Mon os est plus gros que l’tien : le duel des chercheux de dinosaures

Illustration originale : Christine Labrecque; couleurs: André St-Laurent

Par chez nous, quand ch’tais jeune, y’avait le Bonhomme Perreault pis Piton Dufour – que j’ai jamais su pourquoi qu’on l’appelait de même – qui restaient un à côté de l’autre pis qui étaient pas capables de se sentir. Ça aurait commencé parce que la clôture de Piton débordait un peu su’l terrain du Bonhomme, ça a dégénéré en chicane qui a duré 30 ans, pis ça a fini quand le Bonhomme Perreault a pété du cœur en apprenant que sa chambre allait être juste à côté de celle à Piton Dufour au foyer d’accueil. 

Nos deux zozos d’aujourd’hui, eux-autres, y se chicanaient pas pour des poteaux de clôture, mais pour des os de dinosaures. Pis pour la gloire, à une époque où c’que la paléontologie, la science qui étudie les restants d’être vivants de v’la ben longtemps, était encore toute neuve pis que toute était encore à découvrir.

En 1859, Darwin était arrivé avec sa théorie de l’évolution. À partir de ce moment-là, les paléontologues s’étaient pu sentis obligés de faire comme si les os et les fossiles qu’y trouvaient dans le sol avaient été mis là par le yâble pour nous faire douter de la création du monde en six jours par le Bon Dieu. Faique y couraient partout comme des p’tits veaux du printemps, pis c’tait à celui qui ferait le plus de découvertes. 

Dans c’te gang-là, y’avait justement Othniel Marsh et Edward Cope, deux paléontologues américains. 

Un jour, Cope, tout fier, montra à Marsh un beau squelette d’élasmosaure qu’il avait déterré pis reconstitué. Sauf qu’au lieu d’être épaté, Marsh partit à rire : 

« Heille, c’tu moé, ou ton élasmosaure a la tête sur le cul? Tsé, là, comme le ch’fal à PT Barnum qui était censé avoir la tête à l’envers, sauf que c’tait yinque un ch’fal viré de bord dans son box? » 

C’te jour-là, Marsh aurait vraiment dû farmer sa grand yeule. Mais tsé, c’tait un téteux : y’avait vu que les vertèbres de la bête étaient pas du bon bord, faique y’avait pas pu s’empêcher de l’dire. Pis Cope, lui, y’était susceptible pas à peu près. Faique comme la clôture à Piton Dufour, l’élasmosaure allait devenir le point de départ d’une chicane à pu finir.

Dans le coin gauche, Marsh : né dans une famille pauvre, y’avait pu faire des belles études grâce à son oncle millionnaire. Y’était sérieux, brillant, pis y’avait une maudite tête de cochon. Y’était resté vieux garçon, parce que les femmes le trouvaient « trop intense ». Faut dire que son habitude de les traiter « d’adorables petits vertébrés », c’tait pas trop séduisant pour ses prospects. 

Dans le coin droit, Cope, un flot de riche. Y’avait pas de diplômes, mais c’était pas parce qu’y manquait de jarnigoine : c’est juste qu’y avait tellement un maudit caractère de cul qu’y finissait tout le temps par se faire des ennemis pis sacrer son camp de l’école. Un jour, y s’était pogné avec son ami Persifor Frazer dans le lobby de la Société philosophique. Le lendemain, un autre chum vit son œil au beurre noir :

– Cibole, Cope, veux-tu ben me dire comment t’a fait ton compte? 
– Si tu me trouves magané, attends de voir Frazer à matin! 

Ça vous donne une idée. 

Les deux s’étaient rencontrés en Allemagne en 1863, pendant que Marsh, 32 ans, étudiait à l’Université de Berlin, pis que Cope, 23 ans, se pétait des belles vacances dans les Europes pour éviter d’être conscrit dans la guerre civile américaine. Au début, les deux s’entendaient pas trop mal; y passèrent plusieurs jours toué deux à Berlin, pis, plus tard, Marsh nomma une nouvelle espèce de dinosaure en l’honneur de Cope, pis vice-versa. 

Mais là, quand Marsh dit à Cope que son élasmosaure était sans devant derrière, Cope fut indigné ben raide :

– Ben non! C’pas vrai! J’ai trouvé les vertèbres dans ce sens-là! 
– Ben, je l’sais-tu, moé! Chus sûr que t’as pas mis la tête du bon bord! Le grand boutte, c’est le cou, pis le p’tit boutte, c’est la queue! 

Pour trancher l’affaire, y’allèrent chercher Leidy, un autre paléontologue – un bon gars que tout le monde aimait pis respectait. Y se planta en avant du squelette pis, sans dire un mot, y prit la vertèbre du boutte de la queue pis alla la mettre à la base du crâne : ça fittait parfaitement. 

Malaise. 

Pis ça allait pas en rester là. 

Les années passèrent, pis, en 1873, backé par l’armée pis l’Université Yale, Marsh se lança dans une grosse expédition au Nebraska pis au Colorado. Y ramena des waguines entières bourrées d’os pis de fossiles. 

Y’était gras dur. 

Cope, pendant ce temps-là, avait réussi à se faire engager par le Service géologique des États-Unis, ce qui lui donnait un bon moyen de publier ses découvertes. Y’avait juste un problème : c’était une job qui payait pas une cenne. Y dut donc téter des bidous à son paternel pour financer sa propre expédition au Colorado pis en Utah. 

Y trouva ben des fossiles, mais un m’ent’né, à force de travailler dans le frette, Cope pogna une grosse grippe d’homme pis se retrouva cloué à son litte à moitié mort. 

Sa femme Annie, une fille de bonne famille élevée dans la ouate pis dans les bondieuseries, eut comme un choc culturel quand a se retrouva pognée, avec pu une cenne, pour soigner son mari, chercher de l’argent au plus maudit pis dealer avec la propriétaire de la maison qu’y louaient, une pure créâture de l’Ouest au répertoire de sacres plusse garni que celui d’un bûcheux d’l’Abitibi. 

Pendant ce temps-là, Cope pis Marsh s’étaient pas oubliés : y se surveillaient pis se comparaient sans arrêt. Marsh avait plus de fossiles, mais, comme je l’ai dit, y’était ben téteux pis y prenait son temps avant de publier ses découvertes. Cope, lui, faisait complètement le contraire : y publiait le plus d’articles possible, le plus rapidement possible, quitte à faire des erreurs.

Ça gossait ben gros Marsh. Mais, un jour, y reçut une lettre intrigante :

Bonjour,
On a trouvé des fossiles que vous pourriez trouver pas pires? – ça a l’air d’être des os de grosses bebittes. On aimerait ça les déterrer pour vous, mais l’argent pousse pas dins arbres, faique ça serait pas pire si on était payés, tsé veut dire. Pour vous prouver que c’est pas des menteries, on va vous en envoyer une couple avant. On a pas parlé de t’ça à d’autres à part vous.  

En espérant que vous nous répondiez avant qu’l’hiver pogne,

Vos serviteurs ben d’adon,

Harlow et Edwards

Marsh se demandait ben qu’est-cé c’tait ça, mais d’un coup que c’tait la découverte du siècle pis que Cope finissait par mettre la main dessus parce qu’y avait pas été assez vite su’l piton? 

Drette tusuite, y’envoya un chèque aux deux gars, qu’y purent pas encaisser parce que Harlow pis Edwards, c’tait des faux noms : en fait, y s’appelaient Reed pis Carlin, pis y travaillaient pour le chemin de fer au Wyoming. 

Malgré ça, Marsh finit par s’entendre avec eux-autres, pis y se mit à recevoir un tapon d’os de dinosaures, dont les premiers spécimens de grands classiques comme le diplodocus, l’allosaure pis le stégosaure. 

Marsh avait beau essayer de garder son nouveau spot secret, mais ben vite, la nouvelle se répandit. En fait, c’tait Reed pis Carlin eux-autres mêmes qui s’étaient ouvert la trappe : y trouvaient que Marsh payait pas assez cher, pis y voulaient créer de la concurrence. 

Y’écrirent même à Cope, mais y demandaient tellement cher qu’y les envoya promener. Mais là, y’avait la puce à l’oreille. Ben vite, les hommes à Marsh remarquèrent qu’y avait un gars bizarre qui rôdait autour des carrières. Pas Cope en personne, mais clairement un espion qu’y avait envoyé. 

Malgré ça, Marsh était au-dessus de ses affaires : y payait en retard, pis Carlin trouvait que c’tait un maudit air bête, faique y décida de se lancer à son compte. Son premier client? Nul autre que Cope. 

Un m’ment’né, y restait pu grand-chose dans les carrières à Marsh, faique c’tait le temps d’arrêter les fouilles. Pis Marsh envoya une dernière directive à Reed : 

« Détruis toute c’qui reste pis remplis les trous. Pas question que c’te maudit amateur de Cope ramasse quoi que ce soit. »

Faique ouin. Espionnage, trahison pis destruction : pour eux-autres, y’avait rien de trop bas.  

La rivalité continua de même pendant des années. Pis tout ce temps-là, chaque fois que Cope publiait un de ses nombreux articles écrits à la va-vite, Marsh prenait plaisir à en écrire un autre pour montrer toutes les erreurs qu’y avait trouvées dedans. 

En 1889, Marsh travaillait pour le Service géologique des États-Unis pis était rendu un grand chum de John Wesley Powell, le directeur. Les deux ensemble, y’étaient déterminés à effoirer Cope pour de bon. Vous vous rappelez que Cope avait accepté une job au Service parce que ça y permettrait de publier un livre avec toutes ses découvertes? Ben là Powell avait changé d’idée pis refusait de publier son manuscrit sous prétexte que ça coûtait trop cher. 

Pis y’avait pas fini! Même si Cope avait pas reçu une cenne du Service géologique, là Powell disait que sa collection de fossiles appartenait au gouvernement pis qu’y devait la rendre drette là.

Cope capota ben raide : sa collection de fossiles, c’tait quasiment tout ce qu’y lui restait – y’avait d’la misère à payer son hypothèque, bazouelle! Si Marsh pis Powell voulaient la guerre, y’allaient l’awouère! 

Dans le fond d’un tiroir, Cope avait un petit cahier où c’qu’y’avait noté toutes les erreurs pis les passes croches que Marsh avait faites. Avec ça, y’alla voir William Hosea Ballou, journaliste indépendant. Pis là, ça péta solide : 

LA MARDE EST POGNÉE CHEZ LES SCIENTIFIQUES!
LE PROFESSEUR COPE ACCUSE LE DIRECTEUR POWELL ET LE PROFESSEUR MARSH DU SERVICE GÉOLOGIQUE D’AFFAIRES PAS CATHOLIQUES!
POWELL ET MARSH NIENT TOUTE! 

Dans l’article de Ballou paru dans le New York Herald, Cope accusait Marsh et Powell de passes croches, de favoritisme, de plagiat, de vol, de pigeage dans les fonds publics, alouette. Si Powell voulait y’enlever sa collection de fossiles, c’tait parce qu’y faisait de l’ombrage à Marsh. 

Marsh pis Powell y répondirent dans le Herald avec leur propre article, pis ça continua de même pendant que’ques semaines, les accusations qui r’volaient d’un bord pis de l’autre. 

Après c’t’épisode-là, leur lavage de linge sale en public était rendu aussi malaisant qu’une chicane de couple pendant un souper entre amis; pu personne voulait être associé avec eux-autres. Marsh dut démissionner du Service géologique, mais Cope put garder sa collection de fossiles. Pis après, leur rivalité tomba un peu dans l’oubli.

C’est Cope qui mourut en premier, même si y’était plus jeune que Marsh; y’avait la santé fragile. Mais y voulut avoir le dernier mot jusqu’à la fin. 

L’affaire, c’est que dans ce temps-là, on pensait que plus t’avais un gros cerveau, plus t’étais intelligent. Faique, dans son testament, y légua son corps à la science pis demanda que son cerveau soit prélevé, mesuré pis comparé à celui-là à Marsh. Marsh, lui, refusa de participer à un concours de pissettes entre intellectuels. 

À fin, y restait pu yinque lui. Pour ça, y’avait gagné, entécas. J’me d’mande si, comme Piton Dufour au foyer d’accueil, Marsh se sentait pas un peu tuseul à c’t’heure qu’y avait pu personne à haïr… 


Source : Mark Jaffe, The Gilded Dinosaur: the fossil war between E.D. Cope and O.C. Marsh and the rise of American science. https://archive.org/details/gildeddinosaur00mark

Pour passer le temps en attendant mon prochain billet : comment ben se tenir en diligence

Photo de Autour du poêle à bois - L'Histoire à la québécoise.

J’avais publié ce petit texte sur la page Facebook du blogue, mais je le reproduis ici pour mes lecteurs qui ne fréquentent pas ce lieu maudit (Facebook, là, pas ma page en tant que telle – on a ben du fun pis on mange des biscuits à m’lasse!).

Au jour d’aujourd’hui, pour prendre l’avion, faut suivre quelques règles de sécurité pis de savoir-vivre : attacher sa ceinture, spotter les sorties, se mettre du t’sour, pas varger dans le siège d’en-avant à coups de pieds, pas attendre que le chariot de bouffe soit rendu dans le passage pour aller pisser, pis être fin avec les agents de bord.

Mais dans l’ancien temps, au Far West, c’tait quoi les règles à suivre… en diligence? Tantôt, j’ai trouvé de quoi de pas mal intéressant là-dessus pendant mes recherches, pis, mettons que, autre temps, autres mœurs, hein?

Code de conduite des passagers de la Benton & Helena Stage Company (autour de 1890) – traduction de Matante Poêle :

1. On vous demande de pas boire de boisson, mais si vous êtes pour brosser pareil, partagez votre bouteille. Sinon, vous aurez l’air d’un gratteux pis d’un maudit air bête.

2. Messieurs, sivouplaît évitez de fumer la pipe ou bedon l’cigare si y’a une créâture à bord : ça sent fort, pis ça se pourrait qu’a l’aime pas ça. Vous pouvez chiquer du tabac, mais crachez avec l’vent dans l’dos, pas l’vent dans face.

3. Si y fait frette, y’a des jaquettes en bison pour vous réchauffer. Mais vous êtes aussi ben de pas toute les prendre pis de pas en laisser aux autres, parce que sinon, on va vous assire dehors à côté du chauffeur.

4. Évitez de ronfler fort ou d’utiliser l’épaule de votre voisin comme oreiller. Il (ou elle) pourrait mal le prendre, pis ça se pourrait que ça fasse d’la chicane.

5. Vous pouvez garder vos armes à feu en-dedans d’un coup que la marde pogne, mais tirez pas par la fenêtre yinque pour le fun ou pour tuer des animaux sauvages su l’bord du ch’min : ça pourrait faire peur aux ch’faux.

6. Pis si les ch’faux pognent le mors aux dents, capotez pas pis tirez-vous pas par la f’nêtre : vous allez vous estropier, pis vous allez être à la merci des éléments, des Indiens enragés pis des coyotes affamés.

7. Faites pas peur au monde pour rien en jasant des révoltes d’Indiens pis des voleurs de diligences.

8. Pis si y’a un crotté qui sait pas se t’nir avec les créâtures, ben y va se faire crisser dehors de la diligence. Pis y va trouver que c’est long en maudit, s’en r’tourner à pied.

Dollard des Ormeaux : héros… par accident?

Dollard des Ormeaux. Dollard. Heille! Dollard! Tu fais yinque dire son nom pis les mononcles viennent le torse toute bombé. C’est notre héros national!

Sauf que là, y’a des téteux qui vont dire :

« Ouaaaaaaaain, mais c’est les curés qui ont beurré épais pour qu’y ait l’air un martyr pis attiser la foi pis le nationalisme. C’tait yinque une tête brûlée qui a faite plus de mal que de bien! »

C’tu vrai, ça? Ben moé, Matante Poêle, j’voulais l’savoir, faique ch’t’allée fouiller, pis j’me suis rendu compte qu’y a clairement du monde qui y cherchaient des poux, à notre Dollard. Ok, c’était un peu broche à foin, son affaire, mais dans les écrits de c’te temps-là, j’ai rien vu qui laisse croire qu’Adam Dollard, sieur des Ormeaux, était aut’chose qu’un bon gars, courageux, dévoué pis plein d’bonnes intentions.

En 1660, ça faisait yinque une couple d’années que Dollard était arrivé en Nouvelle-France. De lui, on sait pas grand-chose, à part que c’tait pas un tout nu, pis qu’y avait été dans l’armée en France. C’tait un des hommes de confiance de Maisonneuve, pis y’était commandant de garnison à Ville-Marie.

Mais dans c’temps-là, aussi, c’tait pas jojo. Les Iroquois arrêtaient pas d’attaquer, faique pas moyen de faire les semailles sans s’faire tuer. En plus, y bloquaient le fleuve Saint-Laurent pis la rivière des Outaouais, faique y’avait pu de fourrures à échanger pour acheter des affaires de base, comme, tsé, d’la farine. La colonie était rendue tellement pauvre que le gouverneur était pu capable de payer la solde de sa garnison. Si ça continuait de même, tout le monde allait devoir abandonner Ville-Marie pis sacrer son camp en France. 

Bon. Là, on va parler de l’éléphant dans la pièce (pis non, c’est pas votre mononc Rodrigue qui boit sa Laurentide tablette dans le coin du salon en regardant la game Canadien-Flyers à RDS) : les Iroquois, là, y’étaient chez eux. C’est les Français qui sont arsoudus de nulle part. Y se sont sacrés drette au milieu du danger, où c’qu’y avaient pas d’affaire, pis moé, j’ai toujours eu pour mon dire qu’y faut pas se crisser à des places. Mais bon. Si y’étaient pas venus icitte, on s’rait pas là. 

Entécas, Dollard, lui, ça y démangeait de faire de quoi. Y’avait 24 ans, y’était fringant pis y voulait faire ses preuves. C’est pour ça qu’au printemps de c’t’année-là, y s’en alla voir Maisonneuve pour y proposer de quoi : 

— Ouin, j’en ai parlé avec d’autres gars, pis on irait en expédition contre les Iroquois, si ça vous dérange pas. 
– Hein? Où ça? 
— Ben tsé, j’me disais que dans pas long, y vont r’venir d’la chasse en passant par la rivière des Outaouais. Y vont être en p’tites gangs, brûlés, tannés, tout embarrassés par leur tas d’fourrures, pis y’auront quasiment pu de munitions. Ça serait l’moment parfait pour aller les achaler. On partirait maique les glaces soyent fondues pis que ça soye allable en canot. 
— T’es-tu sûr? Messemble que c’est risqué pas mal! 
— Ouan, mais chus prêt à risquer ma vie! Ça m’dérange pas. C’est pour la colonie!
— Bon, ben tu m’as l’air pas mal décidé, mon Dollard! T’as ma bénédiction. Envoye fort! 

Faique Dollard pis les 16 autres braves jeunesses qu’y avait recrutées – le plus vieux de la gang avait 31 ans – s’équipèrent, se confessèrent, firent leur testament pis se jurèrent devant Dieu de pas faire les pissous pis de toffer la run jusqu’au boutte.

Le 19 avril, y partirent en canot avec des provisions pour toute l’été. L’affaire, c’est qu’y avait personne dans’gang qui était ben ben bon avec un canot. Faique ça allait tout croche pis c’était la grosse misère : 

— Ben non, pagayez pas toute du même bord, astie, c’pour ça qu’on fait yinque tourner comme des codindes!
— Jacques, la roche! 
— Hein? 
— LA ROCHE, JACQUES! On va se crisser dedans!  

Tellement qu’y restèrent pognés huit jours au boutte de l’île de Montréal, bloqués par un rapide, pis y’arrivèrent yinque le 1er mai au Long-Sault, qui serait, mais on n’est pas sûr, les rapides de Carillon, sur la rivière des Outaouais.

Rendu là, Dollard trouva un bon spot pour attendre les Iroquois : un vieux fort construit par les Algonquins l’automne d’avant sur une p’tite butte. 

« Ouin, mais Dollard, ça fait dur en estie! C’est yinque un rond de terre avec des vieux pieux laittes! Sont tellement pourris, on dirait les dents à Ti-Jean! »

Mais Ti-Jean (qui, l’histoire le dit pas, mais était déjà à boutte de dormir à terre dans le frette le linge tout trempe, pis avait le cul en chou-fleur à cause des hémorroïdes) filait pas pour endurer les farces plates :

« Heille, va don chier, Robin! »

« Vois-tu de quoi de mieux autour, toé? répondit Dollard. C’est pas si pire, là, r’garde : le button nous donne l’avantage du terrain. On a yinque à renipper un peu la palissade, pis ça va être correct. »

Faique Dollard pis ses hommes se mirent à l’ouvrage. Pis tandis qu’y bûchaient pour se faire des nouveaux pieux, une quarantaine de Hurons pis d’Algonquins, dirigés par un dénommé Annaotaha, r’tontirent au fort :  

« Heille, salut! On est partis de Québec exprès pour aller écœurer les Iroquois. En passant par Montréal, on a su que vous étiez là pour faire la même affaire, faique on a demandé à M. de Maisonneuve si on pouvait aller vous trouver. Pis, ben, nous v’là! »

Avec eux-autres, ça commençait à faire pas mal de monde à’messe, mais Dollard était toujours ben pas pour les r’virer les de bord.  

Déjà le lendemain, des éclaireurs français virent deux canots d’Iroquois. Dès qu’y accostèrent, les éclaireurs se mirent à leur tirer dessus, mais dans le bordel qui suivit, y’en a une couple qui réussirent à se sauver. 

Nos Français en firent pas plus de cas que ça, mais su l’heure du dîner, tandis que Dollard et compagnie étaient après se faire à manger, y’arsoudit sur la rivière 200 (wô-oui, deux cents) Onontagués – c’tait une des tribus iroquoises – sur le pied de guerre, la hache dans la ceinture pis le fusil dins mains. Quand Dollard vit ça, les yeux y vinrent gros comme des trente sous :

« Hiii tabarnak! » 

Y r’troussa comme un lièvre pis partit à la course pour se réfugier en dedans d’la palissade, suivi par les autres Français, les Hurons pis les Algonquins, juste à temps pour échapper aux Onontagués. Pis là, y’eut aucun dialogue : drette tusuite, les balles se mirent à siffler d’un bord pis d’l’autre. Après un boutte, un capitaine onontagué s’approcha du fort, pas d’arme, pis demanda : 

« Heille, qui c’est qu’y a là-dedans, là pis qu’est-cé vous venez faire icitte? »

Dollard avait clairement pas le gros boutte du bâton; y’était pas pour dire la vérité, faique y’inventa une menterie su’l fly :

« On est 100 Français, Hurons pis Algonquins, pis on s’en allait au-devant des Nez-Percés! »

Les Nez-Percés, c’étaient les Anichinabés, une tribu algonquine alliée que les Français appelaient aussi les Outaouais. 

— Ok, dit l’Onontagué. Faudrait qu’on jase, de notre bord, pour décider qu’est-cé qu’on va faire. On fait-tu une trêve pendant c’temps-là?
— Ça marche, mais allez d’l’autre bord de la rivière! 

Mais les Onontagués allèrent pas pantoute l’autre bord de la rivière : y commencèrent à se monter leurs propres murs drette en face du vieux fort algonquin. Pendant ce temps-là, Dollard et compagnie pédalaient en fous pour fortifier leur palissade poquée. Pis Dollard, lui, comprenait pas pantoute ce qui se passait :

— Ben voyons donc, calvaire! Sont ben beaucoup! Qu’est-cé qui se passe? C’tait censé être yinque des p’tites gangs isolées qui r’viennent d’la chasse!
— Tsé, ça fait des années que ça se dit, qu’un m’ment’né les Iroquois vont former une grosse armée pour raser la colonie, répondit Annaotaha. 
— Ouin, mais ça arrive jamais! 
— C’est ben d’valeur, mais ch’pense qu’on crie pu au loup : l’armée s’en vient, pis on est tombés drette dessus…  

Dollard eut même pas le temps de digérer l’information, parce que ben vite, les Onontagués recommencèrent à attaquer. Mais pas question pour lui de brailler pis de se rouler en boule à terre : y commanda bravement ses hommes, qui poivrèrent généreusement l’ennemi. Les Iroquois, surpris de se faire accueillir aussi raide, durent repartir dans l’autre sens, laissant là leur morts pis leurs blessés. 

Pis là, deux-trois Hurons se garrochèrent en bas de la palissade, pognèrent un capitaine onontagué, le décapitèrent pis plantèrent sa tête sur un pieu.  

Ça prenait pas la tête à Papineau pour savoir que c’tait pas l’idée du siècle : les Onontagués vinrent trois fois plus enragés pis attaquèrent le fort par en arrière, pour l’effet de surprise. Mais c’te fois-là aussi, y frappèrent un mur de balles, tellement qui durent laisser faire pis r’tourner en arrière de leur palissade pour décider qu’est-cé qu’y allaient ben faire : 

— Simonac, qu’est-cé qu’y ont mangé, là-dedans? On se fait crisser une volée!
— Ben oui! Sont deux fois moins que nous-autres pis y nous torchent pareil! 
— Ça peut pas rester d’même. Va falloir envoyer quequ’un chercher les Mohawks pis les Onneiouts qui attendent après nous-autres dins îles Richelieu!

Les Mohawks pis les Onneiouts, c’tait d’autres tribus iroquoises; faique finalement, y’avait vraiment une armée qui s’en allait raser Ville-Marie. 

Sauf que là, pour l’instant, ça avait d’l’air que les Iroquois s’en venaient régler leur cas à Dollard pis à ses chums. Aussi ben dire qu’y étaient faites comme des rats.

Mais ça, y le savaient pas encore. Pis pour l’instant, y’avaient d’autres problèmes. 

Pendant qu’un des Onontagués était parti tuseul en canot chercher ses alliés, les autres s’étaient installés en arrière de leur palissade pis tiraient sur toutes ceux qui essayaient de sortir du fort. Pognés comme des bestiaux d’un enclos, les Français, les Hurons pis les Algonquins avaient pu de fun pantoute. Faisait frette, ça puait la marde pis y’avait pu une maudite goutte d’eau; personne était capable de dormir, pis en plus, y commençait à manquer de munitions. 

Le siège dura 5 ou 7 jours, dépendamment d’à qui tu demandes, pis finalement, l’Onontagué qui était parti aux îles Richelieu arvint avec 500 guerriers mohawks pis onneiouts. Voyant ça débarquer pis débarquer pis débarquer su’l bord d’la rivière, Annaotaha se faisait pu d’idées su leurs chances de victoire : 

— Dollard, ça a pu d’allure. On est yinque 60 ici-dedans pis on va se faire massacrer. 
— J’vois ben ça, mais y’est pas question qu’on se rende! 
— Cibole, mon homme, ça te servira pus ben ben d’avoir la tête dure quand tu vas être mort! Ar’garde : dans ma gang, y’a un Onneiout qui a changé d’camp pis qui est avec nous-autres depuis une couple d’années; on pourrait l’envoyer au Iroquois avec des cadeaux, pis y pourra peut-être nous négocier de quoi, qu’est-ce t’en penses? 
— Ouin, on peut faire ça. 

Faique l’Onneiout huronisé s’en alla parlementer. Pendant ce temps-là, des Hurons qui, eux-autres, faisaient partie de la gang d’Iroquois essayèrent de convaincre ceux-là en dedans du fort de laisser faire un combat qu’y pouvaient pas gagner, en jurant qu’y allaient être ben traités.

En entendant ça, une trentaine de Hurons qui étaient avec Dollard sautèrent la palissade pis allèrent arjoindre les Iroquois. Pis les Iroquois, qui étaient ben sûrs que tout le monde dans le fort allaient se rendre, s’approchèrent pour pogner les transfuges. Mais les Français, sur le gros nerf pis pas pantoute convaincus de l’issue des négociations, leur tirèrent dessus pis en tuèrent une couple. Annaotaha était en tabarnak : 

« Gang de caves! Vous avez foutu la marde! Là, vous les avez fâchés pour de vrai, pis y’a personne icitte qui va en réchapper! »

Malgré toute, y’avait décidé de rester avec les Français jusqu’à fin. Parce que pour Dollard pis sa gang, c’était le combat final : 

« Pour Dieu pis pour le roi! »

Comme de fait, les Iroquois, à boutte de se faire niaiser, repartirent à l’attaque; surtout qu’à c’t’heure, par les Hurons qui avaient changé de camp, y savaient qu’y avait même pas 30 gars dans l’fort.

Encore une fois, y se firent grêler généreusement. Mais là, y’eurent une idée : y se firent comme des gilets pare-balles primitifs en se mettant des bûches su’l chest côte à côte, de sorte qu’y étaient couverts du haut de la tête jusqu’à la moitié des cuisses. 

Amanchés de même, y réussirent à se rendre jusqu’au fort à Dollard, pis y commencèrent à essayer de faire des trous dans la palissade. 

« Ah, maudite marde! » 

Dollard savait que c’était juste une question de temps avant qu’y passent au travers. Faique y’eut une maudite idée de débile, le genre de patente qu’on voit yinque dins vues : il prit un mousqueton – une arme à feu avec un canon moins long qu’un fusil –, bourra le canon de poudre, boucha le boutte pis mit une pincée de poudre roulée dans du papier dans le bassinet, pis alluma le papier. De même, y’avait fait une espèce de grenade pour garrocher aux Iroquois en bas d’la palissade.

Sauf que là… Comme disait Pépère Poêle, mon pére à moé, les gars d’la ville, ça pense jamais aux branches. Quand ça va dans l’bois, ça passe son temps à se crever les yeux su des branches. Pis Dollard, c’tait un gars d’la ville. Faique quand y lança son mousqueton-grenade maison, comme de faite y pensa pas au gros arbre qu’y avait juste à côté du fort. Faique son projectile r’bondit sur une branche pis r’vola en dedans. 

BOUM. 

L’explosion tua ou ben estropia une bonne gang de Français pis de Hurons. Profitant de t’ça, les Iroquois mirent leurs fusils dans les meurtrières – pour ceux qui le savent pas, c’est les fentes dans un mur fortifié qui servent à tirer sur les ennemis sans devoir se sortir la face – pis tirèrent sur toute c’qui bougeait. 

Quand y finirent par rentrer en dedans, y restait pu yinque Dollard, Annaotaha, quatre Français pis trois Hurons. Nos héros se défendirent comme le yâble dans l’eau bénite, à coups de sabre, de hache pis de c’qui restait de munitions.

Mais tsé, la bravoure, c’pas toute: ben vite, à 11 contre des centaines, y tombèrent sous les coups, pis c’est d’même que se termina leur résistance pas d’allure qui avait duré ben plus longtemps qu’a l’aurait dû. 

Faique finalement, Dollard, ça a-tu donné de quoi, son aventure un peu tout croche? 

Ben sûr que oui. C’est clair qu’y a rien qui s’est passé comme y pensait. Y’avait pas prévu, lui-là, de se ramasser en face d’une armée.

Mais, voyant à quel point y s’étaient faites rincer par une aussi p’tite gang, les Iroquois jugèrent que c’tait mauvais signe pis décidèrent de laisser faire l’attaque sur Ville-Marie pour tusuite. 

Faique comme ça, les Français purent faire leurs semailles tranquilles, sauvant la colonie d’la famine. 

Pis Pierre Radisson, le fameux explorateur pis coureur des bois, put r’venir sans trop de trouble de sa chasse dins Grands Lacs avec une grosse cargaison de fourrures, renflouant les coffres d’la colonie. 

Faique malgré les débarques en canot, les incidents diplomatiques pis les gaffes explosives, ch’pense qu’on peut le dire : c’tait un peu par accident, mais Dollard des Ormeaux, grâce à sa bravoure, est devenu un héros, pis sans lui, le Québec, ou en tout cas Montréal, aurait pas la même face pantoute aujourd’hui.


Source :
François Dollier de Casson, Histoire du Montréal. https://play.google.com/books/reader?id=8FEEkXiYf1sC&hl=fr&pg=GBS.PP1
André Vachon, « DOLLARD DES ORMEAUX (Daulat, Daulac), ADAM  », dans Dictionnaire biographique du Canada. http://www.biographi.ca/fr/bio/dollard_des_ormeaux_adam_1F.html

Quand les belles-sœurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut, partie 5

Frédégonde manque tuer Rigonthe. Illustration tirée des Vieilles Histoires de la Patrie, 1887.

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4

Faique ouais. Avec son bébé surprise, c’est comme si Frédégonde avait lâché une boule de quilles dans une flaque de bouette – si la flaque de bouette avait été les ambitions de mononc Gontran pis de cousin Childebert. 

En fait, ça changeait pas grand-chose pour Gontran – de toute façon, y’avait prévu de toute donner à Childebert à sa mort. Mais pour Childebert, son plan toute simple qui se résumait à « attendre que mononc pète au frette, toute ramasser pis devenir roi de tous les Francs » venait de se compliquer pas mal : là, y’allait devoir lutter contre son bébé cousin pis sa maudite folle de matante. 

Donc, Childebert essaya de faire une jambette à Frédégonde, mais une chance pour elle, Gontran était là : 

— Mononc Gontran, là, s’te plaît, envoye-moé Frédégonde! Pourquoi t’a protége? C’est yinque une meurtrière qui a tué ma tante, mon père, mon oncle pis jusque mes cousins! 
— Calme-toé le pompon, Childebert! On va toute régler ça à l’assemblée des seigneurs. 

Faique toutes les seigneurs de Neustrie r’tontirent pour savoir comment-cé qu’y allaient se démarder avec toute ça. Y’en avait pas mal qui trouvaient ça louche qu’un flo sorte de nulle part après la mort de Chilpéric – c’était-tu vraiment le fils du roi? Est-ce que Frédégonde avait découché pis c’tait le flo d’un autre? Ou bedon a l’était allée voler le premier flo du bord pour le faire passer pour le sien? C’tait pas comme si elle avait pas déjà faite pire. Mais Gontran décida de croire sa belle-sœur, pis y’adopta officiellement son n’veu, qui fut baptisé Clotaire comme son grand-père.

Gontran décida aussi de tasser Frédégonde du pouvoir en l’envoyant rester à Rouen, pis en la faisant surveiller par l’évêque Prætextat – tsé lui qui avait marié Mérovée pis Brunehaut pis qui avait été exilé pour ça? Ça faisait crissement pas son affaire, mais pour l’instant, a l’avait pas le choix de prendre son trou.

Pendant c’temps-là, Rigonde, la fille à Chilpéric pis Frédégonde, était en route vers l’Espagne pour marier Récarède, le fils du roi des Wisigoths, avec des waguines pleines de trésors qui devaient y servir de dot. 

Quand y surent que le roi Chilpéric était mort, les hommes qui étaient censés la protéger se poussèrent avec une partie des richesses, pis un certain duc Didier, voyant une chance de faire la piasse, se garrocha pour prendre le reste. La pauvre princesse put yinque constater la méchante débarque qu’a venait de prendre : 

« Bon ben, pu de père, pu de dot, pu de mariage, pu d’amis, PU RIEN! Y m’reste yinque ma fierté pis l’linge que j’ai su’l dos, câlisse! Pis j’ai même pas de lift pour m’artourner chez nous! Chus une princesse, pis là chus pognée su’l bord du ch’min comme une crisse de paysanne! » 

A finit par retrouver sa mère, mais ces deux-là qui vivaient ensemble, ça se passait pas exactement comme une raille de pick-up dans l’rang huit un dimanche après-midi. Telle mère, telle fille, tsé! Y se pognaient tout le temps, pis ça en venait souvent aux claques pis aux coups de poing su’a yeule.

Un m’ment’né, Frédégonde, à boutte, eut une bulle au cerveau et dit à Rigonde de la suivre dans la salle du trésor : 

« T’es tout le temps après moé, ma fille, pis ch’pu capable. Enweille, là, r’garde dans le coffre, prends c’que tu veux pis arrête de m’écœurer. » 

Faique Rigonde se pencha pour ramasser un bijou ou un quelconque cossin qui valait cher, pis pendant qu’elle avait la tête dans le coffre, Frédégonde pésa de toutes ses forces sur le couvert. La pauvre fille eut la gorge pognée entre le couvert pis le bord du coffre pis était après étouffer, mais fut sauvée par des servantes qui tassèrent Frédégonde de d’là.

La reine passa une couple d’années à s’emmerder solide à l’écart du pouvoir, essayant de temps en temps de faire assassiner Brunehaut, pour se désennuyer. Pis un jour, alors que Gontran était parti se chamailler avec les Wisigoths de Septimanie pis était trop loin pour la surveiller, Frédégonde se pogna avec l’évêque Prætextat : 

— Toé, ma maudite vieille face, tu peux être sûr que si un m’ment’né, j’arviens au pouvoir, m’a te renvoyer en exil assez raide! 
— Bah, tsé, exil ou bedon pas en exil, j’reste évêque, pis quand j’vais être mort, avec l’aide de Dieu, m’a monter au royaume des cieux. Mais toé, Frédégonde, reine ou pas reine, ça aura pu pantoute d’importance quand tu vas rendre l’esprit : tu t’en vas drette en enfer. Tu devrais slaquer tes folies pis tes vacheries, te mettre à marcher drette pis piler su ton maudit orgueil – si y’est trop tard pour avoir la vie éternelle, au moins pour élever comme faut ton p’tit gars jusqu’à l’âge d’homme! 

Frédégonde était tellement en tabarnak qu’a s’en alla sans dire un mot. 

Le dimanche d’après, Prætextat était en train de dire la messe, quand drette entre deux psaumes, un gars se garrocha su lui, pis FLÂWK! le poignarda dans l’t’sour de bras. Mais comme y mourut pas tusuite, des fidèles le ramassèrent et allèrent le porter dans son litte. Pis alors qu’y agonisait, Frédégonde, baveuse sans bon sens, rentra dans sa chambre pis alla s’assire à côté de lui :

— Heille, ça a-tu d’l’allure, se faire poignarder d’même en pleine messe! Si y’a quequ’chose que ch’peux faire pour toé, Prætextat, t’as yinque à l’dire!
— Fais pas l’innocente, Frédégonde! T’as juste pas digéré que j’te dise tes quatre vérités l’autre jour, pis c’est toé qui a envoyé l’gars pour me tuer! T’es yinque une meurtrière, pis c’est comme ça que l’monde va s’rappeler de toé! 

Y mourut pas longtemps après, pis Frédégonde put le remplacer par un autre évêque qui faisait plus son affaire. Pis tant qu’à faire, vu que Gontran était pas là, elle en profita pour reprendre son fils Clotaire pis convaincre plusieurs seigneurs de trahir Gontran pis d’y jurer fidélité à elle, reprenant par le fait même le contrôle de la Neustrie. 

Faique encore une fois, la maudite ratoureuse avait trouvé le tour de se faufiler jusqu’au pouvoir. Mais là, assez parlé d’elle.

Du bord à Brunehaut, ça allait pas pire pantoute. Mini-roi Childebert était rendu avec une femme, Faileube, pis deux p’tits gars, Thierry pis Thibert.  

Pis pour notre fringant Childebert, c’tait ben plus l’fun de taper su’a gueule de ses ennemis que de faire des affaires plates comme, tsé, administrer, gouverner, régir. Faique c’est toute Brunehaut qui s’en occupait. Pis comme Childebert était rendu majeur, elle était pas mal moins pognée avec les maudits nobles sexistes qui lui avaient dit au début de la régence de Childebert, et je cite, c’est pas des farces : 

« Décâlisse, la créature! À c’t’heure, c’est ton gars qui règne. T’es aussi ben de te tasser pour pas qu’on t’passe dessus avec nos ch’faux! » 

A fit construire des routes pis des tours pis toutes sortes d’affaires. Mais, son chef-d’œuvre, c’est la Décrétion de Childebert, un document qui contenait un tapon de réformes. La première chose qu’a fit, c’est d’interdire de forcer une femme à se marier si ça y tentait pas. Tsé, elle avait pas oublié sa p’tite sœur Galswinthe, qui avait été obligée de marier le roi Chilpéric pis qui avait été étranglée par après pour faire d’la place à Frédégonde. Aussi, elle créa une sorte de premier début de police de l’ancien temps, c’qu’y était vraiment pas de trop à une époque où le monde se crissaient des haches dans la tête pour une chèvre ou un set de chambre à coucher! Pis a mit de l’ordre dans l’administration pis les finances du royaume en général. Rien que ça.

Si j’vous mets les deux belles-sœurs une à côté d’l’autre, là – Frédégonde, une paysanne pas barrée pour deux cennes, cruelle pis assassine, pis Brunehaut, une princesse noble, raffinée pis pleine de jarnigoine – laquelle, vous pensez, qui était pour mourir tranquille dans son litte, pis l’autre dans un supplice épouvantable avec du sang qui r’vole partout? 

Ouin, dites-moi-lé pas. 

C’est Frédégonde qui mourut dans son litte à l’âge de 52 ans. Y’a pas de justice, hein? On sait pas trop de quoi est morte, mais si ça avait été violent ou spécial, ça se serait rendu jusqu’à nous-autres. 

Gontran était mort queques années avant ça; Childebert pis sa femme eux-autres avec, probablement empoisonnés, probablement par Frédégonde. Faique là, la game, c’était rendu Clotaire, 13 ans, contre Thierry pis Thibert, ses petits-cousins pis les petits-fils à Brunehaut.

La chicane pogna entre Thierry pis Thibert, pis c’est Thierry qui gagna. Mais y’en profita pas ben ben longtemps, parce qu’y mourut l’année d’après. 

Là, la couronne passa au fils de Thierry, un flo de 12 ans appelé Sigebert comme son arrière-grand-père. 

Mais rendu là, les nobles étaient à boutte de se faire bosser par une femme – tellement à boutte qu’y étaient prêts à virer leu capot d’bord. Faique Warnachaire, le maire du Palais – ça, c’tait comme le fonctionnaire en chef d’un royaume, dans le temps – alla voir Clotaire pis y dit : 

— Ouin, euh, Vot’Majesté, si je vous livrais le boutte qui vous manque pour être roi de tous les Francs, là, avec le roi Sigebert, ses frères pis c’te maudite vieille vache de Brunehaut, là, vous m’donneriez quoi en échange? 
— Euh… T’es-tu sérieux, là? 
— Ouais, pu capable, de l’astie de grébiche. 
— Ben, mon gars, t’aurais pu jamais à t’inquiéter de rien! J’te nommerais maire du Palais à vie pis t’aurais ma reconnaissance éternelle!

Queques semaines après, les armées de Clotaire et de Sigebert étaient pour s’affronter. Mais là, juste au moment où y’allaient se rentrer dedans, les seigneurs austrasiens qui étaient embarqués dans les manigances à Warnachaire se donnèrent le signal pis r’virèrent de bord, laissant Sigebert tuseul les culottes à terre. 

Clotaire captura Sigebert pis ses frères pis les fit exécuter, sauf un, qui était son filleul – y l’avait tenu dans ses bras à son baptême, viarge, y’était pas pour l’égorger par après! Faut savoir se garder une p’tite gêne, quand même. 

Brunehaut réussit à se sauver, mais elle fut ben vite rattrapée.  

Clotaire, que sa mère avait probablement crinqué contre Brunehaut pendant des années, l’haïssait tellement qu’y voyait pu clair. Quand a fut rendue en avant de lui, y l’accusa de toutes les maux, pis même des affaires que sa propre mère à lui avait faites : 

« Ton mari Sigebert, mon demi-frère Mérovée, mon père Chilpéric, ton fils Thibert pis ton petit fils Clotaire, Mérovée mon fils à moé, pis Thierry pis ses trois gars, y sont toutes morts à cause de toé! Toute la marde qui se passe dans’famille depuis des années, c’est toute de ta faute! Mais là, c’est fini, c’temps-là, pis tu vas payer! »

Pis elle a payé en crisse. J’vous avertis : âmes sensibles s’abstenir. 

Brunehaut, qui était rendue une grand-maman de 66 ans, fut torturée de plein de façons pendant trois jours. Mais ça, c’tait juste un avant-goût. Après, Clotaire y fit traverser l’armée au complet à dos de chameau, avec des gars de tous bords tous côtés qui riaient d’elle pis la traitaient de toutes les noms. Pis à la fin, y la fit attacher par les ch’feux, une main pis un pied après la queue d’un ch’fal ben énarvé. 

Pis y’ordonna qu’on laisse le ch’fal courir. 

Brunehaut fut complètement défaite en bouttes par les ruées du ch’fal, la tête éclatée par les roches du ch’min, les bras pis les jambes arrachés par la force d’la bête. Quand finalement on arrêta son supplice, y restait yinque des lambeaux, que Clotaire fit brûler. 

Personne mérite de finir de même. Non, même pas Frédégonde. 

Quant à Clotaire, y’avait finalement gagné la game : y’était le roi de tous les Francs, pis y régna dans la paix jusqu’à ce qu’y meure de sa belle mort. Faut croire que toute le méchant était sorti quand y’a fait tuer sa matante. 

La chicane qu’on a appelée la « faide royale » était enfin finie. Mais comme j’ai déjà dit, chez les rois mérovingiens, l’entre-tuage en famille, ça faisait quasiment partie de la constitution…


Sources :
Grégoire de Tours, Histoire des Francs. https://play.google.com/books/reader?id=xuIpDwAAQBAJ&hl=fr&pg=GBS.PP1

Chronique de Frédégaire. https://play.google.com/books/reader?id=4tlHxu4V0xMC&hl=fr&pg=GBS.PP1

Quand les belles-soeurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut, partie 4

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1e/Albert_Maignan_-_Les_derniers_moments_de_Chlodobert.jpg

Partie 1
Partie 2
Partie 3

En 580, Frédégonde s’en venait pas mal ben : même si son fils Samson était mort deux ans avant, y lui en restait quand même deux, en plus d’une fille. Comme y restait pu yinque un fils à la première femme de son mari Chilpéric, les chiffres étaient clairement de son bord pour que ça soit sa descendance à elle qui monte su’l trône des Francs.

Mais là, la marde pogna solide. Pis littéralement à part ça. 

Cette année-là, le yâble était aux vaches : y’eut un déluge, des inondations, des tremblements de terre, des météorites, de la grêle, des éboulis, des incendies… Pis ça aurait d’l’air que du sang aurait coulé d’un pain pendant la communion dans l’boutte de Chartres, mais là, y’a peut-être quequ’un qui a abusé du vin de messe.   

Surtout, y’eut une épouvantable épidémie de dysenterie. Pis la dysenterie, c’pas compliqué : t’as de la fièvre, tu vomis pis tu te chies le corps – des fois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Pis pour faire du mal, c’était surtout les flos qui en mouraient.

Des chaumières aux châteaux, la maladie fessait partout. 

Le roi Chilpéric lui-même tomba malade, mais y’en réchappa. Et juste comme y se renmieutait, c’est son bébé flambant neuf à lui pis à Frédégonde, Dagobert, qui commença à mal filer. Y’était tellement neuf que ses parents l’avaient même pas encore faite baptiser, ce qu’y firent au plus maudit dans l’espoir que ça aide. 

La dose de Saint-Esprit eut l’air de faire la job, parce que bébé Dagobert reprit du poil d’la bête. Mais là, c’est l’autre gars, Chlodobert, une belle jeunesse de 15 ans, qui tomba malade. 

Là, Frédégonde se mit à capoter :

« C’t’une punition divine, Chilpéric! Toé pis moé, on est trop à l’argent, pis l’Seigneur aime pas ça! On est là à piler d’l’argent pis des pierreries, mais pour qui, han? Ça sert à quoi si y’a pu personne pour nous survivre? On est après perdre c’qu’on a de plus beau! » 

Moé, j’ai pour mon dire que si Dieu avait eu à être fâché après elle, ça aurait plusse été à cause de ses meurtres pis de ses manigances, mais bon. Là, la reine se donna un coup de poing sur la falle comme Céline qui part en peur au milieu d’une toune, pis dit à son mari : 

« Nos coffres, pis nos celliers sont full au bouchon! On n’a pas d’affaire à aller chercher plus. Faique si tu penses comme moé, ben viens-t-en, on va brûler toutes les papiers qui disent qui nous doit combien en impôts. Feni l’temps où c’qu’on faisait fortune su’l dos du pauve’r monde! » 

Pis Chilpéric, qui faisait tout le temps toute c’que sa femme y demandait sans dire un mot, se garrocha pour brûler les registres d’impôts. 

C’tait ben beau, c’te bulle au cerveau-là, mais la dysenterie, a s’en crissait, elle, des registres d’impôt. Pas longtemps après, Dagobert recommença à mal filer, pis y rempira au point qu’y rendit bientôt son dernier p’tit soupir de bébé.  

Pis l’ado, Chlodebert, était rendu tellement magané que Chilpéric et Frédégonde le firent mettre sur un brancard pis l’emmenèrent au tombeau de saint Médard pour supplier le saint de le sauver. Malheureusement, Chlodebert était rendu trop faible pis mourut dans la nuite.

Drette de même, Frédégonde se retrouva avec pu de fils. Toute était à r’commencer. 

Mais même dans le fin fond de la souffrance la plus épouvantable, la ratoureuse reine perdit pas de vue son objectif : si elle avait pu de fils, ben elle allait s’assurer qu’Audovère, la première femme de Chilpéric, en aye pu non plus. 

Faique a manigança pour faire envoyer Clovis, le dernier des fils d’Audovère, au château de Braine, où le monde tombait comme des mouches de la dysenterie. Pis comme Chilpéric était pas plus fin que ça, ça passa comme du beurre dans’poêle. 

L’affaire, c’est que Clovis tombait juste pas malade. Pis en plus, l’innocent, y se mit à se vanter en avant de ses chums :

« Hey hey hey! À c’t’heure que toutes mes frères sont morts, c’est quiiiiii qui va hériter du trône? MOÉ! Dans ses dents, à Frédégonde! Heille, la servante! A pensait-tu que ses culs-terreux de fils allaient passer avant moé? Ça bon! Ha ha ha, tu parles d’une épaisse! » 

Parce que, ouais : contrairement à Audovère, qui était d’origine noble, Frédégonde était une femme du peuple, une « colonne » qui venait de nulle part, pis elle était restée pas mal complexée de t’ça. Faique aller l’attiser de même, c’était pas l’idée du siècle. Surtout que la vie de Clovis tenait déjà yinque à un fil.

Fâchée noire, Frédégonde décida d’en finir avec son beau-fils, pis ça y prit pas grand temps pour trouver comment faire. Elle arriva en avant de Chilpéric, le linge tout croche, la face tout rouge, pis les larmes aux yeux, pis dit :

— Mon mari! Tu sais pas quoi? C’t’épouvantable!
— Cibole, sa mére, qu’est-cé qu’y a?
— C’est Clovis! Toute ce qui est arrivé, c’est de sa faute!
— Ben voyons donc?
— Quequ’un m’a dit que Clovis était en amour avec la fille d’une de mes servantes, pis que cette servante-là était une sorcière! Pis là, y’a demandé à la sorcière de prendre ses pouvoirs pour tuer nos deux gars! C’est toute de sa faute! 
— Franchement, Frédégonde, tu crois vraiment à c’tes folies-là? Mon Clovis f’rait jamais une affaire de même! 
— Moi aussi au début j’trouvais que ça avait pas d’allure, mais je voulais être sûre, faique j’ai pogné la mère pis la fille pis y’ont fini par toute avouer. Qu’est-cé que tu vas faire, là, Chilpéric? Ça peut pas rester de même!

Encore une fois, ça passa comme du beurre dans’poêle. Chilpéric invita Clovis à la chasse avec lui; le jeune, pas méfiant pour deux cennes, se fit pogner par les hommes à son père, qui y’enlevèrent ses armes pis l’habillèrent en guénilles avant de le garrocher aux pieds de Frédégonde. 

Après ça, la marâtre le fit enfermer pis envoya un assassin pour l’achever. Pis après, elle alla voir Chilpéric :

— C’hais pas trop comment t’dire ça, mon mari, mais… Clovis s’est tué. 
— Pfft! Ça bon! M’a pas l’pleurer après c’qu’y a faite à nos gars!

Victoire! Frédégonde était enfin débarrassée de ses maudits beaux-fils. Rendue fantasse, a fit même assassiner Audovère, pis tant qu’à faire, violer Basine, la fille d’Audovère et de Chilpéric, pour qu’a parde son honneur, pis même son héritage. Tsé, histoire de finir la job comme faut. 

J’vous ai pas beaucoup parlé de Brunehaut à date, aujourd’hui. En fait, pas pantoute. C’est juste que pendant que Frédégonde faisait un ménage dynastique, elle, elle était occupée à jouer du coude avec les nobles d’Austrasie pour garder le contrôle du mini-roi Childebert, toujours pas majeur. C’tait moins croustillant, mais c’tait quand même une job à temps plein. 

Deux ans après, Frédégonde accoucha d’un autre p’tit gars, Théodoric. Yé! Mais y mourut un an plus tard de la maudite dysenterie à marde.

La reine fit passer sa peine pis sa colère sur Mummolus, le préfet de la maison royale, qu’a pouvait pas sentir. Mummolus était allé ouvrir sa grande trappe en disant qu’y connaissait un remède contre la dysenterie. En plus, le bruit courait qu’y avait été voir des sorcières pour qu’y jettent un mauvais sort au p’tit Théodoric. Faique la Frédégonde le fit arrêter pis fesser à coups de strapes jusqu’à ce que les bourreaux soyent trop brûlés pour continuer. Après, on y rentra des aiguilles en d’sour des ongles des doigts pis des orteils. 

Ayoye, bonyenne! 

À la fin, y’eut la vie sauve, mais y péta une crise d’apoplexie en s’en r’tournant chez eux pis mourut pas longtemps après.

Pis là – toute sacra l’camp. Un jour, Chilpéric était à la chasse comme à son habitude. Y’était après descendre de son ch’fal en s’accotant su l’épaule d’un de ses hommes quand un malade sortit du bois, y crissa un coup de poignard dans l’t’sour de bras, pis un autre dans l’ventre. Toute graissé de sang, y tomba mort. Pis le malade, y se sauva, pis personne réussit à le pogner.

Pas qu’on essaya ben ben fort. Dans l’fond, personne aimait Chilpéric – même pas Frédégonde, qui voyait plus son mari comme un tournevis ou une égoïne que comme un homme. Faique on sut jamais qui l’avait faite assassiner. Y’en a qui dirent que c’était Frédégonde elle-même, parce qu’y commençait à la soupçonner d’adultère, mais voyons donc : sans Chilpéric, elle avait pu de protection, pu d’autorité, pu rien. 

En fait, ce qui est plus probable, c’est que Brunehaut était dans son château, un verre de vin dans’main, à regarder par la fenêtre, quand un de ses fidèles serviteurs entra dans ses appartements :

— Madame? C’est faite. 
— Parfait. 

Pis là, sans se détourner d’la fenêtre, a sourit, et se dit dans sa tête : 

« Y’est mort, l’écœurant. Tu peux r’poser en paix, ma sœur. »

Quoi qu’il en soit, c’était au tour de Frédégonde de penser vite en christie : les trésoriers de Chilpéric étaient déjà après se pousser avec les trésors royaux. Faique elle emporta toute c’qu’à pouvait pis se mit sous la protection de l’évêque de Paris. 

En plus de ça, ben vite, son neveu Childebert allait arriver pour prendre possession du royaume. Pis si a se faisait pogner par lui, et donc par Brunehaut, a donnait pas cher de sa peau.

« Heh, ciboire, qui c’est que ch’pourrais ben appeler? Ah, je l’sais! Gontran! Lui y’a toujours été correct. Y va sûrement me protéger! »

Mononc Gontran, c’était le frère de Chilpéric, le dernier des quatre fils de Clotaire. Comme toutes ses fils étaient morts de la peste, ou en bas âge, ou empoisonnés par sa femme Marcatrude, ben y’avait désigné Childebert comme son héritier. Autrement dit, Gontran était rendu avec toutes les terres de ses frères, sauf celles qui étaient à son neveu, pis à sa mort, Childebert ramasserait toute pis deviendrait roi de toutes les Francs. 

Comme j’vous l’avais déjà dit, y’aimait pas trop ça, le chamaillage, pis y’avait toujours essayé de faire la paix entre ses frères. Faique, fidèle à sa réputation de bon gars, y’accueillit Frédégonde à bras ouverts. Sauf qu’y eut une astie de surprise quand y’alla à sa rencontre. A l’avait de quoi dans les bras, emballé dans un linge, pis a dit à Gontran :

« Ok, fais pas l’saut… » 

Et dans ses bras, elle découvrit… un bébé. Son bébé à elle pis à Chilpéric. Un garçon.

« Ah ben ça parle au yâble! » s’exclama Gontran. 

C’que personne savait, c’est qu’avant que Chilpéric crève sous les coups de son mystérieux assassin, Frédégonde avait accouché d’un p’tit gars qu’elle pis son mari avaient gardé secret pis avaient même pas nommé, de peur qu’on essaye d’y faire du mal. 

Pis ça, ça changeait toute.


Source : Grégoire de Tours, Histoire des Francs. https://play.google.com/books/reader?id=xuIpDwAAQBAJ&pg=GBS.PP1

Quand les belles-soeurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut – partie 3

Partie 1
Partie 2

Fallait que Brunehaut pense vite en christie : de un, son mari venait de se faire assassiner sous les ordres de sa belle-sœur Frédégonde; de deux, son beau-frère Chilpéric pis ses hommes s’en venaient la chercher, elle pis ses trois flos, dans le palais de Paris où y’étaient rendus plus prisonniers qu’autre chose. 

« Jamais que je pourrais me sauver avec les flos pis les waguines de bagage : j’me f’rais pogner avant d’avoir avancé de deux pouces. Faique on va y’aller au plus pressant : sortir Childebert d’icitte. » 

Brunehaut avait raison de capoter pour son fils : le tuage de neveux, chez les Francs, ça faisait quasiment partie de la constitution. Dans l’temps, le grand-père Clotaire avait égorgé ses neveux de dix pis sept ans, Thibault pis Gonthaire, pour récupérer le royaume de son frère Clodomir, pis Brunehaut craignait que Chilpéric fasse la même affaire à son ti-bonhomme de cinq ans pour récupérer le royaume de Sigebert, qu’on appelait à c’t’heure l’Austrasie.  

Faique bref, fallait que Childebert soye mis en sécurité au plus crisse.

« Mon fils, écoute-moi ben. Je vais t’envoyer avec monsieur Gondobald, pis tu vas retourner chez nous, à Metz. Maman peut pas venir avec toi tusuite, mais je vais venir te trouver dans pas long, c’est promis. Faut que tu soyes fort, mon lapin. À c’t’heure que ton père est mort, c’est toi le roi d’Austrasie! » 

Faique, au beau milieu de la nuite, Brunehaut mit Childebert dans un gros panier attaché après une corde pis le fit descendre par la fenêtre, en prenant ben garde de pas y péter la tête sur le mur de la tour, jusqu’en bas où attendait le duc Gondobald, qui le mit su son ch’fal et l’emporta en dehors de Paris.

Quand Childebert arriva à Metz, heille, là le monde étaient contents! La gang de seigneurs pis de guerriers qui s’en allaient rejoindre l’armée à Chilpéric revirèrent de bord drette là. Y formèrent une assemblée qui proclama officiellement le p’tit gars roi d’Austrasie, pis un conseil fut formé pour diriger le royaume en son nom.

« Astie de saint ciboire de crisse de maudit sacrament! Le p’tit tabarnak m’a passé en dessous du nez! »

C’est à peu près de même que réagit Chilpéric quand y’apprit que Childebert était en sécurité à Metz pis qu’y était backé par les seigneurs austrasiens. Si y voulait récupérer le royaume à son frère sans trop se forcer, son chien était mort. 

Quand même, toute t’tait pas pardu : y’avait encore Brunehaut, ses filles, pis toute le tas de richesses qu’a l’avait apportées avec elle. Faique sans téter une seconde, y’alla à Paris compter son motton dans la face de sa belle-sœur.

Mais là, trop aveuglé par les signes de piasses, Chilpéric remarqua pas ce qui se passait dans son dos. Mérovée, un des gars qu’il avait eus avec sa première femme Audovère – celle qu’il avait envoyée sécher au monastère, là – avait spotté de quoi de ben plus beau que des pierreries : Brunehaut. 

Ben oui, toé! Quand y vit la veuve de son oncle, qui était pas ben ben plus vieille que lui pis encore crissement pétard, y tomba cul par-dessus tête. 

On sait pas si Brunehaut trouvait Mérovée de son goût aussi, mais en tout cas, a l’était pas folle : s’il avait le kick sur elle, aussi ben en profiter. Elle déploya ses plus beaux yeux de biche pis toute le reste son arsenal de viens-icitte-mon-minou, de sorte que ben vite, Mérovée tomba en amour ben raide.   

Frédégonde, elle, voyait toute ça aller – pis ça faisait son affaire. J’vous avais pas dit ça encore, mais depuis le début, a grenouillait pour éliminer les fils d’Audovère pour que ce soit un des siens qui succède à Chilpéric. Pis si c’te grand niaiseux de Mérovée pouvait se mettre dans marde tu seul en fricotant avec sa propre tante, tant qu’à elle, c’était ben tant mieux.

Finalement, Chilpéric, ramolli par sa nouvelle fortune, décida d’être fin : au lieu de les faire tuer, y’envoya Brunehaut en exil à Rouen, pis ses deux filles à Meaux.  

Là, Mérovée était ben en peine. Sa belle était partie, pis y’était toujours ben pas pour aller la trouver direct – ça serait ben que trop suspect. Faique y soupira pendant des semaines jusqu’à ce que son père y donne, sans le savoir, une occasion en or. 

Quand Chilpéric avait une idée dans tête, y l’avait pas dans l’c… ailleurs. C’était pas tant parce que c’était un gars déterminé qui lâchait jamais le morceau; c’était plus parce qu’une fois qu’y était pointé dans une direction, y’était pas assez brillant pour regarder à d’autres places, pis y continuait à avancer tant qu’y frappait pas de mur. 

Faique à c’t’heure que le cas à Sigebert était réglé, Chilpéric repensa à, tsé les villes pour lesquelles y s’était chicané avec lui? Depuis le temps, y’avaient reconnu Childebert comme roi. 

— Mérovée? Viens don icitte deux menutes.  
— Oui, p’pa? 
— Mettons que je te montais une p’tite armée pis que je t’envoyais prendre Poitiers, là, qu’est-cé tu dirais de t’ça? 
— Ch’pourrais-tu en profiter pour aller voir m’man dans son couvent au Mans?
— Cré p’tit gars à sa mère! Vas-y, si ça te tente! Mais dis-lé pas à Frédégonde, tu sais comment qu’a l’est! 
— Ah certain! Merci p’pa! M’a te prendre ça, moé, c’te ville-là, ça va être un pet, tu vas voir! Attache ta tuque avec d’la broche, Poitiers! 

Le Mans, c’était pas trop loin de Rouen. Suffisait d’un p’tit détour… N’importe qui avec au moins deux neurones et quart aurait pu se douter que ça allait mal finir, mais au yâble les risques : Mérovée prit la route avec ses hommes pis s’en alla direct trouver Brunehaut sans même faire semblant d’aller voir sa mère. 

Brunehaut en revenait juste pas de l’voir retontir. Pis entre les deux, les affaires décollèrent sur un moyen temps : après yinque trois-quatre jours, le neveu par alliance demanda la veuve de son oncle en mariage, pis a dit oui. 

Y’avait juste un problème : selon l’Église, y’étaient considérés comme consanguins. D’habitude, les rois se bâdraient pas trop avec ça : y’avaient yinque à demander une dispense, pis ça se mariait cousin avec cousine, nièce avec oncle, pis aweille. Mais Mérovée pis Brunehaut avaient pas le temps de niaiser. Ça adonnait ben : l’évêque de Rouen, Prætextat, était le parrain de Mérovée, pis y l’aimait comme son fils. Faique les amoureux arsoudirent drette chez eux pour y demander de les marier :  

— T’es-tu tombé sua tête, mon garçon? Ton père va être fâché noir! Pis en plus, ch’peux pas! C’est ta tante par alliance! 
— Envoye donc, Prætextat! P’pa va finir par avaler son étron, pis à part de t’ça, c’est même pas si grave que ça! Si c’était la sœur à mon père ou à ma mère, j’dis pas, mais c’est la veuve à mon oncle! C’est de l’enculage de mouches, tant qu’à moé. 
— Ben voyons, surveille ton langage! On est dans une église, icitte! 
— Scuse-moé, Prætextat. Mais c’qui compte, c’est que je l’aime! De toute mon cœur. J’ai su drette la première fois que je l’ai vue que j’en voudrais pas d’autres, pis j’me torche du reste. S’il te plaît, parrain! 

À voir les grand yeux de veau de son filleul, Prætextat se sentit mollir : 

« Ok, ben v’nez-vous en, m’a vous marier, d’abord! »

Quand il apprit la nouvelle, loin d’avaler son étron, Chilpéric vint bleu : 

 « L’astie de sorcière! A l’a séduit! Pis lui, le p’tit crisse de traître, y’est tombé drette dans le piège! M’a aller le chercher par le chignon du cou! » 

Les nouveaux mariés, tout occupés qu’y étaient à se rouler dans leu bonheur, se firent pogner les culottes à terre, carrément. Chilpéric les captura; Brunehaut redevint prisonnière, mais avec des gardes plus à leur affaire, pis Mérovée fut ramené dans sa famille, la queue entre les jambes. Pis Prætextat, lui, fut condamné à l’exil.

Comme Mérovée avait l’air de juste babouner dans son coin, Chilpéric était prêt à oublier toute l’affaire, mais Frédégonde savait qu’a tenait le moyen de se débarrasser de son beau-fils : 

« J’te l’dis, moé, ton gars, y’a l’air de filer doux, de même, mais tu peux être sûr que la Brunehaut y’a monté la tête. J’te gage qu’y te joue déjà dans l’dos, pis y’attend yinque sa chance pour te planter un couteau entre les côtes! » 

Elle était tout le temps après le bombarder d’images de fin du monde : Mérovée veut prendre ton trône, Mérovée veut massacrer nos enfants, Mérovée veut régner sur toutes les Francs avec Brunehaut, Mérovée veut brûler des chatons, un coup parti – plein d’affaires auxquelles le principal intéressé avait même pas pensé. Si bien qu’après un boutte, Chilpéric, complètement parano, enleva ses armes à Mérovée et le fit mettre en garde à vue.

Son sort fut mis entre les mains d’un petit tribunal maison, dirigé par nulle autre que sa marâtre Frédégonde. La décision se fit pas attendre : Mérovée fut condamné à… se faire raser la tête. 

Là, vous devez vous dire : ben voyons. Y’a rien là. C’est quoi l’affaire? 

C’est que la famille des Mérovingiens (c’est-à-dire « les descendants de Mérovée », mais un autre Mérovée de v’la ben longtemps) avait une obsession malsaine pour les cheveux, un peu comme les ours qui trippent sur le papier de toilette dans les annonces. Leur crigne, c’était le symbole de leur royauté, pis y’a coupaient jamais, de la naissance au trépas. En enlever ne serait-ce qu’un pouce, c’était un crime de lèse-majesté – on se doute qu’après un boutte, y devaient avoir les pointes fourchues en simonac –, pis se la faire raser, c’était l’équivalent d’être déshérité pis crissé dehors de la famille.

Faique Mérovée fut rasé, ordonné prêtre pis envoyé sécher dans un monastère, pareil comme sa mère. 

Là, je vais sauter des bouttes, parce qu’on serait encore là au Mercredi des Cendres, mais quelques mois plus tard, le grand chum de Mérovée, Gaïlen, vint le libérer. Pis avec d’autres seigneurs, dont le comte Gaukil pis un dénommé Grind, y’essaya d’organiser une rébellion contre Chilpéric. 

Y’alla même voir Brunehaut, qui avait été libérée depuis le temps pis qui était retournée trouver son fils, mais y’eut comme un malaise : à c’t’heure qu’elle l’avait pu besoin de lui, y’était plus comme l’ex gênant que t’aimerais mieux cacher en t’sour du tapis, faique elle l’envoya promener.

Un jour, des émissaires vinrent trouver Mérovée pour dire que la ville de Thérouanne s’était ralliée à lui. Tout content, y se rendit tusuite là-bas avec ses plus proches compagnons, mais ah! Bazouelle de saint chrême! C’était Frédégonde qui avait envoyé les émissaires, faique Mérovée fut fait prisonnier tandis que Chilpéric s’en venait avec une brique pis un fanal. 

Se sachant faite comme un rat, pis étant beeeen au courant des affaires horribles qui sont faites aux traîtres, y se tourna vers Gaïlen, pis y dit : 

« Mon homme, toé pis moé, on est de même, comme les deux doigts d’la main, depuis qu’on est flos. T’es mon meilleur chum, pis tu t’es toujours fendu en quatre pour moé. Ch’t’aime, mon homme. Pis là, j’ai une dernière affaire à te demander : prends ton épée, pis tue-moé! »

Pis Gaïlen, fidèle jusqu’au boutte, fit ce qu’on y demandait pis poignarda son ami à mort. 

Faique quand Chilpéric arriva, y trouva yinque un cadavre.  

Donnant raison à son fils, y fit subir des affaires horribles à ses compagnons : Gaïlen se fit couper les pieds, les mains, le nez pis les oreilles avant de se faire achever; Grind se fit attacher sur une roue, péter toutes les membres pis tourner jusqu’à ce que mort s’ensuive, pis Gaukil, le chanceux, fut yinque décapité. 

Pis au travers des cris d’agonie, Frédégonde se frottait les mains : y restait pu yinque le dernier fils d’Audovère à éliminer…  


Partie 4


Source : Source : Augustin THIERRY, Récit des temps mérovingiens, 1842. https://play.google.com/books/reader?id=1i2Y7dHy-VgC&hl=fr&pg=GBS.PP1

Spécial Noël : saint Nicolas, héros en soutane – partie II

Partie 1

Salut! 

J’espère que vous vous êtes ben bourrés la face! Vot’réveillon a pas fini avec mononc Paul qui roule en-dessous de la table après sa onzième shot de caribou, toujours? Ou avec grand-m’man qui tombe dans l’sapin en dansant sur un solo de ruine-babines endiablé?

En tout cas, si vous avez eu comme cadeau un kit de chandelles qui sentent le mal de tête, un tour de volant en minou ou bedon un Rotato Express, pis que vous êtes ben déçus, j’ai quequ’chose pour vous consoler : une collection des greatests hits de saint Nicolas! C’est comme une boîte de chocolats de chez Jean-Coutu, mais avec des miracles au lieu de des vieilles cerises pognées dans l’sirop figé dur!

Saint Nicolas pogne les nerfs au concile de Nicée 

En tant qu’évêque, Nicolas fut invité au concile de Nicée. Ça, c’était un gros congrès des évêques de l’Empire romain que l’empereur Constantin avait organisé parce qu’y avait d’la chicane dans’cabane : personne s’entendait sur le rapport entre Dieu le Père pis Jésus le Fils, pis personne allait partir tant que ça serait pas réglé. 

Y’avait un gars, Arius, qui pensait pas comme les autres, pis y voulait pas lâcher le morceau : 

« Vous l’avez pas pantoute, gang : Dieu, c’est Dieu, pis Jésus, c’est yinque son messager! Quand y dit que Dieu, c’est son père, là, ben c’est comme… Une adoption, genre! Jésus, c’t’un gars ben spécial, mais y’est comme vous pis moé, qui rote pis qui se pète l’orteil su’l coin du litte de temps en temps! Y’est pas divin, y’est juste ben plogué! »

Méchante hérésie. Après des mois d’astinage, Nic finit par tomber dans’face à Arius :

« Coute-moé ben, toé, mon p’tit théologien à deux cennes! Jésus, là, y’est divin! Y’est faite d’la même substance que son père! Que ch’te voye toé, dire que le Christ est pas Dieu incarné! »

Nic vint tellement fâché qu’y crissa une claque su’à gueule à Arius. Les pères du concile, scandalisés, le firent arrêter. La religion, là, c’est pas une raison pour se faire mal! 

Mais Nic sécha pas trop longtemps dans sa cellule : Dieu était de son bord, pis Jésus pis Marie en personne firent un croche pour y’ouvrir la porte. Entécas, c’est c’qu’on dit. 

Saint Nicolas se fait livrer une colonne de marbre par Jésus Express

En r’venant du concile de Nicée, Nic fit un croche par Rome. Au bord du fleuve Tibre, il vit une colonne de marbre blanc et rouge qui traînait à terre. Y’a trouva ben belle, faique y fit le signe de croix dessus et lui dit : 

« Va-t-en à Myre, j’aimerais ça t’avoir dans mon église. »

Pis y lui donna un coup de pied pour qu’a roule dans le fleuve (quand saint Nicolas te donne un coup de pied, t’as beau être une colonne de marbre de 30 tonnes, tu t’astines pas).

La colonne s’en alla, flottant miraculeusement sur le fleuve, pis réapparut au port de Myre, prête à être livrée à Nicolas. Jésus Express : plus fiable que Postes Canada! 

Saint Nicolas crée un malaise à table

Il était une fois trois p’tits gars qui s’étaient épivardés un peu trop loin pis un peu trop tard, pis qui se firent pogner ben perdus par la noirceur. 

Y virent la lueur d’une chaumière, faique y cognèrent à la porte pour demander un abri pour la nuit. C’était chez le boucher, pis y les fit rentrer. Mais, au lieu de leur donner à souper, ben le bonhomme décida d’les dépecer. Il les découpa en bouttes pis les mit à saler comme des jambons. 

Sept ans plus tard, Nic, qui était en route vers Nicée, demanda l’hospitalité au boucher : 

– Entrez entrez, mon bon monsieur! Qu’est-cé j’vous sers pour souper? Un bon rôti d’veau?
– Boarf, non, ch’file pas pour ça à soir. 
– Vous voulez quoi, d’abord? 
– Votre p’tit jambon salé, là, qui est dans le saloir depuis sept ans, y doit être rendu pas pire? 

Le boucher, qui comprit tusuite que son crime avait été découvert, vint ben blême pis partit à’course pour pu jamais r’venir. 

Faique Nic alla dans le saloir, pria, pis les p’tits gars furent raboutés et ramenés à la vie par l’Esprit saint. L’histoire dit pas si leurs parents ont faite le saut en les voyant arsoudre après sept ans sans avoir vieilli d’un jour… 

(Ça, en fait, ça serait la même histoire que les trois soldats innocents dont je vous avais déjà parlé dans l’autre partie, qui s’est transformée en se rendant de Turquie jusqu’en Europe : y’a de quoi qui s’est perdu dans la traduction, pis tsé, innocence, enfants, ça a fini par donner ça.)

Saint Nicolas a des écoulements

Notre bon saint Nic était pas éternel, faique y finit par trépasser. Y fut placé dans un beau tombeau en marbre blanc, pis là, le monde remarquèrent que… ben… y suintait d’la tête pis des pieds. 

Mais, ttention, là! C’tait pas du simple jus de mort! C’était une huile miraculeuse qui guérissait tous les maux. De partout, on venait pour s’en mettre sur des bobos de toutes sortes. Pauvre Nicolas, pareil : même après sa mort, y’était encore pogné pour se faire taponner les orteils. 

Mais pensez-vous que le trépas allait arrêter notre vieux snoro? Oh que non! Les miracles ont continué!

Saint Nicolas s’en laisse pas passer une p’tite vite

Y’avait un homme riche qui voulait absolument avoir un fils, faique y pria saint Nicolas en lui disant : 

« Saint Nicolas, si tu m’donnes un fils, ben ch’te promets de venir avec lui y’où c’que sont tes reliques pis de t’apporter un gros vase en or avec plein de joyaux pis toute. » 

Faique le fils tant voulu vint au monde pis grandit. Pendant ce temps-là, l’homme riche fit faire le vase chez un orfèvre, mais il le trouva tellement à son goût qu’il décida de le garder pis d’en faire faire un autre un p’tit peu moins beau : 

« Y s’en rendra pas compte, hein? Ça va être correct pareil? »

Le père et le fils prirent le bateau pour déposer, comme promis, le vase sur le reliquaire de saint Nicolas. À bord, le père demanda au fils d’aller puiser de l’eau avec le plusse beau vase.  

Là, s’cusez, mais c’était une maudite idée de cabochon. Premièrement, y’étaient en mer : c’était de l’eau salée! J’sais pas si vous avez déjà mangé une vague en pleine face en vous baignant dans l’fleuve, mais ça goûte pas tout à faite le p’tit jésus en culotte de v’lours.  

Deuxièmement, quand t’as un vase précieux de même, tu l’gardes dans sa boîte pis tu l’sors juste pour faire ton frais-chié en avant de la visite. Tu vas pas t’en servir comme cruche pour puiser de l’eau, voyons donc!

Troisièmement, houle + bateau qui brasse + enfant en bas-âge qui se penche par-dessus bord pour puiser de l’eau, ben ça peut pas finir autrement qu’en drame. Pis c’est drette ça qui arriva : le p’tit gars tomba dans la mer avec le vase pis disparut dins vagues. 

Le père se mit à capoter, ben sûr, à brailler pis à hurler pis à se rouler à terre, mais y’avait rien à faire : il avait perdu son fils pis son vase de frais-chié à cause d’une seule décision de cave. 

Malgré tout, y finit son pèlerinage pis alla quand même porter le vase cheapette sur l’autel de saint Nic. Mais dès qu’y le déposa, le vase y r’vola dans face : 

« Ben voyons! »

Il le ramassa pis le déposa une autre fois. Pis encore là, le vase y r’vola dans face, comme si y’avait mangé une claque invisible : 

« Qu’est-cé ça? »

Il réessaya encore une fois, pis là, le vase arvola jusqu’à porte de l’église. Pis juste comme le père se tournait vers la porte, y vit son fils rentrer, sain et sauf, avec le plusse beau vase. Le père se garrocha sur lui et le couvrit de becs pis de larmes.

Quand y reprit ses esprits, y ramassa le beau vase pis le vase cheapette et les déposa les deux sur l’autel. Pis c’te fois-là, ils y restèrent. Le père avait appris sa leçon : faut pas essayer d’en passer une p’tite vite à saint Nic! 

Saint Nicolas fait un lift au patricien Jean

Méthode, patriarche de Constantinople dans les années 840, avait l’habitude de raconter pour faire son intéressant dans les partys que son père, le patricien Jean, était tombé à la mer pendant une tempête, pis qu’alors qu’il était su’l bord de se neyer, il pria saint Nic qui apparut en chaloupe pis lui cria : 

« HEILLE, JEAN! PAR ICITTE! EMBARQUE, CH’TE RAMÈNE À TERRE! »

Saint Nicolas ramasse l’émir

Une fois c’t’un p’tit gars qui venait d’une famille ben chrétienne qui fêtait la fête de saint Nicolas à toutes les ans. 

Un jour, le pauvre p’tit pet se fit kidnapper par les musulmans pis devint le serviteur de l’émir. Un an plus tard, le jour de la fête de saint Nic, y lui vint une p’tite nostalgie pis y se mit à brailler en avant de l’émir. 

Faique l’émir y demanda : 

– Qu’est-cé qu’t’as là, mon p’tit infidèle?
– Ah, scusez, Votre Magnificence, c’est juste qu’aujourd’hui, c’est la fête de saint Nicolas. On fêtait ben gros ça dans ma famille, pis ça me rappelait des souvenirs… J’ai un peu le motton, c’est toute…
– Ouin, ben y t’as pas aidé fort fort, ton saint, parce que t’es rendu mon esclave! Pis y f’ra ben c’qu’y voudra, mais tu vas le rester pour toujours! Mouahaha!

L’émir venait yinque de finir sa phrase qu’un gros vent de bœuf se leva pis emporta le p’tit gars et rasa le palais de l’émir au solage. Pis le p’tit gars, lui, y’atterrit sain et sauf drette en avant de la porte de chez ses parents. 

C’était pas une bonne idée de baver saint Nic, même mort et enterré.

Bon! M’a m’arrêter là. Si j’vous racontais vraiment toute, on s’rait encore là le 31 au soir pis j’vous ferais manquer le Bye Bye. 

Faique j’vous souhaite une maudite bonne année, ma gang de vous-autres! 

La semaine prochaine, j’me donne congé, pis après j’vous reviens toute fringante pour la suite de la saga de Frédégonde contre Brunehaut! 


Sources :
Jacques de Voragine, La Légende dorée. https://play.google.com/books/reader?id=vuliAAAAcAAJ&pg=GBS.PP1
Nicolas de Bralion, La Vie admirable de saint Nicolas. https://play.google.com/books/reader?id=VucYAAAAYAAJ&pg=GBS.PP1