La vengeance de sainte Olga de Kiev

Chère Madame,
J’ai tué ton mari en le fendant en deux sur le sens de la longueur. 
On se marie-tu?
Soye assurée, Madame, que je me fendrais en quatre pour toé. 
Avec tendresse, 
Ton Malichou

Tu fais quoi, quand t’arçois un message de même? 

Tu brailles? Tu fais l’bacon? Tu crisses toute à terre?  

Si t’es la grande duchesse Olga de Kiev, toute ça, c’t’indigne de toé. Nonon. C’que tu fais, c’est v’nir ben, ben frette en d’dans, comme un Monsieur Freeze bleu. Pis concentrer toute ta rage dans une seule affaire : la destruction totale de tes ennemis. 

Le mari d’Olga, c’tait Igor, l’grand-duc de la Rus’ de Kiev (un État qui a existé du IXe au XIIIe siècle, dans l’Ukraine d’à c’t’heure). Pis en tant que grand-duc, Igor allait de temps en temps faire un tour chez les tribus voisines pis faisait un peu comme les Hell’s avant le temps, c’t’à-dire aller faire peur au monde pour qu’y lui donnent des bidous en échange de sa « protection ». 

En général, ça passait; mais là, une fois, quand y’était en s’en r’venant de chez la tribu des Drevlianes, Igor dit à ses gars :

« Tendez menute, messemble qu’y aurait moyen de leur téter encore plus. Vous autres, v’nez avec moé, pis vous-autres, continuez avec le stock, on va vous arjoindre tantôt. »

Ça, c’tait ambitionner sur le pain béni. Pis Mal, le prince des Drevlianes, commençait à être tanné de s’faire dévaliser fois après fois comme un chalet dans l’bois à l’automne, faique y décida de mettre son pied à terre :

« Heille là, là, si on le laisse faire à toué fois, y va tout le temps être rendu chez nous, pis un m’ment’né, on n’aura pu rien. Engordez lé, y s’prend pour qui? Y’arvient avec même pas toute son monde! Y’est au-dessus de ses affaires. C’est not’chance. »

Faique Mal et ses gars le pognèrent, pis au lieu d’y aller avec un classique, de quoi de propre – genre, un coup d’épée dans l’ventre –, ben y décidèrent d’être créatifs. Y plièrent deux bouleaux pour que le haut touche à terre, attachèrent un pied d’Igor à chaque boutte, pis arlâchèrent les bouleaux pour qu’y se déplient d’une shot. Chlak-skritch. Pu d’Igor. 

Ark. 

Igor avait comme seul héritier un p’tit boutte de trois ans, Svyatoslav. Mais comme y’était pas assez vieux pour, tsé, attacher ses lacets tout seul, pis encore moins pour régner, c’est Olga, sa mére, qui régnerait pour lui en attendant qu’y vienne majeur. Sachant ça, le prince Mal se mit à se frotter les mains : 

« Heille, c’est tu d’adon, ça! Un bébé pis une p’tite madame! J’ai yinque à marier la veuve, pis après ça, m’a pouvoir faire faire c’que j’veux au p’tit! M’as devenir le grand boss de la Rus’ de Kiev! Mouahaha! » 

Faique y’envoya une vingtaine de ses gars en bateau à Kiev voir Olga pour y transmettre la nouvelle pis sa demande en mariage. 

On s’entend qu’Olga fut pas particulièrement impressionnée par le front de Mal – parce qu’y fallait en avoir tout l’tour de la tête pour oser demander une femme en mariage quand le cadavre de son mari est même pas encore frette! Surtout quand, tsé, c’est de sa faute si y’est mort. Pis qu’y a faite exprès.

A devait être en tabarnak, mais a le montra pas pantoute. A resta ben fine avec les visiteurs, mais leu dit pas si a l’acceptait ou non de devenir Madame Mal :  

« Nobles étrangers, vous me pognez un peu les culottes à terre. J’étais pas vraiment prête à vous arcevoir avec les honneurs. Donnez-moi une chance de m’arprendre. Artournez dans votre bateau pour à soir, pis demain, quand mes hommes viendront vous charcher,  demandez-leu qu’y vous portent dans votre bateau jusqu’icitte, comme les bigs shots que vous êtes. »

Dans’nuite, la ratoureuse Olga fit creuser une grosse fosse su’l bord de son château. Le lendemain, a convoqua les émissaires drevlianes, qui firent exactement comme a l’avait dit, même si c’tait un peu bizarre. Alors, les hommes de la grande duchesse emmenèrent les émissaires jusqu’au château. Y tripaient, eux-autres là, à se faire porter de même comme des empereurs! Mais leu balloune péta s’un moyen temps quand y se firent domper, bateau inclus, dans la fosse creusée dans’nuite. Pis c’est là qu’Olga arriva. A se pencha au bord de la fosse pis dit :  

« Pis, c’est tu assez d’honneurs pour vous-autres? » 

Et là, a l’ordonna qu’on enterre les émissaires vivants. Quins! 

Mais Olga était loin d’avoir fini. Aussitôt après, a l’envoya un message au prince Mal pour y dire qu’a l’acceptait de se marier avec lui, mais qu’y devait y’envoyer ses plus nobles pis ses meilleurs pour l’escorter jusque chez eux – a l’était la grande duchesse, quand même!  

Pas méfiant pour deux cennes, le prince accepta d’envoyer une délégation de ses chefs de clan sans se d’mander c’qui était arrivé à la première gang qu’y avait envoyée à Kiev. 

Olga accueillit les Drevlianes avec toutes les honneurs; a les invita même à aller se laver dans son pavillon de bain parsonnel. Pas plus fins que ça, les émissaires entrèrent, se mirent toutes flambant nus pis se garrochèrent dans le bain, tout contents. Or, le sourire leu partit d’la face s’un moyen temps quand la grande duchesse fit barrer les portes. A l’ordonna à ses hommes de crisser le feu au pavillon, pis les pauvres émissaires finirent toutes rôtis comme des poulets du Saint-Hubert.  

Pour Olga, c’tait pas encore assez. A l’envoya un autre message au prince Mal – qui clairement, rendu là, avait montré qu’y était pas le crayon le plus aiguisé de la boîte – et y dit qu’a s’en venait le trouver. A y d’manda de préparer un grand festin funéraire pour son mari pour qu’a puisse l’honorer comme du monde avant de s’armarier. Pis a l’ajouta : 

« Ah, pis prépare BEAUCOUP d’hydromel! On va se lâcher lousses! »

Mal accepta, pis Olga s’mit en route pour Iskorosten, la capitale des Drevlianes. Arrivée là-bas, a l’alla d’abord pleurer Igor su sa tombe. 

Le soir, au festin, les Drevlianes s’en venaient pas mal chaudailles. Mais Olga et sa suite, eux-autres, y restaient ben sobres. Même, y’encourageaient leux hôtes à boire en leu varsant bock d’hydromel après bock d’hydromel. À’fin d’la soirée, les Drevlianes étaient toutes saouls morts, drette comme Olga voulait.

Et là, la grande duchesse, aussi frette et insensible que l’nordet, donna l’ordre à ses hommes : 

« Tuez-les toutes. » 

Ce fut le massacre total; pas un noceur arsortit de d’là vivant. On aurait pu croire qu’Olga s’rait juste arpartie ben tranquillement prendre son Bovril à Kiev près avoir étêté la tribu à ses ennemis, mais y’avait juste pas encore assez de sang drevliane qui avait coulé pour nèyer sa peine. Après avoir arfaite la trotte jusqu’à Kiev, a ramassa son armée pis artourna à Iskorosten pour finir la job…

Les Drevlianes, ou ce qui en restait, se présentèrent devant Olga pis la supplièrent de pas attaquer : 

— Sivouplaît, noble Madame, faites-nous pas mal! On va vous donner des fourrures pis du miel! 
— Ah, ben non, ben non, répondit Olga. J’ai juste une p’tite demande à vous faire. Je suis pas rapace comme feu mon mari, moé : je veux que vous m’apportiez trois pigeons et trois moineaux de chaque maison Yinque une tite affaire de rien, en signe de votre loyauté – je le sais que vous êtes pas trop en moyens ces temps-cittes. 

Ouin, je l’sais que ça a l’air bizarre. Mais c’est ça que l’histoire dit, faique mettons qu’on embarque là-dedans. 

— Hein? Pour vrai? demanda le représentant des Drevlianes, plein d’espoir. 
— Wo-oui, pour vrai, fit Olga avec un sourire aussi doux que celui d’la bonne sainte Vierge. 
— Ah! Fiou! Merci! Merci Madame! Vous êtes trop fine! 

Alors les Drevlianes, soulagés pis  arconnaissants, allèrent charcher les oiseaux qu’Olga avait demandés. À’nuite tombée, la grande duchesse ordonna à ses hommes d’attacher un p’tit boutte de soufre aux pattes de chaque oiseau avec d’la ficelle. Une fois arlâchés, les oiseaux, ben crère, y’artournèrent à leu pigeonnier ou à leu nid en d’sour des combles, dans’ville. Pis à la première étincelle, FROUSH : le feu pogna. Pis ça flamba en saint simonac. 

La ville d’Iskorosten brûla au complet; pas moyen d’éteindre les flammes, parce qu’y avait pas une seule maison qui était pas en feu. Pis quand les habitants essayèrent de se sauver, les hommes à Olga les pognèrent pis les massacrèrent; d’autres furent vendus comme esclaves; pis encore d’autres, laissés en vie pour qu’y puissent continuer de payer un tribut à’grande duchesse. 

À c’t’heure que les Drevlianes étaient pu yinque un tas de cendres, Olga, enfin, s’était assez vengée. A s’en alla, satisfaite, avec les braises d’la ville qui s’consumaient encore en arrière.

A r’tourna à Kiev, régna avec jarnigoine et gros bon sens au nom de son fils pendant 18 ans, pis même après ça, parce que son fils Svyatoslav voulait rien savoir de gouverner – y trouvait ça plate à mort, pis y voulait yinque guerroyer avec ses chums. A mit en place le premier système d’impôts de l’Europe de l’Est pis fut la première de son peuple à se convartir au christianisme – c’est pour ça qu’elle a été canonisée. 

Pas pire pour une p’tite madame qu’on croyait facile à manipuler!


Source principale : Nestor, The Russian Primary Chronicle (vers 1113). https://www2.stetson.edu/~psteeves/classes/rusprimaryolga.html

3 commentaires sur “La vengeance de sainte Olga de Kiev

  1. Ah ben là chu toutte émoustillée de ce que je viens de lire et de m’instruire de… C’est même pas que c’est parce que c’est drôle que je ris, ben non; mais quand même, je me suis permise une bonne dose de bon rire gras parce que j’suis allée le chercher dans le fin fond de mes poumons qu’yavait pas ri de même depuis belle lurette, maluron maluré. Merci à autourdupoeleabois que je découvre ici même et que je veux suivre pour de bon.

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  2. Formidable Olga!
    Je pige pas tout tout, comme je suis français… nul n’est parfait, mais le parler Québécois ajoute clairement! Bravo
    Pour info, le génial groupe bordelais Gorod a fait tout un album de cette histoire, appelé « A perfect absolution »
    Je vais lire d’autres articles de ce pas… merci =)

    Aimé par 1 personne

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