La guerre de l’oreille à Jenkins

(Si c’est dur à lire, cliquez avec le piton droit d’la souris pis faites « Ouvrir l’image dans un nouvel onglet ».

J’vous gage que yinque avec le titre, vous êtes déjà intrigués.

C’est qui, ça, Jenkins? Qu’est-cé qu’a crisse, son oreille? Pis c’est qui l’cave qui part en guerre pour une niaiserie de même?

Avant d’répondre à toute ça, va falloir que j’commence par vous mettre en contexte.

Dins années 1700, y faisait chaud dins Caraïbes, pis pas yinque à cause d’la latitude : c’tait bourré d’Européens, y s’brassait des GROS bidous pis ça jouait dur en ti-péché. Garrochez une oreille au milieu de t’ça, pis c’tait jusse une question de temps avant que ça pète.

Dans c’temps-là, on était en plein commerce triangulaire. On vous a montré ça à l’école, mais ch’prendrai pas d’chance pareil :

Bref, c’tait un gros génocide dégueulasse qui passait pour une biznesse respectable.

Les Espagnols, eux-autres, préféraient pas se salir les mains directement avec l’achetage pis le charroyage d’Africains. Faique c’qu’y faisaient, c’est qu’y donnaient une espèce de contrat de sous-traitance qu’y appelaient l’asiento pis qui garantissait l’droit d’être le seul à pouvoir vendre du monde aux colonies espagnoles.

Dans l’boutte qui nous intéresse, c’tait l’Empire britannique qui avait l’asiento. Ça y donnait l’droit d’importer 5 000 Africains pis d’accoster avec 2 navires de 500 tonnes de marchandises par année aux ports espagnols des Caraïbes.

Sauf que c’tait vraiment pas assez au goût d’la Compagnie de la mer du Sud, qui s’occupait du commerce dins Caraïbes au nom de l’Empire britannique. A l’avait des GROSSES ambitions commerciales, comprenez-vous, pis y rentraient juste pas dans le p’tit contrat d’misère donné par les Espagnols. Fallait que ça dézippe à queque part.

La solution d’la Compagnie? Bourrer les bateaux de contrebande, ben crère!

(Là, j’sais que c’est lourd, toute ça, mais l’oreille va r’voler ben vite, j’vous l’promets.)

Sauf qu’après un boutte, les Espagnols ont commencé à se douter de quequ’chose :

« Heille, sont-tu après essayer d’nous en passer une p’tite vite, eux-autres là? »

Dans c’temps-là, les Espagnols pis les Britanniques – pis les Français aussi, mais sont pas super importants dans l’histoire – étaient toujours après se crêper l’chignon, faique y signaient des traités d’paix aux 20 menutes.

Faique quand y’ont signé le traité de Séville de 1729, les Espagnols en ont profité pour passer une belle p’tite clause qui leu donnait le droit d’arrêter pis d’inspecter n’importe quel navire britannique en ch’min vers les Amériques pour voir si y’avait pas des p’tits cadeaux de cachés à bord.

Pour la Compagnie d’la mer du Sud pis la marine britannique, c’tait c’qu’on pourrait appeler… un irritant :

— Ah, tabarnak.
— Quossé qu’y a?
— Les asties d’Flamencos encore, y nous ont spottés pis y s’en viennent nous aborder!
— Câlisse, pas eux-autres! La dernière fois, j’ai été obligé de domper 4 caisses de vaisselle Fortnum & Mason à’mer pour pas qu’on s’fasse pogner!

Pis là, en avril 1731, y’a un abordage de routine qui a dérapé solide.

Le capitaine au long cours Robert Jenkins s’en allait d’la Jamaïque su son bateau, le Rebecca, quand y s’est faite arrêter par des garde-côtes espagnols. C’est pas trop clair c’qui s’est passé exactement, mais la chicane a pogné, pis ça a pas été long que l’capitaine Jenkins s’est ramassé attaché après l’mât de son bateau.

Là, le capitaine des garde-côtes, Juan de León Fandiño, y’a pogné l’oreille gauche pis y’a coupée d’un coup d’sabre. CHLAK.

Après ça, y lui a ardonné son oreille en disant :

« Quins, montre ça à ton roi, pis dis-y qu’m’as y faire pareil si j’y vois la face par icitte! »

Là, vous vous dites : « Bon! Faique y’est artourné en Grande-Bretagne, y’a montré son oreille, tout l’monde a été scandalisé, pis l’Empire britannique a déclaré la guerre à l’Espagne! »

Pas tant.

Ben sûr qu’en arvenant chez eux, Jenkins a porté plainte, pis un article su sa mésaventure a passé dans le Gentleman’s Magazine de Londres en juin 1731. Mais sinon, parsonne a pogné les nerfs avec ça; c’tait plus une anecdote qu’autre chose, pis la réaction de la plupart du monde a été :

« Y s’est faite couper l’oreille, lol. »

Comme disent les jeunes d’à c’t’heure, entécas.

C’en est pas mal resté là. Mais, l’année d’après, les Britanniques sont allés fonder la colonie de Georgie drette à côté d’la Floride, qui appartenait aux Espagnols. Pis les Espagnols ont pas aimé ça pantoute, c’qui était pas pour aider les deux empires à mieux s’accorder.

En plus, en 1733, le roi d’France Louis XV a signé un pacte d’alliance avec son mononcle Philippe V d’Espagne, pis c’tait pas super d’adon pour les Britanniques. À partir de c’te moment-là, les Espagnols pis les Français, rendus encore plus fantasses en sachant qu’y s’entrebackaient, se sont mis à écœurer encore plus les navires britanniques.

En 1738, le ton a commencé à monter au Parlement de Londres. Les tories – le parti d’opposition, là – voulaient la guerre contre l’Espagne, pis y’étaient pas tu’seuls : la Compagnie de la mer du Sud était tannée de s’faire mettre des bâtons dins ambitions commerciales. L’affaire, c’est que l’premier ministre whig Robert Walpole était pas trop chaud à l’idée :

« Mouerf, on veut-tu vraiment s’embarquer là-dedans? Mettons qu’on leu déclare la guerre pis que la France saute dans l’tas d’leu bord à eux-autres, on va avoir l’air fous s’un moyen temps. Chus sûr qu’y a moyen d’régler ça autrement. »

Faique là, les tories se sont mis à fouiller dans toutes les racoins possibles pour trouver toutes les cas où c’que les Espagnols ou les Français auraient faite d’la marde à des marins britanniques. Pis c’est là qu’y se sont souvenus de Jenkins :

« Heille! Vous rappelez-vous de, tsé, l’gars avec son oreille coupée? Ça aurait l’air qu’y l’a gardée dans l’vinaigre, en plus! Ça, ça puncherait si y’a montrait en Chambre! Comment c’qui s’appelait, don? »

C’est d’même que, 7 ans après l’incident, Jenkins a enfin pu sortir son oreille de ses tablettes à marinades.

Entécas, selon la légende. Ç’a d’l’air qu’y a pas de preuve écrite que Jenkins a vraiment sorti son boutte mariné devant tout l’monde au Parlement.

Sauf que là, l’affaire a faite pas mal plus de bruit : l’image en haut complètement, c’t’une caricature qui a paru dans l’journal The Craftsman le 24 juin 1738. Partout dans l’Empire, on parlait yinque de l’oreille à Jenkins.

Les tories avaient réussi leu coup : y’avaient montré assez d’écrapou pour que la majorité de la classe politique pogne le mors aux dents. Même le roi Georges II, qui filait pas fort fort parce qu’y v’nait pardre sa femme pis était pogné des hémorroïdes, était ben crinqué pour la guerre.

Le pauvre Walpole avait jusque pardu l’appui d’la moitié de son Cabinet, faique y’eut pas le choix de dire « mononc’ » :

« Ok, d’abord, vous allez l’avoir, votre guerre! »

Ça sert pas à grand-chose que j’vous conte la guerre en tant que telle dans l’détail. En gros, un tapon d’escarmouches ont éclaté un peu partout dins Caraïbes comme autant d’graines de popcorn au micro-ondes; les Britanniques ont attaqué les colonies espagnoles, les Espagnols se sont ben défendus, pis y’a eu énormément d’morts – surtout à cause d’la fièvre jaune pis d’la bonne vieille dysenterie.

Sauf que vers 1742, les Britanniques pis les Espagnols ont comme perdu l’intérêt pour leu chicane dans l’Nouveau Monde. C’est parce qu’y avait d’quoi de pas mal plus gros qui se brassait dins Europes : l’empereur Charles VI du Saint-Empire v’nait de mourir sans héritier doué de zouiz, pis y’avait toute légué à sa fille Marie-Thérèse. Pis comme c’tait une p’tite maman de 23 ans, les battes royaux de toute le continent pensaient qu’y pourraient la tasser facilement.

Crisse qu’y se trompaient. Mais ça, c’t’une autre histoire.

Entécas, au final, l’oreille à Jenkins aura pas changé grand-chose dans l’jeu d’échecs des grands empires coloniaux. Mais j’espère au moins qu’y l’a faite encadrer.


Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Alice et Tomasz, et Mélanie L.

Pour faire comme eux-autres et lire les articles avant tout le monde, c’est par ici!

Beau Brummell : sapré dandy, maudite grand’yeule

C’est la fête de Beau Brummell aujourd’hui! Mais c’tait qui, don lui?

Vous avez sûrement djà entendu son nom, ch’peux pas crère. Moé j’sais, entécas, que la mére à Mononc’Poêle a dit ça, un « Beau Brummell ». Pis Mémère Poêle aussi. Depuis plus que 200 ans, c’t’un synonyme de beauté pis d’élégance masculine, tellement que tout le monde utilisait sa face pis son nom pour annoncer leux produits :

Son vrai nom, c’tait George Bryan Brummell. Le surnom de « Beau », ça allait v’nir plus tard.

Y’est né en 1778, riche, mais pas top riche. Son pére était le secrétaire privé du premier ministre du Royaume-Uni.

Y’a reçu une bonne éducation, en premier à Eton College, pis après à Oxford. À’mort de son pére, le futur Beau avait 16 ans, pis y’a hérité d’un ptit motton. Pas assez pour faire la grosse vie sale pis arcevoir des duchesses dans son salon, mais assez pour s’acheter un poste dans l’régiment parsonnel du prince de Galles. (Parce que c’est d’même que ça marchait dans l’temps – plus t’étais riche, plus tu pouvait t’acheter un gros rang, faique même si t’étais un gros cave, tu pouvais payer pis monter assez haut pour que ton incompétence fasse tuer plein d’monde. D’ailleurs, y’ont aboli c’te système-là en 1871 parce qu’y ont ben vu que c’tait d’la marde.)

Pis l’régiment parsonnel du prince, le futur roi Georges IV, c’tait pas un choix au hasard. Pour se faire ouvrir les portes d’la haute société, not’Beau avait ben l’intention de s’faire armarquer par le prince en misant su sa maudite grand yeule, son sens de l’humour, son charisme pis son style d’enfer. D’ailleurs, c’tait quoi son style, exactement?

Pour vous donner une idée, avant Beau, les hommes s’habillaient de même :

Allez voir Bloshka! C’est une super source pour voir le linge de différentes époques!

Pis là, Beau est arrivé, pis tout l’monde s’est mis à l’copier :

Ça y prenait cinq heures à toué’s matins pour s’arranger pour pas avoir l’air de s’être arrangé. Faut l’faire, pareil. C’est pas pour arien qu’on l’appelle « le pére du dandyisme »!

Mais être un dandy, c’est pas yinque être ben greyé. C’est aussi avoir une astie d’attitude de frais-chié, passer son temps à insulter tout l’monde comme si tu t’en rendais même pas compte pis faire semblant de se crisser de toute. Pis Beau, c’tait l’champion de t’ça.

Toujours est-il que Beau a réussi à rentrer dins p’tits papiers du prince. Le prince le trouvait fascinant pis y pardonnait toute. Beau était tout l’temps en retard, y slaquait su’a job, y se présentait pas aux parades, mais c’tait pas grave. Y faisait c’qu’y voulait.

Quand son régiment est déménagé de Londres à Manchester, y’a préféré s’en aller de l’armée plutôt que d’aller dans une ville « pas d’classe pis pas d’culture ».

En dehors de sa job dans l’armée, par’zempe, y’allait dépendre complètement du bon vouloir du prince pour maintenir son statut. Mais pendant une bonne secousse, son plan a ben marché. Y rentrait partout, dans toutes les gros partys, à des places où normalement, parsonne l’aurait même argardé parce qu’y était trop bas dans l’échelle sociale.

Mais le p’tit crisse, y’aimait jouer avec le feu. Un jour, en jasant avec le prince autour d’un drink, Beau a dit une affaire tellement vache que Sa Majesté y’a crissé son verre de vin dans’face. Faique Beau, vite comme l’éclair, a crissé son verre de vin dans’face de son voisin de fauteuil pis a dit :

« C’est le toast du prince! Faites-lé tourner! »

Pis tout l’monde est parti à rire.

C’tait une vraie diva. Un m’ment’né, à un party au château de Belvoir, y’est allé se coucher d’bonne heure. Mais pas longtemps après, les cloches de l’alarme d’incendie se sont mises à sonner. Tout l’monde capotait, se d’mandant où l’feu était pris, quand Beau est arsoudu à un balcon pis a dit :

« S’cusez, c’parce qu’y a pas d’eau chaude dans ma chambre! »

Mais un bon m’ment’né, y’est allé trop loin. Y’était déjà un peu en frette avec le prince quand y s’est pointé à un party avec un de ses bons chums, Lord Alvanley. Tandis qu’y se promenaient, y’ont croisé le prince avec un autre lord. Sa Majesté, telle une tite fille d’école qui veut faire d’la peine à son amie pour montrer que c’est elle la boss des bécosses, a jasé avec Lord Alvanley pis a faite comme si Brummell existait pas.

Après, le prince pis l’autre lord ont continué leu ch’min. Dès qu’y ont eu le dos tourné, Beau a lâché, assez fort pour que le prince l’entende :

Parce que ouais, Sa Majesté était connue pour être un ti peu dodue. Su’l coup, le prince a rien faite. C’tu voulais qu’y fasse? On était pu à l’époque où tu pouvais faire décapiter quequ’un drette-là si y t’avait insulté.

Mais Beau avait quand même signé son arrêt de mort… social. Le prince a arrêté d’y donner de l’argent pis de l’inviter à des places. Pis comme Beau était bourré de dettes de jeu, y’a fallu qu’y se sauve en France, parce que dans c’temps-là, tu pouvais faire d’la prison à cause de tes dettes.

Rendu là-bas, y’a passé dix ans à Caen à pas faire grand chose jusqu’à ce que son chummy Alvanley y trouve un poste au consulat d’Angleterre. Mais ça dura yinque deux ans : y’a suggéré aux Affaires étrangères de farmer le consulat, pensant qu’y allait être transféré à un autre poste plus payant. Tu parles d’un move de cave : les Affaires étrangères ont faite comme y’a dit, pis y s’artrouva pu de job.

Pis finalement, y’est mort dans la pauvreté pis l’oubli, rendu à moitié fou par la syphilis.

Sa grande gueule avait faite sa légende, mais a l’a aussi causé sa perte.


Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon :
Alice et Tomasz, Christine L., David P., Chrestien L., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

Pour faire comme eux-autres et lire les articles avant tout le monde pis même profiter de contenu extra rempli de détails croustillants, c’est par ici!

Adolf Munck, coach de fesses de Sa Majesté

Un bon soir de juillet 1775, le roi Gustave III de Suède, 29 ans, décida que c’tait l’temps qu’y s’déniaise.

Ça faisait neuf ans qu’y était marié avec sa reine, Sophie-Madeleine du Danemark, pis y’avait pas encore d’héritier doué de zouiz. En faite, y’avait pas d’héritier pantoute. Parce qu’y avait jamais couché avec la reine. Même, y’avait jamais couché avec parsonne, tout court.

Gustave III

Mais, pourquoi, don? Y’en a qui disent qu’y était gai. Aujourd’hui, on dirait p’t-être qu’y était asexuel. Une chose est sûre, c’est qu’y’était pas vraiment porté sur la chose. Ça fait bizarre, pareil, quand on pense à toutes les princes pis les rois de c’t’époque-là qui faisaient des bâtards à tour de bras comme Tim Hortons fait des beignes à l’érable, tandis que lui, y’était même pas capable de faire son d’dvouère.

Pis c’tait pas non plus qu’la reine était laitte. A l’était plutôt jolie. Mais, a l’était assez gênée comme fille, tellement qu’a paraissait snob, pis a l’avait arçu aucune éducation sur la chose. Faique, si Gustave allait pas la trouver pour tsé-veut-dire, c’est pas elle qui allait cogner à sa porte en jaquette à une heure du matin.

Sophie-Madeleine

Toujours est-il que là, Gustave en avait son tas. Y’allait pogner l’taureau par les cornes. Pour ça, y d’manda l’aide d’Adolf Frédérick Munck, son homme de confiance pis un gars qui pognait pas mal chez les créâtures d’la cour :

          « Lui y va savoir quoi faire, c’est sûr! »

Adolf Frédérick Munck. Argardez-y la face. C’est clair qu’y sait comment mettre les points sur les i pis les barres sur les t.

Munck se mis aussitôt à l’ouvrage : y’organisa pour le roi pis la reine des p’tites vacances romantiques au château d’Ekolsund, le chalet royal. Une fois rendu là-bas, y mit un portrait sexy de Sophie-Madeleine su’l litte du roi avec une lettre, clairement pas écrite pas la reine mais signée par elle, qui disait :

          « Niaise pas, pis fais d’moé la plus heureuse des femmes. »

Quand Gustave vit ça, y dut être inspiré, parce qu’y appela Munck :

            « Ok. Chus prêt. C’est l’heure. »

Faique Munck pis un autre domestique emmenèrent le roi en jaquette pis en pieds d’bas jusqu’à la chambre de Sophie-Madeleine.

Là, y l’aidèrent à se dégreyer, pis y s’en allèrent dans une chambre à côté.

Quinze menutes après, y’entendirent une clochette sonner : c’tait le roi qui appelait. Le domestique y alla, mais y’arvint tu’suite pis dit à Munck :

          « Le roi veut t’voir. Ça a ben d’l’air que ça marche pas. »

Le pauvre Gustave était toute rouge pis avait les yeux ronds comme des deux piasses :

         — Adolf! J’sais pas c’qui s’passe! Ch’trouve pas l’trou! Aide-moé!
        — J’sais pas quoi vous dire, Vot’Majesté… Avez-vous pensé de d’mander à la reine de vous montrer c’est où?
        — T’es-tu malade? C’est ben que trop gênant! A va penser que ch’t’un épais!
        — Sauf vot’respect, j’irai pas dans’chambre avec la reine pour vous

montrer c’est où. Va falloir que vous trouviez tout seul.

Notre Pee-Wee des fesses artourna donc, toute tremblant, auprès d’sa femme. Une heure plus tard, y’arsonna la cloche pis y’ordonna à Munck de l’aider à s’habiller. À y voir la face, y’avait clairement pas scoré.

Mais bon. Sa nuitte l’avait pas trop découragé, parce que, dès le lendemain matin, y se sentit game de réessayer. Comme la veille, Munck attendit dans’chambre à côté. Pis comme la veille, la clochette sonna après quinze menutes.

Quand y rentra dans’chambre, y vit Gustave effoiré de toute son poids su la pauvre Sophie-Madeleine comme un béluga mort s’une plage du bas du fleuve.

          « Ça marche paaaaaaaas! » se lamenta le roi comme un p’tit poute qui essaye de rentrer le bloc rond dans l’trou en étoile.

C’est là que Munck comprit que si y voulait que ça se règle, y’allait d’voir… prendre les choses en main. Littéralement.

          « Bon. Vot’Majesté, premièrement, tenez-vous su vos bras… »

Y dut guider le roi pis la reine, une étape à’fois : « Ça, ça va là, pis ça, ça va là… »

Dans ses mémoires, Munck mentionne que le roi avait l’capuchon serré pis que la reine avait les voies aussi impénétrables que celles du Seigneur. Ça faisait mal, c’tait gênant pis c’tait vraiment pas drôle pour parsonne. Imaginez le malaise!

En fin de compte, ça marcha pas plus c’te soir-là, mais Gustave pis Sophie-Madeleine étaient ben décidés à réussir. Quand on veut, on peut! Faique les soirs d’après, y réessayèrent pis réessayèrent pis réessayèrent.

Pis, un jour, on annonça que la reine était enceinte. Celle que tout l’monde trouvaient bête pis plate était maintenant toute contente pis jasante, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Finalement, elle pis Gustave eurent deux p’tits gars, Gustave pis Charles.

Mais là, y’eut des langues sales pour dire que Munck avait, disons, mis pas mal plus que son grain de sel dans la conception des p’tits princes.

Ça donna des caricatures comme celle-là  :

Si vous voulez voir la version non censurée, c’est ici. ATTENTION : Très très gros zouiz.

Le pire là-dedans, c’est que les rumeurs venaient directement de la mére à Gustave elle-même, Louise-Ulrique de Prusse, une espèce de germaine folle contrôlante qui haïssait Sophie-Madeleine pis qui voulait abolir le Parlement pour pouvoir toute décider tu’seule.

Après avoir travaillé aussi fort, le roi pis la reine étaient vraiment choqués d’entendre ces cochonneries-là. Gustave prit son courage à deux mains pis alla voir sa mére :

« M’man, si t’arrêtes pas de dire des affaires de même su moé pis ma femme, j’vas t’exiler en Poméranie! »

Finalement, comme a voulait rien entendre, y’arrêta d’y parler pis y’alla juste la voir su son lit d’mort. Pis même là, Sophie-Madeleine arfusa d’arvoir sa belle-mére.

Peu importe le rôle que Munck avait joué dans toute ça, le roi pis la reine étaient ben contents de lui pis y donnèrent plein de titres pis de domaines. Moé, entécas, j’salue son dévouement. Qu’est-ce qu’on ferait pas pour aider un chum, hein?