Yasuké, le samouraï africain — partie II

Partie I

Yasuké était après prendre son café, ben relax, quand l’pére Valignano arvint de son audience avec Nobunaga.

— Pis, boss? Ça a-tu ben été?
— Comme du beurre dans’poêle, mon homme! J’ai eu toute c’que j’voulais, pis l’avenir de la mission est assuré. Ah, pis, euh, en passant, ch’t’ai donné en cadeau à Nobunaga.
— PARDON!?

Ça prenait pas la tête à Papineau pour comprendre que Nobunaga trippait ben raide sur Yasuké. Comme c’tait la coutume, le Jésuite y’avait apporté des cadeaux – plusieurs sets de verres en cristal pis une couple de beaux fauteuils –, mais y’avait vite allumé que la meilleure façon de s’mettre dins p’tits papiers du seigneur japonais, c’tait d’y donner le grand Africain comme on offre un couteau à steak électrique ou bedon une chandelle patchouli et clou de girofle.

L’histoire dit pas comment Yasuké prit la nouvelle. T’faire « donner » sans t’faire demander si c’tait correct avec toé, c’tait plutôt poche. À part de t’ça, y’était l’employé à Valignano, pas son esclave! Le pére avait pas d’affaire à faire ça. Mais mettons que Yasuké avait pas trop le choix.

Obéissant, y quitta la mission jésuite pour se rendre au temple de Honnô-Ji, où y’allait être logé pour tu’suite.

Les jours d’après furent un peu surréalistes : toute c’te temps-là, y’attendit comme un coton dans l’antichambre de la salle d’audience de Nobunaga, avec deux gardes à l’air bête qui avaient pas grand jasette.

Le monde rentraient pis sortaient, ben pressés, des fois en y j’tant des p’tits regards curieux en coin, mais personne l’invitait à rentrer.

De c’qu’y avait compris, Nobunaga était ben dans l’jus : y’était après organiser un « umazoroé », une espèce de parade militaire avec des ch’faux pis des acrobaties pis des armures d’apparat pis la grosse affaire.Mais là, astie, combien de temps y’allait niaiser d’même?

Y’était assis à la japonaise, à genoux pis les fesses sur les talons. Y se pensait habitué. Mais y’était clairement pas prêt à faire ça des heures de temps :

« Calvaire, j’sens pu mes jambes! Comment c’qu’y font, eux-autres? Crime, faut que j’me lève, sinon m’a rester pogné. Ayoye… »

Faique de temps en temps y se l’vait, raide comme si y’avait 150 ans, pis marchait un peu avant de se rassire. Ça avait l’avantage de tirer un sourire aux deux gardes.

Le soir, une servante le ramenait dans la chambre d’invité où on l’avait logé, pis y’apportait un souper, qu’y mangeait tu’seul. C’tait bizarre en chien. D’aussi loin qu’y se rappelait, y’avait jamais dormi ni mangé sans être avec d’autre monde.

En plus, y commençait à être tanné de rien faire, pis savait pas pantoute ce que Nobunaga attendait de lui :

« M’as-tu faire une vraie job de garde du corps ou d’guerrier? Ou bedon m’a être comme un animal savant qu’on sort pour impressionner la visite? »

Y commençait à angoisser un ti peu.Pis enfin, au bout de trois jours, y’arçut des ordres : y’allait participer à la parade, là, l’umazoroé, qui devait avoir lieu drette le lendemain.

Pas longtemps après, une armée de couturières su’l gros nerf entrèrent dans sa chambre pis y cousirent du linge exprès pour l’occasion – pour faire de quoi à sa taille, y fallut qu’y raboutent le linge de TROIS hommes!


L’umazoroé était censé avoir été organisé en l’honneur de l’empereur. L’expression parfaitement étudiée pour pas avoir l’air de tripper sa vie ni de s’emmerder non plus – y’était considéré comme un dieu incarné, pis un dieu, c’tait pas censé faire de faces –, y’était assis au meilleur spot pour argarder la parade, dans un beau p’tit gazebo doré avec sa famille pis sa trâlée de courtisans greyés comme des arbres de Noël dans 72 épaisseurs de soie de couleurs différentes.

Mais ça allait vite être évident comme le nez dans’face c’tait qui le saint Jean-Baptiste dans’parade.

Devant des milliers de personnes jouquées dins arbres pis sur les toits, ou qui woiraient au travers des clôtures en bambou installées le long du parcours, arriva en premier la gang de big shots – les généraux plus proches de Nobunaga, comme Mitsuhidé Akéchi, lui qui avait dû s’arvirer s’un dix cennes pour toute organiser quand son seigneur avait eu une bulle au cerveau pis avait décidé que ça y prenait l’événement du siècle, dans trois s’maines, peu importe c’que ça coûte, arrange-toé.

Après v’naient les trois fils à Nobunaga : Nobutada, Nobutaka pis Nobukatsu.

Yasuké suivait, au travers d’une trâlée de samouraïs; une centaine de guerriers pis de hauts fonctionnaires du gouvernement à Nobunaga arrivèrent par après.

Tout d’un coup, la foule vint ben silencieuse : en darnier, telle la mariée d’un défilé de mode, Nobunaga s’en vint su son ch’fal noir comme la nuitte.

Y flashait en crisse avec son casse de démon, ses culottes rouges, ses souliers en brocart chinois, ses gants en cuir de chamois, sa tunique en toile d’or qui avait été faite v’la des siècles pour un empereur de Chine, pis ses deux beaux sabres avec la poignée pis l’étui incrustés d’or. Même son ch’fal était su son 31 : son tapis de selle était en soie, pis y’avait des beaux p’tits pichous avec des nuages brodés dessus. Pour tout l’monde qui était là, c’tait comme si l’dieu d’la guerre en parsonne v’nait d’arsoudre.

Les paradeurs firent un tour d’arène – bâtie exprès pour l’occasion dans un temps record par Mitsuhidé Akéchi –, pis chacun alla prendre sa place. Yasuké, lui, alla s’assire dins estrades : vu qu’y était arrivé un peu comme un ch’feu su’a soupe, y’avait pas de rôle dans le pestacle.

Pis là, pendant six heures de temps, Nobunaga, ses trois gars pis d’autres samouraïs firent toutes sortes d’acrobaties, pirouettant sur leu ch’fal, se tenant deboutte su leu selle, tirant à l’arc dans des angles impossibles su des cibles toujours de plus en plus loin pis switchant d’monture en plein galop, dans un mix de Cirque du Soleil pis de spectacle équestre de la GRC, toute réglé au quart de tour pis exécuté avec une grâce pis une précision à foutre la chienne aux ennemis de Nobunaga.

L’monde de Kyoto étaient fous comme des balais, pis pas juste à cause du Cavalia version Japon féodal qu’y argardaient gratis : après 100 ans d’guerre, y vivaient enfin en paix, le ventre plein, sous la protection d’un seigneur toute puissant comme y’en avait jamais eu avant.

Sauf que la paix pis l’abondance, c’tait pas pour tout le monde tu’suite : pour en profiter, fallait se soumettre ou être conquis, pis Nobunaga avait encore plein de provinces récalcitrantes à saigner pis à raser au solage pour les ajouter à son royaume unifié.

Faique, une semaine après l’umazoroé, Nobunaga s’en retourna chez eux su’l domaine du clan Oda, à Azuchi. Pour la raille jusque là-bas, y d’manda à Yasuké de ch’vaucher à côté d’lui.Pis y lui jasa ça TOUTE LE LONG.

Yasuké était pas habitué à ça : y’avait été esclave, pis mercenaire; l’pére Valignano y’avait toujours clairement montré qu’y était juste son employé en l’faisant marcher en arrière de lui. Mais Nobunaga… Nobunaga l’traitait comme un grand chum. Y lui racontait plein d’affaires. Y lâchait des jokes. Y lui expliquait c’tait quoi c’te montagne-citte, c’tait quoi c’te lac-là, c’te temple-citte pis c’te château-là, comme si y connaissait Yasuké depuis toujours pis qu’y était super content d’enfin l’arcevoir chez eux.

« Ben coudonc, se dit Yasuké. J’sais ben pas c’que j’fous icitte ni qu’est-cé que j’ai faite pour mériter ça, mais ça se prend ben en maudit… »

Au coucher du soleil, y’arrivèrent à Azuchi. Pour vous donner une idée de quoi le château à Nobunaga avait d’l’air, pensez au château japonais le plus typique possible, comme on voit sur, tsé les espèces de peintures sur tissu qui se roulent pis qui s’accrochent sur le mur pis qui se vendent dans l’genre de magasin louche où tu peux aussi acheter des pipes à eau pis des statues de dragon cheapettes?

Jouquée sur le dessus d’une montagne pis dépassant de la tête des arbres, une tour de sept étages de haut avec chacun son boutte de corniche de toit se dressait tout fière-pet, argardant de haut toute la région. Les cinq étages du bas étaient peinturés en noir; le sixième était rouge pétant, avec huit coins comme une pancarte d’arrêt-stop, pis le darnier était comme une p’tite maison carrée, mais arcouverte d’or, qui arflétait tellement le soleil que la bâtisse faisait comme un phare pour le royaume au complet.

En montant les marches qui s’rendaient jusqu’en haut, Yasuké se rendit compte qu’en faite, la butte au complet était une forteresse. Y’avait rang après rang de palissades pis une trâlée de citadelles qui faisaient autant de lignes de défense. C’tait une vraie p’tite ville où restaient plus de 3 000 guerriers, fonctionnaires pis serviteurs.

Après un p’tit lunch de fin de soirée, Nobunaga envoya tout l’monde se coucher. Ses généraux avaient toutes leur maison à eux-autres pas loin du donjon, mais Yasuké, lui, dut aller loger avec les gardes. Y’était pas insulté de t’ça – y’allait pas commencer à s’prendre pour une duchesse du jour au lendemain – mais y continuait de se d’mander c’que Nobunaga y voulait.

Yasuké s’attendit à c’qu’on y demande de faire son tour de garde, mais parsonne vint jamais le réveiller. Pis quand y s’proposa pour y’aller, y se fit argarder comme si y’avait trois yeux. Après une couple de jours, y déménagea dans une chambre à lui, mais on y’avait toujours rien demandé de faire.

« Voyons, y m’ont-tu oublié, coudonc? Pourtant, messemble que chus dur à manquer… »

Finalement, une journée, Nobunaga calla Yasuké; y’arcevait du monde, pis y voulait qu’y s’tienne à côté de lui comme garde du corps.

« Enfin, viarge! » pensa Yasuké.

Y’était pas le seul à être content. Nobunaga vit ben que tout l’monde qui rentraient dans sa salle d’audience faisaient l’saut en voyant son nouveau vassal pis v’naient toutes sur les nerfs, c’qui était en plein l’effet recherché.

Après ça, une couple de fois, l’seigneur l’emmena avec d’autres jeunes samouraïs s’épivarder dans’campagne : y chassaient, y pêchaient, y s’baignaient dins rivières pis dins sources d’eau chaude. C’tait quasiment romantique. Pis tout ce temps-là, Nobunaga arrêta pas d’y poser des questions, surtout sur les batailles où y’avait combattu pis les pays où y’était allé.

Les semaines passaient, pis plus ça allait, plus Yasuké sentait qu’y faisait sa place, un peu comme quand tu finis par étirer tes jeans serrées assez pour qu’y te fassent pu un ti bourrelet qui déborde. Y’était rendu un confident pis un conseiller en armes pis en tactiques de guerre étrangères, un sujet qui intéressait ben gros Nobunaga.

Pis un jour, son seigneur le fit venir dans ses appartements.

« Viens don prendre une marche, mon chum. »

Yasuké trouvait que Nobunaga avait un drôle d’air, mais y le suivit sans poser de questions. Y descendirent les marches le long de la montagne jusqu’à mi-chemin vers en bas. Ensuite, Nobunaga vira sur un chemin bordé d’arbres en fleurs, pis à droite dans une petite allée qui débouchait sur une petite maison.

En dedans, ça sentait le bois neuf, comme si ça venait juste d’être construit. Pis après avoir passé une couple de cadres de porte, Yasuké se rendit compte de quequ’chose de bizarre :

« Ben voyons, c’tu moé ou toute est faite plus grand, ici-dedans? J’ai même pas besoin de me pencher! Même le plafond est plus haut! »

Nobunaga le fit rentrer dans une grande pièce avec rien dedans à part une tite table où y’avait une épée courte sur un support.

En voyant ça, Yasuké eut un petit moment de panique :

« Voyons, y va-tu me d’mander de me suicider, comme les Japonais font quand y sont déshonorés? Le seppuku, qu’y appellent ça. Astie… Heille, les nerfs, j’ai rien faite de mal, moé là! En plus, y’a l’air ben relax, faique ça se peut comme pas que… »

Nobunaga leva les bras dins airs pour montrer la maison :

« Yasuké! À partir de maintenant, c’est chez vous, icitte. J’ai faite faire c’te maison-là exprès pour un géant! »

Le guerrier africain fut tellement surpris qu’y trouva rien à répondre pis put juste rester là avec un air de morue fraîchement pêchée.

Le seigneur s’étira le bras pour se rendre jusqu’à l’épaule à Yasuké :

« T’es mon guerrier noir, le démon qui va chevaucher à côté d’moé dins batailles, l’ange des ténèbres qui va me protéger, moé pis ma famille, dans ma maison. Pis l’épée, là, c’est le symbole de t’ça : tu vois, y’a mon emblème dessus. Faique à partir de maintenant, t’es mon samouraï – un membre du clan Oda. »

Sur ce, y s’en alla, en y faisant signe de rester là. C’tait pas fin d’y lâcher une bombe de même pis de le laisser tu’seul en plein pas creyage de shot, mais c’tait ça qui était ça.

Pis dès que le seigneur eut passé la porte, comme pour l’aider à comprendre ce qui venait de se passer, un homme pis une femme sortirent d’une pièce à côté, la tête baissée, pis y vinrent s’agenouiller en avant de lui. Yasuké fit enfin 1+1 :

« Une maison. Pis des serviteurs. Ch’t’un SAMOURAÏ, câlisse. Pincez-moé, quequ’un… »


Source : Thomas Lockley et Geoffrey Girard, African Samurai – The True Story of Yasuke, a Legendary Black Warrior in Feudal Japan, 2019.

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Yasuké, le samouraï africain — partie I

Une fois c’t’un gars pas comme les autres.

Chez eux, y’arsemblait aux autres pis les autres y’arsemblaient : c’taient du monde grands, narfés, faites sur le long, la peau d’la couleur des gadelles noires.

Sauf que là, le gars, y’était ben loin de chez eux.

Y’était né au bord du Nil, dans ce qui est à c’t’heure le Soudan du Sud. Pis un m’ment’né, y’avait été emmené comme esclave. Dans c’temps-là, les RH se bâdraient pas avec les CV pis les entrevues pis toute ça : y volaient du monde comme on vole une TV.

Y’avait fait pas mal de places après ça : en premier comme enfant soldat, après comme mercenaire pis garde du corps. C’tait un guerrier endurci qui avait vu l’Arabie, l’Inde, la Malaisie, la Chine…

Un m’ment’né, y pogna une maudite bonne job : chef de la sécurité pour le pére Alessandro Valignano, le supérieur général des Jésuites pis le gars responsable d’évangéliser l’Asie. C’est de même qu’y s’était ramassé au Japon, en plein à l’époque des samouraïs, quand l’empereur sarvait juste à faire beau dans l’coin, pis que l’vrai pouvoir était entre les mains des seigneurs d’la guerre.

C’est le pays où le gars s’est littéralement faite un nom; parce que si l’histoire a oublié comment ses parents l’avaient appelé quand y’est né, a se souvient du nom que les Japonais y’ont donné : Yasuké.

« Wow! Argardez ça, gang! Le gars, là-bas, y’est toute noir! C’tu un dieu, coudonc? »

Partout où y s’était arrêté pendant la tournée du pére Valignano au Japon, l’monde avaient capoté. Là-bas, la peau noire était loin d’être mal vue : au contraire, a l’était associée aux dieux pis aux asprits, comme Daikokuten, le dieu de la prospérité pis du commerce. Même Bouddha était dessiné avec la peau noire, des fois.

Faut pas oublier non plus que Yasuké faisait 6 pieds 4 pis qu’y était shapé comme Monsieur Univers. Ça frappait l’imaginaire, mettons.

Avant de finir son road trip, l’pére Valignano devait absolument aller à Kyoto, la capitale, pour faire des risettes à Nobunaga Oda. Lui, c’tait le seigneur de guerre le plus puissant à ce moment-là – pas le roi du Japon, mais quasiment.

Comme c’tait jour de festival, Valignano s’était dit que ça f’rait ben de faire une parade en se rendant à’mission jésuite d’la ville, avec des gros crucifix en or, des bannières processionnelles, des enfants d’chœur habillés en anges pis toute le kit, pour montrer à quel point c’tait cool, être catholique. Yasuké marchait drette en arrière du Jésuite, comme une grosse grappe de ballounes pour attirer l’attention.

Sauf que l’pére avait mal pensé à son affaire : les rues étaient bourrées de guerriers de toute le Japon pis de paysans qui étaient jamais allés plus loin qu’un jour à pied d’leu mâsure. Le party était pogné ben raide : les bonhommes roulaient à terre ben paquetés entre les bâtisses, les créâtures se montraient les boules, ça pissait au beau milieu du ch’min, ça dansait pis ça criait. Pis quand toute c’te monde-là aparçurent Yasuké, y se garrochèrent su lui comme des Lavalois su l’chocolat d’Pâques au Cocothon.

« Voyons astie? A vient-tu de partir avec un boutte de mon gilet, elle-là? Mais lâchez-moé, simonac! Y’a trop d’monde, là! Faut qu’on décrisse, sinon y vont m’défaire en bouttes! »

Avant d’se faire effoirer, y s’bardassa un ch’min en déhors de la masse de ses nouveaux adorateurs pis partit à courir, avec Valignano, les autres Jésuites, les p’tits anges avec leux auréoles en cure-pipes pis les soldats japonais qui les escortaient.

« Tabarnak qu’on aurait dû v’nir à ch’faaaaaal! » pensa Yasuké en virant un coin d’rue, la foule virée folle qui courait en arrière comme un tsunami d’monde; les porteurs pis leux paquets, les marchands pis leux waguines, les moines avec leux plats pour mendier, les riches dans leux chaises à porteurs, toute arvolait partout.

Quand Yasuké et compagnie arrivèrent enfin à la mission, les gardes les firent rentrer pis barrèrent les portes. C’tait une bâtisse à la japonaise, faite en peau de pet, avec des p’tits murs de bois minces qui commencèrent à vibrer pis à craquer quand la foule arriva pis se mit à pousser dessus. Plusieurs planches pétèrent, pis Yasuké vit une couple de faces avec des sourires de ti-counes passer dans les trous pis l’charcher des yeux.

Le guerrier africain était su’l bord de se résoudre à crever dans une place qui aurait ben pu être une autre planète comparée à chez eux, quand soudain, toute c’te masse humaine partit à S’ÉLOIGNER de la bâtisse.

« Qu’est-cé qui ce passe là, sacrifice? » qu’y s’dit pendant que le son des sabots de ch’faux commençait à résonner autour.

Déhors, une gang de soldats s’en venaient pis tassaient la foule à coups de bâton. Sur leu linge, y’avait des fleurs noires à cinq pétales avec le tour doré : c’tait le symbole de Nobunaga Oda.

Quand tous les twits pis les taouins furent tassés, les soldats du seigneur Nobunaga rentrèrent dans la mission. L’pére Organtino, le Jésuite en chef de Kyoto qui parlait super bien le Japonais, alla les accueillir :

— Bonjour. Qu’est-ce qu’on peut faire pour vous sarvir?
— Le seigneur Nobunaga veut l’voir.
— Oui, ben sûr. Le pére Valignano pis moé, on a une audience de prévue av—
— Non, pas toé. Lui.

Y pointait Yasuké.

« Son Altesse invite c’te gars-là à venir chez eux. Y veut savoir qui c’est qui a foutu l’bordel dans la ville. »

Yasuké j’ta un œil au pére Valignano, mais y disait rien. Faique Yasuké r’garda le soldat drette dins yeux pis s’inclina ben bas avant de le suivre. Quand l’seigneur Nobunaga t’appelait, t’avais pas l’luxe de tatatouiner.

On y trouva du linge neuf pour remplacer le sien qui avait été déchiré – c’qui avait pas dû être facile, à la grosseur qu’y avait. Pis finalement, Organtino, qui connaissait ben Nobunaga, fut invité à v’nir avec lui, mais pas Valignano.

Tandis qu’y se rendaient, Organtino s’informa aux gardes pour savoir ce que Nobunaga voulait, au juste :

« Quand on y’a dit que toute le trouble avait été starté à cause d’un gars avec la peau noire, le seigneur Nobunaga était comme “Meuh! Ça existe pas, ça, un homme avec la peau noire”, faique y nous a ordonné d’y amener la preuve. »

Organtino s’arvira vers Yasuké pis y dit :

« Là, mon gars, tu te watcheras. Nobunaga, y peut être ben chummy, mais y peut aussi pogner les nerfs facilement. Pis cré-moé que tu veux pas y faire pogner les nerfs : une fois, y’a faite brûler une montagne au complet parce que les moines guerriers qui restaient là étaient pas d’accord avec lui, pis ya eu 20 000 morts. »

Yasuké trippait pas. Y savait pas pantoute à quoi s’attendre une fois rendu; avec ce qu’Organtino v’nait d’y raconter, y se dit que Nobunaga l’avait p’t’être faite appeler yinque pour l’exécuter. En plus, on y’avait dit de laisser ses armes à l’église, faique y se sentait tout nu. D’habitude, c’tait lui, la sécurité : y devait tchéquer partout pour spotter des menaces pis des portes de sortie, pis être prêt à s’battre. Là, y se faisait emmener comme un des enfants d’chœur à Valignano.

Au temple Honnô-ji, que Nobunaga utilisait comme quartier général, y’avait déjà une gang woireux taponnés dans’cour intérieure pour voir Yasuké passer.Le seigneur avait clairement pas l’intention de le faire niaiser, parce qu’on l’invita immédiatement à entrer dans salle d’audience.

Su’l coup, Yasuké resta frette.

« C’est beau, vas-y, rentre! » lui dit Organtino dans l’oreille.

D’en dedans, on voyait juste son gros torse musclé pas de tête, tellement le cadre de porte était bas.On le présenta comme étant « le moine noir de Chrétien » – comme si « Chrétien » était un pays, là. Le p’tit gars de Shawinigan avait rien à voir là-dedans.

Le guerrier africain dut se plier quasiment en équerre pour passer dans’porte, pis y se prosterna tu’suite, comme y’était censé faire; Valignano y’avait toute montré l’protocole quand y’étaient encore su’l bateau en s’en venant au Japon. Organtino fit pareil.

De chaque bord d’la pièce, y’avait une rangée de courtisans à genoux à terre, l’dos ben drette, qui l’argardaient. Au fond, sur une estrade, y’avait un gars d’âge moyen, grand pis mince avec une tite moustache, habillé en soie brillante : c’tait lui, Nobunaga Oda.

Tandis qu’y avait le nez à terre, Yasuké entendit une voix dire en riant :

« Ben là! Reste pas dans l’cadre de porte! Viens-t’en! »

Yasuké se leva pis marcha jusqu’à l’estrade, en essayant d’avoir l’air calme même si y shakait dans son pas de bottes, vu qu’y était nu pieds. Rendu drette en avant du seigneur, y s’armit à genoux.

Nobunaga commença par demander à Organtino de faire l’interprète, supposant que Yasuké parlait pas japonais. Mais le Jésuite y répondit que Yasuké était en masse capable de comprendre pis de répondre tout seul.

« Ah ouin? », dit le seigneur, impressionné.

Faique y parla directement à Yasuké : y lui souhaita la bienvenue pis y demanda si y’était à l’aise.

Yasuké répondit parfaitement, avec toutes les fioritures du japonais poli utilisé par le grand monde.

Nobunaga fit une face de « Pas pire! Pas pire pantoute » pis s’approcha du guerrier africain en souriant.

« Lève-toé don, s’te plaît, mon homme! »

Y lui prit le bras. Pis y s’mit à y FROTTER LA PEAU.

« J’ai mon maudit voyage! Qu’on m’apporte de l’eau pis une brosse! »

Y demanda à Yasuké d’enlever son gilet. Quand l’seau d’eau arriva, y prit la brosse pis commença à frotter comme un déchaîné.

Là, faut se mettre en contexte. Nobunaga faisait pas ça parce qu’y pensait que Yasuké était sale ou qu’y voulait l’humilier. Y trouvait sa peau noire hyper foncée tellement miraculeuse, comme un travarsier qui travarse comme faut ou bedon un tonneau d’sirop d’érable pas de râche dans l’fond, qu’y était sûr que les Jésuites essayaient d’y jouer un tour en peinturant un gars en noir pour se rendre intéressants.

En faite, Yasuké commençait à trouver ça drôle. Y se permit même de s’faire aller les muscles comme un culturiste – toutes les yeux étaient su lui, faique aussi ben en profiter.Enfin, Nobunaga commença à l’croire :

« Astie, j’en r’viens pas. T’es vraiment noir de même, mon snoro! Enwèye, rhabille-toé. »

Pis y tapa des mains :

« Ah pis d’la marde! À soir, on va faire le party en l’honneur du monsieur noir! Sortez les tables, la bouffe pis le saké! »

Le grand seigneur fit installer Yasuké à sa droite. Y l’argardait avec les yeux ronds pis arrêtait pas d’y poser des questions. À c’t’heure qu’y était assez convaincu qu’y allait pas être décapité, Yasuké était pas mal plus relax, faique y put sortir toute son charme :

« D’où j’viens, c’est pas mal plus loin que l’Inde! Pis là-bas, wô oui, tout l’monde est pas mal de la même couleur que moé, pis aussi grands, même les femmes! Mais pas aussi forts, ben crère, pis certainement pas aussi beaux! »

Nobunaga pis ses courtisans partirent à rire.

« Pis ouais, ma peau a toujours été de même pis a va rester de même jusqu’à ma mort. Vous auriez beau m’enfermer d’une garde-robe pendant dix ans, j’arsortirais aussi noir que chus rentré! Chus faite de même! »

Finalement, Yasuké était toute un conteur. Toute la soirée, y raconta son enfance au travers des lions pis des hippopotames; y parla des vaches que son peuple élevait dins grandes plaines. Y fit exprès pour mentionner qu’y buvait du lait de vache, des fois à même le pis : y savait que ça allait écœurer ses hôtes, pour qui l’idée de boire le lait d’une autre bebitte était absolument dégueulasse.

Y parla de quand y’avait été enlevé, de ses voyages en bateau, des palais en Inde pis des mosquées en Arabie, des amis qu’y avait perdus au combat…Un m’ment’né, tout l’monde commençaient à être pas mal ronds, pis l’décorum avait pris l’bord depuis longtemps. Une servante osa même dire :

— Y’a l’air pas mal fort, monsieur le géant, hein? Ça s’rait l’fun de savoir combien y peut lever!
— Ma belle, si tu veux l’savoir tant que ça, y’a juste à te lever toé!
— Ah, ben là, j’disais ça d’même, là tsé, fit la servante, toute rouge, en poussant un p’tit rire gêné.
— Aweille, Yasuké, lève-la d’un bras, chus sûr que t’es capable! dit Nobunaga.

Faique Yasuké se leva, ramassa la servante d’un bras comme de rien, pis devant la gueule à terre de toute l’assemblée, y pogna une autre servante, pis leva les deux ben haut.

C’tait une soirée dont tout l’monde allaient parler jusqu’à leu pension. Avant que Yasuké parte, Nobunaga y donna pour 80 livres de pièces de monnaie en cuivre, c’qui était un astie de gros motton pour le temps.

En sortant d’la pièce en reculant à genoux, comme c’tait la coutume, Yasuké était assez pompette pis tellement heureux d’être content qu’y faillit se péter la tête su’l cadre de porte.

Ça aurait pu en rester là, un souper complètement pas d’allure comme un rêve que tu contes à tes flos des années plus tard pis y te crèyent pas pantoute. Mais le destin – pis le seigneur Nobunaga – avait d’autres projets pour Yasuké.

Partie II


Source : Thomas Lockley et Geoffrey Girard, African Samurai – The True Story of Yasuke, a Legendary Black Warrior in Feudal Japan, 2019.

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Jos Montferrand

Jos Montferrand, vue par ma grande chum Christine Labrecque!

Heille, Jos Montferrand. Pour ceux qui l’connaissent pas, c’est un de nos plus grands hommes forts : un draveur, un batailleur pis un défenseur des faibles, la fierté des Canadiens français.

Quand ch’tais floune, Arrière-Pépère Poêle me contait ses aventures, pis y v’nait les yeux toutes brillants, comme si y’argardait une étoile pis qu’l’étoile y rendait ben :

« Montferrand, y’était fort comme un chêne pis souple comme un roseau! »

À crère Arrière-Pépère Poêle, c’tait un géant qui giguait su’és pitounes dans l’jour pis avec les pitounes par les soirs, la patte légère comme un lieuvre pis la tête tellement haute qu’a s’pardait dins nuages.

Pis justement, pour moé, l’histoire à Montferrand, est un ti peu pardue dins nuages.Jos, c’tait un vrai gars en chair pis en os– y s’est sûrement d’jà pété le p’tit orteil su’l bord du litte comme toé pis moé. Mais on dirait qu’au fur et à mesure que l’monde se contaient ses exploits en en rajoutant toujours un ti peu, y’a fini par se transformer en espèce de superhéros canadien français, un Maurice Richard d’la drave avant l’temps qui portait su son dos les espoirs de toute un peuple.

Mais bon. Moé, m’as vous conter son histoire comme Arrière-Pépère Poêle la contait.Pis au pire, si vous trouvez que j’dis a pas d’allure, vous aurez juste à l’prendre avec un grain d’sel.

À c’t’heure que c’est dit, arculons dans l’temps, en 1802, dans l’faubourg Saint-Laurent à Montréal, où c’qu’est né notre futur géant.

Le port était pas loin, faique les tavarnes d’la place étaient bourrées de marins pis de voyageurs de toutes les formes pis d’toutes les couleurs qui se mélangeaient aux Canadiens français.

Quand y’a trop d’gars à’même place, on dirait qu’y virent toutes comme des bucks à’saison des amours, faique c’tait pas long que ça se mettait à s’crisser ça su’a yeule pour savoir qui qui était l’plus fort.

À même les tavarnes comme s’ua grève au bord du fleuve, les gars qui voulaient s’faire un nom s’pognaient avec ou pas d’gants, en avant du monde ordinaire comme des gentlemen anglais pis des p’tites madames en crinoline qui accouraient à’moindre rumeur d’une joute.

L’quartier était tellement connu pour ses combats d’fiers-à-bras, qu’un coup d’poing donné dans l’faubourg Saint-Laurent résonnait pour ainsi dire dans toute le Canada.

Faique c’est là-dedans que Jos a grandi. Son pére, Joseph, était lui-même une saprée armoire à glace qui avait faite la traite des fourrures avec la Compagnie du Nord-Ouest. Sa mére, Marie-Louise, était une créâture à sa hauteur : on raconte qu’un m’ment’né, voyant un innocent en train de martyriser un flo, a y crissa des claques jusqu’à c’qui parde connaissance.Jos avait de qui t’nir, mettons.

Enfant, y’était déjà fort. Ça s’voyait tu’suite que ça allait faire un bœuf. Mais Jos était un bon p’tit gars, tranquille pis fin, qui profitait jamais d’ses dons pour faire son boss des bécosses; au contraire, y protégeait les plus p’tits contre les bums.

À 16 ans, y’avait déjà sa taille d’homme : 6 pieds 2 ou 6 pieds 4, dépendamment d’à qui tu d’mandes. Pis c’est pas parce qu’y avait la force d’une bête qu’y en avait l’air : en fait, y’était gracieux pis avenant comme un prince. Ch’sais pas si y’avait l’talent, mais entécas, y’avait la face pour jouer dins vues.

Son premier fait d’armes, si on peut dire, c’tait pas mal dans ces bouttes-là. Un m’ment’né, y creusait en avant de chez-eux, avec la tête y’arrivait flush avec el’bord du trou. Y’arriva-tu pas un certain Michel Duranleau, un gars qui était connu pour faire peur au monde pour qu’y votent du bon bord aux élections, avec deux autres bonriens.

Pour faire étriver Jos, Duranleau y mit son pied su’a tête – sauf que Jos s’laissa pas faire. Pareil comme si y’avait eu les pattes montées su des springs, y sauta en dehors du trou, atterrit drette au milieu des trois épais pis leu péta toute la yeule.

Pas longtemps après, y fit son deuxième grand coup. Un beau jour, su l’Champ-de-Mars à Montréal, deux boxeurs anglais – on se les imagine en chest avec la moustache qui r’trousse dins bouttes – s’affrontèrent devant un tapon d’monde pis une bonne partie d’la garnison.

Un des deux gagna, on s’en sacre c’est qui, pis y fut déclaré champion du Canada. C’tait douteux. M’aginez si Lucian Bute pis Jean Pascal étaient allés s’battre en avant d’un Pizza Hut à Plattsburgh, pis que l’gagnant s’tait déclaré champion des États-Unis!

Entécas, là, le nouveau champion, ben crinqué, s’arvira vers la foule pis invita l’meilleur homme du pays à essayer d’y prendre son titre, drette là.

C’était comme si l’orgueil avait piqué Jos d’une fesse avec une broche à tricoter :

« Heille, pour qui qu’y s’prend, lui, à faire son frais-chié en avant de tout l’monde pis à s’penser meilleur que nous-autres? »

Faique y s’avança pis chanta l’coq. Dans l’temps, c’tait le signe que tu relevais l’défi – y v’nait d’arriver un autre coq dans’basse-cour, autrement dit.

Y’eut un frisson dans’foule, pis l’monde se mirent à applaudir : heille, un ti gars d’la place qui défiait un champion, pis un Anglais en plus!

Le match commença sans plus de tétage, pis finit d’même aussi : Montferrand fessa yinque une fois, FLÂWK! Mais tellement fort que l’Anglais s’dit que si y’en mangeait un deuxième, y s’rait pu là pour un troisième.

Après ça, la ville au complet parlait de Montferrand. Tout l’monde voulait y serrer la main pis le féliciter. Y’aurait pu s’partir une carrière de boxeur drette là – mais Jos, c’tait un bon gars simple qui voulait faire un travail honnête pour aider sa famille.

Au début, y travailla comme charretier, une job qui le fit se promener un peu partout.

À la mort de ses parents, Jos s’engagea pour la Compagnie du Nord-Ouest; après, y fit un boutte à travailler pour Joseph Moore, un gars qui exploitait des coupes de bois dans l’nord des Laurentides; ensuite, y fut engagé par Bowman & Gill, des marchands de bois.

Dans c’temps-là, le commerce du bois était parti en peur. Napoléon, ben décidé à faire chier l’Europe au complet, avait imposé un blocus à l’Angleterre, qui pouvait pu s’approvisionner d’son bord de l’océan. Comme un Gino peut pu ben ben faire son frais sans sa Camaro, les Anglos pouvaient pu vraiment jouer les puissances mondiales sans leux bateaux. Pis pour faire des bateaux, fallait du bois.

Pis le Canada, c’tait quasiment yinque ça, du bois. L’Ouatouais, la Mauricie pis le lac Saint-Jean étaient rendus des Klondike d’la pulpe, pis ça arrivait de partout pour s’faire un gagne-pain.

Notre Jos, lui, y’alla dans l’Outaouais. Y fut foreman pis cageux – les cageux, c’taient les gars qui faisaient descendre les billes de bois sués rivières toutes attachées ensemble pour former des « cages » qui pouvaient faire jusqu’à un mille de long, pis les emmenaient jusqu’à Québec, y’où c’qui partaient pour l’Angleterre.

C’tait une vie errante, de chantier en chantier, d’port en port pis d’tavarne en tavarne, pis dangereuse, aussi : c’tait pas rare que des gars glissent entre deux pitounes pis s’neyent.

Jos, lui, était ben à l’aise avec ça. Y’avait l’pied léger comme une ballerine en ch’mise carreautée, pis y s’promenait su’és pitounes roulantes et r’volantes comme si c’tait un plancher d’bois franc. Pis dans un monde où la loi du plus fort régnait, y’avait toute pour devenir une légende.

Un bon soir, à Buckingham, dans l’Gatineau d’à c’t’heure, une gang d’Irlandais – des « Shiners », comme on les appelait, des immigrants qui travaillaient dans l’bois au Canada – logeaient chez un Canadien français qui arcevait l’monde chez eux quand les auberges étaient pleines.

On sortit le violon, les filles du coin arsoudirent, pis l’party pogna. Mais quand l’fils du propriétaire voulut embarquer, y s’fit dire qu’y était de trop. Parce qu’y était un Canadien français.« Ah ben tabarnak! Ça s’passera pas d’même! »

Jos, n’ayant entendu parler, partit avec ses grand’pattes, pis se rendit drette à la maison où y’avait l’party d’Irlandais. Y rentra sans cogner, pogna l’violon du gars pis l’effoira yinque d’une main – SPKRRRATOING!

J’vous dis que ça resta frette en simonac.

« Tout l’monde déhors! »

Mais les problèmes avec les Irlandais, ou Shiners, faisaient juste commencer.Y’arrivaient à la pochetée à Bytown – l’Ottawa d’à c’t’heure –, pis comme de raison, y voulaient des jobs. Y’avait yinque un problème : les jobs, c’tait les Canadiens français qui les avaient.

Faique les Shiners se mirent en gang pour intimider leux rivaux en crissant l’bordel partout : sabotage de chantiers, pétage de yeules, brisage d’affaires, rentrage dins églises en pleine messe catholique pis dérangeage de funérailles pour écœurer l’monde. Pis comme y’avait pas de police en tant que tel à Bytown, y’étaient lâchés lousses, pis l’monde devaient s’faire justice eux-autres mêmes.

Dans c’te gang-là, y’en avait un qui était connu pour être particulièrement violent pis faisant-mal : Martin Hennessy. Y’était foreman pour une compagnie rivale de celle où c’que Montferrand travaillait. Son fun, c’tait de battre des Canadiens français, pis de s’composer une p’tite toune avec chaque couplet qui parlait d’un gars qu’y avait défoncé. Y ’avait entendu parler du géant canadien, faique à la fin, y’avait ajouté ça :

Pis Montferrand, au pied léger,
Y’aura de mes nouvelles.
Y pourra pas s’en sauver :
J’le charche pis j’l’appelle!

Un soir, les deux s’adonnèrent à être dans’même tavarne. Quand Montferrand arriva, Hennessy était déjà là depuis un boutte, pis y commençait à être pas mal chaudaille. Jos en fit pas d’cas au début, mais là, Hennessy se l’va pis y’enfonça son casse de poil s’a tête :

— Quins toé, l’mangeux d’bines! C’t’aussi ben qu’tu voyes pas ta face après que je l’aye arrangée!
—Tu peux ben faire ton fendant, crisse de pissou! Quand ch’t’avec mes chums, tu ramperais à quatre pattes d’une swompe pour pas m’voir, pis là à soir que ch’tu seul, t’essayes de m’faire peur! Tu ris des Canayens? Ben attèle-toé, parce que tu vas t’faire torcher à’canayenne!

Les chums à Hennessy farmèrent la porte d’la tavarne pis la bloquèrent pour pas que Montferrand puisse se sauver.

« Hennessy, mon astie d’faux cul, tu m’as-tu tendu un piège? »

Sauf que l’Irlandais était déjà après fesser. Montferrand avait pas grand place pour esquiver : la menute qui s’tassait trop à droite ou à gauche, les chums à Hennessy lui crissaient des coups d’pied. Ça r’gardait pas ben.

Ça faisait ben des taloches que les deux s’échangeaient, quand quequ’un ouvrit la porte par déhors. Ça fit diversion, faique Hennessy pis Montferrand se séparèrent pis arprirent leur souffle. Mais là, Montferrand s’mit à chanter :

Un Canadien, c’pas léger,
J’vous apprends la nouvelle.
Tu pourras pas t’en sauver :
J’viens quand on m’appelle!

Piqué, Hennessy arvint à’charge. Droite, gauche, crochet, uppercut, Jos esquiva toute, pis soudain, BANG, y descendit son poing s’a face à Hennessy pis l’effoira comme une pomme cuite.

On dit qu’après ça, l’Irlandais fit pu jamais d’trouble aux Canadiens français.

Là, c’est l’temps d’sortir votre gros sel, parce que v’la l’histoire la plus flyée qui s’rait arrivée à Jos Montferrand.Dans son temps, pour aller de Hull à Bytown, fallait passer su un pont en bois à la traverse des Chaudières. C’tait pas rare que l’droit de passage se paye en claques su’a yeule : les Shiners se mettaient souvent en embuscade pour bloquer les Canadiens français.

Un jour que Jos s’en v’nait du bord de Bytown, y vit qu’y avait parsonne su’l pont, pis y trouva ça quasiment louche.Y’alla voir une bonne femme qui avait un magasin à’tête du pont :

— S’cusez Madame, avez-vous vu du monde su l’pont?
— Non, pantoute, mon noir!

Un ti-peu rassuré mais pas tant, Jos partit pour travarser tout seul. Y’avait yinque faite la moitié qu’y surgit une GROSSE gang de Shiners armés d’bâtons – heille, pas moins de 150, selon la légende!

Montferrand était pas fou, faique comme de raison, y’essaya d’arvirer d’bord, mais la maudite bonne femme avait farmé la porte au boutte du pont. Pas l’choix : fallait qu’y s’batte.

Y s’avança vers les Shiners comme un grédeur qui s’apprête à ramasser un banc d’neige. Surpris, y’arculèrent un peu. Sauf qu’y en a un qui fut pas assez rapide, pis Jos le sapa par les pattes. Y le leva dins airs pis le swigna de toutes ses forces, comme une grosse massue qui crie pis qui saigne.

Avec ça, Montferrand ramassa les premières rangées de Shiners. Y garrocha sa massue humaine en bas du pont pis chargea vers les autres. Y’é ramassait toutes comme des catins en guénille pis les pitchait dans les rapides en bas.

C’tait un méchant carnage – mais les Shiners l’avaient ben charché. La gang de woireux qui s’étaient taponnés su l’bord virent le reste des malfrats se sauver à’course pour éviter d’finir neyés dins rapides.

Heille, hein!

Y’a tellement d’histoires à propos de Jos Montferrand, que si j’vous les racontais toutes, on s’rait encore là rendu aux Fêtes.

Montferrand prit sa retraite quand même de bonne heure – toutes c’tes exploits-là, ça avait son prix, pis Jos commençait à être magané. Y s’installa rue Sanguinet, à Montréal, pis se prit une femme. Ses jours de gloire étaient passés, mais tout l’monde dans son quartier savaient y’était qui pis le saluaient toutes avec respect. Y mourut à 62 ans.

Qu’y aille vraiment battu 150 gars en en swignant un autre par les pattes, c’est clair que Montferrand a marqué les esprits, comme y marquait l’plafond des tavarnes avec son talon en steppant dins airs – une carte de visite, à sa façon. Y’a donné aux Canadiens français une raison de bomber l’torse dans des bouttes de leur histoire où y’en avait pas d’faciles. Pis ça, parsonne peut y’enlever ça.


Source : Benjamin Sulte, Histoire de Jos. Montferrand : l’athlète canadien, 1889.

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La Guerre des Deux-Roses, partie VII — La victoire des créâtures

Élizabeth d’York

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie III
La Guerre des Deux-Roses, partie IV
La Guerre des Deux-Roses, partie V
La Guerre des Deux-Roses, partie VI

Dins douze années qui s’taient écoulées depuis qu’son mari était mort pis que son gars Henri était parti en exil en Bretagne après la bataille de Tewkesbury, Marguerite Beaufort s’tait pas assis su ses mains en mangeant d’la crèmaglace pis en braillant. Oh que non! 

Premièrement, a s’tait armariée avec Thomas, Lord Stanley, le lord-intendant à Édouard IV. Pour s’rapprocher d’la famille royale, avoir d’l’influence pis être au courant d’toute, c’tait dur de faire mieux. En bonne plante grimpante, Marguerite avait pas mis grand temps à s’faufiler proche d’la reine, qui l’avait jusque choisie pour être la marraine à Brigitte, la plus jeune de ses filles. 

À’fin, y’était même question qu’Henri son garçon arvienne d’exil pis marie une des filles à Édouard pis Élizabeth. Sauf que comme j’vous ai dit, Édouard IV était mort, pis toute avait crissé l’camp en m’nant un train du yâble, comme la fois qu’Mononc’Poêle s’est enfargé dins marches en pleine nuite chez Pépére pis Mémére Poêle. 

Au début, Marguerite avait décidé de filer doux pis d’essayer d’s’entendre avec le roi Richard, mais a l’avait vite changé d’idée. Ça y tentait juste pas d’être fine avec un méchant mononcle tueur de n’veux. Comment faire d’abord pour ramener Henri en Angleterre?

Y restait pu yinque une solution : l’mettre su l’trône à’place de Richard. Pis ça allait passer par les femmes.

Sachant que l’ex-reine Élizabeth avait le même docteur qu’elle, Lewis Caerleon, a se servit d’lui pour y’expliquer son plan – pis c’est là qu’on les artrouve, dans le sanctuaire de l’abbaye de Westminster :

« Ça m’fend l’cœur de l’dire, Madame, mais y semblerait que Richard s’est débarrassé d’vos pauvres p’tits gars pis qu’on les arverra jamais. C’est c’que Madame Marguerite pense aussi; a trouve ça dégueulasse pis a vous offre ses plus sincères sympathies. Mais là, Madame, si vos fils sont morts… C’est vot’fille Élizabeth qu’y est l’héritière légitime du trône d’Angleterre. » 

Élizabeth d’York, une belle p’tite blonde de 17 ans avec un teint d’pétale de rose d’un verre de lait, était la plus vieille des filles à Édouard IV. Pis si y’avait eu une justice dans c’te monde de poil pis d’graines, c’est elle qui aurait été reine, tout court. Mais l’Angleterre de c’temps-là était juste pas prête à voir une créâture régner toute seule – ça allait prendre une couple de générations encore. Toute ça pour dire qu’Élizabeth pouvait pas espérer devenir reine d’Angleterre sans un mari qui f’rait l’affaire de tout l’monde. Pis c’est là que l’docteur Caerleon voulait en v’nir : 

« Faique si chus icitte aujourd’hui, c’est parce que Madame Beaufort a eu un méchant bon flash : vot’fille Élizabeth pourrait marier son gars à elle! Pensez-y : d’même, les familles York pis Lancaster s’raient réunies pis tout l’monde s’rait du même bord. On s’rait sûrement capables de faire décrisser le maudit usurpateur qui vous a volé vos fils, pis vot’fille s’rait reine d’Angleterre, comme a l’est censée, avec Henri à côté d’elle. » 

Appelons un chat un chat, là : Henri était pas un super parti pour Élizabeth fille. C’tait un exilé avec pas de titres, pas de terres, pas d’argent, rien. Pour Élizabeth mère, c’tait une astie d’chance à prendre. Mais c’est vrai que, par la fesse gauche d’la fesse gauche d’la fesse gauche, Henri était toute c’qui restait d’la branche des Lancaster, pis le meilleur espoir de mettre fin à c’te maudite guerre de cousins qui durait depuis plus que 30 ans. 

— Faique… Qu’est-cé ça vous dit?
— Dites à Marguerite que j’embarque. Tant que chus pognée dans mon sanctuaire, ch’peux pas faire grand-chose, mais on va arpendre c’qui est à nous-autres!

En apprenant par le docteur Caerleon qu’Élizabeth mère y’avait donné l’go, Marguerite partit à grenouiller comme a l’avait jamais grenouillé : a fit envoyer une grosse poche de bidous à son garçon, qui était encore en Bretagne avec son mononcle Jasper, pis a chargea Reginald Bray, un de ses employés à qui a faisait ben gros confiance, de faire le tour des nobles pour voir si, mettons qu’y avait un moyen de renverser Richard, y’embarqueraient-tu, tsé veut dire. 

Comme prévu, l’idée du mariage entre Élizabeth fille pis Henri Tudor fit l’affaire de ben du monde. Même les Yorkistes les plus fidèles, écœurés par ce que Richard avait faite à ses n’veux, étaient d’accord avec le plan. 

Pis j’sais pas si vous vous rappelez du duc de Buckingham, tsé lui qui était super crinqué pour Richard pis qui avait convaincu les autres nobles du conseil de déshériter les deux gars à Édouard IV? Fouillez-moé pourquoi, mais y décida d’arvirer sa ch’mise du jour au lendemain pis finit par être considéré comme LE gars en arrière d’la rébellion. C’t’un peu chien pour Marguerite, mais comme vous allez voir, ça allait être aussi ben d’même. 

Le plan, c’tait que les différents groupes d’anti-Richard, dont les Woodville – la famille à l’ex-reine Élizabeth – s’atrouvent pis attaquent ensemble. Mais là, un des chefs eut la rébellion précoce pis se lâcha huit jours plus tôt que prévu. Ça mit la puce à l’oreille à Richard, pis quand Buckingham se pointa, au courant de rien, le roi l’attendait avec une brique pis un fanal. 

Pogné les culottes à terre, Buckingham put pas faire autrement que de se sauver. Pis comme ça court mal en maudit quand la boucle de ceinture te pète su’és jarrets, y’alla pas ben loin. Y dut se cacher dans’masure d’un pauvre farmier, à qui ça fit pas un pli su’a poche d’aller l’dénoncer à Richard. Y fut capturé pis décapité. 

Pu d’tête, la rébellion s’effoira comme Mononc’Gilles pogné du cœur après sa septième quille de Laurentide aux noces à ta cousine Jeannine. Pis en apprenant ça juste comme y mettait l’pied en Angleterre, Henri arpartit en Bretagne tellement vite que son bateau décolla su’a trace. 

Ayoye. 

Là, Richard avait la preuve que Marguerite avait comploté contre lui – c’tait comme dins émissions poches pour enfants quand l’décor tombe pis tu vois l’marionnettiste qui a l’air fou en arrière avec sa catin au boutte du bras. 

Sauf que Marguerite, a risquait pas mal plus qu’une risée. 

Richard y’ôta toutes ses titres de noblesse, ses terres pis ses revenus. Y l’aurait ben faite exécuter, aussi, si ça avait yinque été d’lui. Mais encore une fois, c’est ses alliances de plante grimpante qui lui sauvèrent la peau. 

Non seulement son nouveau mari, Lord Stanley, était ben proche d’Édouard IV quand y’était vivant, mais y’était aussi un grand chum à Richard III. Pis quand tu fais exécuter la femme de ton grand chum, les soupers entre amis sont pu jamais comme avant. Y’a une chaise vide à’table, TOUT LE MONDE sait c’est d’la faute à qui, pis même le p’tit pinot gris qu’vous ach’tiez tout l’temps goûte pu pareil. 

Autrement dit, Richard savait qu’y pourrait juste pu argarder Lord Stanley dins yeux après avoir faite décapiter Marguerite.

Désormais watchée d’aussi près qu’une floune de CPE qui a tendance à piquer une course dans’rue dès que l’éducatrice a l’dos tourné, Marguerite était pas mal neutralisée.

Sauf que sa conspiration ratée avait attisé un feu qui avait pu besoin d’elle pour brûler. 

Après l’exécution de Buckingham, les Woodville partirent en exil pis allèrent trouver Henri Tudor. C’t’année-là, le jour de Noël, le garçon à Marguerite promit officiellement d’arvenir en Angleterre, de marier Élizabeth d’York pis de « tasser c’te tyran assassin pis déviant du trône, où y’avait pas d’affaire pantoute ». 

C’tait ben beau, mais Henri était quand même yinque un nobody qui avait pas ben ben plus d’affaire su’l trône que Richard. Quand y s’embarqua pour l’Angleterre l’été d’après, y’avait yinque les Woodville en exil pis à peu-près 1 000 fiers-à-bras prêtés par la France de son bord. Quand y’arriva, y fut arjoint par queques milliers d’Anglais fâchés contre Richard, mais y reste que ça faisait pitié en maudit, son affaire. Richard allait sûrement l’effoirer comme de rien su’l champ de bataille.

Sauf que Richard, qui était déjà pas ben ben aimé à cause de c’qu’y avait faite à ses neveux, s’tait encore tiré dans l’pied.Pas longtemps avant Noël, le garçon à Richard était mort de maladie, le laissant pu d’héritier. Pis près Noël, c’est sa femme, Anne Neville, qui mourut – mais on sait pas trop de quoi. 

Ben vite, ça se mit à mémérer que Richard voulait s’armarier avec sa nièce, Élizabeth d’York. Pour le roi, c’tait pas une idée folle pareil – ça y permettrait d’avoir un nouvel héritier, pis ça farmerait la porte drette dans’face à Henri – mais pour le peuple, Richard était rendu un mononcle vicieux qui avait faite tuer sa femme pour incestuer avec sa nièce. 

Faique quand y câlla son monde pour aller affronter Henri Tudor, ça fit un peu comme quand tu déménages pis que tout l’monde disent qu’y vont être là pour échapper ton tiroir à bobettes dans’rue pis barrer du dos en l’vant tes boîtes d’Encyclopédie Grolier édition 1960, pis que le jour même, y’a juste un ou deux gars qui sont là pis y s’trouvent caves d’être venus.

Bref, Richard avait quequ’chose comme 10 000 hommes. C’tait l’double de c’qu’Henri avait, mais tsé, en comparaison, quand Édouard IV avait affronté la gang à Marguerite d’Anjou à Towton, y n’avait 35 000 avec lui. Ça vous donne une idée d’à quel point les nobles du royaume étaient pas inspirés par Richard. 

Pis là, un matin du mois d’août d’une place qu’on appelait Bosworth Field, les armées d’Henri Tudor pis de Richard III arrivèrent face à face. Lord Stanley, l’mari à Marguerite Beaufort, était du bord de Richard, mais y s’était traîné pas mal les pieds pour v’nir, pis l’roi trouvait ça louche. 

Comme Henri avait pas pantoute d’expérience pour m’ner des hommes au combat, y mit d’côté son orgueil de mâle pis confia l’commandement au comte d’Oxford, un gars qui n’avait vu d’autres. D’l’autre bord, c’est l’duc de Norfolk qui dirigeait l’armée à Richard. Oxford attaqua en premier.

Quand Norfolk pis ses hommes se garrochèrent pour l’affronter, y furent arpoussés par des piquiers – des gars armés de grosses lances pointues – pis descendre sous les balles des arquebusiers français loués par Henri. Surprise, Norfolk fut tué lui avec. Richard, privé de son commandant le plus loyal, commença à suer d’la raie. C’est là qu’y vit une bannière avec un dragon dessus – celle à Henri. 

« Crisse, si j’réussis à descendre Henri direct, on s’en sacre de ses piquiers pis d’ses arquebusiers – j’gagne automatique! »

Faique Richard pis sa garde rapprochée foncèrent direct sur Henri pis ses gardes du corps. Le roi était pas shapé comme ses frères, qui avaient été grands pis narfés – y’était chéti pis y’avait le dos croche pis une épaule plus haute que l’autre. Mais y savait s’battre en astie, par’zempe : y tua le porte-étendard à Henri, crissa en bas d’son ch’fal un de ses gardes du corps, un gros gars de 6 pieds 8, pis y réussit à s’approcher à une longueur d’épée de son rival. 

Pis c’est là que Lord Stanley, qui avait même pas encore embarqué dans’bataille, arrêta d’se pogner l’beigne pis vola à’rescousse d’Henri. Avec ses gars, y réussit à éloigner Richard d’Henri pis à l’arpousser jusqu’au bord d’une swompe. 

Le ch’fal à Richard s’enfargea dans’bouette, pis le roi dut débarquer. Entouré de ses plus grands chums, y décida de s’battre jusqu’à fin. Son porte-étendard, un gars appelé Percival Thirlwall, s’fit couper les deux jambes pis continua de t’nir la bannière à Richard à boutte de bras jusqu’à son dernier souffle. 

Richard, en infériorité numérique, continua de s’faire aller l’épée comme un démon en criant « Trahison! Trahison! » jusqu’à c’qu’y mange un gros coup de hallebarde dans l’derrière d’la tête. C’tait feni. 

Dès que la nouvelle se répandit, les hommes à Richard se sauvèrent. Le roi fut déshabillé tout nu pis garroché su’l dos d’un ch’fal comme une poche de patates. Tandis qu’on l’emmenait à’ville la plus proche, la face y péta su’l bord d’un pont, pis y fut exposé su’l plancher d’une église pendant trois jours pour que l’monde soyent ben sûrs qu’y était mort. 

Pis Henri Tudor, lui, y’était rendu roi d’Angleterre. Comme y’avait promis, y maria Élizabeth d’York, avec qui y’eut 4 enfants qui s’rendirent à l’âge adulte, dont le TRÈS CÉLÈBRE Henri VIII avec sa trâlée de femmes. 

Comme emblème personnel, y prit la rose rouge des Lancaster pis mit la rose blanche des York au milieu pour faire la rose Tudor, symbole des deux branches d’la famille qui avaient enfin arrêté d’se chicaner. 

Pis là où l’criage pis l’fessage avaient échoué, le parlage pis le grenouillage avaient triomphé. Les hommes avaient m’né la bataille finale, ben sûr, mais si les femmes s’taient pas entendues en arrière, y’aurait p’t-être fallu que j’continue à raconter pendant encore huit épisodes. Les vraies héroïnes d’la Guerre des Deux-Roses, tant qu’à moé, c’est Marguerite d’Anjou, Marguerite Beaufort pis Élizabeth Woodville. 

Faique c’est ça! 

Heille, y’est rendu tard! S’cusez-moé, j’m’en étais pas rendu compte pantoute! Les oreilles doivent vous chauffer! M’a vous conter d’quoi de pas mal moins long la prochaine fois. 

Pis soyez prudents su l’chemin en vous enrvenant! 


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.
Alison Weir, Elizabeth of York, a Tudor Queen and her World, 2013.

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La Guerre des Deux-Roses, partie IV — L’serpent s’mord la queue

Graham Turner, Mistaken Identity – The Battle of Barnet

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie III

« Élizabeth! C’t’un garçon! »

Après un mois pognée avec sa bru pis ses trois p’tites-filles dans la maison de l’abbé de Westminster, Jacquette venait d’aider Élizabeth à accoucher, pis a tenait dans ses bras son p’tit-fils flambant neû – l’héritier mâle tant attendu. 

Ça, c’tait une astie d’bonne nouvelle : peu importe c’qui arriverait à Édouard, y’aurait un fils pour lui succéder. Mais c’tait loin d’être gagné. 

Après avoir traversé en Hollande, Édouard avait essayé de se réfugier chez son beauf, le duc de Bourgogne. Sauf qui se riva l’nez su’a porte : le duc accepta d’y donner une pension pour qu’y puisse se réchapper la vie, toujours ben, mais y r’fusa de le voir pis de l’héberger. Cerise su’l sundae, y’envoya une délégation pour féliciter Henri pour son retour su’l trône. Ça, Édouard le digéra JAMAIS. 

Faique Édouard s’pogna un appart dins Flandres, en Belgique. De là, y’entendit que Warwick avait pris le contrôle en s’auto-nommant lieutenant du royaume, avec Georges son frére comme chancelier pis Georges le frére à Édouard comme son numéro deux. En faite, Warwick était tellement au-dessus de ses affaires qu’y avait renvoyé ses troupes.

Sauf que quand l’roi de France déclara la guerre au duc de Bourgogne, beauf se rendit compte qu’y avait p’t-être faite une gaffe en r’virant Édouard de bord : 

— Ahem. Coute ben, mon gars, euh, j’sais que j’ai peut-être été un peu bête a’c toé quand t’es v’nu me demander d’l’aide… Ch’file ben cheap de t’ça, pis euh, j’aimerais ça me racheter.
— Ouin. T’as peur à tes fesses à cause du roi d’France, pis tu sais que Warwick est d’son bord, faique tu penses que si tu m’aides à r’prendre mon trône, ben moé j’vas t’aider dans ta guerre?
— Genre…

À ch’fal donné, tu r’gardes pas l’faux-cul qui tient la bride. Ou de quoi d’même. Faique Édouard, greyé d’une p’tite armée équipée par son beauf, prit l’bateau pour l’Angleterre. Pis là, comme le raconterait Pierre Houde : 

« Édouard traverse la patinoire… Il arrive aux portes de la ville d’York et fait semblant d’être fidèle au roi Henri pour que les défenseurs le laissent entrer. Quel stratagème!
Sauf que les renforts arrivent de tous les côtés! Édouard est gonflé à bloc et se proclame de nouveau roi! Ma parole!
Warwick joue de prudence… Il reste sur le banc en attendant que Georges, duc de Clarence, arrive avec des renforts… Sauf que Georges se retourne contre Warwick et rejoint l’armée de son frère! Oh lala, Marc, quel revirement!
Édouard est maintenant en avantage numérique. Il part en échappée vers Londres, tire, ET LE BUT! Dans un filet désert! » 

Scusez-la — ch’commence à m’ennuyer du hockey pas mal. Ouep, même des games à TVA Sports. Mais surtout de mon beau Pierre.  

Édouard rentra dans Londres sans que parsonne assaye de l’empêcher – Henri, laissé tu’seul par Warwick, en était rendu à s’promener comme un quêteux dans’ville, avec l’archevêque d’York qui l’tenait par la main, pour demander au monde de s’battre pour lui. 

— ÉDOUARD!
— Bebé, ch’t’arvenu! 

Mots doux, larmes, pis p’t-être même un french pendant qu’parsonne argardait : la pauvre Élizabeth put enfin sortir de sa cachette pis s’garrocher dins bras de son mari qu’a l’avait pas vu depuis 7 mois. C’tait comme si une roche de 100 livres v’nait de s’ôter de su ses épaules.

A put aussi enfin y présenter son nouveau ti-poutte – nommé Édouard lui avec, pour encore plus mêler les affaires. 

— Là, chéri, tu vas faire quoi avec Warwick? Tu peux pas l’laisser courir lousse de même, des affaires pour qui t’arpoignarde dans l’dos!
— Non, je l’sais. En plus, tu sais pas la meilleure : Marguerite d’Anjou est après s’en venir avec une armée!
— Câline! Faut que tu règles son cas à Warwick avant qu’a l’arrive, d’abord.
— Drette ça. Compte su moé, bebé. 

Entre les deux cousins, c’tait l’affrontement final, comme dins vues, avec la grosse toune épique, pis c’est proche de la ville de Barnet que ça allait se passer. Warwick avait une armée beaucoup plus grosse que celle à Édouard, faique Édouard se dit que si y voulait avoir une chance de gagner, fallait qu’y l’pogne par surprise.

Faique dans’nuite, y’ordonna à ses hommes de s’rapprocher tranquillement de l’armée à Warwick, dans l’noir pis dans l’silence. 

— Ayoye! Tention avec ton astie d’waguine, tu viens de m’rouler su’l pied!
— Ta yeule pis r’garde où c’tu vas, l’cornet, y vont nous entendre! 

Toute la nuite, Warwick ordonna des tirs de canon dans l’boutte où y pensait que l’armée d’Édouard était, mais y passa dans l’beurre. Pendant c’temps-là, son frére Jean, marquis de Montagu – le gars qui avait trahi Édouard jusse avant qu’y parte en exil, vous rappelez-vous? – vint l’voir : 

— Ouin, Ritch, nos hommes ont la falle basse pas mal. Sont pas super motivés.
— Ah ouin?
— Ouin. Pour les crinquer, m’as te proposer d’quoi : si on s’battait à pied? Quand les soldats voient un commandant à ch’fal, sont comme : « Pff! Dès qu’ça va s’mettre à mal aller, y va crisser son camp pis nous laisser là ». Si on est à pied comme eux-autres, ça va leux montrer qu’on est prêts à s’battre à mort pis les inspirer.  

Faut dire que c’tait un peu sa marque de commerce, à Warwick, de crisser son camp quand la marde pognait. Quand même : rendu au matin, Warwick pis Montagu étaient à pied au milieu d’l’eux hommes. 

La bataille commença vers 4 h du matin dans une astie de brume épaisse. Comme les deux armées voyaient pas grand-chose, la coordination était pas vargeuse.

Un m’ment’né, le comte d’Oxford, qui était du bord de Warwick, arsoudit avec ses troupes pas loin de celles du marquis de Montagu. Sauf que, dans l’flou, sa bannière, une étoile, arsemblait pas mal au soleil qu’y avait sur celle-là à Édouard. Croyant que les troupes à Édouard les pognaient par en arrière, les hommes de Montagu capotèrent pis tirèrent une volée de flèches drette dans leux alliés!

Le comte d’Oxford cria tu’suite à la trahison : après toute, ça aurait pas été la première fois que Montagu changeait d’camp. 

Quand la brume commença à se lever, Édouard vit la ligne lancastrienne après s’autodétruire pis fuir en panique : 

« Ben coudonc. Reste pu yinque à envoyer les forces de réserve pour finir la job! »

Warwick, fidèle à lui-même, partit à’course pour s’trouver un ch’fal, mais y s’fit pogner pis tuer, pareil comme son frère Montagu. C’tait feni. 

Mais pas tout à faite. Pour avoir la paix, fallait qu’y se débarrasse de Marguerite d’Anjou, qui v’nait yinque d’arriver en Angleterre avec son armée. S’un dix cennes, sans même une croûte ni un ti dodo, Édouard s’arvira pis clancha pour la pogner avant qu’a s’allie avec les Lancastriens de l’ouest de l’Angleterre pis du pays d’Galles. 

Marguerite avait eu une sapristi d’misère de chien à s’rendre là-bas : chaque fois qu’a l’avait essayé de prendre la mer, une tempête l’avait r’poussée vers les côtes de la France. Là, a s’en allait arjoindre ses alliés avec son fils Édouard de Lancaster, qui était rendu à 17 ans, pis le duc de Somerset – le troisième depuis que le premier avait été tué à la bataille de Saint Alban’s; la Guerre des Deux-Roses passait au travers des ducs de Somerset comme moé au travers de mes paires de bas. 

Sauf qu’Édouard (d’York, le roi, là) avait été vite sur la switch pis avait envoyé un messager pour dire au seigneur du château de Gloucester de pas les laisser traverser la rivière Severn. Pognés, Marguerite pis sa gang durent continuer jusqu’à Tewkesbury, la prochaine place où c’tait possible de traverser – pis c’est là qu’Édouard les rattrapa. 

Marguerite dut aller se réfugier dans un monastère pendant la bataille. Toute sa vie, a s’tait démenée pour garder son fils en sécurité pis défendre son droit au trône d’Angleterre. Pis là, tandis que ça regardait mal en maudit pour sa cause, y’était en plein centre de l’armée lancastrienne, prêt à se battre comme un homme, pis y’avait pu rien que Marguerite pouvait faire. C’te jour-là, y’allait gagner la couronne ou bedon perdre la vie. 

La bataille de Tewkesbury ressembla pas pantoute à la bataille de Towton, qui avait été horrible pis meurtrière pis interminable; en faite, Édouard gagna pas mal facilement face à Édouard de Lancaster pis au nouveau duc de Somerset, qui étaient pas super expérimentés. 

Édouard de Lancaster fut tué dans la bataille, comme à peu près toute c’qui restait d’hommes dans la famille Beaufort – les cousins d’la fesse gauche à Henri VI, pis les seuls qui auraient encore pu prétendre au trône contre Édouard d’York. Essentiellement, Édouard le roi avait moppé l’plancher avec ses ennemis, pis y restait pu personne pour se mettre contre lui. 

Marguerite eut pas le choix de se rendre. Son fils était mort, pis elle, a l’était comme morte en-dedans. Y lui restait pu rien. Édouard la fit enfermer, mais y’a traita quand même bien. Pas longtemps après, a reçut une autre mauvaise nouvelle : 

— Madame! Ça me fait ben de la peine de vous dire ça, mais vot’mari est mort dans la tour de Londres…
— On sait-tu comment c’t’arrivé?
— Ben, le roi dit qu’y est mort de peine en apprenant la mort de vot’fils pis la défaite à Tewkesbury…
— Messemble, oui.

C’tait clair qu’Édouard l’avait faite tuer. Mais rendu là, ça faisait pu de différence. Marguerite resta emprisonnée pendant quatre ans en Angleterre jusqu’à ce que le roi de France paye sa rançon. Pis après, a tomba dans la calvette de l’histoire pis mourut 7 ans plus tard à l’âge de 52 ans. 

Quant à Édouard, y’avait gagné su toute la ligne, pis sa dynastie avait l’air en béton. Ses deux fréres plus jeunes étaient mariés chacun avec une fille à Warwick – Georges était marié avec Isabelle depuis un boutte, pis Richard s’tait marié avec Anne, qui avait été la femme à Édouard de Lancaster pis qui s’était ramassée veuve après la bataille de Tewkesbury. Y’avait trois filles à marier pour faire des alliances politiques pis un gars pour y succéder. Dins années à venir, y’allait avoir encore 6 enfants avec Élizabeth, 2 gars pis 4 filles, en plus de toutes les bâtards qu’y avait faites à ses maîtresses. Athlète des couvartes un jour, athlète des couvartes toujours.

Y se sentait tellement solide qu’y pardonna à pas mal toutes ses anciens ennemis. Y’était aimé par le peuple, pis tout le monde le trouvait fin, généreux pis l’fun. Dans son livre à lui, la Guerre des Deux-Roses était fenie. 

Sauf que tsé, vous vous doutez ben qu’y reste des épisodes. 

Le sang avait pas fini d’couler. 

Faique c’pas l’temps d’s’endormir! Y’a tu quequ’un qui veut un ti café Chemineaud? 

Mononc! Part l’eau à bouillir! <

La suite icitte!


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Helen Castor, She-Wolves: The Women Who Ruled England Before Elizabeth, 2011.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.

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Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II – La bataille d’Azincourt

Sir John Gilbert, Le matin précédant le bataille d’Azincourt

Partie I

Ok! Wé toutes là? 

Toé le grand slaque, tasse-toé don un ti peu pour que la pauvre chatte en arrière puisse voir de quoi. 

C’est beau, merci, mon pit!

Donc, l’ex-roi Ritch se faisait emmener en prison en braillant sa vie, pis Henri IV commençait son règne. 

Henri, ça y’avait pas trop tenté de devenir roi. Son cousin y’avait quasiment tordu le bras pour l’obliger à usurper la couronne, pis ça le faisait limite chier de se retrouver sur le trône. Ça questionnait sa légitimité de tou’és bords, pis lui-même y crèyait pas trop, dans l’fond. Mais pareil. Tant qu’à être là, y’allait s’accrocher.

Comme Ritch était encore vivant, ça arrêtait pas de grenouiller pour le remettre sur le trône, entre autres en assassinant Henri. Un m’ment’né, dans son litte, un serviteur trouva même une chausse-trappe – tsé une espèce de patente épouvantable avec des bouttes pointus qui sert à estropier les chevaux pis l’monde quand y marchent dessus? 

Henri avait pas pantoute envie de tuer son cousin non plus, mais comme y’allait jamais avoir la paix tant qu’y allait être en vie, y s’organisa pour « l’oublier », pis Ritch finit par mourir de faim. Quand même ironique pour un gars qui avait 300 employés dans sa cuisine. 

Mais on y sacra pas la paix à Henri pour autant. Le roi d’Écosse y lâcha une craque dans une lettre en l’appelant « duc de Lancaster » plutôt que roi, faique y partit lui crisser une volée. 

Pis quand c’tait pas les Écossais, c’tait les Gallois qui faisaient d’la marde. Leu rébellion, backée par la France, dura une grosse partie de son règne.

Le Parlement faisait exprès pour l’écœurer; chaque fois qu’y demandait d’l’argent, y se faisait répondre :

« Z’avez yinque à piger dins joyaux à Richard, hein? Où c’qui sont passés, dites-nous don ça? » 

Pis en plus, Henri était souvent malade. Bref, y’eut pas trop de fun pendant ses 13 ans de règne. Quand y passa l’arme à gauche, c’est son fils aîné, un autre Henri, qui devint roi. 

Rendu là, ça faisait déjà 70 ans qu’Anglais et Français se tapaient su’a yeule, même si ça avait quelque peu slaqué pendant les règnes de Richard pis d’Henri IV. Aussitôt qu’il eut la couronne su’a tête, le nouveau roi se dit : 

« Bon. P’pa avait yinque une fesse sur le trône, pis tout le monde arrêtait pas de le traiter d’usurpateur. Pis moé, ben j’ai une trâlée de p’tits cousins qui pourraient aussi ben revendiquer ma couronne. Là, qu’est-cé qui pourrait m’rendre plus solide? L’monde aiment ben ça, les victoires militaires. Faique ch’pourrais, genre, arpartir la guerre contre la France? Heille, c’est bon, ça. Si j’gagne, y’aura pu personne pour venir m’écœurer! »

Faique y commença drette là à accumuler de l’argent, des munitions pis à se monter une armée. Deux ans après, au mois d’août, y partit en campagne. 

Y commença par attaquer le port de Harfleur; le siège dura six semaines dans la grosse chaleur épouvantable. La ville finit par se rendre, mais la dysenterie pis la malaria pogna dans les rangs anglais : 2 000 hommes moururent drette là, pis 2 000 autres durent artourner en Angleterre pour se faire soigner. 

En partant, Henri avait l’intention de s’rendre jusqu’à Paris. Mais comme y’avait pardu pas mal de monde pis qu’y était rendu tard dans l’année, à’place, y décida de marcher jusqu’à Calais, une ville qui appartenait aux Anglais à c’te moment-là. Ça faisait une trotte de 250 km à ch’fal, en plein bois, dans’pluie, pis en terrain ennemi : 

« M’as leu marcher ça dans’face, les Français! Dieu est d’mon bord pis m’as leu montrer qu’y peuvent rien faire contre moé! »

Mais là, les Français furent informés de t’ça, faique y clanchèrent pour pogner les Anglais en chemin. 

Henri pis sa gang avaient vraiment pas de fun. Les ponts sur la Somme avaient été démolis, faique ça les força à faire un détour; y mouillait à siaux; y manquait de provisions, tellement que les soldats devaient survivre su des noix pis des p’tits bouttes de viande séchée; pis la dysenterie continuait de faire des ravages, tellement que les hommes gardaient leux culottes baissées, pis le flux coulait le long des flancs de leux ch’faux. Bref, c’tait la grosse misére nouère. 

Le 20 octobre, un émissaire français arriva pis dit à Henri que l’armée française s’en venait pis qu’y était aussi ben d’attacher son casse avec d’la broche. Henri lui répondit yinque de décrisser pis de pas se mettre dans ses jambes. 

Henri pensait encore être bon pour se rendre à Calais, mais, 4 jours plus tard pas loin de la ville d’Azincourt, un éclaireur arvint au camp anglais en capotant ben raide : 

« Votre Altesse, sont deux fois plusse que nous-autres, sacrament! »

Shit. Henri sut à ce moment-là qu’y avait pu moyen d’éviter une bataille, pis que la puck roulait crissement pas pour lui. 

C’te soir-là, y’eut une file de 200 pieds d’long en avant d’la tente du curé : tout l’monde voulaient s’confesser, d’un coup qu’y meurent le lendemain. Les faces étaient longues, les assiettes étaient vides, ça sentait la marde, pis y mouillait, crisse qu’y mouillait! 

De l’autre bord, c’tait pas mal plus jojo : le maréchal Boucicaut, qui était à la tête de l’armée française, était hyper sûr de sa shot, pis c’tait semi l’party dans l’camp. 

Tsé, on peut les comprendre d’être au-dessus d’leux affaires. L’armée anglaise, c’tait aux trois quarts une gang d’archers crottés, du monde ordinaire payés par le roi pour s’engager dans l’armée. L’armée française, c’tait en grande partie des chevaliers avec la grosse armure pis toute le kit, comme dins romans courtois, des gars qui passaient toute leur temps pis leur argent dans l’combat – autrement dit, l’équivalent médiéval de des chars d’assaut. Y’allaient passer su’és Anglais comme un tracteur s’un siffleux. 

Le lendemain, y mouillait encore, viarge. 

Les Anglais se placèrent dans un grand champ où les semailles venaient d’être faites, en haut d’une p’tite côte, avec un bois de chaque bord. Les fantassins étaient au milieu, pis les archers étaient chaque bord. 

Pis là, Henri arriva devant son armée, à cheval, avec un casse plaqué or pis un diadème de perles, de rubis pis de saphirs. Ça flashait en astie : 

« Chus v’nu icitte pour ravoir l’héritage qui m’arvient de droit : le trône de France! Oubliez pas qu’les Français ont juré de couper les doigts de la main droite de tou’és archers qui captur’raient! Faique faites-vous pas pogner! Mais vu qu’Jésus est mort su’a croix pour nos péchés, ben qu’chaque homme trace une croix à terre pis l’embrasse, pour se rappeler que c’est mieux d’mourir su’a terre icitte là que d’se sauver comme des pissous! » 

Les Français, eux-autres, attendaient en bas d’la côte. Le maréchal voulait que les Anglais les attaquent en premier, mais après trois heures à rester plantés là comme des codindes, les fantassins pis les chevaliers commençaient à faire la queue d’veau. 

Finalement, Henri fit avancer son monde juste assez proche pour que les archers puissent tirer.

Quand les Français reçurent les premières flèches par la tête, y’avait pu moyen d’les arrêter de foncer comme des malades, un peu tout croche. Pis à part ça, c’est pas tout le monde qui partit en même temps, parce qu’y avait des chevaliers qui s’étaient tannés d’attendre pis qui étaient partis nourrir leu ch’fal ou tirer une pisse. 

Entécas, ce fut une astie de catastrophe. 

Le maréchal Boucicaut avait prévu pogner les archers par le flanc pis les massacrer, mais à cause du bois de chaque bord, ses hommes durent laisser faire pis y’aller tête première en montant la côte.

Les ch’faux se faisaient blesser par les flèches pis se mirent à paniquer; après avoir crissé leu cavalier à terre, y’arpartirent à courir dans l’autre sens pis piétinèrent des fantassins en arrière. 

Faique les chevaliers continuèrent tous seuls. Les grosses armures, ça faisait en masse la job contre les flèches; c’tait comme avancer en char s’un chemin d’terre avec les taons à chevreuil qui pètent dans l’winshire. Le problème, c’est que les casses avaient yinque une fente pour voir, faique les chevaliers devaient avancer tête baissée pour pas manger de flèche dans l’œil. 

Mettons que c’tait pas vargeux. 

Les Français avaient aussi des arbalétriers, mais y’avaient pas assez de place pour tirer sans pogner leux alliés. Comme j’ai dit, y’étaient deux fois plus nombreux que les Anglais, mais là, ça leu servait pas à grand-chose, parce que le terrain entre les deux bois était pas assez large. Y se pilaient su’é pieds pis se nuisaient les uns aux autres : 

« Voyons, crisse! Tassez-vous! Chus même pas capable de m’sarvir de ma lance! »

Au fur et à mesure que ça mourait en avant, ceux qui suivaient devait passer par-dessus les cadavres. 

Pis comme ça allait pas assez mal de même, le champ avait viré à la grosse bouette qui colle. Les Français calaient aux genoux pis ça leu prenait toute pour avancer. Pis quand y tombaient, leu chien était pas mal mort : leur armure était trop pésante pour qu’y se relèvent, les autres leu pilaient dessus, pis y’en a plein qui finirent noyés dans leu casse. 

Une autre vague de Français se lâcha à l’assaut, mais y firent juste embarrasser encore plus le champ de bataille, poussant dans l’cul des premiers en avant pis finissant pareil comme eux-autres, effoirés dans la bouette. 

Les « crottés » de monde ordinaire, eux-autres, y’avaient pas de grosse armure, faique la bouette les faisait pas mal moins chier. Quand les archers finirent par manquer de flèches, y’embarquèrent dans l’tas avec des haches, des épées pis même des marteaux. 

Le roi Henri, lui, y’était pas assis su son steak en arrière avec son beau casse plaqué or; y’était drette dans la mêlée. En fait, en défendant son p’tit frère le duc de Gloucester qui s’tait faite blesser à la fourche, y mangea un coup de hache su’a tête qui fit décoller une partie de son diadème. Mais là, y s’artrouva avec un tapon de prisonniers. Y’en avait tellement qu’y étaient plus nombreux que l’armée anglaise au complet : 

« Crisse, d’un coup qu’y s’en rendent compte pis qu’y en profitent pour nous massacrer par en arrière? Ch’peux pas laisser faire ça… Calvaire, j’aime pas ça, mais j’ai comme pas l’choix… » 

Faique, contrairement aux règles de chevalerie du temps, y’ordonna qu’on tue toutes les prisonniers, sauf ceux qui pourraient donner une bonne rançon, genre, les nobles. Ça resta une grosse tache sale sur son règne, pis si y’avait faite de quoi d’même aujourd’hui, le Tribunal pénal international y’aurait claqué un procès pour crime de guerre assez sec. 

Pis là, finalement, après même pas 4 heures de bataille, les Français étaient toutes soit morts, soit prisonniers, soit en train de se sauver la queue entre les jambes. Quand Henri s’en aperçut, y’arrêta direct l’exécution des prisonniers. Les Anglais avaient perdu quelques centaines d’hommes, pis les Français, des milliers, dont une trâlée de monde important – des ducs pis des chevaliers pis plein de haut gradés. 

C’tait une sacrament d’volée historique. 

Après ça, y retourna en Angleterre sous les confettis pis de ding dong des clochers d’église. Y réussit pas à conquérir le trône de France à ce moment-là, mais y réussit à rendre le sien crissement plus solide. Même les épais qui avaient encore le piton collé sur Richard prirent leur trou pour de bon. 

Mais là, c’tait pas comme si l’royaume s’en allait vers des horizons meilleurs avec des p’tits anges pis des arcs-en-ciel, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, avec son beau roi neuf pis victorieux. 

Pour savoir comment ça a viré, ben allez vous dégourdir les jambes pis r’venez dans 15 minutes. Moi-même, ch’commence à avoir la fesse engourdie!  


La suite ici!


Source : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.


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Khutulun, la princesse lutteuse

Image : Ma grande chum de Saint-Bernard-de-Beauce, Mme La Cornette!

Ma belle-soeur à moé, la soeur à Mononc’ Poêle, c’est toute une femme. A l’enseigne les arts martiaux, là, le kick-boxing pis l’jujitsu, pis à r’vir’rait n’importe qui comme un bas. Des fois, j’la niaise en y disant qu’a pogne des avions à mains nues.

Je l’aime ben gros.

C’t’une créâture moderne, qu’on pourrait dire. Forte pis indépendante pis qui torche des culs, pis ch’parle pas de quand ça y’arrive de changer des couches.

Mais v’la 700 ans, y’avait une princesse – Khutulun, qu’a s’appelait. L’arrière-arrière-petite-fille de Gengis Khan. Pis comme ma belle-soeur, a se laissait pas marcher sué pieds.

Avant de continuer, on va mettre ça au clair drette là : aujourd’hui, on parle des Mongols, pis l’premier que j’vois faire une joke plate avec ça, j’y sacre un coup de tisonnier en arrière des jarrets.

Bon.

Quand Khutulun est née, son aïeul Gengis était six pieds sous terre depuis un bon boutte déjà. Ses descendants étaient répandus aux quatre coins de l’empire mongol, de la Chine à l’Iran en passant par la Corée pis l’sud de la Russie. Pis l’empereur de toutes les Mongols – le grand khan – c’tait Kublaï, le p’tit-fils de Gengis, qui dirigeait son empire à partir de Beijing, ben assis su son beau trône en or, dans sa robe de soie brodée.

Mais, c’tait pas toutes les Mongols qui trippaient sur la vie de palais. Le père à notre princesse, Kaïdu Khan, régnait sur l’Asie centrale, dans l’boutte du Kirghizistan, du Kazakhstan pis toutes les autres pays en « stan ». C’tait un homme dur, plus strict qu’un curé, qui buvait pas d’alcool pis qui mangeait même pas de sel – le genre à faire exécuter un de ses gendres quand y’apprit qu’y couchaillait avec la servante. Pis lui, y trouvait que Kublaï était yinque un faux cul qui avait abandonné les traditions de son peuple.

Faique Khutulun grandit à la mongole, nomade, dans la steppe, le vent dins ch’feux, au travers des herbes hautes, des ch’faux, des moutons pis de QUATORZE frères. Ça jouait dur dans’yourte à Kaïdu, pis toutes les moyens étaient bons pour se faire r’marquer par le père.

« Ayoye! Khutulun! Arrête! Mononc’! Tu me fais mal! Argh! Mononc’!!! MAMAN!!! »

La princesse apprit d’bonne heure à faire sa place, par la force si y fallait; pour elle, pas question de passer dans l’beurre parce qu’elle était une fille. C’tait un apprentissage à la dure qui allait y servir plus tard.

En grandissant, Khutulun devint une grande femme ben plantée pis large d’épaules, un peu comme moé dans mon jeune temps. Pis au lieu de se marier pis de faire des enfants, ben a devint lutteuse. Entre autres.

La lutte, c’tait un sport super important pour le peuple mongol. Quand t’étais bon à la lutte, t’étais considéré comme béni des esprits. Pis Khutulun, ch’sais pas si c’était à force de s’être autant colletaillée avec ses frères quand a l’était floune, mais a l’était bonne en simonac!

Dans c’temps-là, les hommes pis les femmes étaient pas séparés dans les compétitions. Y’avait pas de limite de temps, pas de tapis pis pas de catégories de poids : si tu pésais 100 livres mouillé pis que tu t’artrouvais en avant d’un astie d’bétail de 300 livres, ben tu t’arrangeais avec tes troubles.

Mais, qu’y soyent p’tits, gros, larges, minces, longs ou courts, Khutulun les battait toutes :

—       Faique c’est toé la fille à Kaïdu, là, qui est censée être pas battable? Pff! Ché pas quelle espèce de moumounes t’as pognées avant moé, mais ça s’arrête là, ton affaire!
—       Ah, t’es sûr? Parce que j’t’aurais proposé d’aller plusse par là-bas, l’herbe est moins tapée pis ça va être moins raide su ton dos quand j’vas te crisser à terre!

Ça se passait tout le temps de la même façon : la princesse pis son adversaire se pognaient par les bras, forçaient l’un contre l’autre, se sizaient. Ça pouvait durer longtemps. Ou pas pantoute. Mais le fendant qui avait osé affronter la princesse se retrouvait toujours cul par-dessus tête.

Malgré le risque de se faire planter les dents dans l’tuf par une femme pis de faire rire d’eux-autres, y se bousculaient quand même au portillon pour s’essayer contre elle.

L’affaire, c’est que Khutulun avait juré d’épouser yinque le gars qui réussirait à la battre.

Tsé, ça a d’l’air qu’a l’était pas laitte; en plus, être le gendre du khan, y’avait pire, dans’vie, comme situation. Mais, les gars étant des gars, le plus gros avantage à gagner, c’était le droit de péter d’la broue à tes chums jusqu’à la fin de tes jours.

Mais à date, personne l’avait vaincue. À chaque match, elle pis son adversaire gageaient des ch’faux, si bien qu’après un boutte, y’avait 10 000 bêtes dans sa cour. Une chance que les Mongols laissaient leux ch’faux lousses dehors – m’agine-tu, être pogné pour construire des écuries pis ramasser l’fumier pour un grosse harde de même?

Pis quand a luttait pas, Khutulun était à côté de son père, dans l’feu d’l’action.

C’tait la préférée de Kaïdu. Y’écoutait ses conseils, se fiait sur elle pis lui confiait des affaires importantes dans l’administration du royaume. Y y’avait même faite faire un gerege, un gros médaillon en or qui disait, en gros, « faire chier la personne qui le porte, c’est faire chier le khan ». Pis en général, y’avait juste les hommes qui avaient des médaillons d’même, faique c’tait tout un honneur. 

Comme j’vous ai dit, Kaïdu aimait pas vraiment Kublaï, qui se trouvait à être le cousin à son père. Y refusait de reconnaître son autorité, pis ça arrivait que ça vire à l’escarmouche. Pis dans c’temps-là, Khutulun était drette en avant.

Marco Polo, tsé LE Marco Polo, a vu Khutulun de ses yeux vue, pis y parle d’elle dans son Livre des merveilles.

« Kaïdu allait jamais au combat sans sa fille, parce qu’elle était plus vaillante que n’importe quel de ses guerriers. Des fois, a piquait une course à ch’fal, fonçait direct dins rangs ennemis pis, aussi habilement qu’une buse s’attrape un mulot, a pognait un pauvre gars de su son ch’fal pis le ramenait à son père. »

Ché pas pour vous-autres, mais moé, ça m’donne des frissons.

Entécas, c’tait clair que Kaïdu aimait ben gros sa fille. Mais là, y’a des langues sales qui commencèrent à dire qu’y couchaient ensemble. Ce monde-là, c’tait des asties de pervers jaloux qui voyaient des fesses partout.

Entre temps, un prince arriva pour défier Khutulun. Y’était beau comme Roy Dupuis dins Filles de Caleb, fort comme Jos Montferrand, riche comme Péladeau pis courageux comme le père Brébeuf. Pis fendant comme Trudeau père, à part ça : normalement, les gars gageaient 10 chevaux, 100 si y’étaient ben crinqués, mais le prince était tellement sûr de lui qu’y en gagea 1 000!

C’t’homme-là était un maudit bon parti, pis Khutulun aurait d’la misère à trouver mieux. Ça, Kaïdu l’avait ben vu, faique comme y’était pas trop à l’aise avec les rumeurs, y câlla un p’tit meeting familial :

—       Ma fille, ta mère pis moé faudrait qu’on t’parle de queque’chose.
—       Qu’est-ce qu’y a, p’pa?
—       Ben, tsé l’prince qui vient d’arriver dans l’boutte pis contre qui tu vas lutter?
—       Ouin…
—       Ben tsé, y’est bel homme, pis y’est vaillant pis y’est riche… Tsé, on s’rait pas fâchés d’l’avoir comme gendre. Pis comme le monde commence à jaser, ça s’rait pas mal le temps qu’tu t’marisses.
—       Êtes-vous après me d’mander de perdre par exprès?
—       Ben… C’est toi qui décide, ma fille. Nous-autres, on te tord pas un bras. Mais on aimerait ben gros ça si tu te trouvais un mari.

Khutulun était déchirée :

« Ch’pas pour perdre par exprès! Voyons donc, j’vais avoir l’air de quoi? Tsé, si y réussit à m’battre, m’as l’marier comme j’ai dit, pas de trouble. Mais d’un coup que j’gagne? Ch’pas pour faire d’la peine à p’pa pis m’man! »

C’tait toujours pas réglé dans sa tête quand arriva l’jour du match.

Y’avait du peuple, entécas. La steppe était ben pleine, pis y’avait d’l’électricité dans l’air! C’tait comme Ali contre Foreman, mais avec un soupçon d’érotisme qui faisait frissonner l’monde comme la brise qui s’faufile au travers des brins d’herbe.

Face à face, le prince pis la princesse se pognèrent par les bras, pis c’tait parti.

Khutulun se rendit compte pas mal vite que le prince était pas mal plus bon pis fort que le Mongol moyen. Heille, enfin un adversaire qui avait d’l’allure! Son dilemme prit le bord sur un moyen temps : a VOULAIT gagner, pis au yâble c’que ses parents allaient penser!

En lutte mongole, tu peux pas trop t’énarver : yinque ton genou qui touche à terre, pis t’as perdu. Faique pendant une cristie d’escousse, y se poussèrent, se tirèrent, se garrochant d’un bord, se garrochant de l’autre; c’tait à qui f’rait faire une erreur à l’autre en premier.

La foule se pouvait pu de crier; ça s’adoucissait l’gorgoton à grandes gorgées de lait de jument fermenté.

Pis là, enfin, forçant avec toute la force qui y restait, Khutulun réussit à crisser le prince à terre pis à gagner l’match.

Le prince, vaincu, crissa son camp sans dire un mot avec toute sa gang comme un astie d’mauvais perdant, laissant quand même les 1 000 chevaux qu’y avait gagés.

Les parents à Khutulun étaient pas d’bonne humeur.

Les rumeurs commençaient à vraiment faire du tort à son père, faique Khutulun finit par se marier avec un des hommes de son père, sans lutter contre.

Ce qui est important, c’est que ce gars-là, c’tait ELLE qui l’avait choisi. C’tait pas n’importe quel frais chié qui s’était adonné à être plus fort qu’elle, pis qu’après elle aurait été pognée avec.

C’est ça que j’ai toujours trouvé, moé, avec c’te genre d’histoire-là : la belle princesse dit qu’elle mariera yinque le gars qui vaincra le dragon/courra plus vite qu’elle/résoudra l’énigme/rapportera un quelconque cossin magique.

Mais y’arrive quoi si le gars en question est secrètement un astie d’moron pas de maturité émotionnelle qui ramasse pas ses rognures d’ongles d’orteil qui traînent à terre? La princesse est fourrée, là!

Mettons que c’est pas la meilleure façon de s’trouver un chum. C’est la leçon du jour, gang!

Pis au cas où vous vous le demandiez, c’est pas d’même que ma belle-sœur a trouvé son homme 😛


Sources :
Marco POLO, The Book of Sir Marco Polo the Venetian, concerning the Kingdoms and Marvels of the East
Jack WEATHERFORD, The Secret History of the Mongol Queens

Napoléon-Alexandre Comeau, héros de la Côte-Nord

Comme l’a dit un jour le grand François Pérusse, quand t’as ton nom sur un traversier, d’habitude, t’es mort.

Dans mon boutte, y’a un traversier qui se promène su’l fleuve entre Matane pis Baie-Comeau. C’temps-citte, c’est le F.–A.-Gauthier – vous devez n’avoir entendu parler, à moins d’être le gars qui a écrit le Bye-Bye –, mais ça a pas toujours été lui.

Avant c’t’espèce de citron tout plissé oublié dans l’fond du frigidaire entre un vieux pot de sauce à spag qui commence à avoir du ti poilu dessus pis un restant de crème sûre après virer turquoise, y’avait le Camille-Marcoux.

Pis avant avant ça, y’avait le N.-A.-Comeau. Le monsieur qui lui a donné son nom, ben oui, y’est mort, mais c’tait pas sa seule qualité : y’a aussi été tellement important pour la Côte-Nord pis le monde qui y vivaient qu’y est pratiquement brodé dans le paysage, en fils gris comme la mer fâchée qui fesse sué grèves pis verts comme les épinettes qui couvrent les coteaux pis les écarts comme du gros poil dru.

Fils d’un agent de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Napoléon-Alexandre Comeau poussa son premier cri en 1848 aux Îlets-Jérémie, entre Forestville pis Baie-Comeau. Y grandit dans l’boutte de Mingan, libre comme l’air au travers des Innus – le peuple autochtone qui vivait et qui vit encore dans ce coin-là. Y se promenait dans l’bois pis sur la grève, à poser des collets, à chasser la perdrix à l’arc pis à pêcher l’anguille pis le capelan avec des harpons qu’y se gossait lui-même.

Dans c’temps-là, les flos startaient jeunes, dans’vie. Le p’tit Napoléon-Alexandre, y’a eu son premier fusil à 7 sept ans, l’âge où les flos d’à c’t’heure braillent parce que tu veux qu’y aillent jouer dehors plutôt que de croûter su’l divan en rêvant d’être des youtubers quand y vont être grands.

Mais faut dire qu’y était précoce en maudit pareil. Après avoir passé un boutte à Trois-Rivières pour apprendre l’anglais, y revint à Mingan. Pis à 12 ans, y’était assez responsable, habile pis connaissant pour avoir sa première vraie job, pis pas n’importe laquelle.

La compagnie de la Baie d’Hudson, pour qui son père travaillait pu à ce moment-là, avait vendu les droits de pêche sur la rivière Godbout  en se crissant totalement d’un p’tit détail, genre que la rivière, c’tait une partie du territoire ancestral des Innus. Pis le gars qui les avait achetés, Agar Williamson, était tanné qu’y viennent pêcher sur SA rivière, pis y voulait engager un garde-pêche pour les enlever de d’là. Napoléon se proposa tu’suite :

—     T’as pas peur de te faire scalper par les Indiens? demanda Williamson.
—     Pantoute! J’les connais, ce monde-là. J’ai grandi avec eux-autres. On s’adonne ben, pis y’aura pas de trouble.

Faique Napoléon fut engagé, pis y garda cette job-là toute sa vie, s’arrangeant toujours pour garder la paix entre les Anglais pis les Innus. Mais c’était pas la seule job qu’y allait avoir : grâce à toutes les affaires qu’il avait appris des Innus, y fut guide de pêche, trappeur et naturaliste.

Y fut aussi télégraphiste, pis même docteur.

Y’avait pas étudié pour ça, mais y’avait ben d’la jarnigoine, pis y’avait tellement lu qu’y finit par en savoir assez pour être capable de soigner l’monde. Pis comme dans c’temps-là, la Côte-Nord, c’tait comme le boutte du monde – pis des fois, à voir le gouvernement aller, on dirait que ça l’est encore –, ben le Collège des médecins v’nait pas l’écoeurer.

À l’hiver 1886, Napoléon alla à la chasse aux phoques avec son frère Isaïe. Y’avait même pas encore un p’tit coin d’aube à l’horizon que c’tes deux crinqués-là étaient déjà en canot su’l fleuve à attendre qu’y en ait un qui s’pointe el’périscope au travers des vagues. Pas loin, dans un autre canot, y’avait aussi deux de ses beaux-frères – les frères à sa femme Antoinette –, Alfred pis François Labrie.

Quand y’étaient partis de Pointe-des-Monts, le fleuve était dégagé, mais un m’ment’né, des gros bouttes de glace se mirent à dériver vers eux-autres, avec une couche de frasil qui suivait pas loin en arrière. Pis le frasil, c’est traître : si tu te retrouves pogné dans c’t’espèce de slush flottante, ben y’a pu moyen d’avancer. 

Napoléon était ben au courant de t’ça, faique y dit à son frère :

« Ch’pense que c’est l’temps de r’virer d’bord. »

Mais ses deux beaux-frères, eux-autres, y s’étaient pas rendu compte de t’ça. 

« Heille! Les gars! Arvenez-vous en! »

Napoléon pis Isaïe avaient beau faire des sparages, Alfred pis François les entendaient pas; y’avaient spotté un phoque, pis étaient trop concentrés dessus pour les voir. Pendant c’temps-là, le frasil continuait à se rapprocher pis le vent du nord-ouest commençait à se lever. Ça allait v’nir laitte dans pas long, pis fallait que les gars reviennent à terre au plus crisse.

—     On va-tu les chercher? demanda Napoléon.
—     Fais comme tu l’sens, répondit Isaïe.

Faique les deux frères se lâchèrent au travers des glaces pour aller trouver Alfred pis Francois. Pis quand y réussirent enfin à se rendre à eux-autres, le frasil les avait rattrapés. Y’étaient pris sur le fleuve.

—     Heille, scusez, hein! On a rien vu aller, nous-autres, dirent les frères Labrie.
—     Pas grave. Là, faut penser à s’en sortir.

Dans l’frasil, ça servait à rien de ramer. Y’auraient juste forcé dans le beurre jusqu’à ce que mort s’ensuive. Faique à la place, les gars se servirent de la technique de l’échelle : toute la gang dans un canot, y poussaient l’autre vers la rive; après, y changeaient de canot, tiraient le premier canot vers le deuxième, rembarquaient dans le premier canot, pis y r’commençaient.

Méchante job.

En plus, la tempête s’était levée. La neige leur fouettait la face pis leur rentrait dins yeux. Pire, le vent les bardassait pis les poussait au large; y se démenaient comme des bons absolument pour rien. Pis comme si ça allait pas assez mal de même, Napoléon, en sautant d’un canot à l’autre, manqua son coup pis prit une débarque dans l’eau frette. Heureusement, les autres purent le haler dans le canot. Ses culottes étaient trempes bord en bord. Y’arriva la même affaire à Isaïe – l’eau rentra dans ses bottes pis y se retrouva les bas gelés dur.

Un m’ment’né, y virent un boutte de banquise assez gros pis assez solide pour qu’y puissent monter dessus. Là, y placèrent les deux canots sur le côté, accotés sur leurs harpons plantés dans’glace, pour se faire une espèce d’abri contre le vent.

Napoléon, pogné avec ses culottes trempes, les enleva pour les tordre :

« Hiiiiiiiiiiiiihhhhhh simonac qu’y fait frette gériboire de bonyenne! », s’écria-t-il, les gigots à l’air dans un désert de glace, claquant des dents en sautant sur place pis en se fessant le chest à coups de poing pour se faire circuler l’sang. Ça prit tout son p’tit change à Isaïe pour enlever ses bas pis faire pareil.

Après un boutte, la tempête slaqua un peu pis le ciel commença à se dégager. Mais les gars avaient rien dans l’ventre pis commençaient à geler comme des crottes.

« Heille! R’gardez, les gars! Des canards! »

Voyant l’occasion de se pogner un snack, Napoléon chargea son fusil pis réussit à en abattre trois. Les doigts engourdis par le frette, les gars ramassèrent les canards pis leur arrachèrent les plumes pour les mettre dans leurs bas pis leur mitaines pour faire de la bourre. Après ça, ils les lavèrent pis les vidèrent dans l’eau du fleuve. C’tait un p’tit lunch de misère, mais c’tait mieux qu’une claque su’a yeule. Malgré toute, y décidèrent quand même de garder ça pour plus tard.

Avec toute ça, la journée avait passé au complet, pis la noirceur était r’venue. Les gars virent la lumière du phare de Pointe-des-Monts : d’habitude, à c’temps-là de l’année, y’était éteint, mais le gardien avait dû savoir qu’y avait du monde pardu su’l fleuve, pis avait allumé la lampe.  

  Hm. Si j’me fie au phare, on est à peu-près à 12 milles de la côte, estima Napoléon.
— Ben voyons? Si loin que ça? On n’a quasiment le tiers de faite pour se rendre l’autre bord! 
— Justement. Avec le vent pis les courants, ça sert à rien d’essayer de r’tourner vers Pointe-des-Monts. On va essayer de traverser. 

Personne s’astina. 

Y commençait à avoir de la houle, pis la glace se dispersait. Les gars rembarquèrent dans les canots pis se mirent à ramer franc sud. Y purent faire un bon boutte de même, mais après une couple d’heures, y frappèrent un mur de glace. 

C’est quand même paradoxal quand t’es gelé, mais que t’es brûlé en même temps. Y faisait -22, pis y’étaient trop fatigués pour monter leurs canots sur la glace pis les traîner. Faique y dompèrent toute ce qu’y avaient pu besoin : ancres, harpons, une partie de leurs balles de fusil. 

Comme les canots étaient rendus plus légers, y purent les tirer. Pis y se remirent à avancer, un pas à la fois. 

Quand c’est dur de même, pis que t’as pas le luxe d’arrêter, ton monde devient toute petit. La seule affaire qui compte, c’est de mettre un pied d’vant l’autre – un, deux, un deux. Toute fait mal, mais t’essayes de pas y penser. Pis tu te dis que la seule façon de t’en sortir, c’est de passer au travers. 

« Que j’vous voye essayer de manger d’la neige, dit Napoléon aux autres gars. Moé’ssi ch’crève de soif, mais ça va yinque vous r’frèdire en dedans pis vous faire parde des forces. » 

C’est que ça faisait plusieurs fois qu’y pognait Isaïe pis François en train de s’en prendre une pognée. Mais tsé, ça faisait 24 heures qu’y étaient dans l’péril, pas de bouffe pis pas d’eau bonne à boire. Y’étaient juste pas capables de s’en empêcher. 

À ce moment-là, y décidèrent de se donner un peu de forces en mangeant deux des trois canards que Napoléon avait tirés tantôt. Les bouttes de volaille crue pis frette, réchauffés dans leurs t’sours de bras, allaient leur donner un p’tit regain. Ça devait goûter l’yâble, mais y’avaient-tu le choix? 

Pis y r’partirent, juste comme le jour commençait à se l’ver pour une deuxième fois depuis l’début de leur aventure. Pis là, y virent la neige su’l top des montagnes de la rive sud scintiller comme du sucre blanc dins rayons du soleil. Y n’avaient le plus gros de faite! 

Mais y’avaient frette. J’vous avais-tu dit qu’y avaient frette ? Astie qu’y avaient frette. Isaïe sentait pu ses pieds pis arrivait pu à suivre les autres. Napoléon coucha son frère dans un des canots, le plus léger. L’autre canot fut laissé là. 

Plus loin, François tomba à terre; son corps était juste tanné, pu capable. Napoléon pis Alfred Labrie le mirent dans l’canot avec Isaïe pis se r’mirent à tirer. 

« Enwèye, les gars! Laissez pas l’endormitoire vous gagner! Essayez d’bouger un peu pareil! »

Là, y’étaient rendus au soir. Pis y’étaient même pas encore sauvés. La banquise arrêtait devant eux-autres, pis y leur restait à ramer deux kilomètres pour se rendre à’terre. 

Napoléon pis Alfred mirent le canot à l’eau pis se mirent à ramer, avec Isaïe pis François qui bougeaient quasiment pu, la face rouge, le nez blanc pis l’frimas pogné dans’barbe. Quatre morts-vivants, deux un p’tit peu moins morts que les autres. Avec le dernier filet de voix qu’y lui restait, Napoléon dit : 

« Lâche pas, Alfred! On arrive! »

Pis enfin, ENFIN! Le canot toucha terre en avant de Cap-Chat. Tu’suite, Napoléon pis Alfred débarquèrent et ramassèrent Isaïe pis François. Si y trouvaient pas d’l’aide ben vite, y passeraient pas la nuite. 

Dans sa maison pas loin d’la grève, une madame vit quatre gars bizarres arriver en marchant croche comme si y’étaient saouls. Comme a l’était toute seule avec les enfants, a l’éteignit la lampe à huile pis se cacha en espérant qu’y passent leur chemin. Mais ça se mit à varger à la porte : 

« Sivouplaît, ouvrez la porte… On vient de la Côte-Nord, pis la tempête nous a poussés jusqu’icitte… » 

En entendant la voix désespérée à Napoléon, la madame sut qu’y se passait quequ’chose de grave et ouvrit la porte. Les gars étaient sauvés. 


Finalement, Napoléon et Alfred étaient corrects, yinque ben fatiqués. François avait pogné une pneumonie. Isaïe fut le moins chanceux des quatre : les engelures l’avaient tellement magané qu’y fallut lui amputer un pied, des doigts pis plusieurs orteils. 

Grâce à sa connaissance du fleuve, des courants, des vents pis des glaces, sans parler de son courage pis de sa maudite tête de cochon ben décidée à pas mourir, Napoléon avait sauvé son frère pis ses beaux-frères. En reconnaissance de son exploit, y fut décoré par le lieutenant-gouverneur de l’époque.

Pis savez-vous ce qu’y est le plus drôle? Pour s’en r’tourner chez eux, Napoléon pis sa gang durent faire le grand tour en passant par Québec. Pour un gars qui avait traversé l’fleuve en canot pis qui a fini par avoir un traversier à son nom, c’tait quand même ironique. Plus ça change… 


Source : Réjean Beaudin, Napoléon-Alexandre Comeau, le héros légendaire de la Côte-Nord, XYZ Éditeur, 2006.

Spécial Noël : saint Nicolas, héros en soutane

Ilia Répine, « Saint Nicolas arrêtant le bourreau » (1888). Mention spéciale à l’adorable petite nuisette rose transparente du gars à gauche.

Bon, w’est encore rendus à Noël. 

Vot’ Matante Poêle, entécas, a trippe : mes gâteaux aux fruits macèrent dans’boisson, mes cadeaux sont emballés pis Mononc Poêle est déjà à boutte de m’entendre chanter des tounes de Noël. 

Les enfants aussi, y trippent : sont fous comme des balais en attendant que le père Noël vienne leur porter leux étrennes en dessous du sapin. 

Mais d’où c’est qui t’sort, lui, le père Noël? 

C’t’un peu compliqué, mais en gros, c’est parti d’un saint du quatrième siècle : Nicolas de Myre, le saint patron des enfants. Au Moyen-Âge, le jour de sa fête – le 6 décembre – les parents donnaient des cadeaux aux flos en son honneur.

Après ça, au 16e siècle, y’a du monde qui ont commencé à trouver que le vénérage d’un tapon d’saints, ça commençait à ressembler aux païens qui ont plusieurs dieux. Faique comme le monde auraient chiâlé si on leur avait dit d’arrêter ben sec la tradition de la Saint-Nicolas, ben le donnage de cadeaux a été déménagé à Noël pour que ça soit associé au p’tit Jésus à place. 

Après, ben là, y’a plein d’influences pis de coutumes qui se sont mélangées, du « Father Christmas » joyeux et soûlon des Anglais aux traditions des Pays-Bas en passant par l’Odin des Vikings, pis, avec un coup de pouce de Coca-Cola, on s’est ramassés avec le bonhomme qu’on connaît aujourd’hui. 

Mais le saint Nic du quatrième siècle, là, y’avait fait quoi de spécial? Pas mal d’affaires, ça a d’lair. Selon la légende, y’était tout le temps après sauver tout le monde – un vrai superhéros! Mais y’était pas doux. Oohhh, non! 

Nicolas de Myre naquit au troisième siècle à Patare, dans la Turquie d’à c’t’heure. Pis y’était précoce, le p’tit vlimeux : le jour de sa naissance, y se leva deboutte tu seul pour recevoir le baptême, pis y refusait de prendre le sein de sa mère les jours de jeûne prescrits par l’Église. 

Rendu ti-gars, y’aimait plus passer du temps dins églises qu’avec les autres flos. Inspiré par les Saintes Écritures, notre rongeux de balustre en herbe devint pas mal pieux. 

Comme ses parents étaient riches, Nic hérita d’un pas pire pécule quand y moururent. Au lieu de s’acheter un gros char pis d’aller dans le Sud, y se demanda comment distribuer l’argent pour contribuer à la gloire de Dieu. 

Un m’ment’né, y’apprit qu’un de ses voisins était rendu tellement pauvre qu’y était su’l bord d’envoyer ses trois filles vierges faire le trottoir pour mettre du pain su’à table. 

Nic capota ben raide : y’était pas pour laisser faire ça! Faique la nuite venue, y’emballa un gros tas de pièces d’or dans un linge pis le garrocha dans’cour du voisin. 

Pas longtemps après, grâce à l’argent de Nic qui servit de dot, l’aînée des trois filles put se marier. 

Nic fit la même affaire pour la deuxième fille. Là, le père commença à se poser des questions : 

« Voyons, jériboire, c’est qui qui garroche d’l’argent dans ma cour? »

Pour la troisième fille, Nic doubla la somme d’argent par rapport aux fois d’avant et la pitcha chez le voisin; mais là, le bruit des piasses qui tombaient à terre réveilla le voisin, qui partit à’course après Nic pour y dire merci. 

Y voulut lui embrasser les pieds pis crier c’qu’y avait faite sur tous les toits, mais Nic voulut rien savoir : 

« Bon, là, là, lâche-moé les orteils, pis parle de t’ça à personne, c’tu clair? » 

Nic, y faisait pas ça pour la renommée. 

Un jour, l’évêque de Myre péta au frette, faique les vieilles barbes vénérables se réunirent pour y trouver un remplaçant.

Un de ces vénérables-là, que beaucoup de monde voyaient comme nouvel évêque, dit aux autres : 

« Partons pas en peur, là : avant de décider, on va prier pis jeûner, pis on va voir c’que l’Seigneur nous inspire. » 

Dans la nuite, y’entendit une voix qui y dit : 

« Demain matin, à l’heure des matines, tiens-toé dans le cadre de porte de l’église, pis le premier gars qui essaye de rentrer ben, fais-le évêque. » 

Faique le vénérable se tint dans le cadre de porte, en espérant ben gros que ça soye pas l’idiot du village qui s’adonne à arriver en premier. Mais quand les matines sonnèrent, dès le premier ding et avant même le dong, c’est Nicolas qui se pointa sur le parvis. 

– Heille, t’es qui, toé?
– Euh… Nicolas?
– Ben Nicolas, t’es le nouvel évêque! 
– Hein? Wô, menute là! 

Nic se fit pogner par les vénérables, emmener dans l’église pis mettre le casse d’évêque su’a tête. Y’eut beau chiâler pis dire qu’y était pas digne, y’était pas mal devant le fait accompli, faique il accepta sa nouvelle job. 

C’est après ça que commença sa carrière de superhéros en soutane. 

Un m’ment’né, des marins en perdition qui avaient entendu parler de lui, mais qui l’avaient jamais vu, se mirent à le prier en braillant : 

« Nicolas! Si toutes les belles affaires qu’on a entendues sur Dieu sont vraies, ben viens nous sauver d’la tempête! »

Pis là, Nicolas apparut au travers d’la pluie pis des vagues qui fessaient su’l pont : 

« Chus là! Qu’est-cé vous voulez? Heille, c’est su’l bord de couler, c’bateau-là! Ôtez-vous de d’là, m’as vous arranger ça! »

Les marins, les yeux ronds comme des trente sous, le regardèrent pogner lui-même la barre, les ramener à bon port, pis disparaître.

Quand y’arrivèrent à Myre, y croisèrent Nic, le reconnurent, pis se garrochèrent à ses pieds pour le remercier. Mais vous savez comment Nic aimait ça, se faire taponner les orteils :

« Ben voyons, j’ai rien faite, moé, c’est Dieu pis votre foi qui ont fait toute la job. Tassez-vous, là! Faut que ch’passe. »

Un jour, y’avait des rebelles qui faisaient du trouble en Phrygie, une région de la Turquie d’à c’t’heure. Faique l’empereur envoya trois princes – Népotien, Orsin pis Apolin – à la tête d’une armée pour leur calmer les nerfs.

Mais là, pendant le voyage, le vent était pas trop d’adon, faique les princes durent faire un croche par Myre. Fouille-moé pourquoi, c’pas clair, mais c’te soir-là, Nic se tenait avec eux-autres, pis pendant ce temps-là, quequ’un vint le trouver toute essoufflé :

« Monsieur Nicolas! Monsieur Nicolas! Le préfet est après vouloir faire décapiter trois soldats qu’y ont rien faite de mal! Y’avait du monde qui voulaient leu peau, pis y’ont corrompu le préfet pour qu’y’é condamne à mort! »

Nic fit pas ni une ni deux pis dit aux princes :

« Ah ben simonac! V’nez-vous en, vous autres, on s’en va les sauver! »

Faique Nic clancha, les trois princes qui suivaient en arrière comme des bébés canards, jusque où les trois soldats étaient censés se faire décapiter. Comme y’arrivait, y’étaient enchaînés, à genoux à terre, pis le bourreau avait l’épée dins airs, prêt à fesser.

« Heille! Arrête-moé ça tusuite! »

Pis Nic, full au bouchon de l’amour de Dieu, se garrocha sur le bourreau, pogna son épée par la lame pis la pitcha au bout de ses bras. Y détacha les prisonniers pis les emmena avec lui :

« Maudit cave de préfet, m’a y dire ma façon d’penser, moé! V’nez-vous en! »

Faique y se rendit chez le préfet. La porte était fermée, mais Nic se bâdra de t’ça pas pis rentra de force. Comme de raison, le préfet, attiré par le bruit, arriva pour voir ce qui se passait :

– Ah ben quins, si c’est pas Nicolas! Qu’est-ce que le me vaut l’honneur de… euh… qu’est-cé tu fais icitte?
– Toé là, espèce d’Hérode de crosseur du maudit! Sans-dessein! Qu’est-cé qui t’as passé par la tête, de faire une affaire de même? J’espère que tu files cheap!

Pis y continua de l’engueuler jusqu’à ce qu’y se roule en boule à terre et implore le pardon du Tout-Puissant. 

Après ça, les trois princes purent repartir, aller faire leur affaire en Phrygie pis r’tourner à Constantinople. En récompense d’avoir effoiré les rebelles, l’empereur Constantin les couvrit d’honneurs : des banquets pis d’l’or pis d’la boisson pis des fesses, toute le kit. 

Mais là, toute c’t’es patentes-là, ça rendit les autres princes jaloux. Faique y grenouillèrent pour faire croire que Népotien, Orsin pis Apolin avaient conspiré contre l’empereur. 

Quand Constantin sut ça par un de ses magistrats, y se posa même pas de questions, fit pas d’enquête et pogna tusuite les nerfs : 

« Qu’on les câlisse en prison pis qu’on leu coupe la tête drette demain matin! »

Nos trois majestés étaient ben découragées. Mais là, y se rappelèrent ce que Nic avait fait avec les trois soldats innocents, faique ils pensèrent ben fort à lui en espérant qu’y vienne les sauver. 

Ben creyez-moé, creyez-moé pas, mais Nic apparut direct dans la chambre à Constantin pis commença à l’engueuler : 

– Pourquoi c’est faire que t’es monté drette su tes grands ch’faux pis que t’as condamné les princes à mort sans essayer de savoir si c’tait vrai ou si c’tait des menteries? Sors de ton litte, pis ordonne qu’y soyent libérés, parce que sinon m’a prier Dieu pour que tu te fasses tuer par tes ennemis pis que tu finisses en charogne tout éjarrée dans l’désert! 
– T’es qui, toé, pour rentrer dans mon palais en pleine nuite pis me parler dans l’casse de même?
– Chus Nicolas, évêque de Myre! 

Nic avait pas fini – y’apparut au magistrat aussi : 

– T’es-tu tombé su’à tête, toé? Voyons donc, conseiller à l’empereur d’exécuter trois innocents? Enweille, déguédine pis va les faire libérer, sinon toute ton corps va pourrir, tu vas te faire bouffer par les vers, pis toute ta descendance va être maudite!
– T’es qui, toé, pour v’nir me menacer d’même? 
– Chus Nicolas, évêque de Myre! 

L’empereur et le magistrat se levèrent pis allèrent se raconter leux aventures : 

– Heille, y vient-tu de t’apparaître un vieux crisse d’enragé noir qui te faisait des menaces?
– Han! Ben oui, toé’ssi? 
– Ouin. On f’rait mieux d’aller libérer les princes! Y’avait pas l’air de niaiser, l’pére! 

Faique y’allèrent libérer les princes, pis l’empereur leur dit : 

« Vous pouvez y’aller! Vous êtes aussi ben de rendre grâce à Dieu, parce vous y d’vez vos fesses! Pendant qu’j’vous ai, j’vous demanderais une p’tite faveur : allez don à Myre dire merci à Nicolas, pis apportez-y une couple de cadeaux de ma part! Demandez-y ben gentiment d’arrêter d’me menacer, pis dites-y que si y pouvait parler de moi en bien au Seigneur, ça serait pas pire pantoute. » 

Pis après ça, Nic mourut. Mais là, allez pas penser que la mort allait l’arrêter d’apparaître au diâble au vert pour sauver tout le monde! Ni que j’vous ai conté toute c’que Nic a faite dans sa vie! Là, faut j’vous laisse, mon chat est après grimper dans mon sapin pis toute sacrer à terre. Mais on se r’trouve entre Noël pis l’jour de l’An, m’as vous conter toute c’que j’ai pas eu l’temps d’vous dire aujourd’hui! 

Joyeuses Fêtes, là! 

Partie II


Source : Jacques de Voragine, La Légende dorée. https://play.google.com/books/reader?id=vuliAAAAcAAJ&pg=GBS.PP1









Léo Major, partie 4 – la colline 355

Partie 1
Partie 2
Partie 3

– M’man? Y’est où mon linge civil?
– Ah, on l’a vendu parce qu’on pensait que t’allais te faire tuer là-bas. Pis de toute façon, on avait besoin d’argent. 

C’était pas exactement l’accueil que Léo Major, héros de Zwolle, aurait espéré. 

Au début d’août 1945, Léo Major était r’venu à Montréal, pis c’était comme si la guerre avait été yinque un rêve épouvantable que personne à part ses compagnons d’armes pouvait comprendre, et qui le hanterait pour le restant de ses jours. 

Y s’était quand même pas attendu à ce que ses parents y’ouvrent la porte avec des confettis pis du sucre à’crème, mais au ton indifférent à sa mère, y’avait quasiment l’impression de déranger.  

Pas le genre à se pogner le beigne, Léo quitta l’ambiance de salon funéraire  avec les fenêtres ouvertes au mois de janvier qui régnait dans la maison de ses parents et s’en alla gagner sa vie. 

Dans les années qui suivirent, il fit plusieurs jobs : magasiner pour l’armée, ce qu’il trouvait plate à mort, plombier et tuyauteur. Pis, il rencontra la belle Pauline, qui allait devenir sa femme. Mais là, le 25 juin 1950, la Corée du Nord envahit la Corée du Sud : c’était le début de la Guerre de Corée. 

Ben vite, les États-Unis, le Canada pis d’autres pays de l’ONU se mobilisèrent pour défendre la Corée du Sud, tandis que la Chine se mit du bord de la Corée du Nord. Léo, lui, venait de se faire offrir une job en Afrique du Nord quand il reçut un appel de Gustave Olivier Taschereau, son commandant pendant la Deuxième Guerre mondiale :

– Major, j’aimerais ça que tu viennes à une rencontre avec une couple d’officiers au centre de recrutement.
– Comment ça? 
– Y’a le lieutenant-colonel Jacques Dextraze qui veut vraiment te voir. 

Son nom avait beau sonner comme un ingrédient louche dans les cochonneries sucrées qu’y vendent au dépanneur, Dextraze, c’était tout un homme. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, y’avait dirigé le régiment des Fusilliers du Mont-Royal pis avait fait tellement une bonne job qu’il avait été décoré de l’Ordre du Service distingué. Ses hommes le considéraient comme toffe, sévère, mais efficace. Avec lui, t’étais aussi ben de te tenir les fesses serrées. 

Là, y reprenait du service pour diriger le deuxième bataillon du Royal 22e Régiment en Corée, pis y’avait l’œil sur Léo. Y voulait créer un peloton de francs-tireurs avec lui en charge. Connaissant Léo, pour lui vendre sa salade, il lui dit : 

« T’auras pas d’officier sur ton dos pour te dire quoi faire! »

Heille, y le connaissait-tu, son homme? Ce fut assez pour convaincre Léo, qui s’enrôla le 15 août 1950 : c’était reparti. 

Après plusieurs mois d’entraînement vraiment raide, d’abord à Valcartier, puis à Fort Lewis, aux États-Unis, Léo pis son peloton s’embarquèrent pour la Corée du Sud en avril 1951 et arrivèrent au début de mai. 

Les six mois d’après passèrent en patrouilles pis, pour Léo pis son peloton, en raids et en missions de reconnaissance. Pour les gars, c’était loin d’être une partie de poches dans’cour chez ton mononcle : l’hiver, y se gelaient le cul pis pognaient le rhume, la grippe, des engelures pis le « pied des tranchées » – ça, essentiellement, c’est quand tes pieds commencent à pourrir parce qu’ils sont trop souvent trempes pis frettes. L’été, y se faisaient manger tout ronds par les bebittes, pognaient des coups de chaleur, pis j’en passe. Un m’ment’né, Léo vit un rat passer dans le campe avec une barre de chocolat dans’yeule. Le gars qui a mangé la barre, y’est mort de la fièvre de Mandchourie. Ayoye.

L’ennemi était partout, pis fallait tout le temps se méfier. D’ailleurs, les gars s’entendaient sur un mot de passe à tous les soirs, mais ça arrivait qu’il y en ait qui oublient, faique à la place, ils lâchaient un bon gros « tabarnak! ». Avec ça, c’était assez clair que c’était pas un Chinois qui essayait de se faufiler en arrière des lignes. 

Mais là, le 22 novembre 1951, la marde était sur le bord de pogner solide. 

À ce moment là, le Royal 22e était campé au nord de Séoul, la capitale de la Corée du Sud, pis devait aller rejoindre les Américains de la 3rd US Infantry Division, qui occupaient la colline 355, qui s’appelait de même parce qu’elle faisait 355 verges de hauteur. La 355 était la plus haute dans ce boutte-là. 

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La compagnie B pis la compagnie C étaient au sud, la compagnie A était au milieu, pis la compagnie D était entre la colline 355 pis la colline 227 juste à côté, nommée elle avec pour sa hauteur, qui était pas occupée. 

Léo était avec le lieutenant-colonel Dextraze pis jasait de son dernier raid quand les Chinois attaquèrent la colline 355. Pendant une demi-heure, les Américains mangèrent une pluie d’obus en pleine gueule avant de se faire ramasser par l’infanterie ennemie. Pis là, drette de même, ils se sauvèrent, laissant là toute leur équipement pis leurs armes. Léo, qui voyait ça aller, était ben découragé : 

« Gang de pissous! Les Yankees, là, sont ben meilleurs pour faire des films que guerre que pour se battre pour de vrai. Y devraient avoir honte! »

La colline 355 étant aux mains des Chinois, la Division D se retrouvait le flanc à l’air et risquait d’être attaquée des deux bords, pis c’est justement ce qui arriva durant une bonne partie de la journée du 23. Heureusement, les gars tinrent le coup. 

Après ça, les Américains reprirent la colline 355, mais c’était pas pour durer. 

Vers la fin de l’après-midi le 24, les Chinois passèrent encore une fois à l’attaque, pis là toute se mit à péter. La compagnie D était assaillie de tout bord tous côtés, pis ça regardait mal en bâzouelle. La colline 355 repassa aux Chinois. 

Pour contre-attaquer, le lieutenant-colonel Dextraze avait comme idée de faire monter la compagnie D sur le dessus de la colline 227, pis la compagnie B sur le flanc de la 355, pour pogner les Chinois en tenaille pis les crisser dehors. Malheureusement, la compagnie B était même pas rendue à la moitié de la côte que les tirs nourris des Chinois la forcèrent à revirer de bord. La compagnie D, elle, réussit à monter sur la 227, mais l’ennemi l’attaqua tusuite à partir de ses positions défensives, tellement raide qu’a l’était pu capable de rien faire. 

Au milieu de t’ça, Léo voyait le monde mourir, pis ça y rappelait quand son chum Willy s’était fait descendre juste avant la libération de Zwolle. Comme à ce moment-là, y’était en tabarnak. Mais même si toute en-dedans de lui était en feu, y gardait la tête froide. 

C’est là que Dextraze, voyant que son plan avait foiré, se tourna vers Léo : 

« Léo, t’es mon dernier espoir. J’ai yinque eu des victoires depuis la Normandie, pis j’ai pas envie d’être battu pour la première fois. »

Léo comprenait exactement ce que Dextraze y demandait, pis c’était une gériboire de grosse commande. Après avoir pensé à son affaire, y répondit : 

« Ce que tu me demandes, ça va être ben difficile. J’ai juste 65 hommes pour capturer une montagne qu’un régiment au complet a pas été capable de tenir. Mais, j’veux ben essayer, pis même, ch’pense pouvoir tasser les Chinois de d’là. Pour ça, faut que j’utilise l’effet de surprise au maximum. Tchècke ben comment qu’on va faire… » 

À 9 h du soir, Léo pis ses hommes partirent à pied pour se rendre en arrière de la colline 355, par où les Chinois s’attendraient jamais à une attaque. À 11 h et demie, Ils étaient prêts à commencer à monter la montagne. Pis à 1 h moins quart, y leur restait juste un petit boutte à monter. C’est là que, comme Léo l’avait demandé, les mortiers du Royal 22e tirèrent en avant de la colline : comme ça, pendant que l’équipe de choc montait les dernières verges, les Chinois avaient les yeux tournés de l’autre bord pis pouvaient pas l’entendre arriver au travers du bruit des explosions. 

Quand Léo pis sa gang arrivèrent au sommet, les Chinois furent pognés complètement les culottes à terre et se mirent à paniquer. Tout le long de l’attaque, Léo, en communication radio avec Dextraze, lui disait où diriger les tirs de mortier pis de mitraillettes.  

Grâce aux efforts coordonnés de Léo et de Dextraze, à 2 h du matin, les Chinois avaient décrissé, pis Léo était le roi de la montagne. Bon ok, y’aurait jamais dit ça de même, mais y’avait réussi à battre l’ennemi qui était cinq ou six fois plus nombreux que lui pis ses gars. Pis en plus, y’avait pas perdu un homme! C’était un tabarouette d’exploit. 

Mais la colline 355 avait changé de mains un tapon de fois dans les derniers jours; la prendre, c’était une affaire, mais la garder, c’en était une autre. 

Léo, connaissant les Chinois, se dit qu’y allaient sûrement attaquer à l’aube. En attendant, il fit évacuer trois blessé graves pis patcha les autres. Ensuite, il appela Dextraze pour faire placer les mortiers pis les mitraillettes de manière à ce que les Chinois, en arrivant dans la vallée en face de la colline, se fassent ramasser pendant leur approche. Après ça, il alla explorer les positions que les Américains avaient abandonnées.

Y trouva des tranchées, des dug-outs – des espèces d’abris creusés dans la terre – pis surtout, des caisses pis des caisses de grenades. Ohhh yes. Les grenades, c’est parfait pour garrocher en bas d’une montagne sur les ennemis qui s’en viennent. Après avoir séparé ses hommes en petits groupes pour mieux défendre la montagne, Léo était prêt pour les Chinois.

Une p’tite neige se mit à tomber tandis que Léo faisait le tour du sommet, regardant de temps en temps à l’horizon pour voir si l’ennemi s’en venait. Pis là, se détachant contre le blanc du fond de la vallée, arrivèrent deux colonnes de Chinois qui s’en venaient drette dans la direction de Léo. 

De où ce qu’y était, Léo pourrait très bien diriger les tirs d’artillerie sur l’ennemi qui arrivait, comme si y’était un chef d’orchestre pis que les obus pis les balles étaient les notes de sa symphonie. C’était tellement efficace qu’y a pas grand Chinois qui réussirent à se rendre au pied de la 355. Pis ceux qui arrivèrent à monter la montagne se firent ramasser par des grenades. 

Enfin, Léo fit arrêter les tirs pour laisser les Chinois ramasser leurs morts pis leurs blessés. Après ça, il passa encore trois jours dans un frette épouvantable à défendre la colline 355 avec l’aide du peloton de mortiers, repoussant plusieurs autres attaques. 

Finalement, Léo put descendre en bas de la colline pour aller se reposer. En arrivant au camp, écœuré pis brûlé raide, y revira de bord un jeune René Lévesque, qui était dans ce temps-là correspondant de guerre pis qui voulait une entrevue : 

« Si vous voulez vous renseigner, allez voir le colonel Dextraze. Y’est en ben meilleur état d’âme que moé, pis moé, j’ai rien à vous dire. »

Pour avoir tenu son boutte avec sa petite gang dans une situation complètement désespérée, guidant pis inspirant son monde comme un grand chef de guerre, Léo allait recevoir sa deuxième médaille de Conduite distinguée. 

Mais à ce moment-là, y sut que ça serait sa dernière bataille. Y n’avait vu pis faite assez… 


Source : Luc Lépine, Léo Major : Un héros résilient, Éditions Hurtubise, 2019.