Jos Montferrand

Jos Montferrand, vue par ma grande chum Christine Labrecque!

Heille, Jos Montferrand. Pour ceux qui l’connaissent pas, c’est un de nos plus grands hommes forts : un draveur, un batailleur pis un défenseur des faibles, la fierté des Canadiens français.

Quand ch’tais floune, Arrière-Pépère Poêle me contait ses aventures, pis y v’nait les yeux toutes brillants, comme si y’argardait une étoile pis qu’l’étoile y rendait ben :

« Montferrand, y’était fort comme un chêne pis souple comme un roseau! »

À crère Arrière-Pépère Poêle, c’tait un géant qui giguait su’és pitounes dans l’jour pis avec les pitounes par les soirs, la patte légère comme un lieuvre pis la tête tellement haute qu’a s’pardait dins nuages.

Pis justement, pour moé, l’histoire à Montferrand, est un ti peu pardue dins nuages.Jos, c’tait un vrai gars en chair pis en os– y s’est sûrement d’jà pété le p’tit orteil su’l bord du litte comme toé pis moé. Mais on dirait qu’au fur et à mesure que l’monde se contaient ses exploits en en rajoutant toujours un ti peu, y’a fini par se transformer en espèce de superhéros canadien français, un Maurice Richard d’la drave avant l’temps qui portait su son dos les espoirs de toute un peuple.

Mais bon. Moé, m’as vous conter son histoire comme Arrière-Pépère Poêle la contait.Pis au pire, si vous trouvez que j’dis a pas d’allure, vous aurez juste à l’prendre avec un grain d’sel.

À c’t’heure que c’est dit, arculons dans l’temps, en 1802, dans l’faubourg Saint-Laurent à Montréal, où c’qu’est né notre futur géant.

Le port était pas loin, faique les tavarnes d’la place étaient bourrées de marins pis de voyageurs de toutes les formes pis d’toutes les couleurs qui se mélangeaient aux Canadiens français.

Quand y’a trop d’gars à’même place, on dirait qu’y virent toutes comme des bucks à’saison des amours, faique c’tait pas long que ça se mettait à s’crisser ça su’a yeule pour savoir qui qui était l’plus fort.

À même les tavarnes comme s’ua grève au bord du fleuve, les gars qui voulaient s’faire un nom s’pognaient avec ou pas d’gants, en avant du monde ordinaire comme des gentlemen anglais pis des p’tites madames en crinoline qui accouraient à’moindre rumeur d’une joute.

L’quartier était tellement connu pour ses combats d’fiers-à-bras, qu’un coup d’poing donné dans l’faubourg Saint-Laurent résonnait pour ainsi dire dans toute le Canada.

Faique c’est là-dedans que Jos a grandi. Son pére, Joseph, était lui-même une saprée armoire à glace qui avait faite la traite des fourrures avec la Compagnie du Nord-Ouest. Sa mére, Marie-Louise, était une créâture à sa hauteur : on raconte qu’un m’ment’né, voyant un innocent en train de martyriser un flo, a y crissa des claques jusqu’à c’qui parde connaissance.Jos avait de qui t’nir, mettons.

Enfant, y’était déjà fort. Ça s’voyait tu’suite que ça allait faire un bœuf. Mais Jos était un bon p’tit gars, tranquille pis fin, qui profitait jamais d’ses dons pour faire son boss des bécosses; au contraire, y protégeait les plus p’tits contre les bums.

À 16 ans, y’avait déjà sa taille d’homme : 6 pieds 2 ou 6 pieds 4, dépendamment d’à qui tu d’mandes. Pis c’est pas parce qu’y avait la force d’une bête qu’y en avait l’air : en fait, y’était gracieux pis avenant comme un prince. Ch’sais pas si y’avait l’talent, mais entécas, y’avait la face pour jouer dins vues.

Son premier fait d’armes, si on peut dire, c’tait pas mal dans ces bouttes-là. Un m’ment’né, y creusait en avant de chez-eux, avec la tête y’arrivait flush avec el’bord du trou. Y’arriva-tu pas un certain Michel Duranleau, un gars qui était connu pour faire peur au monde pour qu’y votent du bon bord aux élections, avec deux autres bonriens.

Pour faire étriver Jos, Duranleau y mit son pied su’a tête – sauf que Jos s’laissa pas faire. Pareil comme si y’avait eu les pattes montées su des springs, y sauta en dehors du trou, atterrit drette au milieu des trois épais pis leu péta toute la yeule.

Pas longtemps après, y fit son deuxième grand coup. Un beau jour, su l’Champ-de-Mars à Montréal, deux boxeurs anglais – on se les imagine en chest avec la moustache qui r’trousse dins bouttes – s’affrontèrent devant un tapon d’monde pis une bonne partie d’la garnison.

Un des deux gagna, on s’en sacre c’est qui, pis y fut déclaré champion du Canada. C’tait douteux. M’aginez si Lucian Bute pis Jean Pascal étaient allés s’battre en avant d’un Pizza Hut à Plattsburgh, pis que l’gagnant s’tait déclaré champion des États-Unis!

Entécas, là, le nouveau champion, ben crinqué, s’arvira vers la foule pis invita l’meilleur homme du pays à essayer d’y prendre son titre, drette là.

C’était comme si l’orgueil avait piqué Jos d’une fesse avec une broche à tricoter :

« Heille, pour qui qu’y s’prend, lui, à faire son frais-chié en avant de tout l’monde pis à s’penser meilleur que nous-autres? »

Faique y s’avança pis chanta l’coq. Dans l’temps, c’tait le signe que tu relevais l’défi – y v’nait d’arriver un autre coq dans’basse-cour, autrement dit.

Y’eut un frisson dans’foule, pis l’monde se mirent à applaudir : heille, un ti gars d’la place qui défiait un champion, pis un Anglais en plus!

Le match commença sans plus de tétage, pis finit d’même aussi : Montferrand fessa yinque une fois, FLÂWK! Mais tellement fort que l’Anglais s’dit que si y’en mangeait un deuxième, y s’rait pu là pour un troisième.

Après ça, la ville au complet parlait de Montferrand. Tout l’monde voulait y serrer la main pis le féliciter. Y’aurait pu s’partir une carrière de boxeur drette là – mais Jos, c’tait un bon gars simple qui voulait faire un travail honnête pour aider sa famille.

Au début, y travailla comme charretier, une job qui le fit se promener un peu partout.

À la mort de ses parents, Jos s’engagea pour la Compagnie du Nord-Ouest; après, y fit un boutte à travailler pour Joseph Moore, un gars qui exploitait des coupes de bois dans l’nord des Laurentides; ensuite, y fut engagé par Bowman & Gill, des marchands de bois.

Dans c’temps-là, le commerce du bois était parti en peur. Napoléon, ben décidé à faire chier l’Europe au complet, avait imposé un blocus à l’Angleterre, qui pouvait pu s’approvisionner d’son bord de l’océan. Comme un Gino peut pu ben ben faire son frais sans sa Camaro, les Anglos pouvaient pu vraiment jouer les puissances mondiales sans leux bateaux. Pis pour faire des bateaux, fallait du bois.

Pis le Canada, c’tait quasiment yinque ça, du bois. L’Ouatouais, la Mauricie pis le lac Saint-Jean étaient rendus des Klondike d’la pulpe, pis ça arrivait de partout pour s’faire un gagne-pain.

Notre Jos, lui, y’alla dans l’Outaouais. Y fut foreman pis cageux – les cageux, c’taient les gars qui faisaient descendre les billes de bois sués rivières toutes attachées ensemble pour former des « cages » qui pouvaient faire jusqu’à un mille de long, pis les emmenaient jusqu’à Québec, y’où c’qui partaient pour l’Angleterre.

C’tait une vie errante, de chantier en chantier, d’port en port pis d’tavarne en tavarne, pis dangereuse, aussi : c’tait pas rare que des gars glissent entre deux pitounes pis s’neyent.

Jos, lui, était ben à l’aise avec ça. Y’avait l’pied léger comme une ballerine en ch’mise carreautée, pis y s’promenait su’és pitounes roulantes et r’volantes comme si c’tait un plancher d’bois franc. Pis dans un monde où la loi du plus fort régnait, y’avait toute pour devenir une légende.

Un bon soir, à Buckingham, dans l’Gatineau d’à c’t’heure, une gang d’Irlandais – des « Shiners », comme on les appelait, des immigrants qui travaillaient dans l’bois au Canada – logeaient chez un Canadien français qui arcevait l’monde chez eux quand les auberges étaient pleines.

On sortit le violon, les filles du coin arsoudirent, pis l’party pogna. Mais quand l’fils du propriétaire voulut embarquer, y s’fit dire qu’y était de trop. Parce qu’y était un Canadien français.« Ah ben tabarnak! Ça s’passera pas d’même! »

Jos, n’ayant entendu parler, partit avec ses grand’pattes, pis se rendit drette à la maison où y’avait l’party d’Irlandais. Y rentra sans cogner, pogna l’violon du gars pis l’effoira yinque d’une main – SPKRRRATOING!

J’vous dis que ça resta frette en simonac.

« Tout l’monde déhors! »

Mais les problèmes avec les Irlandais, ou Shiners, faisaient juste commencer.Y’arrivaient à la pochetée à Bytown – l’Ottawa d’à c’t’heure –, pis comme de raison, y voulaient des jobs. Y’avait yinque un problème : les jobs, c’tait les Canadiens français qui les avaient.

Faique les Shiners se mirent en gang pour intimider leux rivaux en crissant l’bordel partout : sabotage de chantiers, pétage de yeules, brisage d’affaires, rentrage dins églises en pleine messe catholique pis dérangeage de funérailles pour écœurer l’monde. Pis comme y’avait pas de police en tant que tel à Bytown, y’étaient lâchés lousses, pis l’monde devaient s’faire justice eux-autres mêmes.

Dans c’te gang-là, y’en avait un qui était connu pour être particulièrement violent pis faisant-mal : Martin Hennessy. Y’était foreman pour une compagnie rivale de celle où c’que Montferrand travaillait. Son fun, c’tait de battre des Canadiens français, pis de s’composer une p’tite toune avec chaque couplet qui parlait d’un gars qu’y avait défoncé. Y ’avait entendu parler du géant canadien, faique à la fin, y’avait ajouté ça :

Pis Montferrand, au pied léger,
Y’aura de mes nouvelles.
Y pourra pas s’en sauver :
J’le charche pis j’l’appelle!

Un soir, les deux s’adonnèrent à être dans’même tavarne. Quand Montferrand arriva, Hennessy était déjà là depuis un boutte, pis y commençait à être pas mal chaudaille. Jos en fit pas d’cas au début, mais là, Hennessy se l’va pis y’enfonça son casse de poil s’a tête :

— Quins toé, l’mangeux d’bines! C’t’aussi ben qu’tu voyes pas ta face après que je l’aye arrangée!
—Tu peux ben faire ton fendant, crisse de pissou! Quand ch’t’avec mes chums, tu ramperais à quatre pattes d’une swompe pour pas m’voir, pis là à soir que ch’tu seul, t’essayes de m’faire peur! Tu ris des Canayens? Ben attèle-toé, parce que tu vas t’faire torcher à’canayenne!

Les chums à Hennessy farmèrent la porte d’la tavarne pis la bloquèrent pour pas que Montferrand puisse se sauver.

« Hennessy, mon astie d’faux cul, tu m’as-tu tendu un piège? »

Sauf que l’Irlandais était déjà après fesser. Montferrand avait pas grand place pour esquiver : la menute qui s’tassait trop à droite ou à gauche, les chums à Hennessy lui crissaient des coups d’pied. Ça r’gardait pas ben.

Ça faisait ben des taloches que les deux s’échangeaient, quand quequ’un ouvrit la porte par déhors. Ça fit diversion, faique Hennessy pis Montferrand se séparèrent pis arprirent leur souffle. Mais là, Montferrand s’mit à chanter :

Un Canadien, c’pas léger,
J’vous apprends la nouvelle.
Tu pourras pas t’en sauver :
J’viens quand on m’appelle!

Piqué, Hennessy arvint à’charge. Droite, gauche, crochet, uppercut, Jos esquiva toute, pis soudain, BANG, y descendit son poing s’a face à Hennessy pis l’effoira comme une pomme cuite.

On dit qu’après ça, l’Irlandais fit pu jamais d’trouble aux Canadiens français.

Là, c’est l’temps d’sortir votre gros sel, parce que v’la l’histoire la plus flyée qui s’rait arrivée à Jos Montferrand.Dans son temps, pour aller de Hull à Bytown, fallait passer su un pont en bois à la traverse des Chaudières. C’tait pas rare que l’droit de passage se paye en claques su’a yeule : les Shiners se mettaient souvent en embuscade pour bloquer les Canadiens français.

Un jour que Jos s’en v’nait du bord de Bytown, y vit qu’y avait parsonne su’l pont, pis y trouva ça quasiment louche.Y’alla voir une bonne femme qui avait un magasin à’tête du pont :

— S’cusez Madame, avez-vous vu du monde su l’pont?
— Non, pantoute, mon noir!

Un ti-peu rassuré mais pas tant, Jos partit pour travarser tout seul. Y’avait yinque faite la moitié qu’y surgit une GROSSE gang de Shiners armés d’bâtons – heille, pas moins de 150, selon la légende!

Montferrand était pas fou, faique comme de raison, y’essaya d’arvirer d’bord, mais la maudite bonne femme avait farmé la porte au boutte du pont. Pas l’choix : fallait qu’y s’batte.

Y s’avança vers les Shiners comme un grédeur qui s’apprête à ramasser un banc d’neige. Surpris, y’arculèrent un peu. Sauf qu’y en a un qui fut pas assez rapide, pis Jos le sapa par les pattes. Y le leva dins airs pis le swigna de toutes ses forces, comme une grosse massue qui crie pis qui saigne.

Avec ça, Montferrand ramassa les premières rangées de Shiners. Y garrocha sa massue humaine en bas du pont pis chargea vers les autres. Y’é ramassait toutes comme des catins en guénille pis les pitchait dans les rapides en bas.

C’tait un méchant carnage – mais les Shiners l’avaient ben charché. La gang de woireux qui s’étaient taponnés su l’bord virent le reste des malfrats se sauver à’course pour éviter d’finir neyés dins rapides.

Heille, hein!

Y’a tellement d’histoires à propos de Jos Montferrand, que si j’vous les racontais toutes, on s’rait encore là rendu aux Fêtes.

Montferrand prit sa retraite quand même de bonne heure – toutes c’tes exploits-là, ça avait son prix, pis Jos commençait à être magané. Y s’installa rue Sanguinet, à Montréal, pis se prit une femme. Ses jours de gloire étaient passés, mais tout l’monde dans son quartier savaient y’était qui pis le saluaient toutes avec respect. Y mourut à 62 ans.

Qu’y aille vraiment battu 150 gars en en swignant un autre par les pattes, c’est clair que Montferrand a marqué les esprits, comme y marquait l’plafond des tavarnes avec son talon en steppant dins airs – une carte de visite, à sa façon. Y’a donné aux Canadiens français une raison de bomber l’torse dans des bouttes de leur histoire où y’en avait pas d’faciles. Pis ça, parsonne peut y’enlever ça.


Source : Benjamin Sulte, Histoire de Jos. Montferrand : l’athlète canadien, 1889.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

Pour faire comme eux-autres et lire les articles avant tout le monde pis même profiter de contenu extra rempli de détails croustillants, c’est par ici!

Le road trip de sainte Ursule

Le 21 octobre 1520, quand l’explorateur portugais João Álvares Fagundes « découvrit » l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon, pas loin de Terre-Neuve (les Micmacs pis les Béothuks étaient là, « Comment ça, « découvert »? Ça fait un christie d’boutte qu’on connaît ça, nous-autres! Y’avaient yinque à nous l’demander! », mais entécas), y’appela ça « l’archipel des 11 000 Vierges ».

Là, je l’sais c’que vous pensez : le bonhomme, ça faisait trop longtemps qu’y était en mer avec une gang de gars à l’odeur musquée pis au sourire toute scorbuté, faique y commençait à halluciner des pitounes.

C’est pas impossible; mais la vraie raison, c’est que le 21 octobre, c’est la fête de sainte Ursule qui, selon la légende, aurait fait un Piété World Tour au Moyen-Âge accompagnée de 11 000 vierges, pour finalement s’faire massacrer par les Huns.

Alors voir ça d’plus proche, grâce à une série de peintures d’un maître inconnu qui appartenaient aux Sœurs augustines noires de Bruges.

Donc. Ursule était une princesse bretonne (mais la Bretagne, dans le sens, l’île de Bretagne, l’Angleterre d’à c’t’heure) qui était don fine, pis bon belle pis don sage pis don pieuse. Tellement qu’un roi barbare païen de Germanie, en n’entendant parler, se dit :

— Heille, ça f’rait une tabarslak de bonne épouse pour mon gars, ça! C’ten penses-toé, fils?
— Mets-en, Popa! Ursule, là, fiourf!!! J’y f’rais pas mal en estie! Est chaude comme le rond du poêle!

Faique le roi envoya un messager pour arranger ça :

Faique wouptidou, s’en fut le messager pour trouver le roi de Bretagne pis demander la main à Ursule.

Le roi était ben mal pris : y’avait pas envie pantoute de donner sa très chrétienne fille à des adorateurs d’idoles, mais y’avait encore moins envie de finir la tête sur une pique.

Mais Ursule, Miss Parfaite 385, avait une solution toute prête :

« P’pa, c’correct, m’as l’marier, leu prince. Mais avec des conditions : toé pis lui, vous allez m’donner 10 vierges pour me t’nir compagnie, pis à moé pis à c’t’elles-là, 1000 vierges chaque; vous allez nous équiper de gros bateaux pour qu’on se rende là-bas; après, va falloir que le prince attende trois ans avant d’coucher avec moé, pis qu’y s’convertisse pendant c’temps-là. »

Faique là, si j’compte bien, ça fait Ursule, 10 vierges, plus 11 000 vierges, donc techniquement, ça fait Ursule plus 11 010 vierges? Entécas. Imaginez trouver AUTANT de vierges à une époque de même, où la population était loin d’être celle d’à c’t’heure. Y’ont ben dû vider les campagnes au complet, pis les gars célibataires du royaume ont dû faire une manif dins rues en brandissant leux fourches. Leux fourches pour le foin, j’veux dire.

Quand le roi barbare, entendit ça, y fit toute qu’une face :

— Voyons, elle, pour qui qu’a s’prend? 11 000 vierges pis une conversion à leur dieu de moumoune broché sur une croix! Est-tu mala—
— C’EST CORRECT, P’PA! M’a toute faire c’qu’a dit, pas de trouble. M’as apprendre la Bible au complet à n’endroit pis à n’envers si y faut!

Devant l’enthousiasme de son fils, le roi barbare avala son étron pis fit toute ce qu’Ursule avait demandé.

Pis là, vint le moment pour Ursule de faire ses adieux à ses parents :

Après ça, ça dépend des versions.

Dans une, yinque comme Ursule et ses 11 000 vierges (ça f’rait un bon nom d’orchestre, vous trouvez pas?) partaient en bateau, une tempête a pogné pis les a poussées jusqu’à Cologne, en Allemagne. Ça prenait une tempête qui savait c’qu’a faisait pis qui avait du visou en astie, parce que pour ça, fallait que les bateaux armontent tu’seuls un bon boutte du Rhin en dedans des terres!

Dans l’autre version, plus l’fun pis moins tirée par les ch’feux, Ursule aurait dit :

« D’la marde, les filles! On a des bateaux pis l’cash de ma dot, faique on décrisse pis on va à l’aventure! »

D’une façon ou d’une autre, la gang de filles se rendirent à Cologne. Pis là, Ursule rencontra un ange :

Faique Ursule écouta l’ange pis clancha à pied pour Rome, son armée de vierges qui la suivait. Y’a aussi l’évêque de Bâle qui décida d’aller avec eux-autres.

À Rome, Ursule et ses Baronnettes furent accueilli par le pape Cyriaque, qui s’adonnait à être de la même place qu’Ursule pis qui était ben content de voir 11 000 de ses compatriotes. Y les reçut comme des invitées d’honneur pis décida même d’arpartir avec elles :

Ursule, les 11 000 vierges, l’ex-pape, une couple d’évêques, le roi, sa femme et le p’tit prince, pis Papa Ours, Maman Ours pis Bébé Ours prirent le chemin de Cologne, dévastant la campagne à cause de leur appétit vorace. (Sérieux, c’était quoi, la logistique, à la gang qu’y étaient? Y dormaient où? Y mangeaient quoi? Les villageois étaient-tu là, « ah non, pas encore c’te gang-là, les granges pis les caveaux sont vides »?).

Pis quand y’arrivèrent enfin, y furent attaqués par une gang de Huns. SURPRISE! Dieu leur avait donné l’immense privilège de devenir martyrs pour leur foi!

Y furent tous massacrés. Sauf que quand le chef des Huns vit la belle Ursule, y lui dit :

— J’te donne la vie sauve, mais faut qu’tu me marises.
— J’aimerais mieux laver les bécosses du treizième sous-sol de l’enfer!

Le chef des Huns, à qui ses parents avaient pas montré à gérer ses émotions pis à dealer sainement avec le rejet, ordonna aussitôt à un de ses archers de tuer Ursule :

Faique voélà l’histoire de sainte Ursule! La prochaine fois que quequ’un va avoir une surprise pour vous-autres, ben dites-vous que c’te mot-là veut pas nécessairement dire la même chose pour lui que pour vous!

La débarque historique des Templiers, en queques menutes

(Voici un p’tit boutte de morceau pour vous faire patienter, vu que le texte sur Jos Montferrand sortira yinque le 25.)

Bon. Ch’t’en retard avec ça, mais y’est jamais trop tard pour ben faire, hein?

Hier, c’tait le 13 octobre. Faique ça a fait 713 ans depuis le vendredi 13 octobre 1307, l’jour où toutes les Templiers de France ont été arrêtés d’une shot par les hommes du roi Philippe le Bel.

Au départ, les Templiers, y s’appelaient les « Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon ». Y s’étaient donné comme mission de protéger les pèlerins qui s’en allaient à Jérusalem – arprise par les Chrétiens pendant les croisades – pis que les bandits pognaient comme les gornouilles pognent des grosses mouches gourfues qui volent pas vite.

Mais les Templiers restèrent pas pauvres ben longtemps : y se mirent à r’cevoir des dons de partout, des nobles pis des rois comme du monde ordinaire. Y se faisaient léguer des bien pis des terres à la pochetée, pis comme y géraient ça en champions, toute ça a fructifié sur un moyen temps.

Un m’ment’né, parzempe, les croisades ont fini par finir, pis les Templiers ont pardu leux châteaux pis leux terrains en territoire musulman. Y’avaient pardu leu but premier. Mais y’étaient encore full riches, full puissants pis protégés par le pape… De quoi rendre Philippe le Bel, roi de France, ben jaloux.

Faique le roi demanda au pape Clément V de partir une enquête sur les Templiers : supposément qu’y crachaient sur les crucifix pour le fun pis qu’y vénéraient le démon Baphomet.

Sauf que l’pape, qui avait pas pantoute envie de faire ça, se traîna un ti peu les pieds, faique Philippe le Bel se tanna : y’organisa, dans le plus grand secret, l’arrestation de l’Ordre au complet en France. Pis comme les Templiers étaient pas des bandits, y se laissèrent emmener comme des agneaux.

Le roi saisit toutes leux biens, parce que tsé, ben sûr. Y les fit torturer, pis même le grand chef, Jacques de Molay, passa au batte lui avec. À force de se faire étirer su tou’és sens pis brûler l’tsour des pieds, les pauvres chevaliers finirent par avouer n’importe quoi pour que ça arrête.

Y’en a qui avouèrent, mais qui se rétractèrent après, faique Philippe le Bel les condamna toute au bûcher.

Rendu là, Clément V sentit que Philippe le Bel commençait à avoir le dessus, pis que lui avait l’air de plus en plus fou à mesure que le temps passait pis qu’y continuait à soutenir les Templiers. Faique y r’vira sa froque de bord, désavoua Jacques de Molay pis dissolut l’Ordre.  

Jacques de Molay était en beau saint ciboire de tabarnak.

Y passa finalement au bûcher le 18 mars 1314. Supposé qu’avant de mourir, y lança une terrible malédiction au pape pis au roi :

Clément V mourut le 20 avril 1314, probablement d’un cancer de l’intestin. Ses médecins lui avaient fait avaler des émeraudes pilées pour le guérir, mais on s’imagine que ça devait marcher aussi ben que l’œuf de jade dans la ploune à Gwyneth.

Quant à Philippe le Bel, y mourut d’un ACV pas longtemps après, le 4 novembre d’la même année. Pis ses trois fils pétèrent au frette sans descendance mâle, ce qui foutit la merde dans la succession pis déclencha plus tard la Guerre de Cent Ans, dont j’vous ai déjà parlé par la bande dans ma série sur la Guerre des Deux-Roses.

Jacques y était-tu pour de quoi? Sûrement pas, mais c’est l’fun d’y croire…

« Tassez-vous que ch’passe! » — L’histoire du RMS Olympic, la grande sœur du Titanic, dans ses propres mots

  Heille salut! Moé c’est Olympic, pis j’étais un navire. Pis toute un, à part de t’ça. 

Bon, ok. Ça se peut que vous ayez jamais entendu parler d’moé. J’vous en veux pas pour ça. Tout l’monde en a yinque pour ma p’tite sœur, Titanic. 

Quand même, ça m’écoeure un peu, tsé : moé, j’ai eu une longue et ÉPIQUE carrière, pis elle, a s’crisse d’un iceberg comme une épaisse à son premier voyage, pis a l’a droit à toutes les honneurs, avec un film, Céline Dion, tou-dou-dou-douuuu, ti-delou-dou-dou-dwiiiiiii pis toute le kit. 

(Ch’t’aime pareil, la sœur.)

Mais là, à soir, c’est moé qui raconte. Pis vous allez capoter. 

Quand chus née, le 20 octobre 1910, au chantier maritime Harland & Wolff de Belfast, j’étais le plusse gros pis le plusse luxueux paquebot océanique au monde. Côté grandeur, je torchais complètement ma plus proche rivale, le Mauretania, pis je bouffais quasiment la moitié moins de charbon. J’étais bourrée d’installations super fancys : en plus des restaurants, des salons pis des salles de lecture, j’avais un gym, une piscine, un terrain de squash, pis même des bains turcs! La grosse vie sale. Checkez-moé l’escalier!  

Contrairement à quequ’un qu’on connaît, j’ai faite mes quatre premiers voyages à New York sans problème. Partout où c’que j’passais, les quais étaient paquetés d’monde qui étaient là pour me voir!  

Mais là, à mon cinquième voyage… Quand chus partie, faisait beau, toute allait ben, pis là, y’a un épais qui m’a foncé dedans. 

J’essayais de sortir du Solent, un passage pas super large entre l’Angleterre pis l’île de Wight. C’est du trouble, passer là : y’a un maudit banc d’sable qui bloque le ch’min, pis faut virailler pour pas s’échouer dessus. 

C’est là qu’est arrivé le HMS Hawke, un croiseur d’l’armée britannique. Y s’en allait dans’même direction qu’moé, mais pour moé y’a pas allumé que j’virais pas s’un dix cennes. Ch’tais l’plus gros navire du monde, tsé! 

Pour faire une histoire courte, y s’est pas assez tassé pis BANG! Y m’a rentré dans l’côté à tribord. 

J’vous rassure tu’suite : parsonne a coulé pis parsonne est mort. 

Mais quand j’ai été armorquée au port, les autres bateaux étaient là : « Cibole, Olympic, qu’est-cé qui t’est arrivé là? »

Pis moé j’répondais : « Ha! Attends de voir l’autre gars! »

Ça, c’est des images de moé pis du Hawke après l’accident.   

Comme vous voyez, moé ch’tais pas si pire. Mais astie, le Hawke, y’avez-vous vu la face? Y’avait l’nez toute effoiré! Ch’tais crampée. 

Ouin, je l’sais que c’est pas fin d’rire du malheur des autres, mais tsé! C’tait un croiseur faite pour détruire les autres bateaux en leux fonçant d’dans! Y m’a yinque faite un p’tit trou pis lui y’était rendu tout plate! 

J’ai passé un p’tit boutte en cale sèche, mais deux mois plus tard, ch’tais arpartie. Pour me réparer, y’ont dû prendre des matériaux pis du monde qui devaient aller au Titanic, faique ça l’a artardé son premier voyage de trois semaines.

Vous connaissez l’histoire : le 15 avril 1912, ma p’tite soeur a coulé comme une roche dans l’océan Atlantique en emmenant 1 500 passagers avec elle par le fond. Ça s’rait-tu arrivé quand même si le Hawke m’avait jamais rentré d’dans? On l’saura jamais. 

Entécas, moé, ch’t’étais pas super loin de d’là, pis mon capitaine – le capitaine Haddock, sans joke – m’a proposée pour embarquer des rescapés, mais y m’ont dit non : ça a d’l’air que ça les aurait traumatisés de s’faire ramasser par un navire pareil comme lui qui v’nait juste de couler. Franchement. Quand tu viens d’avoir la chienne de ta vie dans l’eau frette, tu te sacres ben de quel bateau qui te ramasse. Messemble, entécas. 

Faique j’ai continué tout drette. 

Après la tragédie, mes propriétaires m’ont toute arrangée pour pas que la même affaire m’arrive – y m’ont ajouté des canots de sauvetage, entre autres. Y’ont aussi changé les plans de mon autre p’tite sœur, le Britannic, qui était après être bâtie.

Là, j’ai arpris la mer pis j’ai faite ma job ben peinarde pendant un boutte, mais ça a pas duré longtemps – la Première Guerre mondiale a commencé.  

Y m’ont peinturée en gris laitte pour que ch’soye plus dure à voir, pis pendant une couple de mois, j’ai surtout sarvi à faire travarser des Américains pognés en Europe.

Mais là, les asties d’sous-marins U-Boots allemands ont commencé à faire pas mal de marde. Les bateaux coulaient de tous bords tous côtés. C’tait rendu ben que trop dangereux pour les voyages commerciaux, faique mon boss m’a dit de faire un darnier aller-retour – j’allais être au chômage pour le temps d’la guerre. 

Donc ch’tais là, au quai, à m’pogner les bouées depuis au moins six mois quand j’me suis faite câller par l’armée britannique. Ouais monsieur! Y’avaient besoin d’moé pour transporter des soldats. 

Y’ont défaite mes beaux salons pour péteux d’broue pis y’ont toute changé ça en dortoirs pour les soldats pis en cabines pour les officiers. Avec ça, ch’tais bonne pour transporter 6 000 hommes! Ma bibliothèque est devenue un hôpital de 100 littes. Pis y m’ont mis des CANONS! Yaaaahhh! Heille là on jasait! 

Comme ma p’tite soeur, Britannic, était pas encore finie de construire, ben elle, y l’ont changée en navire-hôpital. A l’était-tu belle, un peu, dans son beau kit blanc de docteur! Ch’tais ben fière d’elle. 

Elle pis moé, on a été envoyées en Méditerranée. Mais là, c’est pas parce que ch’faisais yinque transporter des troupes que ça allait être pépère! 

Drette à mon premier voyage, dans’mer Égée, mon capitaine pis moé on a spotté des survivants d’un bateau français qui v’nait d’être coulé par un U-Boot. On s’est argardés, pis ça a été clair tu’suite : pas question d’passer tout drette sans les ramasser. 

Faique on s’est arrêtés. D’une zone bourrée d’sous-marins allemands. Pis tsé, à ma grosseur, on va l’dire, ch’tais pas toute à faite discrète. Mais au yâble le danger. 

Yinque comme on v’nait d’embarquer toutes les survivants à bord pis d’ardécoller full pine, j’ai vu un astie d’périscope. Mon capitaine m’a dit d’virer ben sec. L’sous-marin m’a tiré une torpille, pis a l’est passée dans l’beurre. Après ça, c’est moé qui a tiré du canon d’ssus; ch’sais pas si je l’ai pogné, mais entécas, on l’a pu arvu du voyage. 

Quand on est arvenus en Angleterre, l’Amirauté était pas contente, pis mon capitaine s’est faite chicaner. C’est clair que si l’sous-marin s’tait pointé juste un ti peu plusse de bonne heure pis m’avait pognée pendant que ch’tais arrêtée, y’aurait pu m’couler avec 6 000 hommes à bord. C’te coup-là, j’ai été pas mal mardeuse.  

Pis la France a donné la médaille d’honneur pour acte de courage et de dévouement à mon capitaine. Faique, dans leux dents. 

Ch’t’artournée plusieurs fois dans’Méditerranée, jusqu’à ce que les Alliés se rendent compte que le front des Dardanelles contre les Turcs était un astie d’chiard qui m’nait nulle part pis évacuent tout l’monde. 

Mais ça m’a pas pris grand temps pour me trouver une autre job. 

À ce moment-là, le Canada a embarqué dans’guerre. Faique, de 1916 à 1919, j’ai charroyé des soldats canadiens jusqu’en Europe, pis à partir de 1917, des soldats américains aussi.

Là, heille, ch’trippais : y m’ont mis encore plusse de canons, pis y m’ont donné une belle nouvelle couche de peinture super fâsheune. Checkez ça!   

Y’appelaient ça le « dazzle » – ça veut dire « éblouissant » en français. Pis ben quins, que ch’tais éblouissante! Astie, si ça avait été yinque de moé, ch’rais restée d’même toute le long de ma carrière. Les lignes pis les couleurs bizarres, c’était pour fourrer les sous-marins ennemis, pour qu’y sachent pas exactement où c’que chus pis où c’que j’m’en vas. 

Au début, l’Canada voulait absolument que ch’soye escortée par un convoi militaire. Mais moé, ch’tais là : Ben voyons donc! J’vas à 22 nœuds, pis leux bateaux vont juste à 12 nœuds. Ma meilleure chance pour éviter les U-Boots, c’tait de clancher le plus vite que ch’pouvais pis au yâble l’escorte. Finalement, j’ai pu faire mes voyages tu’seule. Pas l’temps d’niaiser!

Ch’faisais une travarsée aux trois s’maines, ch’tais toujours en temps, pis j’ai jamais eu d’avarie. Tellement qu’y ont fini par m’appeler « Old Reliable » – autrement dit, l’bon vieux bateau fiab’. Mais ma p’tite sœur, Britannic, a pas été aussi luckée que moé : le 2 novembre 1916, la pauvre chouette a passé s’une mine dans’mer Égée pis a l’a coulé. Des trois sœurs, y restait pu yinque moé.

Le matin du 12 mai 1918, ch’tais dans’Manche – pas la manche de ch’mise, là, mais l’bras d’mer entre la France pis l’Angleterre – quand j’ai spotté d’quoi quand même assez proche à ma proue tribord. Câlisse : c’tait un U-Boot, pis y’était assez proche pour me tirer une torpille!

Mon capitaine a pas pogné les nerfs pantoute. Ben calme, y m’a juste dit : « Olympic! Tourne… C’est beau… »

Là, le p’tit crisse de vlimeux d’sous-marin a essayé de m’passer en d’sour du nez en s’en allant en dedans d’mon virage! Faique mon captaine a dit : « BÂBORD TOUTE! »

J’ai tu’suite compris c’qu’y avait en arrière d’la tête. Faique j’ai viré comme j’ai jamais viré, mis l’gaz au boutte, pis BANG! J’y ai crissé ça dedans! 

Quins mon estie! Y’a même pas eu l’temps d’plonger : j’l’ai harponné, y’a glissé en d’sour de moé, pis mon hélice l’a ouvert comme une canne de bines Clark à midi tapant.  

Pis c’te fois-là, j’me suis pas arrêtée pour ramasser des survivants. 

(Faites-vous en pas, quand même : y’a un destroyer américain qui a r’pêché 31 Allemands qui avaient réussi à sortir d’leu maudit suppositoire des mers.)

Pas longtemps après, la guerre a fini. Après ça, ma job, ça a été de ramener les soldats chez eux. 

Heille, si vous aviez vu l’accueil, vous-autres! Toutes les autres bateaux dans l’port d’Halifax avaient leux drapeaux dins airs pis faisaient crier leu criard, les quais étaient paquetés d’monde qui criaient eux-autres avec; y’avait des orchestres qui jouaient, pis y’avait une grosse bannière écrit : « Bienvenue, Old Reliable ». 

Astie, scusez, là, j’viens les hublots trempes yinque de m’en rappeler! 

Faique là, j’allais être artransformée en paquebot pour péteux d’broue. Comme la guerre m’avais pas mal maganée, ça allait prendre pas mal d’huile de coude. 

Ah heille, pis vous savez pas quoi? Quand y m’ont mis en cale sèche, y se sont rendu compte que j’avais un trou dans mes bas – autrement dit, j’avais mangé une torpille sans m’en aparcevoir. Elle avait pas explosé pis j’l’avais même pas sentie! Allez savoir depuis combien de temps que j’me promenais d’même. 

J’vous l’avais-tu dit que ch’tais mardeuse?

Pour la décennie d’après, ch’t’artournée à mes moutons.  Ça a été des belles années. Ch’tais pas mal populaire : vu que j’étais pareille comme le Titanic – sauf que tsé, c’tait plutôt elle qui était pareille comme moé – l’monde étaient là : « Wouhou, c’est comme être su’l Titanic, mais sans l’mourrage! » 

Heille, pis ch’t’ai eu toutes que des passagers : Marie Curie, Charlie Chaplin, les acteurs Marie Pickford pis Douglas Fairbanks, pis même l’prince de Galles, tsé lui qui a abdiqué pour marier une Américaine divorcée à l’air bête pis qui a fricoté avec Hitler?

Y’a juste en 1924, là, j’arculais en sortant du port de New York pis y’a le Fort St. George, un autre navire de passagers pas mal plus p’tit qu’moé, qui s’en v’nait en malade sans r’garder, pis y m’a foncé dedans, BONG! Y’était tout scrap, pis moé j’ai pu faire ma travarsée comme si de rien n’était. Stie d’sans-génie! 

Après ça, y’a eu la Grande Dépression, pis l’monde se sont mis à voyager pas mal moins. J’avais la moitié d’mes passagers d’avant. En plus, ma compagnie, la White Star, a fusionné avec sa grosse rivale, la Cunard. La Cunard était ben pressée de lancer son nouveau paquebot, le Queen Mary. Faique y m’ont tassée. J’vois pas d’autre raison.

Je v’nais yinque d’être rénovée pis mes moteurs viraient mieux qu’jamais. Pourtant, après un dernier aller-r’tour en avril 1935, y m’ont mis à’retraite, pis y m’ont vendue pour le fer au premier du bord. Mon beau foyer en marbre pis mes meubles, mes portes pis mes boiseries ont été mis aux enchères. 

Juste de même, j’existais pu. 

Dans ma carrière, j’avais fait 257 aller-retours su l’Atlantique, transporté 430 000 passagers, voyagé 1,8 millions d’milles, faite la guerre pis foncé dans plein d’affaires, itou. J’argrette arien. Pis là, j’espère qu’après aujourd’hui, m’as être jusse un ti peu moins oubliée. 


Source : Mark Chirnside, RMS Olympic, Titanic’s Sister, 2nd Edition, 2015.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

Pour faire comme eux-autres et lire les articles avant tout le monde pis même profiter de contenu extra rempli de détails croustillants, c’est par ici!