L’histoire de Sophie Dorothée : quand le conte de fées vire au cauchemar — partie I

M’as vous conter une histoire qui a toute : une princesse, une méchante sorcière, un ogre pis un beau comte séduisant avec les cheveux longs pis une moustache de D’Artagnan.

On dirait un conte de fées, hein? Le genre qui aurait faite un film de Disney dans l’temps de Blanche-Neige pis d’la Belle au bois dormant, avec des tounes quétaines qui finissent pu pis des tis zwéseaux?

C’pas ça pantoute.

C’t’une histoire vraie, ben su’l plancher des vaches, pleine de monde croche qui s’rentrent des couteaux dans l’dos. Une histoire qui sent la bête morte en d’sour d’un bouquet d’roses. Pis, aussi, l’histoire d’une pauvre femme qui s’est faite manger toute crue par l’époque où c’qu’a vivait.

Il était une fois deux frères – deux princes – de la maison de Hanovre qui étaient pour hériter d’un tapon de territoires dans le nord-ouest de l’Allemagne d’à c’t’heure.

Le plus vieux des deux frères, Georges-Guillaume, était pour épouser Sophie, princesse du Palatinat, mais ça y tentait pas pantoute :

« Ah! A me pompe l’air, la grébiche! C’t’une péteuse de broue qui fait yinque parler de livres pis d’astrologie! J’veux rien savoir! Pis en plus, j’veux pas me caser, j’veux voyager pis courir la galipote! »

Mais là, c’tait pas d’avance : comme y’avait un contrat entre le père à Georges-Guillaume pis le père à Sophie, y’avait pas moyen de casser les fiançailles sans mettre la grosse chicane dans la cabane.

Faique Georges-Guillaume alla voir son frère :

« Heille Ernest-Auguuuuuuuuuuste? J’ai d’quoi à te proposer… »

Y’avait un plan parfait : y cédait à Ernest le duché de Brunswick-Lunebourg pis ses fiançailles avec Sophie, tandis que lui, y gardait yinque le p’tit duché de Celle pour son revenu, c’qui le laissait libre de courailler comme y voulait. La seule condition : Georges-Guillaume devait jamais avoir d’héritier pour que le duché de Celle arvienne du bord à Ernest à sa mort.

À part de ça, Sophie était parente d’la fesse gauche avec les souverains d’la Grande-Bretagne; si y continuaient comme ça, à s’entredéchirer pour des affaires de Bon Dieu pis à pas avoir d’enfants, quiconque la mariait avait p’t-être une chance de mettre la patte su’l trône britannique.

Un fou d’une poche! Ernest accepta, y s’maria avec Sophie pis y’eurent une trâlée d’enfants. Leu plus vieux, Georges-Louis, était l’héritier.

Pendant c’te temps-là, par’zempe, toute se passa pas comme prévu pour Georges-Guillaume. Y courailla pendant queques années, mais un jour, pendant un party, y’aparçut une sapristi d’belle créâture :

« Simonac! Qui c’est ça, c’te pétard-là? »

En même pas une seconde, le duc de Celle était tombé en amour cul par-dessus tête. C’tait comme si un spot de lumière illuminait la belle; y’avait pu rien d’autre qui existait. Les vitres auraient pu toutes péter en même temps que Georges-Guillaume aurait même pas r’marqué.

La créâture en question s’appelait Éléonore d’Esmier d’Olbreuse; c’tait une fille d’la p’tite noblesse française pis la demoiselle de compagnie d’une duchesse en visite chez sa sœur, la femme du… ah, pis c’pas important.

C’qu’y faut artenir, c’est qu’a l’avait des yeux de biche, d’la jarnigoine pis du charme à pu finir, pis qu’a l’était d’un rang pas mal plus bas que Georges-Guillaume. Mais, c’tait pas pour autant qu’a l’allait céder aux avances du duc de Celle, qui voulait qu’a soye sa maîtresse : une femme qui a pas de titres pis pas d’argent peut yinque se draper dans sa vertu pis sa dignité, comme Scarlett O’Hara dans ses rideaux en v’lours :

« Wô Monsieur! Vous m’flattez ben gros, mais ch’t’une honnête femme pis j’accepterai jamais de vivre dans l’péché! »

Heille là, Georges-Guillaume était fourré : y’avait payé le prix fort pour être libre, mais à c’t’heure, y voulait pu yinque se mettre la corde au cou, pis y pouvait pas.

« Astie, qu’est-cé m’as faire? J’me peux pu, j’mange pu, j’dors pu, j’vois des points blancs… Ch’peux pas vivre sans elle! »

Y lui restait pu yinque une solution, un peu plate, mais qui allait devoir faire la job : le mariage morganatique.

Ça, c’tait une sorte de mariage qui t’mettait en règle avec le Bon Dieu, faique parsonne pouvait te traiter de fornicateur en t’pointant du doigt su’l parvis d’l’église, mais qui comptait pas vraiment pour toute le reste; on appelait aussi ça un mariage privé ou un mariage d’la main gauche.

Concrètement, Éléonore devenait la femme à Georges-Guillaume, mais a s’rait jamais princesse et duchesse de Celle, pis ses enfants pourraient pas hériter des titres de noblesse d’leu père.

C’tait mieux que rien.

Ben crère que ça fit un p’tit scandale dans la famille. Quand a l’apprit la nouvelle, Sophie, la belle-sœur péteuse de broue, dit :

« Ark! Faire rentrer ça dans la famille! C’est comme d’la crotte de souris au travers des grains d’poivre! »

Mais c’tait pas grave : Éléonore pis Georges-Guillaume se firent leu p’tit bonheur à Celle. Plus on la bitchait, plus Éléonore se rendait difficile à haïr : a restait toujours fine, souriante, sans jamais dire un mot plus haut que l’autre.

Un an après les noces, y’eurent une p’tite fille, Sophie-Dorothée.

Et les années passèrent…

Sophie-Dorothée était rendue à 11 ans, pis Georges-Guillaume commençait à r’gretter sérieusement le deal qu’y avait faite avec son frère Ernest-Auguste. C’tait ben beau les promesses quand toute ça était abstrait, mais là, y’avait une femme pis une fille qu’y adorait, pis c’est comme si y comptaient pas pantoute. Sophie-Dorothée pouvait pas avoir le titre de princesse ni hériter du duché de Celle, pis comme sa mère était « d’la crotte de souris », y’avait ben des chances que les princes pis les ducs lèvent le nez dessus quand viendrait l’temps pour elle de s’trouver un mari.

Fallait qu’y rende sa femme pis sa fille légitimes. Son plan était ben simple :

Georges-Guillaume se mit donc à aider l’empereur Léopold dans ses campagnes militaires pis y rendit plein de bons services; y sut se rendre indispensable. Faique quand y se décida à y demander sa grosse faveur, la réponse fut :

« Ben sûr, mon homme! »

Mais pour qu’Éléonore devienne une comtesse, ça y prenait un fief. Mais lequel? L’empereur avait–tu ça, lui, un fief de lousse?

Ça prit trois ans pour régler toutes les détails. Mais, finalement, Éléonore devint comtesse de Wilhelmsburg; un an plus tard, elle pis Georges-Guillaume se mariaient pour de vrai, en avant de Dieu pis des Hommes.

Ça y était : Sophie-Dorothée était une princesse.

En plus, a l’était belle comme un cœur, avec en plus d’la bonne humeur, d’la jarnigoine pis plein de talents – un vrai p’tit rayon d’soleil. Pis son pére y’avait transféré plein d’argent pis de terres, faique a l’était riche, en plus, la p’tite vlimeuse. Quand la nouvelle de son nouveau statut s’répandit dins Europes, les offres de mariage se mirent à rentrer de tous bords tous côtés.

Quand y sut ça, Ernest-Auguste vira su’l top. Y fit appeler sa femme, la belle-sœur péteuse :

— SOPHIE!
— Qu’est-cé qu’y a, don?
— Astie, figure-toé don que mon frére Georges-Guillaume, qui m’a juré s’a tête de toués saints qu’y s’marierait jamais à part d’la main gauche, vient juste de marier sa madame pour de vrai! Faique là, la p’tite Sophie-Dorothée est une princesse!
— Ouan mais tsé, ça veut rien dire. C’t’une princesse, oui mais ça y donne pas automatiquement l’droit d’hériter du duché de Celle.
— T’oublies qu’icitte, les règles de succession sont pas mal lousses. Tout l’monde fait un peu c’qu’y veut. Pis là, ça jase que l’prince de Wolfenbüttel est su’l bord de demander la p’tite en mariage. Magine si y décide, lui-là, de faire valoir les droits à sa femme? Ça va être la guerre! C’t’à moé, c’te duché-là. J’me laisserai pas déposséder d’même!
— Ok, mais qu’est-ce que tu veux faire?
— Ça m’écœure, là, mais… On aura pas l’choix de marier notre Georges-Louis à la p’tite Sophie-Dorothée.
— Ark, non! Non, Ernest, tu peux pas être sérieux? Une roturière mal élevée!
— Argarde, ma femme : en politique, des fois, faut s’boucher l’nez, pis c’est ça qu’on va faire.

Même si c’tait pas la chicane ouverte entre Ernest-Auguste et Sophie pis Georges-Guillaume et Éléonore, vous vous doutez ben que c’tait pas l’amour non plus. Mettons que les bitcheries incessantes que Sophie disait dans l’dos d’Éléonore y étaient pour de quoi.

Bref, pour que le mariage se fasse, fallait opérer un rapprochement au plus crisse.

Ernest-Auguste pis Sophie commencèrent par arconnaître officiellement le nouveau statut à Éléonore.

Après ça, y se mirent à voisiner Georges-Guillaume pis Éléonore pis à les inviter à souper pis à les flatter dans l’sens du poil. Pis Sophie était dooon fiiiine avec Éléonore!

Éléonore se doutait ben qu’y avait anguille sous roche :

« Coudonc, elle, qu’est-cé qui y pogne-là? A s’est-tu pété sa grosse tête enflée su’l’cadre de porte? »

Pis finalement, le chat sortit du sac : après des grosses négociations serrées avec Ernest-Auguste, Georges-Guillaume avait conclu le mariage entre Georges-Louis pis Sophie-Dorothée.

Ça avait coûté les yeux de la tête à Georges-Guillaume : en dédommagement de « la tache » des origines à Sophie-Dorothée, y’avait dû s’engager à verser 150 000 écus sur six ans pis 50 000 par année par après, plus d’autres redevances.

Malgré toute, le duc de Celle était ben content : y’avait réussi à placer sa fille avec l’héritier du duché de Brunswick-Lunebourg par son père pis, peut-être, j’vous rappelle, du trône d’Angleterre par sa mère! En plus, comme son autre frère dont j’vous avais pas parlé, le prince de Calenberg, était mort pas d’héritier, ça réunirait enfin toutes les territoires d’la maison de Hanovre! Y’avait d’quoi se péter les bretelles.

Mais Éléonore, elle, avait comme une boule dans l’estomac. Sophie la péteuse avait beau faire des risettes pis des ronds d’jambe, y’avait rien qui l’empêcherait de traiter Sophie-Dorothée comme d’la schnoutte une fois qu’a s’rait mariée pis installée chez eux, à Hanovre.

À part de t’ça, le fameux Georges-Louis, là, c’tait un air bête notoire, un gars plate pis ben à ch’fal su’é convenances. Autrement dit, y’avait une personnalité de 7up flat pis l’dos raide comme un barreau d’chaise – toute le contraire de Sophie-Dorothée. Même ses parents l’aimaient pas ben ben; y’avaient essayé de l’envoyer en France pis en Angleterre dans l’espoir de le dépogner, mais y’était toujours aussi bizarre pis malaisant. La seule affaire qu’y faisait comme faut, c’tait la guerre.

À c’te moment-là, Sophie-Dorothée avait 16 ans. Élevée dans un environnement relax par des parents qui l’aimaient pis qui s’aimaient, c’tait une fille pétillante pis obstinée qui avait pas peur de dire sa façon de penser.

Faique quand a sut qu’a l’allait marier son cousin plate pis aller rester chez sa matante méchante…

J’ai vu trois versions différentes de sa réaction.

La première dit qu’a l’était contente.

La deuxième dit qu’a pleura toutes les larmes de son ti corps su les genoux à sa mère.

La troisième est à prendre avec un grain de sel, mais c’est la plus croustillante, faique m’as vous la conter pareil.

Drette en apprenant la nouvelle, Sophie-Dorothée s’rait allée trouver Georges-Guillaume dans son bureau :

— Papaaaa?
— Quoi, ma fille?
— Ça a d’l’air que tu m’as fiancée sans m’en parler?
— Oui, ma chouette. Mais j’ai dit qu’y fallait que tu soyes d’accord.
— Ah, c’est don fin, mon père! Ok, d’abord : c’est non.

Georges-Guillaume resta frette : y s’pensait généreux en donnant à Sophie-Dorothée l’impression qu’a l’avait l’choix, mais y s’tait pas attendu à s’faire répondre de même.

— Pardon?
— C’est non. Y’est pas question que j’marie Georges-Louis.
— T’as l’air d’oublier que c’est ton d’voir d’obéir à tes parents.
— Ben pourquoi, d’abord, t’as dit qu’y fallait que j’soye d’accord si t’es pour pas m’écouter? Ah non, papa, s’te plaît! Pour vrai, si tu m’aimes, cancelle toute la patente! Me marier avec Georges-Louis, c’est m’envoyer dans l’tordeur.
— Ben voyons don, ma fille, prends-tu ton cousin pour le Bonhomme Sept Heures?

En entendant ça, Sophie-Dorothée ouvrit le livre qu’a l’avait dins mains – un livre de contes pour enfants. A trouva vite la page qu’a voulait, c’t’à-dire celle où y’avait un dessin de Barbe-Bleue, pis la montra à son père en pointant de l’autre main un médaillon avec le portrait de Georges-Louis qu’y avait sur le bureau :

— Quins, papa. Tu vois? Même face. MÊME. FACE.
— T’es-tu après chavirer? Sophie-Dorothée, tu vas m’arrêter tu’suite tes sparages si tu veux pas que j’me fâche!

Mais Sophie-Dorothée voulut rien savoir pis continua de s’obstiner. Finalement, Georges-Guillaume perdit patience :

— Bon, ça va faire! Si t’arrêtes pas drette là, ch’te jette au cachot pour deux jours au pain noir pis à l’eau!
— Ah, tu peux ben, papa. Tu peux même me traîner par les ch’feux jusqu’à l’autel, mais tu j’aurai jamais d’autre réponse que celle-là!

À c’tes mots-là, la princesse pogna le médaillon avec le portrait de George-Louis, le garrocha après le mur pis sortit du bureau en claquant la porte.


Sources :
Charles-Prosper-Maurice Horric de Beaucaire, Une mésalliance dans la maison de Brunswick, 1665-1725: Éléonore Desmier d’Olbreuze, duchesse de Zell, 1884.
Henri Blaze de Bury, « Le Dernier des Koenigsmark », Revue des Deux Mondes, 1853.

Le Vasa : Chronique d’un flop annoncé

Merci Christine Labrecque pour le dessin 😀 ❤

Le dimanche 10 août 1628 à Stockholm, en Suède, des centaines de woireux s’étaient ramassés su’l quai pas loin du palais royal pour assister à d’quoi de ben spécial : le premier voyage du Vasa, le nouveau vaisseau amiral d’la flotte suédoise.

Trois mâts, dix voiles, deux rangs d’canons – le darnier cri dans c’temps-là – des sculptures, des dorures, des couleurs à pu finir : c’tait une vraie forteresse flottante pensée exprès pour gonfler d’fierté le ti cœur des Suédois pis foutre la chienne aux voisins. 

En l’voyant virer l’coin d’la pointe de terre qui l’cachait à’vue, le monde se mirent à pousser des cris d’joie. Sans doute qu’y avait aussi un orchestre qui jouait une tite toune de guerre de circonstance. Après toute, un bateau d’même, ça méritait une chanson thème, comme les lutteurs à’TV.

À bord, c’tait toute autant l’party. Pour l’occasion, l’équipage avait eu l’droit d’emmener femmes pis enfants pour un p’tit tour avant que le Vasa s’en aille à’guerre. Partout autour, y’avait plein de monde dans des chaloupes qui leux faisaient des tatas.

Le Vasa longea l’quai bondé d’monde. Jusque-là, y’avait été tiré avec des cordes à partir d’la terre ferme, mais c’tait l’temps pour lui de larguer les amarres.

« Aweillez les gars, ouvrez les voiles! » 

Le Vasa sortit d’la baie qui l’gardait à l’abri du vent pis ouvrit ses sabords – tsé les tites portes par où on fait sortir les canons? Vous allez vous coucher moins niaiseux à soir! Pis y tira une salve avant de s’en aller. 

« BA-BA-BA-BABANG! »

Sauf que là, y’eut un p’tit coup d’vent. Pas grand-chose – à peine assez pour artrousser le toupette à Ti-Poil. Mais le Vasa, y réagit comme si y’avait mangé une claque d’ouragan :

Le navire pencha su’l côté, l’eau rentra dans ses sabords grand ouverts, pis en queques menutes, la fierté d’la Suède coula au fond du havre sous l’argard horrifié des Stockholmois. 

Mais qu’est-cé qui avait ben pu se passer? Un navire qui était censé être le joyau d’la flotte, une commande spéciale du roi par-dessus l’marché, qui varse pis qui coule en 20 minutes comme la vieille chaloupe poquée à Mononc’Georges au fond du lac Long! Coudonc, c’tait-tu la STQ qui avait faite le cahier des charges?

Pour mieux comprendre, on va faire un p’tit post-mortem.

En 1626, le roi Gustave II Adolphe de Suède était en guerre contre son cousin, Sigismond III, roi de Pologne, pis sa flotte v’nait de manger une christie d’volée : 10 de ses navires s’taient faite ramasser par une tempête, le navire amiral avait été capturé par l’ennemi, pis un autre navire s’tait faite sauter pour pas subir le même sort. Ben, son équipage l’avait faite sauter. On s’comprend.  

Bref, Gustave Adolphe avait besoin de nouveaux bateaux au plus crisse, pis y passa sa commande au chantier naval de Stockholm. 

L’affaire, c’est qu’y arrêtait pas de changer ses instructions comme un gars mêlé en avant de la fenêtre d’la cabane à patates frites :

« J’veux un gros bateau pis deux p’tits. Non – deux gros. Trois moyens! Une grosse molle marbrée? Une douze pouces all dressed pis six egg rolls! »

Pis quand finalement les ouvriers du chantier eurent achevé de bâtir la quille du navire qui allait dev’nir le Vasa, là Gustave Adolphe entendit dire que son voisin Christian, roi du Danemark, avait faite construire un navire de guerre avec pas un, mais DEUX ponts de canons couverts.

« Heille LÀ! Voir si j’vas laisser Christian faire son frais-chié dans toute la Baltique avec ses deux ponts d’canons! »

Donc, y’ordonna qu’on mette la même affaire sur le Vasa.

Heille, si d’quoi d’même arrivait aujourd’hui, ça s’rait comme crisser une roche s’un nique de guêpes : tout l’monde serait en tabarnak, pis ça se mettrait à bourdonner dans tou’és sens pour arfaire les dessins, les calculs, les budgets…

Mais dans c’temps-là, la construction de bateaux, c’tait pas la même affaire pantoute. Y’avait pas de plans, pas de modèles 3D, a’rien à part la connaissance pis l’savoir-faire des gars qui travaillaient su’l chantier. Du genre :

« Mes ancêtres faisaient des chaloupes, pis après y’ont faite des drakkars, pis moé j’fais des trois-mâts de 1 400 tonnes de tonnage, pis parsonne a jamais eu besoin de ti dessins! »

Sauf que quand on construisait un voilier d’même, fallait faire ben attention au centre de gravité, parce que des fois, y’avait pas grand différence entre un bateau qui s’tenait d’boutte pis un bateau qui varsait au premier coup d’vent. Rajouter un étage su’l fly de même, c’tait pas l’idée du siècle.

Pis tant qu’à faire, le roi fit faire un tapon de boiseries en gros chêne pesant, toutes sculptées pis dorées pis peinturées à’grandeur, pleines de lions pis d’anges tout nus – de quoi flabbergaster toutes les voisins autour d’la mer du Nord.  

En plus, au beau milieu du projet, Henrik Hybertson, le chef constructeur, tomba malade pis trépassa. Y fut remplacé par son second, Hein Jacobsson, un gars qui avait ben d’l’expérience en construction navale, mais pas pantoute en supervision. 

Su’l chantier, y’avait autant d’écoute pis d’communication que dins commentaires en d’sour d’un article de TVA Nouvelles. Un m’ment’né, y’avait pas moins que 400 gars séparés en cinq groupes qui travaillaient su la coque, les sculptures, le gréement, l’armement pis toute le kit sans jamais se dire un maudit mot. 

L’crémage su’l gâteau, c’est que le roi était hyper pressé d’avoir sa belle bébelle toute neuve, pis j’le cite :

« Yé aussi ben d’être prêt pour le 25 juillet, parce que sinon, y’a quequ’un qui va goûter à ma royale disgrâce! »

Pis parsonne, j’dis ben parsonne, avait envie d’goûter à ça; ça avait d’l’air que c’tait ben méchant.

Pas longtemps avant le premier voyage du Vasa, Söfring Hansson, le capitaine qui supervisait la construction, organisa un test de stabilité pour Klas Fleming, le vice-amiral qui s’occupait des achats pour la marine. Jacobsson, le chef constructeur, était même pas là. 

Comment le test marchait, c’est qu’une trentaine de marins montaient à bord pis couraient toutes ensemble d’un bord pis d’l’autre du pont, pour faire rouler le bateau. 

« WÔ! WÔ! STOP! »

Y durent arrêter quasiment tu’suite, parce que le Vasa tanguait tellement qu’y était su’l bord de varser. 

Y avait d’quoi qui marchait pas, c’tait clair comme de l’eau d’roche. Mais parsonne dit un mot. Faique le maître d’équipage, hyper mal à l’aise, ramassa toute son p’tit change pis alla voir le vice-amiral :

— Monsieur, ch’pense que l’navire est trop pesant du top pis pas assez large du fond. Y’est pas stable.
—C’est pas l’premier navire que c’tes gars-là bâtissent », répondit l’vice-amiral sur un ton bête. Chus sûr que ça va être correct. 

Probablement que l’vice-amiral était pas si cave que ça. Yinque à voir, y voyait ben que ça avait pas d’allure. En vrai, y’avait la chienne : 

« Un fou d’une poche, moé-là! Voir si j’vas aller dire au roi qu’y a un problème avec sa bébelle! »

C’est ça, l’affaire, avec les climats de terreur. Ça a l’air le fun de même : tout l’monde obéit pis ça y va aux toasts! Mais quand y’a d’quoi qui va mal pis faut vraiment que tu l’saches, ben parsonne te dit rien.

Faique toute continua comme si de rien n’était, pis l’reste, vous l’savez : yinque 20 menutes après avoir quitté l’chantier naval où y’avait été bâti, le Vasa coula, entraînant avec lui une trentaine de personnes qui étaient resté pognées dans l’pont inférieur. 

Y’eut une commission d’enquête, où tout l’monde trouva ben pratique de dire que c’tait d’la faute du premier chef constructeur qui, lui, avait l’avantage d’être mort. Parsonne fut puni. 

Mais c’tait pas la fin d’l’histoire. 

Trois siècles plus tard, le Vasa fut sorti d’l’eau par une gang d’archéologues, pis y’était quasiment intact, avec les voiles, les canons, la vaisselle, jusqu’aux bobettes d’archange que les marins avaient apportées pour leu voyage. Un vrai trésor! Pis on peut le voir au complet, toute d’un boutte pis ben nettoyé, dans un musée bâti exprès pour lui à Stockholm. 

La Vasa d’nos jours.

Ça f’rait une belle jambe à Gustave II Adolphe, mais au moins, toute ça aura pas sarvi à rien!

Kid Kodak : Henri IV de France pis ses portraits

Aujourd’hui, c’est le 411 anniversaire d’Henri IV, roi de France – tsé, le gars de l’autoroute du même nom, à Québec?

Y’a été tué en pleine rue par François Ravaillac, un fanatique religieux qui pensait que le roi était l’Antéchrist.

Mais bon; mettre des tites bulles drôles sur la peinture de son assassinat, c’t’un peu… J’me sentais pas à l’aise avec ça, faique j’ai décidé de faire autre chose.

Voyez-vous, notre Henri IV était un kid kodak avant l’heure. Y’aimait pas mal ça, s’faire tirer l’portrait.

Faut dire aussi que lui, au départ, c’tait le roi de Navarre. Y’a hérité du trône de France parce que la dynastie des Valois a trouvé l’tour de passer au travers de toutes ses héritiers mâles, pis comme les Français interdisaient aux « gonzesses » d’hériter du trône, ben y’a fallu qu’y’armontent neuf générations en arrière pour se trouver un roi.

J’vous dis ça parce que c’est pas tout l’monde qui trouvait que son auguste darrière avait légitimement d’affaire là. Faique, en utilisant des portraits, y’a lancé une espèce d’opération de relations publiques pour ben paraître pis asseoir comme faut son pouvoir.

Faisons une tite rétrospective.

Le v’là à 15 ans, avec un beau pinch mou. C’est magnifique. Enlève le colette, pis on dirait un nerd qui rentre d’un tournoi de cartes Magic, ben certain qui va gagner, pis qui tient les portes aux filles en disant « Mad’moiselle ».

Notez le pif pis le r’gard de braise – vous allez les arvoir souvent.

Le r’vla quatre ans plus tard, à ses noces, avec Marguerite de Valois, alias la reine Margot, tsé comme dans la vue avec Isabelle Adjani pis Daniel Auteuil.

Comme on peut l’voir à leux faces qui irradient le wouptidou, y s’aimaient pas pantoute. C’tait un mariage arrangé par Catherine de Médicis, la mére à Marguerite, dans l’espoir de faire slaquer la guerre entre catholiques et protestants. Parce que, ouais, Henri était protestant; à cause de ça, y pouvait pas rentrer dans Notre-Dame, faique la cérémonie de mariage a eu lieu su’l perron d’la cathédrale.

Y’ont pas eu d’enfants, pis finalement, Henri a fini par faire annuler son mariage avec Marguerite, pis y s’est armarié avec Marie de Médicis, qui lui a donné un héritier doué de zouiz quasiment tu’suite.

D’ailleurs, quins, argardez l’beau tit portrait de famille avec toutes les enfants (Louis, Elizabeth, Christine – pis l’ti poute, dans son cârosse, c’est MONSIEUR d’Orléans) pis euh… euh… L’gars dans l’coin, là? En bas? C’est Guillaume Fouquet de la Varenne. Y v’nait d’une famille bourgeoise, pis y’était cuisinier pour la sœur d’Henri. Fouillez-moé comment, mais c’est devenu l’grand chum d’Henri, pis y lui a même sauvé la vie à la bataille de Fontaine-Française.

Mais bon. C’est bizarre. Y’a l’air photoshoppé dans’peinture. Tsé, c’t’un peu comme aller au studio Sears avec les flos pour une séance photo quétaine avec des pommes pis mettre ton courtier d’assurances dans l’coin. Ou bedon, ton chum de gars qui travarse une mauvaise passe pis que t’as accepté d’héberger dans ton sous-sol, mais là y s’incruste pis ta blonde est à boutte. En passant, son papier dit « Il m’a fait quérir l’honneur et donné le bien ». Au moins, y’est arconnaissant.

Comme j’vous disais, Henri s’sarvait aussi de ses portraits pour faire un ti peu de propagande, genre :

Là, on l’voit en armure, l’épée dins airs, toute drette, avec un sourire de champion. à gauche, c’est l’nœud gordien, tsé lui qu’Alexandre le Grand a fendu en deux. À drette, c’t’un mini Hydre de Lerne toute étêté, comme dins douze travaux d’Hercule. Tu’suite, on voit qu’y s’prenait pas pour d’la marde.

Mais c’pas fini!

Le faite qu’Henri était protestant, ça fâchait ben du monde, dont la Ligue catholique, qui voulait ARDJIEN savoir de lui su’l trône de France. Y leu a faite la guerre pendant des années. Un m’ment’né, pour acheter la paix, y’a fini par se convertir au catholicisme, mais même à ça, la Ligue continua de l’attaquer comme un chien qui a les dents pognées dins culottes du facteur.

Quand y réussit enfin à avoir l’dessus, cinq ans après sa conversion, on y tira c’te beau portrait-là :

Faique le but de t’ça, c’tait de l’arprésenter en Mars, dieu d’la guerre chez les Romains. Y tient l’bâton du boss, pis y’a l’pied su les bouttes d’armure de ses ennemis vaincus. Notez son armure rose flash! Ça, ça montre que l’rose, ça a pas toujours été associé aux p’tites filles. En faite, jusqu’aux années 1930, le rose, c’tait une couleur associée aux p’tits gars, un genre de rouge-lite qui arprésente la force. Les p’tites filles, elles, étaient habillées en bleu pâle, la couleur d’la sainte Vierge.

Faique les gars, j’vous encourage à mettre des ch’mises roses! Ça fait tellement ben!

Ok. Là on arrive à mon image préférée.

ARGARDEZ. SA. FACE. J’me peux pu. Y’a l’air d’un comédien poche qui joue un héros dans une pièce de théâtre d’été pis qui a apporté son costume à maison pour surprendre sa femme.

Dans c’te portrait-là, y’a r’pris l’idée de l’Hydre de Lerne, mais là, y’est allé à fond. Y’est carrément habillé en Hercule, avec la massue pis toute. Même si la face fait son âge, le corps est toute jeune pis fringant. C’est pour montrer la vigueur pis la santé du roi, mais finalement, ça donne juste le goût d’rire.

Pis là, l’apothéose. Comme j’vous disais au début, y’a été assassiné le 14 mai 1610. Mais même dans’mort, y’avait pas dit son darnier mot. Tchéquez-ça :

(Si c’est trop p’tit, cliquez avec le piton drette pis faites « Voir l’image dans un nouvel onglet »)

Méchante affaire, hein? À gauche, Henri s’fait emmener su l’mont Olympe par Jupiter pis Saturne comme un homme devenu dieu. Au milieu, deux Victoires nu boules s’arrachent les ch’feux. À drette, t’as Marie, la veuve à Henri, qui s’fait offrir la régence du royaume, vu que son gars Louis XIII est encore trop jeune pour régner. Est toute triste pis humble.

C’est la France en parsonne qui y tend l’globe du pouvoir pour qu’a l’prenne. Autour d’elle, y’a la Prudence, la Providence pis la déesse Minerve qui l’encouragent. Pis en bas, ben… c’t’une gang d’hystériques qui endurent pas l’incertitude.

Faique c’est ça! Mais avant d’partir, j’ai un darnier nanane pour vous-autres. Henri, y s’est pas limité à un seul médium pour ben paraître…

Fig. 3