Pour passer le temps en attendant mon prochain billet : comment ben se tenir en diligence

Photo de Autour du poêle à bois - L'Histoire à la québécoise.

J’avais publié ce petit texte sur la page Facebook du blogue, mais je le reproduis ici pour mes lecteurs qui ne fréquentent pas ce lieu maudit (Facebook, là, pas ma page en tant que telle – on a ben du fun pis on mange des biscuits à m’lasse!).

Au jour d’aujourd’hui, pour prendre l’avion, faut suivre quelques règles de sécurité pis de savoir-vivre : attacher sa ceinture, spotter les sorties, se mettre du t’sour, pas varger dans le siège d’en-avant à coups de pieds, pas attendre que le chariot de bouffe soit rendu dans le passage pour aller pisser, pis être fin avec les agents de bord.

Mais dans l’ancien temps, au Far West, c’tait quoi les règles à suivre… en diligence? Tantôt, j’ai trouvé de quoi de pas mal intéressant là-dessus pendant mes recherches, pis, mettons que, autre temps, autres mœurs, hein?

Code de conduite des passagers de la Benton & Helena Stage Company (autour de 1890) – traduction de Matante Poêle :

1. On vous demande de pas boire de boisson, mais si vous êtes pour brosser pareil, partagez votre bouteille. Sinon, vous aurez l’air d’un gratteux pis d’un maudit air bête.

2. Messieurs, sivouplaît évitez de fumer la pipe ou bedon l’cigare si y’a une créâture à bord : ça sent fort, pis ça se pourrait qu’a l’aime pas ça. Vous pouvez chiquer du tabac, mais crachez avec l’vent dans l’dos, pas l’vent dans face.

3. Si y fait frette, y’a des jaquettes en bison pour vous réchauffer. Mais vous êtes aussi ben de pas toute les prendre pis de pas en laisser aux autres, parce que sinon, on va vous assire dehors à côté du chauffeur.

4. Évitez de ronfler fort ou d’utiliser l’épaule de votre voisin comme oreiller. Il (ou elle) pourrait mal le prendre, pis ça se pourrait que ça fasse d’la chicane.

5. Vous pouvez garder vos armes à feu en-dedans d’un coup que la marde pogne, mais tirez pas par la fenêtre yinque pour le fun ou pour tuer des animaux sauvages su l’bord du ch’min : ça pourrait faire peur aux ch’faux.

6. Pis si les ch’faux pognent le mors aux dents, capotez pas pis tirez-vous pas par la f’nêtre : vous allez vous estropier, pis vous allez être à la merci des éléments, des Indiens enragés pis des coyotes affamés.

7. Faites pas peur au monde pour rien en jasant des révoltes d’Indiens pis des voleurs de diligences.

8. Pis si y’a un crotté qui sait pas se t’nir avec les créâtures, ben y va se faire crisser dehors de la diligence. Pis y va trouver que c’est long en maudit, s’en r’tourner à pied.

Quand les belles-sœurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut, partie 5

Frédégonde manque tuer Rigonthe. Illustration tirée des Vieilles Histoires de la Patrie, 1887.

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4

Faique ouais. Avec son bébé surprise, c’est comme si Frédégonde avait lâché une boule de quilles dans une flaque de bouette – si la flaque de bouette avait été les ambitions de mononc Gontran pis de cousin Childebert. 

En fait, ça changeait pas grand-chose pour Gontran – de toute façon, y’avait prévu de toute donner à Childebert à sa mort. Mais pour Childebert, son plan toute simple qui se résumait à « attendre que mononc pète au frette, toute ramasser pis devenir roi de tous les Francs » venait de se compliquer pas mal : là, y’allait devoir lutter contre son bébé cousin pis sa maudite folle de matante. 

Donc, Childebert essaya de faire une jambette à Frédégonde, mais une chance pour elle, Gontran était là : 

— Mononc Gontran, là, s’te plaît, envoye-moé Frédégonde! Pourquoi t’a protége? C’est yinque une meurtrière qui a tué ma tante, mon père, mon oncle pis jusque mes cousins! 
— Calme-toé le pompon, Childebert! On va toute régler ça à l’assemblée des seigneurs. 

Faique toutes les seigneurs de Neustrie r’tontirent pour savoir comment-cé qu’y allaient se démarder avec toute ça. Y’en avait pas mal qui trouvaient ça louche qu’un flo sorte de nulle part après la mort de Chilpéric – c’était-tu vraiment le fils du roi? Est-ce que Frédégonde avait découché pis c’tait le flo d’un autre? Ou bedon a l’était allée voler le premier flo du bord pour le faire passer pour le sien? C’tait pas comme si elle avait pas déjà faite pire. Mais Gontran décida de croire sa belle-sœur, pis y’adopta officiellement son n’veu, qui fut baptisé Clotaire comme son grand-père.

Gontran décida aussi de tasser Frédégonde du pouvoir en l’envoyant rester à Rouen, pis en la faisant surveiller par l’évêque Prætextat – tsé lui qui avait marié Mérovée pis Brunehaut pis qui avait été exilé pour ça? Ça faisait crissement pas son affaire, mais pour l’instant, a l’avait pas le choix de prendre son trou.

Pendant c’temps-là, Rigonde, la fille à Chilpéric pis Frédégonde, était en route vers l’Espagne pour marier Récarède, le fils du roi des Wisigoths, avec des waguines pleines de trésors qui devaient y servir de dot. 

Quand y surent que le roi Chilpéric était mort, les hommes qui étaient censés la protéger se poussèrent avec une partie des richesses, pis un certain duc Didier, voyant une chance de faire la piasse, se garrocha pour prendre le reste. La pauvre princesse put yinque constater la méchante débarque qu’a venait de prendre : 

« Bon ben, pu de père, pu de dot, pu de mariage, pu d’amis, PU RIEN! Y m’reste yinque ma fierté pis l’linge que j’ai su’l dos, câlisse! Pis j’ai même pas de lift pour m’artourner chez nous! Chus une princesse, pis là chus pognée su’l bord du ch’min comme une crisse de paysanne! » 

A finit par retrouver sa mère, mais ces deux-là qui vivaient ensemble, ça se passait pas exactement comme une raille de pick-up dans l’rang huit un dimanche après-midi. Telle mère, telle fille, tsé! Y se pognaient tout le temps, pis ça en venait souvent aux claques pis aux coups de poing su’a yeule.

Un m’ment’né, Frédégonde, à boutte, eut une bulle au cerveau et dit à Rigonde de la suivre dans la salle du trésor : 

« T’es tout le temps après moé, ma fille, pis ch’pu capable. Enweille, là, r’garde dans le coffre, prends c’que tu veux pis arrête de m’écœurer. » 

Faique Rigonde se pencha pour ramasser un bijou ou un quelconque cossin qui valait cher, pis pendant qu’elle avait la tête dans le coffre, Frédégonde pésa de toutes ses forces sur le couvert. La pauvre fille eut la gorge pognée entre le couvert pis le bord du coffre pis était après étouffer, mais fut sauvée par des servantes qui tassèrent Frédégonde de d’là.

La reine passa une couple d’années à s’emmerder solide à l’écart du pouvoir, essayant de temps en temps de faire assassiner Brunehaut, pour se désennuyer. Pis un jour, alors que Gontran était parti se chamailler avec les Wisigoths de Septimanie pis était trop loin pour la surveiller, Frédégonde se pogna avec l’évêque Prætextat : 

— Toé, ma maudite vieille face, tu peux être sûr que si un m’ment’né, j’arviens au pouvoir, m’a te renvoyer en exil assez raide! 
— Bah, tsé, exil ou bedon pas en exil, j’reste évêque, pis quand j’vais être mort, avec l’aide de Dieu, m’a monter au royaume des cieux. Mais toé, Frédégonde, reine ou pas reine, ça aura pu pantoute d’importance quand tu vas rendre l’esprit : tu t’en vas drette en enfer. Tu devrais slaquer tes folies pis tes vacheries, te mettre à marcher drette pis piler su ton maudit orgueil – si y’est trop tard pour avoir la vie éternelle, au moins pour élever comme faut ton p’tit gars jusqu’à l’âge d’homme! 

Frédégonde était tellement en tabarnak qu’a s’en alla sans dire un mot. 

Le dimanche d’après, Prætextat était en train de dire la messe, quand drette entre deux psaumes, un gars se garrocha su lui, pis FLÂWK! le poignarda dans l’t’sour de bras. Mais comme y mourut pas tusuite, des fidèles le ramassèrent et allèrent le porter dans son litte. Pis alors qu’y agonisait, Frédégonde, baveuse sans bon sens, rentra dans sa chambre pis alla s’assire à côté de lui :

— Heille, ça a-tu d’l’allure, se faire poignarder d’même en pleine messe! Si y’a quequ’chose que ch’peux faire pour toé, Prætextat, t’as yinque à l’dire!
— Fais pas l’innocente, Frédégonde! T’as juste pas digéré que j’te dise tes quatre vérités l’autre jour, pis c’est toé qui a envoyé l’gars pour me tuer! T’es yinque une meurtrière, pis c’est comme ça que l’monde va s’rappeler de toé! 

Y mourut pas longtemps après, pis Frédégonde put le remplacer par un autre évêque qui faisait plus son affaire. Pis tant qu’à faire, vu que Gontran était pas là, elle en profita pour reprendre son fils Clotaire pis convaincre plusieurs seigneurs de trahir Gontran pis d’y jurer fidélité à elle, reprenant par le fait même le contrôle de la Neustrie. 

Faique encore une fois, la maudite ratoureuse avait trouvé le tour de se faufiler jusqu’au pouvoir. Mais là, assez parlé d’elle.

Du bord à Brunehaut, ça allait pas pire pantoute. Mini-roi Childebert était rendu avec une femme, Faileube, pis deux p’tits gars, Thierry pis Thibert.  

Pis pour notre fringant Childebert, c’tait ben plus l’fun de taper su’a gueule de ses ennemis que de faire des affaires plates comme, tsé, administrer, gouverner, régir. Faique c’est toute Brunehaut qui s’en occupait. Pis comme Childebert était rendu majeur, elle était pas mal moins pognée avec les maudits nobles sexistes qui lui avaient dit au début de la régence de Childebert, et je cite, c’est pas des farces : 

« Décâlisse, la créature! À c’t’heure, c’est ton gars qui règne. T’es aussi ben de te tasser pour pas qu’on t’passe dessus avec nos ch’faux! » 

A fit construire des routes pis des tours pis toutes sortes d’affaires. Mais, son chef-d’œuvre, c’est la Décrétion de Childebert, un document qui contenait un tapon de réformes. La première chose qu’a fit, c’est d’interdire de forcer une femme à se marier si ça y tentait pas. Tsé, elle avait pas oublié sa p’tite sœur Galswinthe, qui avait été obligée de marier le roi Chilpéric pis qui avait été étranglée par après pour faire d’la place à Frédégonde. Aussi, elle créa une sorte de premier début de police de l’ancien temps, c’qu’y était vraiment pas de trop à une époque où le monde se crissaient des haches dans la tête pour une chèvre ou un set de chambre à coucher! Pis a mit de l’ordre dans l’administration pis les finances du royaume en général. Rien que ça.

Si j’vous mets les deux belles-sœurs une à côté d’l’autre, là – Frédégonde, une paysanne pas barrée pour deux cennes, cruelle pis assassine, pis Brunehaut, une princesse noble, raffinée pis pleine de jarnigoine – laquelle, vous pensez, qui était pour mourir tranquille dans son litte, pis l’autre dans un supplice épouvantable avec du sang qui r’vole partout? 

Ouin, dites-moi-lé pas. 

C’est Frédégonde qui mourut dans son litte à l’âge de 52 ans. Y’a pas de justice, hein? On sait pas trop de quoi est morte, mais si ça avait été violent ou spécial, ça se serait rendu jusqu’à nous-autres. 

Gontran était mort queques années avant ça; Childebert pis sa femme eux-autres avec, probablement empoisonnés, probablement par Frédégonde. Faique là, la game, c’était rendu Clotaire, 13 ans, contre Thierry pis Thibert, ses petits-cousins pis les petits-fils à Brunehaut.

La chicane pogna entre Thierry pis Thibert, pis c’est Thierry qui gagna. Mais y’en profita pas ben ben longtemps, parce qu’y mourut l’année d’après. 

Là, la couronne passa au fils de Thierry, un flo de 12 ans appelé Sigebert comme son arrière-grand-père. 

Mais rendu là, les nobles étaient à boutte de se faire bosser par une femme – tellement à boutte qu’y étaient prêts à virer leu capot d’bord. Faique Warnachaire, le maire du Palais – ça, c’tait comme le fonctionnaire en chef d’un royaume, dans le temps – alla voir Clotaire pis y dit : 

— Ouin, euh, Vot’Majesté, si je vous livrais le boutte qui vous manque pour être roi de tous les Francs, là, avec le roi Sigebert, ses frères pis c’te maudite vieille vache de Brunehaut, là, vous m’donneriez quoi en échange? 
— Euh… T’es-tu sérieux, là? 
— Ouais, pu capable, de l’astie de grébiche. 
— Ben, mon gars, t’aurais pu jamais à t’inquiéter de rien! J’te nommerais maire du Palais à vie pis t’aurais ma reconnaissance éternelle!

Queques semaines après, les armées de Clotaire et de Sigebert étaient pour s’affronter. Mais là, juste au moment où y’allaient se rentrer dedans, les seigneurs austrasiens qui étaient embarqués dans les manigances à Warnachaire se donnèrent le signal pis r’virèrent de bord, laissant Sigebert tuseul les culottes à terre. 

Clotaire captura Sigebert pis ses frères pis les fit exécuter, sauf un, qui était son filleul – y l’avait tenu dans ses bras à son baptême, viarge, y’était pas pour l’égorger par après! Faut savoir se garder une p’tite gêne, quand même. 

Brunehaut réussit à se sauver, mais elle fut ben vite rattrapée.  

Clotaire, que sa mère avait probablement crinqué contre Brunehaut pendant des années, l’haïssait tellement qu’y voyait pu clair. Quand a fut rendue en avant de lui, y l’accusa de toutes les maux, pis même des affaires que sa propre mère à lui avait faites : 

« Ton mari Sigebert, mon demi-frère Mérovée, mon père Chilpéric, ton fils Thibert pis ton petit fils Clotaire, Mérovée mon fils à moé, pis Thierry pis ses trois gars, y sont toutes morts à cause de toé! Toute la marde qui se passe dans’famille depuis des années, c’est toute de ta faute! Mais là, c’est fini, c’temps-là, pis tu vas payer! »

Pis elle a payé en crisse. J’vous avertis : âmes sensibles s’abstenir. 

Brunehaut, qui était rendue une grand-maman de 66 ans, fut torturée de plein de façons pendant trois jours. Mais ça, c’tait juste un avant-goût. Après, Clotaire y fit traverser l’armée au complet à dos de chameau, avec des gars de tous bords tous côtés qui riaient d’elle pis la traitaient de toutes les noms. Pis à la fin, y la fit attacher par les ch’feux, une main pis un pied après la queue d’un ch’fal ben énarvé. 

Pis y’ordonna qu’on laisse le ch’fal courir. 

Brunehaut fut complètement défaite en bouttes par les ruées du ch’fal, la tête éclatée par les roches du ch’min, les bras pis les jambes arrachés par la force d’la bête. Quand finalement on arrêta son supplice, y restait yinque des lambeaux, que Clotaire fit brûler. 

Personne mérite de finir de même. Non, même pas Frédégonde. 

Quant à Clotaire, y’avait finalement gagné la game : y’était le roi de tous les Francs, pis y régna dans la paix jusqu’à ce qu’y meure de sa belle mort. Faut croire que toute le méchant était sorti quand y’a fait tuer sa matante. 

La chicane qu’on a appelée la « faide royale » était enfin finie. Mais comme j’ai déjà dit, chez les rois mérovingiens, l’entre-tuage en famille, ça faisait quasiment partie de la constitution…


Sources :
Grégoire de Tours, Histoire des Francs. https://play.google.com/books/reader?id=xuIpDwAAQBAJ&hl=fr&pg=GBS.PP1

Chronique de Frédégaire. https://play.google.com/books/reader?id=4tlHxu4V0xMC&hl=fr&pg=GBS.PP1

Quand les belles-soeurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut, partie 4

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1e/Albert_Maignan_-_Les_derniers_moments_de_Chlodobert.jpg

Partie 1
Partie 2
Partie 3

En 580, Frédégonde s’en venait pas mal ben : même si son fils Samson était mort deux ans avant, y lui en restait quand même deux, en plus d’une fille. Comme y restait pu yinque un fils à la première femme de son mari Chilpéric, les chiffres étaient clairement de son bord pour que ça soit sa descendance à elle qui monte su’l trône des Francs.

Mais là, la marde pogna solide. Pis littéralement à part ça. 

Cette année-là, le yâble était aux vaches : y’eut un déluge, des inondations, des tremblements de terre, des météorites, de la grêle, des éboulis, des incendies… Pis ça aurait d’l’air que du sang aurait coulé d’un pain pendant la communion dans l’boutte de Chartres, mais là, y’a peut-être quequ’un qui a abusé du vin de messe.   

Surtout, y’eut une épouvantable épidémie de dysenterie. Pis la dysenterie, c’pas compliqué : t’as de la fièvre, tu vomis pis tu te chies le corps – des fois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Pis pour faire du mal, c’était surtout les flos qui en mouraient.

Des chaumières aux châteaux, la maladie fessait partout. 

Le roi Chilpéric lui-même tomba malade, mais y’en réchappa. Et juste comme y se renmieutait, c’est son bébé flambant neuf à lui pis à Frédégonde, Dagobert, qui commença à mal filer. Y’était tellement neuf que ses parents l’avaient même pas encore faite baptiser, ce qu’y firent au plus maudit dans l’espoir que ça aide. 

La dose de Saint-Esprit eut l’air de faire la job, parce que bébé Dagobert reprit du poil d’la bête. Mais là, c’est l’autre gars, Chlodobert, une belle jeunesse de 15 ans, qui tomba malade. 

Là, Frédégonde se mit à capoter :

« C’t’une punition divine, Chilpéric! Toé pis moé, on est trop à l’argent, pis l’Seigneur aime pas ça! On est là à piler d’l’argent pis des pierreries, mais pour qui, han? Ça sert à quoi si y’a pu personne pour nous survivre? On est après perdre c’qu’on a de plus beau! » 

Moé, j’ai pour mon dire que si Dieu avait eu à être fâché après elle, ça aurait plusse été à cause de ses meurtres pis de ses manigances, mais bon. Là, la reine se donna un coup de poing sur la falle comme Céline qui part en peur au milieu d’une toune, pis dit à son mari : 

« Nos coffres, pis nos celliers sont full au bouchon! On n’a pas d’affaire à aller chercher plus. Faique si tu penses comme moé, ben viens-t-en, on va brûler toutes les papiers qui disent qui nous doit combien en impôts. Feni l’temps où c’qu’on faisait fortune su’l dos du pauve’r monde! » 

Pis Chilpéric, qui faisait tout le temps toute c’que sa femme y demandait sans dire un mot, se garrocha pour brûler les registres d’impôts. 

C’tait ben beau, c’te bulle au cerveau-là, mais la dysenterie, a s’en crissait, elle, des registres d’impôt. Pas longtemps après, Dagobert recommença à mal filer, pis y rempira au point qu’y rendit bientôt son dernier p’tit soupir de bébé.  

Pis l’ado, Chlodebert, était rendu tellement magané que Chilpéric et Frédégonde le firent mettre sur un brancard pis l’emmenèrent au tombeau de saint Médard pour supplier le saint de le sauver. Malheureusement, Chlodebert était rendu trop faible pis mourut dans la nuite.

Drette de même, Frédégonde se retrouva avec pu de fils. Toute était à r’commencer. 

Mais même dans le fin fond de la souffrance la plus épouvantable, la ratoureuse reine perdit pas de vue son objectif : si elle avait pu de fils, ben elle allait s’assurer qu’Audovère, la première femme de Chilpéric, en aye pu non plus. 

Faique a manigança pour faire envoyer Clovis, le dernier des fils d’Audovère, au château de Braine, où le monde tombait comme des mouches de la dysenterie. Pis comme Chilpéric était pas plus fin que ça, ça passa comme du beurre dans’poêle. 

L’affaire, c’est que Clovis tombait juste pas malade. Pis en plus, l’innocent, y se mit à se vanter en avant de ses chums :

« Hey hey hey! À c’t’heure que toutes mes frères sont morts, c’est quiiiiii qui va hériter du trône? MOÉ! Dans ses dents, à Frédégonde! Heille, la servante! A pensait-tu que ses culs-terreux de fils allaient passer avant moé? Ça bon! Ha ha ha, tu parles d’une épaisse! » 

Parce que, ouais : contrairement à Audovère, qui était d’origine noble, Frédégonde était une femme du peuple, une « colonne » qui venait de nulle part, pis elle était restée pas mal complexée de t’ça. Faique aller l’attiser de même, c’était pas l’idée du siècle. Surtout que la vie de Clovis tenait déjà yinque à un fil.

Fâchée noire, Frédégonde décida d’en finir avec son beau-fils, pis ça y prit pas grand temps pour trouver comment faire. Elle arriva en avant de Chilpéric, le linge tout croche, la face tout rouge, pis les larmes aux yeux, pis dit :

— Mon mari! Tu sais pas quoi? C’t’épouvantable!
— Cibole, sa mére, qu’est-cé qu’y a?
— C’est Clovis! Toute ce qui est arrivé, c’est de sa faute!
— Ben voyons donc?
— Quequ’un m’a dit que Clovis était en amour avec la fille d’une de mes servantes, pis que cette servante-là était une sorcière! Pis là, y’a demandé à la sorcière de prendre ses pouvoirs pour tuer nos deux gars! C’est toute de sa faute! 
— Franchement, Frédégonde, tu crois vraiment à c’tes folies-là? Mon Clovis f’rait jamais une affaire de même! 
— Moi aussi au début j’trouvais que ça avait pas d’allure, mais je voulais être sûre, faique j’ai pogné la mère pis la fille pis y’ont fini par toute avouer. Qu’est-cé que tu vas faire, là, Chilpéric? Ça peut pas rester de même!

Encore une fois, ça passa comme du beurre dans’poêle. Chilpéric invita Clovis à la chasse avec lui; le jeune, pas méfiant pour deux cennes, se fit pogner par les hommes à son père, qui y’enlevèrent ses armes pis l’habillèrent en guénilles avant de le garrocher aux pieds de Frédégonde. 

Après ça, la marâtre le fit enfermer pis envoya un assassin pour l’achever. Pis après, elle alla voir Chilpéric :

— C’hais pas trop comment t’dire ça, mon mari, mais… Clovis s’est tué. 
— Pfft! Ça bon! M’a pas l’pleurer après c’qu’y a faite à nos gars!

Victoire! Frédégonde était enfin débarrassée de ses maudits beaux-fils. Rendue fantasse, a fit même assassiner Audovère, pis tant qu’à faire, violer Basine, la fille d’Audovère et de Chilpéric, pour qu’a parde son honneur, pis même son héritage. Tsé, histoire de finir la job comme faut. 

J’vous ai pas beaucoup parlé de Brunehaut à date, aujourd’hui. En fait, pas pantoute. C’est juste que pendant que Frédégonde faisait un ménage dynastique, elle, elle était occupée à jouer du coude avec les nobles d’Austrasie pour garder le contrôle du mini-roi Childebert, toujours pas majeur. C’tait moins croustillant, mais c’tait quand même une job à temps plein. 

Deux ans après, Frédégonde accoucha d’un autre p’tit gars, Théodoric. Yé! Mais y mourut un an plus tard de la maudite dysenterie à marde.

La reine fit passer sa peine pis sa colère sur Mummolus, le préfet de la maison royale, qu’a pouvait pas sentir. Mummolus était allé ouvrir sa grande trappe en disant qu’y connaissait un remède contre la dysenterie. En plus, le bruit courait qu’y avait été voir des sorcières pour qu’y jettent un mauvais sort au p’tit Théodoric. Faique la Frédégonde le fit arrêter pis fesser à coups de strapes jusqu’à ce que les bourreaux soyent trop brûlés pour continuer. Après, on y rentra des aiguilles en d’sour des ongles des doigts pis des orteils. 

Ayoye, bonyenne! 

À la fin, y’eut la vie sauve, mais y péta une crise d’apoplexie en s’en r’tournant chez eux pis mourut pas longtemps après.

Pis là – toute sacra l’camp. Un jour, Chilpéric était à la chasse comme à son habitude. Y’était après descendre de son ch’fal en s’accotant su l’épaule d’un de ses hommes quand un malade sortit du bois, y crissa un coup de poignard dans l’t’sour de bras, pis un autre dans l’ventre. Toute graissé de sang, y tomba mort. Pis le malade, y se sauva, pis personne réussit à le pogner.

Pas qu’on essaya ben ben fort. Dans l’fond, personne aimait Chilpéric – même pas Frédégonde, qui voyait plus son mari comme un tournevis ou une égoïne que comme un homme. Faique on sut jamais qui l’avait faite assassiner. Y’en a qui dirent que c’était Frédégonde elle-même, parce qu’y commençait à la soupçonner d’adultère, mais voyons donc : sans Chilpéric, elle avait pu de protection, pu d’autorité, pu rien. 

En fait, ce qui est plus probable, c’est que Brunehaut était dans son château, un verre de vin dans’main, à regarder par la fenêtre, quand un de ses fidèles serviteurs entra dans ses appartements :

— Madame? C’est faite. 
— Parfait. 

Pis là, sans se détourner d’la fenêtre, a sourit, et se dit dans sa tête : 

« Y’est mort, l’écœurant. Tu peux r’poser en paix, ma sœur. »

Quoi qu’il en soit, c’était au tour de Frédégonde de penser vite en christie : les trésoriers de Chilpéric étaient déjà après se pousser avec les trésors royaux. Faique elle emporta toute c’qu’à pouvait pis se mit sous la protection de l’évêque de Paris. 

En plus de ça, ben vite, son neveu Childebert allait arriver pour prendre possession du royaume. Pis si a se faisait pogner par lui, et donc par Brunehaut, a donnait pas cher de sa peau.

« Heh, ciboire, qui c’est que ch’pourrais ben appeler? Ah, je l’sais! Gontran! Lui y’a toujours été correct. Y va sûrement me protéger! »

Mononc Gontran, c’était le frère de Chilpéric, le dernier des quatre fils de Clotaire. Comme toutes ses fils étaient morts de la peste, ou en bas âge, ou empoisonnés par sa femme Marcatrude, ben y’avait désigné Childebert comme son héritier. Autrement dit, Gontran était rendu avec toutes les terres de ses frères, sauf celles qui étaient à son neveu, pis à sa mort, Childebert ramasserait toute pis deviendrait roi de toutes les Francs. 

Comme j’vous l’avais déjà dit, y’aimait pas trop ça, le chamaillage, pis y’avait toujours essayé de faire la paix entre ses frères. Faique, fidèle à sa réputation de bon gars, y’accueillit Frédégonde à bras ouverts. Sauf qu’y eut une astie de surprise quand y’alla à sa rencontre. A l’avait de quoi dans les bras, emballé dans un linge, pis a dit à Gontran :

« Ok, fais pas l’saut… » 

Et dans ses bras, elle découvrit… un bébé. Son bébé à elle pis à Chilpéric. Un garçon.

« Ah ben ça parle au yâble! » s’exclama Gontran. 

C’que personne savait, c’est qu’avant que Chilpéric crève sous les coups de son mystérieux assassin, Frédégonde avait accouché d’un p’tit gars qu’elle pis son mari avaient gardé secret pis avaient même pas nommé, de peur qu’on essaye d’y faire du mal. 

Pis ça, ça changeait toute.


Source : Grégoire de Tours, Histoire des Francs. https://play.google.com/books/reader?id=xuIpDwAAQBAJ&pg=GBS.PP1

Quand les belles-soeurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut – partie 3

Partie 1
Partie 2

Fallait que Brunehaut pense vite en christie : de un, son mari venait de se faire assassiner sous les ordres de sa belle-sœur Frédégonde; de deux, son beau-frère Chilpéric pis ses hommes s’en venaient la chercher, elle pis ses trois flos, dans le palais de Paris où y’étaient rendus plus prisonniers qu’autre chose. 

« Jamais que je pourrais me sauver avec les flos pis les waguines de bagage : j’me f’rais pogner avant d’avoir avancé de deux pouces. Faique on va y’aller au plus pressant : sortir Childebert d’icitte. » 

Brunehaut avait raison de capoter pour son fils : le tuage de neveux, chez les Francs, ça faisait quasiment partie de la constitution. Dans l’temps, le grand-père Clotaire avait égorgé ses neveux de dix pis sept ans, Thibault pis Gonthaire, pour récupérer le royaume de son frère Clodomir, pis Brunehaut craignait que Chilpéric fasse la même affaire à son ti-bonhomme de cinq ans pour récupérer le royaume de Sigebert, qu’on appelait à c’t’heure l’Austrasie.  

Faique bref, fallait que Childebert soye mis en sécurité au plus crisse.

« Mon fils, écoute-moi ben. Je vais t’envoyer avec monsieur Gondobald, pis tu vas retourner chez nous, à Metz. Maman peut pas venir avec toi tusuite, mais je vais venir te trouver dans pas long, c’est promis. Faut que tu soyes fort, mon lapin. À c’t’heure que ton père est mort, c’est toi le roi d’Austrasie! » 

Faique, au beau milieu de la nuite, Brunehaut mit Childebert dans un gros panier attaché après une corde pis le fit descendre par la fenêtre, en prenant ben garde de pas y péter la tête sur le mur de la tour, jusqu’en bas où attendait le duc Gondobald, qui le mit su son ch’fal et l’emporta en dehors de Paris.

Quand Childebert arriva à Metz, heille, là le monde étaient contents! La gang de seigneurs pis de guerriers qui s’en allaient rejoindre l’armée à Chilpéric revirèrent de bord drette là. Y formèrent une assemblée qui proclama officiellement le p’tit gars roi d’Austrasie, pis un conseil fut formé pour diriger le royaume en son nom.

« Astie de saint ciboire de crisse de maudit sacrament! Le p’tit tabarnak m’a passé en dessous du nez! »

C’est à peu près de même que réagit Chilpéric quand y’apprit que Childebert était en sécurité à Metz pis qu’y était backé par les seigneurs austrasiens. Si y voulait récupérer le royaume à son frère sans trop se forcer, son chien était mort. 

Quand même, toute t’tait pas pardu : y’avait encore Brunehaut, ses filles, pis toute le tas de richesses qu’a l’avait apportées avec elle. Faique sans téter une seconde, y’alla à Paris compter son motton dans la face de sa belle-sœur.

Mais là, trop aveuglé par les signes de piasses, Chilpéric remarqua pas ce qui se passait dans son dos. Mérovée, un des gars qu’il avait eus avec sa première femme Audovère – celle qu’il avait envoyée sécher au monastère, là – avait spotté de quoi de ben plus beau que des pierreries : Brunehaut. 

Ben oui, toé! Quand y vit la veuve de son oncle, qui était pas ben ben plus vieille que lui pis encore crissement pétard, y tomba cul par-dessus tête. 

On sait pas si Brunehaut trouvait Mérovée de son goût aussi, mais en tout cas, a l’était pas folle : s’il avait le kick sur elle, aussi ben en profiter. Elle déploya ses plus beaux yeux de biche pis toute le reste son arsenal de viens-icitte-mon-minou, de sorte que ben vite, Mérovée tomba en amour ben raide.   

Frédégonde, elle, voyait toute ça aller – pis ça faisait son affaire. J’vous avais pas dit ça encore, mais depuis le début, a grenouillait pour éliminer les fils d’Audovère pour que ce soit un des siens qui succède à Chilpéric. Pis si c’te grand niaiseux de Mérovée pouvait se mettre dans marde tu seul en fricotant avec sa propre tante, tant qu’à elle, c’était ben tant mieux.

Finalement, Chilpéric, ramolli par sa nouvelle fortune, décida d’être fin : au lieu de les faire tuer, y’envoya Brunehaut en exil à Rouen, pis ses deux filles à Meaux.  

Là, Mérovée était ben en peine. Sa belle était partie, pis y’était toujours ben pas pour aller la trouver direct – ça serait ben que trop suspect. Faique y soupira pendant des semaines jusqu’à ce que son père y donne, sans le savoir, une occasion en or. 

Quand Chilpéric avait une idée dans tête, y l’avait pas dans l’c… ailleurs. C’était pas tant parce que c’était un gars déterminé qui lâchait jamais le morceau; c’était plus parce qu’une fois qu’y était pointé dans une direction, y’était pas assez brillant pour regarder à d’autres places, pis y continuait à avancer tant qu’y frappait pas de mur. 

Faique à c’t’heure que le cas à Sigebert était réglé, Chilpéric repensa à, tsé les villes pour lesquelles y s’était chicané avec lui? Depuis le temps, y’avaient reconnu Childebert comme roi. 

— Mérovée? Viens don icitte deux menutes.  
— Oui, p’pa? 
— Mettons que je te montais une p’tite armée pis que je t’envoyais prendre Poitiers, là, qu’est-cé tu dirais de t’ça? 
— Ch’pourrais-tu en profiter pour aller voir m’man dans son couvent au Mans?
— Cré p’tit gars à sa mère! Vas-y, si ça te tente! Mais dis-lé pas à Frédégonde, tu sais comment qu’a l’est! 
— Ah certain! Merci p’pa! M’a te prendre ça, moé, c’te ville-là, ça va être un pet, tu vas voir! Attache ta tuque avec d’la broche, Poitiers! 

Le Mans, c’était pas trop loin de Rouen. Suffisait d’un p’tit détour… N’importe qui avec au moins deux neurones et quart aurait pu se douter que ça allait mal finir, mais au yâble les risques : Mérovée prit la route avec ses hommes pis s’en alla direct trouver Brunehaut sans même faire semblant d’aller voir sa mère. 

Brunehaut en revenait juste pas de l’voir retontir. Pis entre les deux, les affaires décollèrent sur un moyen temps : après yinque trois-quatre jours, le neveu par alliance demanda la veuve de son oncle en mariage, pis a dit oui. 

Y’avait juste un problème : selon l’Église, y’étaient considérés comme consanguins. D’habitude, les rois se bâdraient pas trop avec ça : y’avaient yinque à demander une dispense, pis ça se mariait cousin avec cousine, nièce avec oncle, pis aweille. Mais Mérovée pis Brunehaut avaient pas le temps de niaiser. Ça adonnait ben : l’évêque de Rouen, Prætextat, était le parrain de Mérovée, pis y l’aimait comme son fils. Faique les amoureux arsoudirent drette chez eux pour y demander de les marier :  

— T’es-tu tombé sua tête, mon garçon? Ton père va être fâché noir! Pis en plus, ch’peux pas! C’est ta tante par alliance! 
— Envoye donc, Prætextat! P’pa va finir par avaler son étron, pis à part de t’ça, c’est même pas si grave que ça! Si c’était la sœur à mon père ou à ma mère, j’dis pas, mais c’est la veuve à mon oncle! C’est de l’enculage de mouches, tant qu’à moé. 
— Ben voyons, surveille ton langage! On est dans une église, icitte! 
— Scuse-moé, Prætextat. Mais c’qui compte, c’est que je l’aime! De toute mon cœur. J’ai su drette la première fois que je l’ai vue que j’en voudrais pas d’autres, pis j’me torche du reste. S’il te plaît, parrain! 

À voir les grand yeux de veau de son filleul, Prætextat se sentit mollir : 

« Ok, ben v’nez-vous en, m’a vous marier, d’abord! »

Quand il apprit la nouvelle, loin d’avaler son étron, Chilpéric vint bleu : 

 « L’astie de sorcière! A l’a séduit! Pis lui, le p’tit crisse de traître, y’est tombé drette dans le piège! M’a aller le chercher par le chignon du cou! » 

Les nouveaux mariés, tout occupés qu’y étaient à se rouler dans leu bonheur, se firent pogner les culottes à terre, carrément. Chilpéric les captura; Brunehaut redevint prisonnière, mais avec des gardes plus à leur affaire, pis Mérovée fut ramené dans sa famille, la queue entre les jambes. Pis Prætextat, lui, fut condamné à l’exil.

Comme Mérovée avait l’air de juste babouner dans son coin, Chilpéric était prêt à oublier toute l’affaire, mais Frédégonde savait qu’a tenait le moyen de se débarrasser de son beau-fils : 

« J’te l’dis, moé, ton gars, y’a l’air de filer doux, de même, mais tu peux être sûr que la Brunehaut y’a monté la tête. J’te gage qu’y te joue déjà dans l’dos, pis y’attend yinque sa chance pour te planter un couteau entre les côtes! » 

Elle était tout le temps après le bombarder d’images de fin du monde : Mérovée veut prendre ton trône, Mérovée veut massacrer nos enfants, Mérovée veut régner sur toutes les Francs avec Brunehaut, Mérovée veut brûler des chatons, un coup parti – plein d’affaires auxquelles le principal intéressé avait même pas pensé. Si bien qu’après un boutte, Chilpéric, complètement parano, enleva ses armes à Mérovée et le fit mettre en garde à vue.

Son sort fut mis entre les mains d’un petit tribunal maison, dirigé par nulle autre que sa marâtre Frédégonde. La décision se fit pas attendre : Mérovée fut condamné à… se faire raser la tête. 

Là, vous devez vous dire : ben voyons. Y’a rien là. C’est quoi l’affaire? 

C’est que la famille des Mérovingiens (c’est-à-dire « les descendants de Mérovée », mais un autre Mérovée de v’la ben longtemps) avait une obsession malsaine pour les cheveux, un peu comme les ours qui trippent sur le papier de toilette dans les annonces. Leur crigne, c’était le symbole de leur royauté, pis y’a coupaient jamais, de la naissance au trépas. En enlever ne serait-ce qu’un pouce, c’était un crime de lèse-majesté – on se doute qu’après un boutte, y devaient avoir les pointes fourchues en simonac –, pis se la faire raser, c’était l’équivalent d’être déshérité pis crissé dehors de la famille.

Faique Mérovée fut rasé, ordonné prêtre pis envoyé sécher dans un monastère, pareil comme sa mère. 

Là, je vais sauter des bouttes, parce qu’on serait encore là au Mercredi des Cendres, mais quelques mois plus tard, le grand chum de Mérovée, Gaïlen, vint le libérer. Pis avec d’autres seigneurs, dont le comte Gaukil pis un dénommé Grind, y’essaya d’organiser une rébellion contre Chilpéric. 

Y’alla même voir Brunehaut, qui avait été libérée depuis le temps pis qui était retournée trouver son fils, mais y’eut comme un malaise : à c’t’heure qu’elle l’avait pu besoin de lui, y’était plus comme l’ex gênant que t’aimerais mieux cacher en t’sour du tapis, faique elle l’envoya promener.

Un jour, des émissaires vinrent trouver Mérovée pour dire que la ville de Thérouanne s’était ralliée à lui. Tout content, y se rendit tusuite là-bas avec ses plus proches compagnons, mais ah! Bazouelle de saint chrême! C’était Frédégonde qui avait envoyé les émissaires, faique Mérovée fut fait prisonnier tandis que Chilpéric s’en venait avec une brique pis un fanal. 

Se sachant faite comme un rat, pis étant beeeen au courant des affaires horribles qui sont faites aux traîtres, y se tourna vers Gaïlen, pis y dit : 

« Mon homme, toé pis moé, on est de même, comme les deux doigts d’la main, depuis qu’on est flos. T’es mon meilleur chum, pis tu t’es toujours fendu en quatre pour moé. Ch’t’aime, mon homme. Pis là, j’ai une dernière affaire à te demander : prends ton épée, pis tue-moé! »

Pis Gaïlen, fidèle jusqu’au boutte, fit ce qu’on y demandait pis poignarda son ami à mort. 

Faique quand Chilpéric arriva, y trouva yinque un cadavre.  

Donnant raison à son fils, y fit subir des affaires horribles à ses compagnons : Gaïlen se fit couper les pieds, les mains, le nez pis les oreilles avant de se faire achever; Grind se fit attacher sur une roue, péter toutes les membres pis tourner jusqu’à ce que mort s’ensuive, pis Gaukil, le chanceux, fut yinque décapité. 

Pis au travers des cris d’agonie, Frédégonde se frottait les mains : y restait pu yinque le dernier fils d’Audovère à éliminer…  


Partie 4


Source : Source : Augustin THIERRY, Récit des temps mérovingiens, 1842. https://play.google.com/books/reader?id=1i2Y7dHy-VgC&hl=fr&pg=GBS.PP1

Spécial Noël : saint Nicolas, héros en soutane – partie II

Partie 1

Salut! 

J’espère que vous vous êtes ben bourrés la face! Vot’réveillon a pas fini avec mononc Paul qui roule en-dessous de la table après sa onzième shot de caribou, toujours? Ou avec grand-m’man qui tombe dans l’sapin en dansant sur un solo de ruine-babines endiablé?

En tout cas, si vous avez eu comme cadeau un kit de chandelles qui sentent le mal de tête, un tour de volant en minou ou bedon un Rotato Express, pis que vous êtes ben déçus, j’ai quequ’chose pour vous consoler : une collection des greatests hits de saint Nicolas! C’est comme une boîte de chocolats de chez Jean-Coutu, mais avec des miracles au lieu de des vieilles cerises pognées dans l’sirop figé dur!

Saint Nicolas pogne les nerfs au concile de Nicée 

En tant qu’évêque, Nicolas fut invité au concile de Nicée. Ça, c’était un gros congrès des évêques de l’Empire romain que l’empereur Constantin avait organisé parce qu’y avait d’la chicane dans’cabane : personne s’entendait sur le rapport entre Dieu le Père pis Jésus le Fils, pis personne allait partir tant que ça serait pas réglé. 

Y’avait un gars, Arius, qui pensait pas comme les autres, pis y voulait pas lâcher le morceau : 

« Vous l’avez pas pantoute, gang : Dieu, c’est Dieu, pis Jésus, c’est yinque son messager! Quand y dit que Dieu, c’est son père, là, ben c’est comme… Une adoption, genre! Jésus, c’t’un gars ben spécial, mais y’est comme vous pis moé, qui rote pis qui se pète l’orteil su’l coin du litte de temps en temps! Y’est pas divin, y’est juste ben plogué! »

Méchante hérésie. Après des mois d’astinage, Nic finit par tomber dans’face à Arius :

« Coute-moé ben, toé, mon p’tit théologien à deux cennes! Jésus, là, y’est divin! Y’est faite d’la même substance que son père! Que ch’te voye toé, dire que le Christ est pas Dieu incarné! »

Nic vint tellement fâché qu’y crissa une claque su’à gueule à Arius. Les pères du concile, scandalisés, le firent arrêter. La religion, là, c’est pas une raison pour se faire mal! 

Mais Nic sécha pas trop longtemps dans sa cellule : Dieu était de son bord, pis Jésus pis Marie en personne firent un croche pour y’ouvrir la porte. Entécas, c’est c’qu’on dit. 

Saint Nicolas se fait livrer une colonne de marbre par Jésus Express

En r’venant du concile de Nicée, Nic fit un croche par Rome. Au bord du fleuve Tibre, il vit une colonne de marbre blanc et rouge qui traînait à terre. Y’a trouva ben belle, faique y fit le signe de croix dessus et lui dit : 

« Va-t-en à Myre, j’aimerais ça t’avoir dans mon église. »

Pis y lui donna un coup de pied pour qu’a roule dans le fleuve (quand saint Nicolas te donne un coup de pied, t’as beau être une colonne de marbre de 30 tonnes, tu t’astines pas).

La colonne s’en alla, flottant miraculeusement sur le fleuve, pis réapparut au port de Myre, prête à être livrée à Nicolas. Jésus Express : plus fiable que Postes Canada! 

Saint Nicolas crée un malaise à table

Il était une fois trois p’tits gars qui s’étaient épivardés un peu trop loin pis un peu trop tard, pis qui se firent pogner ben perdus par la noirceur. 

Y virent la lueur d’une chaumière, faique y cognèrent à la porte pour demander un abri pour la nuit. C’était chez le boucher, pis y les fit rentrer. Mais, au lieu de leur donner à souper, ben le bonhomme décida d’les dépecer. Il les découpa en bouttes pis les mit à saler comme des jambons. 

Sept ans plus tard, Nic, qui était en route vers Nicée, demanda l’hospitalité au boucher : 

– Entrez entrez, mon bon monsieur! Qu’est-cé j’vous sers pour souper? Un bon rôti d’veau?
– Boarf, non, ch’file pas pour ça à soir. 
– Vous voulez quoi, d’abord? 
– Votre p’tit jambon salé, là, qui est dans le saloir depuis sept ans, y doit être rendu pas pire? 

Le boucher, qui comprit tusuite que son crime avait été découvert, vint ben blême pis partit à’course pour pu jamais r’venir. 

Faique Nic alla dans le saloir, pria, pis les p’tits gars furent raboutés et ramenés à la vie par l’Esprit saint. L’histoire dit pas si leurs parents ont faite le saut en les voyant arsoudre après sept ans sans avoir vieilli d’un jour… 

(Ça, en fait, ça serait la même histoire que les trois soldats innocents dont je vous avais déjà parlé dans l’autre partie, qui s’est transformée en se rendant de Turquie jusqu’en Europe : y’a de quoi qui s’est perdu dans la traduction, pis tsé, innocence, enfants, ça a fini par donner ça.)

Saint Nicolas a des écoulements

Notre bon saint Nic était pas éternel, faique y finit par trépasser. Y fut placé dans un beau tombeau en marbre blanc, pis là, le monde remarquèrent que… ben… y suintait d’la tête pis des pieds. 

Mais, ttention, là! C’tait pas du simple jus de mort! C’était une huile miraculeuse qui guérissait tous les maux. De partout, on venait pour s’en mettre sur des bobos de toutes sortes. Pauvre Nicolas, pareil : même après sa mort, y’était encore pogné pour se faire taponner les orteils. 

Mais pensez-vous que le trépas allait arrêter notre vieux snoro? Oh que non! Les miracles ont continué!

Saint Nicolas s’en laisse pas passer une p’tite vite

Y’avait un homme riche qui voulait absolument avoir un fils, faique y pria saint Nicolas en lui disant : 

« Saint Nicolas, si tu m’donnes un fils, ben ch’te promets de venir avec lui y’où c’que sont tes reliques pis de t’apporter un gros vase en or avec plein de joyaux pis toute. » 

Faique le fils tant voulu vint au monde pis grandit. Pendant ce temps-là, l’homme riche fit faire le vase chez un orfèvre, mais il le trouva tellement à son goût qu’il décida de le garder pis d’en faire faire un autre un p’tit peu moins beau : 

« Y s’en rendra pas compte, hein? Ça va être correct pareil? »

Le père et le fils prirent le bateau pour déposer, comme promis, le vase sur le reliquaire de saint Nicolas. À bord, le père demanda au fils d’aller puiser de l’eau avec le plusse beau vase.  

Là, s’cusez, mais c’était une maudite idée de cabochon. Premièrement, y’étaient en mer : c’était de l’eau salée! J’sais pas si vous avez déjà mangé une vague en pleine face en vous baignant dans l’fleuve, mais ça goûte pas tout à faite le p’tit jésus en culotte de v’lours.  

Deuxièmement, quand t’as un vase précieux de même, tu l’gardes dans sa boîte pis tu l’sors juste pour faire ton frais-chié en avant de la visite. Tu vas pas t’en servir comme cruche pour puiser de l’eau, voyons donc!

Troisièmement, houle + bateau qui brasse + enfant en bas-âge qui se penche par-dessus bord pour puiser de l’eau, ben ça peut pas finir autrement qu’en drame. Pis c’est drette ça qui arriva : le p’tit gars tomba dans la mer avec le vase pis disparut dins vagues. 

Le père se mit à capoter, ben sûr, à brailler pis à hurler pis à se rouler à terre, mais y’avait rien à faire : il avait perdu son fils pis son vase de frais-chié à cause d’une seule décision de cave. 

Malgré tout, y finit son pèlerinage pis alla quand même porter le vase cheapette sur l’autel de saint Nic. Mais dès qu’y le déposa, le vase y r’vola dans face : 

« Ben voyons! »

Il le ramassa pis le déposa une autre fois. Pis encore là, le vase y r’vola dans face, comme si y’avait mangé une claque invisible : 

« Qu’est-cé ça? »

Il réessaya encore une fois, pis là, le vase arvola jusqu’à porte de l’église. Pis juste comme le père se tournait vers la porte, y vit son fils rentrer, sain et sauf, avec le plusse beau vase. Le père se garrocha sur lui et le couvrit de becs pis de larmes.

Quand y reprit ses esprits, y ramassa le beau vase pis le vase cheapette et les déposa les deux sur l’autel. Pis c’te fois-là, ils y restèrent. Le père avait appris sa leçon : faut pas essayer d’en passer une p’tite vite à saint Nic! 

Saint Nicolas fait un lift au patricien Jean

Méthode, patriarche de Constantinople dans les années 840, avait l’habitude de raconter pour faire son intéressant dans les partys que son père, le patricien Jean, était tombé à la mer pendant une tempête, pis qu’alors qu’il était su’l bord de se neyer, il pria saint Nic qui apparut en chaloupe pis lui cria : 

« HEILLE, JEAN! PAR ICITTE! EMBARQUE, CH’TE RAMÈNE À TERRE! »

Saint Nicolas ramasse l’émir

Une fois c’t’un p’tit gars qui venait d’une famille ben chrétienne qui fêtait la fête de saint Nicolas à toutes les ans. 

Un jour, le pauvre p’tit pet se fit kidnapper par les musulmans pis devint le serviteur de l’émir. Un an plus tard, le jour de la fête de saint Nic, y lui vint une p’tite nostalgie pis y se mit à brailler en avant de l’émir. 

Faique l’émir y demanda : 

– Qu’est-cé qu’t’as là, mon p’tit infidèle?
– Ah, scusez, Votre Magnificence, c’est juste qu’aujourd’hui, c’est la fête de saint Nicolas. On fêtait ben gros ça dans ma famille, pis ça me rappelait des souvenirs… J’ai un peu le motton, c’est toute…
– Ouin, ben y t’as pas aidé fort fort, ton saint, parce que t’es rendu mon esclave! Pis y f’ra ben c’qu’y voudra, mais tu vas le rester pour toujours! Mouahaha!

L’émir venait yinque de finir sa phrase qu’un gros vent de bœuf se leva pis emporta le p’tit gars et rasa le palais de l’émir au solage. Pis le p’tit gars, lui, y’atterrit sain et sauf drette en avant de la porte de chez ses parents. 

C’était pas une bonne idée de baver saint Nic, même mort et enterré.

Bon! M’a m’arrêter là. Si j’vous racontais vraiment toute, on s’rait encore là le 31 au soir pis j’vous ferais manquer le Bye Bye. 

Faique j’vous souhaite une maudite bonne année, ma gang de vous-autres! 

La semaine prochaine, j’me donne congé, pis après j’vous reviens toute fringante pour la suite de la saga de Frédégonde contre Brunehaut! 


Sources :
Jacques de Voragine, La Légende dorée. https://play.google.com/books/reader?id=vuliAAAAcAAJ&pg=GBS.PP1
Nicolas de Bralion, La Vie admirable de saint Nicolas. https://play.google.com/books/reader?id=VucYAAAAYAAJ&pg=GBS.PP1

Spécial Noël : saint Nicolas, héros en soutane

Ilia Répine, « Saint Nicolas arrêtant le bourreau » (1888). Mention spéciale à l’adorable petite nuisette rose transparente du gars à gauche.

Bon, w’est encore rendus à Noël. 

Vot’ Matante Poêle, entécas, a trippe : mes gâteaux aux fruits macèrent dans’boisson, mes cadeaux sont emballés pis Mononc Poêle est déjà à boutte de m’entendre chanter des tounes de Noël. 

Les enfants aussi, y trippent : sont fous comme des balais en attendant que le père Noël vienne leur porter leux étrennes en dessous du sapin. 

Mais d’où c’est qui t’sort, lui, le père Noël? 

C’t’un peu compliqué, mais en gros, c’est parti d’un saint du quatrième siècle : Nicolas de Myre, le saint patron des enfants. Au Moyen-Âge, le jour de sa fête – le 6 décembre – les parents donnaient des cadeaux aux flos en son honneur.

Après ça, au 16e siècle, y’a du monde qui ont commencé à trouver que le vénérage d’un tapon d’saints, ça commençait à ressembler aux païens qui ont plusieurs dieux. Faique comme le monde auraient chiâlé si on leur avait dit d’arrêter ben sec la tradition de la Saint-Nicolas, ben le donnage de cadeaux a été déménagé à Noël pour que ça soit associé au p’tit Jésus à place. 

Après, ben là, y’a plein d’influences pis de coutumes qui se sont mélangées, du « Father Christmas » joyeux et soûlon des Anglais aux traditions des Pays-Bas en passant par l’Odin des Vikings, pis, avec un coup de pouce de Coca-Cola, on s’est ramassés avec le bonhomme qu’on connaît aujourd’hui. 

Mais le saint Nic du quatrième siècle, là, y’avait fait quoi de spécial? Pas mal d’affaires, ça a d’lair. Selon la légende, y’était tout le temps après sauver tout le monde – un vrai superhéros! Mais y’était pas doux. Oohhh, non! 

Nicolas de Myre naquit au troisième siècle à Patare, dans la Turquie d’à c’t’heure. Pis y’était précoce, le p’tit vlimeux : le jour de sa naissance, y se leva deboutte tu seul pour recevoir le baptême, pis y refusait de prendre le sein de sa mère les jours de jeûne prescrits par l’Église. 

Rendu ti-gars, y’aimait plus passer du temps dins églises qu’avec les autres flos. Inspiré par les Saintes Écritures, notre rongeux de balustre en herbe devint pas mal pieux. 

Comme ses parents étaient riches, Nic hérita d’un pas pire pécule quand y moururent. Au lieu de s’acheter un gros char pis d’aller dans le Sud, y se demanda comment distribuer l’argent pour contribuer à la gloire de Dieu. 

Un m’ment’né, y’apprit qu’un de ses voisins était rendu tellement pauvre qu’y était su’l bord d’envoyer ses trois filles vierges faire le trottoir pour mettre du pain su’à table. 

Nic capota ben raide : y’était pas pour laisser faire ça! Faique la nuite venue, y’emballa un gros tas de pièces d’or dans un linge pis le garrocha dans’cour du voisin. 

Pas longtemps après, grâce à l’argent de Nic qui servit de dot, l’aînée des trois filles put se marier. 

Nic fit la même affaire pour la deuxième fille. Là, le père commença à se poser des questions : 

« Voyons, jériboire, c’est qui qui garroche d’l’argent dans ma cour? »

Pour la troisième fille, Nic doubla la somme d’argent par rapport aux fois d’avant et la pitcha chez le voisin; mais là, le bruit des piasses qui tombaient à terre réveilla le voisin, qui partit à’course après Nic pour y dire merci. 

Y voulut lui embrasser les pieds pis crier c’qu’y avait faite sur tous les toits, mais Nic voulut rien savoir : 

« Bon, là, là, lâche-moé les orteils, pis parle de t’ça à personne, c’tu clair? » 

Nic, y faisait pas ça pour la renommée. 

Un jour, l’évêque de Myre péta au frette, faique les vieilles barbes vénérables se réunirent pour y trouver un remplaçant.

Un de ces vénérables-là, que beaucoup de monde voyaient comme nouvel évêque, dit aux autres : 

« Partons pas en peur, là : avant de décider, on va prier pis jeûner, pis on va voir c’que l’Seigneur nous inspire. » 

Dans la nuite, y’entendit une voix qui y dit : 

« Demain matin, à l’heure des matines, tiens-toé dans le cadre de porte de l’église, pis le premier gars qui essaye de rentrer ben, fais-le évêque. » 

Faique le vénérable se tint dans le cadre de porte, en espérant ben gros que ça soye pas l’idiot du village qui s’adonne à arriver en premier. Mais quand les matines sonnèrent, dès le premier ding et avant même le dong, c’est Nicolas qui se pointa sur le parvis. 

– Heille, t’es qui, toé?
– Euh… Nicolas?
– Ben Nicolas, t’es le nouvel évêque! 
– Hein? Wô, menute là! 

Nic se fit pogner par les vénérables, emmener dans l’église pis mettre le casse d’évêque su’a tête. Y’eut beau chiâler pis dire qu’y était pas digne, y’était pas mal devant le fait accompli, faique il accepta sa nouvelle job. 

C’est après ça que commença sa carrière de superhéros en soutane. 

Un m’ment’né, des marins en perdition qui avaient entendu parler de lui, mais qui l’avaient jamais vu, se mirent à le prier en braillant : 

« Nicolas! Si toutes les belles affaires qu’on a entendues sur Dieu sont vraies, ben viens nous sauver d’la tempête! »

Pis là, Nicolas apparut au travers d’la pluie pis des vagues qui fessaient su’l pont : 

« Chus là! Qu’est-cé vous voulez? Heille, c’est su’l bord de couler, c’bateau-là! Ôtez-vous de d’là, m’as vous arranger ça! »

Les marins, les yeux ronds comme des trente sous, le regardèrent pogner lui-même la barre, les ramener à bon port, pis disparaître.

Quand y’arrivèrent à Myre, y croisèrent Nic, le reconnurent, pis se garrochèrent à ses pieds pour le remercier. Mais vous savez comment Nic aimait ça, se faire taponner les orteils :

« Ben voyons, j’ai rien faite, moé, c’est Dieu pis votre foi qui ont fait toute la job. Tassez-vous, là! Faut que ch’passe. »

Un jour, y’avait des rebelles qui faisaient du trouble en Phrygie, une région de la Turquie d’à c’t’heure. Faique l’empereur envoya trois princes – Népotien, Orsin pis Apolin – à la tête d’une armée pour leur calmer les nerfs.

Mais là, pendant le voyage, le vent était pas trop d’adon, faique les princes durent faire un croche par Myre. Fouille-moé pourquoi, c’pas clair, mais c’te soir-là, Nic se tenait avec eux-autres, pis pendant ce temps-là, quequ’un vint le trouver toute essoufflé :

« Monsieur Nicolas! Monsieur Nicolas! Le préfet est après vouloir faire décapiter trois soldats qu’y ont rien faite de mal! Y’avait du monde qui voulaient leu peau, pis y’ont corrompu le préfet pour qu’y’é condamne à mort! »

Nic fit pas ni une ni deux pis dit aux princes :

« Ah ben simonac! V’nez-vous en, vous autres, on s’en va les sauver! »

Faique Nic clancha, les trois princes qui suivaient en arrière comme des bébés canards, jusque où les trois soldats étaient censés se faire décapiter. Comme y’arrivait, y’étaient enchaînés, à genoux à terre, pis le bourreau avait l’épée dins airs, prêt à fesser.

« Heille! Arrête-moé ça tusuite! »

Pis Nic, full au bouchon de l’amour de Dieu, se garrocha sur le bourreau, pogna son épée par la lame pis la pitcha au bout de ses bras. Y détacha les prisonniers pis les emmena avec lui :

« Maudit cave de préfet, m’a y dire ma façon d’penser, moé! V’nez-vous en! »

Faique y se rendit chez le préfet. La porte était fermée, mais Nic se bâdra de t’ça pas pis rentra de force. Comme de raison, le préfet, attiré par le bruit, arriva pour voir ce qui se passait :

– Ah ben quins, si c’est pas Nicolas! Qu’est-ce que le me vaut l’honneur de… euh… qu’est-cé tu fais icitte?
– Toé là, espèce d’Hérode de crosseur du maudit! Sans-dessein! Qu’est-cé qui t’as passé par la tête, de faire une affaire de même? J’espère que tu files cheap!

Pis y continua de l’engueuler jusqu’à ce qu’y se roule en boule à terre et implore le pardon du Tout-Puissant. 

Après ça, les trois princes purent repartir, aller faire leur affaire en Phrygie pis r’tourner à Constantinople. En récompense d’avoir effoiré les rebelles, l’empereur Constantin les couvrit d’honneurs : des banquets pis d’l’or pis d’la boisson pis des fesses, toute le kit. 

Mais là, toute c’t’es patentes-là, ça rendit les autres princes jaloux. Faique y grenouillèrent pour faire croire que Népotien, Orsin pis Apolin avaient conspiré contre l’empereur. 

Quand Constantin sut ça par un de ses magistrats, y se posa même pas de questions, fit pas d’enquête et pogna tusuite les nerfs : 

« Qu’on les câlisse en prison pis qu’on leu coupe la tête drette demain matin! »

Nos trois majestés étaient ben découragées. Mais là, y se rappelèrent ce que Nic avait fait avec les trois soldats innocents, faique ils pensèrent ben fort à lui en espérant qu’y vienne les sauver. 

Ben creyez-moé, creyez-moé pas, mais Nic apparut direct dans la chambre à Constantin pis commença à l’engueuler : 

– Pourquoi c’est faire que t’es monté drette su tes grands ch’faux pis que t’as condamné les princes à mort sans essayer de savoir si c’tait vrai ou si c’tait des menteries? Sors de ton litte, pis ordonne qu’y soyent libérés, parce que sinon m’a prier Dieu pour que tu te fasses tuer par tes ennemis pis que tu finisses en charogne tout éjarrée dans l’désert! 
– T’es qui, toé, pour rentrer dans mon palais en pleine nuite pis me parler dans l’casse de même?
– Chus Nicolas, évêque de Myre! 

Nic avait pas fini – y’apparut au magistrat aussi : 

– T’es-tu tombé su’à tête, toé? Voyons donc, conseiller à l’empereur d’exécuter trois innocents? Enweille, déguédine pis va les faire libérer, sinon toute ton corps va pourrir, tu vas te faire bouffer par les vers, pis toute ta descendance va être maudite!
– T’es qui, toé, pour v’nir me menacer d’même? 
– Chus Nicolas, évêque de Myre! 

L’empereur et le magistrat se levèrent pis allèrent se raconter leux aventures : 

– Heille, y vient-tu de t’apparaître un vieux crisse d’enragé noir qui te faisait des menaces?
– Han! Ben oui, toé’ssi? 
– Ouin. On f’rait mieux d’aller libérer les princes! Y’avait pas l’air de niaiser, l’pére! 

Faique y’allèrent libérer les princes, pis l’empereur leur dit : 

« Vous pouvez y’aller! Vous êtes aussi ben de rendre grâce à Dieu, parce vous y d’vez vos fesses! Pendant qu’j’vous ai, j’vous demanderais une p’tite faveur : allez don à Myre dire merci à Nicolas, pis apportez-y une couple de cadeaux de ma part! Demandez-y ben gentiment d’arrêter d’me menacer, pis dites-y que si y pouvait parler de moi en bien au Seigneur, ça serait pas pire pantoute. » 

Pis après ça, Nic mourut. Mais là, allez pas penser que la mort allait l’arrêter d’apparaître au diâble au vert pour sauver tout le monde! Ni que j’vous ai conté toute c’que Nic a faite dans sa vie! Là, faut j’vous laisse, mon chat est après grimper dans mon sapin pis toute sacrer à terre. Mais on se r’trouve entre Noël pis l’jour de l’An, m’as vous conter toute c’que j’ai pas eu l’temps d’vous dire aujourd’hui! 

Joyeuses Fêtes, là! 

Partie II


Source : Jacques de Voragine, La Légende dorée. https://play.google.com/books/reader?id=vuliAAAAcAAJ&pg=GBS.PP1









Quand les belles-sœurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut, partie 2

Partie 1

Faique ouais. C’te maudit courailleux de Chilpéric, roi de Soissons, avait fait étrangler sa femme Galswinthe pour épouser Frédégonde, sa grenouilleuse concubine équipée pour veiller tard. 

Pis Brunehaut, la sœur de Galswinthe pis aussi la belle-sœur à Chilpéric parce qu’elle était mariée avec son frère Sigebert, avait crié vengeance. 

Faique Sigebert alla voir Gontran, son autre frère, pour qu’y vienne avec lui fesser sur Chilpéric. 

(Aux p’tits smattes qui voudraient me demander y’est où le quatrième frère, parce que j’ai dit qu’y en avait quatre la semaine passée, ben y’était déjà mort rendu là.) 

Gontran, c’tait un peu le bonnasse de la gang. Ça y tentait pas trop, lui, de jouer la game. Y’était ben content avec c’qu’y avait pis ça le décourageait ben gros de voir les chicanes à ses frères. 

Ben crère, au début, y prit le bord de Sigebert. Y’était pas pour défendre un assassin, pis ça aurait fait un frette si y’avait décidé de pas s’en mêler. Faique y’embarqua dans’bataille, mais on voyait ben que le cœur y’était pas. 

Après un boutte, y finit par dire : 

« Bon, les gars, là, ch’file pas pour me battre. Au lieu de se taper su’à yeule, on peut-tu jaser à’place? »

Faique Chilpéric et Sigebert acceptèrent d’aller en médiation familiale, où y jasèrent de leurs émotions…

Non, j’niaise : Gontran assembla comme jury toutes les seigneurs du coin – ça avait l’air d’un show de Metallica tellement y’avait du poilu dans’place – pis s’improvisa juge.  

Après les délibérations, Gontran annonça sa décision : 

« Bon. Tchéquez-ben c’qu’on va faire. Toé, Chilpéric, tu vas t’excuser pis r’donner à Brunehaut les quatre villes que Galswinthe avait eues comme dot pis cadeau du matin, pis toé, Sigebert, tu vas y pardonner pis pu jamais r’venir là-dessus. Ça a-tu de l’allure, les gars? »

En passant, faut que j’vous dise : un cadeau du matin, chez les peuples germaniques, c’était quet’chose qu’un homme donnait à sa nouvelle femme le lendemain des noces, drette quand a se réveillait, en échange de sa virginité : 

– Heille! Plectrude! Réveille-toé! 
– Hrgmmhh? 
– Engorde! J’ai douze moutons pis une chaise berçante pour toé! C’est ton cadeau du matin! 

C’était douteux pour au moins 275 raisons, mais bon, ça s’passait d’même dans le bon vieux temps.

Pis entécas, Chilpéric, Sigebert pis Brunehaut acceptèrent le jugement à Gontran, et la paix revint dans l’royaume…

Mais c’tait pas pour durer. 

Pendant les quelques années qui suivirent, Frédégonde s’attela à faire le plus de bébés possible – tsé, une femme a besoin d’un fonds de pension – tandis que Chilpéric, lui, chiquait d’la guénille en cherchant une occasion de reprendre les villes qu’il avait été obligé de donner à Brunehaut. Pis y’oubliait pas non plus que, si y se débarrassait de Sigebert, ben y’aurait pu yinque Gontran à éliminer pour devenir le roi de tous les Francs. 

Faique, en 573, Chilpéric rassembla une armée pis y donna le commandement à Thibert, un des fils qu’il avait eus avec sa première femme :

« Vas-y, mon gars! Pis fais-moé pas honte! »

Thibert partit su’és chapeaux de roues : il fonça sur Poitiers pis la conquit facilement. Après ça, y se dirigea vers Tours en saccageant toute sur son passage. Y’avait pu rien de sacré, même les places saintes pis les couvents – les hommes de Thibert massacraient les prêtres pis violaient les bonnes sœurs, partaient avec les trésors pis crissaient toute à terre. La campagne au complet était en feu.

En voyant l’armée de Thibert arriver dans un gros nuage de fumée noire, les habitants de Tours ouvrirent les portes de la ville sans s’astiner. Thibert continua de même jusqu’à Limoges, puis Cahors; y’avait rien pour l’arrêter.

Mais, de son bord, Sigebert était loin d’être assis sur ses mains : y’était après rassembler autant d’hommes qu’y pouvait parmi le peuple pour aller sacrer une volée à son neveu pis à son frère.

Bon, là, vous devez vous attendre à une grosse bataille épique pis à un duel entre frères su’l top d’une colline avec du tonnerre pis des éclairs, pis Sigebert victorieux qui rentre chez eux, frenche Brunehaut à pleine bouche pis déclare : « Ch’t’ai vengée, bebé ». 

Mais… pantoute. Voyant que Chilpéric n’avait une plus grosse que la sienne – une armée, je veux dire –, y se rendit et promit de filer doux à partir de maintenant. Sigebert crut en la bonne foi de son frère pis s’en alla. Mais dès qu’il eut le dos tourné, Chilpéric recommença à faire d’la marde. 

Là, Brunehaut en eut son tas et alla parler dans le casse à Sigebert :

« Heille là, veux-tu ben arrêter de faire ton branleux? Tu y donnes plein de chances, à ton frère, pis à chaque fois y t’donne un coup d’pognard dans le dos! T’es trop mou avec, Sigebert! As-tu déjà oublié qu’y a tué ma sœur? L’astie d’écœurant, y’est v’nu la chercher yinque pour faire comme toé, tandis qu’a voulait rien savoir de lui, pis après y s’en est débarrassé pour marier sa maudite charrue! Pis tu le laisses s’en clairer avec une tape su’és doigts? C’est ton devoir de venger ma Galswinthe, pis j’te sacrerai jamais patience tant que ton frère sera pas mort à mes pieds! »

Faique Sigebert, ben crinqué par sa femme, rassembla encore une autre armée – sérieux, le peuple lui avec devait commencer à être à boutte de son niaisage – et partit régler son compte à Chilpéric une bonne fois pour toutes. 

C’te fois-là, pas de pitié : l’armée de Sigebert ramassa celle à Chilpéric comme une gratte qui passe dans l’banc de neige. Neveu Thibert fut tué pendant une bataille, pis Chilpéric dut battre en retraite et se réfugier avec Frédégonde pis ses flos dans la ville de Tournai. 

Brunehaut, qui voulait s’assurer que son mari finisse la job, paqueta ses petits – littéralement, parce qu’a l’emmenait ses filles Ingonde et Clodoswinthe pis son p’tit gars de quatre ans, Childebert – pis toute un tapon de richesses qu’elle mit dans des waguines pour aller trouver Sigebert, qui était à Paris. A l’était même pas encore débarquée qu’elle commença déjà à tanner son mari pour qu’il aille assiéger Tournai.

Elle eut pas à l’achaler longtemps. Ben vite, y prit la route de Tournai, avec ses meilleurs cavaliers toutes fiers-pet avec leux  beaux boucliers peinturés pis leux lances à banderoles. Mais là, un vieux pépère malade se garrocha devant lui. C’était Germain, évêque de Paris, pis ça y’avait pris toute son p’tit change pour sortir de son litte dans une ultime tentative d’empêcher Sigebert de tuer Chilpéric :  

« R’virez d’bord, Vot’Majesté! Rappelez-vous c’que l’Seigneur a dit par la bouche de Salomon : que la tombe que tu creuses pour ton frère, ben c’est toé qui va tomber d’dans! »

Sigebert prit même pas la peine d’y répondre pis poursuivit son chemin. 

Pendant ce temps-là, à Tournai, Chilpéric pis Frédégonde se savaient faites comme des rats. C’tait pas jojo : tandis que Chilpéric restait assis là à se pogner le beigne, comme résigné, Frédégonde, qui venait d’accoucher d’un p’tit gars, capotait ben raide :

« Y vont toutes nous tuer, Chilpéric! Toé pis moé pis les enfants! Y vont égorger notre p’tit gars, tu comprends-tu? Pis toé, tu câlisses rien! »

Faique a prit les choses en main. A se mit à inventer des plans pas d’allure pour s’échapper, à chercher la moindre grenaille d’espoir dans les racoins les plus improbables.  

Un jour, au travers des hommes de Chilpéric, elle vit deux jeunesses qui avaient l’air particulièrement fidèles à leur roi, voire quasiment fanatiques. Elle les fit venir dans ses appartements, leur donna d’la boisson pis leur raconta ses malheurs à grands renforts de sparages. Quand y furent complètement fascinés, les yeux grands comme des trente sous pis ben embarqués dans son numéro de reine martyre, elle leur dit :

– Ah! Si seulement y’avait quequ’un pour m’aider! De braves guerriers prêts à tout pour leur reine, mettons… 
– Nous-autres, M’dame, on ferait n’importe quoi pour vous! 
– Ah, mais c’est pas mal dangereux…. J’sais pas si j’ai le droit d’vous demander ça…
– On est pas des pissous, M’dame! Vous avez yinque à dire qu’est-cé vous voulez, pis on va l’faire! 
– Ah, vous êtes tellement courageux! Ben d’abord, m’a vous dire à quoi j’ai pensé…

Sigebert, lui, était à Vitry-en-Artois, une ville pas loin de Tournai, un peu au-dessus de ses affaires. Y s’était fait acclamer comme nouveau roi à la place de Chilpéric, pis depuis une couple de jours, y faisait la grosse vie sale, entre festins, brosses épiques et démonstrations de combat. 

Avec toute le monde qui allaient pis qui venaient du matin au soir pour lui jurer fidélité pis lui dire comment y’était beau pis bon pis fort, y se méfia pas pantoute quand deux gars qui avaient déserté l’armée de Chilpéric demandèrent une audience avec lui, tout seul. 

Y les écouta parler, ben relax, le menton accoté sur son poing : « Votre Majesté… blabla… On sait que c’est vous le vrai roi… On veut vous servir… » La poutine habituelle, quoi. 

Pis là, les deux jeunesses dégainèrent leur scramasaxe, une espèce de long couteau aiguisé yinque d’un bord, lui sautèrent dessus et FLÂWK!! Ils le poignardèrent les deux en même temps. 

Sigebert eut même pas le temps de réagir : y hurla pis tomba raide mort à terre. 

Pis drette de même, la situation r’vira d’bord complètement. 

Quand elle apprit la nouvelle, Frédégonde était morte de rire : elle avait été faite comme une rate, pis là elle était libre pis toute puissante. 

Pis Brunehaut, tout d’un coup, était rendue mère célibataire dans un pays en guerre, pis a savait qu’à c’t’heure, son petit Childebert, unique héritier de Sigebert, avait une cible grosse de même su’l dos…

Partie 3


Source : Augustin THIERRY, Récit des temps mérovingiens, tome 2, 1842.
https://play.google.com/books/reader?id=id3mt9lGw58C&pg=GBS.PP1

En entrevue à Radio-Canada!

J’interromps la programmation habituelle pour vous annoncer une nouvelle… par pire pantoute!

Ce matin, j’étais à l’émission Bon pied, bonne heure sur les ondes d’ICI Gaspésie-les Îles pour une entrevue au sujet d’Autour du poêle à bois!

Heille, une entrevue à la radio! On rit pu! Ben vite mon égo passera pu dans’porte.

Pour écouter l’entrevue, c’est ici!

Quand les belles-sœurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut – partie 1

Ça se peut de pas aimer sa belle-sœur. Tsé, on est toutes humains. Pis ça arrive des fois que les couteaux volent bas : 

« Ouin, ma Jocelyne, pour quequ’un qui a yinque apporté un Caballero, tu te gênes pas pour vider les bouteilles des autres! »

« Heille, Denise? Les r’volures de pâte à dents dans le miroir de la toilette, c’tu un p’tit concept cute de temps des Fêtes pour faire comme un paysage enneigé, ou bedon c’est yinque un oubli? »

Mais mettons que ce crêpage de chignon-là virait au MEURTRE? 

Les téléromans à TVA pis les vues ont rien inventé. Déjà au sixième siècle, les reines Frédégonde et Brunehaut étaient prêtes à se sauter dans’face… Pis y’allait avoir du sang. 

Comme j’vous l’expliquais dans l’histoire à Radegonde, dans ce temps-là, les peuples germaniques comme les Francs régnaient sur l’Europe. Pis eux-autres, y’avaient des règles de succession qui avaient l’air d’être faites pour que la marde pogne : chaque fois qu’un roi mourait, son royaume était séparé entre toutes ses fils, qui ensuite se tapaient su’a gueule jusqu’à ce qu’y en reste juste un qui ramasse toute. C’tait simple, dans le fond!

C’était arrivé après la mort de Clovis, premier roi de toutes les Francs. Son royaume avait été séparé entre ses fils Thierry, Clotaire, Clodomir pis Childebert. 

À la fin, y restait pu yinque Clotaire qui, après des années de guerre pis de coups de poignard dans l’dos, devint roi de tous les Francs comme son père. Pis là, y mourut. Comme lui aussi y’avait quatre fils – Caribert, Chilpéric, Sigebert pis Gontran –, c’tait reparti pour un autre rigodon! 

J’vous ferai pas tomber en bas de votre chaise en vous disant que la job principale des seigneurs francs, dans ce temps-là, c’était de guerroyer. Pis, justement, autour de 560, Chilpéric, roi de Soissons, était parti taper du Saxon avec son frère Sigebert, laissant sa femme Audovère enceinte jusqu’aux yeux. 

Or, Audovère avait comme servante Frédégonde, une femme du peuple qui s’adonnait aussi à être un astie de pétard. La belle Frédégonde, a l’avait des ambitions. Pis comme vous allez voir, y’avait aucune crosse trop basse pour elle. 

Quand Audovère accoucha d’une fille, Childesinde, y fallut ben baptiser la p’tite. Mais là, la marraine arrivait pas. Tout le monde commençait à être écœuré d’attendre pis à avoir hâte de sauter dans l’buffet.   

Faique c’est là que Frédégonde fit son move : 

– Madame, pas besoin d’attendre la marraine; j’vois pas mieux que vous pour tenir la p’tite pendant que l’évêque la baptise. Envoyez-donc! 
– Ah, ben pourquoi pas, hein? Merci Frédégonde! 

Pis l’évêque, qui avait probablement un ti rond de bave sur sa soutane à regarder Frédégonde, dit rien pour empêcher ça et baptisa Childesinde avec sa propre mère comme marraine. 

Pauvre Audovère : a l’était ben belle pis ben fine, mais c’était pas le crayon le plus aiguisé de la boîte, pis sa naïveté l’avait fait tomber drette dans le piège de sa ratoureuse servante. 

Vous devez vous demander si vous venez d’en manquer un boutte : hein? De quel piège on parle, là? J’vous explique. 

Dans ce temps-là, t’avais pas le droit d’être la marraine de ton propre enfant, parce si tu mourais, y’aurait pu personne pour s’occuper de lui. De un. De deux, un père avait pas le droit de coucher avec la marraine de sa fille. Voyez-vous la crosse, là? 

Quand Chilpéric revint chez eux, toute fringant, y fut accueilli par une trâlée de belles pitounes couvertes de guirlandes de fleurs. La première en avant? J’vous laisse deviner. 

Frédégonde. Ben oui. 

Elle arriva en avant de Chilpéric et lui dit, drette de même : 

– Ah, merci Mon Dieu, le roi not’seigneur est r’venu, pis ya sacré une volée à ses ennemis! En plus, y vient d’avoir une belle p’tite fille! Mais là, avec qui not’seigneur coucherait ben à soir? Parce que la reine ma maîtresse est rendue la marraine de sa fille!
– Ah ben, si ch’peux pas coucher avec elle, m’a coucher a’c toé d’abord! 

Chilpéric, y’était pas du genre à s’enfarger dins fleurs du tapis. 

À la porte du château, Audovère l’attendait, toute fière d’y montrer Childesinde. Mais Chilpéric avait des p’tites nouvelles pour elle : 

« Ah, bonyenne, sa mère, qu’est-cé t’as faite-là? À c’t’heure que t’es la marraine d’la p’tite, tu peux pu être ma femme! »

Faique il fit exiler le gnochon d’évêque qui avait célébré le baptême et y’envoya Audovère sécher dans un couvent, non sans y avoir donné des terres qui valaient quand même cher pour pas qu’à crève de faim. 

Audovère venait yinque de prendre la porte que Chilpéric avait déjà marié Frédégonde. 

Maudit écœurant.

De son bord, le frère de Chilpéric, Sigebert, roi de Reims, était un peu fier-pet pis y trouvait don que ses frères avaient marié des femmes indignes d’eux-autres. Lui, y’allait accepter rien d’autre qu’une princesse. 

Faique y’alla se dénicher Brunehaut, fille d’Athanagilde, roi des Goths d’Espagne. Pis Brunehaut, c’tait loin d’être une gueuse : elle était belle, bien arrangée, charmante, avec ben d’la jarnigoine.  

Sigebert tomba en amour par-dessus la tête. 

Les noces eurent lieu en 566, pis ce fut toute un party. Les seigneurs des quatre coins de l’Europe se pointèrent : y’avait des poilus pis des propres, des polis pis des fendants, des fous pis des fins, pis toute ce monde-là buvait de la bière pis du vin dans l’plaisir pis l’agrément, avec des cornes de beu évidées comme des coupes en or fancées (fancys?).  

Mais là, Chilpéric, y regardait ça aller, pis y trouvait qu’y faisait dur à côté de son frère : 

– Heille, moé’ssi, j’veux marier une princesse! Pis j’en veux un, un gros party de même! On jase, là, mais la p’tite Brunehaut, a l’a-tu une sœur?
– Oui, Vot’Majesté! Elle a une sœur qui s’appelle Galswinthe. Mais elle est, euh, comment ch’pourrais dire… 
– Accouche! 
– Euh, ben, est pas aussi gâtée par la nature, mettons. 
– C’tu une princesse ou ben c’est pas une princesse?
– Wôwoui, Sire! Une vraie de vraie!
– Bon ben ça va faire la job. Tu pars drette demain pour l’Espagne pis tu vas m’la chercher. 

Sauf que pour Chilpéric, la demande en mariage passa pas comme du beurre dans’poêle : le roi Athanagilde avait des gros doutes sur lui, parce qu’y’avait entendu dire que c’était un gros débauché qui couchaillait à droite pis à gauche. Pis la pauvre Galswinthe, qui était une bonne fille tranquille au cœur tendre, capotait à l’idée de partir loin de sa famille pis de se retrouver dans les bras de pareil porc. 

En fin de compte, Athanagilde avait juste trop à gagner d’une alliance avec les Francs, faique il accepta de donner la main de Galswinthe à Chilpéric, à condition qu’il s’engage à pu prendre d’autres femmes pis à être fidèle. 

Chilpéric dit oui – d’ailleurs, c’est peut-être pour ça qu’il a répudié Audovère, pis que ça avait pas rapport pantoute avec l’affaire du baptême.

Pis quand Galswinthe apprit qu’était faite à l’os, a passa une heure à brailler comme une Madeleine dans les bras de sa mère, tellement que même les gros toffes barbus que Chilpéric avait envoyés pour la chercher furent virés à l’envers.  

Malgré tout, les noces eurent lieu, pis ce fut un aussi gros party que les noces à Sigebert pis Brunehaut. 

Au château de Chilpéric, même Frédégonde avait été tassée pour faire de la place à Galswinthe. Fini les privilèges d’épouse pis toute. Mais elle allait tu lâcher le morceau si facilement, vous pensez?

Jamais d’la vie.

Elle réussit à convaincre Chilpéric de la garder comme servante pour sa nouvelle femme, se disant que de même, quand y’allait inévitablement se tanner de Galswinthe, elle allait être drette à la bonne place pour en profiter. 

Au début, Chilpéric était ben content de sa nouvelle femme, comme on peut être content de sa nouvelle Mustang avec des sièges Racing comme celle du voisin, sauf rouge au lieu de bleue. Après un boutte, y finit par devenir blasé de ça, mais y’était encore ben heureux de toutes les richesses que Galswinthe lui avait apportées en dot. 

Finalement, même les bidous pis les pierreries arrêtèrent d’y faire de l’effet. Pis rendu là, y’avait pu rien pour y faire aimer Galswinthe. C’était ben beau être fine pis patiente pis généreuse, mais pour lui, ça valait pas une belle face, un beau p’tit cul, une taille fine pis des grosses boules. Pis vous savez qui avait ça? 

Frédégonde.

Flairant le sang, elle passa tusuite à l’action. Elle eut juste à se montrer, oh Votre Majesté vous parlez d’un adon, j’m’en allais tout bonnement chez le maréchal-ferrant, et hop! Chilpéric sentit la sève lui r’monter dans l’érable après l’hiver du désir. 

Ça prit pas plus que ça pour que Frédégonde revienne dins couvartes du roi. Y restait juste un problème : Galswinthe était encore là. 

Mais tsé, un meuble, ça se tasse. 

Frédégonde ambitionnait : a faisait sa fraîche partout dans le château pis a l’allait même jusqu’à péter de la broue en avant de Galswinthe. 

D’ailleurs, la pauvre chouette avait beaucoup de peine de se voir trompée pis humiliée de même. Ça se comprend. Au début, elle endurait en silence, mais un m’m’ent’né, elle fut pu capable et alla se plaindre à son mari : 

« Pourquoi tu m’as fait venir icitte si c’est pour m’abandonner pis faire comme si j’existais pas? T’es rendu bête pis distant avec moi, ma propre servante me regarde de haut, pis tout le monde rit dans mon dos! J’aime pas ça, icitte. J’veux m’en aller. J’m’ennuie de mon pays pis de ma mère. Chilpéric, ch’peux-tu rentrer chez nous? Au moins, là-bas, on me traite comme du monde, pas comme une vache ou bedon une plante verte! »

Les émotions à Galswinthe, Chilpéric s’en torchait pas mal. Mais ses bidous, par exemple! Faique il essaya de la retenir : 

– Ben voyons, mon amour, tu paranoyes! Toute va ben, pis ch’t’aime, pis y’a personne qui rit de toé icitte! 
– Essaye pas. Penses-tu que chus sourde pis aveugle? J’le vois ben, c’qui s’passe. Si tu me laisses m’en aller, chuis prête à te laisser toutes les richesses que t’as eues avec ma dot. Garde toute. J’m’en fous, j’veux juste m’en r’tourner chez mes parents! 

Pour Chilpéric, qui était crissement à l’argent, c’était pas croyable qu’on puisse renoncer volontairement à autant d’affaires. Ça y rentrait juste pas dans’tête. Faique y’était sûr que Galswinthe essayait de le fourrer d’une manière ou d’une autre. 

Y fit semblant de s’excuser, promit de pu recommencer, la flatta dans le sens du poil, tellement que Galswinthe, rassurée, arrêta de parler de départ. 

Pis là, un matin, elle fut retrouvée morte dans son lit, étranglée. 

Chilpéric fit ben des sparages pour faire croire qu’il avait de la peine, mais personne avait de pognée dans le dos : c’était clairement lui ou Frédégonde qui était en arrière de ça. 

Surtout que deux trois jours après, il fit de Frédégonde sa vraie de vraie épouse officielle – sa reine. 

Quand Brunehaut apprit que sa sœur était morte assassinée… Heh, bout d’viarge qu’a l’était fâchée : 

– L’astie d’écœurant! Le tabarnak de chien sale! Y’a tué ma sœur! Ma pauvre sœur toute fine qui demandait yinque à être laissée tranquille! 
– Ben voyons mon amour, qui ça? 
– Ton frère! Y’a fait étrangler Galswinthe, pis drette après, y’est allé marier sa guédaille, là, Frédégonde! Sigebert, tu sais ce qui te reste à faire, j’espère? 
– Ch’prépare les gars, les ch’vaux pis les armes : m’en va chercher Gontran, on va crisser une volée à Chilpéric, pis on va la venger, ta sœur! 

Pis c’est de même que commença la « faide royale », une guerre qui dura plus de 40 ans entre les familles de Frédégonde et Brunehaut. Attachez votre tuque avec de la broche, parce que ça va jouer dur en simonac! 


Source : Augustin THIERRY, Récit des temps mérovingiens, tome 1, 1842.
https://play.google.com/books/reader?id=h2UOAAAAQAAJ&pg=GBS.PR4


Sainte Radegonde de Poitiers

On a toutes vu ça au Jean-Coutu, à côté de la caisse, pas loin des revues à potins : tsé, là, les espèces de romans d’amour quétaines avec un agrès musclé en bédaine pis une pitoune échevelée sur la couverture?  

Dans ces livres-là, y se passe tout le temps la même affaire : la belle héroïne est capturée par le gros barbare qui la fait amener dans sa tente pour y faire des affaires pas catholiques. Pis, finalement, a se rend compte qu’en-dessous du poil pis d’la brutalité, c’t’un tendre, pis en plus, c’t’un étalon en d’sour des couvartes!  

Mais, ça se passerait comment si l’héroïne avait une tête de cochon pis qu’a voulait rien savoir pantoute? Pis que le barbare en question était assez vieux pour être son père?  

Sûrement un peu comme dans l’histoire de sainte Radegonde de Poitiers. 

Radegonde, c’tait une princesse : c’était la fille du roi Berthaire de Thuringe, dans ce qu’y est aujourd’hui l’Allemagne.

À l’époque où est’née, vers l’an 520, l’Empire romain venait de s’effoirer, pis les peuples germaniques, comme les Francs, avaient pris la place. Pis ces peuples germaniques-là, y’avaient des règles de succession pas ben ben d’adon. À la mort d’un roi, son royaume passait pas direct à son fils aîné pis on en parle pu : oh non! Y’était plutôt séparé entre TOUTES ses fils. Pis les fils, au lieu de s’accorder, ben y s’entretuaient pis au plus fort la poche.

C’est justement ce qui arriva en Thuringe quand Radegonde avait yinque trois ans. Basin, son grand-père, venait de mourir, pis le royaume avait été séparé entre ses trois fils : Berthaire, Badéric pis Hermanfred.

Ça prit pas grand temps pour que Badéric pis Hermanfred se mettent ensemble pour zigouiller Berthaire. Pis là, Hermanfred s’allia avec Thierry, fils de Clovis – tsé, là, LE Clovis roi des Francs? – en lui promettant la moitié de la Thuringe contre son aide pour se débarrasser de Badéric.

Mais là, Thierry, voyant que son ancien allié était pas trop pressé d’y donner la moitié de Thuringe qu’y lui avait promise (comme y’avait dit?), alla voir son frère Clotaire – un autre fils à Clovis : 

– Heille, Hermanfred m’a promis un boutte de territoire pis y me niaise! J’men va y sacrer une volée. T’embarques-tu? On sépare toute à deux après.
– Ah, ben pourquoi pas? Messemble que je serais dû. Ça fait déjà un boutte depuis ma campagne contre les Burgondes! 
– Depuis que tu t’es fait péter la yeule, tu veux dire?
– Ah, ta yeule, t’étais là, toé aussi!

Faique Radegonde se retrouva à la cour de son mononcle Hermanfred, orpheline pis pognée au beau milieu d’une guerre. 

Elle était rendue à 11 ans quand Thierry pis Clotaire vinrent à bout de son oncle. Pis là, comme deux corneilles chevelues, les frères se mirent à se picocher pour savoir qui ramasserait quoi… Dont Radegonde, qui faisait partie du butin. Pis Clotaire, lui, y’avait l’œil dessus. 

Pour vous donner une idée d’à quel genre d’animal elle avait affaire, Clotaire avait 22 ans de plus qu’elle; c’était un chef de guerre qui rêvait juste de prendre le territoire de ses autres frères pour devenir le roi de tous les Francs comme son père avait été, pis y’était pas du genre à se bâdrer du bien-être des autres. 

Tsé : quand sa femme « principale », Ingonde, lui demanda de trouver un époux digne de sa sœur Arégonde, ben Clotaire trouva pas mieux que lui-même, pis Ingonde passa le reste de sa vie à se dire qu’elle aurait don dû fermer sa grand yeule. Y’avait aussi épousé Gondioque, la veuve de son frère, pour mettre la patte sur son royaume d’Orléans, non sans avoir assassiné ses deux neveux pour éviter qu’ils héritent. Faique bref, c’était un gros dégueulasse sans scrupules, pis y’avait déjà tellement de concubines qu’y savait pu où donner d’la gr… euh, tête. 

Ça a d’l’air que c’était pas assez, parce que Clotaire trouvait que la p’tite avait du potentiel.

Ark. 

Il réussit à convaincre son frère Thierry d’y laisser Radegonde, pis y la ramena comme prisonnière, avec son frère, dans son royaume de Soissons. 

Vu qu’elle était très jeune, y se garda quand même une petite gêne. Il décida d’attendre un peu et la fit éduquer, pis ben comme faut à part ça! En plus de la religion, des travaux d’aiguille pis de toutes les « affaires de femmes », elle apprit aussi à lire et à écrire, ce qui était rare pour les femmes du temps, même pour une princesse. 

Pendant ces années-là, elle devint très pieuse et se mit à rêver de devenir bonne sœur :

« Je serais proche de Dieu, je pourrais lire pis prier pis m’occuper des pauvres pis des malades. Je pourrais jaser avec du monde pieux pis savants au lieu des gros colons de la cour. J’aurais la sainte paix! »

Mais Clotaire, comme j’vous ai dit, y se bâdrait pas trop de ce que les autres voulaient. Quand Ingonde mourut, y se tourna vers Radegonde, pis trouva qu’elle était rendue mûre pour être sa femme. Faique il annonça leur mariage. 

La nouvelle tomba sur la tête de Radegonde comme une édition revue et augmentée du Nouveau Testament avec commentaire intégral verset par verset. Ça faisait pas son affaire pantoute, pantoute, pantoute! Est-ce qu’a fit une face, vous pensez? Ben non! Pas tusuite, en tout cas. Quand a l’entendit ça, la face y grouilla pas d’un sourcil. Mais en dedans par exemple, ça brassait en bout d’viarge : 

« C’est pas vrai! J’vas me ramasser avec c’te vieux bouc dégueu qui pue la robine? Ark! Faut que je me fasse un plan pour me sauver! Ah mais non. Le bon Dieu veut éprouver ma foi. Mais si j’me marie, ch’pourrai jamais être religieuse! Seigneur, qu’est-cé je fais? »

Paniquée, elle leva les feutres au beau milieu de la nuite. Mais elle alla pas loin avant de se faire rattraper par les hommes de Clotaire : 

« Où c’est que tu penses que t’allais, de même, ma tite fille? »

Y’aurait ben des femmes qui auraient tué pour être à sa place. Pour moins que ça, en fait. Mais Radegonde, elle, c’est à reculons qu’elle maria Clotaire et devint reine de Soissons et d’Orléans.

Y’eut pas d’étincelles en d’sour des couvartes. Radegonde découvrit pas le côté homme rose du gars qui avait tué ses propres neveux pis marié sa belle-sœur pour avoir plus grand de terrain. Pis c’est pas les belles robes pis les pierreries qui allaient l’amadouer non plus. 

En fait, c’tait comme si la richesse y brûlait les mains. Dès qu’a recevait de quoi, a le donnait aux pauvres pis à l’Église : ses revenus, ses tributs, ses meubles… 

Personne échappait à sa générosité à pu finir. J’vous dis que l’ermite du coin resta frette en tabarouette en sortant de sa mâsure au milieu du bois quand y vit arriver du monde avec une waguine pleine de cadeaux! 

Radegonde donnait même ses restes de table pis son linge. Pis c’est là que ça accrochait avec Clotaire. Dans ce temps-là, chez les Francs, la femme servait un peu de rack à richesses pour son mari. Plusse qu’a l’avait l’air d’un arbre de Nouël avec ses joyaux, plusse que son mari paraissait ben. Pis Clotaire avait beau être patient avec Radegonde, là, y commençait à se faire écœurer par ses chums : 

– Radegonde, qu’est-cé tu fais là encore habillée comme la chienne à Jacques? Je t’ai acheté plein de belles affaires, pourquoi tu les mets pas? Les gars commencent à dire que j’ai épousé une bonne sœur!  
– Ouin pis? C’est ça que j’aurais voulu faire, moé, dans’vie, si j’avais pu! Hein! Pis Jésus a dit qu’y fallait être humble, pas péter de la broue avec nos bébelles! 

Faique Radegonde continua d’endurer c’te vie-là dont a voulait rien savoir, jusqu’à ce que Clotaire remette ses vieilles pantoufles de gros écœurant : y fit tuer son frère à elle, sous prétexte qu’y complotait contre lui. Ou de quoi de même.

Comme de fait, Radegonde le prit pas pantoute pis décida de sacrer son camp pour de bon. Elle commença par aller voir son mari : 

– Noble époux, ch’peux-tu aller à Noyon voir l’évêque Médard? Messemble que ça me ferait du bien d’aller voir un saint homme pis de me rapprocher de Dieu un peu. Une p’tite cure religieuse, mettons. 
– Ah, ben ch’pas contre! T’es pas du monde pis t’arrête pas de brailler depuis queques temps. Ça va te faire du bien! J’vas même dire à mes gars de t’escorter jusque là-bas!

L’évêque Médard était très aimé pis y’avait la réputation d’être capable de contrôler la météo, c’qui est pratique quand tu veux pas qu’y mouille pour faire les foins! Même Clotaire pensait que c’était une bonne idée que Radegonde aille le voir pour une p’tite fin de semaine de spa spirituel. Mais elle, a l’avait une idée en arrière de la tête. 

En effet, dès qu’elle arriva en avant de Médard, l’évêque eut même pas l’temps d’y dire bonjour qu’a se garrocha sur lui : 

« Monseigneur! Ch’t’à boutte de la vie terrestre! J’veux entrer en religion! Ch’t’en supplie, consacre-moi au Seigneur drette-là! »

Médard resta un peu frette. 

« Euh, ben là, Majesté… »

Dans sa tête, ça virait vite en ciboulot : 

« Hé bonyenne, qu’est-cé m’a faire? Ch’pas pour casser un mariage royal, moé-là! J’vas être dans’marde! »

Pis y’avait pas yinque ça. Les guerriers que Clotaire avait envoyés avec sa femme arrivèrent pis commencèrent à bourrasser Médard : 

– Heille là, que ch’te voye, e’l bonhomme, faire une bonne sœur avec la femme du roi!
– Ouin, ttention, là! Le roi va être en tabarnak! 

Les gars de Clotaire pognèrent l’évêque pis l’emmenèrent plus creux dans l’église. 

Radegonde capotait; mais y’était pas question pour elle de se laisser abattre. Faique, fouille-moé comment, mais elle trouva un habit de bonne sœur pis l’enfila par-dessus sa robe. Pis là, elle s’avança vers Médard, au fond de l’église, et dit : 

« Médard! Si tu branles dans le manche pis que t’as plus peur des hommes que de Dieu, tu vas filer cheap en tabarouette quand tu vas te retrouver devant le Créateur pis qu’y va te demander des comptes pour l’âme de ta brebis! »

C’tait en plein l’affaire à dire. Pogné d’une terreur divine, Médard imposa les mains à Radegonde et la consacra à Dieu. 

Radegonde trippait : c’était le premier choix de vie qu’a réussissait à faire sans qu’un maudit barbu s’en mêle. 

Après ça, elle s’en alla à Poitiers, où a fonda une abbaye. Clotaire essaya ben de la ravoir, mais y’insista pas trop, parce que selon la loi de l’Église, tu pouvais te faire excommunier pour toujours si t’essayais de sortir une religieuse de son abbaye. Mettons que ça fait réfléchir. 

Pis pour le reste de sa vie, comme à voulait, elle aida les pauvres et les malades, guida les autres dans la foi, pis essaya d’aider les fils à Clotaire à pas s’entretuer. 

Pis c’est bien mieux que de finir dans les bras d’un agrès musclé en bédaine! Mais ça, c’est juste moé. Si c’est ça que tu veux, envoye fort! 


Sources :
Vie de Radegonde par saint Fortunat : http://surlespasdessaintes.over-blog.com/article-vie-de-sainte-radegonde-par-saint-fortunat-3-3-85056970.html
M. l’abbé Migne, « Sainte Radegonde », Nouvelle Encyclopédie théologique, 1855 : https://play.google.com/books/reader?id=-_snAAAAYAAJ&hl=fr&pg=GBS.PA1081