Guillaume le Conquérant – partie 1

Guillaume le conquérant : vous êtes-vous déjà demandé d’où c’est qui t’sort? Qui est ce bonhomme qui, apparemment, s’est levé un matin, a dit « Bon, ben j’conquerrais ben l’Angleterre moé, j’cré ben! », et non seulement a réussi, mais peut se vanter que c’est sa 24 fois arrière-petite-fille qui a le derrière sur son trône de nos jours?

En 1027, Robert 1er était le nouveau duc de Normandie. Selon les mémérages de l’époque, il venait juste d’empoisonner son frère aîné pour prendre sa place (après tout, personne n’avait plus à gagner si Richard prenait le bord).

Ce jour-là, il se tenait au sommet de la tour de son château, la barbe au vent. C’est là qui vit une maususse de belle pitoune : Arlette, qui était en train de teindre du linge dans la cour. Dans ce temps-là, ça se faisait en pilassant dans un fossé plein de teinture. Or, quand elle vit le duc en train de la zieuter, la belle ne manqua pas sa chance : elle retroussa ses jupes un peu plus haut, histoire de se faire aller la cuisse.

Tout émoustillé, le duc demanda qu’on aille lui chercher Arlette drette là. Un serviteur alla trouver la jeune femme et lui dit que le duc la demandait, mais qu’il fallait qu’elle rentre dans le château par la porte d’en-arrière. Pas barrée pour deux cennes, Arlette lui répondit : « Yé pas question que j’rentre par en-arrière comme une catin. Si le duc veut me voir, faut que j’rentre à cheval par la grande porte. »

Le duc, qui ne se pouvait plus, répondit qu’elle pouvait ben rentrer par la porte qu’elle voulait. C’est comme ça qu’Arlette, sur son 36 et sur un cheval blanc, entra par la grande porte, fière comme un coq, comme si elle était déjà duchesse.

L’affaire, c’est qu’Arlette était d’un rang trop bas pour que Robert puisse la marier. Mais ce n’était pas vraiment grave : ils s’accotèrent « à la mode danoise », comme on disait dans ce temps là, c’est-à-dire un peu comme les conjoints de fait au jour d’astheure. (Les Normands avaient hérité ça de leurs ancêtres vikings. Les Vikings pouvaient aussi avoir plusieurs femmes, même si ça scandalisait les voisins : quand un gars se sent dans son bon droit d’avoir plusieurs femmes, c’est pas un bonhomme en soutane qui va le convaincre d’arrêter ça.)

Faique quand naquit leur fils, notre Ti-Yaume, il fut considéré comme un bâtard. Et comment un bâtard a pu se ramasser roi d’Angleterre? C’est ce que nous verrons dans le prochain épisode.

P.S.
Quant à Robert, ben, sept ans après, il décida de partir rien que sur une gosse en pèlerinage à Jérusalem et mourut en Turquie en s’en revenant. (C’était un peu surprenant de sa part, lui qui était plutôt du genre à confisquer les terres de l’Église pour les donner à ses chums – il n’avait pas quelque chose sur la conscience? Genre, un empoisonnement?) Arlette, assez dégourdie, ne resta pas en peine longtemps : elle se maria (pour de vrai, cette fois-là) avec un vicomte, vécut heureuse et eut un petit comte et un petit évêque.

(Crédit image : http://telle-une-tapisserie.eklablog.com/la-vie-de-guillaume-le-conquerant-01-a112523944)

Le vase de Soissons

Clovis, premier roi de tous les Francs, n’a pas toujours été un rongeux de balustre; avant cela, il était un « barbare païen ».

Dans ce temps-là, en 486, Soissons était la dernière place où il y avait encore des Romains au pouvoir en terre franque. Son chef était un dénommé Syagrius. Faique, Clovis attaqua la ville et crissa une volée à l’armée du Romain, qui se sauva chez les Wisigoths, la queue entre les jambes (ce n’était pas fort fort, son idée : les Wisigoths le vendirent plus tard à Clovis, qui le fit égorger en douce une fois que les choses se furent tassées).

Quoi qu’il en soit, après avoir pillé et décalissé la ville, Clovis et ses guerriers se réunirent autour du butin pour se le séparer égal entre eux-autres, comme on faisait dans ces temps-là.

Or, dans le tas figurait un fichu de gros vase qui avait été pris dans une église. L’évêque, la falle basse, avait ainsi plaidé auprès de Clovis : «Regarde, à défaut de me redonner le reste, tu peux tu au moins me rapporter le vase? Il est pas mal beau pis j’y tiens beaucoup. »

Le roi, qui filait plutôt d’adon ce jour-là, avait accepté. Il demanda donc à ses guerriers de lui laisser le vase en plus de sa part pour le remettre à l’évêque.

Les guerriers, qui savaient qu’y valait mieux ne pas faire chier leur roi, répondirent : « Tout ce qu’il y a là est à toé, glorieux roi, pis c’est toé qui décide. Fais comme tu veux, yen a pas un de nous-autres qui va s’astiner. »

C’est alors qu’un grand fendant se leva devant l’assemblée et s’écria « T’as beau être le chef, t’auras juste ce qui te revient à toé, pis c’est toute » et, pas plus fin que ça, fessa le vase avec sa hache.

Clovis, sur le coup, resta bête et ne répliqua pas; toutefois, il garda une crotte sur le cœur. L’évêque put quand même ravoir son vase, quoique celui-ci fût tout poqué.

Un an plus tard, Clovis calla de nouveau son armée. Pendant qu’il passait les guerriers en revue, il reconnut le sans-dessein qui l’avait humilié à Soissons. « Franchement, l’apostropha t il en arrivant devant lui. Y’a personne icitte qui fait aussi dur que toé. Ton javelot, ton épée, ta hache, ça vaut pas de la marde.» À ces mots, il lui prit la hache des mains et la crissa à terre.

Quand le grand fendant se pencha pour la ramasser, Clovis lui fendit le crâne drette là avec sa propre hache, déclarant : «Quins! Tu t’en rappelles-tu, du vase de Soissons? »

Puis, aux autres guerriers qui le regardaient, la gueule à terre, il dit simplement : « C’est beau, les gars, vous pouvez y aller.»