La vengeance de sainte Olga de Kiev

Mais pourquoi sainte Olga de Kiev a l’air aussi à pic dans son portrait?

C’est qu’elle est surtout connue pour la façon dont elle a complètement déconcrissé la tribu des Drevlianes, qui l’avaient faite veuve. Si la vengeance est un plat qui se mange froid, Olga, elle, a servi à ses ennemis une platée de cipâte ben brûlante; une pointe de pâté à la viande; des bines; du ragoût de pattes; du pouding chômeur pis des pets de sœur – avec une shot d’arsenic dedans.

Olga était la femme d’Igor, le grand-duc de la Rus’ de Kiev (un État qui a existé du IXe au XIIIe siècle, dans ce qui est astheure l’Ukraine). Et en tant que grand-duc, Igor allait de temps en temps faire un tour chez les tribus voisines et exigeait, comme les Hell’s avant le temps, de l’argent en échange de sa protection.

En général, ça passait pas pire; mais cette fois-là, chez les Drevlianes, Igor a ambitionné sur le pain béni, pis y’ont pogné les nerfs : ils l’ont capturé, ont plié deux bouleaux pour que le haut touche à terre, ont attaché un pied d’Igor à chaque boutte, pis ont lâché les bouleaux pour qu’ils se déplient d’une shot. Chlak-skritch. Pu d’Igor.

Le petit gars d’Igor et d’Olga, Svyatoslav, se retrouvait donc grand-duc à l’âge de trois ans. Mais comme il était pas assez vieux pour, tsé, attacher ses lacets tout seul, et encore moins pour régner, c’est sa mère qui allait le faire à sa place en attendant qu’il devienne majeur. Sachant ça, Mal, le prince des Drevlianes, se mit à se frotter les mains :

« Heille, c’est tu d’adon, ça! Un bébé pis une p’tite madame! Y vont être faciles à mener par le bout du nez, pis je vais devenir le grand boss de la Rus’ de Kiev! Mouahaha! »

Faique il envoya une vingtaine de ses gars en bateau à Kiev voir Olga et lui transmettre le message suivant :

Chère Madame,
J’ai tué ton mari en le fendant en deux sur le sens de la longueur.
On se marie-tu?
Soye assurée, Madame, que je me fendrais en quatre pour toé.
Avec tendresse,
Ton Malichou

Fallait quand même avoir du front tout l’tour de la tête pour oser demander une femme en mariage quand le cadavre de son mari est même pas encore frette! Surtout quand, tsé, c’est de ta faute si y’est mort. Pis que t’as fait exprès. Mais Mal, lui, y se bâdrait pas avec les détails.

Faique on s’entend qu’Olga fut pas particulièrement impressionnée par le front de Mal, pis encore moins par sa plume. Elle devait être en tabarnak, mais elle le montra pas pantoute. Au lieu de brailler pis faire des sparages, elle répondit ben calmement aux visiteurs, sans dire si elle acceptait ou non de devenir Madame Mal :  

« Nobles étrangers, vous me pognez un peu de court. J’étais pas vraiment prête à vous recevoir avec les honneurs. Donnez-moi une chance de me reprendre. Retournez dans votre bateau pour à soir, pis demain, quand mes hommes viendront vous chercher, faites vos frais-chiés et exigez qu’ils vous portent dans votre bateau jusqu’à moi. »

Dans la nuit, la ratoureuse Olga fit creuser une grosse fosse sur le bord de son château. Le lendemain, elle convoqua les émissaires drevlianes, qui firent exactement comme elle avait dit, même si c’était un peu bizarre. Alors, les hommes de la grande duchesse transportèrent le bateau, les gars à bord, jusqu’au château. Les émissaires tripaient, eux-autres là, à se faire porter de même comme des empereurs! Mais leur balloune péta sur un moyen temps quand les hommes d’Olga les dompèrent dans la fosse qu’ils avaient creusée la veille dans’nuite. C’est là qu’Olga arriva. A se pencha au bord de la fosse et dit :

« Pis, c’est tu assez d’honneurs pour vous-autres? »

Pis là, elle ordonna qu’on enterre les émissaires vivants. Quins!

Mais Olga était loin d’avoir fini. Aussitôt après, elle envoya un message au prince Mal pour lui dire qu’elle acceptait sa proposition, mais qu’il devait lui envoyer ses plus nobles et ses meilleurs pour l’escorter jusque chez eux – elle était quand même la grande duchesse, tsé.

Pas méfiant pour deux cennes, le prince accepta d’envoyer une délégation de ses chefs de clan sans se demander ce qui était arrivé à la première gang qu’il avait envoyée à Kiev.

Olga accueillit les Drevlianes avec tous les honneurs; elle les invita même à aller se laver dans son pavillon de bain personnel. Pas plus fins que ça, les émissaires entrèrent, se mirent tous flambant nus et se garrochèrent dans l’eau, tout contents. Or, le sourire leur partit vite de la face : la grande duchesse fit barrer les portes et crisser le feu au pavillon, et ils furent tous brûlés vifs.  

Pour Olga, c’était pas encore assez. Elle envoya un autre message au prince Mal – qui, ça s’en venait clair rendu là, était pas le crayon le plus aiguisé de la boîte – et lui dit qu’elle s’en venait le trouver. Elle lui demanda de préparer un grand festin funéraire pour son mari afin qu’elle puisse l’honorer comme du monde avant de se remarier. Elle ajouta :

« Ah, pis prépare BEAUCOUP d’hydromel! On va se lâcher lousses! »

Mal accepta, et Olga se mit en route pour Iskorosten, la capitale des Drevlianes. Arrivée là-bas, elle alla d’abord voir la tombe de son Igor pour pleurer celui qu’elle digérait vraiment pas d’avoir perdu.

Le soir, au festin, les Drevlianes s’en venaient pas mal chaudailles. Mais Olga et sa suite, eux-autres, restaient ben sobres. Même, ils encourageaient leurs hôtes à boire en leur versant bock d’hydromel après bock d’hydromel. À la fin de la soirée, les Drevlianes étaient tous saouls morts, drette comme Olga voulait.

Et là, la grande duchesse, aussi frette et insensible que l’nordet, donna l’ordre à ses hommes :

« Tuez-les toutes. »

Ce fut le massacre total*; personne en réchappa. On aurait pu croire qu’Olga serait juste repartie ben tranquillement prendre son Bovril à Kiev près avoir étêté la tribu de ses ennemis, mais y’avait juste pas encore assez de sang drevliane qui avait coulé pour noyer sa peine. De retour à Kiev, elle ramassa son armée et retourna à Iskorosten pour la dernière étape de son plan : raser la ville au solage.

Les Drevlianes, ou ce qui en restait, se présentèrent devant Olga et la supplièrent de pas attaquer :

— S’il vous plaît, noble Madame, faites-nous pas mal! On va vous donner des fourrures pis du miel!

— Ah, ben non, ben non, répondit Olga. J’ai juste une petite demande à vous faire. Je suis pas rapace comme feu mon mari, moi : je veux que vous m’apportiez trois pigeons et trois moineaux de chaque maison. Un tout petit cadeau – je le sais que vous êtes pas trop en moyens ces temps-citte.

— …Hein? Pour vrai? demanda le représentant des Drevlianes, plein d’espoir.

— Wo-oui, pour vrai, fit Olga avec un sourire aussi doux que celui de la bonne sainte Vierge.

— Ah! Fiou! Merci! Merci Madame! Vous êtes trop fine!

Alors les Drevlianes, soulagés et reconnaissants, allèrent chercher les oiseaux qu’Olga avait demandés. À la nuit tombée, la grande duchesse ordonna à ses hommes d’attacher un p’tit boutte de soufre aux pattes de chaque oiseau avec de la ficelle. Une fois relâchés, les oiseaux, ben crère, retournèrent à leur pigeonnier ou à leur nid sous les combles, dans la ville. Et à la première étincelle, FROUSH : le feu pogna. Pis ça flamba en saint simonac.

La ville d’Iskorosten brûla au complet; pas moyen d’éteindre les flammes, parce qu’y avait pas une maison qui était pas en feu. Et quand les habitants essayèrent de se sauver, les hommes d’Olga les pognèrent et les massacrèrent; d’autres furent vendus comme esclaves; d’autres encore, laissés en vie pour qu’ils puissent continuer de payer un tribut à la grande duchesse.

À c’t’heure que les Drevlianes étaient pu yinque un tas de cendres, Olga, enfin, s’était assez vengée.

Elle retourna à Kiev, régna avec jarnigoine et gros bon sens au nom de son fils pendant 18 ans, mit en place le premier système d’impôts de l’Europe de l’Est et fut la première de son peuple à se convertir au christianisme**.

Pas pire pour une p’tite madame qu’on croyait facile à manipuler!

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*La légende dit qu’ils en ont tué 5 000, mais faudrait pas charrier.

** C’est pour ça qu’elle a été canonisée – ça prenait pas grand-chose, dans ce temps-là.


Source principale : Nestor, The Russian Primary Chronicle (vers 1113). https://www2.stetson.edu/~psteeves/classes/rusprimaryolga.html

2 commentaires sur “La vengeance de sainte Olga de Kiev

  1. Ah ben là chu toutte émoustillée de ce que je viens de lire et de m’instruire de… C’est même pas que c’est parce que c’est drôle que je ris, ben non; mais quand même, je me suis permise une bonne dose de bon rire gras parce que j’suis allée le chercher dans le fin fond de mes poumons qu’yavait pas ri de même depuis belle lurette, maluron maluré. Merci à autourdupoeleabois que je découvre ici même et que je veux suivre pour de bon.

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