Molly l’Insubmersible – partie I

Moé, ch’connais une jeune fille allumée qui aime ben lire mes écrivaillages. 

Pis l’autre jour, c’te jeune fille-là a découvert la vue Titanic, qui est sortie ben avant qu’a naisse. 

Comme ben d’autres, a l’aurait pu accrocher su’l beau jeune Léonardo, qui à c’t’époque-là pouvait pas encore avoir une blonde de la moitié de son âge, comme y fait à c’t’heure, sans enfreindre le Code criminel

A l’aurait pu s’mettre à la place de Rose pis pousser des gros soupirs en s’imaginant dans une histoire d’amour impossible avec des belles robes.

Mais non, vous autres. 

A l’a accroché su quequ’un d’autre complètement : Molly Brown, le personnage joué par Kathy Bates – qui, en passant, a rien à voir avec la méchante dans Misery. Pis vous savez quoi? Ça m’donne espoir en l’humanité.

Molly Brown, c’tait une riche Américaine qui a vraiment existé pis qui a hérité du surnom « l’Insubmersible » après avoir survécu au naufrage du Titanic.  

Dans l’film, on la voit prendre Jack en d’sour de son aile pis le préparer à souper avec les péteux d’première classe. Ça, c’t’inventé, ben sûr. 

Mais c’qu’on voit après, parzempe, c’est vrai : pendant l’naufrage, a tient tête à c’t’insignifiant de quartier-maître Robert Hichens, le commandant de sa chaloupe de sauvetage; au lieu d’aider à ramer pis d’artourner chercher d’autres survivants, même si la chaloupe est à moitié vide, y fait yinque lirer pis décourager tout l’monde. 

Ch’comprends que c’est pas le film à Molly, faique y passent pas trop de temps là-dessus. Mais c’est tellement plus intéressant, comment ça s’est passé en vrai!

Pis on va y r’venir. 

Avant, j’veux vous conter l’histoire de Molly Brown depuis l’début, pour ben vous expliquer de quel bois qu’a l’était faite, c’te femme-là. En cèdre ou en pin, un bois qui flotte ben, clairement. Entécas, vous allez comprendre pourquoi chus si contente que la jeune fille ait autant accroché su elle. 

La vraie Molly (Maggie) Brown.

Molly est née en 1867, pis son vrai nom, c’tait Margaret, alias Maggie. C’est ben après sa mort, quand son histoire a été romancée dans des livres pis des vues, qu’a s’est faite arbaptiser Molly. Parce que ça sonnait mieux Molly Brown que Maggie Brown? Fouillez-moé. Entécas, pour la suite, on va l’appeler Maggie. 

A l’était la fille à John Tobin pis Johanna Collins, des immigrants irlandais qui s’taient installés à Hannibal, au Missouri. 

John était journalier, pis fallait qu’y fasse des grosses journées pour faire vivre sa femme pis ses six enfants. Le budget était serré en titi à’fin du mois. Autrement dit, Maggie était pas une floune de riche qui a eu toute tout cuit dans le bec avec une cuiller d’argent.

Y’a une affaire, par’zempe : à une époque où l’école était pas encore obligatoire, Johanna avait ben gros insisté pour que ses enfants aient l’instruction qu’a l’avait jamais eue. Faique Maggie pis ses frères et sœurs, au lieu d’aller travailler ben jeunes pour ramener d’l’argent à’maison, purent toutes aller à l’école jusqu’à l’âge de 13 ans. 

Méchant luxe. Dire qu’à c’t’heure, ça fait l’bacon parce que t’as changé l’code du Wi-Fi.

Si l’éducation avait été un plat d’fromage cottage, Maggie l’aurait vidé jusqu’à la dernière tite crotte dans l’fond pis s’rait allée chez Metro s’en racheter un autre pis un autre, parce que l’éducation, ça finit jamais. C’tait une fille affamée de savoir, qui lisait toute c’qui y tombait sou’a main, pis si ses parents avaient eu les moyens, a l’aurait ben continué l’école jusqu’à l’université. 

Malheureusement, fallait ben faire vivre la famille, faique a l’eut pas le choix de commencer à travailler dans une usine de tabac, à préparer les feuilles. C’tait une des seules jobs que les jeunes filles pouvaient faire dans l’boutte d’Hannibal, pour même pas une piasse et demie par jour. En plus, c’tait plate pis toffe – le genre de job qui te ratatine la cervelle pis t’effoire les espoirs. 

Faique vous vous imaginez ben que, quand a l’eut l’occasion de suivre sa sœur plus vieille qui déménageait au Colorado avec son mari flambant neu, a s’fit pas prier pantoute. 

À 18 ans, Maggie s’ramassa donc à Leadville, une ville minière à l’ambiance de Far-West qui poussait comme un vrai champignon. C’tait une place où les fortunes se faisaient du jour au lendemain. 

A l’alla travailler chez Daniels, Fischer & Smith, un genre de Fabricville de l’époque, dans l’département des tapis pis des rideaux. 

Pis pendant c’temps-là, a gardait l’œil ouvert. 

Voyez-vous, Maggie avait un rêve. A l’avait vu son père faire des journées d’beu à’job pis arriver à’maison l’soir tellement brûlé qu’y pouvait même pas profiter d’la vie : y soupait pis y tombait dans son litte comme une roche yinque pour se réveiller le lendemain pis toute arcommencer, jour après jour. C’qu’a voulait, c’tait devenir assez riche pour que son père aye pu besoin de travailler, enfin. Pis pour ça, ça y prenait un mari avec les poches pleines. 

Vous pouvez ben penser c’que vous voulez de t’ça, traiter Maggie d’profiteuse, de croqueuse de diamants pis toute le kit, mais rappelez-vous que, dans l’temps, les femmes étaient pas mal obligées de s’marier pour avancer dans’vie. On les laissait pas faire autre chose, simonac! 

Alors, Maggie était ben décidée à pêcher l’plus gros poisson possible. 

Sauf que, c’est ben maudit, hein! De quoi de ben malcommode allait s’mettre au travers de ses beaux plans : le torpinouche d’amour. 

Un bon dimanche, à un pique-nique organisé par l’Église catholique, Maggie rencontra James Joseph Brown, alias J.J.

Enfant d’immigrants irlandais comme Maggie, J.J. avait 13 ans de plus qu’elle pis y’était chef de quart à’mine Maid and Henriette – une job stable, même si le salaire était pas à s’tirer dins murs.

Y cochait pas la case la plus importante pour Maggie, mais tsé! Y’était tellement charmant! Un beau grand gars avenant qui avait plein d’amis pis une réputation Spic-and-Span, le genre que tu pouvais présenter à tes parents en sachant que l’curé y donnerait l’Bon Dieu sans confession. Y’avait l’œil clair pis une bonne tête su’és épaules. Comme Maggie, y’aimait aller au théâtre pis danser. 

Faique Maggie craqua : quand y l’invita à sortir, a dit oui. 

A s’laissa désirer un ti-peu, par’zempe : selon la légende, quand y s’pointa chez elle dans une vieille carriole poquée avec yinque un ch’fal, y s’fit arvirer d’bord : pas question que Maggie embarque dans sa réguine. Quand y’arvint le lendemain dans une belle voiture à deux ch’faux flambette, là, Maggie accepta d’embarquer avec. Madame avait des standards, quand même.

Après queques mois de fréquentations, Maggie était déchirée : a rêvait encore de voir son père tchiller dans sa chaise berçante au bord de l’âtre, les pantouffes aux pieds, à l’abri d’la misère; mais à c’t’heure, a l’avait J.J. dans’peau, pis y’avait pu moyen de l’enlever de d’là. 

Faique en 1886, à 19 ans, Maggie maria J.J. pis devint Madame Margaret Brown. A l’alla vivre avec lui dans sa tite cabane de deux chambres, ben loin du manoir qu’a l’avait imaginé. 

Mais, c’pas grave. Maggie dira plus tard que ses premières années avec J.J., quand leux deux enfants Lawrence pis Helen sont nés, avaient été les plus belles de sa vie. 

Ce dont a s’doutait pas, c’est qu’en misant su J.J., a l’avait quand même décroché le gros lot d’la 6/49. A perdait rien pour attendre.

Maggie, J.J. et leux enfants, Lawrence et Helen

Tsé, l’rêve américain? Dans l’temps que c’tait encore possible, là – avant qu’les revenus d’la classe moyenne s’mettent à stagner pis qu’la vie vienne pu achetable. J.J., lui, y’était ben décidé à l’pogner par le collette, à y faire la prise du tit paquet pis à l’mettre dans sa poche d’en arrière.

À une époque où y’avait pas d’bacc en génie minier, l’mari à Maggie passait ses soirées, après ses journées de job, à lire su la géologie, les gisements de minerai pis les techniques d’extraction. Avant longtemps, y d’vint ferré en simonac : un oracle du roc; un magicien des métaux bruts; un sorcier du sous-sol.

Grâce à son nouveau savoir, J.J. finit pu d’gravir les échelons: dins deux années après ses noces, y passa de chef de quart à contremaître à surintendant d’la mine Maid and Henriette.

Après ça, y fut engagé comme surintendant de toutes les mines d’la compagnie Ibex. C’est là qu’y frappa l’or – littéralement. 

En 1893, la demande pour l’argent baissa tout d’un coup, flâwk! Pis comme la majorité des mines autour de Leadville étaient des mines d’argent, ben, c’tait pas d’adon pantoute. Quatre-vingt-dix pour cent des gars d’la place pardirent leu job du jour au lendemain. 

Molly, qui s’occupait déjà d’la soupe populaire en ville depuis que son mari avait été nommé surintendant, ardoubla d’efforts pour aider encore plus les familles des chômeurs.

Pendant c’temps-là, J.J., lui, était sur une autre track : y’avait un plan pour rouvrir la mine d’argent Little Johnny. 

Le propriétaire de la mine, John Campion, savait que si y creusait plus creux, y trouverait probablement de l’or. 

Le problème, c’est qu’en creusant plus creux, justement, les mineurs tombaient su d’la dolomie, une roche friable qui s’défaisait toute en sable. C’tait impossible de creuser des tunnels pis d’faire le soutènement avec des poteaux en bois : toute effoirait en deux secondes. 

Campion était su’l bord de jeter l’éponge pis d’aller brailler dans sa chambre, mais J.J. y dit : 

« Tapeu, m’as t’arranger ça. » 

Sa solution, c’tait pas d’utiliser de l’équipement full fancy du futur qui coûtait la peau des fesses. Au contraire, c’tait yinque une question de bonne vieille jarnigoine : pour artenir le sable, y couvrit toute l’intérieur des tunnels avec des bottes de foin pis les fit t’nir avec une charpente en bois. Fallait y penser, pareil! 

Pis pouf! Pas longtemps après, la mine Little Johnny produisait 135 tonnes de minerai d’or par jour. 

Leadville pis ses mineurs étaient sauvés. Les journaux finissaient pu d’s’ébaubir devant c’te folle réussite. Pis J.J., lui, était rendu un homme riche : ses boss l’avaient récompensé en y donnant des parts dans’compagnie pis une place au conseil d’administration. 

La vie de Molly venait de changer boutte pour boutte.

J.J. pis elle devinrent des vraies célébrités. Y’achetèrent une grosse maison à Denver pis même un chalet en dehors d’la ville. Y pouvaient voyager. Mettre du beau linge pis s’entourer de belles affaires. Y coudoyaient la crème d’la crème d’la haute société de Denver. Leux enfants pouvaient aller dins meilleures écoles. Les parents à Maggie auraient pu jamais besoin de travailler.

Enfin, Maggie pouvait s’permettre toute le fromage cottage qu’a voulait, c’t’à dire qu’a l’avait le temps pis les moyens de s’instruire à son goût. Faique, a l’étudia les langues – le français, l’allemand pis le russe –, la littérature pis l’théâtre, d’abord à Denver, pis après au Carnegie Institute de New York. Pas pire pour une p’tite Irlandaise qui avait yinque l’équivalent d’un secondaire 2! 

Mais c’pas toute : Maggie avait aussi ben à cœur le changement social.

À une époque où la somme de c’que les femmes avaient l’droit de dire pis d’faire aurait pu t’nir dans une boîte en carton ondulé de 4 pouces par 4 pouces par 6 pouces, Maggie s’trouvait pas mal à l’étroit. Sans pouvoir politique pis sans entrée dins salons où les monsieurs en habit décidaient de toute entre eux autres en fumant des cigares, c’tait ben dur de changer grand chose.

Mais les madames riches avec des contacts pis du temps libre, elles, avaient quand même leu z’arme secrète : les club sociaux.

Avec d’autres comme elle, Maggie partit le Club des femmes de Denver, qui s’tait donné comme mission d’améliorer la condition des femmes grâce à l’éducation pour améliorer la société au complet. 

Y’a un enseignant ghanéen, James Emman Aggrey, qui a dit un jour : « Éduquer un homme, c’est éduquer yinque une personne. Éduquer une femme, c’est éduquer toute une nation. » Ça, Maggie l’avait ben compris.

Madame Brown d’vint une espèce de force irrésistible : a l’était partout, le nez fourré dans toutes les causes, pis on aurait dit qu’a l’avait assez d’énergie pour déplacer les montagnes du Colorado. 

A l’organisait des activités culturelles pour les filles pauvres. A ramassait d’l’argent pour garnir les bibliothèques des écoles publiques. Ses bazars pis ses galas de charité permirent de construire une église pis d’agrandir un hôpital. A milita assez fort pour convaincre le gouvernement de passer des lois su’l travail des enfants pis s’associa avec un juge pour créer le premier tribunal pour adolescents au pays – parce que tsé, avant, y’étaient jugés comme des adultes pis allaient suivre leu cours de crapule 101 en prison avec des criminels endurcis.

Ch’pourrais passer une couple d’heures à énumérer toute c’que Molly a faite de 1894 à 1912, mais on s’rait encore là demain matin. 

Mais bref, quand a l’embarqua su’l Titanic à Cherbourg après un voyage de plusieurs semaines en Europe pis en Afrique, Maggie était une femme solide, confiante, hyper cultivée pis engagée qui avait déjà fait bouger assez d’affaires dans l’bon sens pour mériter un hôpital ou une école à son nom. Une plaque en bronze, minimum.

À suivre dans la partie II – bientôt!


Source : Iversen, Kristen, Molly Brown: Unraveling the Myth, 3e édition. 2018. Johnson Books.

L’enfant qui faillit être catapulté

Les flos, hein. Des p’tits trésors. On les serre su not’cœur pendant l’cododo. On fait attention à toute c’qu’y rentre dedans pis on surveille toute c’qu’y en sort. On lit des affaires su l’développement holistique pis la parentalité bienveillante. On s’autoflagelle des heures de temps parce qu’on a pas viré la tête assez vite quand le kid a dit « R’garde, maman! » pis fait sa première pirouette un peu croche su’l tapis du salon.

(Ch’parle pas par expérience – chus Matante Poêle, pas Maman Poêle –, mais j’vois ben aller mes superhéroïnes de chums de fille qui ont des enfants.)

Ça a pas toujours été d’même, par’zempe. Artournons au 12e siècle.

En 1152, l’Angleterre était en pleine guerre civile. Mathilde, la fille du roi Henri Ier, était l’héritière choisie par son père. Mais son cousin Étienne de Blois, son plus proche parent doué de zouiz, avait dit « Heille, c’est yinque une créâture! Yé à moé, c’trône-là! »

Ben crère, y’eut du rififi entre les pro-Mathilde pis les pro-Étienne.

(On utilise pas assez l’mot « rififi » dans’vie quotidienne, m’as vous l’dire.)

Jean le Maréchal, c’tait un baron qui était loyal à Mathilde. Faique Étienne vint assiéger son château pendant qu’y était pas là. Après avoir résisté bravement pendant une secousse, les gens du baron envoyèrent un message à Étienne :

« On peux-tu avoir une tite trêve, yinque le temps d’avertir not’seigneur, sivouplaît? »

Étienne accepta une trêve d’une journée, mais à une condition : qu’on y donne en otage Guillaume, le p’tit gars de six ans de Jean le Maréchal. Tsé, comme garantie que Jean allait pas profiter d’la trêve pour ravitailler son château pis le r’garnir de troupes fraîches.

Faique le p’tit coco s’en alla chez l’ennemi – j’dis ça d’même tout bonnement, comme si y partait pour sa journée d’école, mais imaginez, vous autres, envoyer la chair de votre chair chez un gars qui veut votre peau – pis le siège fut levé; Jean en profita pour faire drette c’qu’Étienne voulait pas qu’y fasse.

Le lendemain, y’eut un échange de messages :

—     Bon, la trêve est finie, là, rends-toé!
—     Va chier, Étienne, pis va-t’en chevous!

Se rendant compte qu’y s’tait faite passer une p’tite vite, Étienne se livra à une séance de sacrage en règle.

C’est là qu’arriva un espèce de conseiller huileux qui avait une idée pour faire plier Jean :

« Sire, on pourrait pendre le p’tit? L’baron Jean devrait filer doux après ça. »

Faique Étienne fit envoyer un message à Jean comme de quoi y’allait pendre Guillaume si y s’rendait pas.

Quand la réponse arriva, Étienne faillit tomber en bas d’sa chaise :

« Aweille, vas-y, tue-lé. C’pas grave, j’ai encore les enclumes pis des marteaux pour m’en forger des ben meilleurs. »

Ayoye.

Enragé, Étienne dit :

« Le p’tit crisse, m’as le pendre moi-même, simonac! »

Sauf que quand y’arriva à la potence, y vit le Guillaume. Sa tite face ronde pis ses grands yeux pis sa tite voix qui d’mandait à un des hommes d’Étienne si y pouvait avoir son javelot parce que c’tait un maudit beau javelot. Ooonnnnn. Étienne craqua, tellement qu’y prit le p’tit gars dans ses bras pis l’emmena avec lui.

Plus loin, les soldats étaient après assembler un trébuchet. Le conseiller huileux de tantôt artontit pis dit :

« Sire, j’ai une autre idée : mettons qu’on mettait l’flo dans l’trébuchet pis on l’garrrochait dans l’château? Y capoteraient, là-dedans! »

Là, le p’tit choupinet vit le trébuchet pis fut tout impressionné : « Monsieur! J’veux aller dans la balancine, sivouplaît! »

Étienne était comme : « Mon doux seigneur yé don ben cute c’t’enfant-là au secours. »

Y’eut ben un autre conseiller qui proposa d’accrocher le garçon su’l devant d’une tour de siège comme une décoration de hood de char pis d’attaquer l’château du baron Jean, mais rendu là, Étienne avait tellement le genou mou en avant de son p’tit otage que pu personne put y toucher ni même parler d’y faire du mal.

Heureusement, Guillaume finit par artourner dans sa famille. Y d’vint un chevalier super célèbre, pis ça vaudrait la peine que j’vous conte le reste de son histoire un jour. Étienne, lui, fut vaincu pis dut désigner l’fils à Mathilde – le fameux Henri II Plantagenêt – comme son successeur su’l trône d’Angleterre.

Bref, on a pas toujours eu peur que les enfants soient scrappés à vie si on connecte pas profondément avec eux autres sur le plan humain à chaque seconde d’la journée. Entécas, Jean, lui, a pas eu de scrupules à traiter son fils comme un hot-dog qui tombe dans’gravelle pendant un barbecue.

Parlant de t’ça, ça m’fait trop penser à la comtesse Caterina Sforza. En 1499, a l’était assiégée par les Borgia, qui artenaient ses enfants en otage. Selon la légende, a s’rait montée su les remparts, aurait arlevé ses jupes, s’montrant l’bataclan à toute l’armée, pis aurait crié :

« Tuez-lés si vous voulez, j’ai toute c’qui faut pour en faire d’autres! »


Source : https://archive.org/details/lhistoiredeguill03meyeuoft

Croque ton politicien : l’horrible histoire de Johan de Witt

Ces temps-citte, le climat politique est un ti-peu tendu. Ça s’traite de toués noms pis ça s’menace de mort su’és médias sociaux.

Mais, ça vous est-tu déjà passé par la tête de MANGER François Legault parce que vous êtes pas d’accord avec comment c’qu’y mène la barque?

J’ose espérer qu’non, mais y’a pu grand-chose qui me surprend, m’as vous dire ben franchement.

Surtout depuis que ch’sais qu’en 1672, le grand-pensionnaire des Provinces-Unies des Pays-Bas a servi de lunch de fin d’soirée à ses concitoyens.

Heille, une histoire qui mélange politique pis cannibalisme! On s’crèrait dans Allô Police! Juste avec ça, ch’tais embarquée. Mais en grattant un peu, j’me suis rendu compte que ça cachait d’quoi d’encore plus intéressant : un duel entre deux gars aux idées ben différentes, deux têtes dures ben décidées à jamais céder d’un pouce – Johan de Witt pis Guillaume III d’Orange-Nassau.

Là, vous vous doutez ben que ça finira pas comme un épisode d’la Pat’Patrouille – malheureusement pour le gars qui s’est faite manger, aucun pitou qui parle s’est pointé à’dernière seconde pour le sauver d’la foule en colère pis montrer aux enfants que privatiser la police, c’est tiguidou.

Pis avant toute chose, pour que vous puissiez comprendre comment c’qu’on en vient à se taper un p’tit BBQ de foie humain su’a place publique, va falloir que j’vous explique le système de gouvernement de l’époque. 

Faique si ça vous r’bute pas trop, venez-vous-en!

Mon explication est à la vraie affaire c’qu’un bonhomme allumette est à’Ronde de nuit de Rembrandt, mais, en gros : ça faisait un méchant boutte que les Néerlandais voulaient pu que leu roi, ça soit le roi d’Espagne, parce que ça avait aucun maudit rapport. Faique les sept provinces du nord des Pays-Bas décidèrent de former l’État des Provinces-Unies pour s’battre ensemble pour leu z’indépendance, qu’y gagnèrent officiellement en 1648 après 80 ans de guerre. 

Fini! N’avait pu, de roi! Les Provinces-Unies, c’tait une république! Les dirigeants étaient élus – pas au suffrage universel, mais une affaire à’fois. Pis c’tes dirigeants-là, y’étaient une bonne gang à faire partie de l’élite bourgeoise pis pas, tsé, d’la noblesse.

À une époque où, juste l’autre bord d’la frontière, une trâlée de nobliaux en perruque jouaient du coude pour assister au ti-caca de Louis XIV, c’tait pas mal progressiste, comme gouvernement.

Le gouvernement des Provinces-Unies, c’tait une bébitte un peu étrange. Les sept provinces restaient indépendantes, avec chacune leux régents, leu monnaie, leux lois pis leu système de justice. Pour jaser d’affaires qui touchaient tout l’monde, genre l’armée pis la politique étrangère, y’envoyaient chacune leu délégué, ou « pensionnaire » à une assemblée qu’on appelait les États généraux. 

Y’avait pas d’premier ministre, pas d’président, rien. Juste sept provinces qui d’vaient essayer de s’accorder du mieux qu’y pouvaient. 

Quand même, pour faciliter les affaires, y’avait un des pensionnaires – celui d’la Hollande, parce que c’tait la province la plus grosse pis la plus riche – qui était nommé grand-pensionnaire.

Son rôle à lui, c’est ben toffe à expliquer parce qu’on n’a pas vraiment d’équivalent dans nos systèmes politiques d’à c’t’heure. Mais, dans l’fond, le grand-pensionnaire, c’tait un peu le WD‑40 des États généraux. 

C’tait un genre de président d’assemblée, de top conseiller pis de haut fonctionnaire. En principe, y’était jamais censé prendre de décisions lui-même, juste huiler la machine pis faire c’que les États généraux avaient décidé. Pis quand y fallait une face pour parler aux autres pays, ben c’tait lui qui y allait. 

Faique notre Johan de Witt dont j’vous ai parlé au début, c’est ça qu’y faisait dans’vie.

C’est lui, ça, Johan de Witt. Ch’trouve qu’y a une face moderne. Messemble que je le verrais avec un chignon, des stretchs dins oreilles pis une chemise carreautée me proposer une bière saison belge à la salsepareille….

C’tait un bourgeois, fils du maire d’la ville de Dordrecht pis une p’tite bolle des maths : y’avait écrit un traité publié en annexe d’la Géométrie de René Descartes, c’pas rien, ça, pis un des premiers traités modernes su « l’évaluation des rentes viagères par l’espérance mathématique », une p’tite lecture légère su’a plage à Puerto Plata.

Y’avait commencé sa carrière politique comme pensionnaire d’la ville de Dordrecht puis, à’faveur du pétage au frette du précédent pensionnaire de Hollande, y’avait été élu à c’te poste-là (pis donc au poste de grand-pensionnaire) en 1653.

Comme j’vous ai dit, un grand-pensionnaire, ça pouvait pas partir tu’seul de son bord pis faire c’que ça voulait. Johan avait aucun pouvoir officiel. Son seul privilège, c’tait de parler en premier dins assemblées; autrement dit, y pouvait donner l’ton pis mettre les idées qu’y voulait su’a table avant toutes les autres. 

Après ça, c’tait lui qui présidait les débats, pis une fois que les mâche-patates s’taient faite aller, c’tait aussi lui qui rédigeait les « résolutions », ou les décisions rendues par les États généraux – une autre occasion de mettre subtilement sa touche dins affaires. 

Avant toute, Johan avait le tour de s’servir de son influence pour que tout l’monde s’accorde sans se sauter dans’face; en vrai champion de l’accordéon, ça faisait 19 ans qui s’faisait réélire comme grand-pensionnaire. 

Mais faut pas crère que, grâce à de Witt, les politiciens des Provinces-Unies s’faisaient des grosses colles, pratiquaient la communication non violente, s’organisaient des potlucks pis se t’naient main dans’main avec des fleurs dins ch’feux en chantant Imagine de John Lennon.

À toutes les paliers d’gouvernement, y’avait d’la tension entre deux factions. D’un bord, y’avait les républicains bourgeois, dont Johan de Witt. De l’autre, y’avait les orangistes – les partisans d’la maison d’Orange, c’t-à-dire les nobles les plus puissants des Pays-Bas pis c’qu’y avait de plus proche d’une famille royale.

Faut savoir que, quand les Provinces-Unies avaient gagné leu z’indépendance, Guillaume II, prince d’Orange, avait essayé de s’faufiler dins craques du changement de régime pis peut-être – les historiens s’astinent encore là-dessus – de devenir roi des Pays-Bas.

Lui, y’était le « stadhouder » de Hollande. En gros, ça voulait dire qu’y était le commandant en chef de l’armée des Provinces-Unies. C’tait pas censé être héréditaire, c’te fonction-là, mais ça faisait plusieurs générations que les Orange la monopolisaient comme ton grand frère pas fin qui voulait jamais te passer la manette quand vous jouiez à Street Fighter II en gang dans l’sous‑sol.

Guillaume, y’était pas content d’la paix qui avait été signée avec l’Espagne. La guerre, c’tait super bon pour le prestige de sa famille, pis y voulait que ça continusse! Faique y s’mit à manœuvrer par en arrière pour que la chicane arpogne.

D’abord, fallait qu’y empêche les États généraux de démobiliser l’armée. Y’essaya donc de flatter les régents des villes pis des provinces dans l’sens du poil avec des cadeaux pis des belles façons pour qu’y votent contre la démobilisation. 

Mais tsé, quand tu sors d’une guerre de 80 ans, t’es pas mal écœuré, faique Guillaume récolta yinque un gros « bof ». 

Frustré, l’prince d’Orange décida d’utiliser la manière forte : en 1650, y se servit de l’armée pour capturer six des régents qui l’faisaient plus étriver – dont l’père à Johan de Witt – pis arfusa de les libérer tant que les États généraux f’raient pas c’qu’y voulait.

Sa crisette fit son effet :

« Ok, ok, c’est beau, on la démobilisera pas, l’armée, là! Seigneur, chille, Ti-Will! »

Mais Guillaume eut à peine le temps de savourer sa victoire : queques mois plus tard, PAF! Y péta au frette, emporté par la variole à 24 ans. 

Son trépas pogna tout l’monde les culottes à terre; c’tait un peu comme si, en pleine finale d’la coupe Stanley, les Golden Knights au complet s’taient faites effoirer dans un terrible accident de zamboni pis que les Panthers d’la Floride restaient tu’seuls su’a glace. Sauf que, tel un but scoré à 0,02 seconde d’la fin de la troisième, Guillaume III, le fils à Guillaume II, naquit huit jours après que son père eut passé l’arme à gauche.

La maison d’Orange était encore dans’game.

L’existence de c’te nouveau p’tit fruit-là faisait clairement pas l’affaire des républicains, dont de Witt. Pour pu que ça rarrive, des crisettes aristocratiques comme celle à Guillaume II, y travaillèrent ben fort pour que pu personne soit jamais nommé stadhouder en Hollande, écartant du pouvoir le prince encore au biberon. Pis une fois devenu grand-pensionnaire, de Witt organisa toute l’éducation à Guillaume Junior pour qu’y devienne un bon p’tit républicain. 

Ça marcha pas ben ben. À’place, Guillaume III – Le retour de l’Orange, grandit en étant frustré de pas avoir la place qui aurait dû y’arvenir de plein droit, à son avis à lui pis à ses orangistes, qui l’défendaient avec autant d’ardeur que les swifties avec leu belle Taylor.

Pis là, vingt ans plus tard, le prince d’Orange argardait de Witt avec des tits yeux de crocodile qui dépassent à’surface de l’étang en guettant patiemment une occasion de le faire tomber.

Guillaume III d’Orange-Nassau, crocodile aristocratique.

L’année 1672 allait y donner drette ce dont y’avait besoin.

Jusque-là, ça allait tellement ben dins Provinces-Unies qu’on avait appelé les 100 dernières années « le siècle d’or ». Après s’être faite rentrer le catholicisme dans’gorge pendant 150 ans par l’Espagne, les Néerlandais, qui étaient une bonne gang à être protestants, avaient décidé de pu écoeurer personne avec une religion d’État. La liberté d’culte avait attiré plein d’monde de partout, pis y’avait eu une espèce d’explosion d’arts pis d’sciences pis d’commerce. 

Mais, dans l’histoire du pays, 1672 est appelée rampjaar – traduction très TRÈS libre : « l’année où toute a chié ».

Quand les Provinces-Unies s’taient libérées de l’Espagne, y’avaient eu d’l’aide de la France pis de l’Angleterre. Tsé, pourquoi rater une occasion de faire la guerre par procuration à ton voisin péteux avec son tracteur à pelouse, sa piscine creusée pis son empire-colonial-plusse-gros-que-le-tien?

Mais là, qu’est-ce que les bourgeois au pouvoir avaient faite, depuis la création des Provinces-Unies? Y’avaient bourgeoisé, ben crère : sous leu direction, le pays était devenu une vraie puissance navale pis commerciale. Pis avec quiiiii ça les avait mis en compétition, ça?

Les Anglais!

Y’eut la première guerre anglo-néerlandaise, pis la deuxième guerre anglo-néerlandaise, deux chicanes navales qui durèrent deux ans chaque.

Un m’ment’né, Louis XIV, tanné, faut crère, des pâtés en croûte pis du foie gras qu’y engloutissait pendant que son peuple crevait d’faim, décida de s’arvirer contre ses anciens alliés pis de prendre une bouchée du territoire néerlandais à’place. Le roi Charles II d’Angleterre signa même un traité secret avec lui pour l’aider à conquérir les Provinces-Unies.

C’est là que toute prit l’bord pour les Néerlandais. 

Comme j’vous disais, en bonne puissance navale, les Provinces-Unies avaient une flotte su’a coche; la preuve, le 7 juin 1672, une gang d’Anglais pis d’Français s’pointèrent par bateau en espérant débarquer su’é côtes néerlandaises, mais y s’firent arcevoir s’un moyen temps par l’amiral vedette Michel de Ruyter. Y leu fit tellement manger leux bas qu’y durent annuler toutes leux plans d’invasion par la mer.  

L’armée d’terre, par’zempe, ça faisait dur pas mal.

Y’avait une raison pour ça, pis c’tait Johan de Witt. Bon, c’tait p’t-être pas juste lui, mais un gros boutte lui.

Tsé, l’idée des sept provinces unies, mais indépendantes, sans roi ni prince ni rien d’arsemblant? Johan, y’appelait ça la « vraie liberté », pis pour lui, c’tait l’affaire la plus importante au monde. Presque toute c’qu’y faisait, depuis quasiment 20 ans, c’tait pour protéger c’t’idéal-là, peu importe le prix. 

Pis, vous vous rappelez la crisette à Guillaume II, 22 ans avant, avec l’armée?

Johan, lui, y’avait jamais oublié. 

En plus d’abolir carrément la fonction de stadhouder en 1667, y’avait laissé l’armée de terre sécher comme un coton. Garder l’armée forte, après toute, c’tait comme cultiver une belle grosse pomme juteuse que Guillaume III pourrait être tenté d’cueillir.

À’place, Johan avait essayé d’utiliser son talent en jasette pour convaincre les royaumes voisins de pas attaquer les Provinces-Unies.

C’tait tu naïf, son affaire? P’t-être un peu. 

Entécas, là, ça y pétait dans’face. 

Wô, là, faut pas crère que de Witt restait planté là sans rien faire, comme l’empereur Honorius qui catichait ses poules pendant qu’Rome s’faisait piller par les Wisigoths : dès qu’la guerre avait été déclarée, y’avait tout faite pour donner des renforts à l’armée. Sauf qu’y était déjà trop tard, pis les Français avançaient comme un feu d’prairie – trop vite pour que les Néerlandais puissent vraiment s’arvirer d’bord. 

Les villes des Provinces-Unies tombaient les unes après les autres. Dans celles qui étaient pas encore conquises, la panique pogna ben raide. Le monde sortaient dins rues en s’arrachant les ch’feux pis en criant Jésus Marie Joseph on va toutes mourir. Les Français arrivaient, pis y’avait rien ni personne pour les arrêter.

Les marchands décrissaient du pays en masse. La panique était pognée à’Bourse. Toute sacrait l’camp.

Malgré l’odeur de feu pis d’fin du monde, Guillaume d’Orange, lui, était mort de rire : c’tait enfin sa chance de faire passer de Witt pis les républicains pour une gang de cocombres mous pis de montrer que si ça avait été LUI, le boss, y’a rien de t’ça qui s’rait arrivé.

Sa patience de crocodile allait enfin payer.

Ses partisans, les orangistes, se mirent à crier su tou’és toits que toute était d’la faute de Johan de Witt pis qu’y fallait nommer Guillaume III stadhouder. Dins rues, y s’distribuait des pamphlets écrits par on sait pas qui qui accusaient de Witt de toutes les torts, de l’incompétence crasse à’haute trahison. Du haut d’leu chaire, les curés sautèrent aussi dans l’tas contre le grand‑pensionnaire, eux autres qui haïssaient les idées républicaines pis la maudite liberté de religion. 

La populace fut facile à crinquer. La vieille idée d’un souverain de droit divin qui sait d’instinct c’qui est bon pour son royaume, ça avait la vie dure. De Witt pis ses proches, à côté, avaient l’air d’une gang de péteux d’broue qui s’pensaient meilleurs que les autres pis qui travaillaient pas pour les intérêts du vrai monde. 

Johan, qui sentait toute y filer entre les doigts comme une pognée d’sable de grève, allait goûter à’rage populaire jusque dans sa chair. Le soir du 21 juin, y’arvenait d’la job avec deux serviteurs quand y s’fit sauter d’ssus par quatre jeunes gars qui voulaient pas juste y péter la gueule : y voulaient l’assassiner. 

Y poignardèrent Johan dins côtes pis à l’épaule; y s’écroula à terre pis s’péta la tête solide su les pavés d’pierre. Le croyant mort, les flos se sauvèrent.

Johan était magané, mais y survécut.

Les flos, toutes des fils de politiciens orangistes, furent arrêtés, pis le chef d’la gang, Jacob van der Graeff, fut condamné à mort. L’explication qu’y donna à son procès? 

« Johan de Witt, c’t’un traître! Y reste là assis su ses mains tandis que les Français nous ramassent! C’qu’y veut, c’est donner not’pays au roi d’France! C’t’un astie de traître! » 

C’tait drette le discours qui circulait dans’population, qui l’avait attisé jusqu’au meurtre. Son exécution aida vraiment pas à calmer l’jeu; pire, ça eut l’effet d’une can de gaz s’un feu d’la Saint-Jean : 

« De Witt était même pas si blessé que ça! Ça valait pas la peine de mort! Y’a d’quoi de pas net là-dedans! »

« Y’avait raison, le p’tit gars! C’t’un héros, pis y l’ont tué! Traîtres! »

« Nommez Guillaume d’Orange stadhouder pis clairez-moé de d’là c’te racaille de bourgeois! Ça presse! »

Le 4 juillet, les régents des provinces durent se résoudre à nommer Guillaume III stadhouder – pas tant parce qu’y l’aimaient, mais plutôt parce que la population était rendue tellement enragée qu’y avaient peur de toutes se faire massacrer sinon.  

Le 23 juillet, argardez don ça, vous autres, vous parlez d’un adon : Cornelius de Witt, le frère à Johan, un politicien lui avec, se fit accuser d’avoir comploté pour assassiner l’prince d’Orange!

Guillaume Tichelaer, le gars qui l’avait dénoncé, c’tait un barbier pis un maquereau notoire. Y’avait été vu par plein d’monde entrer dans l’camp de l’armée à Guillaume d’Orange avec une créâture de p’tite vertu pis en r’sortir une grosse bourse pleine de piasses – oui, ok, clairement y fournissait du woup’laïdou aux militaires, mais là, la bourse était tellement grosse qu’y avait pu s’permettre de fermer sa shop de barbier. Quand même, y fut pris au sérieux, pis Cornelius fut enfermé dans’prison de Gevangenpoort à La Haye.

Le 4 août, Johan de Witt alla voir Guillaume III pour dire qu’y démissionnait du poste de grand‑pensionnaire. Y’était ni cave ni trop tête dure, y voyait ben qu’y avait pu aucune crédibilité. Tsé, quand ça crie dans’rue que toute irait ben si t’étais mort, c’est l’temps de partir…

Mais là, Johan stressait surtout pour son frère. Cornelius avait été torturé pendant des heures, mais la seule affaire que les bourreaux avaient réussi à y faire cracher, c’tait un poème en latin su’l courage pis la vertu dans l’adversité. Un fuck you élégant, quoi.

Au procès, les juges avaient rien d’autre que l’témoignage du barbier proxénète pour condamner Cornelius. C’tait clairement pas assez pour le déclarer coupable, mais y savaient ben que si y’acquittaient le gars, la foule en avant d’la prison allait péter des vitres, tout arracher pis les lyncher su’a place publique.

Vers neuf heures et demie le 20 août, le verdict était tombé. Tichelaer sortit d’la prison en compagnie de deux orangistes particulièrement convaincus qui avaient passé l’matin à crinquer la foule. Y’annonça :

« De Witt est condamné à l’exil à perpétuité. J’vous avais dit que ch’contais pas de menteries! C’t’un traître! »

Pour les juges, c’tait l’meilleur compromis qu’y pouvaient faire. Mais pour le troupeau d’enragés qui était rassemblé là, c’tait une sentence bonbon pis une grosse christie d’farce :

« Maudite gang de juges vendus! On les égorge pis on brûle leu maison! »

Pis c’est drette c’qu’y auraient faite si, à c’te moment-là, la prison de Gevangenpoort avait pas été encerclée par les hommes d’la garde civique. Mais c’tait évident que c’tes gens-là allaient pas juste se disperser tranquillement. La journée allait être longue…

Vers dix heures, une jeune servante se pointa chez Johan. A dit qu’a venait de la prison pis que Johan devait aller chercher son frère parce que, supposément, y’était pu capable de marcher à cause de la torture. 

De Witt pogna aussitôt sa froque pis allait sauter dans son carrosse, mais un de ses amis qui était là y dit : 

—       Tu trouves pas ça bizarre que c’t’une p’tite fille qui vienne te chercher, pis pas un garde ou quequ’un de plus officiel? Tu devrais attendre une confirmation avant de t’garrocher.

—       Ouin, Papa, vas-y pas, dit sa fille Anne qui était là aussi. C’est super louche! J’ai peur qu’y t’arrive de quoi, pis à nous autres aussi!

—       Ben non, vous vous en faites pour e’rien. Mon frère a besoin d’moé pis c’est toute c’qui compte. J’ai jamais eu peur du monde, pis m’as pas commencer ça aujourd’hui.

Faique la maudite tête dure à de Witt s’en alla à Gevangenpoort pis réussit à rentrer dans la prison avec la protection d’la garde civique. 

Dès que Cornelius le vit arriver, y dit : 

—       C’tu fais là? T’aurais pas dû v’nir. T’aurais dû me laisser icitte, sauver ta peau pis mettre ta famille pis la mienne en sécurité!

—       Ben non, fais-toé z’en pas. On va s’arranger pour cuisiner Tichelaer pis y faire cracher l’morceau, pis avec ça, on va interjeter appel! On va s’en sortir, tu vas voir!

Johan, naïf pis idéaliste, même quand l’couvert d’la chaudronne faisait keling-kelang, que la stime sortait de tou’és bords pis que l’lait était su’l bord de s’répandre partout su’l dessus du poêle. 

Vers onze heures, Johan avait réglé toutes les formalités pour faire sortir Cornelius. Mais quand y s’enlignèrent pour sortir d’la prison, quequ’un cria : 

« Les traîtres s’en viennent! » 

Les gardes s’artournèrent contre les frères pis dirent : 

« Artournez dans’cellule ou on vous tire dessus! »

Johan essaya de s’astiner, de demander si y pouvait pas sortir par une autre porte, mais les gardes pointèrent leu fusil su lui pis l’armèrent. 

CLIC. 

Dehors, la masse de monde grossissait pis grossissait pis continuait de réclamer la tête à Johan pis Cornelius. Vers une heure de l’après-midi, la garde civique au complet avait été déployée autour d’la prison. Trois compagnies de cavalerie furent appelées en renfort, mais y’avait tellement d’monde de taponné là qu’y réussirent même pas à s’rendre jusqu’à prison. 

Un messager alla demander de l’aide à Guillaume d’Orange. En tant que stadhouder, y’était parfaitement capable d’envoyer des renforts, mais sa réponse fut ben simple : 

« Non. »

Vers le milieu de l’après-midi, y s’répandit une rumeur comme de quoi une horde de paysans déchaînés s’en venaient piller la ville. 

Vers quatre heures, la cavalerie arçut l’ordre de s’déployer aux ponts qui donnaient accès à’ville pour empêcher la supposée horde de paysans de rentrer. Quand y’apprit ça, leu capitaine fit une face : 

« M’as y’aller parce que c’est les ordres, mais j’vous l’dis, les de Witt sont pas mieux qu’morts. »

À cinq heures, la foule s’écœura pis décida d’en finir.

Quequ’un fit sauter les pentures d’la porte d’la prison en tirant dessus, pis deux forgerons pétèrent les serrures à coups de masse. 

Les émeutiers s’engouffrèrent dans’prison pis trouvèrent les frères de Witt qui lisaient dans la cellule à Cornelius, l’air ben relax. 

—       Aweille en bas! C’est l’heure de mourir!

—       Tant qu’à nous tuer, pourquoi pas le faire icitte? répondit Johan.

—       Parce qu’y faut que tout l’monde vous voye crever, qu’on y rétorqua. 

Johan pis Cornelius se firent ramasser pis emmener de force en bas des marches pis dehors. Dans l’bardassage, ça a l’air que Johan eut l’temps de mettre sa main su l’épaule à son frère pis d’y dire : 

« Adieu, mon frère. »

Là, j’vous l’ai dit au début : ça finit pas ben comme dans la Pat’Patrouille. Faique si l’écrapou vous écoeure, sautez jusque là où c’t’écrit ICITTE un peu plus loin, parce que ça s’ra vraiment, VRAIMENT pas beau. 

Bon! À c’t’heure qu’on est entre nous autres, m’as vous dire exactement c’qui est arrivé à Johan de Witt pis à son frère Cornelius. J’me suis pas tapé des heures pis des heures de lecture su’a politique néerlandaise du 17e siècle pour passer par-dessus l’gluant pis l’croquant. 

Les enragés avaient prévu d’emmener les de Witt à l’échafaud pis de les fusiller, mais Johan pis Cornelius se rendirent jamais là vivants. Dès qu’y passèrent la porte, les insurgés se garrochèrent su eux autres. 

Cornelius mourut en premier, percé tous bords tous côtés par des baïonnettes, les piques pis des épées. 

Johan fut crissé à genoux. Ses derniers mots furent : 

« Citoyens! Qu’est-cé vous faites là? » 

Pis on y tira un coup d’mousquet dans l’derrière d’la tête. 

On aurait pu crère que les émeutiers se s’raient calmés après ça, mais y’a… de quoi… qui s’empara d’eux autres. De quoi… d’ancien pis d’épeurant. Une espèce de rage de sang animale, une frénésie épouvantable. 

Les deux cadavres furent traînés jusqu’à l’échafaud pis pendus par les pieds. Le monde se ruèrent dessus, les déshabillèrent pis leu coupèrent toutes les bouttes pis dépassaient – les mains, les pieds, les oreilles, pis même le zouiz, que d’après certains témoins, on essaya d’leu z’arracher avec les dents.

Y leu crevèrent les yeux. Après ça, y leu z’ouvrirent le ventre. Y prirent le cœur, le foie, sortirent les intestins pis s’amusèrent avec comme si c’taient des guirlandes de Nwël. 

Ceux qui avaient ramassé des organes ou d’autres morceaux s’improvisèrent des p’tites enchères : 

« Quiiii veut un boutte de traître? Dix piasses? Douze piasses? Qui dit mieux? »

Y’en a qui sortirent des p’tits braseros pis s’mirent à rôtir des morceaux pour les manger. Y’avait des riches pis des pauvres, des nobles pis des ordinaires, des hommes, des femmes pis des enfants toutes ensemble dans l’plaisir pis l’agrément. C’tait comme un barbecue ben convivial dans une fête des voisins au parc municipal, mais dans un film d’horreur.

ICITTE. 

C’est pas avant une heure du matin que la foule fut assez dispersée pour que les amis pis la famille réussissent à récupérer les deux cadavres, qui étaient pu pantoute arconnaisables.

Les frères de Witt étaient officiellement pu d’ce monde. Vraiment, mais vraiment pu d’ce monde. 

D’la manière qu’y avaient été tués pis mutilés, on aurait dit que c’tait pas yinque un assassinat politique. Dites-le moé si ch’pars s’une chire, mais c’qui s’était passé là, c’tait comme un… un genre de rituel de purification?

J’vous parlais tantôt de l’idée que Guillaume d’Orange était le vrai souverain de droit divin des Pays-Bas, tandis que les de Witt pis les autres bourgeois passaient pour gang de tyrans qui avaient pas d’affaire là. 

Ben, c’tait comme si la foule, à c’te moment-là, avait rétabli l’autorité du Bon Dieu pis purgé l’royaume des méchants usurpateurs dans une orgie de sang pis d’violence. Un genre de sacrifice humain pour calmer l’courroux du Seigneur…

Mais bon, ch’t’après m’écarter. 

La victoire à Guillaume III était TO-TALE. Y’était stadhouder, son pire ennemi était extrêmement pu là, pis y’avait même pas eu à se salir les mains. 

Mais, y’était-tu vraiment blanc comme neige? 

Pense pas, moé. 

À sa défense, y croyait probablement pas que ça allait virer si pire que ça. Quand on y raconta c’qui venait d’se passer, y passa proche de pâmer. 

Mais! Après la première tentative d’assassinat pis avant sa démission, Johan avait demandé au prince d’Orange de faire arrêter la campagne de salissage contre lui, mais y’avait arfusé parce que « ça dérangerait du monde à qui y d’vait sa gratitude ». 

À part ça, c’te maquereau de Tichelaer? Dins années qui suivirent, y’arçut mystérieusement une pension jusqu’en 1702, l’année d’la mort à Guillaume III. Les rumeurs de paysans enragés qui fonçaient su La Haye, pis finalement c’tait pas vrai? C’tait clair que quequ’un avait parti ça par exprès pour éloigner la cavalerie. Pis j’vous rappelle que quand Guillaume III s’tait faite demander des renforts pour protéger la prison, y’avait dit non. 

Pire encore, le stadhouder ordonna pas d’enquête. Personne fut accusé de rien. Tout l’monde savait exactement qui avait tiré Johan dans’tête, mais l’gars fit jamais face à la justice pour ça. 

Dans l’meilleur des cas, l’prince d’Orange savait c’qui s’grenouillait pis y’avait juste laissé ça aller. 

Toujours est-il qu’après, les choses finirent pu de ben aller pour lui. Y réussit à arpousser les Français pis signa la paix de Nimègue en 1678. Y devint même roi d’Angleterre en 1689, mais ça, c’t’une autre histoire que j’vous conterai p’t-être un m’ment’né. 

Je l’sais pas pour vous autres, mais moé, tout l’long de cette histoire-là, ch’sentais comme un malaise. Si un massacre aussi épouvantable a pu arriver tout d’un coup dans une société supposément « civilisée » pis même « évoluée » où c’que florissaient les arts pis les sciences… Qu’est-ce qui nous dit que ça pourrait pas rarriver au jour d’à c’t’heure?


Sources :

Herbert H. Rowan, John de Witt : Statesman of the « True Freedom », Cambridge University Press, 1986.
Wout Troost, William III, the Stadholder-King: A Political Biography, Routledge, 2005.
Ingrid Frederika DeSanto, Righteous Citizens: The Lynching of Johan and Cornelis DeWitt, The Hague, Collective Violence, and the Myth of Tolerance in the Dutch Golden Age, 1650-1672, University of California, 2018.

Le pépère pis la sorcière : une histoire de ma famille

Heille, j’ai le goût de vous parler d’ma famille, pour une fois, pour changer.

Quand ch’tais p’tite, mes parents, mon frère pis moi, on allait passer des étés d’temps su’l bord du fleuve dans l’boutte de Grosses-Roches, en Gaspésie.

Nous autres, on campait les pieds dans l’Saint-Laurent pis l’dos accoté après la côte, au travers des arbres pis du foin. Au début de l’été, mon père parquait l’char en haut, su’l bord de la 132, pis y clairait le ch’min jusqu’en bas à’machette. On descendait toute notre stock à bras – pas de 4 roues! On avait pas d’roulotte ni d’auvent ni d’patio, juste une tente pis un abri moustiquaire.

Notre toit, c’tait d’la polythène; nos planchers, c’taient des panneaux de veneer terris avec la marée. Notre toaster, c’tait le feu d’camp; notre toilette, c’tait un vieux seau de scellant à « sphatte » – comme disait mon père – qui te coupait l’sang dins fesses quand ton numéro 2 niaisait trop dans l’coude. On avait même pas de sable su’a grève, viarge : la place s’appelait pas Grosses-Roches pour rien!

C’tait sauvage pis c’tait modeste. Malgré ça, j’en garde un maudit beau souvenir. J’ai grandi à courir su’é roches, pis mes ch’feux sentaient la fumée pis l’air salin. Votre chalet su’l bord du lac avec la tévé pis l’bol qui flushe? J’vous l’envie pas pantoute.

Mais tsé, on tombe pas en amour avec une place de même en arrivant là par hasard.

Si j’armontais la côte pis à chaque fois que ch’traversais la route, ch’pouvais voir une vieille p’tite maison : la maison d’enfance à ma grand-mère du bord à mon père, construite s’un lot acheté par l’arrière-arrière-grand-père dins années 1870.

Autrement dit, la terre au bord du fleuve appartenait à la famille depuis au-dessus de 120 ans.

Du bord à ma mère, j’ai plein de matantes pis une trâlée de cousins; chus pas mal gâtée. Mon père, lui, était enfant unique, faique son bord à lui a toujours été un peu lointain pour moi. C’est plate de même. Mais ça m’a pas empêchée d’être intriguée pis de fouiller un peu dans l’histoire familiale, pis argardez don ça, j’ai trouvé des personnages pas mal fascinants! 

À commencer par mon arrière-arrière-grand-père, qui est venu s’installer au milieu de nulle part  entre Grosses-Roches pis Les Méchins pis qui a défriché la terre quand la 132 était à peine plus qu’une p’tite trail de bouette. Ça a d’l’air que c’tait toute qu’un bonhomme.  

Son p’tit nom, c’tait Sévère. Ouep : mon arrière-arrière-grand-père était littéralement le père Sévère! Pis y’était ben nommé, à part ça : y’avait eu 14 enfants, pis tout l’monde chez eux savait se t’nir les fesses serrées. Ma grand-mère disait que, quand y faisait son somme, fallait même pas faire craquer l’plancher de peur de manger une claque en arrière d’la tête.

Sa première femme était morte à 26 ans, pis cinq mois plus tard, Sévère s’tait armarié avec Marie, mon arrière-arrière-grand-mère. Pas d’temps à perdre, hein?

Y’ont été ensemble pendant 47 ans, jusqu’à ce que Marie meure. Sévère s’est artrouvé veuf à 79 ans. À c’te moment-là, y vivait avec son garçon Joachim, sa bru Arthémise pis ses petits-enfants. Y’était ni tu’seul ni mal pris. Pourtant, le vieux snoro, y’a décidé de s’pogner une troisième femme! À son âge! Pis les détails sont franchement croustillants…

D’abord, la troisième femme, Marie-Louise, était beaucoup plus jeune que lui. A l’avait 49 ans – l’âge d’être sa fille! Son mari était mort quasiment en même temps que la femme a Sévère, pis y se sont mariés un an après.

Y’a pas yinque la différence d’âge qui m’bogue. En fouillant un peu, j’ai découvert de quoi dont personne m’avait parlé : Marie-Louise, là, c’tait pas une inconnue qui arrivait dans l’décor! A l’était déjà dans la famille : sa fille Henriette était mariée avec Guillaume… un autre garçon à Sévère. C’tait la mère de sa bru! 

Moé, ça me rentre pas dans la tête : comment une jeune veuve de c’t’âge-là, qui avait hérité du magasin général du village à la mort de son mari pis qui était pas dans l’besoin pantoute, en est venue à marier l’père de son gendre, qui avait l’âge d’être son père à elle? Y’était où, son intérêt là-dedans? C’tait-tu un genre d’entente à l’amiable pour garder les avoirs dans’famille, Habsbourg-style? Ou bedon, ça cache-tu une histoire d’amour sortie d’un film de Léa Pool avec, genre, Gilles Renaud pis Hélène Florent qui s’échangent des r’gards de braise par en d’sour pendant les veillées de famille? 

Ça m’intrigue ben gros, mais en même temps, ch’pas sûre que je veux TROP en savoir.

À part de t’ça, on m’a raconté que les deux vivaient pas ensemble. Marie-Louise restait au village à s’occuper du magasin; les vendredis, Sévère s’mettait su son 31, attelait le ch’fal au buggy pis s’en allait la trouver en sifflant comme un tit moineau. 

Ma grand-mère m’a dit que pour elle pis ses frères et sœurs, quand y partait, c’tait le meilleur moment de la semaine. 

Pis moé ch’pense à mon arrière-grand-mère Arthémise, une sainte femme, elle qui était pognée pour endurer l’air bête du beau-père à la semaine longue tandis que son mari était parti travailler su’a Côte Nord! A devait-tu être contente d’avoir la paix pour deux jours, un peu?

C’t’arragement-là – qui était quand même franchement moderne pour 1930, on va se l’dire – a pas duré ben longtemps : Sévère est décédé après un an de mariage. Mais un bonhomme comme lui, ça part pas discrètement dans’nuite : y’a une légende familiale su sa mort qu’y faut absolument que j’vous conte.

Faique mon père m’a dit que mon arrière-arrière-grand-père, qui s’intéressait ben gros à la politique, participait à un événement au village avec le député. Pis là, le député a voulu scorer queques points en offrant une p’tite shot de caribou « au doyen du comté ». Sévère, trop content de s’faire flatter dans l’sens du poil, se s’rait enfilé le caribou d’une traite. Pis là, on sait pas si y s’est étouffé ou si y’a pété du cœur, mais couic! Y s’rait tombé raide mort en avant de l’assemblée. 

Maginez la face du député! 

Sévère, je l’ai pas connu, vous vous en doutez ben. L’autre personne dont j’veux vous parler, elle, oui. Entécas, façon de parler. J’vous explique. 

Comme j’vous disais, où on campait nous autres, y’avait pas de sable, juste d’la grosse roche ronde. Y’avait même un rocher énorme que quequ’un dins temps immémoriaux avait nommé le Gros Cran, direct en face. C’tait vraiment une sapristi d’grosse roche – j’vous dis, y’a des touristes qui se déplacent pour moins que ça. 

Ça, c’est pas le Gros Cran. C’t’une autre roche qu’y avait à côté.
ÇA, c’est le Gros Cran. La roche de l’autre photo? Est en bas à gauche…

En plus, notre spot était situé s’une p’tite pointe qui s’avance dans le fleuve, exposée au vent frette. Faique, quand on voulait s’mettre à l’abri pis marcher un peu dans le sable, on suivait la plage vers l’est jusqu’à ce qu’on atteigne « l’anse d’la tante Toinette ». 

Officiellement, la région d’la Haute Gaspésie commence juste de l’autre bord du village des Méchins. Mais ses beaux paysages, tant qu’à moé, y commencent à l’anse d’la tante Toinette. Tu vires le croche su la 132, pis paf! T’es ailleurs. Tout d’un coup, y’a des falaises, pis c’est tellement magnifique que, dans l’temps où ça roulait pas aussi vite, sur la gravelle, pis que l’tour de la Gaspésie était une vraie aventure, les touristes s’arrêtaient pour prendre des photos.

L’anse d’la tante Toinette, y’a juste nous autres qui appelaient ça d’même, ben sûr. Vous trouverez pas c’te nom-là su’l site Web d’la Commission de toponymie. 

Quand on arrivait, je voyais toujours mon père lever les yeux vers le haut de la côte. 

Perchée là, y’avait une p’tite maison, encore plus p’tite pis plus vieille que l’autre dont j’vous ai parlé tantôt, en bardeaux d’cèdre à la grandeur. C’tait la maison d’la fameuse tante Toinette. 

Matante, étrangement, malgré toutes les années que j’ai passées là, j’me suis jamais adonnée à la voir en personne. Toute c’que je savais, c’est qu’a l’existait pis qu’a vivait là, dans sa tite maison figée dans l’temps. Qu’a l’était très vieille, aussi. Qu’a l’avait un potager avec des légumes, des fleurs pis des plantes médicinales, pis que ses épouvantails, c’taient des cadavres de corneilles plantés su des bâtons. Pis que les cadavres avaient toujours l’air frais.

De ce que je comprenais, dans ma tête d’enfant pis avec l’information limitée que j’avais, Matante Toinette, c’tait plus une entité surnaturelle qu’une personne. Un genre d’esprit du lieu. Pis quand mon père argardait en haut d’la côte, c’est que, d’une certaine façon, y voulait être sûr d’avoir sa permission avant d’aller plus loin.

Tsé, c’tait pas comme si ça prenait un formulaire signé chaque fois qu’on se pointait. En gros, si a sortait pas de sa maison en hurlant de s’en aller, maudits étranges, c’est que c’tait correct. Mais le danger était réel.

Une des premières fois où mon père a emmené ma mère là, quand y’étaient tout jeunes amoureux, Matante Toinette est sortie de sa maison en hurlant pis en faisant des sparages; avec sa robe noire pis ses cris stridents, a l’avait l’air d’une des corneilles qui lui servaient d’épouvantails.

Mon père a ben essayé de lui crier : 

« Matante, c’est correct, c’est moé, Gaston! » 

Mais a l’était rendue sourde, pis y’avait rien à faire. Alors, mon père a dit : 

« A m’arconnait pas. Viens-t-en, Brigitte, on f’rait mieux d’y aller avant qu’a sorte son douze. »

Pis P’pa exagérait pas. Sur la plage en bas de sa maison, y’avait trois cabanes abandonnées, deux tombées à terre pis une qui tenait encore deboutte. Selon la légende – j’ai vraiment aucune idée si c’est vrai –, Matante avait donné à trois gars – c’tait p’t-être ses neveux, mais ch’pas sûre – la permission de se construire des chalets là. Mais un jour, a se s’rait tannée des partys pis du bruit pis de l’énarvage, pis a l’aurait chassé les trois gars à la pointe du fusil. 

Matante Toinette est finalement décédée en 2004 à l’âge de 96 ans, sans que je réussisse jamais à la voir en chair pis en os.

À c’te moment-là, ses descendants ont juste placardé sa maison sans rien toucher dedans, comme si y’avaient peur qu’a r’vienne de l’au-delà si y dérangeaient quoi que ce soit. Pis aujourd’hui encore, la maison est là, intacte pis ben visible d’la route.

J’en aurais probablement pas su plus au sujet de la légendaire matante si, des années après sa mort, j’avais pas traduit les mémoires à Rollande, la sœur à ma grand-mère. Pourquoi a l’avait écrit ses mémoires en anglais, c’t’une autre histoire; mais entécas, dedans, y’a un chapitre complet su Matante Toinette. 

Là, j’ai découvert la madame en arrière de l’entité surnaturelle. Pis franchement, j’argrette de pas avoir eu la chance d’la connaître. 

D’abord, c’tait QUI, Matante Toinette? On me l’avait jamais vraiment dit. Ben, surprise, j’vous en ai déjà parlé! C’tait nulle autre qu’Henriette, la fille à Marie-Louise pis la bru à Sévère!

Là vous vous dites : comment ça c’est Henriette t’as dit Toinette ça marche pas, ça! 

C’est plate, mais j’ai pas d’explication. Tout le monde dans la famille l’appelait Toinette, pis j’ai juste su qu’a s’appelait Henriette quand j’ai fouillé dans la généalogie pis les faire-part de décès. Pourquoi on l’appelait un autre nom que celui su son baptistaire, j’ai ben peur que ça reste un mystère.

Toujours est-il que Sévère avait séparé sa terre entre trois de ses gars : un boutte à Joachim, mon arrière-grand-père; un boutte à François, qui avait perdu un bras pis un oeil dans un accident de dynamite pis qui avait toujours l’air bête (les deux étaient probablement liés; tsé, on s’rait grognon à moins); pis un boutte à Guillaume, alias Ti-Yam, le mari à Henriette/Toinette. 

Joachim pis François se sont construit des maisons neuves, tandis que Guillaume a hérité d’la vieille maison familiale qui datait des années 1870.

Malheureusement, Ti-Yam est mort au début d’la trentaine, emporté par une bête pneumonie. Toinette s’est artrouvée veuve, mère d’une p’tite fille, enceinte d’une autre, pis l’cœur pété en milles morceaux. 

Son Ti-Yam, c’tait l’amour de sa vie! Faique son trépas l’a un ti-peu… changée. 

À partir de d’là, Toinette a pu yinque porté le noir du deuil, jusqu’à son dernier souffle. Yinque du noir, tou’és jours, pendant plus que 70 ans! 

Faique vous vous en doutez ben, a s’est JAMAIS armariée. C’est pas parce qu’a manquait de soupirants : une belle jeune veuve au ch’feux noirs comme la nuit qui tombent en bouclettes, avec une terre pis une maison! Si a l’avait voulu, a l’aurait pu s’faire un lineup de monsieurs pis choisir dans l’tas. Mais non. 

Au lieu de s’intéresser à des monsieurs en chair et en os, a préférait tomber en amour avec des hommes inaccessibles, comme Roger Baulu, un ancien animateur à Radio-Canada à la belle voix de prince savant, ou bedon avec un mystérieux inconnu avec qui a l’a échangé des lettres durant des années. 

Après le départ à Ti-Yam, a l’a pu jamais rien changé dans la maison. A s’tait ben faite poser l’Hydro pis une douche un m’ment’né, mais sinon, toute est resté pareil comme dins années 1930. 

A l’a pu jamais rien jeté, non plus. 

Au fil du temps, sa maison s’est remplie : des revues pis des catalogues Eaton; des bouteilles de médicaments vides; des couvertes pis du vieux linge; les affaires de bébé, les livres d’école pis les devoirs de ses filles. Vers la fin, toutes les pièces étaient remplies jusqu’au plafond, tellement qu’y avait quasiment pu de place pour marcher. Pis les habits à Ti-Yam étaient restés accrochés au pied du litte, comme si y’allait arvenir d’un moment à l’autre.

Vous savez quoi? Y sont probablement encore là. Comme j’vous ai dit, à ma connaissance, la famille a rien touché. La maison est comme Matante l’a laissée y’a 20 ans. Moé, entécas, quand ch’passe en avant su’a route, ça m’serre toujours un ti-peu l’cœur. Ch’peux pas m’empêcher d’penser que c’est comme un monument à la vie de Matante, pis surtout, à ce que sa vie aurait pu être si Ti-Yam avait vécu. C’est poignant, pareil. Pis maudit que j’aimerais ça voir toutes les reliques qu’y a là-dedans! 

Mais wô, Matante Toinette, c’tait pas yinque d’la poussière pis d’la tristesse. Au contraire, ma tante qui a écrit ses mémoires dit que c’tait une ricaneuse quasiment toujours d’bonne humeur.

A l’a élevé ses deux filles toute seule sans jamais d’mander la charité. A l’avait un frère resté vieux garçon qui lui donnait un coup d’pouce, mais c’est toute. Avec son potager, ses confitures de p’tits fruits cueillis à la main, sa vache, ses poules, ses oies, ses moutons pis ses cochons, a l’aurait faite l’envie des p’tits jeunes d’à c’t’heure qui trippent su l’autosuffisance alimentaire. 

A s’est battue bec et ongles contre Hydro-Québec pis l’gouvernement provincial qui voulaient l’exproprier pis tasser sa maison de l’autre bord du ch’min. Au final, la maison a pas bougé, mais la route s’est tellement élargie que les chars passent pratiquement dans le salon. 

Matante Toinette, c’tait une femme courageuse pis pleine de r’sources, aussi bonne pour tisser des catalognes que pour monter un gâteau de noces de trois étages. En plus, a l’avait 11 chats, la preuve qu’a savait ben s’entourer. C’qui faut artenir avant toute, c’est qu’a l’était hyper loyale pis aimante envers les membres de sa famille… Quand a les arconnaissait, ben sûr. Pour les autres, a pouvait avoir l’air d’une vieille corneille enragée. Faique tsé, ça vous étonne-tu qu’avec le temps, la vieille veuve su’l bord d’la côte a commencé à avoir une réputation de sorcière? 

Y’a tellement d’autres affaires que je sais pas su ma famille du bord à mon père. Ma grand-mère est décédée v’là vingt ans, pis malheureusement, j’ai pas allumé assez vite su l’histoire familiale pour y poser toutes les questions que j’ai à c’t’heure. Faique j’vous encourage à parler à vos grands-parents si c’t’encore possible. Vous savez pas c’que vous pourriez découvrir, pis ça s’rait ben triste que toutes ces histoires-là s’perdent à jamais!

Mon premier vidéo : La légende de saint Nicolas

Bon! Heille! J’me lance dans l’vide pis j’ai un ti vertige.

J’vous présente mon premier VIDÉO!


C’est faite avec les moyens du bord su’l coin d’la table d’la cuisine, mais comme j’disais, y’a ben de l’amour là-dedans. J’ai toute appris au fur et à mesure (la prochaine fois, dites-moi don de pas commencer avec un vidéo de 12 minutes 😆)

Un gros MERCI à Frère André* pour son énorme aide. J’aurais pas réussi sans lui. Pis un gros merci à Christine Labrecque pour ses super dessins de saint Nic ❤ Maudit qu’chus ben entourée!

*Pour les nouveaux icitte, Frère André, c’est mon frère. Qui s’appelle André. Le vrai frère André descend pas du ciel pour me montrer comment utiliser les programmes de son pis d’vidéo pis Photoshop. Ça serait cool, par exemple.

Une fois c’tait trois servantes pis un gouverneur dans un placard – mais ça vire pas comme vous pensez

(Ce texte-là a d’abord été publié su Facebook – si vous suivez mon Facebook, c’est rien de nouveau)

C’tu moé ou on sent une certaine tension entre sainte Anastasie d’Illyrie pis sainte Parascève d’Iconium dans c’te peinture du 15e siècle?

Au départ, mon idée, c’tait juste d’écrire ça, de publier l’image, pis tiguidou.

Mais, comme j’doute toujours de toute, ch’t’allée vérifier à la source si le mari à Anastasie était débauché tant que ça.

Dans Wikipédia, ça dit : « Romaine d’origine, elle est mariée à un débauché nommé Publius. »

Sauf que dans La légende dorée de Jacques de Voragine, best-seller du Moyen-Âge et source ultime pour toute c’qu’y est saint, ça dit que Publius était païen pis pas fin, mais ça dit pas qu’y était particulièrement débauché. J’vous dis, faut TOUJOURS TOUTE vérifier.

Mais même si l’histoire à Anastasie arsemble pas mal aux autres histoires de saintes romaines (mari païen qui veut contrôler sa vie – gouverneur méchant qui la torture – miracle – mort en martyr – fin), en plein milieu, y’a comme une dérape avec trois servantes pis ça vire complètement burlesque. J’vous résume.

En gros, Anastasie avait trois servantes chrétiennes qui s’adonnaient à être des sœurs : Irène, Chionie pis… Agapite. C’t’un p’tit nom qui arvient pas trop à’mode, ça, hein, Agapite? Tant qu’à ça, Chionie, ça annonce rien de bon pour le secondaire 2.

Malheureusement pour elles, un gouverneur vicieux les avait spottées pis avait ben envie que les p’tites pitounes viennent faire un tour su’és genoux à mononc’, si vous voyez c’que j’veux dire.

Ne voulant rien savoir, les trois voulurent se sauver, mais le gouverneur les fit enfermer dans un cagibi où c’qu’on gardait les ustensiles de cuisine. Pourquoi yé z’avait pas faite emmener à queque part de plus confortable, genre sa chambre, fouillez-moé – les p’tites places renfermées avaient-tu des associations spéciales pour lui?

Toujours est-il que, quand l’gouverneur entra dans l’cagibi, le Seigneur avait rendu les filles invisibles; faique à’place, le gars zigna un tas d’chaudronnes pleines de suie – pis y s’en rendit même pas compte! Ça, tant qu’à moé, c’est le plus gros miracle d’la patente.

Vous m’creyez pas? V’là ce qui est écrit dans La légende dorée :

« Et le gouverneur, qui brûlait de l’amour qu’il avait pour elles, alla à elles pour assouvir sa luxure, et il croyait avoir affaire aux vierges, et il trouva pots et chaudrons, poêles et autres outils semblables, et il les accolait et baisait. »

Ça devait mener un train d’enfer, toute ça. Imaginez quequ’un qui passait dans l’corridor à c’te moment-là pis qui entendait des « kaklang kaklang kaklang » – y’avait d’quoi s’poser des questions!

Quand le gouverneur eut fini son affaire pis sortit du cagibi, y’était toute débraillé pis graissé de suie d’la tête aux pieds. Y t’avait tellement une allure épouvantable que, quand ses serviteurs le virent, y crièrent « Aaah! Un démon! Fessons dessus! » Tsé, comme ferait n’importe qui de sensé.

Après y’avoir crissé une volée à coups de bâtons, les serviteurs du gouverneur se sauvèrent à’course, le laissant là toute poqué. Y décida donc d’aller brailler à l’empereur. Mais, partout su son chemin, on continuait de l’fesser à coups de poings pis de bâtons pis on y crachait dessus.

Autour de lui, ça criait : « Laitte! Laitte! Gros démon laitte! »

« Ben voyons, pourquoi c’qu’on m’persécute de même? »

Le gouverneur comprenait rien de c’qui s’passait, pis la raison était ben simple : le Seigneur l’avait aussi rendu aveugle, faique y’avait aucun moyen de s’voir l’allure.

L’histoire dit pas comment, mais notre libidineux légat finit par s’mettre à l’abri. C’est là qu’on y’expliqua qu’y avait traversé la ville en ayant l’air d’avoir passé la nuite dans l’poêle. Face à c’t’information-là, y pouvait tirer deux conclusions :

  1. J’ai zigné des chaudronnes graissées de suie dans un cagibi comme un bazouelle d’animal, faique j’me suis artrouvé tout graissé moé’ssi.
  2. C’est des sorcières pis y m’ont jeté un sort pour me rendre laitte.

Laquelle qu’y choisit, vous pensez?

« Qu’on les déshabille tout nues, c’tes maudites guédailles-là! »

Quand les gardes s’approchèrent pour les dégreyer, le linge des trois sœurs – qui, euh, avaient réapparu depuis tantôt, on dirait ben – s’colla tellement serré su elles que c’tait impossible de leu z’enlever.

Pis tout d’un coup, le gouverneur tomba endormi.

L’histoire des sœurs finit d’même, pis après, ça r’vient à Anastasie.

C’est ça, la beauté des récits de sainteté écrits au Moyen-Âge : au moment où tu t’y attends le moins, ça vire en pestacle de Guignol avec des marionnettes qui s’fessent à coups de bâton!

Livre en librairie! Bonne critique! Lancement! Entrevue!

Bonjour!

Mon livre est officiellement en vente dins librairies! Pis y se commande aussi en ligne, à part ça : su’l site de Québec Amérique, su’l site Les Libraires, su Renaud-Bray, su Archambault, su’l démon (Amazon) pis à ben d’autres places, probablement!

Pis j’veux pas m’péter les bretelles, mais la critique Marie Fradette du journal Le Devoir a donné la cote de 4 étoiles et demi à mon livre!

Elle imagine ainsi sans complexe ce qu’auraient pu être les discussions entre ces personnages du passé laissant place à des situations facétieuses. Sans compter sa revisitation personnelle de la grammaire, conjuguant par exemple dans tous les temps le très chantant verbe « arsoudre ». Un premier ouvrage qui vaut tous les détours.

À part de ça, c’est mon lancement à soir, à la Librairie Morency su’a 3e avenue à Limoilou! Si vous êtes dans l’boutte, v’nez faire un tour! J’vas lire une histoire inédite, à part ça!

Pis enfin, j’étais en entrevue mercredi matin su’és ondes d’ICI Gaspésie-Les-Îles!

Allez écouter ça!

François Vatel : l’anxiété d’un contrôleur général de la bouche

Moé, chus ben impatiente.

Quand queque chose arrive pas aussi vite que j’voudrais, ch’fais l’bacon pis j’dis :

« Si ça arrive pas tu’suite, ça arrivera jamaaaaaais! »

Ch’t’aussi ben perfectionniste pis j’ha-guis être pognée en défaut pis pas réussir.

Bref, ch’pas reposante; vous en parlerez à Mononc’Poêle.

Mais heille, ch’s’rai jamais aussi pire que François Vatel, le « contrôleur général de la bouche » du prince de Condé au château de Chantilly.

Ça mérite un ti-peu d’contexte, hein?

D’abord, « contrôleur général de la bouche », ça veut pas dire que l’bon monsieur Vatel avait comme job de tchéquer l’haleine du prince à chaque fois qu’y sortait d’chez eux ou qu’y arcevait d’la visite.

La « bouche », au 17e siècle, en France, ça voulait dire toute c’qu’y avait rapport au manger dans’maison du monde d’la noblesse. Autrement dit, Vatel s’occupait de faire les listes d’épicerie pis d’organiser les repas – des soupers intimes avec yinque 5 services pis d’la tite musique de chambre aux gros banquets à 3 000 personnes avec des jongleurs pis des feux d’artifice.

Les 23, 24 pis 25 avril 1671, Vatel avait une maudite grosse commande : son boss arcevait Louis XIV, le Roi Soleil EN PERSONNE!

En plus, pour le prince de Condé, fallait absolument que toute se passe comme su des roulettes.

L’affaire, c’est que Condé avait un ti-peu pris les armes contre son cousin Louis XIV pendant la Fronde, dins années 1650, pis les deux étaient comme en frette depuis c’temps-là. En invitant le roi chez eux, le prince espérait vraiment arvenir dans ses bonnes grâces.

À part de ça, Condé avait vraiment besoin d’un bon pouish de Febreeze Aube calme à la vanille™ pour couvrir l’odeur de scandale qui le suivait depuis qu’y avait accusé sa femme d’avoir commis l’adultère avec un domestique pis qu’y l’avait faite enfermer dans une tour.

Pis toute ça tombait su’és épaules à Vatel, qui stressait en baptême.

Les menus, les tables, le décor, la musique, le divertissement, y’avait pensé à toute pis y s’tait fendu en 4 pour que toute soit PAR-FAIT. Y voulait que son boss soit content, mais pas yinque ça : pour lui, c’tait une question d’honneur.

Le jeudi 23, la visite arriva à Chantilly – le roi pis les 3 000 personnes attendues, plus 75 agrès pas de classe qui décidèrent de s’pointer aussi, sans avertir.

Y furent accueillis comme les autres, hein; pas question d’les arvirer d’bord, ça s’faisait juste pas.

Mais y manqua un rôti à deux tables. Pas si grave, tsé, s’une vingtaine de services à 25 tables!

Vatel le prit MAL. Y capotait ben raide pis y’hyperventilait. Y dit à Gourville, son second :

« Ah, ça a pas de bon sens! J’ai l’air d’un astie d’cave! J’m’en r’mettrai jamais! Gourville, va t’occuper de donner des ordres, moé, j’vois pu clair – ça fait 12 jours que j’ai pas dormi… »

Gourville, qui s’inquiétait de voir Vatel dans toutes ses états d’même, alla bavasser au prince de Condé. Pis Condé, qui aimait ben gros son contrôleur général de la bouche, s’rendit jusqu’à sa chambre pour y dire de slaquer l’autoflagellation :

— Vatel, toute est beau! Le souper du roi était ben beau!
— Monsieur, vous êtes ben fin! Mais non! Y’a manqué un rôti à deux tables, ça a-tu d’l’allure!
— Ben non, c’est correct. Relaxe, toute va ben!

Comble de l’humiliation, c’te soir-là, y’avait d’la grosse brume, pis le gros feu d’artifice organisé pour finir la soirée fit patate. Vatel passa une autre nuitte blanche à s’taper d’ssus pis à stresser pour le lendemain.

Le vendredi, c’tait un jour maigre, c’t-à-dire qu’y fallait pas manger d’viande; pis en plus, on était en plein carême.

Faique notre contrôleur général avait prévu un festin de poisson de mer. Dans c’temps-là, y’avait pas de frigidaires; le château était pas équipé pour garder le poisson dans des viviers, pis c’tait pas encore ben répandu d’utiliser d’la glace pour garder la bouffe au frais. Autrement dit, le voyage de poisson devait arriver le jour même, pis pas une menute en retard. À part ça, Chantilly était pas exactement au bord d’la mer.

À quatre heures du matin, Vatel faisait déjà le pied d’grue à attendre après son poisson :

« Voyons, qu’est-cé qu’y fait là, qu’y arrive pas mon poisson? »

Enfin, artontit un p’tit marchand avec sa charrette.

— C’est toute? fit Vatel, découragé; c’tait clairement pas assez pour nourrir le roi pis sa gang de poudrés (ch’parle pas d’la poudre qui rend funné, là).
— Euh… oui? répondit l’marchand.

C’que l’marchand savait pas, c’est que Vatel avait passé des commandes dans toutes les ports de mer; faique, c’tait loin d’être toute.

Mais c’tait rien pour rassurer Vatel, qui continuait de s’tordre les entrailles à attendre. Plus l’temps passait, plus y désespérait, pis y’avait toujours pas d’poisson à l’horizon.

— Ahhhh, Gourville! Déjà qu’hier, j’ai eu l’air d’un maudit moron d’incompétent, qu’est-cé m’as faire si j’ai rien à mettre su’a table de Sa Majesté? M’as devenir connu comme l’astie d’jambon d’incapable qui a affamé le roi d’France! Là, c’est sûr que j’m’en r’mettrai jamais!
— Franchement, répondit Gourville. Y va arriver, vot’poisson! Yé encore de bonne heure, là, prenez don vot’gaz égal!

Mais, à huit heures, Vatel y creyait pu. Dans sa tête, toute était fini; sa réputation était irrémédiablement scrappe.

Y monta dans sa chambre pis ferma la porte.

Y prit son épée pis accota son épée su’a porte, la lame vers lui.

Pis s’embrocha dessus.

Drette comme, dehors, on l’cherchait partout :

« Monsieur Vatel! Monsieur Vatel! Le poisson arrive! De tous bords tous côtés! »

On l’artrouva mort dans son sang.

Pour une affaire de queques menutes.

Vatel devint une légende, un genre de martyre sacrifié su l’autel d’la gastronomie française.

Pis moé, ben, comme j’vous disais, je l’comprends : j’haïs attendre autant que j’haïs perdre la face.


Source : Lettres de Madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis (tome II), publié en 1862.

L’histoire saaanglaaante du rubis du Prince Noir

J’me rappelle que feu la reine Élizabeth a donné une entrevue à’TV en 2018. C’tait ben rare qu’a faisait ça, des entrevues. Un m’ment’né, un monsieur avec des gants blancs arrive avec la couronne impériale d’apparat dins mains pis la dépose beeen doucement su’a table en avant d’la reine. 

Pis là, Lilibeth ramasse la couronne en la bardassant un peu – qui va y faire des gros yeux, tsé? – pis a dit avec une face de tite fille : 

« J’aime ben le rubis du Prince Noir! » 

Pis là, a fait tourner la couronne pour montrer à la caméra une sapristi de grosse garnotte rouge.

Là, chus sûre que vous êtes intrigués. Le rubis du Prince Noir? Qu’est-cé ça? C’est qui le Prince Noir? On est où, là? Qu’est-cé qui se passe?

Pour commencer, m’as vous montrer la roche comme du monde :

Impressionnant, hein? C’est gros comme un œuf de poule, c’t’affaire-là! 

Pis tsé, j’vous ai toujours dit que j’vous conterais jamais de menteries, faique avant d’aller plus loin, m’as faire mon d’voir en vous disant que c’te rubis-là, c’t’un imposteur. 

En faite, c’t’une autre sorte de pierre précieuse qui s’appelle un spinelle. La différence entre rubis pis spinelle, c’est dins molécules : les deux s’arsemblent, mais y’ont pas la même formule chimique, pis leux cristaux sont pas faites exactement pareil.  

C’est yinque en 1783 qu’un minéralogiste français s’est aperçu de t’ça; c’est là que plusieurs rubis célèbres se sont faites démasquer comme spinelles.

Mais à c’te moment-là, le rubis du Prince Noir avait déjà quatre siècles de carrière, pis y’était tellement légendaire qu’y était pas question qu’y change de nom.

La première fois qu’on entendit parler de lui dans l’histoire, c’t’en 1362, en Espagne.

À c’t’époque-là, on était en pleine Reconquista, c’t-à-dire la période où les royaumes chrétiens d’Espagne comme la Castille pis l’Aragon étaient après arconquérir, su plusieurs siècles, toutes les territoires qui avaient été pris au VIIIe siècle par les Omeyyades, une dynastie de califes arabo-musulmans. 

Du grand territoire musulman d’Al-Andalus, y restait quasiment pu yinque l’émirat de Grenade, le dos accoté su’a mer Méditerranée. 

Comble de l’humiliation, l’émirat de Grenade était rendu le vassal d’la Castille. En gros, ça voulait dire qu’y restait indépendant dans ses affaires, mais que dès que la Castille y demandait de faire de quoi pour elle, y devait se plier en quatre pour l’accommoder.

Le sultan Mohammed VI avait faite un coup d’État pis pris le contrôle de Grenade, sauf que, à c’qu’on dit, c’tait un branleux pis un insignifiant pis y tapait su’és nerfs de tout l’monde. Faique, le roi Pedro de Castille conclut une alliance avec un ancien sultan en exil, Mohammed V, pour l’armettre su’l trône à la place de l’autre Mohammed. 

Se sachant faite à l’os, Mohammed VI paqueta toutes ses richesses pis s’en alla chez le roi Pedro, espérant avoir un bon deal pour sauver sa peau. Pedro le laissa rentrer dans’ville avec sa gang pis les invita même à souper, laissant croire que toute était beau pis qu’y allaient pouvoir s’accorder. 

Sauf qu’au souper, Pedro captura tout l’monde. 

On dit qu’y aurait lui-même tué Mohammed VI en y plantant une lance dans l’flanc : 

« Quins toé! Enfin débarrassé! »

Pis tandis que l’sultan lâchait son darnier soupir, Pedro, pas barré pour deux cennes, aurait fouillé dans ses poches pis en aurait sorti… le fameux rubis. 

Y venait probablement des montagnes du Badakhchan, dans l’Afghanistan d’à c’t’heure. C’est ce qu’on pense, entécas, étant donné que la grande majorité des gros rubis connus à l’époque médiévale v’naient de d’là. Y se s’rait rendu jusqu’en Espagne par la Route de la soie.

Pis là, dins mains graissées de sang du roi Pedro, sa légende v’nait de commencer.  

On raconte que le rubis aurait été quelque peu traumatisé par son changement de propriétaire brutal. Pis vu qu’un rubis, ça a pas ben ben d’intelligence émotionnelle, au lieu d’aller en thérapie pour démêler son ressenti, y se s’rait mis à malédictionner toutes ceux qui le possédaient.

À commencer par le roi Pedro : même pas quatre ans plus tard, y’était chassé de son royaume.

Voyez-vous, le père à Pedro, Alfonso XI de Castille, s’tait pris d’une passion dévorante pour Leonor de Guzmán, une créâture qui était pas sa femme. Y’était juste pas capable de la lâcher deux secondes : avec elle, y’avait eu dix enfants en dehors des liens sacrés du mariage!

Parmi ces dix-là, y’avait un dénommé Henri de Trastamare. Henri, y s’tait mis dans’tête de prendre le trône à son demi-frère Pedro, le seul fils légitime à Alfonso. Pis, avec l’aide de troupes françaises dirigées par le chevalier Bertrand du Guesclin, y’avait réussi à faire décrisser Pedro d’la Castille.

Avant de traiter Henri de gros usurpateur sale, on va nuancer un ti peu. Pedro haïssait ses demi-frères et sœurs pis voulait rien d’autre que les réduire en tite poussière en d’sour de sa botte. Pis étant donné qu’y avait l’habitude de zigouiller toutes les nobles qui s’trouvaient dans ses jambes, par exprès ou pas, on comprend qu’Henri d’vait faire des tis cacas stressés pis préférait passer à l’attaque avant qu’on l’assassine dans son litte. 

En plus de ça, à’mort d’Alfonso XI, Marie-Constance de Portugal, sa vraie femme, avait à peine attendu qu’y soye frette dans son tombeau pour se venger en faisant exécuter la mère d’Henri pour trahison. 

Bref, Henri avait une pas pire bouse su’l cœur, pis y’était pas le seul.

Rendu là, Pedro était appelé le Cruel, un indice qu’y était pas exactement Monsieur Personnalité. Y passait son temps à écrapoutir des rébellions contre lui. Même sa propre mère avait fini par s’arvirer contre lui! On la comprend un peu : 

« Maudite marde, j’me sus fendue en quatre pour y’arranger un super mariage avec une princesse de France, pis lui, l’innocent, y l’a dompée trois jours après ses noces pour aller s’vautrer dans l’péché avec sa maîtresse! »

Toujours est-il que Pedro allait pas laisser son demi-frère changer les serrures de son royaume de même. Comme Henri avait de l’aide des Français, en pleine Guerre de Cent Ans, Pedro s’tourna vers leux ennemis naturels, les Anglais. Y’alla donc cogner à’porte d’Édouard de Woodstock, le fils aîné d’Édouard III, roi d’Angleterre, alias… le Prince Noir. Ouep, le fameux Prince Noir du rubis, là!

Ça fesse comme surnom, hein? Le genre qui vient avec de l’écho pis d’la tite fumée. 

À vrai dire, c’est yinque 165 ans après sa mort qu’Édouard de Woodstock fut appelé de même pour la première fois, par un poète anglais, supposément parce qu’y portait une armure noire. Ou bedon parce qu’y avait une réputation de gros toffe. On sait pas trop.

Une chose est sûre, par’zempe : Édouard était un des plus grands chefs de guerre de son temps : 

Bref, en plein le gars que Pedro voulait de son bord. 

En 1366, Pedro, Édouard pis Charles, le roi de Navarre, signèrent le traité de Libourne, un accord où-ce que Pedro s’engageait à offrir des terres pis du cash aux deux autres en échange de leu z’aide militaire. 

En garantie, Pedro laissa à Édouard ses deux filles, Constance pis Isabelle – imaginez avoir 16 ans, pis votre père vous dompe au Instant Comptant – pis, vous l’aurez deviné… le rubis!

Pedro pis ses alliés artontirent donc en Castille pour affronter Henri, Bertrand du Guesclin pis les troupes françaises. Bertrand, lui’ssi c’tait un gros toffe pis y’avait déjà affronté le Prince Noir ben des fois; y savait comment faire pour le battre :

—     Votre Altitude, vos ennemis sont ben forts pis ben habiles, faique c’est pas une bonne idée d’leu rentrer dans’face drette de même. C’qu’on va faire, c’est les achaler pis les pogner par surprise pour les affaiblir p’tit à p’tit.

—     Aahh, ben non, mon homme, tu m’prends-tu pour un siffleux qui rentre pis qui sort de son trou? Nanon. C’t’astie-là, m’as l’effoirer d’une shot, d’une grosse bataille épique, pis les troubadours vont parler d’moé pendant des générations!

Ça vaut la peine de s’engager un conseiller d’même pour pas l’écouter! À Najera, en Navarre, Henri se fit RA-MA-SSER par Pedro pis le Prince Noir. Y se sauva en Aquitaine la queue entre les jambes, pis Bertrand, capturé, fut libéré en échange d’une rançon.

Faique Pedro était d’artour su’l trône d’la Castille! Mais là, y’avait pris des engagements par-devers le Prince Noir, pis y’allait ben falloir qu’y crache un jour.

Sauf que Pedro s’pognait l’beigne pis y crachait pas. Y’avait toujours une excuse. Édouard passa plusieurs mois à poireauter tandis que ses hommes tombaient comme des mouches à cause d’la faim pis d’la dysenterie. Un jour, y finir par s’écoeurer : 

« Heille simonac, si ça continue d’même, y va yinque rester moé, des tentes vides pis trois-quatre ch’faux raide maigres. D’la marde. Ch’sacre mon camp avec les deux créâtures pis la grosse garnotte rouge. C’est mieux ça que rien pantoute. »

Mais avant de suivre le rubis pis son nouveau propriétaire, j’vas quand même vous dire c’qui s’est passé avec Pedro – ça vaut la peine.

Deux ans plus tard, Henri arvint dans l’décor, encore accompagné par Bertrand du Guesclin. Clairement, Henri payait mieux que Pedro, pis l’argent compense pour ben des humiliations. 

C’tait l’heure de l’affrontement final entre les demi-frères. Sauf que là, c’te maudit radin de Pedro avait pu l’aide ni les conseils à Édouard. Y s’pensait assez fin pour gagner tout seul, mais y s’rentrait l’doigt dans l’œil jusqu’au coude. À’bataille de Montiel, y se fit sacrer une volée pis capturer par Bertrand du Guesclin. 

Là, je l’sais que des fois j’en mets un peu avec mes gros mots, mais j’vous jure que c’t’arrivé d’même. Quand Henri entra dans’pièce où son demi-frère était prisonnier, y cria : 

« Où-ce qu’y est, l’enfant d’chienne? » 

Pedro se l’va de sa chaise comme si y’avait un ressort dins fesses pis répondit : 

« C’est TOÉ l’enfant d’chienne! »

Y se garrocha su son demi-frère, pis les deux s’mirent à s’tapocher su’a gueule jusqu’à ce que Pedro sorte une dague! Là, la gang à Henri eut pas l’choix de s’en mêler. Y sautèrent su Pedro, Henri sortit sa dague à lui pis tua son demi-frère. 

Pis vous autres, votre dynamique familiale?

Entécas. 

J’ai dit que l’Prince Noir avait sacré son camp, mais y’artourna chez eux en Angleterre : y passa un autre quatre ans à s’battre contre les Français.

L’affaire, c’est qu’y fut pu jamais l’même après la Castille : y’avait pogné une chiasse dont y’arriva jamais à s’débarrasser. Ça l’affaiblit tellement qu’y dut s’résigner à rentrer en Angleterre en 1370. 

À c’te moment-là, les filles à Pedro furent mariées à deux des frères à Édouard, Jean pis Edmond. Aussitôt, Jean arvendiqua le trône de Castille au nom de sa femme Constance. Y’essaya pendant 16 ans de devenir roi sans jamais passer proche de réussir, mais ça l’empêcha pas de d’mander à tout l’monde de l’appeler El Rey. Astie que ça devait être gossant. 

Le Prince Noir artrouva pu jamais son pep d’avant; c’te grand guerrier pis l’héritier du trône mourut de maladie en 1376 à 45 ans, avant son père.

Quand Papi Édouard III rendit l’âme l’année d’après, c’est le p’tit gars de dix ans du Prince Noir, Richard, qui monta su’l trône. C’est là que l’rubis s’ajouta officiellement aux joyaux d’la Couronne anglaise. 

Pis que sa malédiction s’abattit su’é rois d’Angleterre! Entécas, c’est c’qu’on dit. 

On peut pas nier que, dans l’siècle qui suivit, y’en a pas un d’eux autres qui fit vieux os :

Là, vous allez m’dire : Matante, tsé, c’est l’époque! C’tait normal de mourir le crâne défoncé ou de s’chier l’corps jusqu’à ce que mort s’ensuive! 

P’t-être. Quand même, les rois du siècle d’avant avaient toutes toffé jusqu’à la soixantaine (sauf Édouard II, mais personne aime Édouard II, faique c’pas grave).

Pis messemble que c’est ben plus l’fun de s’dire qu’y ont toutes été victimes d’une garnotte malfaisante qui gère mal ses traumatismes.

Pour raconter le reste de l’histoire du rubis après ça, faudrait que j’vous conte l’histoire des rois pis des reines d’Angleterre au complet. Ch’frai pas ça, ben crère. 

Mais y’a quand même une couple d’anecdotes qui valent le détour.

Mettons que t’es un roi du Moyen-Âge qui va lui-même su’l champ d’bataille, dans l’danger, l’chaos, l’sang pis les hurlements. Comme aux échecs, t’es la pièce la plus importante : si tu tombes, c’est toute ta gang qui tombe avec toé.

Faique c’est quoi, l’affaire la plusse fantasse que tu peux faire pour dire à tes ennemis : « Ch’t’icitte, j’ai pas peur de vous-autres, v’nez-vous en? »

À’bataille d’Azincourt, en 1415, c’tait Anglais contre Français. 

En jeune souverain fringant de 29 ans, Henri V d’Angleterre s’pointa là avec su’l top de son casse une grosse maudite couronne dorée couverte de joyaux qui brillait comme une boule disco au milieu de l’enfer. Pis c’tait quoi la pièce maîtresse de c’te couronne-là? Le rubis du Prince Noir, ben crère. 

V’là un roi qui avait pas peur de s’salir.

Selon la légende, le duc d’Alençon, spottant Henri pis sa couronne de l’autre bord du champ d’bataille, se s’rait enligné direct pour l’occire, pis y’aurait failli réussir : y crissa un gros coup de hache su’l casse du roi d’Angleterre, envoyant la couronne rouler dans’gadoue. 

Ce fut pas assez pour faire tomber Henri, qui s’défendit en lion. Le duc d’Alençon, lui, se fit tuer pas longtemps après.

Comme vous l’savez p’t-être, à c’te bataille-là, les Anglais rincèrent les Français comme y’avaient rarement été rincés. Y firent des milliers de prisonniers. On raconte qu’un de ceux-là avait vu la couronne arvoler pis promit de l’artrouver en échange de sa liberté; y’artrouva la couronne pis l’rubis du Prince Noir avec, mais on « oublia » le libérer. 

Pis en 1485, Richard III, le dernier roi d’Angleterre à mourir au combat, portait supposément l’rubis su son casse quand y se l’fit encastrer dans l’ciboulot à la bataille de Bosworth Field. Sa couronne arvola d’un buisson pis servit drette là à couronner son rival, Henri Tudor.

Clairement, le rubis avait l’tour de pas disparaître.  

Y survit même à la pire catastrophe à arriver aux joyaux d’la Couronne : en 1649, près avoir faite exécuter le roi Charles Ier pis aboli la monarchie, Oliver Cromwell vendit TOUTE le bling royal pis fit fondre toute c’qu’y avait d’or dins coffres pour frapper des pièces de monnaie. 

Sauf que, woup! Quand la monarchie fut rétablie pis que Charles II, le fils à Charles Ier, monta su’l trône, qui qu’y artontit avec lui? Le rubis, après 11 ans d’absence! Supposément qu’y était su la nouvelle couronne que le roi se fit faire pour son couronnement en 1661. 

D’ailleurs, c’est pendant l’règne de Charles II qu’y arriva une dernière aventure au rubis. 

En 1671, c’tait pas vraiment dur de voir les joyaux d’la Couronne : t’avait yinque à payer l’gardien à’tour de Londres pour qu’y te laisse rentrer. 

Un jour, un dénommé Thomas Blood s’pointa là avec une idée en arrière d’la tête. 

Accompagné d’une madame qui faisait semblant d’être sa femme, y demanda à voir les joyaux. Tandis qu’y regardaient ça, la femme fit semblant qu’y lui pognait un gros mal de ventre. Le gardien, un monsieur de 77 ans qui s’appelait Talbot Edwards, décida de les amener dans son appart, qui était drette à côté, pour que sa femme s’occupe d’elle. 

Mais, c’tait juste un prétexte pour que Blood puisse se mettre chummy avec le gardien. Le lendemain, y’arvint avec un cadeau pour la femme à Edwards pour la r’mercier d’avoir aidé sa « femme ». Après, une chose mena à une autre, pis Blood était tout le temps rendu à souper chez les Edwards; y’était même question que son « neveu » marie leu fille. 

Quand vint le temps de présenter le fameux neveu, Blood se pointa avec lui pis deux autres gars. C’est là qu’y demanda à Edwards si y pouvait leu montrer les joyaux. 

Y descendirent dans’salle où étaient la couronne, l’orbe, le sceptre pis toute le kit, pis là, flâwk! Le pauvre monsieur Edwards se fit garrocher une cape su’a tête, fesser avec un marteau pis bâillonner. 

Blood enleva la grille qui protégeait les joyaux, prit la couronne (su laquelle y’avait probablement le rubis) pis l’aplatit à coups de marteau pour qu’a rentre en d’sour de son manteau pis mit l’orbe dans ses culottes tandis qu’un de ses complices essayait de scier le sceptre en deux pour le mettre dans son sac. 

C’est à c’te moment-là qu’Edwards arprit connaissance pis se mit à crier : 

« MEURTRE! TRAHISON! QUEQU’UN EST APRÈS VOLER LA COURONNE! » 

Blood pis ses complices partirent pour s’échapper, mais y furent capturés. 

Tandis qu’y se faisait questionner par les gardes, Blood dit : 

« J’répondrai à parsonne d’autre qu’au roi! »

Je sais pas c’tait quoi la peine dans c’temps-là pour avoir essayer d’voler les joyaux d’la Couronne, mais ça d’vait pas être une tape su’é doigts. 

Pourtant, quand Blood réussit à parler au roi en personne, non seulement Charles II le laissa partir, mais y lui donna des terres en Irlande avec un bon p’tit revenu. C’est presque louche. 

Enfin, en 1838, le rubis se ramassa su la couronne impériale d’apparat qui servit à couronner la reine Victoria, pis c’est là qu’y est encore aujourd’hui. 

Depuis une couple de siècles, les souverains britanniques ont un pas pire taux de survie, faique  peut présumer que le rubis s’est enfin écœuré de tuer ses propriétaires. 

Pis, à moins d’un revirement épouvantable que personne aurait vu v’nir, y’a pas grand chance qu’on voye Charles III en armure à ch’fal su’l champ de bataille avec une couronne pleine de joyaux su’a tête comme en 1415, faique on peut présumer que c’est pas mal la fin des aventures du rubis aussi. 

C’est ben en masse, vous trouvez-pas?


Sources

Jean Froissart, Les Chroniques de Sire Jean Froissart, livre I, partie II (vers 1400).

Mrs Goddard Orpen, Stories about famous precious stones, 1890.