À l’abordage entre chums de filles : Anne Bonny et Mary Read

Anne Bonny et Mary Read, pirates (source : Wikimedia Commons)

« Salut, mon beau! C’est-tu ton sabre d’abordage, ou t’es juste content d’me voir? » roucoula la redoutée pirate Anne Bonny en arrivant à côté de son nouveau collègue, Mark Read, qu’elle trouvait pas mal de son goût.

Mark vint tout raide, mais pas où vous pensez. En fait, il était crissement mal à l’aise.

« Euh… On peut-tu aller quequ’part de moins à vue? Faudrait j’vous montre dequoi… 

– J’demande yinque ça, mon loup », dit Anne en l’entraînant dans la cale.

Quand ils furent rendus à l’abri des regards indiscrets, Mark dit :

« Ok, faites pas le saut… »

Et il ouvrit sa chemise.

« Ah ben ça parle au yâble! s’exclama Anne en voyant la paire de seins qui la regardait dans le blanc des yeux. Toé’ssi, t’es une créature! »

Mark était en fait Mary. Et c’est d’même que commença l’amitié la plus légendaire des sept mers.

Le vrai pis le moins vrai
 
Quand Anne Bonny et Mary Read se firent pogner par les autorités et jeter en prison pour piraterie, en octobre 1720, ça fit jaser en simonac. Faut dire qu’au 18e siècle, une femme pirate, le monde était pas accoutumé à ça. Tsé, on pensait encore qu’une créature à bord d’un bateau, ça attirait les badloques (le fameux Barbe Noire, lui, niaisait pas avec ça : si son équipage capturait une femme et l’amenait à bord, il l’étranglait pis la jetait par-dessus bord, comme un crapotte de mer quand on essaye de pogner du maquereau). Pis une madame en culottes qui sacre, qui pille, qui boit pis qui tue, c’était pas tout à faite ben vu, mettons.
 
Faique, une femme pirate, c’était déjà quequ’chose. Mais deux? En même temps? Sur le même bateau? Méchante coïncidence. Pour que ça arrive, y’a fallu que deux destins pas d’allure se croisent, pis que ça adonne en plein dans l’âge d’or de la piraterie.
 
On aurait dit que c’était arrangé avec le gars des vues. Remarquez, ça l’était peut‑être un peu : Anne Bonny et Mary Read ont vraiment existé et ont vraiment été des pirates, mais tout ce qu’on sait de leur vie d’avant vient du livre A General History of the Pyrates, qui contient plusieurs affaires douteuses. J’ai décidé de tout vous raconter ça pareil, parce que je me dis que le croustillant est pardonnable quand ça vient avec un grain de sel (ah, pis allez donc vous chercher des chips avant de continuer, tant qu’à faire).

Quand Anne Bonny devint pirate, c’était pas la première fois qu’elle allait jouer dans’cour des gars. Son père, un avocat irlandais, voulait pas que le monde sache qu’elle était la fille qu’il avait eue en découchant avec la servante, faique il l’avait déguisée en p’tit gars et la faisait passer pour son apprenti.

Quand sa femme sut ça, elle crissa son camp. Avec le mémérage, ça prit pas grand temps pour que ça sorte au grand jour, pis l’avocat perdit tous ses clients. Il alla donc refaire sa vie aux États‑Unis avec la servante pis sa fille.

Rendu là, Anne était devenue une jeune fille pas barrée pour deux cennes qui faisait rien qu’à sa tête. Elle était censée se marier avec un monsieur respectable, mais à la place, elle épousa James Bonny, un marin désargenté. Son père était tellement fâché de t’ça qu’il la sacra dehors.

Elle et son mari s’en allèrent dans les Bahamas, où James trouva une job comme stooleux de pirates. Mais Anne commençait à le trouver plate, faique elle se mit à passer ses journées dans les tavernes à séduire des pirates, dont un certain Jack Rackham, connu sous le nom de « Calico Jack » parce qu’il aimait porter du linge voyant.

James Bonny, lui, était pas trop content de t’ça :

– Heille, veux-tu ben lâcher ma femme, toé, crisse d’agrès?

– Si j’te donne de l’argent, j’peux-tu partir avec? demanda Rackham.

(Ça a l’air horrible, de même, mais à c’qu’on dit ça se faisait souvent dans le temps.)

– Pfft! Tu peux ben aller chier! Bon, c’t’assez, ces folies-là. Viens-t-en, Anne, on s’en r’tourne à maison.

– Ben d’abord, Anne? répliqua Rackham. Tu veux-tu d’venir pirate comme moé?

– Crisse oui!

Pis drette là, sans un regard en arrière pour son mari plate, Anne Bonny changea de vie pour de bon.


Mary Read aussi est venue au monde dans des circonstances pas trop catholiques. La mère de Mary était mariée avec un marin qui, un jour, arrêta de revenir à maison. Avec lui, elle avait un garçon, pis elle recevait un peu d’argent pour lui de la part de la grand-mère (la mère du marin).

Mais là, la mère de Mary sauta la clôture et tomba enceinte – de Mary. Pis après, le p’tit gars mourut. Faique, pour continuer de recevoir de l’argent de la grand-mère, la mère fit passer Mary pour son grand frère mort. Quand la vieille péta au frette (ou se rendit compte qu’on lui passait un sapin), Mary continua de s’habiller pareil en gars. Elle rentra même dans l’armée de Flandres comme soldat!

Un m’ment’né, elle tomba en amour avec un de ses colocs de dortoir, se maria avec et quitta l’armée. Malheureusement pour elle, son mari creva pas longtemps après, faique elle remit ses culottes et s’engagea comme marin, ce qui l’amena dans les Caraïbes et lui fit croiser Anne Bonny et Jack Rackham.

On sait pas trop comment c’t’arrivé; on dit que la gang à Calico Jack captura le bateau sur lequel Mary était, pis qu’on lui donna le choix entre devenir pirate ou bedon boire la tasse. Elle choisit la piraterie, pis personne sut qu’elle était une femme jusqu’à ce qu’Anne commence à y faire des yeux doux.

Ben crère, Anne et Mary devinrent des grandes chums – elles avaient tellement d’affaires en commun! Elles étaient tellement tout le temps ensemble que Jack Rackham commença à se demander si Anne était pas après le tromper. Faique un bon m’ment’né, il rentra enragé noir dans la cabine de sa concubine, un couteau dins mains, prêt à faire la peau à Mary, ou « Mark », comme y pensait à ce moment‑là.

– Wô, wô wôôô, capitaine! Les nerfs! C’est pas c’que vous pensez!

– Ouan, pis moé j’ai une pognée dans l’dos! Viens-t’en icitte, mon sacrament!  

Encore une fois, Mary dut s’ouvrir la blouse; Rackham, tusuite convaincu par ses deux irrésistibles arguments, prit son gaz égal. Il accepta de pas bavasser, pis il continua de la traiter comme n’importe quel autre de ses gars (son secret dut finir par se savoir pareil, mais rendu là, une créature de plus ou de moins, hein).

À bord, y’a rien qu’Anne et Mary faisaient pas. Des jokes de cul aux meurtres de sang-froid, elles avaient rien à envier à leurs co-pirates. D’ailleurs, ils faisaient pas grand cas de la présence de créatures à bord, peut-être parce qu’ils savaient qu’ils étaient mieux de pas les écœurer – le seul qui osa chiâler, Anne le provoqua en duel et fit d’la brochette avec.

Mary Read qui s’montre une boule pour que son ennemi sache qu’il a été vaincu par une femme (source : Wikimedia Commons)

Elles se battaient côte à côte, habillées avec des tuniques pis des culottes lousses qui cachaient leurs formes, pis un pistolet d’une main, une machette dans l’autre. Ça devait être trippant! Y’étaient libres comme pas grand femme l’était dans ce temps‑là. Au lieu d’être à quatre pattes à frotter la crasse su le plancher, dans une maison où y fait noir comme dans le poêle, l’odeur de marde qui rentre en-dedans parce que le voisin d’en-haut vient de vider son pot de chambre par la fenêtre, avec un bébé qui fait ses dents, un flot aux jambes croches qui a pogné la scarlatine pis un mari qui rentre saoul pis qui leur sacre des claques dans face parce que la soupe au navet est trop fade, elles étaient sous le soleil des Caraïbes, les cheveux au vent, avec la mer qui scintille de toutes les possibles pis personne pour leur dire quoi faire.

L’équipage de Jack Rackham eut deux bonnes années de vaches grasses à capturer des bateaux de pêche et des bateaux de commerce ni trop gros ni trop petits. Mais un m’ment’né, nos joyeuses pirates commencèrent à avoir un peu trop de succès au goût du gouverneur des Bahamas, qui mit leur tête à prix. 

Faique un bon soir, pendant que tout l’équipage était chaud mort, un capitaine appelé John Barnet tira sur le bateau à Rackham et péta son mat. Nos pirates préférées avaient donc pu moyen de se sauver. Et là, les hommes de Barnet passèrent à l’abordage.

À bord, y trouvèrent juste Anne et Mary – les autres étaient toutes cachés dans la cale. Elles se démenèrent comme des diablesses dans l’eau bénite, ben décidées à vendre chèrement leur peau. Un m’ment’né, Mary, enragée noir de se faire abandonner de même par les gars, leur cria par la descente de la cale :

« Coudonc, y’a-tu des hommes sur c’t’astie de bateau-là? V’nez vous battre, gang de pissous! »

Personne dit un mot, faique elle tira un coup de pistolet dans la cale, tuant un des gars de l’équipage.

Anne et Mary eurent beau se battre comme des carcajous pognés d’un coin, les hommes de Barnet eurent le dessus, et tout le monde fut capturé et jeté en prison.

Les hommes eurent leur procès en premier et furent condamnés à être pendus. Le jour de son exécution, Jack Rackham se fit accorder une dernière faveur : voir Anne. Mais elle fut pas réconfortante plus qui faut devant la mort :

« C’est ben d’valeur de t’voir de même, mon Jack, mais si tu t’étais battu comme un homme, tu te f’rais pas pendre comme un chien. »

Les deux piratesses étaient accusées des mêmes affaires que les hommes, mais elles eurent un procès séparé parce qu’on voulait vérifier si elles avaient participé activement aux actes de piraterie ou bedon si elles étaient juste là pour décorer. Une certaine Dorothy Thomas fit un témoignage accablant :

– Elles avaient des vestons d’homme pis des longues culottes, des foulards autour de la tête pis des pistolets dins mains. Elles voulaient me tuer pour pas que je parle contre eux-autres, mais comme les autres pirates voulaient pas, elles leur sacraient après.

– Je vois. Et comment saviez-vous que c’étaient des femmes?

– Par la grosseur de leurs seins.  

Anne et Mary furent donc condamnées à mort. Or, elles avaient une dernière carte dans leur jeu :

– Vous pouvez pas nous exécuter, votre honneur! On est tou’é deux enceintes!

Après vérification, elles furent renvoyées en prison, et leur exécution reportée après leur accouchement.

J’aurais voulu vous dire que ça avait fini autrement, mais Mary mourut en prison d’une fièvre épouvantable pas longtemps après, et Anne… disparut. Y’a aucune trace d’elle après ça. On pense que son père aurait payé pour la faire libérer.

Mais Anne et Mary sont jamais disparues de l’histoire. À partir du moment où elles ont été arrêtées, elles ont jamais cessé de faire parler d’elles, pis on les voit apparaître encore aujourd’hui dans une pléthore de romans, des vues, de jeux vidéo pis de séries télé. 

La vengeance de sainte Olga de Kiev

Chère Madame,
J’ai tué ton mari en le fendant en deux sur le sens de la longueur. 
On se marie-tu?
Soye assurée, Madame, que je me fendrais en quatre pour toé. 
Avec tendresse, 
Ton Malichou

Tu fais quoi, quand tu reçois un message de même? 

Brailler comme un veau? Maudire le p’tit Jésus? Faire une crise de bacon? Aller dans la dépense pis toute crisser à terre? Péter des vitres à coups de barre à clous? 

Si t’es la grande duchesse Olga de Kiev, y’a rien de toute ça qui va faire la job. 

Parce que si la vengeance est un plat qui se mange frette, Olga, elle, a servi à la tribu qui avait zigouillé son mari une platée de cipâte; une pointe de pâté à la viande; des bines; du ragoût de pattes; du pouding chômeur pis des pets de sœur – avec une petite shot d’arsenic dedans. 

Le mari d’Olga, c’était Igor, le grand-duc de la Rus’ de Kiev (un État qui a existé du IXe au XIIIe siècle, dans ce qui est astheure l’Ukraine). Pis en tant que grand-duc, Igor allait de temps en temps faire un tour chez les tribus voisines pis faisait un peu comme les Hell’s avant le temps, c’est-à-dire aller faire peur au monde pour qu’y lui donnent des bidous en échange de sa protection. 

En général, ça passait; mais là, une fois, quand y’était en s’en r’venant de chez les Drevlianes, Igor dit à ses gars :

« Tendez menute, messemble qu’y aurait moyen de leur téter encore plus. Vous autres, v’nez avec moé, pis vous-autres, continuez avec le stock, on va vous arjoindre tantôt. »

Ça, c’était ambitionner sur le pain béni. Pis Mal, le prince des Drevlianes, commençait à être tanné, faique y décida de mettre son pied à terre :

« Heille là, là, si on le laisse faire à tou’es fois, y va tout le temps être rendu chez nous, pis un m’ment’né, on aura pu rien. Engordez, là, y s’prend pour qui? Y r’vient avec même pas toute son monde! Y’est au-dessus de ses affaires. C’est not’chance. »

Faique Mal et ses gars le pognèrent, pis au lieu d’y aller avec un classique, de quoi de propre – genre, un coup d’épée dans l’ventre –, ben y décidèrent d’être créatifs. Y plièrent deux bouleaux pour que le haut touche à terre, attachèrent un pied d’Igor à chaque boutte, pis relâchèrent les bouleaux pour qu’ils se déplient d’une shot. Chlak-skritch. Pu d’Igor. 

Ark. 

Igor avait comme seul héritier un p’tit boutte de trois ans, Svyatoslav. Mais comme y’était pas assez vieux pour, tsé, attacher ses lacets tout seul, pis encore moins pour régner, c’est Olga, sa mère, qui régnerait pour lui en attendant qu’y vienne majeur. Sachant ça, le prince Mal se mit à se frotter les mains : 

« Heille, c’est tu d’adon, ça! Un bébé pis une p’tite madame! J’ai yinque à marier la veuve, pis après ça, m’a pouvoir faire faire c’que j’veux au p’tit! M’as devenir le grand boss de la Rus’ de Kiev! Mouahaha! » 

Faique il envoya une vingtaine de ses gars en bateau à Kiev voir Olga pour y transmettre la nouvelle, pis sa demande en mariage. 

On s’entend qu’Olga fut pas particulièrement impressionnée par le front de Mal – parce qu’y fallait en avoir tout l’tour de la tête pour oser demander une femme en mariage quand le cadavre de son mari est même pas encore frette! Surtout quand, tsé, c’est de ta faute si y’est mort. Pis que t’as fait exprès. 

A devait être en tabarnak, mais a le montra pas pantoute. A resta ben fine avec les visiteurs, mais leur dit pas si elle acceptait ou non de devenir Madame Mal :  

 « Nobles étrangers, vous me pognez un peu les culottes à terre. J’étais pas vraiment prête à vous recevoir avec les honneurs. Donnez-moi une chance de me reprendre. Retournez dans votre bateau pour à soir, pis demain, quand mes hommes viendront vous chercher, faites vos frais-chiés pis demandez-leur qu’y vous portent dans votre bateau jusqu’icitte. »

Dans la nuite, la ratoureuse Olga fit creuser une grosse fosse sur le bord de son château. Le lendemain, elle convoqua les émissaires drevlianes, qui firent exactement comme elle avait dit, même si c’était un peu bizarre. Alors, les hommes de la grande duchesse emmenèrent les émissaires jusqu’au château. Y tripaient, eux-autres là, à se faire porter de même comme des empereurs! Mais leur balloune péta sur un moyen temps quand y se firent domper, bateau inclus, dans la fosse creusée la veille dans’nuite. Pis c’est là qu’Olga arriva. A se pencha au bord de la fosse et dit :  

« Pis, c’est tu assez d’honneurs pour vous-autres? » 

Et là, elle ordonna qu’on enterre les émissaires vivants. Quins! 

Mais Olga était loin d’avoir fini. Aussitôt après, elle envoya un message au prince Mal pour lui dire qu’elle acceptait de se marier avec lui, mais qu’il devait lui envoyer ses plus nobles et ses meilleurs pour l’escorter jusque chez eux – elle était quand même la grande duchesse, tsé. 

Pas méfiant pour deux cennes, le prince accepta d’envoyer une délégation de ses chefs de clan sans se demander ce qui était arrivé à la première gang qu’il avait envoyée à Kiev. 

Olga accueillit les Drevlianes avec tous les honneurs; elle les invita même à aller se laver dans son pavillon de bain personnel. Pas plus fins que ça, les émissaires entrèrent, se mirent tous flambant nus et se garrochèrent dans le bain, tout contents. Or, le sourire leur partit vite de la face : la grande duchesse fit barrer les portes et crisser le feu au pavillon, et ils furent tous brûlés vifs.  

Pour Olga, c’était pas encore assez. Elle envoya un autre message au prince Mal – qui clairement, rendu là, était pas le crayon le plus aiguisé de la boîte – et lui dit qu’a s’en venait le trouver. Elle lui demanda de préparer un grand festin funéraire pour son mari pour qu’a puisse l’honorer comme du monde avant de se remarier. Pis elle ajouta : 

« Ah, pis prépare BEAUCOUP d’hydromel! On va se lâcher lousses! »

Mal accepta, pis Olga se mit en route pour Iskorosten, la capitale des Drevlianes. Arrivée là-bas, elle alla d’abord voir la tombe de son Igor pour pleurer celui qu’elle digérait pas d’avoir perdu. 

Le soir, au festin, les Drevlianes s’en venaient pas mal chaudailles. Mais Olga et sa suite, eux-autres, restaient ben sobres. Même, ils encourageaient leurs hôtes à boire en leur versant bock d’hydromel après bock d’hydromel. À la fin de la soirée, les Drevlianes étaient tous saouls morts, drette comme Olga voulait.

Et là, la grande duchesse, aussi frette et insensible que l’nordet, donna l’ordre à ses hommes : 

« Tuez-les toutes. » 

Ce fut le massacre total; personne en réchappa. On aurait pu croire qu’Olga serait juste repartie ben tranquillement prendre son Bovril à Kiev près avoir étêté la tribu de ses ennemis, mais y’avait juste pas encore assez de sang drevliane qui avait coulé pour noyer sa peine. De retour à Kiev, elle ramassa son armée et retourna à Iskorosten pour la dernière étape de son plan…

Les Drevlianes, ou ce qui en restait, se présentèrent devant Olga et la supplièrent de pas attaquer : 

— S’il vous plaît, noble Madame, faites-nous pas mal! On va vous donner des fourrures pis du miel! 
— Ah, ben non, ben non, répondit Olga. J’ai juste une petite demande à vous faire. Je suis pas rapace comme feu mon mari, moi : je veux que vous m’apportiez trois pigeons et trois moineaux de chaque maison. Un tout petit cadeau – je le sais que vous êtes pas trop en moyens ces temps-citte. 
— Hein? Pour vrai? demanda le représentant des Drevlianes, plein d’espoir. 
— Wo-oui, pour vrai, fit Olga avec un sourire aussi doux que celui à la bonne sainte Vierge.
— Ah! Fiou! Merci! Merci Madame! Vous êtes trop fine! 

Alors les Drevlianes, soulagés pis  reconnaissants, allèrent chercher les oiseaux qu’Olga avait demandés. À la nuit tombée, la grande duchesse ordonna à ses hommes d’attacher un p’tit boutte de soufre aux pattes de chaque oiseau avec de la ficelle. Une fois relâchés, les oiseaux, ben crère, retournèrent à leur pigeonnier ou à leur nid sous les combles, dans la ville. Et à la première étincelle, FROUSH : le feu pogna. Pis ça flamba en saint simonac. 

La ville d’Iskorosten brûla au complet; pas moyen d’éteindre les flammes, parce qu’y avait pas une seule maison qui était pas en feu. Et quand les habitants essayèrent de se sauver, les hommes d’Olga les pognèrent et les massacrèrent; d’autres furent vendus comme esclaves; d’autres encore, laissés en vie pour qu’ils puissent continuer de payer un tribut à la grande duchesse. 

À c’t’heure que les Drevlianes étaient pu yinque un tas de cendres, Olga, enfin, s’était assez vengée. 

Elle retourna à Kiev, régna avec jarnigoine et gros bon sens au nom de son fils pendant 18 ans, pis même après ça, parce que son fils Svyatoslav voulait rien savoir – gouverner, y trouvait ça plate à mort, pis y faisait yinque guerroyer avec ses chums. A mit en place le premier système d’impôts de l’Europe de l’Est et fut la première de son peuple à se convertir au christianisme – c’est pour ça qu’elle a été canonisée. 

Pas pire pour une p’tite madame qu’on croyait facile à manipuler!


Source principale : Nestor, The Russian Primary Chronicle (vers 1113). https://www2.stetson.edu/~psteeves/classes/rusprimaryolga.html