Æthelflæd, la princesse qui sacra une volée aux Vikings

**C’est une version remastérisée 4K Ultra HD Dolby Surround 7.1 d’un de mes plus anciens articles. Mais c’est pas juste « du vieux stock »! J’ai refait mes recherches, réorganisé le contenu et ajouté beaucoup de choses!


Au IXe siècle, ça allait ben mal en Angleterre. En fait, l’Angleterre comme telle existait même pas encore : c’était juste un tapon de petits royaumes anglo-saxons, comme la Mercie et le Wessex, attaqués de tous bords tous côtés par les Vikings qui pillaient, violaient, tuaient pis brûlaient tout ce qui bougeait – pis ce qui bougeait pas. Bref, c’était la grosse misère noire.

C’est dans ces années-là que grandit Æthelflæd*, la fille aînée d’Alfred, roi du Wessex. Alfred, qu’on a fini par appeler « le Grand », c’est le Charlemagne des Anglais : un protecteur des arts pis de l’éducation, qui rêvait d’un grand royaume uni. Il fit éduquer sa fille aussi ben que ses fils, pis la princesse en apprit beaucoup sur la politique et la guerre, juste à le regarder aller.

Quand Æthelflæd eut l’âge qu’y fallait, Alfred arrangea son mariage avec le seigneur Æthelred de Mercie, son voisin, histoire de se mettre chum avec. C’est de même qu’il scella une alliance militaire entre le Wessex et la Mercie pour mieux combattre les Vikings.

Là, vous devez être comme : « Voyons, c’tu moé, où y s’appellent toute Æthel-quequ’chose? » Vous avez rien vu : le père d’Alfred s’appelait Æthelwulf, ses frères s’appelaient Æthelbald, Æthelberht pis Æthelred, ses neveux s’appelaient Æthelhelm pis Æthelwold, pis une autre de ses filles s’appelait Æthelgifu. « Æthel », en vieil anglais, ça voulait dire « noble ». C’qui faut en retenir? Les nobles saxons, y manquaient peut-être d’imagination, mais y se prenaient pas pour de la marde.

Mais revenons à nos moutons. Pas longtemps après ses noces, Æthelflæd eut une fille, Ælfwynn. Normalement, son rôle, comme celui des autres femmes du temps, aurait dû se limiter à produire une trâlée d’héritiers – des gars, de préférence. Sauf que ça se passa pas de même :

« Bon, ben, mon mari, c’est ben d’valeur, mais c’est fini les mamours à partir d’à c’t’heure. J’ai fendu de bord en bord en accouchant d’Ælfwynn, pis c’est juste pas digne de la fille d’un roi de souffrir de même. Y’est pas question que je r’commence. »

En plus, quelques années plus tard, Æthelred, qui était pas mal plus vieux que sa femme, pogna une maladie qui le rendit grabataire et pas capable de s’occuper de son royaume. Faique Æthelflæd mit ses culottes et régna sur la Mercie à sa place.

Mais on s’entend qu’avec les Vikings dans le coin, c’était pas pour être relax. Pas intimidée pour deux cennes, Æthelflæd fortifia des villes, signa des traités, entre autres avec les Écossais, pis mena des campagnes militaires en son nom à elle, ce qui était vraiment pas ordinaire pour le temps. On se mit à parler d’elle jusque dans les autres royaumes.

C’est d’ailleurs des Irlandais que nous vient l’histoire de la bataille de Chester. Dans les « Annales fragmentaires », y racontent qu’un m’ment’né, Ingimund, un chef viking, pis sa gang de fiers-à-bras arsourdirent chez Æthelflæd, la falle ben basse :

– Bonjour, Votre Splendeur. Les Irlandais nous ont crissés dehors, pis on a nulle part où aller. On pourrait-tu s’installer dans votre boutte? Pas pour vous faire de la marde, là. On est tannés de la guerre pis du tuage. On veut juste s’installer tranquilles – une p’tite maison, une femme, une couple de vaches pis des flots. Vous voyez le genre? 
– Ouin…. Si vous promettez de vous tenir tranquilles, j’peux ben vous donner des terres pas loin de Chester, répondit Æthelflæd. Mais vous avez d’affaire à filer doux, c’tu clair?
– Oui oui, pas de trouble, Votre Magnificence. On va être fins, promis.

Ingimund s’installa donc où Æthelflæd lui avait dit. Mais là, y trouva ben vite que ses terres faisaient dur à côté des autres dans le boutte de Chester, faique il alla se lamenter à ses chums vikings qui restaient pas loin :

« Les gars, on ira pas chier loin avec des terres de marde. Un fou d’une poche, moé, comme si j’allais continuer de me barrer le dos à enlever des roches dans mon champ de ti-coune quand y’a plein de bonnes terres autour pis une ville bourrée de richesses qui attendent yinque d’être ramassées! Si on se met en gang pis on se rend à Chester, on va leur demander poliment de nous donner plus de terres. Pis si ça marche pas, ben on attaque, on tue tout le monde pis on prend la place. Ça marche-tu? »

Faique Ingimund et compagnie se préparèrent à marcher sur Chester. Y se pensaient ben fins, eux-autres-là : c’était pas le seigneur de Mercie pis sa femme – un vieil infirme pis une petite madame – qui allaient leur faire peur. Y le savaient pas encore, mais le sourire allait leur débarquer de dans la face. Assez raide à part ça.

C’est parce qu’Æthelflæd avait des oreilles partout, pis elle avait vite entendu parler de la petite jasette qu’Ingimund avait eue avec les autres chefs vikings. Elle niaisa pas avec la puck : elle rassembla drette là l’armée mercienne et clancha pour défendre la ville.

À son arrivée à Chester, Ingimund, comme prévu, demanda qu’on lui donne ce qu’y voulait, sous peine de crise de bacon meurtrière. Y se fit revirer de bord assez sec. Ça allait être le carnage.

Mais, loin d’être folle, Æthelflæd avait une idée ben précise. Elle commença par affronter les Vikings dans les champs autour de Chester. Puis, après une petite secousse, elle ordonna à ses troupes de rentrer dans la ville, comme s’ils se sauvaient.

Ingimund pis sa gang, tellement attisés qu’ils voyaient pu clair, partirent après les soldats d’Æthelflæd et les suivirent jusqu’à l’intérieur de la ville. C’était ben de valeur pour eux-autres, parce que dès qu’ils furent rentrés, Æthelflæd fit fermer les portes derrière eux, pis le reste des troupes merciennes, qui étaient restées cachées dans la ville, les défirent en bouttes jusqu’au dernier.

Æthelflæd était ben fine, mais fallait pas la prendre pour une valise.  

Rendu là, son père, Alfred, avait trépassé. Edward, le frère d’Æthelflæd, lui avait succédé sur le trône du Wessex. Faique pendant qu’Æthelred dépérissait dans sa chaise berçante, Edward et Æthelflæd formaient une équipe de feu contre les Vikings : fantasses, ils menèrent des raids jusque vraiment creux dans le royaume de Northumbrie occupé par l’ennemi.

Les Vikings trouvaient qu’ils commençaient à ambitionner. Faique un m’ment’né, pensant qu’Edward était parti au sud avec ses troupes, pis commettant eux-autres aussi l’erreur de pas se méfier d’Æthelflæd, ils descendirent la rivière Severn jusqu’au beau milieu de la Mercie et se payèrent la traite : pillage, violage, brûlage, tuage – la totale.

Sauf que quand ils voulurent arvirer de bord, les drakkars bourrés de stock volé, Æthelflæd et Edward les attendaient avec une brique pis un fanal à Tettenhall. Pognés entre deux armées, ils mangèrent une volée tellement épouvantable qu’ils s’en remirent jamais vraiment : les Vikings de Northumbrie furent carrément étêtés pis prirent leur trou sur un moyen temps.

Pis là, la maladie finit par achever Æthelred. La Mercie avait plus de seigneur. 

Alors, quand les nobles merciens se réunirent pour jaser succession, ça se passa à peu près de même :

– Bon, ben maudine, notre seigneur a trépassé. Quessé qu’on fait, gang? Y’a pas de gars pour lui succéder…
– Ben, je trouve que la créâture se débrouille pas pire, depuis quasiment dix ans. Si on faisait juste… la laisser continuer de même? C’tu dis de t’ça, toé, mon Ecgberht? – Pas fou, Beorhtfrith, pas fou pantoute! Pis toé, Cynewald, lâche le pichet d’hydromel pis dis nous c’que t’en penses!
– Euh… J’ai pas de trouble avec ça, moé! Faique c’est réglé. On se câlle-tu du sanglier pour fêter ça?

Æthelflæd reçut donc officiellement le titre de « dame des Merciens », faique aussi ben dire qu’elle était reine. Imaginez ça! Une femme sur le trône d’un royaume anglo-saxon, dans la société ultra-macho de l’époque! C’était jamais arrivé avant et ça rarriverait pas avant un méchant boutte.  

Pis pour elle, pas question de se remarier. Comme dit la Bible, « le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église », faique un nouveau mari aurait tout de suite pris possession de ses territoires pis l’aurait envoyée y faire une sandwich.

Faut dire qu’elle avait quand même raison de s’en faire avec ça.

Rendu là, son père, qui rêvait d’unir toutes les royaumes anglos-saxons, était mort. Edward, le frère d’Æthelflæd, qui lui avait succédé sur le trône du Wessex, trouvait lui aussi que ça serait pas pire pantoute d’être roi de toute l’Angleterre. Mais là, y’était ben embêté :

« Bon, qu’est-cé m’as faire, moé-là? Ch’peux pas être roi de toute l’Angleterre sans annexer la Mercie. Mais ça paraît mal en christie de tasser sa propre sœur pour pogner ses terres. »

Faique y fit un compromis : il prit possession des villes de Londres et d’Oxford, qui appartenaient à la Mercie. Ça envoyait un message à Æthelflæd : ch’taime ben, ma sœur, mais tu peux rester là yinque parce que chus pas un trou de cul.

Depuis la bataille de Tettenhall, l’équilibre des forces avait changé pour de vrai. Aethelflaed avait maintenant assez de lousse pour se lancer dans un gros programme de construction de forteresses drette dans la face des Vikings.

Quand elle eut fini, la dame de Mercie passa à l’offensive. Elle profita du fait qu’une partie des Vikings de Derby étaient dans le sud en train de se battre contre Edward pour s’emparer de la ville pis annexer la région au complet. Sa réputation de cheffe de guerre courageuse, efficace et ratoureuse grandissait.

Quand elle se pointa devant la ville de Leicester, occupée par les Vikings, le chef de la place savait ce qui était bon pour lui pis se rendit sans s’astiner.

Un m’ment’né, même les Vikings de la cité d’York décidèrent qu’il valait mieux pour eux-autres d’avoir Æthelflæd de leur bord, faique ils lui promirent leur loyauté en échange de sa protection.

Malheureusement, Æthelflæd mourut avant d’aller là-bas pour rendre ça officiel. Drette de même. Paf. On sait même pas de quoi. Sa fille Ælfwynn lui succéda, mais là, Edward, tanné d’attendre, dit :

« Ok, c’est beau, ma p’tite, Mononc va s’occuper du reste ».

Il shippa sa nièce dans un couvent et s’empara de la Mercie. Ça fit solidement chier les Merciens, mais c’tu voulais qu’y fassent?

C’est plate, mais il y eut quand même une consolation : Æthelstan, le fils d’Edward, avait été élevé chez Æthelflæd, qui s’occupa de son éducation. Il succéda à son père et devint le premier roi d’une Angleterre unie, en grande partie grâce aux succès militaires de sa brillante matante.


*Se prononce « étel-flède »


Sources principales
Le Registre mercien : http://www.dot-domesday.me.uk/mercia_three.htm
Les Annales fragmentaires d’Irlande : http://www.dot-domesday.me.uk/fragments.htm

Les Vikings arsoudent au Vinland, partie 4 : La dérape meurtrière de Freydis Eriksdottir

Partie 1
Partie 2
Partie 3

Freydis, la fille d’Erik le Rouge : c’te femme-là est une légende. Les artisses la représentent souvent comme une belle grande amazone, ses cheveux roux comme un incendie dans le soleil de minuit, avec une armure pis une épée pis toute la patente. Mais là, faudrait se slaquer l’imaginaire un peu, parce qu’on n’est pas dans les vues, pis c’est plus compliqué que ça. L’affaire, c’est que Freydis, dépendamment d’à qui qu’on demande, c’était une héroïne ou bedon une maudite faisant-mal, à l’argent pis sans scrupules.

Les deux principales sagas qui racontent la découverte du Vinland s’entendent pas pantoute sur le rôle de Freydis. À date, moé, j’me basais sur la Saga des Groenlandais. Mais dans la Saga d’Erik le Rouge, y’a une méchante anecdote trop bonne pour pas être racontée, faique j’vas commencer par ça.

Dans la Saga d’Erik le Rouge, Freydis était allée au Vinland en même temps que Thorfinn pis Gudrid. Pareil comme dans la Saga des Groenlandais, le beu fit peur aux Skrælings, sauf que là, y se sauvèrent, pis quand y’arvinrent quelques semaines après, c’était déjà pour attaquer le village. Entécas, je sais pas ce que le beu leur avait dit pour les crinquer de même, mais ça devait être une méchante vacherie (scusez-la).

Mais là, la puck roulait pas pour Thorfinn pis sa gang; les Skrælings étaient juste trop nombreux, faique les Vikings se mirent à battre en retraite.

C’est là que Freydis, enceinte jusqu’aux yeux, sortit de sa maison :

« Voyons, astie, qu’est-cé ça? Êtes-vous après vous sauver comme des pissous? Crime, si j’avais une arme, j’pourrais faire ben mieux que toute vous autres! »

Personne l’entendit, ou ben personne l’écouta, faique Freydis dut se sauver elle avec, mais ça allait pas vite vite à cause de sa bedaine. Rendue dans le bois, avec les Skrælings qui la rattrapaient, elle vit un Viking mort à terre et ramassa son épée. Elle se retourna vers ses poursuivants et se mit prête à se défendre. C’est là qu’elle se sortit les seins de la robe et lâcha un sacrament de cri de guerre en se crissant un gros coup du plat de l’épée sur la poitrine :

« YAAAAAAAAAAHHHHH!!!! »

Les Skrælings restèrent frettes en simonac devant cette espèce de déesse-mère en feu d’la mort qui tue qui hurlait après eux-autres en se frappant elle-même. Faique ils se dirent que ouin, finalement, ça leur tentait pu tant que ça d’attaquer, y’avaient oublié leur ragoût de phoque sur le rond, merci bonsoir! Ils revirèrent de bord et s’enfuirent tellement vite qu’un peu plus pis leurs canots partaient sur la trace.

Thorfinn pis les autres hommes vinrent la trouver pis la félicitèrent pour son courage. Heille, y devaient-tu filer cheap, un peu?

Faique revenons à la Saga des Groenlandais, qui raconte pas la même affaire pantoute. Dans celle-là, Freydis, était mariée avec un gars qui s’appelait Thorvard. Elle, c’était une germaine qui pétait plus haut que le trou, pis lui, c’était un mou qui faisait toute c’qu’a voulait. Y’avait été choisi pour être son mari juste parce qu’y avait ben de l’argent.  

L’été que Thorfinn pis Gudrid arvinrent du Vinland, deux frères, Helgi pis Finnbogi, arrivèrent de Norvège pour passer l’hiver au Groenland. Freydis alla tusuite les voir :

« Heille, ça vous tenterait-tu d’aller au Vinland? J’ai quequ’chose à vous proposer. Vous prenez votre bateau, moé m’a m’en trouver un de mon bord, on embarque à 30 hommes chaque à part des femmes, pis on se sépare le butin égal entre nous autres. Ça a-tu de l’allure? »

Les frères trouvaient que ça avait ben du bon sens, faique Freydis alla voir Leif :

– Heille e’l frère, j’veux aller au Vinland moé avec, tu me donnes-tu la maison que t’as bâtie là-bas?
– J’veux ben te la prêter, la sœur, mais pas te la donner. D’un coup que j’voudrais y r’tourner, tsé.

Freydis, Helgi et Finnbogi venaient yinque de se lancer dins préparatifs de l’expédition, que déjà là, Freydis commençait à manigancer : elle leur passa en dessous du nez cinq hommes de plus que les 30 qu’elle était supposée avoir.

En mer, les deux bateaux étaient censés rester le plus proche possible, mais comme Helgi pis Finnbogi arrivèrent un peu avant Freydis, y commencèrent à s’installer dans la maison à Leif. Faique quand la fille d’Erik le Rouge vit ça, elle dit :

– Heille? Qu’est-cé que vous crissez dans’ maison à mon frère?
– Ben là, ch’pensais qu’on pouvait rester icitte, comme on avait dit avant de partir, répondit Finnbogi.
– Nanon, fit Freydis. C’t’à moé que Leif a prêté la maison, pas à toé, faique claire ta marde.
– T’es sérieuse, là?
– Heille, dit Helgi en r’gardant par-dessus l’épaule de Freydis, c’tu moé où t’as amené plus de monde que t’étais supposée?
– Ben oui, pis? Qu’est-cé que vous allez faire, les crisser à l’eau pour qui s’en retournent au Groenland à’ nage?
– Astie que t’es croche, Freydis, calvaire, dit Helgi en partant avec ses affaires, suivi du reste de sa gang.

Faique Helgi, Finnbogi et leurs gars se bâtirent une maison à eux-autres pas trop loin, tandis que Freydis et son monde se mirent à couper du bois pour remplir le bateau.

Rendu à l’hiver, les frères proposèrent que les deux gangs jouent à des jeux pour se désennuyer. Au début, ça allait pas pire, pis c’tait ben l’fun, mais après un boutte, la chicane pogna pour une niaiserie, faique finalement tout le monde passa le reste de l’hiver à bouder chacun dans son coin.  

Un matin de bonne heure, Freydis se leva, s’habilla pis partit nu-pieds chez Helgi pis Finnbogi, enveloppée dans la grosse cape en laine de son mari parce qu’y faisait frette pis humide. Quand elle arriva à leur maison, elle entra par la porte laissée à moitié ouverte par Helgi, qui était sorti pas longtemps avant ça, probablement pour tirer une pisse ou quequ’chose de même.

Elle resta longtemps dans le cadre de porte sans rien dire. Un m’ment’né, Finnbogi, écartillé dans son lit, l’aperçut :

– Freydis, c’tu fais-là? Tu m’as fait faire un astie de saut!
– J’aimerais que tu te lèves pis que tu viennes avec moé, j’veux qu’on parle.

Finnbogi était ben, lui, dans ses couvartes toutes chaudes, comme un p’tit écureux enveloppé dans sa queue, mais y s’habilla et suivit Freydis. Ils s’assirent sur une souche pas loin de la maison.

– Pis, comment tu trouves ça, icitte, Finnbogi? demanda Freydis.
– C’est pas pire, j’veux dire, la terre est riche pis toute, mais messemble qu’y’a un frette entre nous autres; je comprends pas pourquoi, pis je trouve ça plate pas mal.
– Ouin, moé’ssi je trouve ça, dit Freydis. Faique si chu v’nue te voir à matin, c’est parce que je voudrais échanger mon bateau contre le vôtre, qui est plusse gros. Ch’tannée d’être icitte. Je veux sacrer mon camp pis m’en retourner au Groenland.
– Ah, ben si c’est yinque ça, pas de trouble, ça va me faire plaisir, répondit Finnbogi.

Faique Freydis s’en alla chez elle, pis Finnbogi retourna en t’sour des couvartes. Rendue à’maison, Freydis alla se recoucher à côté de son mari pis le réveilla en y collant ses pieds frettes dans le dos.

– Aaghhhrrr!! C’tu fais là avec tes torvis de grands pieds frettes, saint simonac?
– Thorvard! J’arviens d’aller voir les frères, pis tu créras pas ce qu’y m’ont fait, s’exclama Freydis. Je voulais acheter leur bateau, parce qu’y est plusse gros que l’nôtre, tsé. Mais là, on dirait qu’y ont mal pris ça, ché pas pourquoi, pis y’ont commencé à me brasser pis à me traiter de noms! Après ça, y m’ont sacré une volée, les écœurants!
– Ben voyons, ma chérie, t’es tu correcte?
– Ah, chu correcte! Tu m’connais, chu toffe! Mais mon honneur, lui, c’t’une autre affaire!
– Euh…
– Ben oui, mon honneur, Thorvard! Pourquoi c’est faire que t’es pas déjà deboutte après réveiller tes gars pour aller me venger, maudit branleux?

Thorvard fit une face comme si a y’avait crissé un coup de pied dins gosses.

– Mais là, Freydis, ch’pas sûr que…
– Ben c’est ça, Thorvard, toé, t’es jamais sûr de rien! Tu restes tout le temps là, la bouche ouvarte comme un gros innocent! En tout cas, c’est d’valeur en maudit qu’on soye pas au Groenland, parce que mon frère, lui, ça f’rait longtemps qu’y aurait r’troussé pour me défendre! Astie, si t’es trop lâche pour aller venger mon honneur pis le tien, va falloir que tu te trouves une autre femme, mon gars!   

La voix de Freydis était comme une égoïne qui zigonnait dans son orgueil. Finalement, Thorvard, pu capable d’en prendre, sortit du litte. Y rassembla son monde pis alla à maison des deux frères. Helgi, Finnbogi pis toutes leurs hommes furent garrochés dehors en bobettes pis massacrés, aucun dialogue, flâwk tusuite.

Quand ils y eurent toute passé, Freydis dit :

– Ouin, pis les femmes, eux autres?
– Ben là, Freydis, elles, y t’ont rien faite!
– Donne-moé ta hache.

Freydis pogna la hache des mains de son mari pis rentra dans la maison. Y’eut des sons de bardassage pis des hurlements, pis pu rien. Freydis ressortit, la face pleine de sang pis l’air de quequ’un de satisfait de son ouvrage.

« Là, si on finit par artourner au Groenland, que j’en voye pas un aller bavasser, parce que je vais m’arranger pour qu’y dise pu jamais un mot… On va dire qu’y’ont tellement aimé ça icitte qu’y’ont décidé de rester, c’tu clair? »

Faique au début du printemps, Freydis pis sa gang remplirent le bateau des deux frères ben plein de bois pis d’autres bonnes affaires du Vinland pis s’en retournèrent chez eux.

Rendue au Groenland, Freydis se fit ben généreuse avec le monde de son expédition – c’tait évident qu’a donnait des cadeaux de tous bords tous côtés pour acheter le silence.

Mais ben crère, vous savez comment c’est, ça prend juste un soir de brosse pour qu’un épais s’ouvre la trappe, pis ça commence à mémérer partout dans’ colonie.

Quand Leif entendit ça, y’était crissement pas de bonne humeur. Y’alla chercher trois compagnons à Freydis par le chignon du cou pis les força à avouer ce qui s’était passé : y dirent tous les trois exactement la même affaire.

« Bon, qu’est-cé m’a faire? se demanda Leif. J’ai pas l’cœur de punir ma sœur comme j’sais qu’à mérite. Mais ch’prédis que ses enfants vont avoir d’la misère dans vie, à c’t’heure que ça se sait partout dans’colonie que leu mère est une croche qui a tué plein de monde. »

Faique a s’en est clairé, la maudite! C’est pratique pareil d’être la sœur du chef.

Après ça, les sagas parlent pu des voyages au Vinland. On s’imagine que les Vikings ont fini par laisser faire, étant donné que les Autochtones étaient déjà là pis qu’y’avaient l’avantage du nombre. Mais même si à c’t’heure, le pays s’appelle le Canada pis pas la République démocratique du Vinland, c’te gang de crinqués-là ont quand même faite un exploit que le monde est pas près d’oublier.

Source principale : HON. RASMUS B. ANDERSON, LL.D. The Norse Discovery of America, 1906. https://www.norron-mytologi.info/diverse/norsediscovery.pdf

Les Vikings arsoudent au Vinland, partie 3 : la colonie à Thorfinn pis Gudrid

Partie 1
Partie 2

Quequ’temps après que Leif arvint au Groenland pis que les Eriksson apprirent que Thorvald était mort au Vinland, y’eut une grosse épidémie. Erik, comme ben du monde, péta au frette, pis Leif devint le chef de la colonie.

Un bon jour, un riche marchand islandais, Thorfinn Karlsefni, arsoudut au Groenland, le bateau plein d’affaires à vendre. Le monde qui restaient là étaient ben heureux de voir arriver du nouveau stock – faut ben remplacer ça de temps en temps, ces esclaves-là, qu’y se disaient. Leif, lui, était énarvé comme un p’tit veau du printemps :

« Heille! Si c’est pas mon vieux chum Thorfinn! Ça fait une maudite secousse qu’on s’est pas vus! C’tu fais dans l’boutte d’icitte? Enwoye, rentre, mon homme! Dégreille-toé pis tire-toé une bûche! »

Faique il l’invita à passer l’hiver à Brattahlíð – qui voulait dire « côte à pic » – le domaine qu’il avait hérité de son père. La saison s’écoula dans le plaisir pis l’agrément, mais tandis que l’vent du Nord fessait comme un déchaîné sur la colonie, y’avait pas juste le feu de tourbe qui chauffait le dedans d’la maison à Leif – y’avait aussi la pâssion.

Pas longtemps avant ça, Leif avait accueilli chez eux son ex-belle-sœur, Gudrid. Ex-belle-sœur, parce qu’elle avait été mariée avec Thorstein, le troisième frère Eriksson. Elle était partie avec lui en expédition au Vinland pour ramener le corps de Thorvald, mais leur bateau avait été bardassé de tous les bords par la mer pour enfin se ramasser dans l’établissement de l’Ouest, un autre boutte de la colonie du Groenland. Pendant l’hiver, Thorstein était mort de maladie, pis Gudrid était revenue à Brattahlíð.

Ça a d’l’air que c’était une créâture pas comme les autres, belle comme une princesse, pis brave, pis fine pis pleine de jarnigoine. Thorfinn se reconnaissait pu. Y’était rendu poète!

« Ah! Gudrid, avec ses yeux qui brillent comme une lame de hache ben affilée à’lueur d’la pleine lune de janvier! »

Par Freyja, a y faisait oublier le p’tit Jésus! Faique y niaisa pas avec la puck et la demanda en mariage. Gudrid, qui le trouvait aussi pas mal de son goût, se fit pas prier, pis les noces eurent lieu pas longtemps après, dans le temps de Noël.

Mais là, Gudrid, elle, était restée sur sa faim après le flop de l’expédition avec Thorstein. Elle avait une âme d’exploratrice, pis a voulait y’aller, au Vinland, bon! Faique quand, au printemps, ça commença à jaser de retourner dans le Nouveau Monde, elle se mit tusuite à achaler Thorfinn :

« On pourrait fonder une vraie colonie! On emmènerait des bestiaux pis toute la patente. Pis pas juste des gars, là, des femmes aussi! On se partagerait les profits égal toute la gang. Qu’est-ce t’en penses? »

Thorfinn, en bon marchand qu’y’était, put pas résister à ce qui avait d’l’air d’une bonne affaire. Pis, on va se le dire, y’aurait fait n’importe quoi pour sa belle nouvelle femme. Faique il prit la mer avec soixante hommes, cinq femmes, un beu, pis une gang de vaches qui beuglaient comme des pardues dans le fond de la cale.

C’te fois-là, la traversée de Gudrid se passa numéro un, pis les colons arrivèrent toutes d’un boutte au Vinland. J’vous dis que les vaches étaient contentes en simonac de ravoir de l’harbe en d’sour des sabots!

Le premier été, tout fut tiguidou : une baleine s’échoua pas loin du village, ce qui donna de la viande pour un christie de boutte. Y’avait des fruits, du poisson, du gibier. C’tait ben plaisant. Après, vint l’hiver.  

Le deuxième été, par exemple, les colons vikings tombèrent face à face avec des Autochtones, qu’ils surnommèrent « skrælings » – on n’est pas sûrs de ce que ce mot‑là voulait dire, mais d’la manière que ça sonne, on se doute que ça devait pas être ben ben flatteur.

Mais comme Thorfinn était moins niaiseux que Thorvald, il vit qu’ils avaient des sacs remplis de peaux pis de fourrures, probablement pour troquer, faique il les laissa approcher. C’est le moment que le maudit beu à’marde choisit pour pousser un gros :

« MMEEEEEUUUUHHHHH!!!! »

Les skrælings, qui avaient jamais entendu un son de même de leur vie, pognèrent la chienne et partirent à courir comme des malades. Ils essayèrent même de rentrer dans la maison à Thorfinn et Gudrid, mais Thorfinn bloqua la porte.

Faique là, t’avais une gang de Vikings d’un bord, pis une gang d’Autochtones de l’autre, plongés dans un silence malaisant pis tendu, pas trop sûrs de qu’est-ce qui fallait faire.

Finalement, les Autochtones ouvrirent leurs sacs pour montrer ce qu’il y avait dedans. Ben crère qu’ils voulaient échanger leurs fourrures contre les belles lames en fer des Vikings.

« Que j’en voye pas un leur donner son épée! Faut pas leur mettre ça entre les mains, avertit Thorfinn. Gudrid – toé pis les autres femmes, apportez-leur du lait, voir si y’en veulent. »

Les skrælings avaient jamais vu ça, du lait de vache, pis y trouvèrent ça bon en ti-péché. Ils échangèrent toutes leurs fourrures pour pouvoir se remplir la panse, pis repartirent de y’où c’qu’y’étaient venus.

Même si y’était rien arrivé de plate, Thorfinn, lui, était pas trop rassuré de savoir qu’y’étaient pas tout seuls dans l’boutte. Surtout qu’en plus, Gudrid était enceinte! Faique il fit construire une grosse palissade en bois autour du village. Pas longtemps après, Gudrid accoucha du premier Européen né en Amérique, un beau gros garçon que les heureux parents appelèrent Snorri. Tsé, j’vous l’avais dit que Gudrid, c’était une toffe : fallait le faire pareil, accoucher au milieu de nulle part en terrain semi hostile!

Au début du deuxième hiver, les Autochtones se repointèrent la face, encore avec des sacs pleins de peaux pis de fourrures à troquer. Sauf que là, ça se passa pas aussi ben que la première fois : un skræling essaya de pogner l’arme d’un des hommes, qui lui crissa aussitôt en plein front. Ça le tua ben net.

Les autres Autochtones se sauvèrent, laissant là toute leur stock. Mais Thorfinn savait que ça en resterait pas là, faique il se prépara pour la bataille.

« Bon ok, faut qu’on se parle. Ch’pas mal sûr qui vont arvenir avec plus de monde pour nous attaquer. M’a vous dire c’qu’on va faire. Vous-autres, allez su’l dessus du cap là-bas pour qu’y vous voyent. Les autres, allez dans le bois pis coupez des arbres pour faire de la place pour les vaches. Quand les skrælings vont s’en aller pour attaquer les gars sur le cap, nous-autres on va sortir du bois pis les prendre par surprise. Ah, pis on va mettre e’l beu en avant – y’a eu l’air de ben les épeurer l’autre fois. »

Quand les skrælings arrivèrent au spot que Thorfinn avait choisi, les Vikings sortirent du bois en hurlant, avec comme mascotte le beu paniqué ben raide. Pendant la bataille, beaucoup d’Autochtones furent tués.

Un m’ment’né, un des skrælings ramassa une hache viking qui était tombée à terre. Après l’avoir checkée une petite secousse, il la leva dins airs et en crissa un coup à un de ses compatriotes qui passait par là. J’sais pas trop à quoi y s’attendait en faisant ça, mais, euh, oups : le gars tomba raide mort.

Pas loin, y’avait un autre Autochtones qui avait toute vu ça aller. Y’était grand, large pis narfré; à son air fier pis son dos ben drette, Thorfinn se dit que c’était probablement le chef.

Faique là, le peut-être chef s’approcha du tata à la hache et y prit des mains, l’air de dire « Da-moé ça, toé! »

Il checka l’arme lui’ssi, pis, sans dire un mot, la garrocha au bout de ses bras, jusque dans la mer.

Après ça, les skrælings crissèrent leur camp par le bois, et on les revit plus de l’hiver.

Rendu au printemps, Thorfinn pis Gudrid étaient pu sûrs que ça leur tentait de rester une autre année :

– Tsé, avec le p’tit pis toute, ça me tente pas de prendre de chance. D’un coup que les skrælings arviennent?
– T’as ben raison. On est juste pas assez de monde pour se défendre si y nous attaquent encore. Tsé, on le sait pas, y pourraient être encore plus la prochaine fois. M’a dire au monde qu’on s’en va.

C’est de même que se termina l’aventure de Thorfinn et Gudrid : comme les autres avant eux, y s’en retournèrent au Groenland, les bateaux pleins de fourrures, de bois pis de raisins. Après, avec leur pécule, ils allèrent s’installer en Islande.

Pis, L’Anse-aux-Meadows, c’était tu ça, le camp à Thorfinn Karlsefni? Ça se peut, parce qu’en fouillant, on a trouvé des affaires qui prouvaient qu’y’avait eu des femmes à c’te place-là. Par exemple, y’avait un volant de fuseau, un gugusse qui servait à filer la laine. C’est une preuve béton, parce que tu peux être sûr qu’aucun homme aurait touché à ça de peur que la brimballe y tombe à terre.

En tout cas, on le saura jamais vraiment.

Mais, heille! Je vous avais dit qu’Erik le Rouge avait eu quatre enfants, pis je vous ai pas encore parlé de sa fille, Freydis. Elle, en tout cas, a n’avait d’dans, pis y’était pas question qu’a reste là à sécher comme un coton pendant que ses frères s’épivardaient dans le Nouveau Monde.

J’vous conte ça la semaine prochaine!


Partie 4

Source principale : HON. RASMUS B. ANDERSON, LL.D. The Norse Discovery of America, 1906. https://www.norron-mytologi.info/diverse/norsediscovery.pdf

Boudicca, la reine guerrière que les Romains auraient jamais dû écœurer

Boudicca, reine des Iceni. Charles Hamilton Smith, 1815.

Au temps de leur conquête de la Bretagne* – pour vous situer, c’était pas longtemps après la mort du p’tit Jésus –, c’que les Romains faisaient avec les peuples conquis, c’était leur dire : « Soyez fins, payez-nous des impôts pis des taxes, pis on brûlera pas vos champs pis vos villages pis on violera pas vos femmes, OK? » On appelait ça le principe des royaumes-clients.

Prasutagos était le roi d’un de ces royaumes-clients-là, celui des Iceni, des Bretons qui vivaient dans le sud de ce qui est rendu l’Angleterre. Comme il avait pas de garçon pour lui succéder pis qu’y commençait à être magané, il voulait être sûr que sa femme, Boudicca, pis ses deux filles allaient être correctes après sa mort.

Il aurait pu adopter un gars et en faire son héritier, mais il était ben décidé à ce que ses filles lui succèdent. Faique dans son testament, il leur légua la moitié de son royaume, pis l’autre moitié aux Romains.

« Ça a de l’allure, messemble? Vu que je file doux avec eux-autres pis que leur laisse la moitié, y vont laisser mon peuple tranquille pis ben traiter mes filles. »

Ah, mon pauvre ti pit! T’avais de bonnes intentions, mais si t’avais su ce qui aller se passer après…


Boudicca, la femme de Prasutagos, était une méchante pièce de femme. Imaginez-là, grande pis solide comme un chêne, le pied sur une roche, le regard au loin, sa crigne de feu longue jusqu’aux fesses qui flotte au vent. L’historien romain Dion Cassius a écrit qu’elle était « épeurante à voir » et qu’elle « possédait plus de jarnigoine que les femmes en général ». (Qu’est-ce tu veux dire par là, exactement, Ti-Casse?) Si a regardait l’horizon de même, c’est parce qu’elle était inquiète pour l’avenir : son mari venait de mourir, pis elle trustait pas pantoute les Romains.

Jusque-là, les Iceni avaient pu faire leur petites affaires tranquilles dans leur coin, pis les Romains r’soudaient juste quand c’était le temps de ramasser les impôts. Mais Boudicca, elle, savait ben que c’était sur le bord de changer.

« Watchez-vous, dit-elle à ses filles, dont l’histoire a pas retenu le nom. La marde va pogner, je le sens dans mes urines. »

Elle avait ben raison de s’en faire : la seconde qu’il apprit que Prasutagos était mort, le procurateur** Catus Decianus lut son testament, vit « empereur Néron » sur le parchemin et passa par-dessus le nom des deux filles comme si c’était juste des barbots – contrairement aux peuples celtes de Bretagne, il s’en contre-câlissait, lui, des droits des femmes.

« Heille! On vient d’hériter d’un royaume! Venez-vous en, les gars! »

Faique il ramassa ses centurions et partit faire une virée au royaume des Iceni, en commençant par la villa de Boudicca.  

Les Romains arrivèrent, bing bang, bonjour ma p’tite madame, tassez-vous sivouplaît qu’on vide la place – la version antique d’une gang de déménageurs en calotte qui débarquent le 1er juillet avec des straps, un diable pis des boîtes en carton.

Ben crère que Boudicca allait pas se laisser faire :

– Heille! C’est chez nous icitte! Remettez toute où c’que vous l’avez pris pis crissez votre camp!
– C’est ben de valeur, lui répondit Catus Decianus, mais ça appartient toute à l’empereur, à c’t’heure. Faique fais ta bonne fille pis laisse-nous travailler.
– Jamais! Mon mari avait laissé la moitié à mes filles, astie de sale!
– Wô, on reste polie!
– Parce que c’est poli, d’abord, de rentrer chez le monde en gros colons pis de partir avec leur stock?
– Bon ben, si c’est de même, m’a t’apprendre, moé, à défier l’empereur!

Il la fit alors déshabiller pis fouetter, une punition qui était normalement réservée aux esclaves. Le message était clair, mettons. Pis histoire de beurrer encore plus épais, ses hommes violèrent les deux filles de Boudicca, qui étaient encore yinque des ados.

Après ça, Catus Decianus captura tous les hommes qui étaient parents avec Prasutagos et partit avec dans l’idée de les vendre comme esclaves, pour éviter qu’un d’eux-autres s’essaye à revendiquer le trône. Finalement, il fit le tour des domaines du reste des nobles icènes, ramassant toute ce qui lui tentait comme si y’était au IKEA.

Quand il finit par sacrer son camp, le royaume était complètement viré à l’envers, pis ses habitants aussi. Boudicca, le dos en sang pis ses filles collées après elle, était en tabarnak. En‑dedans d’elle, un motton de rage brûlait plus fort que 10 000 feux de forêt sur la Côte-Nord. C’était pas des larmes qui sortaient de ses yeux noirs de fureur comme un ciel à la veille de fendre, c’était de la stime. Pis là, elle fit une promesse :

« M’a m’venger, ciboire! M’a m’venger! Andraste, déesse d’la victoire, j’te l’jure s’a tête de mes filles! Drette comme chu là, j’te promets qu’m’a les faire payer, c’tes câlice de chiens sales. M’a toute crisser à terre. M’a toute brûler. M’a les écorcher vifs pis les embrocher un par un comme des astie de porcs! »

Les Romains étaient aussi ben d’attacher leur tuque avec d’la broche pis du tape gris.


Pas longtemps après, Caius Suetonius Paulinus, général et gouverneur de la Bretagne, arriva sur l’île. Y’était pas au courant pantoute de ce que Catus Decianus avait fait aux Iceni, mais quand il l’apprit, il était pas trop de bonne humeur :

– Ben voyons, Catus, qu’est-ce qui t’a pogné là? Tu y es allé ben que trop fort. Ça va nous r’venir dans’ face!
– J’avais l’doua, répondit Catus. Le testament de Prasutagos était pas légal. J’ai jusse pris ce qui était à l’empereur.
– Ouin. Refais-moé pu d’affaires de même sans m’en parler, ok?

Quessé que vous vouliez qu’y fasse? Y’était toujours ben pas pour s’excuser aux Iceni. Aux yeux de la loi, y’étaient juste des esclaves, pis lui, y’était ben que trop fier pour s’abaisser devant eux‑autres.

Pas longtemps après, il dut partir avec ses troupes pour aller serrer les ouïes aux druides de l’île de Mona, qui commençaient à faire du trouble en accueillant des rebelles pis des réfugiés, pis tant qu’à faire, mettre la hache dans leurs boisés sacrés où y faisaient leurs rituels bizarres.

C’était drette le bon moment pour Boudicca.

Faique elle rassembla les Iceni et convainquit les Trinovantes, un autre peuple breton qui commençait aussi à être à boutte des abus des Romains, d’embarquer avec elle. Boudicca se présenta alors devant eux-autres, une lance dans la main pour l’effet dramatique. Puis, avec le genre de voix qui te pogne par le collet pis te force à l’écouter, elle dit :

« Vous avez connu la liberté, pis vous avez connu l’esclavage. Vous-autres comme moé, vous avez cru les promesses des Romains, pis vous vous êtes fait fourrer. Icitte, c’est chez nous, pis à c’t’heure, on s’doit l’cul en impôts à des étrangers qui nous ont pris toute c’qu’on avait. Messemble qu’on serait mieux morts que de continuer à payer!

Mais, m’a être honnête avec vous‑autres : toute c’te marde-là, c’est de notre faute. Wô oui, de notre faute! Parce qu’on les a laissés faire. Parce qu’on a laissé les Romains débarquer icitte pis nous piler d’ssus.

Là, c’est temps de mettre nos culottes pendant qu’on s’rappelle encore c’est quoi, être libres! Parce que nos enfants, eux-autres, y risquent de l’oublier. Y vont faire quoi, eux-autres qui sont nés libres, pis qu’y’ont été élevés dans l’esclavage?

Si j’vous dis toute ça, c’est pas pour vous crinquer contre les Romains ni pour vous donner peur pour l’avenir – ça, c’est déjà fait. C’est pour vous féliciter d’avoir fait la bonne affaire en venant icitte.

Ayez pas peur des Romains. C’est juste des pissous! Y se cachent en-arrière de leurs armures pis de leurs palissades. Nous-autres, on est ben correct avec juste nos tentes pis nos boucliers. Y toffent pas la faim, la soif, le frette pis la chaleur comme nous-autres. Deux minutes pas de pain pis pas de vin, pis y capotent. Nous-autres, on peut se contenter de l’herbe pis de l’eau des ruisseaux. On connaît le terrain par cœur, pis eux-autres y n’ont peur. Faique allons-y : on va leur montrer qu’y sont yinque des lièvres qui essayent de bosser des loups! »

Tout le monde qui l’avaient entendue se mirent à crier comme des perdus, les armes en l’air. Et l’armée de Boudicca, forte de 120 000 Bretons, se mit en marche.

Là, j’vous ferai pas de cachettes. Ce qui se passa ensuite, c’était pas l’fun. D’ailleurs, âmes sensibles s’abstenir – ça va être roffe pas mal.

Boudicca et sa gang commencèrent par attaquer Colchester, la capitale provinciale, une belle ville avec des théâtres, des temples et des fontaines… mais pas de murs. Les Romains en avaient pas mis, car ils voulaient une ville ouverte, où les barbares locaux pourraient entrer comme ils voulaient et voir comment c’était don beau pis civilisé, l’empire romain. Pis ce jour-là, ça se retourna contre eux-autres.

Les guerriers de Boudicca sacrèrent le feu, pillèrent, rasèrent les bâtisses au solage. Ils tuèrent sans discrimination – hommes, femmes, enfants, Romains pis non-Romains. Ceux qui eurent le malheur de se faire pogner vivants se firent torturer – crucifixion, coupage de bouttes, empalement, tout était permis dans ce free-for-all apocalyptique. Pendant des jours après les Bretons se lâchèrent lousse, et swigne la bacaisse dans l’fond de la boîte à bois, une orgie dans tous les sens du terme sur fond de sang, de flammes pis de cris d’agonie.

Un m’ment’né, y resta pu rien ni personne, juste des tas de cendres. Faique Boudicca tourna les yeux vers Londres.


Quand Paulinus, qui avait encore quelques druides sur le feu, fut averti du désastre, Boudicca avait déjà fait d’la viande hachée avec deux vagues de renforts venus sauver les habitants de Colchester.

« Simonac, j’y avais dit, à Catus, que ça allait nous r’venir dans’ face! »

Il ramassa donc ses légions et repartit au plus sacrant pour essayer d’arrêter la horde de Bretons en furie. Il fit aussi envoyer des messages aux autres garnisons romaines pour avoir des renforts. (Quant à Catus, l’innocent qui avait starté toute ça, il eut la chienne et prit le premier bateau du bord pour se rendre en Gaule.)

À son arrivée à Londres, Paulinus prit pas grand temps pour se rendre compte qu’il avait vraiment pas assez de soldats pour défendre la ville. Comme y savait que les rebelles bretons allaient arriver ben avant ses renforts, il décida de les laisser décrisser la ville pis d’aller attendre après les autres légions. Les habitants de la ville le supplièrent à quatre pattes de rester, mais l’idée de Paulinus était faite : c’était ben plate pour Londres, mais s’ils essayaient d’affronter l’ennemi tusuite, ses hommes et lui allaient certainement finir en méchoui, tandis que s’ils prenaient leur temps, ils pourraient ramasser assez de monde pour effoirer les rebelles.


Boudicca, elle était loin d’être tannée du tuage : son motton de rage chauffait encore aussi fort que le poêle quand y fait -34°C, pis elle arrêterait pas le massacre tant qu’il resterait des Romains sur son île – d’la marde pour les autres qui se mettraient dans son chemin.

Faique c’est avec une armée quasiment deux fois plus grosse – un party de même, c’est sûr que ça attire les woireux – que la reine des Iceni arriva à Londres. Comme à Colchester, les Bretons rasèrent toute sans faire de prisonniers. Ensuite, ce fut au tour de Saint Albans, la dernière des trois grandes colonies romaines, de passer au cash.

Ils avaient déjà tué autour de 70 000 personnes, pis il leur restait juste une cible à détruire pour être débarrassés : Paulinus et son armée.  

Le gouverneur romain continuait de se sauver toujours plus loin, suivi par les réfugiés de Londres et de Saint Albans, mais ses renforts s’étaient toujours pas pointé la face. Il dut se faire une raison : personne viendrait l’aider, et y’allait devoir régler ça tout seul, icitte pis maintenant.

(Ce qu’il savait pas, c’est que le major Poenius Postumus, qui devait lui apporter la majeure partie des renforts, avait reçu son message, mais comme y’avait entendu parler des horreurs épouvantables commises par les Bretons, il avait jeté ses ordres dans le feu en sifflant comme un épais.)

Comme les Bretons étaient au moins 12 fois plus nombreux que ses troupes, Paulinus choisit un spot avantageux pour lui, un passage étroit entre deux buttons qui débouchait sur une plaine, pis attendit l’ennemi.


Le lendemain matin, Boudicca et ses guerriers arrivèrent. Ils étaient comme des queues de veau, pressés de sauter dans le tas. Quand ils virent les Romains se placer en avant d’eux‑autres entre les deux buttons, ils partirent à rire :

« Heille, t’as-tu vu ça? Sont don ben pas beaucoup! On va les ramasser sur un astie de temps! »

En arrière des combattants, les femmes bretonnes, qui avaient suivi leurs hommes dans leur virée sanglante, avaient placé leurs waguines bourrées de stock volé en demi-cercle pis s’étaient installées comme pour regarder la balle-molle un dimanche après-midi – manquait pu yinque le pop‑corn.

Pis là, Boudicca arriva, montée sur un chariot de guerre avec ses deux filles. Tout le monde se ferma la gueule pour l’écouter :

« Aujourd’hui, chus pas une reine : chus une de vous-autres, pis je suis venue retrouver ma liberté, venger mon dos pleumé par le fouet pis faire payer les Romains pour avoir volé la chasteté de mes filles. Les dieux sont du bord de la vengeance des justes! Dans cette bataille-là, c’est vaincre ou mourir! En tout cas, c’est ce que moé j’ai décidé en tant que femme. Vous-autres, les hommes, vous pouvez choisir de vivre pis de devenir esclaves, si ça vous tente. »

Y’eut une véritable explosion de cris de guerre, de hurlements déchaînés pis de chansons de victoire. Pis les Bretons se garrochèrent sur les Romains, les chariots en premier, suivis des guerriers à pied.

Ça devait être crissement épeurant de se faire foncer dessus par une marée de barbares douze fois plus nombreux, mais les Romains restèrent ben calmes et suivirent le plan de Paulinus à la perfection. Ils formèrent des triangles qui brisaient les lignes ennemies comme des vraies moissonneuses-batteuses à monde, une tactique que les forces de Boudicca avaient jamais vue pis qu’y savaient pas pantoute comment contrer. Après ça, la cavalerie romaine s’en alla sur les côtés pour pogner les Bretons en tenaille pis les forcer à se taponner toute ensemble au milieu.

Autant les Romains étaient disciplinés, autant les Bretons étaient juste un tas d’enragés pas coordonnés qui s’étaient ramassés ensemble contre un ennemi commun.

Ben vite, ça se mit à fuir de tous bords tous côtés dans la panique totale; des milliers de guerriers bretons finirent effoirés sous les pieds de leurs propres compatriotes. En plus, en arrière, y’avait encore la rangée de waguines qui bloquait la retraite comme une clôture d’enclos à bestiaux.

Les Bretons étaient pognés. Ils furent massacrés par milliers, pis en moins de deux heures, la rébellion de Boudicca était finie. Les Iceni pis les Trinovantes connurent pus jamais la liberté. Quant à Boudicca, on dit qu’elle se sauva aussi et que, incapable de digérer la défaite, elle se suicida avec du poison.

Aujourd’hui, y’a une statue de Boudicca au beau milieu de Londres – tsé, la ville qu’elle a crissée à terre comme un bulldozer? Faut quand même y donner ce qui lui revient : si elle avait vaincu Paulinus, les Romains auraient carrément perdu l’île de Bretagne, pis elle aurait changé le cours de l’histoire.

Faique c’était qui, en vrai, la reine des Iceni? La première héroïne anglaise, une icône féministe avant le temps, ou bedon un monstre assoiffé de sang? C’est ça qui est plate, avec l’histoire : y’a jamais rien de toute noir ni de toute blanc.


*On va clarifier ça drette-là : dans ce temps-là, ce qu’on appelait la Bretagne, c’était la Grande‑Bretagne d’à c’t’heure (l’île où y’a l’Angleterre, l’Écosse et le pays de Galles). La Bretagne en France, c’était la Gaule. Pis les Bretons, c’étaient les habitants celtes de l’île de Bretagne.


**Fonctionnaire chargé de gérer une province.


Source principale : Dion Cassius, Histoire romaine, traduction anglaise de la Loeb Classical Library edition, 1925 .
http://penelope.uchicago.edu/Thayer/E/Roman/Texts/Cassius_Dio/62*.html

Sainte Paule, saint Jérôme et la traduction de la Bible

Derrière chaque grand homme, y’a une grande femme qui lui pousse dans le derrière, paye pour toute pis passe par après pour être sûre que tout est correct.

Jérôme de Stridon, saint patron des traducteurs, a été canonisé pour avoir traduit pour la première fois la Bible en latin direct à partir de l’hébreu, dans les alentours du quatrième siècle. À une époque où, pour un mot ou une virgule dans les Saintes Écritures, le monde s’égorgeaient, partaient une nouvelle secte ou se ruinaient la réputation à grands coups de lettres pleines de bitcheries – c’est selon –, fallait des couilles en béton pour se lancer dans un projet de malade de même*. Pour ben du monde, c’était comme si Jérôme disait : « Ok, tassez-vous, moé m’a vous l’dire c’qu’a dit, la Bible! » L’affaire, c’est qu’il aurait jamais réussi sans l’aide de sa grande chum, sainte Paule de Rome.

Sainte Paule

Sainte Paule, c’était toute une madame. À en croire Jérôme, a chiait pas d’marde. À sa mort, il dit que « [q]uand bien même que toutes les bouttes de mon corps étaient rendus des langues pis que chaque langue se mettait à jaser, y’a rien que j’pourrais dire qui vous f’rait voir comme faut toutes les qualités de la bonne, fine et sainte Paule. »

Si on oublie la métaphore dégueu – un bonhomme faite tout en langues gigotantes qui avance en laissant une traînée de bave à terre pis qui crie « Paaaauuuuuule!!! » avec 5-6 voix en même temps –, c’est un méchant compliment! Mais on va commencer par le commencement.

Paule est née dans une famille de gens riches et connus de Rome. Elle a été élevée dans la ouate, avec une bonne éducation. La petite avait ben de la jarnigoine, faique elle absorbait toute ce qu’elle lisait : livres saints, littérature grecque et romaine, livres d’histoires, poésie, traités de philosophie, toute la patente.

Paraît aussi qu’elle était ben princesse au petit pois :

« Ah! C’te robe de soie-là est tellement rude, on dirait un gant d’crin! »

Ou bedon :

« Est-ce qu’un eunuque pourrait venir fermer la craque dans le rideau de ma chaise à porteurs? J’ai le soleil dans face! C’est insupportable! »

Quand elle fut ado, elle se maria avec un dénommé Toxoce, qui lui aussi venait d’une famille ben en vue. Le couple eut cinq enfants : Blésille, Pauline, Eustochie, Rufine et Toxoce junior.

Après plusieurs années de bonheur familial, pendant lesquelles Paule conserva une irréprochable réputation de madame pieuse et vertueuse, Toxoce senior péta au frette.

Là, tout d’un coup, Paule vira boutte pour boutte : pour fuir sa peine, elle s’enfonça ben creux dans la religion. À partir de là, y’eut juste Dieu pis le salut qui comptaient : elle faisait pu yinque jeûner, prier pis étudier les Saintes Écritures.

Fini le beau linge pis les chaises à porteurs : elle se mit à donner sa fortune aux pauvres. Ses proches avaient rien contre la vertu, mais après un boutte, ils commençèrent à trouver qu’a l’exagérait :

– Paule, on trouve ça ben beau ce que tu fais avec les nécessiteux pis toute, mais si tu continues de même, tu vas mettre tes enfants à la rue!
– Peut-être, mais y vont avoir un héritage ben plus beau que l’argent – la miséricorde de Jésus Christ! répondait toujours Paule, ben sérieuse.

Ça devait leur faire une astie de belle jambe.

Paule commença à se tenir avec Marcelle, une autre riche veuve romaine qui accueillait chez elle des femmes, veuves ou non, pour jaser de religion. C’est là qu’elle rencontra Jérôme de Stridon.

Saint Jérôme était moine et prêtre, parlait plein de langues, traduisait plein d’affaires pis écrivait un tapon de traités, de lettres et de commentaires sur les Saintes Écritures – c’était un big shot de la religion, quoi.

Jérôme était à Rome parce que le pape Damase lui avait demandé d’être son secrétaire, mais y’avait une autre raison. C’qui faut savoir, c’est que la Bible avait d’abord été traduite de l’hébreu au grec, puis du grec au latin, mais c’était un peu le bordel entre les différentes traductions latines. Comme y’avait de la chicane, le pape s’était dit qu’avec une version latine révisée, le monde allait arrêter de s’astiner, pis Jérôme était le candidat tout désigné pour en faire une.

Pendant ce temps-là, Jérôme restait chez Marcelle et enseignait aux femmes, dont Paule et ses filles Blésille et Eustochie. Deux évêques, Paulin d’Antioche et Épiphane de Salamine, s’adonnaient à être là en même temps. Tout ce beau monde se réunissait pour des veillées chez Marcelle, pis Paule en particulier trippait à entendre les évêques raconter plein d’affaires sur les ermites du désert :

– Saint Antoine a passé vingt ans enfermé par exprès dans un fort abandonné au milieu du désert à se battre contre des démons, en survivant juste avec de la bouffe que des pèlerins lui garrochaient par-dessus les murs!
– Han!
– Pis saint Paul a passé 60 ans dans la même caverne! Dieu s’occupait de son lunch tous les jours en lui envoyant un corbeau avec un demi-pain dans le bec, pis quand il est mort, deux lions sont venus creuser sa tombe!
– Ta!

Entre-temps, le pape Damase mourut. Jérôme aurait pu lui succéder, mais comme y passait son temps à se pogner avec tout un chacun sur des questions de religion**, y s’était mis pas mal de monde à dos. Ça fait qu’il partit pour la Terre sainte, mais continua à correspondre avec Paule, avec qui y’était rendu ben proche.  

Paule, elle, avait été ben impressionnée par les histoires d’ermites. Ça commençait à lui tenter pas mal d’aller vivre comme eux-autres dans le désert, loin des tentations du monde. Faique, avec Eustochie, qui faisait jamais rien sans sa mère et qui avait déjà décidé depuis longtemps de rester vierge, elle s’embarqua pour aller rejoindre Jérôme en Terre sainte.

Sur le quai, tandis que le bateau de Paule et d’Eustochie partait, Toxoce junior, 10 ans, braillait toutes les larmes de son p’tit corps en tendant les bras vers sa maman qui s’en allait pour toujours. Paule était toute virée à l’envers en-dedans, mais elle tourna le dos à son garçon et dit :

« Si j’aime plus mes enfants que Dieu, je suis pas digne de Lui. »

Arrivée à Antioche, Paule se lança avec Jérôme et Eustochie dans une tournée des Greatest Hits de la Terre sainte : la grotte de la Nativité! Le lac Tibériade! Le mont Golgotha! C’était comme un voyage organisé, mais avec pas de selfies, pas d’air climatisé, du pain sec pis ben des génuflexions.

Après un p’tit détour par l’Égypte, elle retourna à Bethléem et fonda quatre monastères, trois pour les femmes et un pour les hommes. Elle avait les moyens : même si elle faisait l’aumône mur à mur aux miséreux, y lui restait encore un pas pire pécule. Elle fit aussi construire une auberge pour les voyageurs du désert :

« Comme ça, si Marie et Joseph repassent par icitte, y vont avoir une place où coucher. »

Une fois installée, elle redoubla de pénitences : a se lavait pu, a dormait drette à terre sur une couverte rude en poils de chèvre pis a braillait à pu finir parce qu’elle se sentait coupable d’avoir profité des bonnes choses dans sa vie d’avant.

Elle imposait pas les mêmes affaires aux filles de son couvent, dont elle s’occupait comme une bonne maman; mais si elle en voyait une qui était un peu trop fière-pet par rapport à son apparence, elle lui faisait des gros yeux :

« Oublie pas c’que j’t’ai dit : propre de ta personne, crottée dans ton âme, ma p’tite fille! »

(Messemble que c’est possible d’être une bonne personne sans sentir le swing dans un rayon de 15 pieds.)

Paule, Eustochie et Jérôme en grande discussion.

Ensemble, Paule, Eustochie et Jérôme passaient leur temps à étudier la Bible pis à la commenter. Un beau jour, Paule alluma sur quelque chose :  

– Heille, Jérôme? Tant qu’à réviser les versions latines à partir de la version en grec… Ça serait pas mieux de partir de l’original en hébreu?
– Ayoye, Paule! Méchant flash! T’es en feu à matin!
– Non, mais penses-y! L’original, y’a été inspiré par Dieu lui-même. Mais avec toutes les traductions qui ont été faites, un peu tout croche pis des fois par du monde qui connaissaient pas trop leur affaire, on est en train de perdre la Parole divine.
– J’veux ben, mais c’est une méchante commande que tu me fais-là, Paule! Si ma version s’éloigne trop de ce que le monde connaît, les évêques pis les fidèles vont grimper dins rideaux pis je risque de me faire tirer des roches. En plus, c’est tellement plate et ingrat, la job de traducteur**!
– Y pourront ben japper, Jérôme. Envoye donc. Moi, j’pense que c’est la bonne affaire à faire, pis que tu devrais commencer drette là.

Comme Jérôme pouvait rien refuser à Paule, il s’attela tout de suite au travail.

Saint Jérôme, ben écœuré d’être pogné sur le même passage de sa traduction depuis une heure et demie.

Avec l’argent qui lui restait, Paule lui commanda plein de manuscrits rares qui servirent de référence pour la traduction. Elle et Eustochie l’encourageaient quand il branlait dans le manche, le débloquaient quand il restait pogné sur un passage difficile, révisaient ses traductions et les copiaient pour qu’elles puissent être diffusées (on dit d’ailleurs que c’est de là que serait partie la tradition du copiage de manuscrits par les moines).

Cachée en arrière de Jérôme
 
Comme on connaît juste la vie de Paule par les écrits de Jérôme, c’est difficile de savoir à quel point le bonhomme a été honnête sur sa contribution; elle en a peut-être fait pas mal plus qu’il a osé dire.
 
En fait, Palladios, un évêque et historien qui a vécu dans les mêmes temps qu’eux-autres, a écrit que : « Compétente en ciboulot, Paule se retrouva malgré tout pognée avec un certain Jérôme de Dalmatie. Elle était tellement bonne que personne lui arrivait à la cheville, mais il était tout le temps dans ses jambes avec sa jalousie, pis y se servait d’elle pour réaliser ses propres ambitions. »
 
En fait, Paule aurait probablement été en masse capable de faire elle-même la traduction. Pourtant, elle s’en remettait tout le temps à Jérôme. C’est-tu sa propre humilité qui l’a empêchée de le faire? Jérôme la manipulait-tu? C’est-tu l’attitude de la société du temps par rapport aux femmes? On le saura jamais.

Malheureusement, Paule mourut avant que la traduction soit terminée, maganée à l’os par le jeûne et les privations. Dans le fond, elle avait enfin ce qu’elle voulait : elle était rendue avec Dieu, pis elle était enfin débarrassée de son corps qui avait toujours eu l’air de l’écœurer plus qu’autre chose.

Eustochie hérita de la responsabilité des monastères, qui avaient désormais pu une cenne, Paule ayant fini par venir à boutte de sa fortune.

Jérôme finit la traduction en mémoire de Paule; en hommage, il mit la dernière page sur sa tombe.

Avec les Évangiles qu’il avait révisés, sa traduction formait ce qu’on appela la Vulgate. Ça prit une maususse de secousse, mais, dans les années 1500, elle devint la version officielle de la Bible acceptée par l’Église, et elle le resta jusqu’à Vatican II, dans les années 1960.

Jérôme est le saint patron des traducteurs, des archéologues, des archivistes, des bibliothécaires, des étudiants, alouette; Paule, la sainte patronne des veuves. Mais simonac! Elle aurait peut-être été beaucoup plus si Jérôme s’était pas juste contenté de dire qu’elle était don bonne pis fine, pis qu’il avait vraiment rendu justice à l’œuvre de sa vie.


*C’est pas une exagération. Pour essayer de convaincre Jérôme que son projet avait pas d’allure, saint Augustin raconta que quand les fidèles de Tripoli entendirent sa version du Livre de Jonas, ils pognèrent le mors aux dents et partirent une émeute dans les rues de la ville.

**Par bouttes, les couteaux volaient bas. Jérôme s’astinait entre autres avec un autre théologien appelé Rufin; quand il mourut, Jérôme écrit à propos de lui : « À c’t’heure que le scorpion est enterré… »

***Ouaip, le saint patron des traducteurs a vraiment dit ça!


Source principale : Saint Jérôme de Stridon, Vie de sainte Paula, veuve.
http://remacle.org/bloodwolf/eglise/jerome/paula.htm

À l’abordage entre chums de filles : Anne Bonny et Mary Read

Anne Bonny et Mary Read, pirates (source : Wikimedia Commons)

« Salut, mon beau! C’est-tu ton sabre d’abordage, ou t’es juste content d’me voir? » roucoula la redoutée pirate Anne Bonny en arrivant à côté de son nouveau collègue, Mark Read, qu’elle trouvait pas mal de son goût.

Mark vint tout raide, mais pas où vous pensez. En fait, il était crissement mal à l’aise.

« Euh… On peut-tu aller quequ’part de moins à vue? Faudrait j’vous montre dequoi… 

– J’demande yinque ça, mon loup », dit Anne en l’entraînant dans la cale.

Quand ils furent rendus à l’abri des regards indiscrets, Mark dit :

« Ok, faites pas le saut… »

Et il ouvrit sa chemise.

« Ah ben ça parle au yâble! s’exclama Anne en voyant la paire de seins qui la regardait dans le blanc des yeux. Toé’ssi, t’es une créature! »

Mark était en fait Mary. Et c’est d’même que commença l’amitié la plus légendaire des sept mers.

Le vrai pis le moins vrai
 
Quand Anne Bonny et Mary Read se firent pogner par les autorités et jeter en prison pour piraterie, en octobre 1720, ça fit jaser en simonac. Faut dire qu’au 18e siècle, une femme pirate, le monde était pas accoutumé à ça. Tsé, on pensait encore qu’une créature à bord d’un bateau, ça attirait les badloques (le fameux Barbe Noire, lui, niaisait pas avec ça : si son équipage capturait une femme et l’amenait à bord, il l’étranglait pis la jetait par-dessus bord, comme un crapotte de mer quand on essaye de pogner du maquereau). Pis une madame en culottes qui sacre, qui pille, qui boit pis qui tue, c’était pas tout à faite ben vu, mettons.
 
Faique, une femme pirate, c’était déjà quequ’chose. Mais deux? En même temps? Sur le même bateau? Méchante coïncidence. Pour que ça arrive, y’a fallu que deux destins pas d’allure se croisent, pis que ça adonne en plein dans l’âge d’or de la piraterie.
 
On aurait dit que c’était arrangé avec le gars des vues. Remarquez, ça l’était peut‑être un peu : Anne Bonny et Mary Read ont vraiment existé et ont vraiment été des pirates, mais tout ce qu’on sait de leur vie d’avant vient du livre A General History of the Pyrates, qui contient plusieurs affaires douteuses. J’ai décidé de tout vous raconter ça pareil, parce que je me dis que le croustillant est pardonnable quand ça vient avec un grain de sel (ah, pis allez donc vous chercher des chips avant de continuer, tant qu’à faire).

Quand Anne Bonny devint pirate, c’était pas la première fois qu’elle allait jouer dans’cour des gars. Son père, un avocat irlandais, voulait pas que le monde sache qu’elle était la fille qu’il avait eue en découchant avec la servante, faique il l’avait déguisée en p’tit gars et la faisait passer pour son apprenti.

Quand sa femme sut ça, elle crissa son camp. Avec le mémérage, ça prit pas grand temps pour que ça sorte au grand jour, pis l’avocat perdit tous ses clients. Il alla donc refaire sa vie aux États‑Unis avec la servante pis sa fille.

Rendu là, Anne était devenue une jeune fille pas barrée pour deux cennes qui faisait rien qu’à sa tête. Elle était censée se marier avec un monsieur respectable, mais à la place, elle épousa James Bonny, un marin désargenté. Son père était tellement fâché de t’ça qu’il la sacra dehors.

Elle et son mari s’en allèrent dans les Bahamas, où James trouva une job comme stooleux de pirates. Mais Anne commençait à le trouver plate, faique elle se mit à passer ses journées dans les tavernes à séduire des pirates, dont un certain Jack Rackham, connu sous le nom de « Calico Jack » parce qu’il aimait porter du linge voyant.

James Bonny, lui, était pas trop content de t’ça :

– Heille, veux-tu ben lâcher ma femme, toé, crisse d’agrès?

– Si j’te donne de l’argent, j’peux-tu partir avec? demanda Rackham.

(Ça a l’air horrible, de même, mais à c’qu’on dit ça se faisait souvent dans le temps.)

– Pfft! Tu peux ben aller chier! Bon, c’t’assez, ces folies-là. Viens-t-en, Anne, on s’en r’tourne à maison.

– Ben d’abord, Anne? répliqua Rackham. Tu veux-tu d’venir pirate comme moé?

– Crisse oui!

Pis drette là, sans un regard en arrière pour son mari plate, Anne Bonny changea de vie pour de bon.


Mary Read aussi est venue au monde dans des circonstances pas trop catholiques. La mère de Mary était mariée avec un marin qui, un jour, arrêta de revenir à maison. Avec lui, elle avait un garçon, pis elle recevait un peu d’argent pour lui de la part de la grand-mère (la mère du marin).

Mais là, la mère de Mary sauta la clôture et tomba enceinte – de Mary. Pis après, le p’tit gars mourut. Faique, pour continuer de recevoir de l’argent de la grand-mère, la mère fit passer Mary pour son grand frère mort. Quand la vieille péta au frette (ou se rendit compte qu’on lui passait un sapin), Mary continua de s’habiller pareil en gars. Elle rentra même dans l’armée de Flandres comme soldat!

Un m’ment’né, elle tomba en amour avec un de ses colocs de dortoir, se maria avec et quitta l’armée. Malheureusement pour elle, son mari creva pas longtemps après, faique elle remit ses culottes et s’engagea comme marin, ce qui l’amena dans les Caraïbes et lui fit croiser Anne Bonny et Jack Rackham.

On sait pas trop comment c’t’arrivé; on dit que la gang à Calico Jack captura le bateau sur lequel Mary était, pis qu’on lui donna le choix entre devenir pirate ou bedon boire la tasse. Elle choisit la piraterie, pis personne sut qu’elle était une femme jusqu’à ce qu’Anne commence à y faire des yeux doux.

Ben crère, Anne et Mary devinrent des grandes chums – elles avaient tellement d’affaires en commun! Elles étaient tellement tout le temps ensemble que Jack Rackham commença à se demander si Anne était pas après le tromper. Faique un bon m’ment’né, il rentra enragé noir dans la cabine de sa concubine, un couteau dins mains, prêt à faire la peau à Mary, ou « Mark », comme y pensait à ce moment‑là.

– Wô, wô wôôô, capitaine! Les nerfs! C’est pas c’que vous pensez!

– Ouan, pis moé j’ai une pognée dans l’dos! Viens-t’en icitte, mon sacrament!  

Encore une fois, Mary dut s’ouvrir la blouse; Rackham, tusuite convaincu par ses deux irrésistibles arguments, prit son gaz égal. Il accepta de pas bavasser, pis il continua de la traiter comme n’importe quel autre de ses gars (son secret dut finir par se savoir pareil, mais rendu là, une créature de plus ou de moins, hein).

À bord, y’a rien qu’Anne et Mary faisaient pas. Des jokes de cul aux meurtres de sang-froid, elles avaient rien à envier à leurs co-pirates. D’ailleurs, ils faisaient pas grand cas de la présence de créatures à bord, peut-être parce qu’ils savaient qu’ils étaient mieux de pas les écœurer – le seul qui osa chiâler, Anne le provoqua en duel et fit d’la brochette avec.

Mary Read qui s’montre une boule pour que son ennemi sache qu’il a été vaincu par une femme (source : Wikimedia Commons)

Elles se battaient côte à côte, habillées avec des tuniques pis des culottes lousses qui cachaient leurs formes, pis un pistolet d’une main, une machette dans l’autre. Ça devait être trippant! Y’étaient libres comme pas grand femme l’était dans ce temps‑là. Au lieu d’être à quatre pattes à frotter la crasse su le plancher, dans une maison où y fait noir comme dans le poêle, l’odeur de marde qui rentre en-dedans parce que le voisin d’en-haut vient de vider son pot de chambre par la fenêtre, avec un bébé qui fait ses dents, un flot aux jambes croches qui a pogné la scarlatine pis un mari qui rentre saoul pis qui leur sacre des claques dans face parce que la soupe au navet est trop fade, elles étaient sous le soleil des Caraïbes, les cheveux au vent, avec la mer qui scintille de toutes les possibles pis personne pour leur dire quoi faire.

L’équipage de Jack Rackham eut deux bonnes années de vaches grasses à capturer des bateaux de pêche et des bateaux de commerce ni trop gros ni trop petits. Mais un m’ment’né, nos joyeuses pirates commencèrent à avoir un peu trop de succès au goût du gouverneur des Bahamas, qui mit leur tête à prix. 

Faique un bon soir, pendant que tout l’équipage était chaud mort, un capitaine appelé John Barnet tira sur le bateau à Rackham et péta son mat. Nos pirates préférées avaient donc pu moyen de se sauver. Et là, les hommes de Barnet passèrent à l’abordage.

À bord, y trouvèrent juste Anne et Mary – les autres étaient toutes cachés dans la cale. Elles se démenèrent comme des diablesses dans l’eau bénite, ben décidées à vendre chèrement leur peau. Un m’ment’né, Mary, enragée noir de se faire abandonner de même par les gars, leur cria par la descente de la cale :

« Coudonc, y’a-tu des hommes sur c’t’astie de bateau-là? V’nez vous battre, gang de pissous! »

Personne dit un mot, faique elle tira un coup de pistolet dans la cale, tuant un des gars de l’équipage.

Anne et Mary eurent beau se battre comme des carcajous pognés d’un coin, les hommes de Barnet eurent le dessus, et tout le monde fut capturé et jeté en prison.

Les hommes eurent leur procès en premier et furent condamnés à être pendus. Le jour de son exécution, Jack Rackham se fit accorder une dernière faveur : voir Anne. Mais elle fut pas réconfortante plus qui faut devant la mort :

« C’est ben d’valeur de t’voir de même, mon Jack, mais si tu t’étais battu comme un homme, tu te f’rais pas pendre comme un chien. »

Les deux piratesses étaient accusées des mêmes affaires que les hommes, mais elles eurent un procès séparé parce qu’on voulait vérifier si elles avaient participé activement aux actes de piraterie ou bedon si elles étaient juste là pour décorer. Une certaine Dorothy Thomas fit un témoignage accablant :

– Elles avaient des vestons d’homme pis des longues culottes, des foulards autour de la tête pis des pistolets dins mains. Elles voulaient me tuer pour pas que je parle contre eux-autres, mais comme les autres pirates voulaient pas, elles leur sacraient après.

– Je vois. Et comment saviez-vous que c’étaient des femmes?

– Par la grosseur de leurs seins.  

Anne et Mary furent donc condamnées à mort. Or, elles avaient une dernière carte dans leur jeu :

– Vous pouvez pas nous exécuter, votre honneur! On est tou’é deux enceintes!

Après vérification, elles furent renvoyées en prison, et leur exécution reportée après leur accouchement.

J’aurais voulu vous dire que ça avait fini autrement, mais Mary mourut en prison d’une fièvre épouvantable pas longtemps après, et Anne… disparut. Y’a aucune trace d’elle après ça. On pense que son père aurait payé pour la faire libérer.

Mais Anne et Mary sont jamais disparues de l’histoire. À partir du moment où elles ont été arrêtées, elles ont jamais cessé de faire parler d’elles, pis on les voit apparaître encore aujourd’hui dans une pléthore de romans, des vues, de jeux vidéo pis de séries télé. 

La vengeance de sainte Olga de Kiev

Mais pourquoi sainte Olga de Kiev a l’air aussi à pic dans son portrait?

C’est qu’elle est surtout connue pour la façon dont elle a complètement déconcrissé la tribu des Drevlianes, qui l’avaient faite veuve. Si la vengeance est un plat qui se mange froid, Olga, elle, a servi à ses ennemis une platée de cipâte ben brûlante; une pointe de pâté à la viande; des bines; du ragoût de pattes; du pouding chômeur pis des pets de sœur – avec une shot d’arsenic dedans.

Olga était la femme d’Igor, le grand-duc de la Rus’ de Kiev (un État qui a existé du IXe au XIIIe siècle, dans ce qui est astheure l’Ukraine). Et en tant que grand-duc, Igor allait de temps en temps faire un tour chez les tribus voisines et exigeait, comme les Hell’s avant le temps, de l’argent en échange de sa protection.

En général, ça passait pas pire; mais cette fois-là, chez les Drevlianes, Igor a ambitionné sur le pain béni, pis y’ont pogné les nerfs : ils l’ont capturé, ont plié deux bouleaux pour que le haut touche à terre, ont attaché un pied d’Igor à chaque boutte, pis ont lâché les bouleaux pour qu’ils se déplient d’une shot. Chlak-skritch. Pu d’Igor.

Le petit gars d’Igor et d’Olga, Svyatoslav, se retrouvait donc grand-duc à l’âge de trois ans. Mais comme il était pas assez vieux pour, tsé, attacher ses lacets tout seul, et encore moins pour régner, c’est sa mère qui allait le faire à sa place en attendant qu’il devienne majeur. Sachant ça, Mal, le prince des Drevlianes, se mit à se frotter les mains :

« Heille, c’est tu d’adon, ça! Un bébé pis une p’tite madame! Y vont être faciles à mener par le bout du nez, pis je vais devenir le grand boss de la Rus’ de Kiev! Mouahaha! »

Faique il envoya une vingtaine de ses gars en bateau à Kiev voir Olga et lui transmettre le message suivant :

Chère Madame,
J’ai tué ton mari en le fendant en deux sur le sens de la longueur.
On se marie-tu?
Soye assurée, Madame, que je me fendrais en quatre pour toé.
Avec tendresse,
Ton Malichou

Fallait quand même avoir du front tout l’tour de la tête pour oser demander une femme en mariage quand le cadavre de son mari est même pas encore frette! Surtout quand, tsé, c’est de ta faute si y’est mort. Pis que t’as fait exprès. Mais Mal, lui, y se bâdrait pas avec les détails.

Faique on s’entend qu’Olga fut pas particulièrement impressionnée par le front de Mal, pis encore moins par sa plume. Elle devait être en tabarnak, mais elle le montra pas pantoute. Au lieu de brailler pis faire des sparages, elle répondit ben calmement aux visiteurs, sans dire si elle acceptait ou non de devenir Madame Mal :  

« Nobles étrangers, vous me pognez un peu de court. J’étais pas vraiment prête à vous recevoir avec les honneurs. Donnez-moi une chance de me reprendre. Retournez dans votre bateau pour à soir, pis demain, quand mes hommes viendront vous chercher, faites vos frais-chiés et exigez qu’ils vous portent dans votre bateau jusqu’à moi. »

Dans la nuit, la ratoureuse Olga fit creuser une grosse fosse sur le bord de son château. Le lendemain, elle convoqua les émissaires drevlianes, qui firent exactement comme elle avait dit, même si c’était un peu bizarre. Alors, les hommes de la grande duchesse transportèrent le bateau, les gars à bord, jusqu’au château. Les émissaires tripaient, eux-autres là, à se faire porter de même comme des empereurs! Mais leur balloune péta sur un moyen temps quand les hommes d’Olga les dompèrent dans la fosse qu’ils avaient creusée la veille dans’nuite. C’est là qu’Olga arriva. A se pencha au bord de la fosse et dit :

« Pis, c’est tu assez d’honneurs pour vous-autres? »

Pis là, elle ordonna qu’on enterre les émissaires vivants. Quins!

Mais Olga était loin d’avoir fini. Aussitôt après, elle envoya un message au prince Mal pour lui dire qu’elle acceptait sa proposition, mais qu’il devait lui envoyer ses plus nobles et ses meilleurs pour l’escorter jusque chez eux – elle était quand même la grande duchesse, tsé.

Pas méfiant pour deux cennes, le prince accepta d’envoyer une délégation de ses chefs de clan sans se demander ce qui était arrivé à la première gang qu’il avait envoyée à Kiev.

Olga accueillit les Drevlianes avec tous les honneurs; elle les invita même à aller se laver dans son pavillon de bain personnel. Pas plus fins que ça, les émissaires entrèrent, se mirent tous flambant nus et se garrochèrent dans l’eau, tout contents. Or, le sourire leur partit vite de la face : la grande duchesse fit barrer les portes et crisser le feu au pavillon, et ils furent tous brûlés vifs.  

Pour Olga, c’était pas encore assez. Elle envoya un autre message au prince Mal – qui, ça s’en venait clair rendu là, était pas le crayon le plus aiguisé de la boîte – et lui dit qu’elle s’en venait le trouver. Elle lui demanda de préparer un grand festin funéraire pour son mari afin qu’elle puisse l’honorer comme du monde avant de se remarier. Elle ajouta :

« Ah, pis prépare BEAUCOUP d’hydromel! On va se lâcher lousses! »

Mal accepta, et Olga se mit en route pour Iskorosten, la capitale des Drevlianes. Arrivée là-bas, elle alla d’abord voir la tombe de son Igor pour pleurer celui qu’elle digérait vraiment pas d’avoir perdu.

Le soir, au festin, les Drevlianes s’en venaient pas mal chaudailles. Mais Olga et sa suite, eux-autres, restaient ben sobres. Même, ils encourageaient leurs hôtes à boire en leur versant bock d’hydromel après bock d’hydromel. À la fin de la soirée, les Drevlianes étaient tous saouls morts, drette comme Olga voulait.

Et là, la grande duchesse, aussi frette et insensible que l’nordet, donna l’ordre à ses hommes :

« Tuez-les toutes. »

Ce fut le massacre total*; personne en réchappa. On aurait pu croire qu’Olga serait juste repartie ben tranquillement prendre son Bovril à Kiev près avoir étêté la tribu de ses ennemis, mais y’avait juste pas encore assez de sang drevliane qui avait coulé pour noyer sa peine. De retour à Kiev, elle ramassa son armée et retourna à Iskorosten pour la dernière étape de son plan : raser la ville au solage.

Les Drevlianes, ou ce qui en restait, se présentèrent devant Olga et la supplièrent de pas attaquer :

— S’il vous plaît, noble Madame, faites-nous pas mal! On va vous donner des fourrures pis du miel!

— Ah, ben non, ben non, répondit Olga. J’ai juste une petite demande à vous faire. Je suis pas rapace comme feu mon mari, moi : je veux que vous m’apportiez trois pigeons et trois moineaux de chaque maison. Un tout petit cadeau – je le sais que vous êtes pas trop en moyens ces temps-citte.

— …Hein? Pour vrai? demanda le représentant des Drevlianes, plein d’espoir.

— Wo-oui, pour vrai, fit Olga avec un sourire aussi doux que celui de la bonne sainte Vierge.

— Ah! Fiou! Merci! Merci Madame! Vous êtes trop fine!

Alors les Drevlianes, soulagés et reconnaissants, allèrent chercher les oiseaux qu’Olga avait demandés. À la nuit tombée, la grande duchesse ordonna à ses hommes d’attacher un p’tit boutte de soufre aux pattes de chaque oiseau avec de la ficelle. Une fois relâchés, les oiseaux, ben crère, retournèrent à leur pigeonnier ou à leur nid sous les combles, dans la ville. Et à la première étincelle, FROUSH : le feu pogna. Pis ça flamba en saint simonac.

La ville d’Iskorosten brûla au complet; pas moyen d’éteindre les flammes, parce qu’y avait pas une maison qui était pas en feu. Et quand les habitants essayèrent de se sauver, les hommes d’Olga les pognèrent et les massacrèrent; d’autres furent vendus comme esclaves; d’autres encore, laissés en vie pour qu’ils puissent continuer de payer un tribut à la grande duchesse.

À c’t’heure que les Drevlianes étaient pu yinque un tas de cendres, Olga, enfin, s’était assez vengée.

Elle retourna à Kiev, régna avec jarnigoine et gros bon sens au nom de son fils pendant 18 ans, mit en place le premier système d’impôts de l’Europe de l’Est et fut la première de son peuple à se convertir au christianisme**.

Pas pire pour une p’tite madame qu’on croyait facile à manipuler!

—————————————————————————————————
*La légende dit qu’ils en ont tué 5 000, mais faudrait pas charrier.

** C’est pour ça qu’elle a été canonisée – ça prenait pas grand-chose, dans ce temps-là.


Source principale : Nestor, The Russian Primary Chronicle (vers 1113). https://www2.stetson.edu/~psteeves/classes/rusprimaryolga.html