Les héros de Rivière-Ouelle

Un matin d’octobre 1690, la flotte de Sir William Phips, partie de Boston, remontait le fleuve Saint‑Laurent pour aller attaquer Québec. Écœuré après huit semaines en mer, le vent dans la face, Phips décida de jeter l’ancre devant Rivière-Ouelle pour faire le plein d’eau et de bouffe.  

Ce que les Anglais savaient pas à ce moment-là, c’est qu’ils avaient très mal choisi leur spot. C’est parce qu’ils étaient attendus – avec une brique pis un fanal, à part ça – par une gang de colons canadiens français ben décidés à pas se laisser manger la laine sur le dos.

Dans ce temps-là, Rivière-Ouelle, c’était la seigneurie de la Bouteillerie. Y’avait pas ben ben plus qu’une centaine de personnes qui vivaient là, sur le bord du fleuve pis le long de la rivière, à la dure mais avec la tête haute pis le dos droit, à défricher pis à cultiver la terre.

Mais là, depuis un petit boutte, tout le monde était un peu sur les nerfs : c’était la guerre entre l’Angleterre pis la France, pis c’est dans les colonies que ça se jouait. Le seigneur de la Bouteillerie lui‑même était parti à Québec, demandé par le gouverneur Frontenac pour aider à défendre la ville contre les Anglais.

Faique le seul chef qui restait à nos braves colons, c’était le curé, M. l’abbé de Francheville. Mais là, allez pas vous imaginer un bonhomme qui cale, avec une grosse bedaine pis une tache de vin de messe sur sa soutane, ou bedon un vieux sec qui trippe sur les p’tits gars pis les coups de règle sur les doigts! No-non. Le curé de Francheville, c’était tout un homme, pis y’avait l’étoffe d’un guerrier, à part ça.

La cinquantaine pis la charpente solide, il était habitué au frette pis aux rigueurs du pays, pis il savait se servir d’un fusil. L’abbé Casgrain, dans son livre Une paroisse canadienne au XVIIIe siècle, raconte qu’il avait un « caractère ardent et impétueux, [des] allures martiales [et] un regard de feu ». Câline! C’tu moé, ou y commence à faire chaud, icitte?

Toujours est-il que notre vigoureux curé savait que les bateaux de Phips remontaient le fleuve, faique il réunit ses paroissiens pour leur dire les vraies affaires :

– Bon, là, mes amis, j’ai des nouvelles, pis ça regarde mal, dit-il. Apparence qu’une trentaine de bateaux anglais seraient en route pour Québec. Le gouverneur a envoyé la milice des deux bords du fleuve pour empêcher les Anglais de débarquer, mais pas icitte, ça a ben l’air. Va falloir qu’on s’arrange avec nos troubles. Pis là, je serais ben déçu de vous autres si vous restiez là à vous pogner le beigne pendant qu’ils brûlent notre église pis nos maisons, volent nos affaires pis partent avec les femmes pis les enfants. Faique j’imagine que je peux compter sur vous-autres? Gardez vos fusils proches, pis quand y vont se pointer la face, on va être prêts pis on va les faire revirer de bord sur un moyen temps!

– Ouaaaaaais! s’écrièrent tous les paroissiens ben crinqués par le discours de M. le curé. Les Anglais vont manger leurs bas! Vive la France!

À partir ce moment-là, tout le monde se mit à guetter le fleuve. Finalement, un matin, les bateaux apparurent pis arrêtèrent drette en face de la pointe de Rivière-Ouelle. Pas longtemps après, les Anglais mirent des chaloupes à l’eau pour se rendre à terre.

Alors, les braves Rivelois, à la suite du curé de Francheville qui était le premier en avant, s’en‑allèrent dans le bois, au travers des érables pis des épinettes, pis s’embusquèrent au bord de la grève, raboudinés en arrière des crans de roche pis des arbres, dans le foin pis dans les creux du terrain. Sans un mot pis presque sans un respir, ils attendaient le signal du curé.

Pendant ce temps-là, les chaloupes anglaises approchaient avec plusieurs soldats à bord de chacune, ben relaxes, pensant qu’ils allaient pouvoir se slaquer un peu les bretelles. Au-dessus des vagues, du vent pis du chignage des goélands, on commençait à entendre des voix pis le bruit des rames.

– Pis là, on tire-tu?

– Ta yeule! On attend!

Comme la marée était haute, les Anglais purent accoster assez proche de la ligne des arbres, à portée des fusils de chasse des colons. On donna l’ordre de sauter à terre. Tandis que les soldats débarquaient, occupés à essayer de pas sacrer le camp dans l’eau frette, à ramasser leurs armes pis à tirer les chaloupes sur la grève, le cul face au bois, le fringant curé donna le signal :

« FEU! »

Et là, les Anglais frappèrent un mur – de balles. Ils avaient l’impression que ça tirait de tous les bords pis capotaient, parce qu’ils étaient pas capables de dire combien y’avait de tireurs. Il y en a plusieurs qui tombèrent raide morts, pis pas mal d’autres qui furent blessés. Ça a pas été long qu’ils remontèrent dans les chaloupes pis repartirent vers les bateaux en ramant comme des possédés. Les officiers avaient beau leur dire de rester pis de se battre, rien à faire : le diable était aux vaches. Les soldats dans les chaloupes encore à l’eau, voyant ce qui se passait sur la grève, se dirent : « Euh, d’la marde » et repartirent avant même de toucher terre.

Les Rivelois continuèrent de leur tirer dessus jusqu’à ce qu’ils soient finalement hors de portée. Le fougueux curé et ses paroissiens avaient gagné! Fallait le faire, pareil : une poignée de cultivateurs avec des fusils de chasse avaient fait décrisser une troupe de soldats de l’armée anglaise! Y’avait de quoi être fier. Tout le monde repartit vers le village, le sourire fendu jusqu’aux oreilles.

– On les a eus, astie!

– Heille, leur as-tu vu la face? Y’ont jamais su ce qui leur arrivait!

– Mets-en, c’est comme s’ils avaient vu le yâble en parsonne!

– Entécas, sont pas près de revenir nous écœurer, ces torrieux-là!

Quant à Phips, c’est à lui que le gouverneur Frontenac poussa la célèbre craque : « Je n’ai point de réponse à faire à votre général que par la bouche de mes canons et à coups de fusil! ». Lui et son armée mangèrent effectivement une volée à coups de canon et quittèrent Québec la queue entre les jambes. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la puck roulait pas pour eux autre c’te fois-là! La Nouvelle-France était sauve, du moins pour encore un p’tit boutte.

Pis en passant, parmi ces colons au courage et au sang-froid dignes des meilleurs soldats, y’avait mon ancêtre Mathurin Dubé, le premier du nom venu en Nouvelle-France. Y’a des chances que vous en ayez un là-dedans vous aussi!

(Ça vous tente de vérifier? Cet article donne une liste détaillée et étayée par des recherches poussées :
https://robertberubeblog.wordpress.com/2017/04/06/1690-qui-sont-les-heros-et-les-heroines-de-la-bataille-de-riviere-ouelle-who-are-the-heroes-and-heroines-of-the-battle-of-riviere-ouelle/)

La « grande affaire » du roi Henry VIII

Henry VIII et Anne Boleyn.

N’écoutant que sa brimballe, Henry, dès lors, eut juste une idée en tête : se débarrasser de sa femme Catherine. Y’avait juste un tout petit problème : le pape.

En 1525, le roi Henry VIII d’Angleterre commençait à capoter : avec sa femme, la reine Catherine d’Aragon, il avait eu une fille, Mary, mais aucun gars. Et comme la reine rajeunissait pas (à 40 ans, elle avait cinq ans de plus que son mari), ça commençait à presser pour avoir un héritier mâle.

(En fait, c’est Henry qui avait le piton collé sur un gars. En Angleterre, les femmes avaient le droit d’hériter de la couronne. Mais comme la dernière fois, 400 ans avant, ça avait fait une guerre civile, ça lui tentait pas trop que ça arrive.)

« Quessé je pourrais ben faire? se demandait le roi. Hm. Je pourrais reconnaître un de mes bâtards comme fils légitime. Ou, je pourrais marier ma fille Mary au plus crisse, pour qu’a me fasse un petit‑fils. Ou bedon… Je pourrais flusher Catherine pis en marier une plus jeune? »

Pour Henry, qui était encore tout fringant, rougeaud et dans la fleur de l’âge, c’était de loin la solution la plus tentante. Surtout que, depuis une secousse, il y avait une petite brune qui lui faisait un gros effet : Anne Boleyn, une belle fille sophistiquée, éduquée en France, avec ben des talents pis de la jarnigoine.

Henry s’était déjà tapé plusieurs fois sa sœur, Mary Boleyn. Mais Anne, elle, voyait plus grand qu’être juste la maîtresse du roi. Quand Henry commença à lui faire des avances, Anne répondit :

« Ah, Votre Majesté, vous êtes ben fin pis je suis ben flattée, mais si vous voulez du nanane, va falloir m’épouser. »

N’écoutant que sa brimballe, Henry, dès lors, eut juste une idée en tête : se débarrasser de sa femme Catherine. Y’avait juste un tout petit problème : le pape.

Parce que, ouais, dans ce temps-là, le pape avait toujours le nez fourré dans les affaires des familles royales, jusque dans leur chambre à coucher. S’il décidait de pas t’accorder une dispense pour marier ta cousine, ben tu mariais pas ta cousine. Pis s’il décidait qu’il te laissait pas divorcer, ben tu divorçais pas.

Au début, Henry essaya de jouer dans les règles. Il demanda au pape Clément VII d’annuler son mariage avec Catherine. Son prétexte? C’était la femme de son frère – elle avait d’abord marié le frère aîné d’Henry, Arthur, mais il était mort même pas six mois après.

« Monsieur le Pape, là, vous rendez-vous compte? chigna le roi. Le Lévitique* dit que c’est pas correct de marier la femme de son frère!  Ça fait 14 ans que je vis dans le péché pis je me sens tout sale! Ark! L’ancien pape aurait jamais dû laisser faire ça! Annulez-moi ça tusuite, ce mariage‑là! »

Clément VII fut pas convaincu :

« Ben essayé, mon grand, mais fais pas ton hypocrite : la femme de ton frère, elle a fait ben ton affaire pendant tout ce temps‑là, pis là, ça serait pu correct? Je le sais ben que tu veux juste t’enfiler une petite jeune, faique sèche. »

Henry convainquit quand même le pape de lui envoyer un représentant et d’établir un tribunal ecclésiastique en Angleterre, où la pauvre Catherine d’Aragon, pour se défendre, dut dire devant tout le monde qu’elle avait jamais couché avec son premier mari, qu’elle était la femme légitime d’Henry, pis que personne allait la tasser pour la mettre dans un couvent.

Après, le représentant du pape repartit à Rome, en disant :

« Bon, ben j’ai tout ce qui me faut! Je vous rappelle quand j’ai du nouveau. »

Mais, il n’y eut jamais de nouveau. L’affaire tomba dans les limbes, pis le pape rappela jamais.

Rendu là, Henry attendait depuis sept ans et était sur le bord d’exploser. Il prit alors une décision qui allait changer la face de l’Angleterre pour toujours :

« Ah, pis, le pape peut ben manger de la marde : je pars une nouvelle religion, ça va être moi le grand boss, pis personne va m’empêcher de divorcer de ma femme pis de marier Anne. »

C’était le début de la religion anglicane.

L’anglicanisme pour les nuls

L’anglicanisme est une religion protestante dont le chef est pas le pape, mais le souverain d’Angleterre (faique de nos jours, c’est Elizabeth II).

Si c’est Henry VIII qui a coupé les ponts avec l’Église catholique (à coups de hache forgée dans
le feu de sa libido infernale), c’est sa fille Élizabeth qui a fondé la religion anglicane pour de bon.

Entre autres, dans l’anglicanisme, il y a juste deux sacrements (le baptême et la cène), les pasteurs peuvent se marier, on croit pas que les hosties, c’est vraiment des bouttes de Jésus, pis ya juste la foi, et non les bonnes œuvres, qui fait mériter le ciel.

Drette là, Henry crissa la pauvre Catherine dehors et donna ses appartements à sa nouvelle flamme. Le couple se maria en douce, et Anne tomba vite enceinte. Le p’tit gars tant attendu?

C’est ben de valeur, mais : non. Le 7 septembre 1533, c’est une petite fille qui est née. Henry était loin de giguer de bonheur, mais quand même, il nomma la petite Elizabeth en l’honneur de sa mère et se dit qu’Anne était encore jeune pis qu’elle pourrait se reprendre.

Or, Henry commençait déjà à déchanter. Pour lui, la jarnigoine chez une femme, c’était ben l’fun dans le temps des chuchotements pis des frissons dans les coins sombres, mais là, les opinions de sa nouvelle femme sur à peu-près toute, de la politique à la religion, commençaient à lui taper sur les nerfs. Anne avait la mèche courte en plus, faique ils passaient leur temps à s’astiner.

À boutte de voir Henry courailler partout, Anne piquait une crise épouvantable à chaque nouvelle maîtresse (crache en l’air, r’tombe su’l nez?). Pis elle était baveuse : un m’ment’nné, elle alla même jusqu’à insinuer que, si elle avait pas encore eu de fils, c’est parce qu’Henry manquait de vigueur en dessous des couvertes. À part de ça, avec sa tendance à péter plus haut que le trou et son influence de plus en plus grande à la cour, elle avait commencé à se faire des ennemis, qui auraient préféré une reine potiche.

Comme si ça allait pas assez mal de même, Anne fit deux fausses couches. Là, Henry en eut son tas; pour lui, c’était comme une trahison. Il commença même à s’informer auprès de ses plus proches conseillers, voir si c’était possible de domper Anne sans être obligé de revenir avec Catherine.

Le dernier clou dans le cercueil arriva sous la forme d’une jolie blonde appelée Jane Seymour. Nunuche et inoffensive, elle était beaucoup plus facile à vivre qu’Anne. Astheure qu’Henry avait un plan B, c’était juste une question de temps avant qu’Anne prenne le bord. Pas longtemps après, on commença à s’organiser pour la faire disparaître (qui était vraiment en arrière de tout ça? On le saura jamais).

À la fin d’avril 1536, cinq hommes, dont Georges, le frère d’Anne, furent arrêtés et accusés d’avoir couché avec la reine. Le 2 mai, Anne fut arrêtée à son tour et accusée d’adultère, d’inceste, de haute trahison, de sorcellerie, extra bacon, un chausson avec ça?   

Même si les preuves contre eux-autres étaient minces comme de la peau de pet, Anne et les cinq hommes furent condamnés à mort. La sentence pour les femmes déclarées coupables de trahison était le bûcher, mais on fit une exception pour Anne : elle allait être SEULEMENT décapitée, pis pas par n’importe quel gros bourreau poilu avec une hache, mais par un expert français réputé pour faire des belles coupures propres avec une épée (y’a pas de sot métier, hein). Anne aurait d’ailleurs déclaré :

« J’ai entendu dire que le bourreau était ben bon, pis j’ai un p’tit cou de poulet, haha. »

Anne fut exécutée le 15 mai 1536. Drette le lendemain, Henry se fiançait à Jane Seymour. Pis dix jours après, ils étaient mariés. 

Maudit écœurant.
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*C’est un livre de la Bible.

La vengeance de sainte Olga de Kiev

Chère Madame,
J’ai tué ton mari en le fendant en deux sur le sens de la longueur. 
On se marie-tu?
Soye assurée, Madame, que je me fendrais en quatre pour toé. 
Avec tendresse, 
Ton Malichou

Tu fais quoi, quand tu reçois un message de même? 

Brailler comme un veau? Maudire le p’tit Jésus? Faire une crise de bacon? Aller dans la dépense pis toute crisser à terre? Péter des vitres à coups de barre à clous? 

Si t’es la grande duchesse Olga de Kiev, y’a rien de toute ça qui va faire la job. 

Parce que si la vengeance est un plat qui se mange frette, Olga, elle, a servi à la tribu qui avait zigouillé son mari une platée de cipâte; une pointe de pâté à la viande; des bines; du ragoût de pattes; du pouding chômeur pis des pets de sœur – avec une petite shot d’arsenic dedans. 

Le mari d’Olga, c’était Igor, le grand-duc de la Rus’ de Kiev (un État qui a existé du IXe au XIIIe siècle, dans ce qui est astheure l’Ukraine). Pis en tant que grand-duc, Igor allait de temps en temps faire un tour chez les tribus voisines pis faisait un peu comme les Hell’s avant le temps, c’est-à-dire aller faire peur au monde pour qu’y lui donnent des bidous en échange de sa protection. 

En général, ça passait; mais là, une fois, quand y’était en s’en r’venant de chez les Drevlianes, Igor dit à ses gars :

« Tendez menute, messemble qu’y aurait moyen de leur téter encore plus. Vous autres, v’nez avec moé, pis vous-autres, continuez avec le stock, on va vous arjoindre tantôt. »

Ça, c’était ambitionner sur le pain béni. Pis Mal, le prince des Drevlianes, commençait à être tanné, faique y décida de mettre son pied à terre :

« Heille là, là, si on le laisse faire à tou’es fois, y va tout le temps être rendu chez nous, pis un m’ment’né, on aura pu rien. Engordez, là, y s’prend pour qui? Y r’vient avec même pas toute son monde! Y’est au-dessus de ses affaires. C’est not’chance. »

Faique Mal et ses gars le pognèrent, pis au lieu d’y aller avec un classique, de quoi de propre – genre, un coup d’épée dans l’ventre –, ben y décidèrent d’être créatifs. Y plièrent deux bouleaux pour que le haut touche à terre, attachèrent un pied d’Igor à chaque boutte, pis relâchèrent les bouleaux pour qu’ils se déplient d’une shot. Chlak-skritch. Pu d’Igor. 

Ark. 

Igor avait comme seul héritier un p’tit boutte de trois ans, Svyatoslav. Mais comme y’était pas assez vieux pour, tsé, attacher ses lacets tout seul, pis encore moins pour régner, c’est Olga, sa mère, qui régnerait pour lui en attendant qu’y vienne majeur. Sachant ça, le prince Mal se mit à se frotter les mains : 

« Heille, c’est tu d’adon, ça! Un bébé pis une p’tite madame! J’ai yinque à marier la veuve, pis après ça, m’a pouvoir faire faire c’que j’veux au p’tit! M’as devenir le grand boss de la Rus’ de Kiev! Mouahaha! » 

Faique il envoya une vingtaine de ses gars en bateau à Kiev voir Olga pour y transmettre la nouvelle, pis sa demande en mariage. 

On s’entend qu’Olga fut pas particulièrement impressionnée par le front de Mal – parce qu’y fallait en avoir tout l’tour de la tête pour oser demander une femme en mariage quand le cadavre de son mari est même pas encore frette! Surtout quand, tsé, c’est de ta faute si y’est mort. Pis que t’as fait exprès. 

A devait être en tabarnak, mais a le montra pas pantoute. A resta ben fine avec les visiteurs, mais leur dit pas si elle acceptait ou non de devenir Madame Mal :  

 « Nobles étrangers, vous me pognez un peu les culottes à terre. J’étais pas vraiment prête à vous recevoir avec les honneurs. Donnez-moi une chance de me reprendre. Retournez dans votre bateau pour à soir, pis demain, quand mes hommes viendront vous chercher, faites vos frais-chiés pis demandez-leur qu’y vous portent dans votre bateau jusqu’icitte. »

Dans la nuite, la ratoureuse Olga fit creuser une grosse fosse sur le bord de son château. Le lendemain, elle convoqua les émissaires drevlianes, qui firent exactement comme elle avait dit, même si c’était un peu bizarre. Alors, les hommes de la grande duchesse emmenèrent les émissaires jusqu’au château. Y tripaient, eux-autres là, à se faire porter de même comme des empereurs! Mais leur balloune péta sur un moyen temps quand y se firent domper, bateau inclus, dans la fosse creusée la veille dans’nuite. Pis c’est là qu’Olga arriva. A se pencha au bord de la fosse et dit :  

« Pis, c’est tu assez d’honneurs pour vous-autres? » 

Et là, elle ordonna qu’on enterre les émissaires vivants. Quins! 

Mais Olga était loin d’avoir fini. Aussitôt après, elle envoya un message au prince Mal pour lui dire qu’elle acceptait de se marier avec lui, mais qu’il devait lui envoyer ses plus nobles et ses meilleurs pour l’escorter jusque chez eux – elle était quand même la grande duchesse, tsé. 

Pas méfiant pour deux cennes, le prince accepta d’envoyer une délégation de ses chefs de clan sans se demander ce qui était arrivé à la première gang qu’il avait envoyée à Kiev. 

Olga accueillit les Drevlianes avec tous les honneurs; elle les invita même à aller se laver dans son pavillon de bain personnel. Pas plus fins que ça, les émissaires entrèrent, se mirent tous flambant nus et se garrochèrent dans le bain, tout contents. Or, le sourire leur partit vite de la face : la grande duchesse fit barrer les portes et crisser le feu au pavillon, et ils furent tous brûlés vifs.  

Pour Olga, c’était pas encore assez. Elle envoya un autre message au prince Mal – qui clairement, rendu là, était pas le crayon le plus aiguisé de la boîte – et lui dit qu’a s’en venait le trouver. Elle lui demanda de préparer un grand festin funéraire pour son mari pour qu’a puisse l’honorer comme du monde avant de se remarier. Pis elle ajouta : 

« Ah, pis prépare BEAUCOUP d’hydromel! On va se lâcher lousses! »

Mal accepta, pis Olga se mit en route pour Iskorosten, la capitale des Drevlianes. Arrivée là-bas, elle alla d’abord voir la tombe de son Igor pour pleurer celui qu’elle digérait pas d’avoir perdu. 

Le soir, au festin, les Drevlianes s’en venaient pas mal chaudailles. Mais Olga et sa suite, eux-autres, restaient ben sobres. Même, ils encourageaient leurs hôtes à boire en leur versant bock d’hydromel après bock d’hydromel. À la fin de la soirée, les Drevlianes étaient tous saouls morts, drette comme Olga voulait.

Et là, la grande duchesse, aussi frette et insensible que l’nordet, donna l’ordre à ses hommes : 

« Tuez-les toutes. » 

Ce fut le massacre total; personne en réchappa. On aurait pu croire qu’Olga serait juste repartie ben tranquillement prendre son Bovril à Kiev près avoir étêté la tribu de ses ennemis, mais y’avait juste pas encore assez de sang drevliane qui avait coulé pour noyer sa peine. De retour à Kiev, elle ramassa son armée et retourna à Iskorosten pour la dernière étape de son plan…

Les Drevlianes, ou ce qui en restait, se présentèrent devant Olga et la supplièrent de pas attaquer : 

— S’il vous plaît, noble Madame, faites-nous pas mal! On va vous donner des fourrures pis du miel! 
— Ah, ben non, ben non, répondit Olga. J’ai juste une petite demande à vous faire. Je suis pas rapace comme feu mon mari, moi : je veux que vous m’apportiez trois pigeons et trois moineaux de chaque maison. Un tout petit cadeau – je le sais que vous êtes pas trop en moyens ces temps-citte. 
— Hein? Pour vrai? demanda le représentant des Drevlianes, plein d’espoir. 
— Wo-oui, pour vrai, fit Olga avec un sourire aussi doux que celui à la bonne sainte Vierge.
— Ah! Fiou! Merci! Merci Madame! Vous êtes trop fine! 

Alors les Drevlianes, soulagés pis  reconnaissants, allèrent chercher les oiseaux qu’Olga avait demandés. À la nuit tombée, la grande duchesse ordonna à ses hommes d’attacher un p’tit boutte de soufre aux pattes de chaque oiseau avec de la ficelle. Une fois relâchés, les oiseaux, ben crère, retournèrent à leur pigeonnier ou à leur nid sous les combles, dans la ville. Et à la première étincelle, FROUSH : le feu pogna. Pis ça flamba en saint simonac. 

La ville d’Iskorosten brûla au complet; pas moyen d’éteindre les flammes, parce qu’y avait pas une seule maison qui était pas en feu. Et quand les habitants essayèrent de se sauver, les hommes d’Olga les pognèrent et les massacrèrent; d’autres furent vendus comme esclaves; d’autres encore, laissés en vie pour qu’ils puissent continuer de payer un tribut à la grande duchesse. 

À c’t’heure que les Drevlianes étaient pu yinque un tas de cendres, Olga, enfin, s’était assez vengée. 

Elle retourna à Kiev, régna avec jarnigoine et gros bon sens au nom de son fils pendant 18 ans, pis même après ça, parce que son fils Svyatoslav voulait rien savoir – gouverner, y trouvait ça plate à mort, pis y faisait yinque guerroyer avec ses chums. A mit en place le premier système d’impôts de l’Europe de l’Est et fut la première de son peuple à se convertir au christianisme – c’est pour ça qu’elle a été canonisée. 

Pas pire pour une p’tite madame qu’on croyait facile à manipuler!


Source principale : Nestor, The Russian Primary Chronicle (vers 1113). https://www2.stetson.edu/~psteeves/classes/rusprimaryolga.html

Les derniers jours de Cléopâtre et Marc-Antoine

En l’an 30 av. J.-C., ça regardait ben mal pour Cléopâtre et son chum Marc‑Antoine, général et politicien romain. Octave, successeur de Jules César et rival de Marc-Antoine à Rome, s’en venait pour conquérir l’Égypte.

L’affaire, c’est que Marc-Antoine était parti sur une grosse dérape depuis plusieurs mois; l’armée d’Octave avançait de plus en plus, pis lui, il faisait juste se paqueter la fraise dans le palais de Cléopâtre en attendant la fin.

Mais là, quand Octave arriva aux portes d’Alexandrie, la capitale de l’Égypte, Marc-Antoine arrêta enfin de se pogner le beigne et, avec une petite armée et les navires de Cléopâtre, il voulut lancer une offensive sur terre et sur mer. 

C’est ben de valeur, mais il aurait dû se déniaiser avant. L’armée d’Octave était énorme, les chances de victoire étaient nulles, et les hommes de Marc-Antoine étaient pas caves; quand ils arrivèrent devant l’ennemi, ils se dirent :

« D’la marde, les gars, on s’en va du bord d’Octave. »

Pis en plus, quand les navires de Cléopâtre arrivèrent en face de ceux d’Octave, ils levèrent leurs rames pour dire : « C’est beau, on se rend! »

Marc-Antoine était en tabarnak : il venait d’avoir l’air d’un estie de fou, pis il était certain que c’était Cléopâtre qui avait ordonné à sa flotte de se rendre.

Alors, il retourna au palais de sa blonde, prêt à l’engueuler :

« Voyons, Cléo, câlisse, qu’est-ce que t’as fait là? »

Mais il y avait juste le silence pour lui répondre : aux aurores, Cléopâtre s’était enfermée dans son mausolée royal, une haute tour entourée par des grosses barrières en métal. Faique là, Marc Antoine comprit ce qui se passait : plutôt que de s’avouer vaincue, sa reine avait décidé de disparaître pour toujours.

Marc-Antoine se dit qu’il lui restait juste à faire pareil : il était déshonoré, pis sans sa Cléo, la vie avait pu de sens.

—  Eros! dit-il en pointant un de ses plus fidèles serviteurs. Je veux que tu me tues!

—  Euh… moé, ça? dit le pauvre p’tit gars, qui n’avait rien demandé.

—  Oui, toé. Aweille, fais-ça vite.

—  Mais maître! se lamenta Eros. Je peux pas faire ça, chui pas capable! J’vous aime ben que trop pour ça!

—  Ben oui, t’es capable. Quins, prends mon épée…

—  J’aime mieux mourir que de vous tuer, maître, s’exclama le serviteur, qui braillait comme un veau.

—  Ben voyons, Eros, qu’est-ce que tu fais là!

—  Argh!

Plutôt que de tuer son maître, Eros décida de s’embrocher lui-même avec l’épée. Marc‑Antoine allait devoir s’arranger tout seul. Par contre, il se prit trop bas, manqua le cœur et tomba sans connaissance.

Quand il se réveilla, il se mit à crier qu’on l’achève, mais il y eut juste une personne pour l’entendre : Cléopâtre, qui l’aperçut étendu dans une flaque de sang en bas de sa tour.

—  Ben voyons, elle est pas morte? s’étonna Marc-Antoine.

—  Comment ça, il est en vie? s’exclama la reine d’Égypte.

Elle ordonna aussitôt à ses serviteurs d’aller le chercher et le fit monter jusqu’à elle avec des cordes pis des chaînes qui servaient normalement à déplacer des gros blocs de pierre. Elle le tira à l’intérieur de toutes ses forces de faible femme et le prit dans ses bras.

—  Marc-Antoine, s’il te plaît, pars pas! gémit la reine.
—  Clé… o…, râla le général mourant.
—  Je peux pas vivre sans toi!
—  Clé… O!
—  Quoi? demanda la reine en reniflant.
—  Je peux tu avoir… un dernier verre de vin…?

Après cet ultime p’tit drink, Marc-Antoine poussa son dernier soupir. Cléopâtre, folle de peine, se mit à hurler, à geindre et à se graisser la face avec le sang de son chum. Finalement, elle se retroussa un peu et accepta de parler avec les envoyés d’Octave, Gallus et Proculeius. Du haut de sa tour, elle leur cria que soit ils acceptaient de pas la tuer, elle partait sans s’astiner, et ses enfants* héritaient du royaume, soit elle sacrait le feu à sa tour qui contenait tous ses trésors.

Mais là, pendant qu’elle négociait avec Gallus, Proculeius réussit à rentrer dans la tour. Il pogna Cléopâtre par surprise et la captura avant qu’elle puisse se poignarder avec la dague qu’elle avait sur elle.

« Ah, ciboire! Prisonnière d’Octave! En plein ce que je voulais pas qui arrive! »

Octave permit quand même à sa prisonnière d’organiser les funérailles de Marc-Antoine. Mais ça n’a pas empêché Cléopâtre de se chercher des façons de mourir. Un boutte, elle pensait ben avoir réussi : à force de se grafigner avec ses grands ongles, elle finit par pogner une infection, mais – c’était ben maudit – elle survécut.

Cléopâtre décida alors de faire autrement : elle demanda à rencontrer Octave. On sait pas trop qu’est-ce qu’elle voulait faire. Le séduire? À son âge, la jument était plus ce qu’elle avait déjà été, mettons. Mais elle était encore riche, par’zempe. Faique elle lui proposa toute sa fortune s’il lui évitait d’être amenée à Rome et paradée dans le chemin devant tout le monde, enchaînée, comme c’était arrivé à sa sœur Arsinoé v’la des années. 

Octave écoute, mais promet rien. Un peu plus tard, un noble qui avait le kick sur elle apprend à Cléopâtre qu’Octave avait ben l’intention de la ramener à Rome. Merde. Il lui restait juste une affaire à faire pour éviter le déshonneur total.

Donc, un matin, elle alla brailler une dernière fois sur le tombeau de son beau Marc-Antoine, puis se fit servir un déjeuner fastueux. Après ça, elle remit une lettre au garde qui devait la surveiller pour qu’il aille la porter à Octave. Le garde, pas plus fin que ça, partit sans poser de questions.

Ensuite, elle fit sortir toutes ses servantes, sauf ses deux préférées, à qui elle ordonna de la vêtir de ses plus beaux atours et de son diadème royal. Pis là, les trois femmes s’enlevèrent la vie – en se faisant mordre un sein par un serpent, selon le philosophe grec Plutarque et un tas de peintres libidineux de la Renaissance, mais plus probablement en buvant un breuvage empoisonné.

Comme ça, elle montra à Octave comment meurt une reine.

P.S. Ah, pis, dans sa lettre à Octave, elle demandait simplement d’être enterrée à côté de Marc-Antoine. Ooooonnn.

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*Alexandre Helios, Cléopâtre Séléné et Ptolémée Philadelphe – ya tu des futurs parents qui cherchent des noms originaux?

Guillaume le Conquérant – partie 3

Édouard le Confesseur mourut le 5 janvier 1066. Harold Godwinson ne perdit pas une seconde : il se fit couronner drette là par le Witan, l’assemblée des nobles d’Angleterre, affirmant qu’Édouard, sur son lit de mort, serait sorti de son coma et lui aurait dit : « Prends soin de ma femme… Pis de mon royaume… Argh! », avec la petite main qui tombe molle et tout et tout.

De l’autre côté de la Manche, Guillaume, quand il apprit cela, péta une coche. « Heille, chose! cria-t-il depuis la Normandie. T’as pas d’affaire sur le trône, parce que tu m’as juré fidélité! » L’affaire, c’est qu’un an avant la mort d’Édouard le Confesseur, Harold Godwinson, poussé par une tempête, s’échoua sur les côtes du Ponthieu, au nord de la Normandie. Pas mardeux, il se fit capturer par le comte Guy 1er. Or, Guillaume s’organisa pour le faire libérer, mais ce n’était pas par bonté d’âme : un fou dans n’poche! Il n’allait pas manquer une occasion de même! La suite est pas trop claire, mais Guillaume en aurait profité pour faire jurer à son rival, sur des reliques sacrées – on rit pu – de pas se mettre dans ses jambes quand il réclamerait le trône d’Angleterre.

Donc, quand il se le fit remettre sur le nez, Harold répliqua : « C’était pas un vrai serment! Les reliques étaient cachées en-dessous d’une boîte pis je les ai pas vues, faique ça compte pas! » Harold s’étant parjuré à ses yeux, Guillaume répondit : « Ah, c’est de même? Attache ta tuque, mon estie, je m’en viens t’en crisser une! »Or, Harold avait la broue dans le toupet : Harald Hardrada, roi de Norvège, venait de débarquer pour envahir l’Angleterre. Harold rassembla donc son armée et marcha vers le nord tellement vite qu’il pogna les Norvégiens les culottes à terre et les décâlissa à la bataille de Stamford Bridge.

Mais là, Guillaume s’en venait, lui, de l’autre bord! Les cadavres de Norvégiens étaient même pas encore frettes qu’il débarqua en sol anglais, forçant Harold à clancher aussitôt vers le sud pour l’affronter. La légendaire bataille d’Hastings allait commencer.

Dès le matin, les troupes étaient face à face, avec environ 7 000 hommes de chaque bord. Au début, ça regardait mal pour Guillaume : il essaya de bombarder l’armée anglaise de flèches, mais ça ne marcha pas fort fort vu que les Anglais étaient sur le dessus d’une butte. La cavalerie et l’infanterie normandes essayèrent alors d’ouvrir une brèche dans les forces anglaises.

Ce fut le chiard total : les Normands reçurent une volée de javelots, de haches pis même de roches. Et là, la rumeur se mit à courir que Guillaume avait trépassé. Une partie de l’armée normande se mit à fuir, et une gang d’Anglais partirent après eux‑autres. Faique Guillaume ôta son casque et chevaucha au travers de ses gars en gueulant : « A’rgardez! Chu vivant! Aweille! » Les Normands, crinqués par la vue de leur duc en vie, contre-attaquèrent et démolirent les poursuivants.

Tout le monde s’arrêta pour dîner, pis là Guillaume eut une idée : « Heille! Et si on faisait comme à matin… Mais par exprès? » Quand la bataille reprit, il ordonna à ses soldats de faire semblant de se sauver, pour que les Anglais brisent leurs rangs et se lancent à leur poursuite, tout croches et désorganisés. La ruse marcha sur un moyen temps : à la fin de la journée, Harold était raide mort sur le champ de bataille avec une flèche dans l’œil tandis que Guillaume virait la brosse avec ses gars.

Pas longtemps après, Guillaume marcha triomphant sur Londres et réclama son trône, refaisant pour toujours la face de l’Angleterre.

Guillaume le Conquérant – partie 2

Faique avant de partir à Jérusalem, contre l’avis de ses conseillers qui trouvaient que ça n’avait pas de bon sens, Robert fit jurer à tous les seigneurs normands de reconnaître Ti-Yaume comme son héritier légitime.

C’était ben beau quand Robert était en vie, mais quand les seigneurs apprirent qu’il avait pété au frette en Turquie, Ti-Yaume n’avait que sept ou huit ans, et le bordel pogna dans le duché : on se rebella, on s’entretua, on assassina les tuteurs de Ti-Yaume. Pendant une maudite secousse, le pauvre garçon dut se cacher chez l’habitant pour éviter d’y passer lui-même.

Enfin, en 1047, Guillaume (parce qu’à ce moment-là, il était rendu plus très « ti ») décida que c’était fini, le niaisage, et défonça les rebelles. À partir de là, il put commencer à renforcer son pouvoir de duc de Normandie, en commençant par marier une fille de noble lignée : Mathilde de Flandre.

Or, d’après la légende, quand Guillaume la demanda en mariage, sa réaction aurait été de l’ordre de « Ark, pas un bâtard! » et donc, en beau tabarnak, il l’aurait jetée à terre en la tirant par les tresses et lui aurait sacré une volée. Le père de Mathilde, voyant ça, allait le zigouiller, mais la belle, qui soit avait mangé un coup de trop, soit avait un faible pour les gros épais violents, aurait dit à son père de serrer son épée, car elle n’en marierait pas d’autre que lui.

On retrouve cette histoire dans une trâlée de documents anciens, mais ça serait pas mal du placotage de monde jaloux. Guillaume et Mathilde ont été ensemble pendant plus de 30 ans, ont eu neuf enfants, et Monsieur faisait assez confiance à Madame pour la laisser porter ses culottes en Normandie quand il partait guerroyer au diable au vert. En plus, Guillaume, contrairement à son père, n’aurait jamais sauté la clôture.

Pendant les années qui ont suivi, Guillaume a passé son temps à écrapoutir des rebelles et des prétendants, mais ça ne l’a pas empêché d’avoir l’œil sur l’autre côté de la Manche.

Voyez-vous, là-bas, le roi Édouard le Confesseur était pas mal sur la fin, et il n’avait pas d’héritier. Le roi avait promis à Harold Godwinson, un puissant seigneur anglais (et aussi son beau-frère), qu’il allait le nommer comme successeur.

Mais Guillaume, lui, se mit dans l’idée, fouillez-moi pourquoi, qu’il avait d’affaire sur le trône d’Angleterre parce qu’Édouard le Confesseur était le fils de sa grand-tante du bord de son père, donc son cousin de la fesse gauche. Et semblerait-il qu’Édouard lui avait promis, à lui aussi, sa succession. Malaise.

(Il y avait un autre prétendant au trône, un neveu d’Édouard, mais il se fit tasser assez sec : quelques semaines après son retour d’exil, il était déjà mort, pauvre ‘tit.)

Donc! Un roi mourant. Deux prétendants. La marde était sur le bord de pogner.

On s’en reparle à l’épisode 3.

Guillaume le Conquérant – partie 1

Guillaume le conquérant : vous êtes-vous déjà demandé d’où c’est qui t’sort? Qui est ce bonhomme qui, apparemment, s’est levé un matin, a dit « Bon, ben j’conquerrais ben l’Angleterre moé, j’cré ben! », et non seulement a réussi, mais peut se vanter que c’est sa 24 fois arrière-petite-fille qui a le derrière sur son trône de nos jours?

En 1027, Robert 1er était le nouveau duc de Normandie. Selon les mémérages de l’époque, il venait juste d’empoisonner son frère aîné pour prendre sa place (après tout, personne n’avait plus à gagner si Richard prenait le bord).

Ce jour-là, il se tenait au sommet de la tour de son château, la barbe au vent. C’est là qui vit une maususse de belle pitoune : Arlette, qui était en train de teindre du linge dans la cour. Dans ce temps-là, ça se faisait en pilassant dans un fossé plein de teinture. Or, quand elle vit le duc en train de la zieuter, la belle ne manqua pas sa chance : elle retroussa ses jupes un peu plus haut, histoire de se faire aller la cuisse.

Tout émoustillé, le duc demanda qu’on aille lui chercher Arlette drette là. Un serviteur alla trouver la jeune femme et lui dit que le duc la demandait, mais qu’il fallait qu’elle rentre dans le château par la porte d’en-arrière. Pas barrée pour deux cennes, Arlette lui répondit : « Yé pas question que j’rentre par en-arrière comme une catin. Si le duc veut me voir, faut que j’rentre à cheval par la grande porte. »

Le duc, qui ne se pouvait plus, répondit qu’elle pouvait ben rentrer par la porte qu’elle voulait. C’est comme ça qu’Arlette, sur son 36 et sur un cheval blanc, entra par la grande porte, fière comme un coq, comme si elle était déjà duchesse.

L’affaire, c’est qu’Arlette était d’un rang trop bas pour que Robert puisse la marier. Mais ce n’était pas vraiment grave : ils s’accotèrent « à la mode danoise », comme on disait dans ce temps là, c’est-à-dire un peu comme les conjoints de fait au jour d’astheure. (Les Normands avaient hérité ça de leurs ancêtres vikings. Les Vikings pouvaient aussi avoir plusieurs femmes, même si ça scandalisait les voisins : quand un gars se sent dans son bon droit d’avoir plusieurs femmes, c’est pas un bonhomme en soutane qui va le convaincre d’arrêter ça.)

Faique quand naquit leur fils, notre Ti-Yaume, il fut considéré comme un bâtard. Et comment un bâtard a pu se ramasser roi d’Angleterre? C’est ce que nous verrons dans le prochain épisode.

P.S.
Quant à Robert, ben, sept ans après, il décida de partir rien que sur une gosse en pèlerinage à Jérusalem et mourut en Turquie en s’en revenant. (C’était un peu surprenant de sa part, lui qui était plutôt du genre à confisquer les terres de l’Église pour les donner à ses chums – il n’avait pas quelque chose sur la conscience? Genre, un empoisonnement?) Arlette, assez dégourdie, ne resta pas en peine longtemps : elle se maria (pour de vrai, cette fois-là) avec un vicomte, vécut heureuse et eut un petit comte et un petit évêque.

(Crédit image : http://telle-une-tapisserie.eklablog.com/la-vie-de-guillaume-le-conquerant-01-a112523944)

Le vase de Soissons

Clovis, premier roi de tous les Francs, n’a pas toujours été un rongeux de balustre; avant cela, il était un « barbare païen ».

Dans ce temps-là, en 486, Soissons était la dernière place où il y avait encore des Romains au pouvoir en terre franque. Son chef était un dénommé Syagrius. Faique, Clovis attaqua la ville et crissa une volée à l’armée du Romain, qui se sauva chez les Wisigoths, la queue entre les jambes (ce n’était pas fort fort, son idée : les Wisigoths le vendirent plus tard à Clovis, qui le fit égorger en douce une fois que les choses se furent tassées).

Quoi qu’il en soit, après avoir pillé et décalissé la ville, Clovis et ses guerriers se réunirent autour du butin pour se le séparer égal entre eux-autres, comme on faisait dans ces temps-là.

Or, dans le tas figurait un fichu de gros vase qui avait été pris dans une église. L’évêque, la falle basse, avait ainsi plaidé auprès de Clovis : «Regarde, à défaut de me redonner le reste, tu peux tu au moins me rapporter le vase? Il est pas mal beau pis j’y tiens beaucoup. »

Le roi, qui filait plutôt d’adon ce jour-là, avait accepté. Il demanda donc à ses guerriers de lui laisser le vase en plus de sa part pour le remettre à l’évêque.

Les guerriers, qui savaient qu’y valait mieux ne pas faire chier leur roi, répondirent : « Tout ce qu’il y a là est à toé, glorieux roi, pis c’est toé qui décide. Fais comme tu veux, yen a pas un de nous-autres qui va s’astiner. »

C’est alors qu’un grand fendant se leva devant l’assemblée et s’écria « T’as beau être le chef, t’auras juste ce qui te revient à toé, pis c’est toute » et, pas plus fin que ça, fessa le vase avec sa hache.

Clovis, sur le coup, resta bête et ne répliqua pas; toutefois, il garda une crotte sur le cœur. L’évêque put quand même ravoir son vase, quoique celui-ci fût tout poqué.

Un an plus tard, Clovis calla de nouveau son armée. Pendant qu’il passait les guerriers en revue, il reconnut le sans-dessein qui l’avait humilié à Soissons. « Franchement, l’apostropha t il en arrivant devant lui. Y’a personne icitte qui fait aussi dur que toé. Ton javelot, ton épée, ta hache, ça vaut pas de la marde.» À ces mots, il lui prit la hache des mains et la crissa à terre.

Quand le grand fendant se pencha pour la ramasser, Clovis lui fendit le crâne drette là avec sa propre hache, déclarant : «Quins! Tu t’en rappelles-tu, du vase de Soissons? »

Puis, aux autres guerriers qui le regardaient, la gueule à terre, il dit simplement : « C’est beau, les gars, vous pouvez y aller.»