La Guerre des Deux-Roses, partie VI : Les deux p’tits princes dans’tour

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie III
La Guerre des Deux-Roses, partie IV
La Guerre des Deux-Roses, partie V

Arvenons du bord d’Édouard IV pis de sa reine Élizabeth Woodville. 

Sept ans après la bataille de Tewkesbury, Édouard était ben peinard su’l trône d’Angleterre depuis assez longtemps pour s’être faite une belle grosse empreinte de fesses. 

Mais ça veut pas dire que toute allait ben Madame la Marquise. 

« Georges, ciboire, là j’en ai mon câlisse de voyage de tes niaiseries pis de tes crises de bacon. C’t’assez. Ch’te condamne à mort. »

Georges, duc de Clarence, le frère York du milieu entre Édouard pis Richard, duc de Gloucester, avait toujours été un bébé gâté pas capable d’attendre son tour. Vous vous rappelez, là, quand y’avait voulu être roi à la place d’Édouard pis qu’y avait embarqué contre lui avec Warwick?

Par après, comme y’était marié avec Isabelle, la fille à Warwick, pis qu’y était pas capable d’attendre que sa belle-mère pète au frette pour ramasser l’héritage, ben y l’avait faite déclarer LÉGALEMENT MORTE. Le genre de passe qui fait un frette au réveillon. 

Après ça, Isabelle est morte, faique Georges a voulu s’armarier avec Marie, la jeune duchesse de Bourgogne – pis l’héritière la plus riche de toute l’Europe –, mais Édouard y dit non. Finalement, c’tait aussi ben, parce que Marie est morte quatre ans plus tard quand son ch’fal s’est enfargé, l’a faite arvoler d’une calvette, y’est tombé dessus pis y’a cassé le dos.

Mais bon. Georges, c’tait pas un devin, pis su’l coup, y’était en tabarnak. Édouard avait des raisons politiques d’y dire non, mais Georges le prit personnel. Y quitta la cour fâché noir pis s’en alla dans ses domaines, où y’arcommença à manigancer contre Édouard pis sa famille. 

La reine Élizabeth était ben stressée :

—Édouard… Nos gars sont encore trop p’tits, pis si y t’arrivait d’quoi… On s’ra jamais en sécurité tant que Georges va être là à te jouer dans l’dos!
— Je l’sais, Bebé… Va falloir que ch’fasse de quoi. 

Selon la légende, Georges a pu choisir comment y’allait être exécuté, pis y fut nèyé dans un tonneau d’vin. 

Après ça, Édouard pis Élizabeth purent dormir su leux deux oreilles. Y restait yinque Richard, le plus jeune des frères York, pis y’avait toujours été ben loyal.  

Sauf que l’malheur était jamais ben loin, caché en arrière des tapisseries à écornifler pis à s’frotter les mains en pensant aux coups d’cochon qu’y allait faire. 

Cinq ans plus tard, Édouard mourut à l’âge de 40 ans. On sait pas trop de quoi, mais on pense que c’tait une pneumonie. C’est sûr que ces dernières années, y s’tait lâché lousse pas mal : trop de femmes, trop bouffe, trop de boisson. Y’avait engraissé sans bon sens – tsé, y’avait pris l’habitude de s’faire vomir en plein banquet, histoire de s’faire d’la place pour manger plus. 

Peu importe pourquoi y’est mort, là, Édouard, son fils de 12 ans, allait y succéder. 

C’tait un moment délicat, comme quand Mémère Poêle sépare ses blancs d’œufs pour faire d’la m’ringue. La couronne allait-tu passer su’a tête du p’tit sans qu’y aye de trouble?

Drette tu’suite, Élizabeth écrivit à son frère à elle, Antoine Woodville, comte Rivers, qui était le tuteur au p’tit Édouard. A y dit d’amener Édouard à Londres au plus sacrant, gardé par 2 000 hommes. 

Pendant c’temps-là, Richard, duc de Gloucester, le mononcle du p’tit Édouard, était su ses terres, dans l’nord de l’Angleterre. Quand y’apprit que son frére était rendu six pieds sous terre, y’écrit à Élizabeth : 

« Chère Belle-Sœur, 

J’viens d’apprendre la nouvelle. Toutes mes sympathies. Mon cœur saigne avec toé.
Soye assurée, Madame, que j’vais être super loyal à ton p’tit gars, not’nouveau roi. Y’aura pas plusse loyal que moé. Genre, j’me crisserais d’un trou d’bouette pour qu’y puisse traverser sans salir ses chouclaques. 

Veuille agréer, Élizabeth, mes sentiments les plusse graissés de larmes.

                                                                                                                             Richard »

Après ça, y’écrit au frére à Élizabeth : 

« Ti-Toine, mon chum, 

J’ai su qu’t’allais escorter le p’tit jusqu’à Londres. C’tu dirais de t’ça si on s’rencontrait, genre, dans l’boutte de Northampton, pis qu’on faisait l’reste d’la route ensemble? On va t’escorter ça, c’te p’tit roi-là! 

Bien à toé, 

                                                                                                                            Richard »

Y’était-tu don d’adon, Mononc’Richard! 

Faique Richard, Antoine pis Richard Grey, un des deux gars qu’Élizabeth avait eus avec son premier mari, s’rencontrèrent à Northampton. Le soir, y firent le party ensemble avec le duc de Buckingham, pis toute allait ben. 

Sauf que, drette le lendemain, Richard fit arrêter l’frére pis l’fils à Élizabeth sous prétexte que… En faite, y se bâdra même pas avec un prétexte. Richard avait peur que les Woodville, la famille à Élizabeth, prennent le contrôle du royaume en passant par le p’tit Édouard, qui avait été élevé par eux-autres. Pour éviter de se faire tasser du pouvoir, y fit exécuter Antoine pis Richard-le-fils-à Élizabeth sans procès pis partit pour Londres avec le mini roi qui capotait ben raide. 

Quand toute ça arriva aux oreilles à Élizabeth, a vit arriver la marde à 100 milles à l’heure. Tu’suite, a reprit son vieux réflexe pis clancha se réfugier à l’abbaye de Westminster avec son deuxième gars – un autre Richard, bazouelle! – pis ses cinq filles, Élizabeth, Cécile, Anne, Catherine pis Brigitte. 

Quand Richard arriva à Londres avec le p’tit Édouard, y’avait toutes les apparences d’un bon mononcle qui faisait yinque veiller sur les intérêts de son n’veu. Y le traitait avec toutes les égards qui y’étaient dûs en tant que roi, pis y se fit nommer lord protecteur par le conseil royal. Y r’mit le couronnement, prévu pour le 4 mai, au 22 juin, mais autrement, toute était beau pis toute se passait normalement. 

Sauf que, pas longtemps après, Richard-le-mononcle fit une autre passe croche : y fit arrêter Lord Hastings – qui était pourtant un allié pur et dur des York depuis l’début – pis l’fit exécuter sans procès dans’cour en arrière, entre deux chaises de patio.

Ça, c’tait louche en maudit.

Richard l’accusait d’avoir comploté contre lui avec Élizabeth, mais ça avait tellement pas d’sens que tout l’monde à l’époque étaient comme : 

« Heille, Ritch, tu nous prends-tu pour des valises? » 

Hastings avait jamais aimé Élizabeth, faique ça aurait été surprenant qui s’mette à grenouiller avec, mais y’avait toujours été deux pouces en arrière d’Édouard-père avec un gros doigt en styrofoam écrit « No 1 » dessus. La seule raison que Richard aurait eu de le faire exécuter, c’est qu’y savait qu’y était fidèle jusqu’au boutte du gros orteil à Édouard-fils, pis qu’y était capable de ramasser une grosse armée su ses terres des Midlands si y se brassait du trouble… Mettons… Mettons que Richard décidait de tasser le p’tit pour prendre sa place. J’dis ça, j’dis rien, mais clairement, Richard était après placer ses pions. 

Après ça, Richard-le-mononcle envoya l’archevêque de Canterbury pour essayer d’convaincre Élizabeth d’y donner Richard-son-neveu :

— C’est pour sa PROTECTION, Madame. Soyez don raisonnable.
— Non.
— Tsé, vot’fils, y peut pas demander l’asile dans une église, y’a même pas commis d’crime!
— Pis? Y’est avec moé, pis c’est ça. J’vois pas pourquoi on pourrait pas demander la protection de l’Église quand ça brasse de même pis qu’on sait pas c’qui va nous arriver!
— Mais là, pensez un peu à Édouard, y s’ennuie de son p’tit frère! Y’a pu parsonne pour jouer!
— Ce problème-là, c’est pas dur à régler : ardonnez-moé Édouard, pis y vont être ensemble, franchement!
— Madame, j’comprends pas pourquoi vous êtes prime de même. Le lord protecteur veut juste…
— Votre lord protecteur, y peut ben manger d’la m—
— MADAME! Vous capotez, là, pis vous voyez du danger partout. Là, vous allez vous calmer les nerfs pis m’faire confiance : j’vas m’assurer personnellement qu’y arrive rien au p’tit. J’essaye de vous aider, là, pis si vous voulez pas être raisonnable, ben ça va être la dernière fois!

Élizabeth se tourna d’bord pis se mit à réfléchir. A savait ben que si Richard-le-mononcle voulait prendre le p’tit par la force, y’avait rien pour l’empêcher de l’faire. Les larmes aux yeux, a laissa Richard-son-fils, qui avait à peine neuf ans, aller avec l’archevêque. Mais avant que le bonhomme parte, a put pas s’empêcher d’y lâcher une dernière craque : 

« Vous dites que j’grimpe dins rideaux pour rien, mais ben vite, vous allez voir que c’est vous-autres qui dormez au gaz! »

Six jours après, Ralph Shaa, un frère franciscain, fit un sermon dans’cour d’la cathédrale Saint-Paul, à Londres. Là, y sortit un scandale digne d’Écho-Vedettes : le mariage entre le roi Édouard pis la reine Élizabeth était pas valide, parce qu’avant de la rencontrer, Édouard avait promis à une certaine Éléonore Butler de la marier, probablement yinque pour forniquer avec. Tant qu’à lui, c’te promesse-là était aussi bonne qu’un mariage en avant d’un curé, faique Édouard avait commis l’adultère avec Élizabeth, pis toutes leux enfants étaient des bâtards. 

Ça, probablement que Georges, duc de Clarence, le savait, pis y menaçait de s’ouvrir la trappe; c’est peut-être pour ça qu’Édouard avait été pas mal pressé d’le faire exécuter.

Ça prenait pas la tête à Papineau pour comprendre où c’que ça s’en allait, toute ça : si les flos à Édouard étaient des bâtards, ben l’héritier légitime du trône, c’tait Mononc’Richard. 

La semaine d’après, le duc de Buckingham fit un discours en avant des grands seigneurs du royaume, qui finit par : 

« Faique, on déshérite-tu les deux flos pis on invite-tu Richard à devenir roi? »

Les autres nobles, sachant c’qui était arrivé à Lord Hastings, avaient pas pantoute envie de mettre leux gosses su’a table pour le p’tit Édouard. Y prirent toute leu trou pis firent exactement c’que Buckingham avait d’mandé. 

C’te faux-cul d’Richard se fit pas trop prier : 

« Moi? Roi? Honn, voyons don, c’est trop, là, j’le mérite pas, vous m’gênez, là! Mais bon, si vous pensez que j’frais un bon roi, chus qui pour vous contredire? Vous insistez tellement, vous m’donnez pas l’choix d’dire oui! » 

Faique, trois mois après la mort d’Édouard, l’plus jeune de ses fréres était couronné sous l’nom de Richard III à l’abbaye de Westminster. 

Élizabeth était juste à côté, dans’maison de l’abbé, pis a pouvait entendre les acclamations pis les cris d’joie. Ça y prenait toute pour pas crisser une table à terre pis casser d’la vaisselle. Tsé, du jour au lendemain, a l’avait pardu son mari, sa couronne, sa sécurité, son frére, son fils, pis…

Pis ses deux p’tits gars, Édouard pis Richard, ben… C’est ben d’valeur, mais on sait juste pas c’qui leux est arrivé. Y’avaient été mis dans la tour de Londres, pis au début, on les voyait jouer dans’cour. Après un boutte, y’ont arrêté de sortir, mais on les voyait quand même par la f’nêtre de leu chambre de temps en temps. Pis un m’ment’né, ben… Y’étaient juste pu là. 

Dans l’temps, tout l’monde disaient qu’y avaient aucune idée de comment y’avaient disparu, Richard III l’premier : 

« Hein, sont pu là? Tu parles, toé, pardre deux p’tits gars dans’tour de Londres! Faut l’faire! C’est-tu bizarre! »

Pis c’est quasiment impossible qu’Élizabeth aye jamais su c’qu’y était advenu de ses gars. Y’en a qui disent qu’a faisait semblant de pas savoir, parce qu’a l’avait faite un deal avec Richard-le-mononcle pour les cacher à queque’part. 

Mais tsé, c’est ben possible aussi que Richard III les aye faite tuer. Après toute, c’tait la meilleure façon d’être sûr qu’y puissent pu y nuire.  On l’saura probablement juste jamais. 

L’temps passait, pis Élizabeth était toujours pognée dans son sanctuaire. A savait pu quoi faire : toutes ses cartes avaient été jouées pour rien, pis l’chien de sa famille avait l’air pas mal mort. Sauf qu’un jour, son docteur, Lewis de Caerleon, vint la voir pour un examen d’routine, rien d’excitant. Jamais qu’Élizabeth se serait attendue à c’qui y dise de quoi qui allait toute changer :  

« Madame, aujourd’hui, j’viens avec un message de mon autre patiente, Madame Marguerite Beaufort. A l’a un deal à vous proposer. »  

La suite icitte!


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

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La Guerre des Deux-Roses, partie V – Marguerite Beaufort : mère, survivante pis redoutable grenouilleuse

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie III
La Guerre des Deux-Roses, partie IV

Bon. À c’t’heure que vous êtes greyés de votre ti café Chemineaud, on va artourner en arrière un p’tit peu. 

Depuis l’début que j’vous achale avec les Beaufort, que j’appelle les nobles « Sélection Mérite ». Là, y vont devenir BEN IMPORTANTS. 

J’vous rappelle qu’Henri VI, lui, c’tait un descendant de Jean de Gand, l’frére au roi Édouard III, pis de sa femme Blanche de Lancaster. Les Beaufort, eux-autres, y descendaient aussi de Mononc’Jean, mais d’un autre litte, lui à sa maîtresse Katherine Swynford. Autrement dit, c’taient une gang de bâtards jusqu’à ce que Mononc’Jean s’armarie avec Katherine pis que le pape déclare toutes leux flos comme étant légitimes. 

Comme j’vous ai dit, Édouard d’York avait zigouillé pas mal toute c’qui restait de prétendants au trône du bord des Lancastriens – entécas, dans’lignée directe de pére en fils. 

Faique là, j’vous présente Marguerite Beaufort. Elle, c’tait la p’tite-fille à Jean Beaufort, le plus vieux des enfants à Mononc’Jean pis à Katherine. Son pére, c’tait un autre Jean Beaufort, premier duc de Somerset, mais pas un de ceux-là dont j’vous ai déjà parlé. Eux-autres, c’taient les cousins à Marguerite. Marguerite avait yinque un an quand y’est mort, pis a l’était sa seule héritière.

Not’histoire commence dans’grisaille détrempée du fin fond du pays d’Galles, où Marguerite s’inquiétait pour son mari, Edmond Tudor. Y s’tait faite capturer par le duc d’York, l’pére à Édouard IV, en s’battant pour les Lancastriens. Pis aux dernières nouvelles, y filait pas ben pantoute. 

Pis quand enfin y’eut du nouveau, c’est les pires peurs à Marguerite qui furent confirmées : Edmond était mort d’la peste bubonique pendant son emprisonnement. 

« Ah mon doux Jésus! C’pas vrai! Seigneur aye pitié d’moé! »

Devenir veuve en temps de guerre, c’tait déjà plate en maudit. Mais pour Marguerite, c’tait comme pire. C’est parce qu’y a une affaire que j’vous ai pas dite : Marguerite, c’était une floune de 13 ans. A s’tait mariée à 12 ans avec Edmond Tudor qui n’avait 24. Pis a l’était enceinte de 7 mois.

Je l’sais, c’que vous pensez : ark. Moé’ssi, la pédophilie, ça m’lève le cœur. Mais j’vous rassure – ça passait pas ben ben mieux dans l’temps :

« Franchement, messemble que l’minimum c’est d’attendre que ta femme aye 14 ans avant d’coucher avec! »

Ah, pis y’a une autre affaire que j’vous ai pas dite : Edmond Tudor, c’tait l’frére utérin à Henri VI. 

Depuis l’temps que ch’t’assis su c’te punch-là en attendant d’vous l’dire, je l’ai quasiment d’imprimé dans’fesse!  

J’vous explique : quand Catherine de Valois, la mére à Henri VI, est devenue veuve, a l’était encore une belle jeune princesse qui avait pas pantoute envie d’se bâdrer avec la politique plate d’la cour. Faique a l’était juste partie s’épivarder semi-secrètement avec Owen Tudor, un beau chevalier gallois ténébreux. Edmond, c’tait l’plus vieux de leux flos. Pis comme Henri VI avait voulu un bon parti pour son demi-frére, c’tait lui qui avait arrangé l’mariage avec Marguerite. 

Fast forward, pis là, pu d’mari, Marguerite Beaufort était tu’seule, loin de sa famille, vulnérable pis pas loin d’accoucher.

Y’était trop tard dans sa grossesse pour qu’a s’en retourne chez sa mére; dans son état, le voyage aurait été ben que trop roffe. De toutes les choix qu’a l’avait, y’en avait yinque un qui avait d’l’allure : aller chez son beauf, Jasper, l’frére à son mari mort, pour avoir sa protection.

Là-bas, Marguerite dut accoucher pas de famille pis pas d’amies pour y flatter les ch’feux pis l’encourager. Pis ce fut épouvantable.

Crisse, la pauvre était à peine femme pis tellement p’tite que Jean Fischer, son confesseur, a écrit plus tard : « C’tait quasiment un miracle qu’un bebé aye pu sortir d’une p’tite crotte de fille de même ».

Malgré toute, Marguerite survécut pis l’bebé aussi : a l’appela Henri – Henri Tudor.

Ça serait son seul flo : faut croire que son accouchement difficile y’avait scrappé l’appareil de femme. Pis c’te moron d’Edmond Tudor, toute pressé qu’y était de consommer le mariage pour mettre la patte sur sa fortune pis d’la mettre enceinte pour avoir un héritier, l’avait traumatisée pis gâché pour elle toute c’qu’y pouvait y’avoir de beau dans la couchette, pour le reste de sa vie.

Pareil. Marguerite était convaincue que l’Seigneur y réservait des grandes affaires, à elle pis à son bebé. Faique aussitôt relevée de son accouchement, a pensait déjà à la suite des choses :

« Bon. Ch’frai pas grand-chose à veuver tu’seule dans mon coin : ça va m’prendre un nouveau mari au plus crisse. Pis c’te fois-là, Seigneur du Bon Dieu, y’en a pas un qui va choisir pour moé! »

Faique, escortée par son beauf, Marguerite partit avec son bebé de 2 mois pour aller trouver l’duc de Buckingham. Tu’seule en son propre nom, a négocia avec le bonhomme pour marier l’plus jeune de ses deux gars, Henri Stafford.

Les noces eurent lieu un an plus tard. 

Marguerite avait eu c’qu’a voulait : la protection de son puissant beau-pére, une place drette au milieu des intrigues d’la cour, pis les moyens de défendre ses intérêts pis ceux à bebé Henri. Sauf que là, ça, ça se passait en même temps que toute le reste; pas longtemps après les noces, y’eut la bataille de Northampton – tsé, là, quand Henri avait été capturé par Warwick, pis quand York pére pensait s’faire couronner pis avait créé un malaise à la place. Pis comme vous l’savez, les Yorkistes ont fini par gagner à Towton.

Ça laissait Marguerite pis son mari du mauvais bord d’la clôture. Mais elle, a se bâdrait pas trop avec les allégeances; y’avait juste son p’tit gars qui comptait.

« Bon. Là, mon mari, je l’sais pas quelles sortes courbettes pis d’chansons pis d’belles façons que ça va prendre, mais tu vas aller voir le nouveau roi Édouard pis tu vas dire qu’on s’excuse d’avoir été du bord à Henri VI. Sinon, y pourrait aussi ben saisir mon argent pis mes domaines! »

Faique le bonasse Henri Stafford s’en alla à Londres, où y réussit à avoir un pardon officiel pour lui pis Marguerite. Sauf que là, Édouard prit une décision que Marguerite arçut comme un coup d’poing dans l’ventre : son p’tit Henri, rendu à 4 ans, allait être envoyé chez William Herbert, le gars qui avait capturé Edmond Tudor pendant que Marguerite était enceinte.

C’tait d’même au Moyen-Âge : mettons qu’un mineur s’artrouvait orphelin, ben y pouvait être confié à quequ’un qui s’en occupait jusqu’à ce qui devienne majeur. En attendant, le tuteur profitait des revenus des domaines du p’tit, pour ensuite y’ardonner dans le même état quand y’était rendu un homme.

Lui pis sa femme Anne s’occupèrent ben comme faut d’Henri, dans l’amour pis l’agrément, pis s’assurèrent qu’y était ben éduqué; Marguerite avait rien à r’dire su’a façon dont son p’tit gars était traité, ben franchement. Mais quand même. Son p’tit bilou, son p’tit cœur en minou, sa raison d’vivre qui s’en allait loin! A trouva ça vraiment toffe, mais a l’avait pas l’choix.

Pendant ces années-là, Marguerite essaya autant qu’a pouvait d’rester du bon bord du roi, mais mettons que les sparages de ses cousins y rendaient pas la vie facile. Tsé, faut pas oublier que les Beaufort restaient les plus gros adversaires à Édouard.  

Tu’suite après la bataille de Towton, c’tait pas si pire. Édouard essayait ben gros de se mettre chummy avec Henri Beaufort, le nouveau duc de Somerset – le fils de lui qui était mort à Saint-Alban’s pis le grand frére l’autre qui se ferait séparer d’avec sa tête à Tewksbury, plus tard : 

« Heeeeeeeeeeeeeeeeeeeille, Henri mon chum! Écouuute, m’excuse de t’avoir confisqué tes terres; su’l coup, ch’tais fâché, tsé. Mais là, c’t’en arrière de nous-autres, toute ça, hein? Ch’t’ardonne toute! Tu viens-tu jouter au tournoi la fin d’semaine qui s’en vient? Ah, pis j’m’organise une p’tite chasse au chevreuil avec les gars dans pas long, FAUT qu’tu viennes avec nous-autres! J’ai trouvé un super beau spot l’long d’la Tamise, tu vas capoter. »

Sauf que ben vite, Somerset s’artourna contre Édouard pis sacra son camp en Écosse pour aller arjoindre les Lancastriens qui s’taient réfugiés là-bas. 

Édouard était en tabarnak. Y’avait toute mis ses œufs dans l’panier à Somerset, pis Somerset y’avait garroché l’panier dans’face pis s’tait sauvé en courant. Y l’artrouva pis l’fit exécuter comme un chien galeux en arrière d’la grange.

Faique rendu là, toutes les Beaufort étaient suspects aux yeux d’Édouard, pis Marguerite y’échappait pas. Mais, comme une plante grimpante qui se faufile entre les craques pis qui s’accroche après toute c’qu’a peut, a s’organisa pour se tricoter des alliances qui y permettraient de garder une bonne position pis de garantir un bon avenir à son fils. 

Sa meilleure chance était du bord à son mari. Sa belle-mère s’était armariée avec Walter, Lord Mountjoy, un autre grand chum à Édouard pis son trésorier par là-dessus. Si a pouvait s’mettre dins p’tits papiers à Walter, y pourrait la défendre si Édouard pognait les nerfs après elle. Pour ça, fallait qu’a passe le plus de temps possible avec eux-autres : 

— Belle-maman? J’ai entendu entre les branches que vous vous étiez faite faire un nouveau livre de prières! Ch’peux-tu voir ça?
— Ben sûr ma belle! Heille, pis j’ai su que t’avais embarqué dans l’Ordre de la Sainte Trinité pour aider à payer les rançons des chevaliers chrétiens capturés par les Turcs? Chus don ben fière de toé!
— Y’a pas de sacrifice trop grand pour le salut d’mon âme pis celui d’la Chrétienté. Watatow, les belles enluminures! Ouiiin, vous vous êtes gâtée, belle-maman! 

Faique de fil en aiguille pis avec les bons mots à sa belle-mère, a finit par gagner la confiance à Walter. Quand le roi fit emprisonner la vieille veuve du 2e duc de Somerset pis y confisqua toute c’qu’a possédait pour aucune maudite raison à part faire chier les Beaufort, pis menaça de faire pareil à Marguerite, Walter alla parler pour elle : 

« Slaque un peu, Édouard. J’la connais, moé, Marguerite, a vient tout le temps souper chez nous pis est super fine. A ferait pas d’mal à une mouche pis a dit jamais un mot d’travers contre toé. »

Marguerite avait gâgné son pari; à partir de là, Édouard y sacra patience. 

Sauf que là, du jour au lendemain, Warwick força Édouard à l’exil pis ramena Henri VI su’l trône. Toute déboula tellement vite que trois semaines plus tard, Henri VI, Marguerite pis Henri Tudor, qui était rendu à 13 ans, étaient après souper ensemble à Westminster. 

« Heille toé, mon p’tit gars, dit Henri VI tout d’un coup. Ch’t’argarde, là, pis j’me dis que c’est toé qui va toute arranger. Je l’sens dans mes urines, un m’ment’né, tu vas être roi pis tout l’monde, nos ennemis comme nous-autres, vont t’rendre hommage. » 

Marguerite faillit tomber en bas d’sa chaise. Tsé, c’est sûr que rendu là, Henri VI était pu  vraiment toute là, pis y disait probablement ça juste de même. Sauf qu’à ce moment-là pis dins années d’après, même si y’était un roi mou pis incompétent, Henri VI était considéré quasiment comme un saint homme, toute pur pis plogué su’l divin. Déjà que c’tait lui qui avait organisé son mariage avec l’pére à Henri, là, Marguerite capotait : 

« Toute est dans toute! C’t’une PROPHÉTIE! Je l’savais qu’mon fils allait faire des grandes affaires! »

Marguerite était pour jamais l’oublier. Surtout pas quand toute arbascula pas longtemps après, au r’tour d’Édouard. Là, a fit un choix d’irréductible survivante : a tourna l’dos aux Lancastriens pis se mit définitivement du bord à Édouard. Pour que son fils aye un avenir, a pouvait pas risquer de s’tenir avec les perdants, au yâble la famille pis la loyauté. La suite des choses allait y donner raison. 

Sauf qu’après Tewksbury, a l’avait pu d’mari – Henri Stafford était mort en s’battant pour les Yorkistes. Toutes ses cousins Beaufort avaient été massacrés. Henri son fils s’tait sauvé en Bretagne avec son mononcle Jasper pour échapper à Édouard, pis a l’avait aucune idée de si a l’allait l’arvoir un jour. 

Ça r’gardait mal en maudit. Sauf que Marguerite Beaufort, a se laissait JAMAIS abattre. A l’allait mettre son fils su’l trône d’Angleterre, peu importe le temps qu’ça prendrait, pis peu importe c’que ça y coûterait. Pis gare aux innocents qui essaieraient de s’mettre dans son ch’min.

La suite icitte!


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

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La Guerre des Deux-Roses, partie IV — L’serpent s’mord la queue

Graham Turner, Mistaken Identity – The Battle of Barnet

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie III

« Élizabeth! C’t’un garçon! »

Après un mois pognée avec sa bru pis ses trois p’tites-filles dans la maison de l’abbé de Westminster, Jacquette venait d’aider Élizabeth à accoucher, pis a tenait dans ses bras son p’tit-fils flambant neû – l’héritier mâle tant attendu. 

Ça, c’tait une astie d’bonne nouvelle : peu importe c’qui arriverait à Édouard, y’aurait un fils pour lui succéder. Mais c’tait loin d’être gagné. 

Après avoir traversé en Hollande, Édouard avait essayé de se réfugier chez son beauf, le duc de Bourgogne. Sauf qui se riva l’nez su’a porte : le duc accepta d’y donner une pension pour qu’y puisse se réchapper la vie, toujours ben, mais y r’fusa de le voir pis de l’héberger. Cerise su’l sundae, y’envoya une délégation pour féliciter Henri pour son retour su’l trône. Ça, Édouard le digéra JAMAIS. 

Faique Édouard s’pogna un appart dins Flandres, en Belgique. De là, y’entendit que Warwick avait pris le contrôle en s’auto-nommant lieutenant du royaume, avec Georges son frére comme chancelier pis Georges le frére à Édouard comme son numéro deux. En faite, Warwick était tellement au-dessus de ses affaires qu’y avait renvoyé ses troupes.

Sauf que quand l’roi de France déclara la guerre au duc de Bourgogne, beauf se rendit compte qu’y avait p’t-être faite une gaffe en r’virant Édouard de bord : 

— Ahem. Coute ben, mon gars, euh, j’sais que j’ai peut-être été un peu bête a’c toé quand t’es v’nu me demander d’l’aide… Ch’file ben cheap de t’ça, pis euh, j’aimerais ça me racheter.
— Ouin. T’as peur à tes fesses à cause du roi d’France, pis tu sais que Warwick est d’son bord, faique tu penses que si tu m’aides à r’prendre mon trône, ben moé j’vas t’aider dans ta guerre?
— Genre…

À ch’fal donné, tu r’gardes pas l’faux-cul qui tient la bride. Ou de quoi d’même. Faique Édouard, greyé d’une p’tite armée équipée par son beauf, prit l’bateau pour l’Angleterre. Pis là, comme le raconterait Pierre Houde : 

« Édouard traverse la patinoire… Il arrive aux portes de la ville d’York et fait semblant d’être fidèle au roi Henri pour que les défenseurs le laissent entrer. Quel stratagème!
Sauf que les renforts arrivent de tous les côtés! Édouard est gonflé à bloc et se proclame de nouveau roi! Ma parole!
Warwick joue de prudence… Il reste sur le banc en attendant que Georges, duc de Clarence, arrive avec des renforts… Sauf que Georges se retourne contre Warwick et rejoint l’armée de son frère! Oh lala, Marc, quel revirement!
Édouard est maintenant en avantage numérique. Il part en échappée vers Londres, tire, ET LE BUT! Dans un filet désert! » 

Scusez-la — ch’commence à m’ennuyer du hockey pas mal. Ouep, même des games à TVA Sports. Mais surtout de mon beau Pierre.  

Édouard rentra dans Londres sans que parsonne assaye de l’empêcher – Henri, laissé tu’seul par Warwick, en était rendu à s’promener comme un quêteux dans’ville, avec l’archevêque d’York qui l’tenait par la main, pour demander au monde de s’battre pour lui. 

— ÉDOUARD!
— Bebé, ch’t’arvenu! 

Mots doux, larmes, pis p’t-être même un french pendant qu’parsonne argardait : la pauvre Élizabeth put enfin sortir de sa cachette pis s’garrocher dins bras de son mari qu’a l’avait pas vu depuis 7 mois. C’tait comme si une roche de 100 livres v’nait de s’ôter de su ses épaules.

A put aussi enfin y présenter son nouveau ti-poutte – nommé Édouard lui avec, pour encore plus mêler les affaires. 

— Là, chéri, tu vas faire quoi avec Warwick? Tu peux pas l’laisser courir lousse de même, des affaires pour qui t’arpoignarde dans l’dos!
— Non, je l’sais. En plus, tu sais pas la meilleure : Marguerite d’Anjou est après s’en venir avec une armée!
— Câline! Faut que tu règles son cas à Warwick avant qu’a l’arrive, d’abord.
— Drette ça. Compte su moé, bebé. 

Entre les deux cousins, c’tait l’affrontement final, comme dins vues, avec la grosse toune épique, pis c’est proche de la ville de Barnet que ça allait se passer. Warwick avait une armée beaucoup plus grosse que celle à Édouard, faique Édouard se dit que si y voulait avoir une chance de gagner, fallait qu’y l’pogne par surprise.

Faique dans’nuite, y’ordonna à ses hommes de s’rapprocher tranquillement de l’armée à Warwick, dans l’noir pis dans l’silence. 

— Ayoye! Tention avec ton astie d’waguine, tu viens de m’rouler su’l pied!
— Ta yeule pis r’garde où c’tu vas, l’cornet, y vont nous entendre! 

Toute la nuite, Warwick ordonna des tirs de canon dans l’boutte où y pensait que l’armée d’Édouard était, mais y passa dans l’beurre. Pendant c’temps-là, son frére Jean, marquis de Montagu – le gars qui avait trahi Édouard jusse avant qu’y parte en exil, vous rappelez-vous? – vint l’voir : 

— Ouin, Ritch, nos hommes ont la falle basse pas mal. Sont pas super motivés.
— Ah ouin?
— Ouin. Pour les crinquer, m’as te proposer d’quoi : si on s’battait à pied? Quand les soldats voient un commandant à ch’fal, sont comme : « Pff! Dès qu’ça va s’mettre à mal aller, y va crisser son camp pis nous laisser là ». Si on est à pied comme eux-autres, ça va leux montrer qu’on est prêts à s’battre à mort pis les inspirer.  

Faut dire que c’tait un peu sa marque de commerce, à Warwick, de crisser son camp quand la marde pognait. Quand même : rendu au matin, Warwick pis Montagu étaient à pied au milieu d’l’eux hommes. 

La bataille commença vers 4 h du matin dans une astie de brume épaisse. Comme les deux armées voyaient pas grand-chose, la coordination était pas vargeuse.

Un m’ment’né, le comte d’Oxford, qui était du bord de Warwick, arsoudit avec ses troupes pas loin de celles du marquis de Montagu. Sauf que, dans l’flou, sa bannière, une étoile, arsemblait pas mal au soleil qu’y avait sur celle-là à Édouard. Croyant que les troupes à Édouard les pognaient par en arrière, les hommes de Montagu capotèrent pis tirèrent une volée de flèches drette dans leux alliés!

Le comte d’Oxford cria tu’suite à la trahison : après toute, ça aurait pas été la première fois que Montagu changeait d’camp. 

Quand la brume commença à se lever, Édouard vit la ligne lancastrienne après s’autodétruire pis fuir en panique : 

« Ben coudonc. Reste pu yinque à envoyer les forces de réserve pour finir la job! »

Warwick, fidèle à lui-même, partit à’course pour s’trouver un ch’fal, mais y s’fit pogner pis tuer, pareil comme son frère Montagu. C’tait feni. 

Mais pas tout à faite. Pour avoir la paix, fallait qu’y se débarrasse de Marguerite d’Anjou, qui v’nait yinque d’arriver en Angleterre avec son armée. S’un dix cennes, sans même une croûte ni un ti dodo, Édouard s’arvira pis clancha pour la pogner avant qu’a s’allie avec les Lancastriens de l’ouest de l’Angleterre pis du pays d’Galles. 

Marguerite avait eu une sapristi d’misère de chien à s’rendre là-bas : chaque fois qu’a l’avait essayé de prendre la mer, une tempête l’avait r’poussée vers les côtes de la France. Là, a s’en allait arjoindre ses alliés avec son fils Édouard de Lancaster, qui était rendu à 17 ans, pis le duc de Somerset – le troisième depuis que le premier avait été tué à la bataille de Saint Alban’s; la Guerre des Deux-Roses passait au travers des ducs de Somerset comme moé au travers de mes paires de bas. 

Sauf qu’Édouard (d’York, le roi, là) avait été vite sur la switch pis avait envoyé un messager pour dire au seigneur du château de Gloucester de pas les laisser traverser la rivière Severn. Pognés, Marguerite pis sa gang durent continuer jusqu’à Tewkesbury, la prochaine place où c’tait possible de traverser – pis c’est là qu’Édouard les rattrapa. 

Marguerite dut aller se réfugier dans un monastère pendant la bataille. Toute sa vie, a s’tait démenée pour garder son fils en sécurité pis défendre son droit au trône d’Angleterre. Pis là, tandis que ça regardait mal en maudit pour sa cause, y’était en plein centre de l’armée lancastrienne, prêt à se battre comme un homme, pis y’avait pu rien que Marguerite pouvait faire. C’te jour-là, y’allait gagner la couronne ou bedon perdre la vie. 

La bataille de Tewkesbury ressembla pas pantoute à la bataille de Towton, qui avait été horrible pis meurtrière pis interminable; en faite, Édouard gagna pas mal facilement face à Édouard de Lancaster pis au nouveau duc de Somerset, qui étaient pas super expérimentés. 

Édouard de Lancaster fut tué dans la bataille, comme à peu près toute c’qui restait d’hommes dans la famille Beaufort – les cousins d’la fesse gauche à Henri VI, pis les seuls qui auraient encore pu prétendre au trône contre Édouard d’York. Essentiellement, Édouard le roi avait moppé l’plancher avec ses ennemis, pis y restait pu personne pour se mettre contre lui. 

Marguerite eut pas le choix de se rendre. Son fils était mort, pis elle, a l’était comme morte en-dedans. Y lui restait pu rien. Édouard la fit enfermer, mais y’a traita quand même bien. Pas longtemps après, a reçut une autre mauvaise nouvelle : 

— Madame! Ça me fait ben de la peine de vous dire ça, mais vot’mari est mort dans la tour de Londres…
— On sait-tu comment c’t’arrivé?
— Ben, le roi dit qu’y est mort de peine en apprenant la mort de vot’fils pis la défaite à Tewkesbury…
— Messemble, oui.

C’tait clair qu’Édouard l’avait faite tuer. Mais rendu là, ça faisait pu de différence. Marguerite resta emprisonnée pendant quatre ans en Angleterre jusqu’à ce que le roi de France paye sa rançon. Pis après, a tomba dans la calvette de l’histoire pis mourut 7 ans plus tard à l’âge de 52 ans. 

Quant à Édouard, y’avait gagné su toute la ligne, pis sa dynastie avait l’air en béton. Ses deux fréres plus jeunes étaient mariés chacun avec une fille à Warwick – Georges était marié avec Isabelle depuis un boutte, pis Richard s’tait marié avec Anne, qui avait été la femme à Édouard de Lancaster pis qui s’était ramassée veuve après la bataille de Tewkesbury. Y’avait trois filles à marier pour faire des alliances politiques pis un gars pour y succéder. Dins années à venir, y’allait avoir encore 6 enfants avec Élizabeth, 2 gars pis 4 filles, en plus de toutes les bâtards qu’y avait faites à ses maîtresses. Athlète des couvartes un jour, athlète des couvartes toujours.

Y se sentait tellement solide qu’y pardonna à pas mal toutes ses anciens ennemis. Y’était aimé par le peuple, pis tout le monde le trouvait fin, généreux pis l’fun. Dans son livre à lui, la Guerre des Deux-Roses était fenie. 

Sauf que tsé, vous vous doutez ben qu’y reste des épisodes. 

Le sang avait pas fini d’couler. 

Faique c’pas l’temps d’s’endormir! Y’a tu quequ’un qui veut un ti café Chemineaud? 

Mononc! Part l’eau à bouillir! <

La suite icitte!


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Helen Castor, She-Wolves: The Women Who Ruled England Before Elizabeth, 2011.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

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La Guerre des Deux-Roses, partie III – Des amours qui font du trouble

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I
La Guerre des Deux-Roses, partie II

Ernest Board, King Edward IV and His Queen, Elizabeth Woodville at Reading Abbey, 1464

Qui qui veut le darnier morceau d’sucre à’crème avant qu’on r’commence? Toé? Aweille, gâte-toé mon pit! 

Bon. 

Faique là, pendant qu’Henri VI, Marguerite pis leur p’tit gars étaient réfugiés en Écosse, Édouard, avec son air de jeune premier, était su son erre d’aller, comme Pierre Lambert qui vient de gagner la coupe Stanley dans Lance et Compte. 

Ben sûr, un ti peu partout, y restait des poches de monde fidèles à Henri, faique y dut passer une couple d’années à se promener dans l’royaume pour effoirer les têtes de cochon qui refusaient encore de l’accepter comme roi. Mais à part ça, avec Warwick qui s’occupait des affaires politiques pis diplomatiques, ça allait pas pire ben. 

C’qu’Édouard savait pas, par’zempe, c’est qu’y s’apprêtait à faire une rencontre qui allait foutre le bordel dans ses culottes, dans son cœur, dans sa relation avec Warwick pis dans l’royaume au complet. 

Un jour, notre jeune roi passa par chez Richard Woodville, un p’tit chevalier de campagne pas trop important qui avait faite la guerre du bord des Lancastriens, mais qui avait juré fidélité à Édouard par après. Avec sa femme Jacquette – oui, Jacquette; au moins, c’tait pas Bobette – y’avait 12 enfants. Dans un temps où accoucher, c’tait comme jouer à la roulette russe, pis que les flos mouraient aussi facilement que des minous d’grange, c’tait un exploit. 

La plus vieille, Élizabeth, était veuve avec deux p’tits gars. Mais là, par « veuve », pensez pas « vieille fripée » : elle avait 26 ans pis c’était une belle blonde au regard de renarde. Quand Édouard l’aperçut, la yeule y tomba à terre :

« WATATATOW! Méchant pétard! J’y f’rais pas mal en estie! »

Faut dire qu’Édouard était un coureux de galipote de classe mondiale. Y s’arrêtait JAMAIS, y’était TOUJOURS fourré quelque part, pis y s’interdisait AUCUNE bassesse pour avoir c’qui voulait, jusqu’à promettre le mariage contre une petite culbute prémaritale avant de domper prestement la pauvre dame en peine. Pis là, le zuiz royal pointait impérieusement en direction d’la belle Élizabeth comme un bâton de sourcier vers une arsource. 

Habitué d’avoir c’qui voulait, notre courailleux couronné essaya ses tactiques habituelles : 

— Chère madame, ça vous tenterait-tu de passer par ma chambre après souper, pis, tsé veut dire?
— Vot’Majesté, vous m’honorez pis toute, mais, non merci.
— J’ai mon voyage! Comment ça, don?
— Faut que je couche les p’tits, là, pis j’ai des affaires à faire.
— Les servantes s’en occuperont! Bebé, envoye don!
— Vot’Majesté, j’m’excuse, mais c’est non.
— T’es pas barrée en crisse de me dire non! Chus ton roi, tsé.
— Ben c’est justement! Chus yinque la fille d’un chevalier, mais même si chus trop humble pour être votre reine, chus trop bonne pour être votre guidoune! 

Édouard resta frette en astie, mais y’avait compris le message. Pis comme les gosses étaient sur le bord d’y exploser, y maria secrètement Élizabeth pendant une p’tite cérémonie avec yinque le curé pis la mère de la mariée. Secrètement, parce qu’y savait que ça f’rait pas plaisir à son cousin Warwick. Tellement que quand y l’arvit, cinq mois après son mariage avec Élizabeth, y l’avait pas encore dit à parsonne. 

— Heille Édouard! Tu crairas pas à ça! Ch’t’ai trouvé un christi d’bon parti pour ton mariage! A s’appelle Bonne, c’est la fille du duc de Savoie pis c’est la belle-sœur du roi d’France, faique a l’a les relations qu’y faut pis toute! C’est malade!
— Ouin, euh, Ritch? Faut j’te dise de quoi…
— Hein? — C’parce que… Chus déjà marié.
— QUOI?!

Hih cibole. Warwick était en TABARNAK. 

« Voyons donc! Qu’est-cé qui t’a passé par la tête? La fille d’un CHEVALIER! Pourquoi t’as pas marié la fille qui torche les planchers, tant qu’à faire? C’tu une sorcière pis a t’a jeté un sort, coudonc? En plus, là j’ai l’air d’un astie d’cave en avant du roi d’France pis du duc de Savoie! Qu’est-cé qu’mas leu dire, là? »

Fâché ou pas, y dut avaler son étron. Élizabeth était là pour rester. Ça serait p’t-être pas allé plus loin si Élizabeth avait pas eu une christie de grosse famille.

Tsé, quand un roi a yinque une couple de beaux-frères pis de belles-sœurs, y’en nomme un comte de quequ’chose pis y’en marie une au duc de d’quoi d’autre, pis tout le monde est content. Mais là, avec 11 frères et sœurs à accommoder, ça commençait à faire pas mal de monde qui s’pognent toutes les richesses pis les privilèges, bourdonnent autour du roi pis sapent l’influence à Warwick. 

Premièrement, Jean, le frère de 19 ans à Élizabeth, se maria avec la duchesse douairière de Norfolk, une increvable madame de 60 ans, déjà trois fois veuve pis crissement riche. Warwick fut ben choqué, parce que la duchesse se trouvait à être sa matante, pis vu qu’y avait pas de fils, y’avait espéré ramasser l’motton en la mariant avec son neveu. 

Deuxièmement, Warwick avait dans l’idée de marier Isabelle, sa plus vieille fille, avec le duc de Buckingham, mais à la place, Édouard décida de le marier avec Katherine, la p’tite sœur à Élizabeth. Comble de la claque su’a yeule, Édouard refusa de laisser Warwick marier Isabelle avec Georges, duc de Clarence, son frère pis l’héritier du trône tant qu’Élizabeth accoucherait pas d’un gars.

Troisièmement, Édouard décida de slaquer l’archevêque d’York – frère de Warwick – de sa job de chancelier.  

Pis finalement, Édouard décida de marier sa sœur Marguerite avec le duc de Bourgogne, l’ennemi juré du roi de France, tandis que Warwick voulait une alliance avec les Français. 

« Heille, ça va faire, là! P’tit crisse d’ingrat! J’fais un fou d’moé jusqu’en France à cause de lui! C’est moé, MOÉ qui l’a mis su’l’trône pis c’est d’même qui m’armarcie? C’est les asties de Woodville qui l’ont monté contre moé! C’tes maudits parvenus-là, y vont savouère c’est qui l’boss icitte! » 

Faique Warwick se lança dans une série de magouilles pour arprendre le contrôle. 

Y commença par attiser une rébellion dans l’nord du royaume. Pendant qu’Édouard n’avait plein les bras avec ça, y’en profita pour marier sa fille Isabelle avec Georges, comme y’avait voulu. Après ça, y s’en alla arjoindre les rebelles.

À la bataille d’Edgecote, l’armée à Édouard fut effoirée, pis lui y fut capturé. Le père pis le frère à Élizabeth – le même qui avait marié la vieille duchesse, là – furent décapités. Clairement, Warwick s’était gâté :

« Quins mes asties! C’est ça qui arrive quand on reste pas à sa place dans’vie! »

Mais bon. La rébellion fut un pétard mouillé, pis Warwick, voyant que sans le roi, l’bordel pognait solide dans le royaume, y’eut pas trop l’choix de le libérer après y’avoir fait promettre de faire c’qu’y disait à l’avenir. Là, c’tait au tour d’Élizabeth d’avaler son étron : 

— Ben voyons, Édouard! Y se rebelle contre toé, y tue mon père pis mon frère, y t’enferme, pis toé, tu le laisses faire pis toute est beau? Pis ton codinque de frére, là, qui s’marie dans ton dos!
— Coute ben, ma femme, c’tu veux que ch’fasse? Y’est trop fort. Si y s’arvire contre moé pour vrai, pas sûr que j’vas être capable de gagner; y’a encore trop d’monde de fidèle à Henri, surtout dans l’nord. On va être fins un boutte, là, l’temps d’l’amadouer, pis après ça ça va être correct. Pis pour Georges, là, t’aussi ben de t’nir ça mort. C’qui est faite est faite, hein?
— Ciboire, messemble de m’voir, après faire des risettes à Warwick pis à sa femme comme si y’était rien arrivé!

Sauf que Warwick était toujours pas content. Même pas un an après, y s’armit à grenouiller.

Quand une autre rébellion éclata, le roi se méfia même pas pis demanda à son cousin pis à son frère de rassembler des troupes pour aller river le clou aux rebelles. Warwick avait le même plan que la fois d’avant, sauf que là, y voulait mettre Georges à la place d’Édouard su’l trône. Mais là, Lord Welles, un des rebelles, pissa dans ses culottes pis bavassa toute à Édouard, qui put se préparer comme faut pis crisser une volée aux rebelles pis à Warwick à la bataille de Losecote Field. C’te fois-là, y’avait pas de raccommodage possible : comme Georges pis Warwick avaient réussi à se sauver, Édouard les fit déclarer « rebelles et traîtres », pis y’allèrent se réfugier en France. Sauf que pensiez-vous que Warwick allait lâcher l’morceau juste de même pis aller élever des moutons d’une chaumière en Normandie? Pantoute. À ce moment-là, y’était prêt à toute – TOUTE – pour récupérer l’pouvoir pis faire chier Édouard pis Élizabeth. Faique y’alla voir une vieille ennemie : 

— Hé ben, qu’est-cé ti pas qui vient s’mettre à quatre pattes en avant d’moé parce que les affaires ont pas viré à son goût?
— Madame Marguerite, j’vous supplie de m’pardonner! J’vas vous aider à r’mettre Henri su’l trône!

Depuis l’temps, Marguerite était partie avec son gars demander de l’aide au roi de France. Henri, lui, était resté dans l’nord de l’Angleterre jusqu’à ce qui se fasse capturer pis parader dins rues de Londres, les pieds attachés en d’sour de son ch’fal pis un vieux chapeau de paille laitte su’a tête. Par après, y’avait été emmené à la tour de Londres, où y’était ben traité – ça servait pas à grand-chose de l’tuer, vu qu’y avait un héritier mâle en vie. 

Marguerite la trouva bonne en maudit quand a vit Warwick arsoudre. A pouvait pas se permettre de passer à côté d’une offre de même, mais malgré ça, l’envie de faire étriver Warwick était trop forte : avant d’accepter sa proposition, a le fit se mettre à genoux en avant d’elle sans rien dire pendant 15 menutes.

Faique y s’entendirent pour qu’Henri artrouve son trône, avec son fils comme héritier, pis que la plus jeune à Warwick, Anne, marie le fils à Henri. Voyant que son chien était pas mal mort, Georges se contenta d’être « héritier présomptif », c’t’à dire qu’y succéderait au fils à Henri si y mourait pas de gars. Des grénailles, quoi. 

Pendant c’temps-là, en Angleterre, Édouard se doutait de rien pantoute : 

— Bon, une rébellion dans le Richmondshire. Faudrait ben que j’aille effoirer ça!
— T’es sûr, chéri? Messemble qu’à chaque fois qu’y a une rébellion dans l’nord, y t’arrive une marde avec Warwick… Tu trouves pas ça louche?
— Boah non, Warwick a pris son trou, là, on l’arverra pu. Fais-toé en pas, ma belle.
— Ouin… Entécas, sois prudent! J’la sens pas, c’te rébellion-là.
— Toute va ben aller. Ch’te ramène-tu d’quoi? Ça a d’l’air qu’y ont du ben bon fromage, au Richmondshire.
— Ça va être beau, merci. Ch’taime, mon amour!
— Moé’ssi, bebé.

Sauf que quand Édouard arriva là-bas, ben y n’avait pu, d’rébellion. Pu un crisse de chat. 

C’tait un piège. 

Pendant c’temps-là, Warwick pis Georges débarquèrent dans l’sud de l’Angleterre pis ramassèrent rapidement une armée de frustrés qui s’ennuyaient déjà d’Henri. 

En même temps, Jean, marquis de Montagu, le frère à Warwick qui était resté fidèle à Édouard, changea d’bord; pogné les culottes à terre, le roi eut pas le choix de se sauver.  

Avec son p’tit frère – un autre Richard – pis une gang de fidèles jusqu’au boutte, y réquisitionna des chaloupes de pêche pis traversa la mer jusqu’en Hollande. 

En apprenant toute c’qui venait de se passer, Élizabeth clancha en catastrophe pour l’abbaye de Westminster avec ses trois filles pis sa mère. Dans c’temps-là, en principe, quand tu te réfugiais d’une église, personne avait le droit d’aller t’charcher. A l’était en sécurité pour tusuite, mais y’avait rien de garanti :

« Crisse, Édouard est pas là, j’sais pas y’est où ni si y’a des chances d’arvenir pis quand, ch’t’enceinte jusqu’aux yeux, le tabarnak de Warwick est après faire arcouronner Henri drette comme on s’parle, pis j’ai aucune idée de c’qui va nous arriver! Toute c’que ch’peux faire, c’est attendre pis essayer d’pas trop capoter. Astie qu’j’haïs ça… »

La suite icitte!


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Helen Castor, She-Wolves: The Women Who Ruled England Before Elizabeth, 2011.
Philippa Gregory et David Baldwin, The Women of the Cousin’s War, 2011.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

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La Guerre des Deux-Roses, partie II — Un nouveau roi

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II
La Guerre des Deux-Roses, partie I

On va faire jusse une tite parenthèse de même avant d’continuer.

J’sais pas si vous vous rappelez, mais tsé l’grand-père à Henri VI, c’ti-là qui avait tassé son niflette de cousin Richard de su’l trône, ben c’tait l’fils à Mononc’Jean pis à Blanche de Lancaster. En mariant Blanche, Jean a pogné l’titre de duc de Lancaster, pis c’pour ça qu’on appelait la famille à Henri « les Lancaster », pis l’monde qui se battaient de son bord, « les Lancastriens »,  par exemple, les Beaufort, comme le duc de Somerset, les enfants du deuxième lit à Mononc’Jean – ceux que York traitait comme des nobles « Sélection Mérite », là. 

Revenons à nos moutons. 

L’affaire, c’est que, tsé, quand tu coupes une tête, y’en a toujours une autre qui r’soud pour prendre la place. Comme celle à York était après sécher s’un piquette, y’en poussa une autre plusse fraîche à la place : celle de son fils Édouard, une belle jeunesse de 18 ans — le nouveau duc d’York. 

Y’était dans l’boutte du pays de Galles, où y’était allé empêcher une armée fidèle à Henri d’arjoindre celle à Marguerite. Dès qu’y sut c’qui était arrivé à son père, y clancha pour aller l’venger. Sauf qu’en ch’min, Édouard frappa une autre armée de Lancastriens un ti peu plus nombreuse qu’la sienne. Pas moyen de s’en clairer – y’allait avoir une bataille. 

Au lever du soleil, drette avant que les armées se sautent dessus, les hommes à Édouard s’mirent à capoter : 

— Heille! Tchéquez ça! Y’a trois soleils dans l’ciel!
— C’est l’yâble, astie, c’est l’yâble!
— Jésus Marie Joseph on va toute mourir!

Y’avait pas d’quoi capoter.

C’qu’y voyaient, c’tait une parhélie : quand l’soleil est bas su l’horizon pis qu’y a des cristaux d’glace haut dans l’ciel, ça fait comme un rond autour du soleil, pis des fois, ça donne l’impression qu’y a un mini soleil de chaque bord du rond, ou des fois, des p’tits bouttes d’arcs-en-ciel. Science!

Mais Édouard, c’tait un p’tit vite, faique au lieu de pogner les nerfs, y se servit de ça pour crinquer ses hommes : 

« Pognez pas l’mors aux dents, pis soyez don rassurés, à’place! C’t’un bon signe! Trois soleils, c’est l’Père, l’Fils pis l’Saint-Esprit, pis moé pis mes deux frères, Georges pis Richard. Faique courage, les gars! Au nom du Seigneur, on va leu crisser une volée! »

Pis comme de faite, y passèrent sur l’armée ennemie comme une moissonneuse batteuse.

Comme à son habitude, quand y sentait qu’la victoire s’en v’nait, Édouard donna l’ordre de tuer les nobles pis d’épargner les pas nobles – tout l’contraire de c’qui se faisait avant, genre à la bataille d’Azincourt.

L’torse toute bombé après sa victoire, pis ses hommes complètement convaincus qu’Dieu était d’son bord, l’tit jeune s’armit en route. 

Warwick, lui, rassemblait des hommes pour la cause d’Édouard dans l’sud de l’Angleterre, pis y faisait peur au monde en disant que la reine Marguerite s’en v’nait avec une horde d’enragés poilus du nord qui allaient les voler, les tuer pis brûler leux maisons, pis qu’y a juste lui pis Édouard qui pouvaient les sauver. 

Faut dire que c’tait pas complètement des menteries : l’armée à Marguerite était bourrée d’monde du nord de l’Angleterre, pis comme y manquaient de bouffe pis de ben d’autres affaires, y’avaient pillé des fermes pis des villages en descendant vers Londres. C’tait pas l’idée du siècle, pis ça allait pas aider plus tard, mais qu’est-cé vous voulez? Faut c’qui faut.

Avec sa nouvelle armée, Warwick s’en allait pour arjoindre Édouard, sauf que comme Édouard avait été r’tardé par sa bataille, Warwick s’artrouva tu’seul à affronter Marguerite à Saint-Alban’s. Tsé, la MÊME ville où y’avait eu une bataille, que le duc de Somerset c’tait faite tuer pis qu’Henri s’tait caché d’une shop de tanneur? Les habitants devaient être crissement à boutte de s’faire démolir leu ville : 

— Ah non, pas encore eux-autres!
— SIMONAC AVEZ-VOUS FINI D’PÉTER MES VITRES? Ça coûte la peau du cul ces affaires-là!
— Bon, y’a encore du sang dans mes glaïeuls…

Mais bon. C’te fois-là, c’est Marguerite qui gagna la bataille. Henri, lui, avait été laissé avec yinque deux gars pour le garder, pis y chantait tranquillement en d’sour d’un arbre en r’gardant les hommes à Warwick se faire défoncer. Les Lancastriens le trouvèrent pis le ramenèrent à Marguerite. 

Heille, là la puck roulait pour elle! Y lui restait juste à s’rendre à Londres, à se ravitailler, à s’arvirer d’bord pis à détruire les York pour de bon, pis la couronne à son mari pis à son fils s’rait sauvée. C’tait quasiment yinque une formalité! 

Pendant c’temps-là, Warwick réussit à se faufiler pis à aller trouver Édouard, qui capotait à cause de la défaite à Saint-Alban’s. Warwick, Richard de son p’tit nom, se trouvait à être son cousin – sa matante Cécile était la mère à Édouard. Y’était 14 ans plus vieux, plus expérimenté, pis un politicien ratoureux, faique l’jeune homme se fiait beaucoup sur lui. 

— Mais là, Ritch! Marguerite est quasiment rendue à Londres! Si a rentre dans’ville avant nous autres, notre chien va être mort, pis y’a aucune chance qu’on arrive avant elle!
— Prends su toé, mon gars! Voyons don. T’es jeune, t’es fringant, le monde t’aime, pis t’as beaucoup d’alliés à Londres. Moé, j’dis qu’on prend une chance pis qu’on clanche! 

Marguerite était yinque à 10 milles des portes d’la ville. Sauf que, l’monde de Londres se méfiaient d’elle : y’étaient du bord des York, pis Marguerite les considérait comme des traîtres. Y’allait arriver quoi si y’a laissaient rentrer? Y’allaient-tu finir su l’échafaud?

En plus, l’attitude à Marguerite aidait pas. Dans une lettre au maire, elle écrit : 

« Le roi pis la reine ont pas pantoute l’intention d’piller la ville; mais en même temps, ça veut pas dire qu’y puniront pas les faisant-mal… » 

Les habitants, rendus complètement paranos par la campagne de peur à Warwick, allèrent jusqu’à bloquer un convoi d’provisions que l’maire voulait envoyer à Marguerite pour l’amadouer. 

En même temps, la reine était fourrée d’un bord comme de l’autre : elle avait absolument besoin que Londres soit de son bord, mais y’était pas question d’essayer de prendre la ville par la force. Faique a décida, pour l’instant, de battre en r’traite pis d’attendre; après toute, c’te stratégie-là avait déjà ben marché pour elle. 

Édouard pis Warwick, qui galopaient en malades pour arriver à Londres, crurent pas leur shot quand y se rendirent compte que Marguerite était pas là pis que la voie était libre.

Les Londoniens leux ouvrirent les portes toutes grandes. Beau, grand pis drette, ben habillé, charmant pis aimable, plein d’jarnigoine, pis surtout, pas embarrassé comme son père par une aura de trahison malaisante, Édouard ressemblait pas mal plus à un roi qu’Henri, qui était tout l’temps habillé comme la chienne à Jacques. 

C’est ben d’valeur pour Marguerite, mais comme a l’était une madame, pis une Française à part de t’ça, a pouvait juste pas s’imposer à’place d’Henri. Quant à Édouard, y représentait un nouveau départ après le bordel continu qui régnait dans l’royaume depuis que les nobles jouaient à’ringuette avec un roi qui avait autant d’autorité qu’une toast aux cretons. 

Faique Édouard fut nommé roi – mais pas couronné, ça irait à plus tard – pendant une cérémonie à la sauvette à l’abbaye de Westminster. Pis même pas deux s’maines après, y se tourna vers le nord :

« Là, ça va faire. On a assez pardu d’péres pis d’fréres pis d’mononcles. C’est l’temps d’river l’clou à Marguerite pis d’arrêter la chicane pour de bon. »

Faique c’est d’même que, le 29 mars 1461, Yorkistes et Lancastriens s’artrouvèrent face à face dans l’gros frette pis en pleine tempête de neige pas loin de Towton, dans l’nord de l’Angleterre. 

Les Lancastriens étaient plus nombreux pis en meilleure position que celle à Édouard, placés su’l dessus d’une côte. Le problème, c’est qu’y avaient le vent dans’face pis voyaient rien à cause des flocons qui leu rentraient dins yeux. 

Les Yorkistes décidèrent d’en profiter : leux archers tirèrent dans l’armée ennemie, pis leux flèches, portées par le vent, s’enfoncèrent super loin dans les rangs lancastriens. Les Lancastriens essayèrent de tirer eux-autres avec, mais à cause du vent à écorner les bœufs, leux flèches partirent tout croche pis firent pas grand dommages. Pire! Y se plantèrent drette en avant des Yorkistes, qui purent les ramasser pis leu renvoyer dans’face. 

Pis là, le combat au corps à corps commença. Ce jour-là, c’tait clair pour tout l’monde : pas d’quartier pis pas d’drapeau blanc. Faique ça s’battit pendant 8 heures, dans’bouette pis dans’sloche, les pieds pis les doigts gelés, les poumons brûlés par l’essoufflement pis l’air frette. Un m’ment’né, y’avait tellement de cadavres que les vivants s’enfargeaient dedans, pis quand, finalement, les Lancastriens au désespoir commencèrent à se sauver, y tombèrent drette dins bras glacés d’la rivière Wharfe pis se néyèrent, entraînés par le poids de leur armure. 

Un messager arriva aux murs de la ville d’York, où étaient Marguerite, Henri pis leu fils Édouard (ouais, York était le quartier général des Lancastriens pis pas des Yorkistes, c’est mêlant mais c’est d’même). Toussant, braillant, pompant l’huile, y livra son message : 

« Madame, Votre Majesté, c’est fini! On a pardu des milliers d’hommes pis ceux qui restent sont après se sauver! Chus désolé, on a faite toute c’qu’on a pu… Mais… Ah, bonyenne! La neige est toute graissée d’sang! »

Ce fut la bataille la plus meurtrière en sol anglais : 10 000 morts, toute ça pour une astie d’chicane de famille. En fait, ça a d’l’air que les ruisseaux pis les rivières coulèrent rouge pendant des jours après ça!

La victoire à Édouard était totale. Faique entre chien et loup, tandis qu’y s’artrouvait maître incontesté du champ d’bataille pis d’l’Angleterre au complet, une femme en tabarnak, un homme égarouillé pis un flo de 7 ans tout épeuré galopaient à toute vitesse vers l’Écosse.

Y’avaient toute pardu pis y’étaient fugitifs, mais Marguerite avait pas dit son darnier mot. Pis tant qu’à elle, a l’dirait yinque maiqu’a l’aye le pied dans’tombe. 

La suite ici!


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Helen Castor, She-Wolves: The Women Who Ruled England Before Elizabeth, 2011.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

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La Guerre des Deux-Roses, partie I — Marguerite d’Anjou contre Mononc’York

Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I
Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II

 Ah, ça a faite du bien d’grouiller un peu! 

On peut r’commen—T’étais encore aux toilettes, toé? Es-tu tombé dans l’bol, coudonc?

Viens t’assire, là, la soirée avance pis on n’a encore pour un boutte! 

Bon!

Faique Henri V, le beau nouveau jeune roi d’Angleterre, venait de sacrer une volée aux Français à Azincourt, pis y faisait yinque commencer. Après s’être préparé ben comme faut pendant deux ans, y r’tourna en France, pis y se mit à gagner bataille après bataille pis ville après ville. Tellement qu’en 1420, la reine Isabeau, la femme du roi Charles VI, qui avait pas toute sa tête, eut pas le choix de le rencontrer pis de conclure un traité avec lui : 

« C’est d’même que ça va s’passer : pour tu’suite, ton mari reste roi d’France, mais quand y va trépasser, c’est moé qui va monter su l’trône. Pis ton fils le Dauphin, ben, qu’y sèche. Pis un coup parti, ch’peux-tu marier ta fille Catherine? Messemble que ça f’rait ben. »

Faique toute déboula : Henri était rendu héritier du trône de France, y’était marié avec la princesse Catherine, 9 mois plus tard y’avait déjà un nouveau p’tit Henri toute rose pour y succéder dans ben, ben longtemps, pis toute’tait beau, toute’tait merveilleux.

Mais là… La crisse de dysenterie sortit d’en-arrière des rideaux pendant que personne argardait, le pogna par l’chignon du cou pis l’entraîna dans l’trépas à l’âge de 35 ans.

Y’avait yinque régné 9 ans!

Faique c’est son bébé qui lui succéda à l’âge de 9 mois. Pendant que les grands nobles du royaume y juraient fidélité, Henri VI gigotait pis faisait des « aargheurrghhhaaah » au beau milieu du Parlement. 

D’l’autre bord d’la Manche, la guerre en France, c’tait supposé être réglé. Mais sans la main de fer pis l’front d’bœuf à Henri V, les Français commencèrent à reprendre du pic.

Pire, quand Charles VI passa l’arme à gauche, Jeanne d’Arc sortit de nulle part pour crisser la chienne aux Anglais pis mettre la couronne de France su’a tête à son fils, Charles VII – le fameux dauphin qu’Henri V avait tassé, là. 

Pis même si la pauvre chouette finit en p’tit tas d’cendres, elle avait réussi à crinquer toute son peuple, pis les Français se mirent à reconquérir boutte de territoire après boutte de territoire. 

Rendu là, Henri VI avait 23 ans, pis y’était roi à part entière. Sauf que… euh… Ben y régnait pas ben fort. C’est pas qu’y était niaiseux – y’était juste pas pantoute équipé pour être roi. Mettons dans l’dictionnaire, t’aurais pu mettre sa face à côté du mot « bonasse ». Y tirait son argent par les fenêtres en donnant à toute pis n’importe qui, au point qu’y finit par se ruiner. Y disait oui à toute c’qu’on y proposait, tellement que ben vite, sa cour devint comme une espèce de game de hockey où les grands seigneurs du royaume se rentraient dans’bande pour avoir le contrôle d’la rondelle, c’ta dire c’te pauvre Henri qui glissait su’a glace la bouche ouvarte sans trop comprendre c’qui s’passait autour.

Pis en plus, y’haïssait la guerre. Faique y demanda au duc de Suffolk, son premier conseiller, d’aller y’arranger une trêve avec le roi Charles VII de France : 

— Pis à part de t’ça, les noces, ça fait toujours ben pour mettre le monde de bonne humeur, vous pensez pas?  
— Ben sûr.
— Faique mettons que mon souverain mariait… Une de vos filles, Vot’Majesté?
— Pousse, mais pousse égal, mon pit.

C’qui dérangeait le roi, c’tait qu’Henri VI avait déjà ben en masse de sang royal français dins veines sans n’en rajouter encore – vous rappelez pourquoi ça avait commencé, toute c’te guerre-là, hein? Avec pépère Édouard III qui s’pensait roi de France parce que sa mère était une princesse française. 

Faique finalement, le roi choisit Marguerite d’Anjou, la nièce de 15 ans à sa femme : juste assez parente pour que ça compte, mais pas assez pour faire du trouble. 

Henri fit accueillir sa nouvelle femme avec les gros honneurs. Y voyait son mariage comme un « engagement sacramentel envers la paix », rien d’moins. Y respectait ben gros Marguerite pour sa jarnigoine pis son gros bon sens, mais c’était un peu ça, l’problème : y’a respectait un peu trop. Marguerite savait ben que la première job d’une reine, c’tait de faire un héritier. Mais Henri était toute pur! Une fois, pendant un banquet, un noble avait fait rentrer une trâlée de jeunes pitounes les boules à l’air dans’salle, pis ça l’avait tellement scandalisé qu’y était parti s’coucher. Tellement qu’un m’ment’né, Marguerite dut se dire : 

« Heille, veux-tu ben me baiser, maudite sainte-nitouche de bazouelle! »

On saura jamais c’qui s’est passé dans leu couchette, mais quoi qu’y en soit, huit ans après son mariage, Marguerite finit par tomber enceinte. Dins corridors, ça mémérait qu’elle avait sauté la clôture. Pendant c’temps-là, ça brassait en France. Pour vous conter ça ben vite, m’as faire un Pierre Houde de moé : 

« Les Anglais brisent la trêve avec les Français! Drôle de décision! 
Les Français reviennent en zone offensive! Ils tirent… ET LE BUT! Oh, là là, les Anglais ont perdu la ville de Bordeaux! 
Le duc de Suffolk est de retour au banc. Il se fait blâmer pour la défaite et condamner à l’exil. Il retraite au vestiaire, mais oh!! Il est rattrapé par des soldats fâchés qui le décapitent avec une vieille épée rouillée. Ma parole! 
Les Anglais partent en échappée… ET LE BUT! Ils ont repris Bordeaux! Quelle remontée! 
Mais les Français ne se laissent pas intimider! Ils y vont d’un BOULET D’CANON qui anéantit les Anglais! Oh là là, Marc, je pense que c’est fini pour les Anglais en France! »

Quand on dit que les nouvelles fessent fort… En apprenant ça, Henri tomba en stupeur. Genre, voit pu rien, entend pu rien, parle pu, bouge pu, filet de bave. Y’était juste… Éteint. Bzzziu. Pis pas pour deux menutes, là! Ça dura plusse qu’un an! 

Marguerite s’artrouvait donc avec un bébé naissant (Édouard, pour une fois, pas Henri!) pis un mari légume, son sort entre les mains des big shots du royaume. Y’était pas question qu’a laisse ça de même. Faique a fit de quoi de complètement flyé pour une femme de son époque : a demanda officiellement au Parlement d’y donner toutes les pouvoirs de souverain pendant le temps qu’Henri était parti au pays des licornes.

Les vieilles barbes répondirent pas mal comme vous pensez : 

« Euh… C’est ben gentil d’vous dévouer d’même, ma p’tite madame, mais on va être corrects. Vous pouvez aller catiner tranquille, on s’arrange avec le reste. »

Tassée, Marguerite dut avaler son étron pis attendre. 

Pis comme la rondelle était lousse au milieu de la patinoire, ça attira les vautours. 

Richard Plantagenêt, duc d’York, était le plusse noble de toutes les nobles du royaume après Henri. Y descendait de papi Édouard par deux mononcles : Lionel, dont j’ai pas parlé, pis Edmond, lui qui a laissé le bordel pogner dans l’royaume en tant que régent pour Richard II.

Marguerite le trustait pas pantoute, parce qu’a le soupçonnait de vouloir être roi à la place du roi. Pis comme de faite, y’arsoudit à Londres pis fut nommé lord-protecteur du royaume. 

À ce moment-là, c’tait le duc de Somerset, l’homme de confiance à Marguerite, qui était l’conseiller principal à Henri. Comme lui, y descendait Mononc’Jean, mais pas du même litte : y faisait partie d’la famille Beaufort, c’t’à dire les enfants que Mononc’Jean avait eus avec sa maîtresse, mais qui avaient été légitimés. York le r’gardait de haut, comme un duc d’la marque maison plutôt que la vraie affaire. Les deux s’haïssaient pour mourir.

Ça jouait dur en simonac. La preuve? Aussitôt arrivé, York crissa Somerset en prison à la tour de Londres. 

Heureusement, avant qu’y réussisse à faire trop de marde, Henri ralluma, drette de même, comme si quequ’un avait r’parti le breaker. Y s’rappelait pu de rien, pis y fut ben étonné d’voir qu’y était rendu avec un fils :

« Wow! Pour moé y’a été conçu par l’intervention du Saint Esprit! Merci Seigneur! »

Henri, avec l’influence de Marguerite, renversa toutes les décisions qu’York avait pris en tant que lord-protecteur pis fit sortir Somerset de prison. York fut pogné les culottes à terre : 

« Le tabarnak de Somerset! Y’essaye de me tasser? Ça s’passera pas d’même! » 

Faique y clancha voir le roi, avec 3 500 gars armés pour faire valoir ses arguments – pis ça, là, c’tait limite d’la trahison.

Pendant c’temps-là, Henri pis Somerset étaient après se rendre à Leicester, ben peinards, pis s’attendaient pas pantoute à une bataille. Mais là, quand y rentrèrent dans la ville de Saint-Alban’s, York les attendait pis fit boucher toutes les sorties : 

« Vot’Majesté! Donnez-moé Somerset, c’t’hostie de crosseur! Y vous conte des menteries pis y vous manipule! » 

Y’eut des négociations qui donnèrent absolument rien, pis finalement, York s’écœura pis ordonna une attaque contre les forces à Henri. Ça commença à s’courir après pis à se massacrer dins rues d’la ville. 

Henri r’çut une flèche su l’bord du cou pis alla s’cacher d’une shop de tanneur. 

Somerset donnait pas cher de sa peau si y s’faisait pogner par York. Y’alla se réfugier dans une auberge, mais ben vite, y fut complètement encerclé. 

« Ah ben d’la marde! Si ch’pour mourir, m’as mourir deboutte! »

Y dégaina son épée pis sortit d’l’auberge en hurlant, passant par-dessus les gars qui étaient morts en essayant de l’défendre, fessant su toute c’qui bougeait; y tua 4 gars avant d’être tué lui-même. 

C’te bataille-là fit pas beaucoup d’morts, mais York avait pas mal eu c’qui voulait. La chicane était loin d’être finie, par exemple. En fait, ça dégénéra en vendetta généralisée où chaque famille noble du royaume avait pas l’choix d’prendre un bord ou l’autre. 

Henri, lui, toujours aussi bonasse, pardonna toute à York pis voulait que tout l’monde se réconcilie. Y’organisa même un « jour d’amour » où la reine, lui, York, le nouveau duc de Somerset, alouette durent toutes marcher ensemble main dans’main, avec des ti-cœurs pis des arcs-en-ciel.

Mais en arrière des sourires, tout l’monde avaient les dents serrées – c’tait juste une question de temps avant que ça r’commence à se taper su’a gueule. 

Comme Somerset était pu là, c’est Marguerite qui devint la cheffe d’la faction à Henri. Pis là, a considérait York carrément comme une menace pour la succession de son p’tit poutte, qui était rendu à 18 mois. Faique a partit avec son mari à Coventry, sur ses terres à elle, pis établit la cour royale là-bas. 

Après ça, a convoqua York. 

Un fou d’une poche : y’était pas question que l’duc aille s’crisser dans la gueule du loup.

Faique comme y s’était pas présenté, Marguerite le fit déclarer traître à la couronne; essentiellement, ça voulait dire qu’y perdait toutes ses terres pis ses titres. Ça y laissait pu l’choix : comme disait mon grand-pére, une tête de cochon notoire, fallait vaincre ou mourir. 

Là, Richard Neville, comte de Warwick, le plus gros allié à York, marcha avec son armée jusqu’à Northampton pour aller affronter les forces royales. 

C’te jour-là, la puck roula pas pour Henri : ses canons, tout trempes de pluie, tiraient pu pantoute, pis y’avait un traître dans ses rangs qui ordonna à ses gars de jeter leux armes pis de laisser passer Warwick. 

Résultat : son armée complètement effoirée, Henri fut capturé pis emmené à Londres. York, triomphant, arriva avec sa femme en faisant son frais-chié : y pouvait presque déjà sentir le coussin en v’lours du trône d’Angleterre en t’sour de son cul. 

En fait, y’était tellement sûr de sa shot que quand y rentra au palais de Westminster pour une réunion du Parlement, y’alla direct vers la chaise suprême pis mis sa main dessus. Mais au lieu des acclamations auxquelles y s’attendait, y’eut juste un gros malaise. Même Warwick trouvait que ça avait pas d’allure.

— Ben là, les gars… Non?
— Euh… Nous-autres, on pensait que tu voulais juste tasser les conseillers croches autour du roi, pas ÊTRE le roi! Voyons donc! 

Les lords du Parlement capotaient, mais y pouvaient pas juste faire comme si York existait pas. Faique y firent un deal qui ressemblait à lui qu’Henri V avait faite avec la reine Isabeau de France : Henri restait roi pour tu’suite, mais son fils Édouard était déshérité pis c’est York qui deviendrait roi à sa mort. 

Mais finalement, les fesses à York goutèrent jamais à la douceur du v’lours royal : y fut tué dans une bataille une couple de mois plus tard. Sa tête fut plantée s’un piquette à l’entrée d’la ville d’York, avec une couronne en papier dessus. 

Marguerite, qui était partie s’réfugier en Écosse, rassembla une nouvelle armée pour descendre jusqu’à Londres chercher Henri pis arconquérir le royaume. L’feu dins yeux, a laisserait personne tasser son mari pis déshériter son fils :

« Inquiète-toé pas, Henri : j’m’en viens, mon minou! » 

La suite ici!!!


Sources : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.
Helen Castor, She-Wolves: The Women Who Ruled England Before Elizabeth, 2011.

Un GROS merci à ceux qui m’encouragent sur Patreon : Christine L., David P., Chrestien L., Daphné B., Herve L., Valérie C., Eve Lyne M., Serge O., Audrey A. et Mélanie L.

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Avant la Guerre des Deux-Roses, partie II – La bataille d’Azincourt

Sir John Gilbert, Le matin précédant le bataille d’Azincourt

Partie I

Ok! Wé toutes là? 

Toé le grand slaque, tasse-toé don un ti peu pour que la pauvre chatte en arrière puisse voir de quoi. 

C’est beau, merci, mon pit!

Donc, l’ex-roi Ritch se faisait emmener en prison en braillant sa vie, pis Henri IV commençait son règne. 

Henri, ça y’avait pas trop tenté de devenir roi. Son cousin y’avait quasiment tordu le bras pour l’obliger à usurper la couronne, pis ça le faisait limite chier de se retrouver sur le trône. Ça questionnait sa légitimité de tou’és bords, pis lui-même y crèyait pas trop, dans l’fond. Mais pareil. Tant qu’à être là, y’allait s’accrocher.

Comme Ritch était encore vivant, ça arrêtait pas de grenouiller pour le remettre sur le trône, entre autres en assassinant Henri. Un m’ment’né, dans son litte, un serviteur trouva même une chausse-trappe – tsé une espèce de patente épouvantable avec des bouttes pointus qui sert à estropier les chevaux pis l’monde quand y marchent dessus? 

Henri avait pas pantoute envie de tuer son cousin non plus, mais comme y’allait jamais avoir la paix tant qu’y allait être en vie, y s’organisa pour « l’oublier », pis Ritch finit par mourir de faim. Quand même ironique pour un gars qui avait 300 employés dans sa cuisine. 

Mais on y sacra pas la paix à Henri pour autant. Le roi d’Écosse y lâcha une craque dans une lettre en l’appelant « duc de Lancaster » plutôt que roi, faique y partit lui crisser une volée. 

Pis quand c’tait pas les Écossais, c’tait les Gallois qui faisaient d’la marde. Leu rébellion, backée par la France, dura une grosse partie de son règne.

Le Parlement faisait exprès pour l’écœurer; chaque fois qu’y demandait d’l’argent, y se faisait répondre :

« Z’avez yinque à piger dins joyaux à Richard, hein? Où c’qui sont passés, dites-nous don ça? » 

Pis en plus, Henri était souvent malade. Bref, y’eut pas trop de fun pendant ses 13 ans de règne. Quand y passa l’arme à gauche, c’est son fils aîné, un autre Henri, qui devint roi. 

Rendu là, ça faisait déjà 70 ans qu’Anglais et Français se tapaient su’a yeule, même si ça avait quelque peu slaqué pendant les règnes de Richard pis d’Henri IV. Aussitôt qu’il eut la couronne su’a tête, le nouveau roi se dit : 

« Bon. P’pa avait yinque une fesse sur le trône, pis tout le monde arrêtait pas de le traiter d’usurpateur. Pis moé, ben j’ai une trâlée de p’tits cousins qui pourraient aussi ben revendiquer ma couronne. Là, qu’est-cé qui pourrait m’rendre plus solide? L’monde aiment ben ça, les victoires militaires. Faique ch’pourrais, genre, arpartir la guerre contre la France? Heille, c’est bon, ça. Si j’gagne, y’aura pu personne pour venir m’écœurer! »

Faique y commença drette là à accumuler de l’argent, des munitions pis à se monter une armée. Deux ans après, au mois d’août, y partit en campagne. 

Y commença par attaquer le port de Harfleur; le siège dura six semaines dans la grosse chaleur épouvantable. La ville finit par se rendre, mais la dysenterie pis la malaria pogna dans les rangs anglais : 2 000 hommes moururent drette là, pis 2 000 autres durent artourner en Angleterre pour se faire soigner. 

En partant, Henri avait l’intention de s’rendre jusqu’à Paris. Mais comme y’avait pardu pas mal de monde pis qu’y était rendu tard dans l’année, à’place, y décida de marcher jusqu’à Calais, une ville qui appartenait aux Anglais à c’te moment-là. Ça faisait une trotte de 250 km à ch’fal, en plein bois, dans’pluie, pis en terrain ennemi : 

« M’as leu marcher ça dans’face, les Français! Dieu est d’mon bord pis m’as leu montrer qu’y peuvent rien faire contre moé! »

Mais là, les Français furent informés de t’ça, faique y clanchèrent pour pogner les Anglais en chemin. 

Henri pis sa gang avaient vraiment pas de fun. Les ponts sur la Somme avaient été démolis, faique ça les força à faire un détour; y mouillait à siaux; y manquait de provisions, tellement que les soldats devaient survivre su des noix pis des p’tits bouttes de viande séchée; pis la dysenterie continuait de faire des ravages, tellement que les hommes gardaient leux culottes baissées, pis le flux coulait le long des flancs de leux ch’faux. Bref, c’tait la grosse misére nouère. 

Le 20 octobre, un émissaire français arriva pis dit à Henri que l’armée française s’en venait pis qu’y était aussi ben d’attacher son casse avec d’la broche. Henri lui répondit yinque de décrisser pis de pas se mettre dans ses jambes. 

Henri pensait encore être bon pour se rendre à Calais, mais, 4 jours plus tard pas loin de la ville d’Azincourt, un éclaireur arvint au camp anglais en capotant ben raide : 

« Votre Altesse, sont deux fois plusse que nous-autres, sacrament! »

Shit. Henri sut à ce moment-là qu’y avait pu moyen d’éviter une bataille, pis que la puck roulait crissement pas pour lui. 

C’te soir-là, y’eut une file de 200 pieds d’long en avant d’la tente du curé : tout l’monde voulaient s’confesser, d’un coup qu’y meurent le lendemain. Les faces étaient longues, les assiettes étaient vides, ça sentait la marde, pis y mouillait, crisse qu’y mouillait! 

De l’autre bord, c’tait pas mal plus jojo : le maréchal Boucicaut, qui était à la tête de l’armée française, était hyper sûr de sa shot, pis c’tait semi l’party dans l’camp. 

Tsé, on peut les comprendre d’être au-dessus d’leux affaires. L’armée anglaise, c’tait aux trois quarts une gang d’archers crottés, du monde ordinaire payés par le roi pour s’engager dans l’armée. L’armée française, c’tait en grande partie des chevaliers avec la grosse armure pis toute le kit, comme dins romans courtois, des gars qui passaient toute leur temps pis leur argent dans l’combat – autrement dit, l’équivalent médiéval de des chars d’assaut. Y’allaient passer su’és Anglais comme un tracteur s’un siffleux. 

Le lendemain, y mouillait encore, viarge. 

Les Anglais se placèrent dans un grand champ où les semailles venaient d’être faites, en haut d’une p’tite côte, avec un bois de chaque bord. Les fantassins étaient au milieu, pis les archers étaient chaque bord. 

Pis là, Henri arriva devant son armée, à cheval, avec un casse plaqué or pis un diadème de perles, de rubis pis de saphirs. Ça flashait en astie : 

« Chus v’nu icitte pour ravoir l’héritage qui m’arvient de droit : le trône de France! Oubliez pas qu’les Français ont juré de couper les doigts de la main droite de tou’és archers qui captur’raient! Faique faites-vous pas pogner! Mais vu qu’Jésus est mort su’a croix pour nos péchés, ben qu’chaque homme trace une croix à terre pis l’embrasse, pour se rappeler que c’est mieux d’mourir su’a terre icitte là que d’se sauver comme des pissous! » 

Les Français, eux-autres, attendaient en bas d’la côte. Le maréchal voulait que les Anglais les attaquent en premier, mais après trois heures à rester plantés là comme des codindes, les fantassins pis les chevaliers commençaient à faire la queue d’veau. 

Finalement, Henri fit avancer son monde juste assez proche pour que les archers puissent tirer.

Quand les Français reçurent les premières flèches par la tête, y’avait pu moyen d’les arrêter de foncer comme des malades, un peu tout croche. Pis à part ça, c’est pas tout le monde qui partit en même temps, parce qu’y avait des chevaliers qui s’étaient tannés d’attendre pis qui étaient partis nourrir leu ch’fal ou tirer une pisse. 

Entécas, ce fut une astie de catastrophe. 

Le maréchal Boucicaut avait prévu pogner les archers par le flanc pis les massacrer, mais à cause du bois de chaque bord, ses hommes durent laisser faire pis y’aller tête première en montant la côte.

Les ch’faux se faisaient blesser par les flèches pis se mirent à paniquer; après avoir crissé leu cavalier à terre, y’arpartirent à courir dans l’autre sens pis piétinèrent des fantassins en arrière. 

Faique les chevaliers continuèrent tous seuls. Les grosses armures, ça faisait en masse la job contre les flèches; c’tait comme avancer en char s’un chemin d’terre avec les taons à chevreuil qui pètent dans l’winshire. Le problème, c’est que les casses avaient yinque une fente pour voir, faique les chevaliers devaient avancer tête baissée pour pas manger de flèche dans l’œil. 

Mettons que c’tait pas vargeux. 

Les Français avaient aussi des arbalétriers, mais y’avaient pas assez de place pour tirer sans pogner leux alliés. Comme j’ai dit, y’étaient deux fois plus nombreux que les Anglais, mais là, ça leu servait pas à grand-chose, parce que le terrain entre les deux bois était pas assez large. Y se pilaient su’é pieds pis se nuisaient les uns aux autres : 

« Voyons, crisse! Tassez-vous! Chus même pas capable de m’sarvir de ma lance! »

Au fur et à mesure que ça mourait en avant, ceux qui suivaient devait passer par-dessus les cadavres. 

Pis comme ça allait pas assez mal de même, le champ avait viré à la grosse bouette qui colle. Les Français calaient aux genoux pis ça leu prenait toute pour avancer. Pis quand y tombaient, leu chien était pas mal mort : leur armure était trop pésante pour qu’y se relèvent, les autres leu pilaient dessus, pis y’en a plein qui finirent noyés dans leu casse. 

Une autre vague de Français se lâcha à l’assaut, mais y firent juste embarrasser encore plus le champ de bataille, poussant dans l’cul des premiers en avant pis finissant pareil comme eux-autres, effoirés dans la bouette. 

Les « crottés » de monde ordinaire, eux-autres, y’avaient pas de grosse armure, faique la bouette les faisait pas mal moins chier. Quand les archers finirent par manquer de flèches, y’embarquèrent dans l’tas avec des haches, des épées pis même des marteaux. 

Le roi Henri, lui, y’était pas assis su son steak en arrière avec son beau casse plaqué or; y’était drette dans la mêlée. En fait, en défendant son p’tit frère le duc de Gloucester qui s’tait faite blesser à la fourche, y mangea un coup de hache su’a tête qui fit décoller une partie de son diadème. Mais là, y s’artrouva avec un tapon de prisonniers. Y’en avait tellement qu’y étaient plus nombreux que l’armée anglaise au complet : 

« Crisse, d’un coup qu’y s’en rendent compte pis qu’y en profitent pour nous massacrer par en arrière? Ch’peux pas laisser faire ça… Calvaire, j’aime pas ça, mais j’ai comme pas l’choix… » 

Faique, contrairement aux règles de chevalerie du temps, y’ordonna qu’on tue toutes les prisonniers, sauf ceux qui pourraient donner une bonne rançon, genre, les nobles. Ça resta une grosse tache sale sur son règne, pis si y’avait faite de quoi d’même aujourd’hui, le Tribunal pénal international y’aurait claqué un procès pour crime de guerre assez sec. 

Pis là, finalement, après même pas 4 heures de bataille, les Français étaient toutes soit morts, soit prisonniers, soit en train de se sauver la queue entre les jambes. Quand Henri s’en aperçut, y’arrêta direct l’exécution des prisonniers. Les Anglais avaient perdu quelques centaines d’hommes, pis les Français, des milliers, dont une trâlée de monde important – des ducs pis des chevaliers pis plein de haut gradés. 

C’tait une sacrament d’volée historique. 

Après ça, y retourna en Angleterre sous les confettis pis de ding dong des clochers d’église. Y réussit pas à conquérir le trône de France à ce moment-là, mais y réussit à rendre le sien crissement plus solide. Même les épais qui avaient encore le piton collé sur Richard prirent leur trou pour de bon. 

Mais là, c’tait pas comme si l’royaume s’en allait vers des horizons meilleurs avec des p’tits anges pis des arcs-en-ciel, le sourire fendu jusqu’aux oreilles, avec son beau roi neuf pis victorieux. 

Pour savoir comment ça a viré, ben allez vous dégourdir les jambes pis r’venez dans 15 minutes. Moi-même, ch’commence à avoir la fesse engourdie!  


La suite ici!


Source : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.


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Avant la Guerre des Deux-Roses, partie I — Richard II, le roi qui pétait VRAIMENT plus haut que le trou

Heille, vous-autres, là, v’nez vous-en plus proche!

Mononc’ Poêle! Va chercher le banc d’traite dans l’étable pis les vieilles chaises dans l’grenier. J’veux qu’parsonne soye pogné pour rester d’boutte!

Toé, là, reste pas dans l’cadre de porte, tu fais rentrer l’frette! 

Ma noire, r’mettrais-tu une bûche dans l’poêle? Parce que là, mes pits pis mes pitounes, on est icitte pour un boutte. 

Ça fait longtemps que j’veux vous conter l’histoire que j’vas vous conter. Mais j’voulais attendre d’avoir plus pogné l’tour, pis là, ch’pense que chus bonne. 

M’as vous conter l’histoire de la Guerre des Deux-Roses. 

Bon. Là, soit vous trippez ben raide parce que vous savez c’est quoi pis vous aviez hâte, soit vous vous attendez à c’que j’vous raconte une chicane de plates-bandes entre deux madames anglaises trippeuses de botanique qui a viré au meurtre – r’marquez, si c’tait vraiment arrivé, j’aurais aimé vous la conter, celle-là.

Mais non. Pour ceux qui savent pas, la Guerre des Deux-Roses, c’était un crêpage de chignon sanglant entre deux branches de la famille royale d’Angleterre – les York, qui avaient une rose blanche comme symbole, pis les Lancaster, qu’eux-autres, y’avaient une rose rouge. Pour vous donner une idée, vos affaires à’tévé, là, avec la créâture qui s’promène su’ un dragon, là, ben c’est basé su c’t’histoire-là. 

Vous vous doutez ben que ça va être long pis compliqué. Mais quiétez-vous pas. M’as commencer par le commencement, pis toute va être clair. Les toilettes c’est la porte, là, dans l’fond, pis si vous voulez d’quoi, gênez-vous pas. 

Bon. 

Notre histoire commence en 1376. À c’moment-là, le roi d’Angleterre, c’tait Édouard III. À 64 ans, y commençait à avoir faite son temps, pis c’tait clair qu’y faudrait ben vite jaser de succession. Avec sa femme, la reine Philippe, y’avait 9 enfants; j’vous les nommerai pas toutes pour tu’suite, mais le plus vieux, l’héritier du trône, c’tait Édouard, qu’on appelait « le Prince Noir ». On sait pas trop d’où c’que c’te surnom-là sortait, mais c’tait soit parce que son armure était noire, soit parce qu’il avait une réputation d’astie d’sauvage au combat. 

Entécas.

À c’t’époque-là, mettons que t’arrivais boum de même dans une place publique à Londres, t’entendrais des affaires comme ça : 

– Heille je l’aime ben, notre roi, là, mais c’est quoi c’t’obsession de devenir roi d’France? Ch’comprends ben qu’sa mère était une princesse française, mais qu’est-cé ça crisse? Messemble qu’y en a ben assez su’é bras avec yinque l’Angleterre! Pis là, sa maudite guerre est après toutes nous ruiner avec les astie de taxes spéciales!
— Pis là en plus, avec la peste, y’a beaucoup moins de monde pour payer! Qu’y taxent plus les riches, à la place! Je les ai encore au travers d’la gorge, moé, les lois qui forcent le monde à accepter des salaires de misére d’avant la peste même si y’a pu un crisse de chat pour travailler dins champs!

Bref, la rage bourlouttait parmi le peuple. 

Pis là, surprise : à 46 ans, le Prince Noir péta d’la dysenterie. Pis 9 mois après, c’est le vieux roi Édouard qui passa l’arme à gauche. 

Le prochain su’a liste pour le trône, c’tait Richard, fils du Prince Noir. Comme ses proches avaient peur que son mononcle Jean, duc de Lancaster – le frère du Prince Noir – profite du fait que son neveu était yinque un flo de dix ans pour le tasser, ben y le firent couronner au plus crisse.  

Pendant les années qui suivirent, Ti-Ritch fut encadré par un conseil de monsieurs puissants, dont l’archevêque de Canterbury. Pis là, en 1381, y’eut la révolte des paysans. 

Oh, boy. 

Comme j’viens d’vous dire, les paysans commençaient à en avoir plein leur casse des taxes pour des guerres niaiseuses, des salaires de marde pis du système de servage, qui faisait qu’en échange d’une protection contre les bandits pis d’une place où rester, ben t’appartenais essentiellement au seigneur – t’étais pogné à cultiver ses terres pis tu pouvais pu t’en aller ailleurs, fallait que tu demandes la permission pour te marier, pis tes enfants héritaient du même contrat de marde que toé sans avoir leur mot à dire.

Faique quand un juge de paix de la région de l’Essex alla interroger les paysans pour savoir pourquoi les taxes étaient pas payées, ce fut comme garrocher un top d’une flaque de gaz.

Ça vira à l’échauffourée, pis c’tait toute c’qui manquait pour que des milliers de paysans crinqués décident de prendre leux fourches, leux haches pis leux arcs pis de partir pour Londres. 

Avec à leur tête un certain Wat Tyler, y commencèrent par saccager le palais à Mononc’Jean. Là-dedans, c’tait plein de tapisseries qui coûtaient des prix de fou, pis même la spitoune pis l’plat du chien étaient en argent pis en pierreries. Quand tu te fends l’cul pour des pinottes, c’est le genre d’affaires qui te met en calvaire.

Après, y s’en allèrent à la tour de Londres, où y ramassèrent l’archevêque de Canterbury pis d’autres grosses pointures, pis les décapitèrent. 

C’est là que Ti-Ritch, qui était rendu à 15 ans, se dit que c’tait l’temps qu’y fasse de quoi, faique y donna rendez-vous aux rebelles juste en dehors des murs de la ville. 

En attendant le roi, Wat Tyler faisait son frais : 

« Heille! Ben vite, c’est moé qui va décider les lois! Quand ça va être moé l’boss, y’en aura pu, de servage! On va pouvoir avoir nos terres à nous-autres! Les religieux vont nous marier, nous enterrer pis baptiser nos enfants, mais y’auront pu d’pouvoir su nous-autres! Pis toutes les hommes vont être égaux! » 

J’sais pas trop à quoi y s’attendait, mais c’tait clair que ça allait pas passer comme du beurre dans’poêle. 

Quand Ti-Ritch arriva, Wat s’avança pour parlementer, mais y’eut du fuckaillage avec les gardes du roi; le chef des rebelles pogna les nerfs et sortit sa dague, mais on le crissa en bas de son cheval pis un chevalier le tua d’un coup d’épée. 

Voyant ça, les rebelles se préparèrent à attaquer. 

On était à un pet sec d’un bain d’sang. 

C’est là que Ti-Ritch frappa le premier grand coup de son règne : au lieu de se sauver la queue entre les jambes, y s’avança vers les rebelles et cria : 

« Chus votre capitaine, suivez-moé! » 

Fallait être fou, avoir des couilles en béton ou bedon s’craire en estie pour faire une affaire de même, mais les rebelles, la gueule à terre, privés de chef pis comprenant pas trop c’qui s’passait, suivirent leur ado-roi comme des p’tits moutons ben dociles. Après, Ti-Ritch les laissa r’tourner chez eux sans les punir. La rébellion continua encore un peu dans d’autres bouttes du royaume, mais deux mois plus tard, toute était fini. 

C’que Ritch avait faite, on dirait que ça y’avait monté à la tête. Dans les années qui suivirent, y se mit à croire que c’tait Dieu en personne qui l’avait mis sur le trône pis qu’y était une grosse coche en haut de tout le monde. 

Tandis que la cour royale de son grand-père tenait plus de la gang de chums dans un camp de chasse, celle de Richard ressemblait à une gang de fidèles qui adorent leur dieu. Des fois, y restait des heures de temps assis sur son trône sans rien dire, pis si t’avais l’malheur qu’y te r’garde, fallait que tu te mettes à genoux pis que tu l’appelles majesté. 

Adulte, c’tait une grande échalote, arrogant, prime, fier-pet pis tout le temps sur le gros nerf. Sa femme, Anne de Bohême, avec qui y’eut pas d’enfants, était tout le temps après le calmer pis le convaincre de pas faire décapiter quequ’un qui l’avait offensé sans faire exprès. 

Avec le temps, y devint de plus en plus parano. Y se créa une garde personnelle, les archers du Cheshire, une gang de bums qui faisaient toute c’qui voulaient sans que personne parle par peur du roi. Y faisait tout le temps arrêter son mononcle Jean parce qu’y avait peur qu’y lui vole son trône; y le condamnait à mort sur un coup de tête pis le faisait libérer par après. Pis y’avait pas juste lui : Ritch commença à se méfier d’un autre de ses mononcles, Thomas, duc de Gloucester. 

Faut dire que Mononc’Tom trippait pas fort sur la façon dont son n’veu gérait les affaires, pis y s’gênait pas pour le dire :  

« Maudit fou avec ses asties de taxes épouvantables! Les marchands sont toutes après faire faillite! L’argent s’en va on sait pas où, mais à l’voir habillé comme un arbre de Nouël, on a quand même une p’tite idée. Y’a 300 employés yinque dans sa cuisine, calvâsse! Pis checkez-lé, là, assis su son cul à boire au lieu de s’battre contre les Français qui rillent de nous-autres! »

Un m’ment’né, Ritch se leva avec l’idée que Mononc’Tom préparait un coup d’État, faique y le fit étouffer dans son litte avec un oreiller, Pour les autres nobles qu’y soupçonnait de trahison, y’organisa un procès de Mickey Mouse où les accusés durent essayer de se défendre en chiant dans leux culottes parce qu’y étaient entourés par les archers du roi qui leur pointaient des flèches dans’face.  

Dans sa tête, Ritch était l’envoyé de Dieu sur Terre, pis la vie de chaque homme, femme pis enfant était entre ses mains. Ceux qui étaient pas d’accord avec lui étaient des hérétiques. Y condamna Henri Bolingbroke, le fils à son mononcle Jean, à l’exil en France pis y fit décapiter le comte d’Arundel, qui avait osé arriver en retard pour le service de la reine-mère. Après, y se mit à dire que son fantôme venait l’épeurer dans son sommeil, tellement qu’y fit déterrer son cadavre pour le mettre plus loin – assez loin pour qu’y puisse pu se rendre dans sa chambre, j’imagine. 

Clairement, y’était après débarquer de ses pentures. 

Pis là, quand Mononc’Jean mourut, Ritch décida de déshériter son cousin Henri pis de ramasser toute l’héritage à sa place. 

C’tait une astie de grosse gaffe. 

« Qu’est-cé ça, câlisse? dit Henri. Tu parles d’un move de batte! Ch’filais pas trop pour un coup d’État, mais là j’ai pas l’choix, sinon m’a toute parde! »  

Richard, lui, voyait rien aller pantoute. Au lieu d’attendre son cousin avec une brique pis un fanal, y partit en expédition militaire en Irlande, laissant presque personne pour défendre Londres. Son mononcle Edmond, qui était censé garder le fort pendant c’temps-là, avait aucune autorité pis put juste regarder avec l’air découragé quand l’bordel pogna dans l’royaume : le système de justice s’artrouva paralysé pis les bandits, lâchés lousses, se mirent à toute piller les fermes. 

Quand Henri débarqua en Angleterre, y fut accueilli en libérateur. Quasiment tout le monde se mit de son bord, dont son mononcle Edmond : 

« Entécas mon n’veu, là, ch’t’assez content de t’voir! Aweille mon homme, prends ma place, j’l’ai toute réchauffée pour toé! »

Richard, en apprenant c’qui était arrivé, aurait pu se sauver; à la place, y revint d’Irlande en passant par le pays de Galles. Là, ses troupes l’abandonnèrent, même les maudits bums d’archers qui formaient sa garde personnelle. Malgré toute, y’était sûr qu’y finirait par déjouer ses ennemis : 

« M’a toute les écorcher vifs, c’tes tabarnaks-là! »

Mais finalement, Henri réussit à le capturer. Quand Ritch se retrouva en face de lui, son chien préféré passa drette à côté comme si y’était pas là pis alla licher la face d’Henri. Outch. 

Quand on y lut la liste des accusations contre lui, y paniqua pis se mit à pointer l’un et l’autre du doigt : 

« C’pas moi, c’est lui! J’ai rien faite! »

Faique Henri y donna l’choix : abdique ou meurt. Après s’être lamenté des jours de temps, Ritch finit par se résigner. Y’eut une cérémonie où y remit solennellement la couronne à son cousin, qui devint Henri IV d’Angleterre. 

Queques semaines après, Ritch fut condamné à la prison à vie. Tandis qu’on l’emmenait, y brailla comme un veau : 

« J’aurais préféré jamais v’nir au mooooooooonde! Bouuu-houuuuu-houuuuuu! »

Bon! Avant de savoir c’qui est arrivé À Richard pis Henri après ça, ch’pense que c’est l’temps pour une pause pipi.

Heille toé! Si tu veux fumer, va su’a galerie! 

On r’commence ça dans pas long! 

Partie II


Source : Desmond Seward, The Demon’s Brood : The Plantagenêt Dynasty that Forged the English Nation, 2014.


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Quand les belles-sœurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut, partie 5

Frédégonde manque tuer Rigonthe. Illustration tirée des Vieilles Histoires de la Patrie, 1887.

Partie 1
Partie 2
Partie 3
Partie 4

Faique ouais. Avec son bébé surprise, c’est comme si Frédégonde avait lâché une boule de quilles dans une flaque de bouette – si la flaque de bouette avait été les ambitions de mononc Gontran pis de cousin Childebert. 

En fait, ça changeait pas grand-chose pour Gontran – de toute façon, y’avait prévu de toute donner à Childebert à sa mort. Mais pour Childebert, son plan toute simple qui se résumait à « attendre que mononc pète au frette, toute ramasser pis devenir roi de tous les Francs » venait de se compliquer pas mal : là, y’allait devoir lutter contre son bébé cousin pis sa maudite folle de matante. 

Donc, Childebert essaya de faire une jambette à Frédégonde, mais une chance pour elle, Gontran était là : 

— Mononc Gontran, là, s’te plaît, envoye-moé Frédégonde! Pourquoi t’a protége? C’est yinque une meurtrière qui a tué ma tante, mon père, mon oncle pis jusque mes cousins! 
— Calme-toé le pompon, Childebert! On va toute régler ça à l’assemblée des seigneurs. 

Faique toutes les seigneurs de Neustrie r’tontirent pour savoir comment-cé qu’y allaient se démarder avec toute ça. Y’en avait pas mal qui trouvaient ça louche qu’un flo sorte de nulle part après la mort de Chilpéric – c’était-tu vraiment le fils du roi? Est-ce que Frédégonde avait découché pis c’tait le flo d’un autre? Ou bedon a l’était allée voler le premier flo du bord pour le faire passer pour le sien? C’tait pas comme si elle avait pas déjà faite pire. Mais Gontran décida de croire sa belle-sœur, pis y’adopta officiellement son n’veu, qui fut baptisé Clotaire comme son grand-père.

Gontran décida aussi de tasser Frédégonde du pouvoir en l’envoyant rester à Rouen, pis en la faisant surveiller par l’évêque Prætextat – tsé lui qui avait marié Mérovée pis Brunehaut pis qui avait été exilé pour ça? Ça faisait crissement pas son affaire, mais pour l’instant, a l’avait pas le choix de prendre son trou.

Pendant c’temps-là, Rigonde, la fille à Chilpéric pis Frédégonde, était en route vers l’Espagne pour marier Récarède, le fils du roi des Wisigoths, avec des waguines pleines de trésors qui devaient y servir de dot. 

Quand y surent que le roi Chilpéric était mort, les hommes qui étaient censés la protéger se poussèrent avec une partie des richesses, pis un certain duc Didier, voyant une chance de faire la piasse, se garrocha pour prendre le reste. La pauvre princesse put yinque constater la méchante débarque qu’a venait de prendre : 

« Bon ben, pu de père, pu de dot, pu de mariage, pu d’amis, PU RIEN! Y m’reste yinque ma fierté pis l’linge que j’ai su’l dos, câlisse! Pis j’ai même pas de lift pour m’artourner chez nous! Chus une princesse, pis là chus pognée su’l bord du ch’min comme une crisse de paysanne! » 

A finit par retrouver sa mère, mais ces deux-là qui vivaient ensemble, ça se passait pas exactement comme une raille de pick-up dans l’rang huit un dimanche après-midi. Telle mère, telle fille, tsé! Y se pognaient tout le temps, pis ça en venait souvent aux claques pis aux coups de poing su’a yeule.

Un m’ment’né, Frédégonde, à boutte, eut une bulle au cerveau et dit à Rigonde de la suivre dans la salle du trésor : 

« T’es tout le temps après moé, ma fille, pis ch’pu capable. Enweille, là, r’garde dans le coffre, prends c’que tu veux pis arrête de m’écœurer. » 

Faique Rigonde se pencha pour ramasser un bijou ou un quelconque cossin qui valait cher, pis pendant qu’elle avait la tête dans le coffre, Frédégonde pésa de toutes ses forces sur le couvert. La pauvre fille eut la gorge pognée entre le couvert pis le bord du coffre pis était après étouffer, mais fut sauvée par des servantes qui tassèrent Frédégonde de d’là.

La reine passa une couple d’années à s’emmerder solide à l’écart du pouvoir, essayant de temps en temps de faire assassiner Brunehaut, pour se désennuyer. Pis un jour, alors que Gontran était parti se chamailler avec les Wisigoths de Septimanie pis était trop loin pour la surveiller, Frédégonde se pogna avec l’évêque Prætextat : 

— Toé, ma maudite vieille face, tu peux être sûr que si un m’ment’né, j’arviens au pouvoir, m’a te renvoyer en exil assez raide! 
— Bah, tsé, exil ou bedon pas en exil, j’reste évêque, pis quand j’vais être mort, avec l’aide de Dieu, m’a monter au royaume des cieux. Mais toé, Frédégonde, reine ou pas reine, ça aura pu pantoute d’importance quand tu vas rendre l’esprit : tu t’en vas drette en enfer. Tu devrais slaquer tes folies pis tes vacheries, te mettre à marcher drette pis piler su ton maudit orgueil – si y’est trop tard pour avoir la vie éternelle, au moins pour élever comme faut ton p’tit gars jusqu’à l’âge d’homme! 

Frédégonde était tellement en tabarnak qu’a s’en alla sans dire un mot. 

Le dimanche d’après, Prætextat était en train de dire la messe, quand drette entre deux psaumes, un gars se garrocha su lui, pis FLÂWK! le poignarda dans l’t’sour de bras. Mais comme y mourut pas tusuite, des fidèles le ramassèrent et allèrent le porter dans son litte. Pis alors qu’y agonisait, Frédégonde, baveuse sans bon sens, rentra dans sa chambre pis alla s’assire à côté de lui :

— Heille, ça a-tu d’l’allure, se faire poignarder d’même en pleine messe! Si y’a quequ’chose que ch’peux faire pour toé, Prætextat, t’as yinque à l’dire!
— Fais pas l’innocente, Frédégonde! T’as juste pas digéré que j’te dise tes quatre vérités l’autre jour, pis c’est toé qui a envoyé l’gars pour me tuer! T’es yinque une meurtrière, pis c’est comme ça que l’monde va s’rappeler de toé! 

Y mourut pas longtemps après, pis Frédégonde put le remplacer par un autre évêque qui faisait plus son affaire. Pis tant qu’à faire, vu que Gontran était pas là, elle en profita pour reprendre son fils Clotaire pis convaincre plusieurs seigneurs de trahir Gontran pis d’y jurer fidélité à elle, reprenant par le fait même le contrôle de la Neustrie. 

Faique encore une fois, la maudite ratoureuse avait trouvé le tour de se faufiler jusqu’au pouvoir. Mais là, assez parlé d’elle.

Du bord à Brunehaut, ça allait pas pire pantoute. Mini-roi Childebert était rendu avec une femme, Faileube, pis deux p’tits gars, Thierry pis Thibert.  

Pis pour notre fringant Childebert, c’tait ben plus l’fun de taper su’a gueule de ses ennemis que de faire des affaires plates comme, tsé, administrer, gouverner, régir. Faique c’est toute Brunehaut qui s’en occupait. Pis comme Childebert était rendu majeur, elle était pas mal moins pognée avec les maudits nobles sexistes qui lui avaient dit au début de la régence de Childebert, et je cite, c’est pas des farces : 

« Décâlisse, la créature! À c’t’heure, c’est ton gars qui règne. T’es aussi ben de te tasser pour pas qu’on t’passe dessus avec nos ch’faux! » 

A fit construire des routes pis des tours pis toutes sortes d’affaires. Mais, son chef-d’œuvre, c’est la Décrétion de Childebert, un document qui contenait un tapon de réformes. La première chose qu’a fit, c’est d’interdire de forcer une femme à se marier si ça y tentait pas. Tsé, elle avait pas oublié sa p’tite sœur Galswinthe, qui avait été obligée de marier le roi Chilpéric pis qui avait été étranglée par après pour faire d’la place à Frédégonde. Aussi, elle créa une sorte de premier début de police de l’ancien temps, c’qu’y était vraiment pas de trop à une époque où le monde se crissaient des haches dans la tête pour une chèvre ou un set de chambre à coucher! Pis a mit de l’ordre dans l’administration pis les finances du royaume en général. Rien que ça.

Si j’vous mets les deux belles-sœurs une à côté d’l’autre, là – Frédégonde, une paysanne pas barrée pour deux cennes, cruelle pis assassine, pis Brunehaut, une princesse noble, raffinée pis pleine de jarnigoine – laquelle, vous pensez, qui était pour mourir tranquille dans son litte, pis l’autre dans un supplice épouvantable avec du sang qui r’vole partout? 

Ouin, dites-moi-lé pas. 

C’est Frédégonde qui mourut dans son litte à l’âge de 52 ans. Y’a pas de justice, hein? On sait pas trop de quoi est morte, mais si ça avait été violent ou spécial, ça se serait rendu jusqu’à nous-autres. 

Gontran était mort queques années avant ça; Childebert pis sa femme eux-autres avec, probablement empoisonnés, probablement par Frédégonde. Faique là, la game, c’était rendu Clotaire, 13 ans, contre Thierry pis Thibert, ses petits-cousins pis les petits-fils à Brunehaut.

La chicane pogna entre Thierry pis Thibert, pis c’est Thierry qui gagna. Mais y’en profita pas ben ben longtemps, parce qu’y mourut l’année d’après. 

Là, la couronne passa au fils de Thierry, un flo de 12 ans appelé Sigebert comme son arrière-grand-père. 

Mais rendu là, les nobles étaient à boutte de se faire bosser par une femme – tellement à boutte qu’y étaient prêts à virer leu capot d’bord. Faique Warnachaire, le maire du Palais – ça, c’tait comme le fonctionnaire en chef d’un royaume, dans le temps – alla voir Clotaire pis y dit : 

— Ouin, euh, Vot’Majesté, si je vous livrais le boutte qui vous manque pour être roi de tous les Francs, là, avec le roi Sigebert, ses frères pis c’te maudite vieille vache de Brunehaut, là, vous m’donneriez quoi en échange? 
— Euh… T’es-tu sérieux, là? 
— Ouais, pu capable, de l’astie de grébiche. 
— Ben, mon gars, t’aurais pu jamais à t’inquiéter de rien! J’te nommerais maire du Palais à vie pis t’aurais ma reconnaissance éternelle!

Queques semaines après, les armées de Clotaire et de Sigebert étaient pour s’affronter. Mais là, juste au moment où y’allaient se rentrer dedans, les seigneurs austrasiens qui étaient embarqués dans les manigances à Warnachaire se donnèrent le signal pis r’virèrent de bord, laissant Sigebert tuseul les culottes à terre. 

Clotaire captura Sigebert pis ses frères pis les fit exécuter, sauf un, qui était son filleul – y l’avait tenu dans ses bras à son baptême, viarge, y’était pas pour l’égorger par après! Faut savoir se garder une p’tite gêne, quand même. 

Brunehaut réussit à se sauver, mais elle fut ben vite rattrapée.  

Clotaire, que sa mère avait probablement crinqué contre Brunehaut pendant des années, l’haïssait tellement qu’y voyait pu clair. Quand a fut rendue en avant de lui, y l’accusa de toutes les maux, pis même des affaires que sa propre mère à lui avait faites : 

« Ton mari Sigebert, mon demi-frère Mérovée, mon père Chilpéric, ton fils Thibert pis ton petit fils Clotaire, Mérovée mon fils à moé, pis Thierry pis ses trois gars, y sont toutes morts à cause de toé! Toute la marde qui se passe dans’famille depuis des années, c’est toute de ta faute! Mais là, c’est fini, c’temps-là, pis tu vas payer! »

Pis elle a payé en crisse. J’vous avertis : âmes sensibles s’abstenir. 

Brunehaut, qui était rendue une grand-maman de 66 ans, fut torturée de plein de façons pendant trois jours. Mais ça, c’tait juste un avant-goût. Après, Clotaire y fit traverser l’armée au complet à dos de chameau, avec des gars de tous bords tous côtés qui riaient d’elle pis la traitaient de toutes les noms. Pis à la fin, y la fit attacher par les ch’feux, une main pis un pied après la queue d’un ch’fal ben énarvé. 

Pis y’ordonna qu’on laisse le ch’fal courir. 

Brunehaut fut complètement défaite en bouttes par les ruées du ch’fal, la tête éclatée par les roches du ch’min, les bras pis les jambes arrachés par la force d’la bête. Quand finalement on arrêta son supplice, y restait yinque des lambeaux, que Clotaire fit brûler. 

Personne mérite de finir de même. Non, même pas Frédégonde. 

Quant à Clotaire, y’avait finalement gagné la game : y’était le roi de tous les Francs, pis y régna dans la paix jusqu’à ce qu’y meure de sa belle mort. Faut croire que toute le méchant était sorti quand y’a fait tuer sa matante. 

La chicane qu’on a appelée la « faide royale » était enfin finie. Mais comme j’ai déjà dit, chez les rois mérovingiens, l’entre-tuage en famille, ça faisait quasiment partie de la constitution…


Sources :
Grégoire de Tours, Histoire des Francs. https://play.google.com/books/reader?id=xuIpDwAAQBAJ&hl=fr&pg=GBS.PP1

Chronique de Frédégaire. https://play.google.com/books/reader?id=4tlHxu4V0xMC&hl=fr&pg=GBS.PP1

Quand les belles-soeurs s’haïssent la face : Frédégonde contre Brunehaut, partie 4

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1e/Albert_Maignan_-_Les_derniers_moments_de_Chlodobert.jpg

Partie 1
Partie 2
Partie 3

En 580, Frédégonde s’en venait pas mal ben : même si son fils Samson était mort deux ans avant, y lui en restait quand même deux, en plus d’une fille. Comme y restait pu yinque un fils à la première femme de son mari Chilpéric, les chiffres étaient clairement de son bord pour que ça soit sa descendance à elle qui monte su’l trône des Francs.

Mais là, la marde pogna solide. Pis littéralement à part ça. 

Cette année-là, le yâble était aux vaches : y’eut un déluge, des inondations, des tremblements de terre, des météorites, de la grêle, des éboulis, des incendies… Pis ça aurait d’l’air que du sang aurait coulé d’un pain pendant la communion dans l’boutte de Chartres, mais là, y’a peut-être quequ’un qui a abusé du vin de messe.   

Surtout, y’eut une épouvantable épidémie de dysenterie. Pis la dysenterie, c’pas compliqué : t’as de la fièvre, tu vomis pis tu te chies le corps – des fois jusqu’à ce que mort s’ensuive. Pis pour faire du mal, c’était surtout les flos qui en mouraient.

Des chaumières aux châteaux, la maladie fessait partout. 

Le roi Chilpéric lui-même tomba malade, mais y’en réchappa. Et juste comme y se renmieutait, c’est son bébé flambant neuf à lui pis à Frédégonde, Dagobert, qui commença à mal filer. Y’était tellement neuf que ses parents l’avaient même pas encore faite baptiser, ce qu’y firent au plus maudit dans l’espoir que ça aide. 

La dose de Saint-Esprit eut l’air de faire la job, parce que bébé Dagobert reprit du poil d’la bête. Mais là, c’est l’autre gars, Chlodobert, une belle jeunesse de 15 ans, qui tomba malade. 

Là, Frédégonde se mit à capoter :

« C’t’une punition divine, Chilpéric! Toé pis moé, on est trop à l’argent, pis l’Seigneur aime pas ça! On est là à piler d’l’argent pis des pierreries, mais pour qui, han? Ça sert à quoi si y’a pu personne pour nous survivre? On est après perdre c’qu’on a de plus beau! » 

Moé, j’ai pour mon dire que si Dieu avait eu à être fâché après elle, ça aurait plusse été à cause de ses meurtres pis de ses manigances, mais bon. Là, la reine se donna un coup de poing sur la falle comme Céline qui part en peur au milieu d’une toune, pis dit à son mari : 

« Nos coffres, pis nos celliers sont full au bouchon! On n’a pas d’affaire à aller chercher plus. Faique si tu penses comme moé, ben viens-t-en, on va brûler toutes les papiers qui disent qui nous doit combien en impôts. Feni l’temps où c’qu’on faisait fortune su’l dos du pauve’r monde! » 

Pis Chilpéric, qui faisait tout le temps toute c’que sa femme y demandait sans dire un mot, se garrocha pour brûler les registres d’impôts. 

C’tait ben beau, c’te bulle au cerveau-là, mais la dysenterie, a s’en crissait, elle, des registres d’impôt. Pas longtemps après, Dagobert recommença à mal filer, pis y rempira au point qu’y rendit bientôt son dernier p’tit soupir de bébé.  

Pis l’ado, Chlodebert, était rendu tellement magané que Chilpéric et Frédégonde le firent mettre sur un brancard pis l’emmenèrent au tombeau de saint Médard pour supplier le saint de le sauver. Malheureusement, Chlodebert était rendu trop faible pis mourut dans la nuite.

Drette de même, Frédégonde se retrouva avec pu de fils. Toute était à r’commencer. 

Mais même dans le fin fond de la souffrance la plus épouvantable, la ratoureuse reine perdit pas de vue son objectif : si elle avait pu de fils, ben elle allait s’assurer qu’Audovère, la première femme de Chilpéric, en aye pu non plus. 

Faique a manigança pour faire envoyer Clovis, le dernier des fils d’Audovère, au château de Braine, où le monde tombait comme des mouches de la dysenterie. Pis comme Chilpéric était pas plus fin que ça, ça passa comme du beurre dans’poêle. 

L’affaire, c’est que Clovis tombait juste pas malade. Pis en plus, l’innocent, y se mit à se vanter en avant de ses chums :

« Hey hey hey! À c’t’heure que toutes mes frères sont morts, c’est quiiiiii qui va hériter du trône? MOÉ! Dans ses dents, à Frédégonde! Heille, la servante! A pensait-tu que ses culs-terreux de fils allaient passer avant moé? Ça bon! Ha ha ha, tu parles d’une épaisse! » 

Parce que, ouais : contrairement à Audovère, qui était d’origine noble, Frédégonde était une femme du peuple, une « colonne » qui venait de nulle part, pis elle était restée pas mal complexée de t’ça. Faique aller l’attiser de même, c’était pas l’idée du siècle. Surtout que la vie de Clovis tenait déjà yinque à un fil.

Fâchée noire, Frédégonde décida d’en finir avec son beau-fils, pis ça y prit pas grand temps pour trouver comment faire. Elle arriva en avant de Chilpéric, le linge tout croche, la face tout rouge, pis les larmes aux yeux, pis dit :

— Mon mari! Tu sais pas quoi? C’t’épouvantable!
— Cibole, sa mére, qu’est-cé qu’y a?
— C’est Clovis! Toute ce qui est arrivé, c’est de sa faute!
— Ben voyons donc?
— Quequ’un m’a dit que Clovis était en amour avec la fille d’une de mes servantes, pis que cette servante-là était une sorcière! Pis là, y’a demandé à la sorcière de prendre ses pouvoirs pour tuer nos deux gars! C’est toute de sa faute! 
— Franchement, Frédégonde, tu crois vraiment à c’tes folies-là? Mon Clovis f’rait jamais une affaire de même! 
— Moi aussi au début j’trouvais que ça avait pas d’allure, mais je voulais être sûre, faique j’ai pogné la mère pis la fille pis y’ont fini par toute avouer. Qu’est-cé que tu vas faire, là, Chilpéric? Ça peut pas rester de même!

Encore une fois, ça passa comme du beurre dans’poêle. Chilpéric invita Clovis à la chasse avec lui; le jeune, pas méfiant pour deux cennes, se fit pogner par les hommes à son père, qui y’enlevèrent ses armes pis l’habillèrent en guénilles avant de le garrocher aux pieds de Frédégonde. 

Après ça, la marâtre le fit enfermer pis envoya un assassin pour l’achever. Pis après, elle alla voir Chilpéric :

— C’hais pas trop comment t’dire ça, mon mari, mais… Clovis s’est tué. 
— Pfft! Ça bon! M’a pas l’pleurer après c’qu’y a faite à nos gars!

Victoire! Frédégonde était enfin débarrassée de ses maudits beaux-fils. Rendue fantasse, a fit même assassiner Audovère, pis tant qu’à faire, violer Basine, la fille d’Audovère et de Chilpéric, pour qu’a parde son honneur, pis même son héritage. Tsé, histoire de finir la job comme faut. 

J’vous ai pas beaucoup parlé de Brunehaut à date, aujourd’hui. En fait, pas pantoute. C’est juste que pendant que Frédégonde faisait un ménage dynastique, elle, elle était occupée à jouer du coude avec les nobles d’Austrasie pour garder le contrôle du mini-roi Childebert, toujours pas majeur. C’tait moins croustillant, mais c’tait quand même une job à temps plein. 

Deux ans après, Frédégonde accoucha d’un autre p’tit gars, Théodoric. Yé! Mais y mourut un an plus tard de la maudite dysenterie à marde.

La reine fit passer sa peine pis sa colère sur Mummolus, le préfet de la maison royale, qu’a pouvait pas sentir. Mummolus était allé ouvrir sa grande trappe en disant qu’y connaissait un remède contre la dysenterie. En plus, le bruit courait qu’y avait été voir des sorcières pour qu’y jettent un mauvais sort au p’tit Théodoric. Faique la Frédégonde le fit arrêter pis fesser à coups de strapes jusqu’à ce que les bourreaux soyent trop brûlés pour continuer. Après, on y rentra des aiguilles en d’sour des ongles des doigts pis des orteils. 

Ayoye, bonyenne! 

À la fin, y’eut la vie sauve, mais y péta une crise d’apoplexie en s’en r’tournant chez eux pis mourut pas longtemps après.

Pis là – toute sacra l’camp. Un jour, Chilpéric était à la chasse comme à son habitude. Y’était après descendre de son ch’fal en s’accotant su l’épaule d’un de ses hommes quand un malade sortit du bois, y crissa un coup de poignard dans l’t’sour de bras, pis un autre dans l’ventre. Toute graissé de sang, y tomba mort. Pis le malade, y se sauva, pis personne réussit à le pogner.

Pas qu’on essaya ben ben fort. Dans l’fond, personne aimait Chilpéric – même pas Frédégonde, qui voyait plus son mari comme un tournevis ou une égoïne que comme un homme. Faique on sut jamais qui l’avait faite assassiner. Y’en a qui dirent que c’était Frédégonde elle-même, parce qu’y commençait à la soupçonner d’adultère, mais voyons donc : sans Chilpéric, elle avait pu de protection, pu d’autorité, pu rien. 

En fait, ce qui est plus probable, c’est que Brunehaut était dans son château, un verre de vin dans’main, à regarder par la fenêtre, quand un de ses fidèles serviteurs entra dans ses appartements :

— Madame? C’est faite. 
— Parfait. 

Pis là, sans se détourner d’la fenêtre, a sourit, et se dit dans sa tête : 

« Y’est mort, l’écœurant. Tu peux r’poser en paix, ma sœur. »

Quoi qu’il en soit, c’était au tour de Frédégonde de penser vite en christie : les trésoriers de Chilpéric étaient déjà après se pousser avec les trésors royaux. Faique elle emporta toute c’qu’à pouvait pis se mit sous la protection de l’évêque de Paris. 

En plus de ça, ben vite, son neveu Childebert allait arriver pour prendre possession du royaume. Pis si a se faisait pogner par lui, et donc par Brunehaut, a donnait pas cher de sa peau.

« Heh, ciboire, qui c’est que ch’pourrais ben appeler? Ah, je l’sais! Gontran! Lui y’a toujours été correct. Y va sûrement me protéger! »

Mononc Gontran, c’était le frère de Chilpéric, le dernier des quatre fils de Clotaire. Comme toutes ses fils étaient morts de la peste, ou en bas âge, ou empoisonnés par sa femme Marcatrude, ben y’avait désigné Childebert comme son héritier. Autrement dit, Gontran était rendu avec toutes les terres de ses frères, sauf celles qui étaient à son neveu, pis à sa mort, Childebert ramasserait toute pis deviendrait roi de toutes les Francs. 

Comme j’vous l’avais déjà dit, y’aimait pas trop ça, le chamaillage, pis y’avait toujours essayé de faire la paix entre ses frères. Faique, fidèle à sa réputation de bon gars, y’accueillit Frédégonde à bras ouverts. Sauf qu’y eut une astie de surprise quand y’alla à sa rencontre. A l’avait de quoi dans les bras, emballé dans un linge, pis a dit à Gontran :

« Ok, fais pas l’saut… » 

Et dans ses bras, elle découvrit… un bébé. Son bébé à elle pis à Chilpéric. Un garçon.

« Ah ben ça parle au yâble! » s’exclama Gontran. 

C’que personne savait, c’est qu’avant que Chilpéric crève sous les coups de son mystérieux assassin, Frédégonde avait accouché d’un p’tit gars qu’elle pis son mari avaient gardé secret pis avaient même pas nommé, de peur qu’on essaye d’y faire du mal. 

Pis ça, ça changeait toute.


Source : Grégoire de Tours, Histoire des Francs. https://play.google.com/books/reader?id=xuIpDwAAQBAJ&pg=GBS.PP1