisait neuf ans qu’y était marié avec sa reine, Sophie-Madeleine du Danemark, pis y’avait pas encore d’héritier doué de zouiz. En faite, y’avait pas d’héritier pantoute. Parce qu’y avait jamais couché avec la reine. Même, y’avait jamais couché avec parsonne, tout court.

Gustave III

Mais, pourquoi, don? Y’en a qui disent qu’y était gai. Aujourd’hui, on dirait p’t-être qu’y était asexuel. Une chose est sûre, c’est qu’y’était pas vraiment porté sur la chose. Ça fait bizarre, pareil, quand on pense à toutes les princes pis les rois de c’t’époque-là qui faisaient des bâtards à tour de bras comme Tim Hortons fait des beignes à l’érable, tandis que lui, y’était même pas capable de faire son d’dvouère.

Pis c’tait pas non plus qu’la reine était laitte. A l’était plutôt jolie. Mais, a l’était assez gênée comme fille, tellement qu’a paraissait snob, pis a l’avait arçu aucune éducation sur la chose. Faique, si Gustave allait pas la trouver pour tsé-veut-dire, c’est pas elle qui allait cogner à sa porte en jaquette à une heure du matin.

Sophie-Madeleine

Toujours est-il que là, Gustave en avait son tas. Y’allait pogner l’taureau par les cornes. Pour ça, y d’manda l’aide d’Adolf Frédérick Munck, son homme de confiance pis un gars qui pognait pas mal chez les créâtures d’la cour :

          « Lui y va savoir quoi faire, c’est sûr! »

Adolf Frédérick Munck. Argardez-y la face. C’est clair qu’y sait comment mettre les points sur les i pis les barres sur les t.

Munck se mis aussitôt à l’ouvrage : y’organisa pour le roi pis la reine des p’tites vacances romantiques au château d’Ekolsund, le chalet royal. Une fois rendu là-bas, y mit un portrait sexy de Sophie-Madeleine su’l litte du roi avec une lettre, clairement pas écrite pas la reine mais signée par elle, qui disait :

          « Niaise pas, pis fais d’moé la plus heureuse des femmes. »

Quand Gustave vit ça, y dut être inspiré, parce qu’y appela Munck :

            « Ok. Chus prêt. C’est l’heure. »

Faique Munck pis un autre domestique emmenèrent le roi en jaquette pis en pieds d’bas jusqu’à la chambre de Sophie-Madeleine.

Là, y l’aidèrent à se dégreyer, pis y s’en allèrent dans une chambre à côté.

Quinze menutes après, y’entendirent une clochette sonner : c’tait le roi qui appelait. Le domestique y alla, mais y’arvint tu’suite pis dit à Munck :

          « Le roi veut t’voir. Ça a ben d’l’air que ça marche pas. »

Le pauvre Gustave était toute rouge pis avait les yeux ronds comme des deux piasses :

         — Adolf! J’sais pas c’qui s’passe! Ch’trouve pas l’trou! Aide-moé!
        — J’sais pas quoi vous dire, Vot’Majesté… Avez-vous pensé de d’mander à la reine de vous montrer c’est où?
        — T’es-tu malade? C’est ben que trop gênant! A va penser que ch’t’un épais!
        — Sauf vot’respect, j’irai pas dans’chambre avec la reine pour vous

montrer c’est où. Va falloir que vous trouviez tout seul.

Notre Pee-Wee des fesses artourna donc, toute tremblant, auprès d’sa femme. Une heure plus tard, y’arsonna la cloche pis y’ordonna à Munck de l’aider à s’habiller. À y voir la face, y’avait clairement pas scoré.

Mais bon. Sa nuitte l’avait pas trop découragé, parce que, dès le lendemain matin, y se sentit game de réessayer. Comme la veille, Munck attendit dans’chambre à côté. Pis comme la veille, la clochette sonna après quinze menutes.

Quand y rentra dans’chambre, y vit Gustave effoiré de toute son poids su la pauvre Sophie-Madeleine comme un béluga mort s’une plage du bas du fleuve.

          « Ça marche paaaaaaaas! » se lamenta le roi comme un p’tit poute qui essaye de rentrer le bloc rond dans l’trou en étoile.

C’est là que Munck comprit que si y voulait que ça se règle, y’allait d’voir… prendre les choses en main. Littéralement.

          « Bon. Vot’Majesté, premièrement, tenez-vous su vos bras… »

Y dut guider le roi pis la reine, une étape à’fois : « Ça, ça va là, pis ça, ça va là… »

Dans ses mémoires, Munck mentionne que le roi avait l’capuchon serré pis que la reine avait les voies aussi impénétrables que celles du Seigneur. Ça faisait mal, c’tait gênant pis c’tait vraiment pas drôle pour parsonne. Imaginez le malaise!

En fin de compte, ça marcha pas plus c’te soir-là, mais Gustave pis Sophie-Madeleine étaient ben décidés à réussir. Quand on veut, on peut! Faique les soirs d’après, y réessayèrent pis réessayèrent pis réessayèrent.

Pis, un jour, on annonça que la reine était enceinte. Celle que tout l’monde trouvaient bête pis plate était maintenant toute contente pis jasante, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Finalement, elle pis Gustave eurent deux p’tits gars, Gustave pis Charles.

Mais là, y’eut des langues sales pour dire que Munck avait, disons, mis pas mal plus que son grain de sel dans la conception des p’tits princes.

Ça donna des caricatures comme celle-là  :

Si vous voulez voir la version non censurée, c’est ici. ATTENTION : Très très gros zouiz.

Le pire là-dedans, c’est que les rumeurs venaient directement de la mére à Gustave elle-même, Louise-Ulrique de Prusse, une espèce de germaine folle contrôlante qui haïssait Sophie-Madeleine pis qui voulait abolir le Parlement pour pouvoir toute décider tu’seule.

Après avoir travaillé aussi fort, le roi pis la reine étaient vraiment choqués d’entendre ces cochonneries-là. Gustave prit son courage à deux mains pis alla voir sa mére :

« M’man, si t’arrêtes pas de dire des affaires de même su moé pis ma femme, j’vas t’exiler en Poméranie! »

Finalement, comme a voulait rien entendre, y’arrêta d’y parler pis y’alla juste la voir su son lit d’mort. Pis même là, Sophie-Madeleine arfusa d’arvoir sa belle-mére.

Peu importe le rôle que Munck avait joué dans toute ça, le roi pis la reine étaient ben contents de lui pis y donnèrent plein de titres pis de domaines. Moé, entécas, j’salue son dévouement. Qu’est-ce qu’on ferait pas pour aider un chum, hein?